Loire-Atlantique : le syndrome de la poule aux œufs d’or

10 Nov

Quel est le point commun entre la Catalogne et la Loire-Atlantique ? A priori, il n’y en a aucun. La Catalogne forme une région de 31.950 km² et de 7.5 millions d’habitants, elle a le caractère d’une nation, alors même que la Loire-Atlantique, forte de 1.3 millions d’habitants et grande de 6815 km² n’est qu’une part de la Bretagne. Et pourtant.

La Loire-Atlantique est séparée de la Bretagne depuis 1975 et rattachée à une région qui recouvre l’Anjou, le Maine et le bas-Poitou. La Catalogne n’est séparée que des 3500 km², qui sont dans l’actuel département des Pyrenées-Orientales dont la lisière nord est occitane.

Cependant, la Loire-Atlantique et la Catalogne ont au moins un point en commun : les crispations de leur état central respectif quant à leur devenir. Coïncidence qui en appelle une autre : toutes deux, Catalogne et Loire-Atlantique sont des poules aux œufs d’or.

La Catalogne représente 12% de la population de l’Espagne et est l’une des régions les plus riches du pays, malgré son endettement abyssal. La Loire-Atlantique, largement bénéficiaire, concentre 80% de la production électrique de la Bretagne, pèse 55% du PIB de sa région administrative Pays de Loire et 45% de celui de la Bretagne, concentre une part très importante de l’industrie tant conventionnelle que de pointe, des capacités de recherche, de l’emploi, du savoir, de l’innovation… de l’Ouest de la France, dont elle a de surcroît le premier port (Saint-Nazaire). D’un point de vue économique, il est de la première nécessité pour la France, de plus en plus en difficulté, de minimiser le risque de voir la Loire-Atlantique quitter son giron, risque qui serait maximisé si elle rejoignait le cadre administratif de la Bretagne et, en doublant son poids économique, lui donnait des ailes et le goût de l’indépendance.

Autour de la France et en France prospèrent les nationalismes économiques. Les Basques de tous partis avancent, soutenus par leurs autorités économiques, que s’ils quittaient l’Espagne ils sortiraient de la crise. Le nationalisme catalan se nourrit du « pillage » des impôts Catalans par Madrid. Celui des Flamands se fonde sur la situation plus ou moins mythique d’une Wallonie (partie francophone de la Belgique) assistée et corrompue que les Flamands seraient astreints à prendre en remorque.

Coup de chance pour les Français, les nationalistes Bretons, ou du moins les groupes qui prétendent les représenter sans réussir à se mettre d’accord eux-mêmes, se fichent absolument de l’économie. En revanche, le cadre administratif de la région administrative Bretagne fait de l’économie un cheval de bataille important. Tant pour l’économie que pour le développement des territoires, les politiques de la région B4 corrigent des politiques centrées sur les entités administratives et associent bien souvent la Loire-Atlantique que cela soit pour le marketing territorial (Produit en Bretagne, IGP Marches de Bretagne) ou l’économie numérique (Bretagne Numérique 2030), voire les pôles de compétitivité (Images&Réseaux, IDforCAR) qui s’axent sur un maillage fondateur Nantes – Brest – Rennes. Quand il s’agit de sauver l’emploi, c’est l’ex-président du Conseil Général et actuel ministre de la Défense Jean-Yves le Drian qui se substitue à l’inefficace et tonitruant ministre du Redressement Productif pour qu’il y ait effectivement des résultats tangibles et que les emplois – et les usines – soient maintenus.

La France a donc des raisons de craindre que la poule aux œufs d’or rejoigne son poulailler d’origine puis s’envole à tire d’aile avec l’embouchure stratégique de la Loire.

C’est pourquoi l’Etat Français a assujetti tout retour au bercail de la Loire-Atlantique à un vote favorable des quatre départements de sa région administrative d’origine, en sus du vote des quatre départements Bretons. Par conséquent, la proposition et le vote d’un amendement à la loi poru permettre à la Loire-Atlantique de ne solliciter que l’accord – présumé grandement favorable – des quatre autres départements Bretons n’a pu que susciter les craintes des jacobins, qui se sont arrangés pour freiner le processus législatif et laisser l’amendement en friche.

L’Espagne a les mêmes craintes au sujet de sa poule aux œufs d’or étoilée. C’est pourquoi elle lui interdit la tenue d’un référendum pour décider de son indépendance. Arthur Mas, le pro-indépendantiste président de la Généralité Catalane, crie au scandale et en appelle à l’Europe.  Dans un meeting récent, il fait état de l’échec de toutes les tentatives des Catalans, sur un siècle, de construire un Etat espagnol qui leur donne place « Nous avons essayé avec les monarchies, les républiques, les statuts, les Constitutions. Et cela n’a pas marché. C’est pourquoi il nous faut prendre une autre voie. ».

Les citoyens catalans l’ont déjà prise, l’autre voie. Une manifestation le 11 septembre a rassemblé plus d’un million et demi de personnes pour l’indépendance dans les rues de Barcelone. Près de 20% des 931 municipes (communes) se sont déclarés « territoires catalans libres » depuis le 3 septembre. De leur côté les républicains espagnols conservateurs (PP) s’épuisent en combats d’arrière-gardeet mobilisent les préjugés. Cette vidéo électoraliste qui fait scandale  voit ainsi un homme nommé Joan Garcia se voir refuser, dans la Catalogne libre, de continuer à s’appeler Garcia, parce que « ce nom ne fait pas assez catalan ». La vidéo appelle à « en finir avec le cauchemar indépendantiste catalan ».

Ces arguments espagnols exploitent les mêmes préjugés que ceux qui prospèrent à l’égard d’une Bretagne réunifiée et libre, en France. A écouter certains jacobins, les Bretons fermeraient leurs frontières et les nombreux habitants du Poitou, du Maine, de l’Anjou ou de Normandie qui y travaillent perdraient leur gagne-pain. La Loire-Atlantique, département ouvert sur la terre au sud et à l’est, sur la mer à l’ouest,  a su éviter, par le commerce, les guerres de Religion et le repli sur la terre qui caractérise nombre de terroirs français. Il est donc évident que la première chose qu’elle ne fera pas, dès qu’elle sera libre, c’est de s’enclore de hauts murs pour se garder de la France. Evident ? Pas pour tout le monde. Parce qu’elle a le tort irréparable d’être riche et industrieuse. A la pointe de la Bretagne d’aujourd’hui et de demain comme la Catalogne l’est en Espagne.

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