Morlaix, une manifestation inutile ?

17 Déc

Comme nous l’annoncions, ce samedi, une manifestation d’environ 1200 personnes a rassemblé des militants Bretons dans les rues de Morlaix. Outre le siège du Télégramme, la ville a été longtemps le fief d’élection de Marylise Lebranchu, aujourd’hui ministre de la Réforme de l’Etat et maître d’œuvre d’une nouvelle loi de programmation de la décentralisation dont nous résumons les grandes lignes.

Triple échec

Bien couverte par les médias, avec deux articles du journal local morlaisien, le Télégramme, une dépêche AFP, divers articles dans les médias Bretons et quelques reportages sur les chaînes télévisées, cette manifestation n’en reste pas moins un échec. Echec de mobilisation, de message, d’impact.

44_breizh_manif_morlaix_montroulez_3Selon les organisateurs, les manifestants étaient près de 1500. Ils étaient dans les faits à peine plus d’un millier à arpenter les rues de la vieille ville. Et si le Télégramme note bien la présence de « bon nombre de Rennais et de Nantais, ainsi que des Morbihannais (Questembert), des Costarmoricains (Plounévez-Moëdec) ou encore des Brestois », il oublie de dire que la grande partie des présents militaient déjà dans des organisations nationalistes – ou autonomistes Bretonnes. Autrement dit que la manifestation n’était pas tant une mobilisation reflet d’une cause populaire mais l’acte de présence du petit millier de « permanents de la cause Bretonne », dispersés entre huit partis à l’audience inexistante. Ils étaient sept à l’époque des législatives, et se sont presque tous crashés à l’exception de Molac, député UDB invisible, soutenu par le PS dans le cadre d’un accord national et dont l’essentiel du rôle est d’être la caution régionaliste d’un parti jacobin. Le premier gouvernement Sarkozy avait nommé plusieurs ministres-potiches issus de la « diversité ». Le premier gouvernement Hollande a quatre ministres Bretons (dont deux de contrefaçon, Ayrault et le Foll) et un député auquel une circonscription a été donnée comme jadis l’on accordait les fiefs. Mais les inaudibles partis nationalistes bretons se gardent bien de communiquer sur cette supercherie qui fait de Molac, le Drian et Lebranchu les inutiles « Bretons de service » d’un gouvernement qui ne fera rien dans l’intérêt de la Bretagne.

Le message, lui aussi, peine à passer. On trouve encore ce matin dans Direct-Matin une brève sur la manifestation qui évoque « l’annexion » de la Loire-Atlantique à la Bretagne. Ce n’est pas faute pourtant de rappeler qu’une majorité de Bretons, de sondage en sondage, souhaite le retour de la Bretagne dans ses limites historiques, et que récemment encore deux députés de tendances politiques opposées ont mis de côté leurs idées pour ne retenir que la Bretagne  et favoriser le retour au bercail du pays Nantais. Pourquoi le message a-t-il tant de mal à passer ? Au bout de sa brève, Direct-Matin donne la réponse. L’impact économique. La Loire-Atlantique, c’est la poule aux œufs d’or des Pays de Loire (55% du PIB et 2/3 de l’industrie de pointe). La communication sur l’intérêt économique réciproque d’une réunification pour la Bretagne et la Loire-Atlantique est inexistante parmi les partis politiques Bretons. Jacques Auxiette et Ayrault ont de la chance : les nationalistes Bretons s’en fichent, de l’économie, ils préfèrent s’étriper entre eux pour débusquer les traîtres et les tièdes en leur sein. Atteints du syndrome de saint Just, ils se livrent à la même occupation que les extrémistes de tous poils, l’ultragauche ou l’ultra-droite, les anars ou les ultra-royalistes de la « Chambre introuvable » de 1815 : la surenchère idéologique extrémiste et improductive. Dommage pour les Bretons et les associations pro- réunification qui voient leur avenir pris en otage par un demi-millier d’excités, dont la grande majorité a la tête aussi dure que les rocs du Finistère dont ils sont issus. Excités qui surtout, vivent dans une Bretagne rêvée, et sont hostiles ou aveugles à la Bretagne réelle.

pédélie parenthèseQuel impact de cette manifestation ? Néant, comme la grande partie des non-événements politiques organisés par des partis Bretons incapables de sortir et de leurs contradictions, et des arguments éculés qu’ils brandissent. Il y avait dans la manifestation des appels à « un Parlement Breton, de Brest à Clisson », signe que des sympathisants du « Front Breton », association trans-courants qui lutte pour ce Parlement, étaient dans la manifestation. Mais composée en partie des mêmes excités précités, cette association se noie aussi dans la pure lutte idéologique sans emprise réelle sur les événements, les crises, les luttes que vit au quotidien la population Bretonne. Ainsi parmi les arguments éculés, et faux, celui que la région Pays de Loire a été créée par Vichy. C’est très tentant et flash, mais faux, elle a été créée par la loi du 5 juillet 1972 instituant les régions qui entreraient en application en 1975. Le premier jour des Pays de Loire a fait l’objet d’une – curieuse – émission philatélique, le 6 septembre 1975. La région Pays de la Loire a 37 ans. A l’échelle des 1500 ans de l’Histoire Bretonne, c’est une « parenthèse », à ranger entre les vingt ans d’occupation viking à Nantes (917-937) et les 65 ans d’emprise de Charlemagne et de Louis le Pieux sur une grande partie de la Bretagne (786-851). Nous ne relèverons pas toutes les contradictions internes aux partis bretons, il faudrait plusieurs livres.

1951406659Toutefois, les partis Bretons critiquent l’hyper-centralisme français, que tout se passe à Paris. Mais persistent à ne pas y porter le fer de leur lutte. Ils vitupèrent contre l’emprise du pouvoir sur les Bretons, mais refusent de se saisir des sujets, des lieux, où les Bretons mettent en échec le pouvoir de la République et le renvoient à l’histoire de son rapport avec les Bretons : mettre en œuvre, de vive force, des projets illégaux  couverts par une fausse bonne raison. Rappelez-vous que c’est pour libérer les Bretons que les colonnes infernales ravageaient, au nom des Droits de l’Homme et des libres penseurs, la Loire-Atlantique et le Morbihan. C’est pour civiliser la Bretagne qu’il était interdit de cracher et de parler Breton à l’école. C’est pour donner un avenir à ses « terres pauvres » qu’elle fut couverte de porcheries et son bocage passé par pertes et profits. C’est pour désenclaver une Bretagne soi-disant « excentrée » (alors qu’elle ouvre sur deux mers) que la République passe sur le ventre des Bretons en mettant en oeuvre un projet de 1967 pour répondre aux défis de notre temps.

Au centre de l’information ou au centre de l’attention ?

La Bretagne compte 1491 communes et paroisses. Les lieux symboliques où porter la prochaine manifestation ne manquent pas. Ballon, Saint-Aubin du Cormier ou Conquereuil, pour rappeler les faits d’armes passés de la Bretagne. Le Mont-Saint-Michel, les paroisses bretonnes de l’Anjou ou les villages Bretons devenus vendéens à la Révolution, pour rappeler qu’elle a commencé par diminuer la Bretagne avant d’y lancer ses troupes. Formigny, Blois ou Châteauroux, parce que l’histoire de la Bretagne ne s’arrête pas  à ses cinq départements. Maulévrier, parce que Jean-Marc Ayrault y est né. Le Mans, pour rappeler à Stéphane Le Foll que la réunification est un sujet qui est important pour les Bretons. Ou encore Paimboeuf, Issé, Pleucadeuc ou Carhaix, parce que la vierzonnisation – dégénérescence rapide du tissu industriel et social – ne concerne pas que Vierzon.

Les lieux ne manquent pas, mais l’attention se concentre sur certains d’entre eux. Pas ceux-là. Pour porter la cause, croiser le fer, et réaliser leur objectif, les partisans de la réunification n’ont d’autre choix que de capter l’attention. En arrêtant tout ce qui la brouille – bisbilles idéologiques et division en groupuscules. En investissant le domaine du réél : les nationalismes qui portent (Ecosse, Catalogne, Pays Basque, Pologne) ne font pas l’économie de l’économie. En choisissant entre se mobiliser au centre du pouvoir – mais où une manifestation est remplacée par d’autres comme un clou chasse l’autre, ou d’aller là où chaque jour, les Bretons font reculer la République et sa crise, là, où chaque jour ils ont besoin du soutien affirmé du peuple Breton, là où il leur faut l’appui d’une unité de lutte, de volonté et de culture forte de 1700 ans d’expérience. Il n’y a pas d’alternative : où les partisans de la réunification se donnent les moyens de porter leur voix, ou il n’y aura pas de réunion de la Bretagne.

Addendum : On me transmet à l’instant la position du prétendant orléaniste à la couronne de France, Henri VII, comte de Paris, au sujet de Notre-Dame des Landes. Fustigeant la démesure du « projet pharaonique » d’aéroport et le « lamentable égocentrisme » des « édiles qui veulent laisser la trace de leur passage dans un pouvoir passager« ,  il estime que le projet d’aéroport est une « aberration«  qui porte en elle les germes d’une « catastrophe écologique« . Ainsi, lui, Henri VII, prétendant à la couronne de France – et non de Bretagne – a le courage de prendre une position que même les nationalistes Bretons dans leur désordre terrible ne sont pas capables de prendre. Preuve s’il en fallait encore de l’échec désastreux du nationalisme politique Breton.

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13 Réponses to “Morlaix, une manifestation inutile ?”

  1. CHEMEREAU HUBERT décembre 17, 2012 à 7:52 #

    Nous étions surement bien 1500 même F3 parle de 1500 à 2000 et c’est pas mal en plein mois de décembre avec un temps exécrable.

  2. Flippot Jacky décembre 17, 2012 à 8:08 #

    Toujours instructifs et incisifs les papiers de LB Greffe !
    Evidemment 1500 c’est moins bien que 15000 ou 150000 , mais le propos c’est aussi de poursuivre -et accentuer ?- ces rassemblements tournants dans des villes de Bretagne ..sans nécessairement les élus socialistes ! J’ajoute que le Parti Breton a présenté et développe des analyses économiques – affirme des positions à ce sujet et se tient à votre disposition pour les préciser ..

  3. Kamilh décembre 17, 2012 à 9:09 #

    Dibabet ‘m eus mont da Kernitron al Lann. Kaset gant ma c’homite lec’hel da skoulmañ liammoù gant ar ZADisted hag ar c’homiteoù all.
    Va choaz eo. Evidon me eo ar stourm pouezhusañ er mare-mañ.
    Bezit dinec’h ! Bez ‘m eus bet tro da dañva du-hont ar blijadur ‘m eus bep taol ‘pad ar manifoù « breizhoù »: komz va yezh!

  4. montoirin décembre 17, 2012 à 11:39 #

    C’est à Paris qu’il faut manifester et sans biniious et autres « bretonneries »

  5. Ar Vran décembre 18, 2012 à 1:26 #

    Que vient faire le dénommé Henri VII, prétendant à la couronne française ? On est en Bretagne et les humeurs royalistes de France nous importent autant que celles venant du trône d’Espagne ou de celui de Grande-Bretagne.
    Dire que la manif était inutile est aller un peu vite en besogne. Son intérêt était de dire à Mme Le Branchu qu’elle se bouge les f… si elle veut que son projet d’acte de décentralisation intègre les doléances bretonnes.
    Autre point : arrêtons de faire passer le message comme quoi un bon breton se doit d’être contre NDDL. Cela n’est pas vrai. et cela l’est encore moins quand on voit les olibrius qui s’illustrent dans ce « conflit ». A mon avis, ils ressemblent plutôt aux éternels anti-tout qu’à de véritables responsables…

  6. Patrick Lecat décembre 18, 2012 à 11:52 #

    Gwir eo, an dra plijusañ e-keit seurt manifestadegoù eo komz brezhoneg !
    Sinon pour ce qui me concerne je n’ai pas l’impression d’être un permanent du mouvement breton.

  7. Loig décembre 21, 2012 à 2:11 #

    Contradictoire cet article. Il semble être favorable à la réunification et critique les seules organisations qui portent cette revendication. Pour qui roule l’auteur de l’article (qui ne donne pas son nom)? Surtout en mentionnant le prétendant au trône de France qui n’a pas une position plus radicale que les mouvements prônant la réunification. Pour ma part j’étais à cette manif et je n’appartiens à aucun parti politique. La plupart de ceux que j’ai rencontré (en tout cas tous à qui j’ai parlé et que je ne connaissais pas forcément) et membres d’organisations différentes étaient clairement contre l’aéroport.
    Il y a aussi quelques contre vérités évidentes dans cet article. Déjà, la Loire-Atlantique a effectivement été soustraite à la BZH pendant le gouvernement français de Vichy. D’autre part les organisation comme BR atteste également que la véritable séparation a eu lieu lors des décisions politiques de la Vème République. De plus les répercutions économiques sont clairement énoncées. Il suffit de lire les dossiers des partis politiques bretons pour le constater. Curieux d’affirmer cela et de citer Ballon, St Aubin du Cormier et autres lieux, qui font références à de l’histoire ancienne et non pas à la réalité économique d’aujourd’hui.

    • Louis-Benoît GREFFE décembre 21, 2012 à 4:17 #

      Bonjour, vous déraillez tout au long de l’article, et au 3e paragraphe, vous sortez des rails. Comme je ne veux pas de sinistres sur le site, je taille dans le vif.
      Pour vous répondre:
      – je critique toutes les organisations, BR y compris puisqu’elle s’est laissée embringuer dans le jeu politique
      – toutes, ça veut aussi dire Adsav et JB, bien qu’ils n’ont pas clairement appelé à aller à Morlaix (mais leurs sympathisants y étaient). Si vous relisez l’analyse des législatives sur ABP mise dans l’article, vous trouverez qu’ils sont aussi insignifiants et extrémistes que les gauchistes.
      – l’un des prétendants au trône de France (parce qu’il y a aussi Louis XX), a une position plus courageuse que les mouvements d’ici qui soutiennent la réunif… c’est un comble !
      – 1941, je ne le nie pas, mais ça n’a pas eu de répercussions (sauf minimes) sur la vie des gens. C’était une séparation initiée par Vichy pour se caler sur l’organisation allemande, et ça veut dire que les dossiers déposés par les gens de Paimboeuf ou de Saint-Nicolas de Redon étaient traités à Angers plutôt qu’à Nantes ou Paris, voilà. Cela prenait toujours autant de temps.
      – Entre le plan Monnet et 11975, la IVe, puis la 5e République ont hésité, et des politiques ont été menées en parallèle ou successivement dans un périmètre B4, puis B5 ou inversement. Ainsi la LA a échappé aux porcheries et poulaillers partout (mais pas la Mayenne). La gestion des zones humides s’est en revanche faite sur une échelle B5 et celle des masses d’eaux aussi (avant de passer à l’échelle supérieure du SDAGE Loire-Bretagne qui couvre les régions B4, PDL, Centre et Poitou)
      – histoire ancienne, Ballon et Conquereuil? pas tellement. Et ils reviennent d’une stupéfiante actualité quand quelqu’un veut en faire des centres d’enfouissement pour déchets ultimes (= des décharges légales). N’est-ce pas?

  8. Greenben janvier 20, 2013 à 9:57 #

    Bonjour,

    Effectivement, on a beau défendre la cause bretonne (réunification administrative, autonomie, retour à l’union de 1532…) elle est trahie dans l’oeuf par cette espèce de balkanisation politique.

    Cette miriade de petits partis insignifiants qui se tirent la bourre, incapables de se réunir en congrès pour unifier la défense de la cause bretonne sur les axes majeurs et communs (incluant l’économie…) est désespérante.

    Il y a de quoi avoir des candidats à 10% à de nombreuses élections, mais certainement pas dans les conditions actuelles, ou la cause bretonne est diluée dans des clivages idéologiques contreproductifs.

    Un seul Grand parti Breton, avec pour objectif principal la réunification, ou l’autonomie, et ensuite qu’ils se redivise en autant de subtilités. Sinon la cause bretonne est perdue, et en plus d’avoir perdue son autonomie en 1789, elle devra composer avec le temps qui passe et les générations nouvelles.

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