Mariage homosexuel : quelle est la position de votre député ?

15 Nov

Le débat sur le mariage homosexuel crispe et clive la société française, mais aussi le microcosme politique. En revanche, ses conséquences – l’adoption par les couples formés de deux personnes de même sexe et la procréation médicale assistée – suscitent une opposition bien plus large, y compris à gauche.

C’est ce que montre la carte de France des opinions des députés à ces trois problématiques, telle qu’elle est dressée par Mediapart

Incohérence de la gauche parlementaire

Moins du tiers des députés socialistes favorables à l’ouverture du mariage aux homosexuels sont favorables à l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples formées de deux personnes de même sexe. Et pour cause ! Leur permettre d’y recourir participera à  dénaturer la filiation, et donner à celle-ci un caractère fictif. Cependant, l’opposition de certains députés socialistes à l’ouverture de la procréation médicalement assistée dénote leur manque de cohérence : ils ne sont pas prêts à accepter les conséquences logiques de la réforme qu’ils plébiscitent pour des intérêts clientélistes.

Les homosexuels représentent environ 0.6% de la population française. Moins du quart d’entre eux demandent qu’on leur ouvre le droit au mariage. En effet, le PACS, institué en 1999 et complété en 2007 leur permet d’avoir les mêmes avantages et les mêmes protections que le régime juridique du mariage. Le « mariage homosexuel » est donc une loi réclamée par moins de 0.15% de la population et par les intérêts clientélistes de la gauche parlementaire (PS, EELV, Front de gauche) qui souhaite être moins « dans le camp du progrès » autoproclamé que de s’attacher le lobby gay.

Or, comme ne le manque pas de souligner Claire Neirinck, professeur en droit de la famille, en octobre 2012, il ne s’agit pas « simplement » d’amender la loi en y ajoutant juste le droit au mariage pour les homosexuels. Mais d’une réforme profonde non seulement du mariage, mais encore de la filiation, de l’adoption, et des bases de la société.

Quoi que dise la loi des hommes, quoi que décrète l’Etat, la nature est la plus forte. Il faudra toujours un homme et une femme pour faire un enfant, sans l’appui des techniques scientifiques. La loi défendue par l’actuel gouvernement repose sur la définition égalitaire selon laquelle un couple homosexuel = un couple hétérosexuel. La nature affirme le contraire puisque un couple homosexuel est stérile, un couple hétérosexuel peut procréer.

Par ailleurs, le mariage ne consacre pas un sentiment amoureux. Il est institué pour garantir la filiation, c’est-à-dire « pour organiser les conséquences de la procréation » et non la procréation elle-même qui relève de la liberté individuelle et de la sphère privée. « Il permet de désigner à partir de l’homme et de la femme qui se marient, la mère et le père des enfants qu’ils engendreront. » La présomption de paternité (pater est quem nuptiae demonstrant, le père est celui que désigne le mariage « révèle ainsi la spécificité du mariage en assurant à l’enfant sa double filiation ». Cette spécificité est reconnue par le conseil constitutionnel en ce qu’elle justifie que le mariage soit réservé aux couples hétérosexuels (décision du 28/1/2011).

Par conséquent ouvrir le mariage aux homosexuels, c’est mettre un terme à la corrélation de la loi avec la nature, l’institution du mariage comme cellule de base de la société, dont le but est la procréation et l’existence un cadre légal aux fruits de la procréation. C’est desexualiser l’état civil de l’enfant, c’est donc réformer l’adoption, la filiation, les modalités d’accès aux techniques de procréation (gestation pour autrui, pour l’heure interdite, procréation médicalement assistée). Loin d’être un texte anodin, une « réformette », un « progrès », c’est un changement de fond pour la société toute entière. La filiation qui était restée dans un cadre naturel deviendrait fictive, artificielle. Qui a pensé à l’enfant ?

 

Que pensent les députés Bretons ?

Mariage homosexuel et Adoption pour les couples homosexuels:

POUR : Gwenegan Bui (PS, 29-4), Richard Ferrand (PS, 29-6), Patricia Adam (PS, 29-2), Annick le Loch (PS, 29-7), Annie le Houérou (PS, 22-4), Marie-Anne Chapdelaine (PS, 35-1), François André (PS, 35-3), Nathalie Appéré (PS, 35-2), Jean-René Marsac (PS, 35-4), Yves Daniel (PS, 44-6), Michel Ménard (PS, 44-5), Sophie Errante (PS, 44-10), Monique Rabin (PS, 44-9), François de Rugy (EELV, 44-1), Jean-Pierre Fougerat (PS, 44-3), Hervé Pellois (PS, 56-1), Jean-Pierre le Roch (PS, 56-3), Gwendal Rouillard (PS, 56-5), Hervé Noguès (PS, 56-6).

CONTRE : Marc le Fur (UMP, 22-3), Thierry Benoît (UDI, 35-6), Isabelle le Callenec (UMP, 35-5), Christophe Priou (UMP, 44-7), Philippe le Ray (divers droite, 56-2).

Réfléchissent : Gilles Lurton (divers droite, 35-7), Marie-Odile Bouillé (PS, 44-8).

Ne répondent pas : Jean-Luc Bleunven (PS, 29-3), Chantal Guittet (PS, 29-5), Jean-Jacques Urvoas (PS, 29-1), Gilbert le Bris (PS, 29-8), Corinne Erhel (PS, 22-5), Michel Lesage (PS, 22-1), Viviane le Dissez (PS, 22-2), Marcel Rogemont (PS, 35-8), Marie-Françoise Clergeau (PS, 44-3) et Dominique Raimbourg (PS, 44-4), Paul Molac (Verts-UDB, 56-4).

Ouverture de la procréation médicalement assistée pour les couples homosexuels

POUR : Richard Ferrand (PS, 29-6), Patricia Adam (PS, 29-2), Hervé Pellois (PS, 56-1), Jean-Pierre le Roch (PS, 56-3), Gwendal Rouillard (PS, 56-5), Hervé Noguès (PS, 56-6), Marie-Anne Chapdelaine (PS, 35-1), Nathalie Appéré (PS, 35-2), Gilles Lurton (Divers droite, 35-7), Michel Ménard (PS, 44-5), François de Rugy (EELV, 44-1), Jean-Pierre Fougerat (PS, 44-3),

CONTRE : Marc le Fur (UMP, 22-3), Thierry Benoît (UDI, 35-6), Isabelle le Callenec (UMP, 35-5), Christophe Priou (UMP, 44-7), Philippe le Ray (divers droite, 56-2). Annick le Loch (PS, 29-7), Annick le Loch (PS, 29-7), Yves Daniel (PS, 44-6).

Réfléchissent : Gilles Lurton (divers droite, 35-7), Marie-Odile Bouillé (PS, 44-8). Gwenegan Bui (PS, 29-4), François André (PS, 35-3), Sophie Errante (PS, 44-10), Monique Rabin (PS, 44-9).

Ne répondent pas : Jean-Luc Bleunven (PS, 29-3), Chantal Guittet (PS, 29-5), Jean-Jacques Urvoas (PS, 29-1), Gilbert le Bris (PS, 29-8), Corinne Erhel (PS, 22-5), Michel Lesage (PS, 22-1), Annie le Houérou (PS, 22-4), Viviane le Dissez (PS, 22-2), Marcel Rogemont (PS, 35-8), Marie-Françoise Clergeau (PS, 44-3) et Dominique Raimbourg (PS, 44-4), Paul Molac (Verts-UDB, 56-4).

Certes, la non-réponse de certains députés ne préjuge pas de leur hostilité ou non au projet. Ainsi, certains d’entre eux n’ont pas été joints par Mediapart. Serge Grouard (2e circonscription du Loiret), n’a pas répondu, bien qu’il ait affirmé à plusieurs reprises son opposition au projet de loi portant ouverture du mariage aux couples de même sexe. A contrario, on peut penser que Marie-Françoise Clergeau ou Dominique Raimbourg sont favorables au projet. Cependant, le refus de certains députés de répondre à la question s’ils sont favorables – ou non – à l’ouverture de la procréation médicalement assistée pour les homosexuels, alors même qu’ils sont favorables au « mariage » homosexuel, la position hésitante d’autres, bien qu’ils soient eux aussi favorables à ce qu’ils estiment être un « progrès social », révèle un certain malaise. Loin d’être consensuel, le projet se traduit en clivages profonds, et loin d’être superficiel, il a des conséquences graves qui engendrent une légitime hésitation tant politique que populaire.

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3 Réponses to “Mariage homosexuel : quelle est la position de votre député ?”

  1. abre los ojos novembre 17, 2012 à 1:09 #

    « En effet, le PACS, institué en 1999 et complété en 2007 leur permet d’avoir les mêmes avantages et les mêmes protections que le régime juridique du mariage. »
    Avant d’affirmer une telle chose, il faudrait vous renseigner !!! Un couple pacsé n’a absolument pas les même avantages qu’un couple marié !
    1- En cas de décès d’un des 2 contractants, les biens acquis en commun ne reviennent pas automatiquement à l’autre … le survivant doit s’acquitter de droits de succession énormes pour un bien qu’il a déjà payé!
    2- le survivant, n’a pas droit à la pension de réversion de son conjoint….
    Mais vous avez raison, « à part ça » c’est la même chose !!!

    • Louis-Benoît GREFFE novembre 17, 2012 à 2:19 #

      Certes. Mais ce sont des inconvénients qui peuvent êtres résolus en réformant le PACS, et qui ne justifient pas, du fait de leur simple existence, le chamboulement du droit civil. Le PACS a été déjà amélioré en 2007. ll peut l’être à nouveau.

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  1. Les gays de Nantes aux opposants au mariage homo : fermez-là ! « Breizh Journal - novembre 22, 2012

    […] escalade outrancière dans la violence des arguments, jusqu’à nier tout droit au débat et à la réflexion  sur la question, escamotée par l’écran d’un « progrès social » a priori […]

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