Les Juifs désormais minoritaires en Israël

5 Nov

favicon-rootTerre promise. Les fondateurs de l’Etat d’Israël en 1948 verraient dans une récente statistique éditée par le Bureau central des Statistiques et relayée par Ha’Aretz, un retour aux sources, lorsque des milliers de Juifs débarquaient sur une terre où ils étaient ultra-minoritaires.

Ils s’engageaient alors dans une lutte qui ne connaîtrait ni paix ni trêve et ne se solderait que par l’éviction de l’un des deux protagonistes. Soit les Palestiniens seraient rayés de la carte, soit ce serait aux Juifs de se rembarquer. Un absolu de la lutte, champ de mines opaque aux occidentaux, puisque aux nationalismes s’enchevêtrent des revendications religieuses, qui se nourrissent du sentiment national et vice-versa. Israël-Palestine, ce n’est pas seulement le nationalisme israélien contre le nationalisme palestinien, conflit pouvant être tranché par un jugement de Salomon et le partage d’Israël en deux selon la ligne Verte ou toute autre démarcation. Absolu de la lutte où la lutte se poursuit tant à coups de SCUD que par les ventres.

C’est aussi, et surtout, un conflit entre deux religions qui aspirent à une domination publique et absolue. Cette dimension du conflit empêche toute paix, un jour en Palestine. Elle ne donne pas prise aussi aux discours – notamment des médiateurs occidentaux – fondés sur l’application de la société libérale et détachée de la religion. Puisque c’est justement sur elles que se fondent les légitimités des protagonistes, et sur elles que se fonde l’appui psychologique et moral des humains engagés dans une guerre sans fin.

L’absolu de la lutte est hermétique aux Occidentaux, moins que par exemple aux Russes (Tchétchénie, Ingouchie, Daguestan). Pourtant, ils l’ont connu. Dans la force des guerres de Religion, en France, qui se sont soldées par la disparition quasi-totale des Protestants, puis leur retour en force dans les valises de la République, et en fin de compte, plus d’un siècle après, par l’éviction de l’espace public de la religion catholique (loi de 1905). Mais aussi par l’antagonisme russo-polonais, ou, beaucoup plus proche, par la lutte des irlandais catholiques contre l’Anglais protestant.

Et c’est là tout l’intérêt de la statistique récente sortie par l’Etat d’Israël. Actuellement, 12 millions d’habitants vivent sous l’autorité israélienne, dans le Grand Israël (incluant les territoires palestiniens). Parmi eux, il y a 5.9 millions de Juifs… et 6.1 millions de palestiniens. Par conséquent, non seulement les Juifs sont minoritaires sur le territoire de ce qui est censé constituer leur point d’ancrage, leur Terre promise, mais encore, l’Etat démocratique israélien (en théorie) est un territoire où s’exerce la tyrannie d’une minorité.

En Irlande du Nord, le recensement est décennal, et fondé sur la religion. Notamment parce que l’absolu de la lutte (catholique contre réformés) se mêle du conflit nord-irlandais. Et là encore, tout le monde attend avec fébrilité les données du recensement 2011. Parce qu’il est censé annoncer que, pour la première fois, les catholiques sont majoritaires en Irlande du Nord. Alors que justement l’Irlande du Nord a été fondée à partir des six comtés (des neuf de la province d’Ulster) où les protestants étaient majoritaires et ne souhaitaient absolument pas rejoindre une République d’Irlande très catholique.

Une des caractéristiques des conflits où intervient l’absolu de la lutte, avec sa permanence transgénérationnelle, est la mauvaise acceptation de tout discours de paix. Celui-ci est immanquablement perçu comme un affaiblissement, comme un renoncement non seulement religieux, mais aussi national et familial, une trahison à l’encontre de son peuple et d’une lutte acceptée comme un nécessaire fardeau et une solide fierté. Il est intéressant de constater qu’en Irlande du Nord, où sévit depuis des années un discours de « paix » apparente, les extrémistes des deux bords n’ont jamais abandonné leur méfiance à son égard… et que, plus l’emprise démographique des catholiques se renforce, plus prospèrent les appels à un Ulster réduit aux quatre comtés bastions des protestants, ou à un rattachement – pour l’heure hypothèse très marginale – à l’Ecosse.  Parce que l’absolu de la lutte est une lutte à mort, une lutte jusqu’au bout, les protestants d’Ulster comme les Juifs d’Israël sont dos au mur, rejetés à la mer s’ils échouent à s’imposer. Pour eux, s’immobiliser c’est décroître. Heureux sont ceux qui sont persuadés d’une paix, un jour, en Palestine ou en Ulster.

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4 Réponses to “Les Juifs désormais minoritaires en Israël”

  1. Flatane Zev novembre 7, 2012 à 1:00 #

    donc 5.9 qui impose leur loi à 6.1, c’est la tyrannie d’une minorité ; je croyais qu’on appelait ça la démocratie (loin d’être top mais toujours mieux que le totalitarisme…) ;

  2. guenole janvier 5, 2013 à 1:51 #

    si le fond du problème c’est la religion, pourquoi parler des juifs d’Israel et ne pas dire que chez les palestiniens il y a les palestiniens israeliens dont certains sont chrétiens et les palestiniens de la bande de Gaza ?

    • guenole janvier 6, 2013 à 4:40 #

      pour préciser ma question, à laquelle j’aimerais bien avoir une réponse, est ce que pour vous ce qui se joue en Israel est la lutte de 2 religions la religion juive et l’Islam, et la lutte de 2 civilisations ? qu’en Ulster il n’y ait que 2 religions,c’est certain, d’où la difficulté à faire un vrai parallèle avec le grand Israel, et en Ulster on ne peut pas parler de 2 civilisations, puisqu’il s’agit d’une même civilisation occidentale, à moins qu’à vos yeux le protestantisme ne corresponde pas au modèle de la civiisation occidentale chrétienne (ou judéo chrétienne), puisque dans un autre article vous dites que c’est la république qui a ramené les protestants dans ses valises (et donnez ainsi le sentiment
      d’approuver les guerres de religion qui les avaient fait émigrer).
      Et je m’interroge sur votre conception des civilisations et de leur
      incapacité à se mélanger ou même à cohabiter dans l’harmonie et l’équilibre (ce qui est effectivement rendu souvent problématique
      par les stratégies politiques, donc territoriales et économiques qui
      oublient la dimension humaine ou historique et sont sources de
      nombreux conflits)
      .

Trackbacks/Pingbacks

  1. Ulster : les Anglais progressivement rejetés à la mer « Breizh Journal - décembre 23, 2012

    […] protestants d’Irlande du Nord sont appelés à se radicaliser. Ce qui les gouverne, c’est l’absolu de la lutte, peuple contre peuple, pensée contre pensée, religion contre religion… Concept imperméable […]

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