Le devenir du château d’Ancenis tranché en janvier

19 Déc

Depuis 2009, une vive contestation prend forme autour du devenir du château d’Ancenis. En effet, le Conseil Général  (PS) de la Loire-Atlantique, vivement encouragé par le maire Jean-Michel Tobie (UMP), fait construire un bâtiment de services administratifs du plus pur style années 70 à quelques mètres du logis XVIe et des murailles du Moyen-Age de l’illustre forteresse des marches de Bretagne.

Projet de bâtiment moderne - château d'Ancenis (Bretagne)

Projet de bâtiment moderne – château d’Ancenis (Bretagne)

Une association, l’A2PCA (Association pour la Promotion et la Protection du château d’Ancenis)  avait déposé un référé-suspension pour obtenir l’arrêt des travaux. Au cours de ceux-ci , douze mètre de fondations de mur médiéval avaient été ripées  par un malencontreux coup de pelleteuse, ce qui avait plus qu’ému les défenseurs du patrimoine à travers la France. Le silence de la DRAC des Pays de Loire et du Service Territorial de l’Architecture et du Patrimoine sur le sort du château est assourdissant. Comme d’habitude, puisque leur grande discrétion tant à Ancenis que dans la récente affaire du dolmen de Saint-Nazaire  est presque la même que lors du massacre à la bétonneuse des chapelles des Cordeliers à Nantes.

Les travaux ont arraché 12 m de mur médiéval pour appuyer le bâtiment neuf.

Les travaux ont arraché 12 m de mur médiéval pour appuyer le bâtiment neuf. Photo Henri Moutault

La plaidoirie de l’avocat portait sur l’irrespect du périmètre médiéval fortifié classé et la démolition des douze mètres de murs médiévaux. Le cœur du problème porte en effet sur ces douze mètres : sont-ils protégés par l’arrêté de classement du site (Monument Historique) ou cet arrêté ne protège que des structures bien définies dans un cadre chronologique strict ? Le rapporteur a refusé de prendre en compte les éléments récents intervenus dans l’affaire (dont la démolition des douze mètres de murs médiévaux) et a rejeté en bloc les conclusions des parties, si bien, commente l’ancenien Henri Moutault, d’Agir ensemble à gauche, que « l’on est presque sûr que le référé sera rejeté lorsque les juges se prononceront en janvier ». Au printemps dernier, un jugement du tribunal administratif avait débouté la même association d’opposants, dans son recours contre le permis de construire, accordé par la mairie d’Ancenis au conseil général. L’association a fait appel, la date d’examen du dossier n’est pas encore fixée. En cas de rejet, l’association « prendra les décisions qui permettront de gagner », le principe d’un recours en Conseil d’Etat n’est pas encore acté.

Enjeux : revitaliser le centre-ville et sauver le château

Du côté des riverains commerçants du quartier du château, la majeure partie d’entre eux soutient le projet. En effet, l’arrivée des administratifs du Conseil Régional est vue comme une opportunité historique de redonner vie au centre historique et de l’activité aux commerces, mais aussi de restaurer le reste du château et le rouvrir aux visites. Présidente de l’association du quartier du château, Françoise Brandt commente : « si le permis est annulé ou les travaux suspendus, ce serait dramatique pour le reste du château, car les travaux risquent d’en être retardés d’autant ». Parce que pour le logis Renaissance, la situation est plus qu’urgente : « je suis allée le voir l’an dernier, la poutre maîtresse est étayée, on passe à travers les planchers, bref, soit il est restauré maintenant, soit il n’y a plus qu’à l’abattre, tellement qu’il sera ruiné ».  Mme Brandt travaille à l’Office de Tourisme de la ville et balaie les oppositions : « c’est de la politique politicienne. Chaque fois que la droite fait quelque chose, ses opposants politiques critiquent, même si le projet est bénéfique pour la ville ».

Le manque de cohérence et l’obstination de la mairie dénoncés

Emprise du bâtiment neuf du CG44 - château d'Ancenis, photo JP LEVESQUE

Emprise du bâtiment neuf du CG44 – château d’Ancenis, photo JP LEVESQUE

Du côté des opposants au projet, l’on se défend de toute position politicienne. Annie Briand, chef de file de l’opposition socialiste, indique que sa position n’est « surtout pas politique », et que le schéma de pensée adopté par les partisans du projet – essentiellement un noyau dur autour du maire et des commerçants – « les empêche de penser, et de prendre en compte le refus des citoyens ». Une pétition contre le projet a réuni 3.800 signatures d’habitants d’Ancenis et des bourgades proches (Anetz, Liré, Drain, Saint-Géréon…), soit près de la moitié du corps électoral. Mais d’un camp à l’autre, les interprétations de ladite pétition divergent. Henri Moutault y voit une « majorité d’Anceniens hostile au projet »,  alors que Françoise Brandt soutient que « nombre de gens ont signé sans connaître le projet du bâtiment, car la pétition était présentée pour la sauvegarde du château ». Tout le monde est d’accord pour sauver le château, mais ni sur l’art ni la manière.

Les opposants dénoncent aussi le manque de cohérence de la mairie. « Tout le monde s’était réjoui », note Annie Briand, « lorsque la mairie a décidé la destruction de la vieille école ménagère plantée le long de la courtine dans les années 1960 par les sœurs de Chavagnes ». Vétuste et désaffectée, elle jurait avec le reste du château et avait été mise par terre en 2008. Un an plus tard, le projet de bâtiment administratif du conseil général sortait des cartons. Or, « les mêmes arguments qui ont été avancés pour araser l’école ménagère pourront être repris par nos successeurs à Ancenis pour abattre ce triste bâtiment départemental », avance Annie Briand, tant il « ne cadre pas », selon Henri Moutault, avec le style médiéval et Renaissant du château tout proche.

Le logis XVIe menace ruine - photo JP LEVESQUE

Le logis XVIe menace ruine – photo JP LEVESQUE

Mais c’est surtout l’obstination de la mairie qui concentre les reproches.  Lorsque l’A2PCA a présenté au maire ses propositions pour amender le projet de bâtiment départemental dans la cour du Château, le maire leur a répliqué « de toute façon c’est plié ». Une habitude de fermeture qui aurait été contractée depuis plusieurs décennies à Ancenis. Dès lors, le pli était pris : avancer sans se laisser déconcerter, jusqu’à placer les habitants et la justice devant le fait accompli. Une célérité butée que le maire applique en d’autres circonstances qui lui ont valu de tomber sur un os judiciaire récemment.  Après un premier jugement, le Conseil Général avait demandé une modification du permis de construire pour remettre le bâtiment dans les clous du droit du patrimoine, notamment pour diminuer son emprise là où il appuie maintenant sur le mur médiéval. La mairie n’aurait jamais accepté de signer cette demande de PC modificatif qui reconnaissait l’erreur de droit du projet originel. Position pour le moins étrange, qui pousse certains Anceniens à s’interroger sur la raison de la « haine » du maire envers le château. « Pas de haine ! », répond Annie Briand, « seulement une absence totale de culture du patrimoine. Ici il y a un espace, donc le maire met un bâtiment sans s’interroger sur les conséquences et le droit ». Et ce bien que les espaces ne manquent pas, près de la gare ou de l’autoroute.

« Si le bâtiment est rasé, c’est une catastrophe pour les contribuables »

En tout état de cause, le maire a presque réussi son coup de force contre le patrimoine – mettant par là même en péril le projet de classement de l’ensemble des châteaux angevins, manceaux et Bretons des Marches de Bretagne. Le bâtiment départemental  sera livré dans trois à quatre mois. Or, si le permis est reconnu invalide, la « seule régularisation possible est la démolition ». Par conséquent, le bâtiment presque achevé devra être entièrement démoli, ou du moins amputé de la partie qui empiète sur le mur médiéval… et où se trouve un mur porteur. Total, des centaines de milliers d’euros pour le contribuable, voire des millions. Annie Briand estime que « si le bâtiment doit être rasé, c’est cinq à six millions d’euros du contribuable qu’il faudra mettre par terre, et la politique du fait accompli menée par la mairie est très gênante, parce qu’on a peut-être pas le droit d’appliquer la loi dans sa rigueur ubuesque au contribuable ».  Et de dénoncer le pétrin où se sont fourvoyés le conseil général et la mairie, peut-être mal conseillés.

Démocratie locale malade ?

En tout état de cause, une certaine définition de la démocratie locale, est à revoir.  Parce que là encore, l’idéal et la réalité s’affrontent ; la réalité peut être résumée par cette formule lapidaire d’Annie Briand, qui y voit « un point commun avec le projet d’aéroport » à Notre-Dame des Landes : « des élus décident, et après c’est le rouleau compresseur ». Peu importe ce que pense la population, à laquelle on laisse – comme pour l’ancienne caserne de Montpellier – des espaces restreints de démocratie. Et s’ils se rebiffent, il est toujours temps de manipuler les bénéfices escomptés ou de refaire une seconde enquête publique sans changer une ligne du projet d’aménagement, si la première ne donne pas satisfaction. Avant de présenter la facture aux contribuables-citoyens-électeurs. Bien lassés parfois de ce que le prétendant orléaniste à la couronne de France, Henri VII, paraphrasant Proudhon en se prononçant contre l’aéroport de Notre-Dame des Landes, appellait  le « lamentable égocentrisme des édiles qui veulent laisser la trace de leur passage dans un pouvoir passager ».

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4 Réponses to “Le devenir du château d’Ancenis tranché en janvier”

  1. briand juin 20, 2014 à 2:05 #

    Cette dame, Annie Briand, sait-elle qu’elle porte un nom illustre, celui des Briand ou briant ou brient ! débarqués de l’ancienne Irlande en Bretagne celtique, où leur famille reignait, entre 500 et 800, ils s’établissent dans l’ancien Trégor et constituent bientôt une puissance qui ne faillira pas à l’appui des « rois » bretons. Une branche s »installe dans la Mee, et construit un castrum qui devient Chateau-briant pour couper au reste l’accés à la Bretagne de l’ouest. Il se frotteront aux redoutables Foulques, avant de s’y associer, suivant les Plantagenets à la conquète du royaume d’Angleterre, conquête réussie, qui aboutira à la guerre de cent ans !
    Les Briand s’uniront à toutes les puissantes familles de Bretagne. Puis, après avoir vécu les croisades en compagnie de Louis IX,et l’avoir sauvé, leur écu deviendra de lys d’or sur fond de gueule, la devise devenant « ton sang teint les bannières de la France », avec la permission de Saint Louis, sauvé par le Briand de l’époque. Ancenis fut une de leur Chastellerie, par union. Chateaubriant fut associé à la couronne des rois de France, avec l’union de l’héritière du nom avec le roi. De la Normandie au Poitou, à l’actuelle Vendée, l’actuelle Loire Atlantique, l’actuel Morbihan, les Côtes d’Armor, l’ille et vilaine jusqu’au mont Dol (voisin du mont St Michel), les Briand et leurs alliés et cousins auront tenu très haut leur bannière dans leurs nombreuse seigneureries. De mariages en héritages et décès dans les guerres, la famille se diluera dans l’histoire, relayée par de puissants cousins. Restera dans l’ère moderne l’étincelant François René de Chateaubriant, revenu dans un des berceaux de la famille, St Malo. Et sûrement le très visionnaire, et hélas, très oublié Aristide Briand !
    Dites aux gens d’Ancenis qu’il est bien temps de soigner le passé quant on élit des collectivistes héritiers des gens qui ont massacré l’élite de leur région, aussi sauvagement que les Nazis opéreront moins d’un siècle et demi plus tard, qui ont brûlé ou démantelé des châteaux précieux, se sont accaparé les possessions et les meubles… Nos Briand feraient fi de cet empressement !
    D’autres Briand, dont les miens, ont continué, au travers des siècles à teindre de leur sang la bannière d’une France bien ingrate !

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