L’histoire de l’éphémère caserne allemande de Derval

10 Nov

Le 25 août 1944, la sous-préfecture de Châteaubriant diffuse une circulaire demandant aux mairies libérées de faire l’inventaire des sépultures militaires (allemandes, US, FFI/FFL etc.) et des installations fixes allemandes existant sur leurs communes.

Le 11 septembre 1944, le maire de Derval répond qu’il y a sur son territoire communal « 3 baraquements servant au logement des chevaux situés à 100 m du bourg« . Ces baraquements, lointains héritiers de ceux imaginés par Adrian, couverts en tôle ondulée et fibrociment, ont tous 2 m 50 de hauteur, et font, pour l’un, 45 m de longueur par 6 m de largeur, pour un autre 30 m de longueur sur 5 m de largeur, et pour le dernier 25 m de longueur par 5 m de largeur. Les baraques-écuries, « Pferdestallbaracken » pouvaient à l’occasion avoir  l’aspect des « quonset hut » allemandes érigées à Caen ou être, sous leur aspect le plus classique, réutilisées en camps de prisonniers comme à Birkenau.

Le 10 juillet 1940 les Allemands arrivent à Derval  et occupent l’école St Joseph ainsi que deux châteaux (La Garlais et la Haye). Ces troupes restent jusqu’au 24 mars 1941, puis de nouvelles arrivent en novembre de la même année. L’école continu à fonctionner bien que en partie occupée; des tranchées y sont creusées par l’occupant et les soldas s’y entraînent. Le 13 mars 1943, de nouvelles troupes arrivent et exigent l’évacuation de toute l’école, qui se réinstalle dans des locaux de fortune. Une semaine plus tard, ces troupes partent pour le front russe et l’école se réinstalle dans ses murs.

Construction d’une baraque préfabriquée allemande. Photo du Reicharbeistdienst (RAD)

« En 1941, l’armée d’occupation avait réalisé la construction de baraquements en bois, sur un terrain proche du bourg de Derval afin d’y recevoir 80 chevaux et 30 voitures hippomobiles (ils projetaient alors d’envahir l’Angleterre). Du fourrage, foin et paille, est réquisitionné dans les fermes de la région. Après être bottelé, il est entreposé là. Un soir de 1943, à la nuit tombante, un magnifique incendie illumine tout le bourg : impressionnant, tout brûle ! On n’a jamais su qui avait craqué l’allumette. » Dans un pays dont la devise est « plutôt la mort que la souillure », le feu a pu apparaître à l’incendiaire, protégé par l’assentiment muet et unanime de sa communauté, comme un bon nettoyant. Il est fort probable que ces baraquements se soient situés non loin du château de la Haye, au sud-est du bourg.

Baraque – logements à Quiberon

Derval est libéré dans la nuit du 3 au 4 août 1944 par les Américains. A la circulaire du sous-préfet, deux autres maires répondent positivement au sujet de l’existence d’installations fixes allemandes. Celui de Châteaubriant, qui transmet directement les informations à la sous-préfecture, et celui d’Abbaretz. Dans cette dernière commune, il y a une « caserne », ô, fort modeste. « Une cuisine et un réfectoire, un dortoir et une écurie », en tout trois baraquements, dont le temps a fait oublier l’emplacement.

Extérieur et intérieur d’une baraque à chevaux allemande

Ils n’ont souvent pas fait long feu après guerre, car, comme dans bien des endroits et malgré les adjurations et les circulaires des autorités alliées et françaises, la population s’est ruée sur les installations de l’occupant pour en récupèrer tout ce qui pouvait l’être. De nos jours, l’on peut encore voir des baraquements allemands en place à Cormelles-en-Vexin, à Quiberon (batterie de Kergroix), à Arques, sur la base de Villacoublay avant la construction de l’autouroute… Cependant, un arrêté de juin 1945 autorise la SNCF à prendre possession de tous les baraquements, tant allemands qu’américains situés à moins de 5 km d’une ligne de chemin de fer, quelque soit son importance. La SNCF se rue sur cette source de matériaux à bon prix et réutilise parfois des baraques entières en gares et logements cheminots provisoires, dont certains, devenus durables avec le temps, sont encore debout aujourd’hui.

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