Regards Bretons sur la Révolution Française en 1789/90

9 Nov

Visionnaires, alors que certains de leurs compatriotes comme Le Chapelier ou Defermon des Chapellières se montraient plus maçons, et pas francs, que Bretons, bien des Bretons furent lucides sur cette Révolution que les Français aiment tant et qui leur a fait si mal. Leurs écrits en disent long sur ce que fut vraiment la Révolution, loin de la légende dorée qu’en dressent les Jacobins et leurs héritiers politiques.

Le cadre : une ville amorale et irréfléchie

La Révolution Française qui se vouait à faire table rase, et de la morale, et de l’Histoire, ne pouvait être née qu’à Paris, la Babylone des temps modernes dont une Bretonne, l’épouse de Jacques Defermon des Chapellières, député Breton du Tiers-Etat, trace avec concision le portrait. Celle-ci restera toujours plus terre à terre et attachée à la Bretagne, puis à la chouannerie que son mari. Sous sa protection, Jean Terrien, principal métayer des Defermon, transformera Gâtine en fief de la chouannerie dans le pays de la Mée, aux confins de la Mayenne, de l’Anjou, des pays de Nantes et de Rennes. Elle écrit donc, dans une lettre vers la Bretagne, au sujet de Paris, « un pays où l’égoïsme et le plaisir sont le seul Dieu qu’on adore, où la religion est si fort oubliée que le seul nom fait rire les hommes et fait aux femmes la plus grande peur ». Plus loin, elle ajoute que la capitale parisienne est « un pays où il est presque de bon ton de ne pas savoir penser », ce qui en dit long sur l’état d’esprit des principaux fabricants de la Révolution, ces bourgeois en quête de revanche sociale et des miséreux lubriques parisiens.

Une orgie pour Révolution

Lubricité qu’on trouve au cœur de la manifestation des femmes du peuple à Versailles, relatée par Châteaubriand : « D’abord parurent des canons, sur lesquels des harpies, des larronnesses montées à califourchon tenaient les propos les plus obscènes. Puis au milieu d’une horde de tous âges et de tous sexes, marchaient à pied les gardes du corps (…) chacun de leurs chevaux portait deux ou trois poissardes, sales bacchantes ivres et débraillées. Des chiffonniers en lambeaux, des bouchers, tablier sanglant aux cuisses, couteaux nus à la ceinture, manches de chemises retroussées, cheminaient. » Beau spectacle que celui d’un peuple en vers la Liberté, tel que se plaisent à nous le décrire les thuriféraires de la Révolution, et qui en vérité, était celui que décrivait Châteaubriant.

La lucidité visionnaire d’un paysan Breton de Montgermont

Cette misère morale ne pouvait que ressortir dans les aspirations des Révolutionnaires, comme s’en est très vite rendu compte le paysan nomé Père Gérard, Michel Gérard (1735-1815) cultivateur à Tuel en Montgermont  qui dépose le 27 avril 1790 une motion très critique sur les avancées Révolutionnaires, que bien des auteurs jacobins ont tenté de faire passer pour une manipulation aristocratique, mais qui reflète en fait la sagesse et la lucidité du paysan Breton qu’il n’a jamais cessé d’être. Voici ce qu’est pour lui le résultat des travaux législatifs des Constituants :

« J’ai écrit à notre ménagère que je ne reviendrais pas de sitôt, que nous allions faire des finances, de la Constitution et de la justice. Au lieu de tout çà, nous nous sommes enfournés dans un galimatias des Droits de l’Homme où je ne comprends pas grand-chose, mais je sais bien que cela ne vaut rien. Depuis ce temps-là, on dit toujours qu’on va faire la Constitution, et je ne la connais pas encore. Tout ce tintamarre là nous a brouillés avec les seigneurs et les prêtres. Du train dont on y va, il ne peut rien nous en arriver de bon. Les marchands sont devenus des soldats, ils n’ont pas l’air trop contents, surtout à la fin des mois, parce qu’ils disent qu’ils ne voient plus d’argent ». Alors il propose « Qu’il faut laisser notre bon Roi absolument libre » et « lui rendre toute l’autorité due à sa place » puis « nous en aller chacun chez nous planter des fèves plutôt que de manger le fromage ». Sage proposition ignorée par ses collègues Constituants dont l’état de folie collective était déjà irréversible et allait bientôt se répandre en coulées sanglantes sur la France placée devant l’impitoyable alternative de la Terreur « Liberté, Egalité, Fraternité… ou la mort ».

La fuite des capitaux va frapper la France de plein fouet avec l’Emigration des nobles, et se continuer encore de pair avec la dépréciation des assignats. Le père Gérard, qui n’a évidemment pas été suivi, a été un visionnaire. La Révolution, qui a chamboulé l’ordre ancien et assassiné Français et surtout Bretons avec une sauvagerie encore plus grande, n’a rien apporté à la place que l’enrichissement de certains opportunistes et l’effondrement de la morale sociale et religieuse. La Révolution, qu’aiment tant certains jacobins, a jeté les fondations d’une France nouvelle et monolithique qui porte en elle les germes de la dictature et la honte cachée d’un génocide Britto-vendéen fondateur.

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2 Réponses to “Regards Bretons sur la Révolution Française en 1789/90”

  1. stef novembre 9, 2012 à 9:43 #

    Tres bon article. La juste revolte bretonne se fait surtout sur le mode « touche pas a mon cure » et « touche pas a mes droits nationaux. Les Bretons de l’epoque ne sont pas royalistes : le royaume des francais les a fait passer de riches a ruines par les fameux « dons gratuits », qui n’etaient rien d’autre que du raket. La noblesse meme haissait la France pour ce que les Louis lui avaient faite. La revolution a aboli les privileges des Nations tout en encourageant les privileges personnels. Le principe meme des jacobains, royalistes avant
    de retourner leur veste partaient quand meme sur : « le seul ststeme economique viable est

    celui qui enrichit les riches » … Voila pour les jacobains de droite !! Quand a ceux de gauche, c’est ceux ont defendu « leur » revolution montagnarde avec la haine de tous ceux qui n’etaient d’accord

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  1. Avenir de la loi sur le génocide britto-vendéen : la poubelle « Breizh Journal - janvier 21, 2013

    […] avec la bénédiction d’une République qui ne peut pardonner aux Bretons de n’avoir jamais su se dissoudre dans l’hystérie de son pouvoir  et de continuer, 220 ans après, à opposer la force tranquille […]

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