Crise des matières premières: temps de cochon pour l’agroalimentaire Breton

16 Fév

Le groupe Gad a perdu l’an dernier 20 millions d’€ pour un CA de 453 millions d’€, en abattant 2.4 millions de porcs par an. Son actionnaire principal, la CECAB, a décidé de le placer sous protection du tribunal de commerce – en demandant un redressement – pour éviter de mettre en péril ses autres activités.

Près de 1630 emplois sont menacés, sur les abattoirs de Lampaul-Guimiliau (Finistère, 850 salariés), de Josselin (Morbihan, 650) et de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique, 80 salariés), plus 50 salariés au siège, à Saint-Martin des Champs. L’entreprise GAD, qui avait longtemps évité la fermeture d’un site superflu, paie ainsi son tribut à la crise qui touche l’ensemble des filiales agroindustrielles de production et de transformation de viande. Toutes les filières, jusqu’aux canards, sont concernées.

mangona-cochonsL’année prochaine, du fait des mauvaises récoltes, la hausse des céréales et des viandes devrait s’établir entre 10 et 15%. Les dernières estimations de la FAO (ONUAA) tablent sur des récoltes plus élevées que prévu  mais des stocks mondiaux en baisse. De quoi mettre en péril les PME de transformation partout dans le monde, et notamment en Bretagne pour le porc. Les 8 millions de cochons Bretons ont du souci à se faire… mais aussi les 10.000 salariés des PME de transformation de la viande porcine. Une mauvaise nouvelle surtout pour les Côtes d’Armor et le Finistère, qui avec respectivement 2.000 et 1.500 producteurs concentrent près de la moitié des éleveurs porcins Bretons. L’Ille-et-Vilaine en comptant 1.200, le Morbihan 1.100, la Loire-Atlantique 215 pour 261.000 porcs, surtout au nord-est et à l’extrême sud du département. Hors de Bretagne, la Mayenne continue le modèle Breton d’élevage hors-sol, avec 577 élevages et 495.300 porcs.

Après la grande hausse des cours du porc en août/septembre  il y a eu une baisse, plus traditionnelle vers la fin de l’année et en début d’année (résorption des retards de Noël), mais la dernière note du MPB  montre que la hausse se réamorce à nouveau très nettement en Allemagne et Espagne. Hors les fluctuations journalières ou hebdomadaires du marché, la tendance lourde est vers la hausse et la raréfaction – plus ou moins relative selon les aires de production – du porc.

Selon une étude de la Rabobank, la hausse des prix du bœuf et du porc devraient se poursuivre jusqu’en 2014 notamment à cause de la fermeture des petits élevages incapables de s’adapter à l’évolution des normes. Au sein du groupe coopératif breton Cooperl Arc Atlantique on estime « entre 5 % et 10 % la réduction prévisible de la production porcine » à cause de la fermeture de ces élevages. Le Pays de Galles illustre la diminution de la production, qui peut se traduire par un effondrement.  En l’an 2000, il y avait 65.000 porcs dans le pays, il y en a à peine 25.600 aujourd’hui.

 

Bras de fer avec la grande distribution

Exemple, Hénaff a terminé 2012 avec un résultat déficitaire, rapporte le Figaro. L’entreprise est touchée par la hausse des prix du porc. La société, leader Breton et Français des pâtés et rillettes en conserves, basée à Pouldreuzic, a connu son premier déficit depuis plusieurs décennies si le cours du porc reste aussi haut. Début octobre, une remontée de l’offre assurait pour la première fois une baisse du cours du porc Breton  depuis juillet. Cette baisse s’est poursuivie, mais sans revenir à la situation de l’an dernier.

La hausse du porc dépasse le seul marché Breton et est le résultat de la hausse mondiale du prix des céréales, due notamment à de mauvaises conditions climatiques. Les PME de transformation de viande porcine sont prises en étau entre la hausse de la viande – plus  de 100% sur certains produits – et l’impossibilité de répercuter la hausse sur le produit fini sans impacter les marges de la grande distribution et la consommation des clients. Le même problème se pose aussi avec le poulet et le bœuf, et donne actuellement lieu à de laborieuses négociations sous l’égide du ministère de l’Agriculture entre distributeurs et industriels de l’agroalimentaire. La situation de Hénaff risque donc de se propager à d’autres entreprises Bretonnes.

 

Cooperl Arc Atlantique cherche remède dans la diversification

Cooperl Arc Atlantique, leader français et Breton du porc (1.7 milliards d’€ de CA, 4800 salariés) prévoit des difficultés à venir sur le marché et a décidé de profiter de ses réserves financières actuelles pour financer sa diversification. Ainsi, le groupe ferme les implantations les moins rentables, comme l’usine de tranchage de viande de porc congelée située à la Verrie (38 salariés) dont les emplois seront rapatriés à Lamballe. En parallèle, une nouvelle usine de viandes cuisinées sera installée dans cette commune où se trouvait le siège du groupe. Il s’agit de l’ancienne usine Kerguelen  fermée par le groupe Bigard en 2010. Elle comptait alors 80 salariés. Cooperl compte créer 70 emplois avec sa nouvelle usine.

Par ailleurs, Une chaîne de boucheries répondant au doux nom d’Aurélien sera lancées pour compléter le réseau des 80 implantations françaises Marc Munier et Maxi Viandes. Celles-ci seront implantées dans les centres-villes des grandes agglomérations pour compenser le déclin des boucheries de proximité. Les premières devraient voir le jour en Bretagne. Le groupe, dont la majeure partie des ventes se répartit entre les grossistes, les industriels et la grande distribution, réalise 6 à 8% de son chiffre d’affaires avec ses enseignes de boucheries et y voit un solide relais de croissance.

Pour financer ces diverses ouvertures, le groupe prévoit une enveloppe de 30 millions d’€. Une ressource que les PME de la filière n’ont pas. Or, faute de renouvellement de leur business model, certaines seront contraintes à la réduction de leur périmètre, voire à la disparition ou à l’absorption par de plus grosses. La hausse du prix du porc peut aussi recomposer le paysage Breton de l’industrie de transformation locale, constitué d’un tissu de PME et de groupes plus grands issus de l’absorption de plusieurs PME ou anciennes coopératives.

 

Scandale des lasagnes : la filière viande remise en question ?

Hors de Bretagne, certaines entreprises ont essayé de contourner les contraintes en trichant sur la qualité de la viande où en mélangeant de la viande moins chère (avariée ou chevaline) à la viande bovine. Cela a donné lieu à un scandale européen, qui a touché la France, la Grande-Bretagne , la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne et maintenant la Norvège. Mettant en lumière les dessous peu ragoutants de la production de viande  et obligeant à repenser entièrement la production de viande. Il est inévitable qu’à l’issue de ce scandale et des enquêtes qui en découleront, il y aura une réglementation encore plus stricte et tatillonne qui empêchera de tailler dans les coûts au détriment de la qualité… donc le prix de la viande va encore monter pour tous les acteurs du marché, de l’abattoir au client.

 

Echapper aux céréales : un espoir scientifique aux Pays-Bas ?

Avec leur modèle d’agriculture extensive, leurs 12 millions de cochons et leurs 4 millions de vaches, les Pays-Bas sont aussi touchés de plein fouet par la crise des subsistances. En revanche, sur les prés du pays, il y a toujours plein d’herbe. Que l’on peut donner aux vaches, mais pas aux cochons. Pour l’instant.

Car une société de recherche néerlandaise, Nizo Food Research, basée à Ede, a isolé dans l’herbe une enzyme nommée la RuBisCo. La société dispose de la technologie nécessaire pour isoler les protéines de l’herbe et les utiliser dans des soupes ou des desserts. Elle cherche maintenant à les agglutiner  pour pouvoir produire des « steaks d’herbe». Pour l’heure, l’être humain et le cochon ne peuvent consommer d’herbe, car leur système digestif ne peut décomposer correctement les fibres végétales et tirer parti des acides aminés que l’herbe comporte. Plusieurs d’entre eux ne peuvent être fabriqués par l’Homme… l’herbe les contient tous. Pour faire de l’homme un herbivore, les scientifiques ont broyé de grandes quantités d’herbe, et commencent à agglomérer les protéines récupérées.

La composition en acides aminés de la RuBisCo est meilleure que celle de la protéine de maïs et aussi bonne que celle de la protéine de soja.  Ce qui pourrait permettre aux Pays-Bas, si les expériences arrivent à bon terme, de devenir auto-suffisants pour l’alimentation de leurs porcs et de se passer du soja, importé du Brésil, et dont la monoculture se fait au détriment des forêts tropicales. Mais aussi d’épargner aux exploitants agricoles et à la filière de transformation des Pays-Bas l’évolution à la hausse des prix du soja et des coûts qu’elle entraîne. Une évolution qui ouvrirait un nouvel horizon en Bretagne aussi.

cours-porc-fev2013

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3 Réponses to “Crise des matières premières: temps de cochon pour l’agroalimentaire Breton”

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