Le moulin historique du Breil oublié de tous

28 Oct

La Bretagne est parsemée de moulins. Mais il y a moulin et moulin. Les moulins-tours, hauts, figures tutélaires de nos campagnes, n’apparaissent qu’avec l’invention des ailes Berton dans l’Anjou en 1841. Les moulins à petit pied et à grosse tête sont les plus anciens. Ils sont généralement bien restaurés et entretenus, ainsi à Notre-Dame des Landes qui rénove son moulin de Foucré du XVIe, ou au Drezeux (*) près de Guérande, voire à l’Ongle près Guenrouët (ce dernier moulin a été surélevé au XIXe).

Mais pas à Campbon. Cette commune qui a la chance de possèder une tour (dite d’Enfer, puisqu’elle est située au bas d’une pente) au pied du bourg la laisse s’enlierrer et on ne la redécouvre que grâce à la fantaisie de son propriétaire.  Cette commune a la chance de possèder une chapelle, dédiée au saint local Victor, disputé avec Bouvron, en face de la mairie, et on ne peut entrer dedans parce qu’elle s’écroule. Cette commune a enfin la chance d’avoir une autre chapelle, ruinée certes, mais dont l’un des murs est le dernier vestige d’un château du XIe et elle la laisse dans les ronces.  Et enfin elle a un beau moulin à petit pied (et à grosse tête), perdu dans les champs et qui s’écroule.

Il faut dire à la décharge de la commune que pour la chapelle saint-Victor, les élus d’alors ont couru après le prix et la façade : les travaux éxécutés à coût moindre ont été payés grand prix. Les enduits mal faits ont conduit à l’aggravation du délabrement intérieur de la chapelle, dont le sort se joue dans un feuilleton judiciaire.  La mairie vient d’ailleurs de faire appel du jugement dans l’espoir d’obtenir plus de dédommagement en appel… et pendant ce temps, la chapelle croule.

Revenons à notre moulin, à peine visible au bout d’un chemin à l’est de la route qui relie Plessé à Lavau sur Loire (RD3). Sur le cadastre de 1830, il figure déjà sur la 2e feuille de la section D, entouré de champs peu larges et très longs dits en lanières, seulement interrompus par un petit carré noté de deux n°s (1217 et 1216) comme autant de parcelles autour du moulin. D’autres lanières en divers sens se voient auprès du moulin des Rôtis, un peu plus au nord. La RD3 n’existe pas encore, mais une série de chemins la préfigurent. En revanche l’actuel chemin qui mène, par le sud, au moulin, est une vraie route, celle de Campbon à Quéhillac, dont le bois abrite un fort château. La lande indivise et vaine occupe tout l’espace.

En 1956, sur le cadastre rénové, que de changement ! La lande a disparu, les champs se font carrés de plus en plus, les îles (parcelles en rayons encloses dans une haie commune circulaire) et les lanières se font de plus en plus rares. Le moulin n’est plus même indiqué, signe qu’il ne sert plus. De nos jours, il est au milieu d’un champ de maïs carré, tout pareil à ses camarades qui séparent l’ancienne lande en damiers de cultures à peine séparées par des haies étiques.

Notre moulin a trois particularités. D’une, c’est un petit pied, avec un soubassement épaissi à fleur de terre, et un corps plus large, mais trapu. D’autre part, une corniche en pierre souligne le haut du premier niveau, sous l’évasement. Enfin, il a été consolidé au XIXe, lorsqu’il a été surélevé, et qu’une fenêtre rectangulaire a été ouverte au faîte, par un cercle, peut-être deux même, en fer. Faisons le tour et entrons par la porte au nord. Une partie de la machinerie s’est effondrée dedans, support des ailes et engrenages. On devine, le long du mur, un escalier qui colimaçonne, appuyé dans les murs branlants, largement fissurés, et qui conduit le téméraire là où une roue de fer rappelle seule la majesté des ailes disparues. Voilà le moulin perdu de Campbon, si fière de son autre et moderne moulin (de Bicane), et dédaigneuse de celui qui défie le temps dans les landes de Quéhillac où les siècles se perdent par les nuits sans lune. Peu importe, à Campbon, il y a des rond-points et des lotissements neufs à visiter (**).

Notes :

(*) Pour la petite histoire, dans la route qui descend du Moulin de Drezeux à Lergat se trouvait, à gauche et en contrebas, un hameau dit le Petit Drezeux dont la pancarte était écrite dans une langue exotique… le russe, langue de ses (riches) propriétaires.

(**) Et une Ti mat Tavarn qui tient lieu de panneau de bienvenue bilingue à cette commune qui n’en a point.

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  1. Le moulin historique du Breil oublié de tous | - novembre 3, 2012

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