Quand Marianne fait du négationnisme républicain à l’encontre des Bretons

28 Fév

Coup de gueule. Sous la plume d’Eric Conan, actuel directeur de la rédaction du magazine du centre-gauche, Marianne prend la défense la plus obtuse possible de la République. Au risque de ne plus « combattre la pensée unique » et de faillir à ce qui est à la fois sa vocation et son leitmotiv. Car sous la plume de M. Conan c’est bien la pensée unique républicaine et jacobine que l’on trouve exprimée et soutenue, avec une véhémence d’expression qui tend à prendre les lecteurs de Marianne pour des abrutis.

no-parler-bzhgVous en doutez ? Nous prenons à l’instant connaissance d’un entrefilet du triste sire paru dans une Marianne de mi-novembre 2012. Un grand moment de journalisme, là encore. Sous couvert de combattre les « discours les plus dominants » et l’emprise de TF1 – enfin de son très Breton ex-patron Patrick le Lay – Eric Conan minimise l’oppression dont s’est rendue coupable la République envers la diversité intérieure française, celle des minorités ethniques et linguistiques internes dont nombre d’entre elles étaient plus anciennes que la France elle-même. Ainsi, pour M. Conan, « les Bretons sont passés au Français parce qu’il constituait pour eux une langue universelle permettant de les sortir de leur isolement. L’adoption du français a souvent été volontaire et vécue (…) comme une émancipation de l’église ». Adoption « volontaire » qui cache admirablement les panneaux « interdit de cracher par terre et de parler Breton » dans les écoles, l’interdiction – maintenue à ce jour – pour les Bretons, les Basques, les Corses et ainsi de suite d’enseigner leur histoire dans les écoles de leurs pays, les multiples difficultés qui leur sont faites pour entraver le développement de l’enseignement dans leurs langues. Celles notamment qui sont causées par une Constitution sclérosée (« la langue de la République est le français ») et l’attachement rétrograde au dogme de l’une et de l’indivisible, qui interdisent aux Bretons de pouvoir faire leurs démarches administratives dans leur langue et qui peuvent les conduire en prison pour des documents civils en partie rédigés dans leur langue. Et qui maintient la Bretagne artificiellement séparée de la Loire-Atlantique qui constitue environ 1/5e de son territoire, mais 1/3 de sa population, 1/2 de l’industrie, 2/3 de la recherche et 80% de la production électrique. On a compris, M. Conan fait preuve d’un négationnisme républicain qui a pour but de cacher, notamment aux Bretons, que les minorités nationales internes disposent de moins de droits en France – pays des « droits de l’Homme » – qu’en Russie ou en Hongrie. Pays régulièrement épinglés par la presse française pour leur manque de démocratie, soit dit en passant.

info libreM. Conan porte un nom Breton d’origine. Mais, comme les « Bretons utiles » du gouvernement, le ministre de l’agriculture Le Foll par exemple  il ne fait absolument pas honneur à ses origines. Au contraire, il est animé d’une haine féroce envers elles, qui doivent lui venir de son surmoi républicain qu’il n’a jamais su dépasser. Ou de son informatrice, cette triste Françoise Morvan, universitaire française adepte des débats à sens unique  dont l’inimitié envers la Bretagne en général et les nationalistes Bretons en particulier est à la hauteur de sa déception amoureuse. Etudiante, elle fut amoureuse d’un nationaliste Breton d’avant-garde qui ne répondit point à ses espérances. Alors elle devint une universitaire mercenaire de la République jacobine, celle qui justement était si « respectueuse des petites patries et des particularismes locaux » qu’elle les noya massivement en Loire et les fusilla dans toute la Loire-Atlantique : au nord pour cause de chouannerie, au sud pour cause de guerre de Vendée, et partout pour les curés.  La déportation verticale et les « baptêmes républicains » étaient sans doute une façon d’émanciper les Bretons de l’Eglise.

Dans un feu d’artifice chauvin, M. Conan, qui tartine à la truelle des proses semblables depuis des années dans l’Express ou Libération, achève en passant, les ailes grandes déployées, le mur du çon : « il suffit de considérer Colmar, Ajaccio et Quimper pour se demander s’il y a d’autres pays en Europe qui ont réussi à préserver un tel exotisme intérieur ». Ou comment prendre ses lecteurs pour des abrutis, des ignares et des idiots finis. Hervé le Borgne, actuaire et président de l’Institut de technique actuarielle, implanté à Brest, n’y va pas par quatre chemins : c’est un « tissu d’âneries », écrit-il dans une lettre diffusée dans l’ensemble du mouvement Breton et adressée à Eric Conan ainsi qu’à la direction de l’hebdomadaire Marianne. Parce qu’il ne faut pas être devin pour s’apercevoir qu’Eric Conan a tout faux. L’on peut comparer l’est et l’ouest de l’Ukraine, les diverses parties de l’Espagne, de l’Allemagne ou du Royaume-Uni, voire la Russie où à 1000 km de Moscou – la porte à côté pour cet étendu pays – l’on vit à des années lumières de la capitale, y compris sur le plan culturel, sans que l’Etat se sente obligé d’opprimer l’extraordinaire diversité des langues et des cultures locales.

Peut-être que sans l’oppression linguistique et culturelle jacobine, la France ressemblerait à l’Italie, et à l’accent des gens, l’on pourrait savoir de quel terroir ils viennent. Au lieu de cela, la République a nivelé, abattu, démonté, créé une médiocrité ambiante et une absence d’horizon où se trouvent plongés les infortunés habitants de l’ancien domaine royal, de l’Anjou à la Lorraine et de l’Artois au Bourbonnais, privés des fiertés de leurs villes, de leurs terroirs, de la richesse de leur identité, de leur accent ou de leur patois, de leurs identités si particulières qui les motivaient à aller toujours de l’avant, à ne jamais se laisser séduire par les sirènes de l’enfrichement, de la vierzonnisation ambiante, de l’abandon. Au-delà, les cultures furent plus fortes, animées par des peuples – Bretons, Basques, Corses, Catalans, Alsaciens – ou des villes – Lyon, Toulouse, Marseille – qui ont résisté et qui continuent à se projeter vers l’avenir. L’Europe le démontre autour de nous : la diversité interne fortifie et motive, c’est un atout indispensable pour être en phase avec un monde certes plus mondialisé, mais pas plus uniforme pour autant.

medium_presseAlors que les bien-penseurs et fabricants de prêt-à penser, les médias français encensent depuis quelques décennies la « diversité » de ses nouveaux arrivants, la diversité de ses cultures internes, de ses peuples constituants reste toujours un sujet de honte pour eux. Cachez donc ces Corses, ces Basques, ces Bretons que l’on ne saurait voir. Faites-leur honte, rappelez leur que la défense de leur identité est un penchant d’extrême-droite. Atteignez le point Godwin à chaque fois que vous pouvez, donnez leur mauvaise conscience. Voilà ce que semblent être les commandements auxquels se tiennent les journalistes « respectables » français. Journalistes qui ne recoupent pas les sources d’information et ce, dans un souci constant d’objectivité, comme dans d’autres pays. Mais qui s’affirment d’abord « de droite » ou «  de gauche » – surtout de gauche d’ailleurs – voire de telle ou autre coterie politique, et qui écrivent en militants plus qu’en observateurs. Journalistes qui se permettent de l’enfumage systématique sur tous les sujets qu’ils ne comprennent pas ou sur lesquels leurs amitiés politiques ont ordonné une doctrine à respecter. De Notre-Dame des Landes à la Syrie en passant par l’Histoire de la République, les enjeux de société ou la politique étrangère, ces « journalistes respectables » font du journalisme à la Conan : de la propagande. Bref : ils nous empoisonnent.

Au risque de faire croire aux Français qui les lisent de moins en moins qu’il est impossible d’être journaliste et indépendant (sans se trouver systématiquement classé « à gauche » et obligé de suivre la pensée unique de cette faction politique), journaliste et objectif, journaliste et sans concession pour la faillite croissante des élites politiques françaises, voire de l’Etat tout entier. Stéphane Hessel a dit « Indignez-vous ». Il n’a pas appelé à s’indigner sélectivement, seulement selon ses intérêts catégoriels, politiques ou particuliers. Ici, sur BreizhJournal, on s’indigne quand la justice s’emmêle les pattes sur Notre-Dame des Landes, ou quand l’agence de presse d’Etat (l’AFP) traite ce sujet n’importe comment… Nous nous indignerons aussi quand ce seront d’autres qui seront traités pis que pendre par cette « agence de presse » qui n’en a que le nom. BreizhJournal n’est pas « à gauche », n’est pas « à droite ». BreizhJournal est indépendant. Parce que nous ferons tout pour que le journalisme français n’ait pas toujours la figure d’Eric Conan, la tête d’un communiqué de l’AFP revirgulisé, d’une parodie de journalisme qui n’a rien à envier à celui de l’URSS. Que vive l’indépendance !

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3 Réponses to “Quand Marianne fait du négationnisme républicain à l’encontre des Bretons”

  1. stef février 28, 2013 à 4:56 #

    Rien de neuf sous notre beau soleil breton : la republique nous hait profondement, d’emblee pour notre difference, et dans la continuite pour la persistence de cette difference. Encore une fois dans l’echec de l’assimilation de notre nation, bien sur dans l’incapacite totale d’integration (elle n’a jamais su ni ne saura jamais le faire !), la republique se retranche encore dans la negation de cette difference qu’elle ne parvient pas a eliminer.
    Restons nous-meme, c’est bien la la meilleure arme anti republique parisienne !

  2. Loïc Pilven le Sévellec juin 24, 2013 à 4:55 #

    il n’y a pas que le breton qui été combattu, il y a aussi le gallo, et même des habitudes de langage; à l’école primaire, prés de Fougères, il était interdit de parler patois sous prétexte « que ça ne pouvait pas s’écrire », et j’ai eu à Dinard un professeur d’éducation physique qui traitait de sale breton ceux qui se laissaient aller à dire « dame »

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