Aux Chantiers de Saint-Nazaire « pas de nationalisation sans projet industriel ! »

13 Déc

Arcelor à Florange, Petroplus à Petit-Couronne, Rio-Tinto à Saint-Jean de Maurienne : tout le monde connaît ces usines dont leur direction étrangère ne veut plus et dont le sort intéresse tant les médias que les hommes politiques de tous bords. Mais en Bretagne, à mille kilomètres de là, un autre site emblématique est menacé des mêmes périls : le site des Chantiers Navals de Saint-Nazaire et de Lorient.

Nous annoncions cet été sur l’ABP que STX Lorient et Saint-Nazaire allait entrer dans le brouillard à la fin de l’été. C’est le cas, et maintenant, nous précise le délégué CGT des Chantiers, Joël Cadoret, « nous entrons dans un chômage technique à durée indéterminée » parce qu’il n’y a plus aucune charge de travail, mis à part les BPC pour la Russie prévus initialement pour 2014 et 2015 et avancés; sur ceux-là, une partie seulement des salariés travailleront.

Les sous-traitants coulent à pic

800px-ChantiersAtlantiqueUne filière navale Bretonne au point mort, tant à Lorient qu’à Saint-Nazaire, et aussi chez les sous-traitants. Certains, comme la SMCO, SMCN et les chantiers Baudet, ont réduit fortement la voilure  ou ont déposé le bilan. SMCO, dont 39 salariés ont été repris début mars par le groupe provençal Ateliers de Fos, s’est recentrée sur la grosse tuyauterie pour la pétrochimie, portée par la demande soutenue de Total à Donges et de GDF. En ce moment, PMO, société de découpe et d’emboutissage installée à Montoir et dont nous signalions les difficultés en février  licencie 16 salariés sur 27. Cette société avait créé il y a cinq ans une filiale, PMO Navale et un atelier sur le site même des Chantiers, qui employait 22 salariés. 16 salariés sur les 22 seront licenciés le 20 décembre et l’atelier a fermé dès le 7 décembre, pour ne rouvrir que début janvier, avec seulement 3 personnes qui interviendront sur des pièces des 2 BPC russes. Un autre sous-traitant prépare lui aussi un plan de licenciements. « Ce sont des gens qui étaient présents à nos côtés depuis des années », constate Joël Cadoret, « et maintenant c’est tout le bassin nazairien qui s’enfonce lentement dans le sinistre et le marasme ».

Pas de projet industriel

Chantiers DCNS de Lorient (ex-Leroux).

Chantiers DCNS de Lorient (ex-Leroux).

Alors le contraste de traitement médiatique et politique entre Florange, St Jean de Maurienne ou Petroplus et les Chantiers étonne, pour le moins. D’autant plus que c’est le seul et dernier chantier naval d’envergure français, et s’il ferme, la France sera un pays avec «4 000 kilomètres de côtes sans chantier naval », selon Nathalie Durant-Prinborgne, déléguée FO des Chantiers. Les syndicats et les ouvriers, quels qu’ils soient, dénoncent depuis cinq ans l’absence totale de politique de développement industriel de STX à Saint-Nazaire, site qui obtient des commandes seulement lorsque l’Etat s’y engage. Et comme son engagement concret tarde – tant sur les assises des éoliennes offshore que du côté de la coordination avec les besoins d’autres acteurs français, tels que GDF ou la SNCM  – les Chantiers sont plus que jamais en péril, et avec eux, 12.000 emplois induits sur 20 communes autour de Saint-Nazaire.

« On peut nationaliser tant qu’on veut, on a besoin de perspectives au préalable »

Sur la question des nationalisations – clairement exclues par Arnaud Montebourg dont « le manque de volonté évident à sauver les Chantiers » est dénoncé – la position des syndicats nazairiens diverge considérablement avec celle des organisations représentatives de Florange. En effet, à Florange, site peu viable, tout au moins pour la filière chaude, prise en écharpe entre la baisse de la demande d’acier et la hausse du coût de l’énergie, les syndicats demandent au préalable une nationalisation ou un fort engagement de l’Etat avant de mettre en avant un projet industriel pour l’heure balbutiant (Ulcos), dont les seuls contours connus sont ses coûts (623 millions d’€).

A Saint-Nazaire, le délégué CGT Joël Cadoret plaide au contraire pour la mise en place claire d’un « projet industriel viable ». La CGT a proposé des pistes : coordination avec la SNCM, qui doit renouveler ses car-ferries, travail avec GDF-Suez, puisque cette compagnie cherche aussi à acquérir de nouveaux méthaniers. Les Chantiers disposent d’un savoir-faire dans les deux domaines. Du côté de la SNCM, l’Assemblée de Corse a adopté cet automne une nouvelle délégation de service public. La desserte de la Corse sera faite avec sept navires mixtes (fret et voyageurs) depuis Marseille uniquement. La SNCM est donc obligée de remplacer ses actuels ferries, dont le taux de remplissage ne dépasse pas 35% et qui sont gourmands en carburant, par 7 à 8 unités neuves… un marché possible pour Saint-Nazaire. Une solution mise en avant par la CGT des Chantiers, mais aussi par celle du port de Marseille et par les syndicats de la SNCM et qui se heurte notamment à « l’indifférence » de Montebourg, ministre du Redressement Productif, au sujet des Chantiers et surtout à l’organisation régionale à outrance de ses « commissaires » délégués, à raison d’un par région administrative.

Les syndicats de Saint-Nazaire en appellent maintenant à une intervention de l’Etat, actionnaire à raison d’un tiers du capital de STX France, et dénoncent le « manque de courage » du gouvernement pour préserver les intérêts des sites industriels, des emplois et du pays. Ils exigent aussi que « l’Etat réponde aux questions et aux pistes » qu’ils ont ébauchés pour les Chantiers. L’Etat, actionnaire depuis 2008, était entré au capital pour « préserver les intérêts nationaux ». Ils prennent aussi langue avec les élus locaux, maire de Saint-Nazaire, sénateur (Yannick Vaugrenard), conseillers régionaux, généraux, département de Loire-Atlantique. Mais « si les élus sont favorables au principe de sauver la navale, pour ce qui est du concret, ça ne suit pas« , constate Joël Cadoret.

Ayrault : « comment fera-t-on pour refuser à Saint-Nazaire une nationalisation que l’on aura acceptée à Florange ? »

Pour l’heure, on ne prend pas le chemin d’un engagement massif de l’Etat. A la marge, les dispositifs de financement à l’export ont été améliorés. Un effort minimal, jugé « très insuffisant », sur place. Et c’est là que réapparaît le fantôme de Florange. En effet, Jean-marc Ayrault, premier ministre, a refusé le plan élaboré par le ministère des Finances sous le nom de code « projet Séraphin ». Ce plan, dévoilé par le Canard Enchaîné du 12 décembre, prévoyait un engagement direct qui ne dépassait pas 500 millions d’€, voire moins parce que le site coûte bien moins que cette somme, et un désengagement progressif comme l’Etat l’a fait pour Alsthom, avec succès. Des investisseurs de taille suffisante, Serin, Duferco et Severstal, avaient été approchés et s’étaient décidés à faire partie du projet pour donner un avenir à l’aciérie lorraine. Toutes perspectives balayées par Ayrault qui a déclaré le 5 décembre en marge de la réunion du groupe PS à l’Assemblée « Comment fera-t-on pour refuser aux salariés des Chantiers navals de Saint-Nazaire ou à ceux de Petroplus une nationalisation que l’on aura acceptée pour Florange ? »

Ayrault craint en effet la contagion, « que toutes les entreprises en difficulté demandent à être nationalisées ». Mais pendant que l’Etat pousse les Chantiers sous le tapis et feint d’oublier, alors que la raffinerie de Petroplus va être arrêtée, les promesses du gouvernement d’avant – au mépris du premier des principes de gouvernement, la continuité de l’action de l’Etat qui vaut aux Bretons le dossier Notre-Dame des Landes  – les Chantiers continuent à couler et le pays nazairien de s’enfoncer dans l’incertitude. Laissant le dernier mot à ses salariés : « de Rennes à chez nous, de l’automobiles aux navires, c’est toute l’industrie lourde qui est touchée, c’est tout un pan de l’économie Bretonne qui fout le camp ».

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3 Réponses to “Aux Chantiers de Saint-Nazaire « pas de nationalisation sans projet industriel ! »”

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  1. Les fondations d’éoliennes redonnent espoir à STX Saint-Nazaire « Breizh Journal - décembre 15, 2012

    […] à perdre espoir devant le carnet de commandes désespérément vide, mais sans transiger sur la nécessité d’un projet industriel  préalable à toute poursuite du site – nationalisée ou […]

  2. Les fondations d’éoliennes redonnent espoir à STX Saint-Nazaire | - décembre 18, 2012

    […] à perdre espoir devant le carnet de commandes désespérément vide, mais sans transiger sur la nécessité d’un projet industriel  préalable à toute poursuite du site – nationalisée ou […]

  3. Chômage technique jusqu’en avril au moins aux Chantiers « Breizh Journal - décembre 28, 2012

    […] pour solliciter une réunion tripartite entre nous, la CGT de la SNCM et lui afin de travailler sur les besoins de la SNCM en car-ferries  car il faut un projet industriel aux Chantiers. Pour l’heure, nous n’avons pas encore reçu […]

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