Notre-Dame des Landes : et maintenant ?

19 Nov

Ce samedi, la manifestation de réoccupation a réuni entre 30.000 et 40.000 opposants de toute la France sur le site du projet d’aéroport. Des tonnes de matériel ont été amenées de partout et plusieurs chantiers ont commencé. La détermination d’Ayraultbespierre n’en a pas été entamée pour autant, mais Notre-Dame des Landes, encore boycottée par les médias mi-octobre, s’est hissée à la pointe de l’actualité. Et maintenant ?

La reconstruction se poursuit

A l’heure où nous écrivons, un chantier de reconstruction se poursuit dans le bois de Rohanne. La Préfecture de Loire-Atlantique, que nous avons joint, tient à rappeler que « toutes ces constructions sont illégales, et auront tôt ou tard vocation à disparaître. Nous y emploierons les moyens nécessaires, en temps et en heure, pour faire cesser le trouble à l’ordre public que représente cette occupation illégale ». De source interne à AGO, nous savons toutefois que l’apparition de nouvelles constructions sur le site a bousculé quelque peu le planning des destructions et expulsions préparé par cette filiale de Vinci, chargée de construire l’aéroport et mis en œuvre par les pouvoirs publics.

De son côté, la ZAD a sorti un communiqué de presse qui précise « Dès l’arrivée de la manifestation, 5 bâtisses pré-construites ont commencé à s’édifier : un espace de réunion de 80m2, une cantine, 2 dortoirs, un bloc sanitaires et un atelier ». Samedi, deux d’entre elles avaient été commencées. En parallèle, d’autres cabanes sont reconstruites un peu partout sur des terrains déjà rachetés par Vinci. Toutes ces constructions sont essentiellement en bois. Celui-ci a été soit ramené d’ailleurs, soit récupéré sur les fermes détruites par Vinci. Ainsi, le lendemain de la destruction de la maison du Tertre  nous y avons vu, sur place, une grande affluence, militants et tracteurs pour récupérer tout le bois qui pouvait l’être. Ferme, poutres et portes étaient emmenés, chargés sur des remorques et stockés un peu partout dans la ZAD.

La ZAD affirme que le terrain sur lequel sont édifiées les constructions collectives a été « prêté par un propriétaire opposé à l’aéroport et en cours d’expulsion », probablement un paysan du cru. Or ceux-ci, ainsi que leurs locataires légaux, bénéficient du fameux « moratoire » accordé par François Hollande et qui leur permet de rester sur place jusqu’à l’extinction de leurs recours, normalement non suspensifs. Par conséquent, les constructions collectives ne seraient pas détruites de sitôt.

 

Le travail des masses continue

En parallèle à la mobilisation sur le lieu de la ZAD, des manifestations et des réunions d’information sont organisées un peu partout tant sur le territoire français que hors de celui-ci. C’est ainsi que le même jour que la manifestation de réoccupation, une dizaine de manifestations avaient eu lieu dans tous les coins de France. Des collectifs de soutien se sont formés un peu partout, deux d’entre eux (Alsace  et Alpes-Maritimes ) ont même leurs pages sur Facebook.

Les opposants s’appuient aussi sur des « camarades de lutte » engagés ailleurs, soit contre Vinci (Khimki, près de Moscou), soit contre des projets qui saccagent la nature partout dans le monde. Ils peuvent compter sur un réseau de médias alternatifs – qui ne sont pas pour autant leurs sites officiels – comme Indymedia (IMC) pour relayer leurs appels à la mobilisation et leurs informations. Enfin, comme BreizhJournal, Actualuttes, Reporterre ou Bastamag, certains médias se sont toujours intéressés à Notre-Dame des Landes et suivent avec attention les événements sur place.

Demi-ferme à moitié détruite au Liminbout

Du côté des médias conventionnels, la couverture médiatique s’améliore, du fait de la présence accrue des politiques et de la montée en puissance de la lutte. Une nouvelle dépêche AFP est sortie à l’occasion de la manifestation de réoccupation. Elle contient encore quelques inexactitudes qui tendent à maximiser l’action des pouvoirs publics, mais moins que les précédentes. Ainsi, elle affirme que « treize fermes ont été détruites » depuis le début des opérations d’expulsion en octobre. Les Planchettes, le Liminbout (1 maison et une grange), la Gaîté, le Tertre, le Pré Failli (2) et la cabane du Sabot qui était une ferme maraîchère, cela fait sept fermes, non treize.

 

Une coalition politique des « anti » hétéroclite

Mélenchon (Front de Gauche), Jean-Vincent Placé (Verts), Besancenot (LCR) et… Marine le Pen (FN), une coalition pour le moins improbable de têtes d’affiches politiques qui mêle les has been, les politiciens d’appareil et ceux en quête de tous les sujets qui fâchent. Opportunistes ? Oui, sûrement. Marine le Pen ne se range par « du côté des opposants »  pour servir la Bretagne ou la nature, elle qui fait tant et tant pour faire oublier ses origines. Et qui se doute bien qu’il y a peu, sinon pas, de frontistes sur le terrain. Mais le ralliement de leaders politiques médiatisés sert incontestablement la lutte et renforce l’importance de l’opposition à l’aéroport, que tous les médias pressentent maintenant comme un sujet qui fragilisera le gouvernement et surtout Jean-Marc Ayrault, le premier Ministre.

 

« L’éxécutif a reculé devant tous les lobbys, pourquoi pas celui-ci ? »

Face à cette coalition des « anti », le gouvernement serre les rangs et se pose en défenseur de la légalité républicaine. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, en déplacement à Saint-Nazaire, affirme ainsi « la détermination du gouvernement à porter ce projet et à faire respecter la loi est totale ». François Hollande, président, s’est déclaré favorable à la poursuite des travaux. En clair, le gouvernement ne reculera pas devant les opposants. Pour l’instant, et devant les caméras en tout cas. Parce que la réalité est tout autre. Un membre de cabinet ministériel nous confie « Depuis le début de son mandat, l’exécutif a reculé devant tous les lobbys. Il continue de reculer partout, tant à l’étranger qu’à l’intérieur. L’exécutif navigue à la voile. Pourquoi il ne reculerait pas devant ce lobby-ci ? Pour sauver l’honneur du Premier Ministre ? ».

Le Canard Enchaîné de mercredi dernier nous apprend que le cabinet du Premier Ministre a commencé à réviser en urgence tous les partenariats publics privés (PPP) passés par le ministère de la Justice sous l’époque Sarkozy, y compris les PPP dont le ministère a déjà annoncé l’abandon. Dans la ligne de mire, les « prison-Bouygues », construites par le groupe de BTP et louées cinquante ans à l’Etat ensuite. L’aéroport de Notre-Dame des Landes est donc l’un des derniers PPP accepté tel quel par l’Etat, bien que le devis présenté par Vinci soit notoirement sous-évalué. Quelles sont les raisons objectives de ce « miracle » du BTP ? Si c’est l’honneur du Premier Ministre, il vaut 650 millions d’€. Prix susceptible de suppléments imprévus.

 

Notre-Dame des questions qui fâchent

Les frères Hamon chantent Notre-Dame des oiseaux de fer,  nos confrères pourraient chanter Notre-Dame des clivages, les Bretons Notre-Dame de l’esprit Breton, rétif à l’ordre venu de Paris, et les opposants, dont pas mal sont peu suspects d’aller à la messe – le dimanche, armés de marteaux et de clous, ils font l’œuvre de Joseph –  n’ont jamais autant invoqué Notre-Dame depuis qu’ils sont sur place.

Des questions qui fâchent, ce n’est pas ce qui manque. Est-ce que Notre-Dame des Landes fera éclater le gouvernement après avoir fâché les écolos et les socialistes, et ces derniers avec leurs camarades plus rouges ? Est-ce que Ayrault survivrait politiquement à un abandon de Notre-Dame des Landes ? Est-ce que le PPP, trop peu favorable à l’Etat, sera révisé ? Est-ce que la lutte gagnera en puissance jusqu’à se transformer en guerre ouverte contre Paris ? Ou est-ce que la mobilisation retombera comme un soufflé, clou chassé par les autres clous de l’actualité ? Vous n’avez pas fini d’entendre parler de ce petit bourg Breton qui résiste au béton et où la lutte décolle à peine. En vingt ans, le pays Nantais a refusé deux centrales nucléaires  et résisté à plus de pressions politiques et financières qu’aucun autre territoire français. Alors, un aéroport…

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5 Réponses to “Notre-Dame des Landes : et maintenant ?”

  1. Dominique novembre 19, 2012 à 5:29 #

    Il ne faut pas traiter chacun d’opportuniste. Un parti, une association, un syndicat défend une cause, manifeste … Pourquoi serait-ce de l’opportunisme?
    Je milite à Attac, suis très solidaire de Greenpeace et aime les idées du Front de Gauche.
    Dois-je rester à la maison par peur d’être pris pour un opportuniste?
    Moi je suis content de voir certaines têtes à cette manif, dans ces manifs ….

  2. Bruno Dalpra novembre 19, 2012 à 8:01 #

    ET MAINTENANT ?

    Le Collectif ALSACE de Soutien Contre Notre Dame des Landes va organiser

    1. Une opération humanitaire.
    2. Continuez à informer la population sur le projet absurde de l’Ayraultport
    3. Poursuivre la signature de pétition
    4. Regrouper les associations et fédérer pour de nouvelle action
    5. … et d’autres idées en préparation

    Le 17 Novembre n’était pas la fin d’une lutte, simplement le commencement d’une résistance à l’échelle national où nous, nous devons de venir en aide à ceux qui vont devoir se battes sur le terrain pour tenir la ZAD.

    Le collectif ALSACE, appelle tous les autres collectifs à poursuivre l’effort national et organiser un pont humanitaire et logistique pour permettre à la ZAD de tenir…

    L’Ayraultport Notre Dame des Landes ne passera pas! C’est tous ensemble, citoyens et citoyennes, que nous vaincrons l’Etat…

  3. LCParis20 novembre 19, 2012 à 9:46 #

    Il faudrait que les militant-e-s du PG mobilisés arrivent à convaincre le PCF de basculer dans l’opposition raisonnée et raisonnable à ce projet fou, alors on pourrait voir des lignes bouger au gouvernement, et peut-être la pression des ministres EELV deviendrait un facteur de poids dans l’esprit de nos deux décideurs Hollande-Ayrault…

  4. Bruno Dalpra novembre 20, 2012 à 10:45 #

    TRÈS BON ARTICLE! J’ai déjà réagi et maintenant j’en fait référence sur le blog du collectif ALSACE sous l’article suivant : http://collectif-alsace-contre-nddl.blogspot.fr/2012/11/notre-dame-des-landes-et-maintenant-via.html

    Cordialement
    Bruno Dalpra
    Président du collectif ALSACE NDDL

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  1. Notre-Dame des Landes : et maintenant ? | # Uzac chien indigné | Scoop.it - novembre 20, 2012

    […] Le Canard Enchaîné de mercredi dernier nous apprend que le cabinet du Premier Ministre a commencé à réviser en urgence tous les partenariats publics privés (PPP) passés par le ministère de la Justice sous l’époque Sarkozy, y compris les PPP dont le ministère a déjà annoncé l’abandon. Dans la ligne de mire, les « prison-Bouygues », construites par le groupe de BTP et louées cinquante ans à l’Etat ensuite. L’aéroport de Notre-Dame des Landes est donc l’un des derniers PPP accepté tel quel par l’Etat, bien que le devis présenté par Vinci soit notoirement sous-évalué. Quelles sont les raisons objectives de ce « miracle » du BTP ? Si c’est l’honneur du Premier Ministre, il vaut 650 millions d’€. Prix susceptible de suppléments imprévus.  […]

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