Archive | décembre, 2012

NDDL : Route à 2X2 voies écologique recherche arbres d’urgence

31 Déc

Le projet d’aéroport a beau être illégal au point de vue du droit européen et donc l’objet de nombreux recours judiciaires certains croient encore à sa réalisation. Notamment la DREAL, qui vient de passer un appel d’offres pour la fourniture des plantations qui borderont la future desserte routière de l’aéroport.

Cet avis diffusé le 7 décembre 2012 et auquel on peut répondre jusqu’au 7 février 2013, vise à réserver et à payer les arbres et les arbustes qui borderont en 2017 cette future voie d’accès à l’aéroport. Les végétaux seront réservés à l’automne 2013 et livrés entre « l’automne 2016 et le printemps 2017 ». Imaginez-vous la route du futur aéroport « à haute qualité écologique » qu’est Notre-Dame des Landes ? Telle une allée de château, elle serait donc bucolique et arborée ?

Une voie au gabarit du futur aéroport : surdimensionnée

Périmètre de la DUP. En gris, le barreau autoroutier.

Périmètre de la DUP. En gris, le barreau autoroutier.

Vroum. Ce sont les données du débat public de 2008   qui vendent la mèche. Non, elle ne sera pas bucolique. Ce sera une autoroute : « un axe structurant d’une dizaine de kilomètres reliant les futures autoroutes que sont la R.N. 137 et la R.N. 165 ». Les prévisions de trafic à l’avenant « 20 000 véhicules par jour » qui devront «  doubler en 2050 sur la section la plus chargée » justifient la « réalisation d’un « barreau à 2×2 voies avec des échangeurs à dénivelés et caractéristiques autoroutières ».

Les dimensions sont officiellement justifiées par les prévisions de trafic de l’aéroport. Le débat public préalable à la DUP en 2008 prévoyait 9 millions de passagers par an en 2065. Nous sommes en 2013 demain, l’aéroport ne sera – s’il se fait – inauguré qu’en 2018 et, dans son dossier de presse qui vient de sortir, Vinci a prudemment repoussé  son objectif de neuf millions de passagers pour… 2065. La vraie justification du gabarit est à chercher ailleurs. Il s’agit de relier les 2X2 voies qui lient Nantes à Vannes (RN165) et Nantes à Rennes (RN137) par un axe de même nature. Les deux grands axes précités sont appelés à se transformer en autoroute… et donc à finir par être concédés ou dotées de péages. Par ailleurs, les lier par le chemin le plus court permet aussi de repousser le plus possible la mise en 2×2 voies de la RD16 entre Pontchâteau et Ancenis par Héric. Ce projet à peine ébauché, qui prévoit notamment une déviation de Fay et de Héric via Saint-Emilien de Blain, suscite des levées de bouclier un peu partout. Un bourbier politique local d’ampleur égale, sinon bien supérieure à Notre-Dame des Landes, vu par les barons politiques nantais comme une possibilité pour leurs électeurs furieux de les envoyer tous en retraite anticipée.

L’autoroute appelée à desservir l’aéroport, les deux axes Nantes-Rennes et Nantes-Vannes, la déviation de Notre-Dame des Landes et les directions auparavant desservies par les routes qui traversent la ZAD (Fay, Vigneux, Blain, Le Temple, Grandchamp, Treillières, la Paquelais) s’accompagnera de deux ronds-points à mi-course et d’un échangeur à chaque bout, branché sur les deux grandes nationales. Celui de l’ouest, réalisé sur la ZI de la Croix Rouge au Temple où ses emprises sont déjà prévues dans le plan d’occupation des sols, occupera « 40 hectares » parce que ses multiples bretelles doivent assurer la « desserte locale » de la zone : vers le bourg du Temple, Malville, Cordemais ou encore la zone industrielle, par exemple.

Le « barreau autoroutier » serpentera sur les territoires de sept communes : Grandchamp-Des-Fontaines, Treillières, Vigneux-De-Bretagne, Le-Temple-De-Bretagne, Notre-Dame-Des-Landes, Fay-De-Bretagne et Malville. Sept communes pour 10 km, c’est rare en Loire-Atlantique, département où il n’est pas rare de voir des communes dépasser 60km² de superficie. Cependant les landes humides sur lesquelles l’on veut percher l’aéroport ont longtemps été indivises et réservées au pacage des bêtes des diverses paroisses qui se trouvaient autour. Le « chemin de Suez » continué par un autre qui remontait au nord-ouest était une limite historique des paroisses de Fay, au nord, et de Vigneux au sud. Au XIIe, les Templiers obtinrent de se créer un territoire sur la paroisse de Fay où ils implantèrent une commanderie, qui deviendra le Temple de Bretagne. Les landes indivises sont peu à peu partagées entre les paroisses entre le XVIIIe et la première moitié du XIXe, puis partagées entre les propriétaires et cadastrées jusque dans les années 1950. La création en 1871 de la commune de Notre-Dame des Landes entre Fay et Héric fixe définitivement les limites communales.

Un « fleurissement » à 1.2 millions d’€

Le marché peut nous permettre d’estimer le prix des plantations : salé. En effet, l’appel porte sur la culture et la fourniture de 419 arbres-tiges, 32 arbres tiges fastigiés et 9904 baliveaux ou cépées. Nous mettons l’appel d’offres à disposition

arbrescépéeL’arbre tige est un arbre qui a été élevé pour avoir un tronc assez haut et un houppier assez restreint, le houppier étant l’ensemble des branches, des maîtresses-branches jusqu’aux rameaux, situées au sommet du tronc. Il peut atteindre quatre mètres. Les arbres fastigiés – en faisceau – ont des branches collées au tronc qui se développent en hauteur, parallèlement à lui. Ce sont le plus souvent des variétés spéciales du bouleau, du hêtre, du cerisier ou du peuplier, certains conifères comme le cyprès ou d’autres feuillus plus rares comme l’érable à feuille de platane (Acer platanoides) ou le pommier de Sibérie (malus baccata). Les baliveaux sont de jeunes arbres non ébranchés, dont le tronc porte des rameaux depuis la base. Il ne s’élève guère plus haut que deux mètres. La hauteur de la cépée varie. Elle est formée d’un groupe de branches qui se séparent dès la base et se développent en même temps. C’est ainsi que repoussent les aulnes après qu’on coupe leur tronc. Les arbres en cépée poussent moins haut et sont plus esthétiques en hiver.

Il est assez difficile de prévoir le prix, tant il varie selon les espèces et les pépinières. Cependant, on peut faire une moyenne – étant donné qu’on ne plante jamais une espèce unique d’arbre et que l’on sait que le maître d’ouvrage a annoncé vouloir « privilégier les espèces locales » dans toutes les plantations de près ou de loin liées au projet aéroportuaire. Le prix de ce « fleurissement » autoroutier va de 500.000 € à 2 millions d’€, avec une moyenne à 1.2 millions d’€. Prix auquel il faudra encore ajouter le gazon, les fleurs des ronds-points etc. Le greenwashing  c’est facile, à condition d’y mettre le prix. Cela dit, avec toutes les plantations d’arbres et de haies faites depuis trois ans par les opposants, la ZAD devrait pouvoir proposer un contrat de culture bien moins cher et livrable de suite. L’autoroute devant être payée aux trois quarts par le contribuable (Etat, département, CCEG), le porte-monnaie du citoyen devrait y gagner. Il y gagnerait encore plus si d’aventure l’Etat décidait que la crise, c’est la crise, et qu’il abandonnait le projet. Mais de quelle crise parlez-vous?

Addendum

Le succès de BreizhJournal ne laisse pas certains de nos lecteurs indifférents. Plutôt que de vaquer à leurs affaires ou d’aller construire des cabanes, ils préfèrent faire les mouettes. C’est leur droit. Un blog me consacre un gros mollard cette nuit, selon lequel je suis un faf et BreizhJournal un asile de fachos. Les trois pelés et le tondu qui tiennent ce blog prétendent représenter la lutte contre Notre-Dame des Landes : ils ne représentent pas même les collectifs du 44. Ce blog est une escroquerie, et le billet, du même tonneau. D’autant plus qu’il s’appuie sur des extraits du site qu’il déforme sans même avoir l’honnêteté de citer les liens des articles de peur que les lecteurs ne se rendent compte de l’inanité de leurs accusations et de l’amplitude de leurs déformations. Ma faute ?  Malgré toutes les pressions, je fais mon travail pour informer toujours et encore sur Notre-Dame des Landes. Au grand dam de ceux qui pensent que seuls les anarchistes doivent communiquer sur le dossier. Je ne plie pas, comme je résiste contre tous ceux qui pensent que seuls les forces de l’ordres, l’Etat ou les médias bien en cour et dûment subventionnés doivent parler de Notre-Dame des Landes.

Alors comme je ne veux pas perdre mon temps parce que l’info, elle, n’attend pas, je réponds d’avance à tous les cracheurs de feu à venir.  BreizhJournal est un média indépendant Breton, qui s’occupe d’actualité politique, sociale, économique, en Bretagne. Les lecteurs sont libres de reprendre – sans aucune possibilité d’utilisation commerciale – tout ou partie des articles publiés ; cependant les résumés et les interprétations qu’ils en font sont leur propre fait et n’engagent en rien, ni BreizhJournal, ni les auteurs des articles originels. A un extrait coupé de son contexte, on peut faire dire ce que l’on veut. La preuve.

Je ne suis pas anarchiste, ni même de ce qu’on a coutume d’appeler « l’extrême-gauche ».  Je ne fais pas non plus partie de l’autre extrême, et je me tiens à l’écart des idéologies aliénantes et des extrêmismes, quels qu’ils soient, pour des raisons historiques que je porte en héritage. J’ai choisi de couvrir le dossier Notre-Dame des Landes pour diverses raisons qui n’ont rien de politique. L’une d’elles est que je connais Notre-Dame des Landes et je peux donc apprécier le fait que malgré leurs grands airs et leur tapage, les anarchistes ne représentent pas toute la lutte, loin de là. Ce serait trop simple pour tous ceux qui voudraient caricaturer les opposants. Par ailleurs, si le pouvoir fait comprendre que la ZAD est une « zone de non-droit », l’on peut constater que du point de vue du droit de l’environnement ou de l’urbanisme, le projet d’aéroport est une « zone de non-droit juridique ». C’est aussi une « zone de non-droit politique et économique», puisque l’on constate aisément à quel point le projet est flou dans ses bénéfices escomptés et est à contre-sens de l’évolution actuelle de l’aménagement du territoire. On ne fait plus dans le gigantisme, et quand on le voudrait, Vatry, Mirabel ou les grands travaux inutiles de la Belgique sont là pour nous rappeler les échecs passés.

A ceux qui crachent, menacent ou font pression sur BreizhJournal. Vous prétendez défendre les droits de l’Homme, la République ou les libertés fondamentales. Appliquez-les à votre vision du monde et acceptez que des gens qui n’ont pas vos idées politiques existent, s’expriment, informent. C’est ça, la liberté. Ou annoncez clairement la couleur : la liberté, c’est pour ceux qui ont vos idées politiques. Les autres, au goulag.

Ce mois-ci, BreizhJournal a publié une soixantaine d’articles sur divers sujets et attiré 25.000 visiteurs uniques du monde entier. Chaque jour, nous jetons un regard indépendant sur l’actualité en Bretagne, loin de tous les extrémismes. Merci à tous pour votre soutien et votre fidélité. Bonne Année 2013 et meilleurs voeux à tous !

Louis-Benoît GREFFE

Prospection minière : la mairie de Marsac sur Don vigilante

30 Déc

Ardoise, pierre bleue, fer, étain, charbon, uranium, or… une campagne de prospection va se dérouler dans les communes du Castelbriantais et du pays d’Ancenis. Mais la mairie de Marsac-sur-Don, une des communes concernées, suit le dossier de très près pour protéger ses terres agricoles.

Consultée pour donner un avis consultatif sur cette campagne, réalisée par la société Variscan Mines, M. le maire, Alain Duval, entend faire passer le message :  « nous ne laisserons pas faire n’importe quoi ». En effet, la société, implantée à Orléans, mais dont une grande partie des capitaux sont australiens, va réaliser une campagne de prospection, notamment aérienne, dans les environs de Guéméné, Nort, Derval, Châteaubriant et Ancenis en 2013.

Un chevalement en Bretagne : la mine de charbon de la Gautellerie (la Rouxière)

Un chevalement en Bretagne : la mine de charbon de la Gautellerie (la Rouxière)

Sur ces terroirs du pays de la Mée, de l’étain est tiré de la terre depuis l’Antiquité (Abbaretz), de la pierre bleue et de l’ardoise depuis le Moyen-Age, du fer et du charbon depuis le XVIIIe siècle. La plupart des sociétés minières ont cessé leur exploitation avant la 1e guerre mondiale ou dans les années 1930. Seules exceptions : l’aventure minière d’Abbaretz dans les années 1940 et 1950 et les mines de la Brutz et de Limèle, entre Fercé et Soulvache, qui ferment leurs portes en 1966. Depuis, le « Pas de Calais Breton » qui donna naissance, à Indret, à l’industrie d’armement française, s’est abîmé dans le silence et la ruine. Ce sont les fantômes d’un passé à peine révolu que les engins de la société Variscan s’apprêtent donc à réveiller. D’autant plus qu’il reste des ressources, mais dont  jusque là, le prix alors modique des matières premières rendait l’exploitation non rentable.

Seulement, dans la vallée du Don, la rivière qui coule à Marsac, et sur les croupes généreuses qui le bordent au nord et au sud, il est un autre or que la pierre bleue enfouie sous la commune : la terre. De la pierre, que l’on tirait par deux carrières et un puits vite délaissé, l’on faisait des couvertures, des clôtures en dalles plantées debout – des palis, de belles maisons en pierres apparentes. La terre, elle, a la valeur agronomique la plus élevée des environs, ou peu s’en faut. Alors, le maire est vigilant. Il explique à BreizhJournal « Nous avons été élus pour être responsables. Il y a des pressions sur la terre » – comme à Notre-Dame des Landes plus au sud, ou à Massérac, au nord-ouest, où un projet de décharge vient d’être évité de justesse. « C’est un bien précieux, et nous devons tout faire pour la garder, empêcher son artificialisation. Alors si la société trouve quelque chose, nous aviserons selon ce que c’est et l’emprise que ça occupera. Il faudra nous en faire valoir les bienfaits ».

La fugueuse du Puy-en-Velay serait bien à Notre-Dame des Landes

29 Déc

Exclusif. Depuis le 4 décembre, Camille Lauran et Geneviève Euvrard, deux lycéennes du Puy-en-Velay, ont fugué, peut-être pour rejoindre la ZAD de Notre-Dame des Landes et participer à l’opposition à la construction de l’aéroport. Nous venons de recevoir un témoignage exclusif qui prouverait la présence récente de Camille sur la ZAD.

« Elle est rasée sur les côtés de la tête et elle a les cheveux verts sur le dessus ainsi qu’une mèche verte devant (facile de la reconnaître)comparer avec sa photo d’avis de recherche et la nana sur la ZAD et vous verrez que c’est la même ».

20611_378131638943500_535140273_nUn appel à témoins a été lancé, via internet et Facebook. Comme dans tout appel à témoins de ce genre, les témoignages affluent et lancent les forces de l’ordre sur des pistes contradictoires. Ainsi, ces deux derniers jours, les deux jeunes filles auraient été vues en Suisse, à la gare de Toulouse ou encore à Nantes. Une chose est sûre : elles appartenaient à la mouvance anarchiste, d’après Jacques Louvier, procureur de la République de Puy-en-Velay, qui privilégie toujours la piste de Notre-Dame des Landes. Un avis de recherche national sera bientôt lancé et pourrait motiver des opérations policières sur la ZAD pour retrouver la jeune fille; cette disparition pourrait même fournir un prétexte opportun pour une intervention policière médiatiquement vendable à l’opinion. Dorian Piette, juriste en droit de l’environnement qui intervient auprès de l’ACIPA, estime que « c’est effectivement un bon prétexte, mais que toute intervention de policiers sur la ZAD créerait beaucoup de désordres, même avec un tel motif« . Le témoignage que nous avons reçu se recoupe avec d’autres qui nous ont été transmis.

Avant leur départ, les deux jeunes filles s’étaient confiées à leurs amis qu’elles pensaient rejoindre Notre-Dame des Landes pour participer à la lutte. Puis elles ont pris un convoiturage du Puy-en-Velay à Toulouse, d’où elles ont posté une lettre pour rassurer leurs proches, et de là ont rejoint un groupe qui remontait vers la ZAD. La mère d’une des jeunes filles est venue sur la ZAD mi-décembre, où elle ne l’a pas trouvée mais a diffusé abondamment son signalement et les photos de l’avis de recherche. C’est sur l’une de ces photos que se fonde le témoignage que nous avons reçu. Le procureur de la République du Puy en Velay, Jacques Louvier, a déclaré que les enquêteurs avaient établi que la jeune fille avait par ailleurs appelé depuis un poste de téléphone de Notre-Dame des Landes pour joindre ses parents.

L’ACIPA ne dénoncera pas sa présence

Dominique Fresneau, de l’ACIPA, nous précise que « l’ACIPA ne condamnera ni ne dénoncera la présence de personne sur la ZAD« . Toutefois, « dans l’hypothèse » où la jeune fille serait présente sur la ZAD, elle « sera invitée à donner de ses nouvelles à ses parents« . Du côté du droit, Dorian Piette balaie les accusations de détournement de mineurs : « l’ACIPA n’a jamais invité toutes les personnes ou tous les mineurs à fuguer pour rejoindre la ZAD et s’opposer à l’aéroport. Ces deux jeunes filles, si elles sont à Notre-Dame des Landes, ont pris leur décision librement et de leur plein gré. S’il y a une autre personne avec elles qui les a entraînées, c’est à elle que la justice et les parents devront, le cas échéant, demander des comptes« .

Camille de retour au Puy-en-Velay, Geneviève est toujours sur la ZAD

De son côté, Michel Lauran, le père de Camille, nous assure ne pas avoir de nouvelles, les enquêteurs étant en train de vérifier toutes les pistes ébauchées par les appels qu’ils ont reçus. Pour sa part, cet artisan-taxi des hauts plateaux de l’Ardèche n’est jamais allé sur la ZAD, mais se dit prêt à « renverser les montagnes » pour retrouver sa fille. « Si personne parmi la police ne veut aller l’y chercher, moi, j’irai« .

C’est justement ce qu’il a fait samedi soir vers 20h15, en récupérant Camille dans des conditions qu’il dit « rock’n roll » à Notre-Dame des Landes; Camille, rentrée au Puy en Velay, a été entendue dimanche après-midi par les enquêteurs. En revanche, il récuse les rumeurs de coups qu’il aurait échangé avec certains opposants dans le « bourbier » du site. « Je m’expliquerai quand on aura récupéré Geneviève« , nous confie Michel Lauran. La jeune fille de 16 ans a appelé sa mère hier et elles ont parlé quelques minutes; Geneviève souhaite rester pour l’instant sur la ZAD de Notre-Dame des Landes.

Le chômage baisse enfin en Bretagne

28 Déc

Bonne nouvelle pour Noël en Bretagne. Alors que la France gagne 30.000 chômeurs de plus (+0.9%), la Bretagne en perd 293 et voit son chômage baisser de 0.15%. Une baisse qui vient mettre fin à dix mois consécutifs de hausse du chômage dans les cinq départements de la Bretagne historique.

Depuis février 2012, la Bretagne a gagné 19561 chômeurs (+10.3%). Dans le détail, en novembre, les Côtes d’Armor gagnent 94 chômeurs (+0.40%) et le Morbihan 154 (+0.50%). Le Finistère en perd 154 (-0.40%), l’Ille-et-Vilaine 209 (-0.5%) et la Loire-Atlantique 167 (-0.30%).  Dans ce dernier département, la baisse du chômage est tirée par l’augmentation du taux d’emploi des jeunes, notamment des jeunes femmes dont le chômage baisse de 4.2% sur un mois. Dans le Finistère, le chômage baisse pour la première fois depuis six mois, dans les Côtes d’Armor depuis neuf mois, et depuis huit mois en Loire-Atlantique. Dans le Morbihan, la dernière baisse remonte à cinq mois et à huit mois dans les Côtes d’Armor.

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Cette bonne nouvelle s’accompagne d’une autre : les Chantiers de Saint-Nazaire ont engrangé une méga-commande. Cependant, les travailleurs devront encore supporter au moins trois mois de chômage technique et la déconfiture de certains sous-traitants (PMO Navale par exemple) devrait se poursuivre. N éanmoins, la baisse de novembre fait écho à un mouvement de fond, amorcé par la décélération de la progression du chômage en octobre. A nouveau, comme en janvier 2012, la Bretagne se singularise en résistant mieux que d’autres à la crise et au flou artistique qui règne au sein de la politique économique  du gouvernement de Paris.

L’accalmie risque cependant d’être de courte durée : effet des surcroîts de commandes pour les fêtes, les soldes et les inventaires, les offres d’emploi précaires augmentent. La baisse des offres d’emploi supérieures à 6 mois continue sur le même rythme que les deux mois précédents. 2807 offres d’emplois d’une durée supérieure à 6 mois ont été collectées en octobre, en Loire-Atlantique. Elles n’étaient plus que 2448 en novembre.

La Normandie recrute 

Autour de la Bretagne, la situation s’améliore globalement, à l’exception notable de l’Anjou. La Manche perd 201 chômeurs de catégorie A en novembre (-1%). Le chômage est stable dans l’Orne (-0.1%) et baisse dans le Calvados (-0.7%). La DIRECCTE locale a dressé la liste des professions qui peinent à recruter. La Basse-Normandie recherche des géomètres, des dessinateurs industriels, des ingénieurs, des bouchers et des infirmiers. Le Maine-et-Loire (Anjou) gagne 360 chômeurs en novembre (+1%). La Mayenne en perd 65 (-0.7%).  La Sarthe en gagne 19 (+0.1%). En Vendée, avec 11 chômeurs de moins, le taux de chômage stagne.

Chômage technique jusqu’en avril au moins aux Chantiers

28 Déc

Les chantiers de Saint-Nazaire, dont la situation commençait à devenir critique sont sauvés à moyen terme par la commande, pour le compte de l’armateur RCCL (Royal Caribbean Cruise Lines)  d’un super-paquebot de 360m de long par 656 de large, pour 2700 cabines. 8460 personnes pourront voyager sur ce nouveau géant des mers, dont la construction représente 10 millions d’heures de travail, de septembre 2013 à sa livraison au printemps 2013.

Le contrat, estimé à 1 milliard d’€, est assorti d’une option pour un autre navire semblable livrable en 2018. STX a aussi annoncé sa réorganisation vers des marchés plus modestes, tels que les fondations d’éoliennes, les navires technologiques (pour pérenniser le site de Lorient), etc. Mais dans l’immédiat, rien ne change pour les travailleurs de Saint-Nazaire, comme nous l’explique Joël Cadoret, délégué CGT des Chantiers.

BreizhJournal : M. Cadoret, que pensez-vous de la commande et que change-t-elle pour les ouvriers des Chantiers ?

Joël Cadoret : Cette commande est assurément une très bonne nouvelle, qui redonne de l’horizon aux Chantiers et de l’espoir aux travailleurs, mais dans l’immédiat, elle ne change rien. Le chômage technique continue. L’atelier phare des Chantiers, celui des panneaux plans, est fermé. C’est 200 personnes qui sont au chômage. Il y a des périodes de chômage tournant dans les autres ateliers. Certains sont ouverts, mais tournent au ralenti.

BreizhJournal : la construction des demi-BPC pour la Russie (*) a été avancée pour pallier au déficit de charge de travail. Suffit-elle à occuper suffisamment les salariés ?

Joël Cadoret : Assurément non ! Les deux demi-BPC sont finis, pour ce qui concerne la partie en atelier. Là, ils sont en cale sèche et en prémontage. Ils ne représentent qu’une charge de travail hélas peu importante. Il  nous faut d’autres commandes.

Entrée des Chantiers de Saint-Nazaire

Entrée des Chantiers de Saint-Nazaire

BreizhJournal : justement, avez-vous des pistes ?

Joël Cadoret : Nous avons écrit juste avant Noël au Premier Ministre Ayrault pour solliciter une réunion tripartite entre nous, la CGT de la SNCM et lui afin de travailler sur les besoins de la SNCM en car-ferries  car il faut un projet industriel aux Chantiers. Pour l’heure, nous n’avons pas encore reçu de réponse. 

BreizhJournal : pensez-vous que l’action de l’Etat a été efficace pour gérer la crise que traversaient les Chantiers et leurs sous-traitants ? Notamment, pour ne pas le citer, le ministère du Redressement productif ?

Joël Cadoret : Ce qui est sûr, c’est que le ministère des Finances est intervenu pour boucler rapidement le financement nécessaire à la construction des bateaux par les Chantiers et pour les formalités à l’exportation. L’Etat a probablement facilité aussi le contrat avec Areva [pour les socles d’éoliennes]. Nous ne mettons pas les ministères en concurrence. Tout ce qui compte, c’est que l’Etat est intervenu positivement. Et qu’il doit poursuivre son effort.

Breizhjournal : merci de nous avoir accordé du temps. Une dernière question : jusqu’à quand estimez-vous que la situation sera difficile pour les travailleurs des Chantiers ?

Joël Cadoret : Les bureaux d’étude reprennent le travail le 7 janvier. Cela représente à peu près 400 personnes qui vont retrouver de l’activité. Il faut de 3 à 6 mois d’études, notamment parce que l’on ne connaît pas encore toutes les modalités du bateau. Jusqu’en avril, ce sera difficile. Après, les travailleurs auront de la visibilité. L’objectif de la CGT est que le chômage technique cesse le plus rapidement possible.

 

Note : les « deux demi-BPC » sont les bâtiments de projection et de commandement (porte-hélicoptères amphibies) que la France doit livrer à la Russie en 2014 et 2015. Dans le cadre d’un transfert de technologie, une partie d’entre eux est construite par les chantiers Baltic Plant Shipbuilding à Saint-Petersbourg. Le premier BPC, nommé Vladivostok, sera réalisé à 80% par STX et 20% par le chantier russe ; le second, nommé Sébastopol, verra la participation russe monter à 40%. Le contrat prévoyait également une option pour la construction de deux autres porte-hélicoptères en Russie, sur le chantier naval de Sevmach avec un haut degré d’intégration locale, soit jusqu’à 80% de matériaux russes. Une brève intitulée « le Mistral se dégonfle » a été publiée par le quotidien économique russe Vedomosti le 21 décembre. Selon celle-ci, le pouvoir russe aurait choisi de ne pas lever cette option.  Le journal, qui cite un haut fonctionnaire du gouvernement, précise que les deux BPC en cours de construction seraient achevés.

NDDL : comment les habitants de Loire-Atlantique soutiennent la lutte ?

28 Déc

Depuis quelques semaines, le soutien local aux occupants de la ZAD opposés au projet d’aéroport s’intensifie. Blocages de péages, gardes tournantes sur la ZAD, rassemblements ou encore mailing intensif : les formes sont nombreuses, le but unique. Faire reculer Vinci et le gouvernement.

"Libération" du péage d'Ancenis samedi 22/12/2012 par le collectif de soutien ZAD - Châteaubriant

« Libération » du péage d’Ancenis samedi 22/12/2012 par le collectif de soutien ZAD – Châteaubriant

Ainsi, le péage du Bignon et celui d’Ancenis sont régulièrement la cible d’opérations de « libération ». Péage libre, barrières relevées, autant d’économisé pour les automobilistes qui affluent vers Nantes (ils paient 4.60€ à Ancenis). Les deux seuls péages de Bretagne, d’autant plus incongrus que depuis le XIIIe, les Ducs, puis les gouverneurs de Bretagne ont tout fait pour limiter et réduire les octrois et les péages routiers, ont été bloqués deux fois en décembre par les opposants, la dernière fois le 22 décembre. A Ancenis, l’opération était organisée par le collectif de Châteaubriant, qui bloque aussi régulièrement la permanence du député PS Yves Daniel. L’opération de libération du péage a amené du cash : 1000 € ont été collectés par les membres du collectif, qui invitaient les automobilistes à contribuer à la lutte. Ils seront versés sur le compte de la ZAD afin de faire face aux importants frais de justice engendrés par les recours multiples et la défense des opposants, régulièrement interpellés et jugés.

Les comités locaux, cellules de mobilisation paysanne

Au centre de toutes ces actions locales, telles les visites de permamence ou les rassemblements sur les chantiers faits par des filiales de Vinci, une pièce maîtresse : les collectifs locaux de soutien. Au 6 décembre, ils étaient 23 en Bretagne, dont 7 en Loire-Atlantique : Châteaubriant, Saint-Nazaire, Orvault, Nantes, Clisson, le Loroux, Vallet. S’y sont ajoutés depuis un très actif comité à Blain, un autre dans la région de Nozay-Nort sur Erdre (sud du Castelbriantais), un qui rassemble les habitants des communes du sud de la Vilaine (canton de la Roche-Bernard), un autre pour le nord de la Brière, un pour Guenrouët et la vallée du Brivet, etc.

Omniprésents dans la lutte, les tracteurs sont la marque visible du soutien du monde paysan

Omniprésents dans la lutte, les tracteurs sont la marque visible du soutien du monde paysan

Ces comités sont structurés à la fois par les militants pour l’environnement et les agriculteurs. La Confédération Paysanne, très impliquée dans la lutte puisqu’elle fait partie des organisations qui forment la coordination contre l’aéroport, a formé un planning tournant de gardes paysannes. Chaque semaine, des paysans volontaires d’un canton vont sur la ZAD et montent la garde ou participent au montage des cabanes, sur la Chat Teigne et ailleurs. Ils y laissent souvent un voire  deux tracteurs, et quand ils en ont besoin, peuvent compter sur la solidarité d’autres agriculteurs. Cette organisation concerne les exploitants du centre et du nord de la Loire-Atlantique, de la Brière à Ancenis et de Châteaubriant à la Loire. Mais d’autres agriculteurs Bretons viennent prêter main forte. Le mardi, sur la ZAD, c’est le jour des paysans d’Ille-et-Vilaine. Et les morbihannais devraient venir « prendre la relève » des comités locaux en janvier.

Action locale, information et collecte de matériels

Les comités locaux font aussi des actions là où ils sont implantés. Organisés en commissions (sous-groupes), à raison d’une par sujet à traiter, ils tractent sur les marchés, organisent des rassemblements devant les lieux de pouvoir (tous les vendredis à Châteaubriant, un jour sur trois à Nantes), collectent des ressources et du matériel pour la ZAD. Leur action a été précisée par l’AG inter-comités qui a eu lieu le week-end des 15 et 16 décembre. Quand la ZAD organise des grands événements, comme le festival musical FestiZAD du 4 au 6 janvier 2013, ils pourvoient aux besoins logistiques (chapiteaux, cables, matériel technique). Des membres des comités locaux organiseront aussi l’accueil des visiteurs et des groupes. Il est d’ailleurs éclairant de constater qu’en un minimum de temps, la ZAD a pu réunir un matériel assez important pour son festival, puisqu’il ne lui manque actuellement qu’un corps de batterie et une régie avec système dmx pour les jeux de lumière. La collecte d’argent a été l’objet de longs débats pendant l’AG inter-comités. Elle sera finalement développée, parce que les opposants vont faire face à « d’importants frais judiciaires » liés aux recours engagés autour de la Chat Teigne et du projet d’aéroport en général, mais aussi pour la défense des militants interpellés par les gendarmes et souvent jugés en comparution immédiate.

Des idées d’action circulent par mailings et sur le site de la ZAD. L’une d’elle, abordée le WE du 16 décembre, devrait être reprise par une grande partie des comités locaux : intervenir pendant les vœux des élus dans les collectivités, soit passivement en brandissant des pancartes, soit activement en prenant la parole pour interpeller élus et citoyens et diffuser partout l’esprit de la lutte.  Autre action organisée souvent par les comités locaux : les réunions d’information nombreuses, dont nous parlions déjà en novembre. Elles sont maintenant de plus en plus locales, réunissant un « zadiste  historique », c’est-à-dire présent sur la ZAD depuis plusieurs mois, avant le début des opérations policières le 16 octobre, des paysans de Notre-Dame des Landes, un ou plusieurs élus ou militants opposés au projet (pilotes, élus, paysans…).  Par exemple, une soirée d’information et de débat sur le projet est organisée à Saffré le 28 décembre à 20h (salle municipale Haut) par le Collectif d’élus doutant de la pertinence du projet d’aéroport (CéDPA) et le comité de soutien local Nozay-Nort-s/Erdre. Certains des comités locaux éditent aussi des tracts. Nous mettons à disposition le tract commun édité par les comités locaux du Sud-Vilaine et du nord de la Brière, qui annonce les réunions locales d’information début 2013.

Blain : des cartes d’électeur qui interpellent

Autre action locale, les déchirages groupés de cartes d’électeurs. Le très actif comité de
Blain a réuni 70 personnes qui ont déchiré 83 cartes. Ce qui n’a pas manqué d’interpeller le maire de Blain Daniel Leroux (PS), lui aussi opposé à l’aéroport et membre du CéDPA, mais qui a répondu dans l’Ouest France du 18 décembre qu’il « ne peu[t] cautionner l’action de déchirer sa carte d’électeur » ce qui reviendrait « à faire acte publiquement d’un abandon » du droit de vote acquis par une longue lutte historique. Le comité lui a répondu que le gouvernement et les barons locaux n’étant pas dans une logique de dialogue – qui ne peut être arraché qu’après des violences qui ne pouvaient plus être cachées aux médias, « face au mépris du pouvoir, il ne reste plus aux citoyens que le pouvoir de déchirer leurs cartes d’électeurs pour émouvoir leurs élus locaux » et les pousser à s’engager plus avant, conformément aux vœux de leurs électeurs. En effet, en 2008, lors du basculement de la commune de Blain à gauche – dès le 1er tour et avec des scores sans appel – la liste de gauche plurielle s’était engagée sans ambiguïté contre l’aéroport.

L’annulation du marché de lobbying illégale

Des opposants déterminés à ne pas se laisser prendre pour des pommes.

Des opposants déterminés à ne pas se laisser prendre pour des pommes.

L’action se dématérialise aussi, et prend de l’ampleur en étant relayée par les comités locaux. Par exemple, lorsque l’appel d’offres de « prestations intellectuelles de lobbying » sur les réseaux sociaux (190.000€) a été passé par le syndicat mixte chargé de la mise en place institutionnelle de l’aéroport, 3.000 personnes ont suivi l’appel de Reporterre à réclamer le dossier de consultation. Les services ont été complètement débordés et Auxiette, le président de la région Pays de Loire a préféré annuler l’appel d’offres. Problème : cette annulation est très probablement illégale  parce qu’elle est dénuée de motif, et qu’on ne peut annuler un appel d’offres en cours que pour des motifs « d’intérêt général » (article 59 du code des marchés publics, IV) Or, aucun de ces motifs récemment précisés  par Pierre Moscovici ne convient au cas d’espèce. La politique de Gribouille continue.  Et ce d’autant plus qu’une enveloppe de 400.000 € a été prévue pour le lobbying médiatique de l’aéroport, et elle sera utilisée. A raison de 60.000 € par campagne publicitaire pleine page dans Ouest-France, Presse-Océan et les hebdos associés, il y a de quoi en organiser six autres tout en renflouant le grand journal rennais, déficitaire et fortement subventionné du reste.La conjuration des cyber-chouans

Statue connue pour être celle d'un chouan. Abbatiale St Gildas de Rhuys (XIXe).

Statue connue pour être celle d’un chouan. Abbatiale St Gildas de Rhuys (XIXe).

La lutte des zadistes sait aussi marcher avec son temps. Les trucs et astuces du parfait cyber-militant circulent entre les comités : adresses jetables, recours à TOR et à Usenet, proxys, groupes Google, listes de diffusion chez Yahoo, Sympa ou RiseUp, jeunes et vieux se mettent à un web moins surveillé et plus actif. Plus efficace en somme pour bombarder de mails les petits ou grands responsables de Vinci, dont les adresses mail professionnelles sont en libre-service sur les sites militants. Des actions sont faites auprès des filiales de Vinci, dont une centaine est active en France.  Des mails-types sont envoyés par dizaines, par centaines, par des citoyens de partout. L’un d’eux concerne le libre passage des buses au-dessus du futur aéroport, y compris de la « triple buse Vinci ». D’autres posent des questions nettement plus sérieuses, piochées parmi les nombreuses imperfections et inexactitudes du projet officiel.

Sans intérêt, diront les esprits chagrins… peut-être, mais la pierre et la fronde sont l’arme des petits. D’un côté, Goliath et ses millions, les pressions du pouvoir, « leur justice »  de l’autre, des citoyens qui n’ont que peu de moyens, et dont la solidarité et le dévouement supplée à leur pauvreté. Parce que s’il existe bien une Association Citoyenne Pour la Réalisation de l’Aéroport de NDDL (ACIPRAN),  son téléphone de contact est domicilié aux bureaux de la Chambre de Commerce et d’Industrie à Nantes. Pour un mouvement citoyen, peut mieux faire. Alors sur la ZAD, en Loire-Atlantique, en Bretagne et dans le reste du monde, des petites mains chaque jour plus nombreuses communiquent la lutte à tous les étages de la toile du web. Et pour l’instant, la vague ne fait que s’amplifier. Laissons le mot de la fin à un militant de Clisson : « Le pouvoir dépense des centaines de milliers d’€ d’argent public pour faire du lobbying. Nous on fait la même chose, mais gratis, et ça a une portée énorme. A chaque mail, Vinci se prend ZAD dans sa gueule».

Bruxelles hostile à l’indépendance de l’Ecosse

27 Déc

José Manuel Barroso multiplie les interventions ces derniers temps contre l’indépendance de l’Ecosse. Il a dernièrement affirmé que l’adhésion de l’Ecosse à l’UE ne sera en rien automatique, bien qu’une Ecosse indépendante soit « appelée » à y adhérer. La Commission  exige la clarté des institutions et des statuts de l’Ecosse indépendante, mais elle souhaiterait en même temps que le Royaume-Uni demeure « entier ».  Pourquoi ? Parce qu’elle estime que la création de cet Etat risque de « renforcer le phénomène d’une Europe à deux vitesses ». Crainte qui paraît injustifiée : l’Ecosse est – sur le plan économique – un pays d’Europe du Nord qui sera le 6e plus riche d’Europe après son indépendance.

yesscotland3La vraie raison est à chercher ailleurs. Dans un rapport nommé  écrit pour l’European Policy Centre en octobre par Arno Engel et Roderick Parkes, l’on découvre la vérité. Bruxelles essaie d’empêcher l’indépendance de l’Ecosse pour éviter un précédent.  La « balkanisation de l’Europe », ou son éclatement selon les minorités nationales est un phénomène dénoncé par plusieurs états membres disposant de fortes minorités internes : Chypre (Turcs), Grecs (Turcs, Bulgares et Macédoniens), Roumanie, Slovaquie (Hongrois), Espagne (Basques et Catalans). La France, elle aussi concernée joue de son influence discrète.

Cette démarche, formée d’avertissements successifs aux opinions anglaise et écossaise, et de pourparlers tendus avec le gouvernement écossais d’Alex Salmond, deux ans avant le référendum pour l’indépendance prévu en 2014, est envisagée comme un préalable. Si le processus d’indépendance poursuit son cours, l’on ne pourra pas reprocher à Bruxelles de ne pas être intervenue.  D’autant plus que l’indépendance de l’Ecosse – et de la Catalogne – trouve des appuis parmi les jeunes états nations de l’Europe (Etats Baltes, Slovénie), les nations qui ont dû lutter longtemps pour gagner leur liberté (Pologne) et celles qui ont des minorités nationales enclavées dans d’autres pays qui souhaiteraient rejoindre l’Etat de leur peuple (Hongrie, Bulgarie).

Les discussions se concentrent maintenant sur un point plus épineux : le statut de l’Ecosse vis-à-vis de l’UE. En effet, bien que les Ecossais n’aiment pas beaucoup Margaret Thatcher, ce sont les avancées qu’elle a arrachées à l’UE – contribution moindre et aides supérieures – qu’ils prétendent vouloir conserver, au risque de devenir un « nouveau vieux membre » de l’UE et de renforcer des inégalités qui hérissent déjà substantiellement les Etats voisins, dont la France. La Commission essaie d’obtenir de l’Ecosse, par la menace comme par les promesses, qu’elle abandonne les particularités consenties à l’Angleterre et se conforme au processus d’adhésion commun.

Le rapport fait pour l’EPC s’interroge sur la démarche de Bruxelles posée sur la rigidité des règles de l’Union et qui consisterait à « punir » un Etat légitimé par la volonté populaire et par le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. L’EPC estime que la rigidité de Bruxelles prouve sa « faiblesse » et sa peur devant le phénomène des indépendances en Espagne et au Royaume-Uni, et appelle l’UE à « adapter selon les circonstances » les règles tirées de ses traités pour « intégrer au mieux » les nouveaux Etats appelés à naître sur le continent. Car les difficultés subies par l’Ecosse le seront aussi par la Catalogne, dont le peuple est déterminé à former le « next european state » (le prochain état européen), si la position de Bruxelles n’évolue pas.