Notre Bretagne

22 Oct

Longtemps, avec la seule ABP, la Bretagne qui se voulait libre n’avait qu’un média. Puis, comme un pays devenu trop grand, l’ABP s’est scindée, et deux autres médias sont nés. Tous deux déblatèrent sur la France à longueur de colonne, ce qui est bel est bien, mais ne laisse pas place à la Bretagne, telle qu’elle est, telle qu’elle peut le devenir.

A ce jour,  aucun média Breton ne parle de l’économie, du patrimoine, de la société, des changements sociaux qui n’épargnent pas la Bretagne. Tous rejoignent les ennemis de la Bretagne dans leur volonté de faire l’autruche et de nier l’existence de tout changement. L’irrespect de l’environnement, des lois, ‘immigration, la rurbanisation, la vierzonnisation, la déchristianisation, la perte d’identité etc. s’arrêteraient aux frontières de la Bretagne aussi bien que le nuage de Tchernobyl s’est arrêté aux portes de la France? Pourtant, Poitiers c’est tout près, Paimboeuf, Issé ou Carhaix s’endorment chez nous aussi bien que Vierzon, l’on a en Bretagne des passes-droits sur tout lorsque l’on est Français et riche, aussi bien qu’en Corse, et les décharges du BTP illégales du Var existent aussi chez nous… à la Barre.

Le nationalisme Breton est tout d’abord un nationalisme de parole assénée sans preuves chiffrées, et en quasi-totale déconnexion avec la réalité. Un nationalisme qui méconnaît le plus grand poids démographique et économique de la Bretagne, concentré en Ille-et-Vilaine et en Loire-Atlantique. Un nationalisme maladif qui peine à sortir des cimetières et de la commémoration vaine du passé pour envisager le présent ou préparer l’avenir. Un nationalisme enfin qui ne trouve sa représentation qu’en une multitudes de cabines téléphoniques où la surdité des uns fait écho à l’ouverture de bigorneau des autres. L’aveuglement confortable pour les Césars d’un village qui ne veulent point être seconds couteaux à Nantes se paie cash : ils n’obtiennent jamais rien aux élections, si ce n’est par des alliances avec les ennemis de la Bretagne. Des voix contre une bouche fermée, ou quasi, le marché est lucratif pour les politiciens, la Bretagne coule silencieusement.

En ce moment, plusieurs cabines téléphoniques essaient de se rassembler pour peser face aux Bretons, et comme elles n’arrivent ni à faire taire les sourds, ni à décrocher les berniques de leurs rochers, elles se sont désigné un ennemi intérieur de pacotille, l’UDB, pour espérer faire leur union contre, et se déchirer de plus belle après l’inévitable déconfiture électorale. Vanité ! Vanité que ce « Front Breton », qui méconnaît dans un bel ensemble la Bretagne d’aujourd’hui pour lui préférer un pays fantasmé où la brume (éthylique, évidemment) flotte sur des menhirs un beau matin, loin des embruns et des tempêtes économiques ou sociales.

S’il y a quelque chose à construire un jour, en Bretagne, c’est hors du militantisme traditionnel, et hors du journalisme autoproclamé qui en découle. Nous ne ferons pas assaut de graphismes de toute beauté, comme deux des trois « médias Bretons libres » le font. Graphiste? c’est bel et bien, mais ce n’est pas le métier de journaliste. Qui est d’informer, de servir, d’être aux côtés de l’information là où elle naît, là où la vie change. Les informations Corses ont une longévité admirable qui démontre la vanité de ces concours de graphismes. La bataille ne se fait pas là où c’est le plus beau, mais là où c’est le plus rapide et le plus courageux pour parler sans langue de bois des vrais problèmes.

Notre Bretagne n’est pas celle des groupuscules qui prétendent être la représentation politique des citoyens Bretons, celle de l’identité charnelle ou de l’internationalisme prolétarien, celle des grandes constructions vides des architectes de la politique. Notre Bretagne est celle des employés qui se battent pour leur entreprise, des patrons qui luttent contre le surcroît de taxes, celle des Chantiers de Saint-Nazaire en péril, celle qui slalome depuis 1532 entre les bêtises et les édits du grand pays voisin, celle se fait arroser de gaz lacrymo à Notre-Dame des Landes, celle qui prend l’initiative, celle qui porte haut la flamme de Ouessant à Clisson et de Légé au Mont saint Michel, celle qui s’adapte aux changements sans renier son identité ni sa Foi,  celle qui créé malgré tout et maintient la Bretagne à la pointe de l’espoir et du progrès.

Notre Bretagne, elle est chiffres, lettres, action, création, espoir, elle est aux côtés de la société civile, partout où se vit la Bretagne d’aujourd’hui. Elle est peut-être moins envoûtante que le pays fantasmé, mais on l’aime tout autant.  Autant de raisons de lui donner d’autres médias que Ouest-France et le Télégramme. A notre Bretagne.

Publicités

7 Réponses to “Notre Bretagne”

  1. Herve MORVAN octobre 23, 2012 à 4:06 #

    Kalon vat, bon courage, à toi lbg. Herve.

  2. Didier Bourjon novembre 2, 2012 à 9:40 #

    Discours très intéressant, c’est une découverte et une surprise !

Trackbacks/Pingbacks

  1. L’Agence Bretagne Presse se saborde « Breizh Journal - novembre 29, 2012

    […] volonté de doter la Bretagne d’un média qui puisse enfin aborder, du point de vue Breton mais sans œillères, les sujets sociaux et économiques brûlants. Appliquer aussi ce que j’ai appris à l’Agence […]

  2. Morlaix, une manifestation inutile ? « Breizh Journal - décembre 17, 2012

    […] Le message, lui aussi, peine à passer. On trouve encore ce matin dans Direct-Matin une brève sur la manifestation qui évoque « l’annexion » de la Loire-Atlantique à la Bretagne. Ce n’est pas faute pourtant de rappeler qu’une majorité de Bretons, de sondage en sondage, souhaite le retour de la Bretagne dans ses limites historiques, et que récemment encore deux députés de tendances politiques opposées ont mis de côté leurs idées pour ne retenir que la Bretagne  et favoriser le retour au bercail du pays Nantais. Pourquoi le message a-t-il tant de mal à passer ? Au bout de sa brève, Direct-Matin donne la réponse. L’impact économique. La Loire-Atlantique, c’est la poule aux œufs d’or des Pays de Loire (55% du PIB et 2/3 de l’industrie de pointe). La communication sur l’intérêt économique réciproque d’une réunification pour la Bretagne et la Loire-Atlantique est inexistante parmi les partis politiques Bretons. Jacques Auxiette et Ayrault ont de la chance : les nationalistes Bretons s’en fichent, de l’économie, ils préfèrent s’étriper entre eux pour débusquer les traîtres et les tièdes en leur sein. Atteints du syndrome de saint Just, ils se livrent à la même occupation que les extrémistes de tous poils, l’ultragauche ou l’ultra-droite, les anars ou les ultra-royalistes de la « Chambre introuvable » de 1815 : la surenchère idéologique extrémiste et improductive. Dommage pour les Bretons et les associations pro- réunification qui voient leur avenir pris en otage par un demi-millier d’excités, dont la grande majorité a la tête aussi dure que les rocs du Finistère dont ils sont issus. Excités qui surtout, vivent dans une Bretagne rêvée, et sont hostiles ou aveugles à la Bretagne réelle. […]

  3. NDDL : le dossier de presse de Vinci décodé « Breizh Journal - décembre 26, 2012

    […] vie du site et le choix des thématiques couvertes. Le site reste fidèle aux orientations tracées dès le début  : mettre, en dehors des excitations contre-productives du nationalisme politique Breton  un […]

  4. Nationalisme Breton : à quoi sert vraiment Kelc’h an Dael ? | Breizh Journal - avril 12, 2013

    […] lancement de BreizhJournal le 22 octobre, nous écrivions, très dubitatifs sur cette association de la carpe et du lapin, fondée une fois de plus sur des […]

  5. Un autre recours contre l’aéroport rejeté : l’abus de pouvoir est toujours au pouvoir | Breizh Journal - octobre 22, 2013

    […] : BreizhJournal fête son premier anniversaire, ayant été lancé le 22 octobre 2012. Bonne lecture à tous et à bientôt sur nos lignes […]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :