Bretagne Réunie met en cause le monopole et le contenu d’Ouest-France

3 Mar

Depuis 2006, l’association Bretagne Réunie, qui a pour but de soutenir et promouvoir la réunification de la Bretagne avec la Loire-Atlantique, analyse le contenu du journal Ouest-France. Dans une lettre adressée au ministre de la Culture Aurélie Filipetti, l’association met en cause la pauvreté du contenu du quotidien et la déculturation systématique qu’il constitue, ainsi que l’absence de diversité culturelle et linguistique qu’il propose aux lecteurs de Loire-Atlantique. Tout ce que vous voulez savoir sur le contenu et l’intérêt d’Ouest-France : voici la radiographie décapante de Bretagne Réunie.

Pour rappel, Ouest-France reçoit 15.7 millions d’€ d’aides publiques  par an, en moyenne, ce qui en fait le troisième bénéficiaire national, juste derrière Le Monde et le Figaro, mais devant l’Humanité, Libération ou la Croix. Des aides censées garantir un contenu de qualité ? Pas pour Ouest-France, comme le démontre le travail de l’association, qui a analysé les pages titrées « Loire-Atlantique » et « Pays de Loire » dans l’édition locale d’Ouest-France pour Saint-Nazaire – La Baule.

Une pauvreté de contenu ahurissante

L’association a réparti les articles publiés en sept catégories. La première, les faits de société, regroupe les faits-divers, les infos liées aux domaines de la justice, de la société, du terrorisme, la nécrologie, les distinctions honorifiques, l’humanitaire. La seconde, le domaine socio-économique regroupe l’agriculture, l’alimentation, l’artisanat, l’aviation, la circulation, le commerce, l’économie, le tourisme, la marine, le syndicalisme, l’industrie, l’urbanisme. La troisième, la connaissance, réunit culture, enseignement, spectacles, jeux, concours, informatique, médias. La quatrième, intitulée fonctions étatiques, rassemble l’information sur la politique, l’armée, l’administration. La cinquième, domaine psycho-physiologique, réunit santé et sports. La sixième, sciences de la terre, groupe climatologie, météo, écologie. La dernière enfin, domaine spirituel, est vouée aux religions.

L’association a dressé une répartition des informations selon ces sept catégories. Les faits de société dominent globalement. Suite à un pic en janvier 2006, où ils représentaient 56.34% de l’information, ils ont baissé dans le total, et ne cessent depuis de remonter, de 34.54% du total des informations en décembre 2007 à 40.13% en janvier 2013, dont trois quart de faits-divers. Les chiens écrasés dominent dans les pages d’Ouest-France. Sans surprise, le domaine socio-économique, rassemblant une grande variété de thématiques, s’arroge entre 15 et 30% de l’information selon les mois, et la connaissance entre 8 et 15%. Cette répartition laisse une place très réduite aux autres champs de l’information, parmi lesquels les sciences de la terre, dont la part ne cesse de baisser, de 7 à 3% de 2006 à 2013, le domaine psycho-physiologique relativement stable, de 6 à 9% et dominé par les résultats sportifs, les fonctions étatiques, stabilisées à 10% de l’information et le domaine spirituel inexistant en 2013 où il représente 0.33% de l’information. Par ailleurs, dans les 51 pages référencées Loire-Atlantique, la publicité occupe 31.92% de l’espace. Un constat semblable pourrait être fait pour bien d’autres journaux locaux, de la Voix du Nord à la République du Centre, en passant par la Provence ou la Dépêche du Midi. Mais ceux-ci reçoivent moins d’aides publiques et ne sont pas toujours autant monopolistiques qu’Ouest-France.

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Une propagande claire de la débretonnisation

A la lecture du rapport de l’association, un constat peut être fait clairement : Ouest-France n’a rien à mettre dans ses colonnes. Mais en plus, le journal refuse absolument de faire référence à la Bretagne dans ses éditions de Loire-Atlantique, ou d’informer les habitants du 44 de ce qui se passe dans le reste de la Bretagne. Il arrive régulièrement que des informations, qui concernent l’ensemble de la Bretagne, ne soient reprises que dans les éditions des quatre départements de la Bretagne administrative, et absentes des éditions locales d’Ouest-France en Loire-Atlantique. Ou l’inverse. Par exemple encore récemment pour les péripéties de la bataille parlementaire sur l’amendement permettant la tenue d’un référendum local sur la réunification de la Bretagne.

La part des informations venant de Bretagne administrative dans les éditions de Loire-Atlantique est misérable : 3.90% en 2006, 1.01% en janvier 2013. Soit sept infos pour ce début 2013, dans l’édition locale Saint-Nazaire – la Baule, dont une parution de livre et trois faits divers. La Bretagne administrative se trouve moins bien représentée dans le quotidien que la Vendée (7.25%), le Maine-et-Loire (7.75%), la Mayenne (4.38%), la Sarthe (4.04%) ou même le reste de la France (11%) ! Bref, la quatrième ville et le premier port Breton, Saint-Nazaire, se trouve complètement dépourvue d’informations issues de sa région historique d’origine, si ce n’est une misérable aumône accordée chaque mois.

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Une réelle inquiétude sur la qualité de l’information en Loire-Atlantique

Le groupe Ouest-France est quasiment monopolistique dans le département, via ses quotidiens Ouest-France et Presse-Océan, et ses hebdomadaires   l’Eclaireur (Castelbriantais), l’Echo de la Presqu’île (Guérande, Brière), l’Hebdo de Sèvre et Maine (Clisson), le Courrier du Pays de Retz. Côté papier, seul l’Echo d’Ancenis a résisté et est resté indépendant. Plusieurs sites internet et médias citoyens garantissent l’indépendance sur internet. Parmi les hebdomadaires, l’Eclaireur et l’Echo de la Presqu’île recouvrent plusieurs communes du Morbihan et de l’Ille-et-Vilaine, notamment autour de la Roche-Bernard, de Martigné-Ferchaud, de Bain-de-Bretagne et de Redon, permettant à leurs lecteurs de bénéficier d’informations provenant des départements de la Bretagne administrative.

Ce ne sont cependant que de rares goulées d’air pour échapper à une propagande quotidienne des Pays de Loire et à l’association systématique des nouvelles de Loire-Atlantique avec la région administrative, ce que fait aussi dans une moindre mesure la radio publique France Bleu. Du rapport de l’association émane une réelle « inquiétude » quant à la qualité de l’information. Dès 2006, Bretagne réunie signalait déjà « une atomisation de l’information par la surabondance de chroniques locales banalisées par les faits divers et une coupure volontaire et rédhibitoire des informations issues de Bretagne administrative ». Ces deux points, ainsi que la déperdition de l’information par la tyrannie du fait-divers, restent valables encore aujourd’hui. En 2007, le quotidien interpellé par un millier de lecteurs ulcérés par son attitude anti-bretonne répondait par la voix de son PDG François-Régis Hutin que « en Loire-Atlantique, nous [Ouest-France] publions beaucoup d’informations bretonnes ». Soit 3.13% en décembre 2007 et 1.40% en janvier 2009. Une misère.

Les démarches ultérieures des lecteurs de Loire-Atlantique se sont heurtées à un mur. Ouest-France continue à être le journal de propagande des Pays de Loire. Un choix qui ne manque pas d’influer sur le traitement de certains dossiers à haute implication politique, comme l’aéroport de Notre-Dame des Landes, où depuis le début des opérations policières, l’on constate de la part du quotidien des pratiques journalistiques pour le moins curieuses  et un attachement certain à reproduire le communiqué de la préfecture, quelle que soit la réalité du terrain.

Ouest-France se targue d’être le journal le plus lu en France, avec près de 780.000 exemplaires vendus chaque jour, et un tirage de 820 à 845.000 exemplaires. Cependant, cette diffusion ne cesse de baisser  et est passée de 793 790 exemplaires en 2007 à 766 970 en 2011. En 2012, malgré une légère remontée de la diffusion à 767 434 exemplaires, dont 749 267 payés, le quotidien accuse la première perte de son histoire, avec un résultat d’exploitation en déficit de cinq millions d’€  et ce, malgré les quinze millions d’aides publiques perçus. Or, nombre d’exemplaires d’Ouest-France sont distribués gratuitement dans les prisons, les campus et les établissements scolaires, entretenant l’opacité la plus totale sur le nombre de lecteurs véritable du quotidien. Les choix éditoriaux de celui-ci se traduisent cependant par une désaffection quasi-systématique des mineurs et des jeunes. Pour rappel, 53% des jeunes de moins de 25 ans en Bretagne sont pour l’indépendance  Apprécient-ils vraiment la censure exercée par le quotidien à l’égard de leur région de prédilection ?

Joint par BreizhJournal, le Pouliguenais Jean-Paul Touzalin nous explique que ce travail, qu’il a mené tout seul en raison de son caractère long et rébarbatif, peut aussi s’appliquer aux autres éditions locales. « J’ai fait une comparaison entre la Loire-Atlantique et une édition d’un autre département de la Bretagne administrative, sans pousser l’analyse à fond comme pour l’édition locale de Saint-Nazaire, et mes constats se recoupent à peu près. Même si la technique d’Ouest-France est de saucissonner l’information entre les éditions locales, ce qui complique sa perception globale« . Pour lui, l’utilité de son travail est « d’alerter ceux qui veulent bien comprendre que l’ennemi de la réunification peut être intérieur et insidieux, et non seulement extérieur ou politique« . Cependant, « Ouest-France n’est pas monolithique : la rédaction de Rennes se montre plus ouverte dans son rapport avec la Loire-Atlantique que celle de Saint-Nazaire ne l’est vis à vis de la Bretagne historique« . Il est donc possible que les chiffres et les dérives observées dans l’édition locale de Saint-Nazaire – la Baule soient en partie dus – aux excès locaux d’une politique rédactionnelle.

Le problème est plus vaste que Ouest-France, puisqu’il concerne aussi France 3 ou France Info. Jean-François le Bihan, président de Bretagne Réunie, estime que « Ouest-France doit être un relais impartial d’information, donc notamment de la revendication bretonne. Il faut mettre fin à l’ambiguité, au double discours sur la Bretagne tel qu’on le trouve, atomisé, dans les éditions locales et régionales du quotidien. » Pour sa part, il estime que la prise en compte de la Bretagne dans les éditions de Loire-Atlantique est en « relative stagnation » et, de toutes façons, « insuffisante« . Thierry Jolivet, membre morbihannais de la commission médias de Bretagne Réunie, nous précise que suite à des rendez-vous pris entre l’association et Ouest-France, « des améliorations ont été perçues dans les pages Bretagne de Ouest-France, avec une meilleure perception de la Bretagne historique ou des articles touchant les cinq départements; la réciproque n’est pas vraie cependant côté Loire-Atlantique » et, étant donné le turn-over permanent des journalistes, « il faut un effort permanent pour réexpliquer à Ouest-France la nécessité de bien prendre en compte le contour de la Bretagne historique » et de ne pas cèder à la facilité de la « posture suiviste, dans un prêt-à-penser conforme aux institutions. La solution réside, pour Thierry Jolivet, dans « une collaboration ouverte et permanente avec les journalistes, afin de les éveiller à la problématique bretonne et à la dignité culturelle du peuple Breton. »

L’association Bretagne Réunie souligne l’incompatibilité du quotidien et de sa « prétendue image de marque », symbolisée par sa devise Justice, liberté et humanisme. Ouest-France est « un vecteur de débretonnisation, de suppression des liens naturels entre individus issus d’un même territoire », un outil « d’élimination institutionnelle de toute reconnaissance de la bretonnité de la Loire-Atlantique  et se substitution de l’identité bretonne » par celle, artificielle, des Pays de Loire. Bretagne Réunie avertit le ministère de la Culture que subventionner ce journal à raison de millions d’€ annuels ne permet pas de garantir la liberté et la diversité de l’information, mais au contraire ne fait que nourrir un « colporteur d’intolérance » quasi-monopolistique qui met en péril la liberté d’informer et, au-delà, l’honneur du journalisme.

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6 Réponses to “Bretagne Réunie met en cause le monopole et le contenu d’Ouest-France”

  1. Inserm mars 3, 2013 à 10:29 #

    En ce qui concerne la débretonnisation du contenu d’ O-F, il est évident que les consignes de la direction sont claires: aucune allusion à la Bretagne.
    Elle suit en celà les désirs/ directives d’ Auxiette , Grosvalet et autres valets du pouvoir politique de L-A; celà vaut également pour le projet de NDDL;
    C’ est la Voix de son Maitre ;
    Je suis triste de constater que certains défenseurs de la Bretagne comme Cevaer vont dans ce sens(déstructuration du Pays de Retz , du Sud Loire en général par le transfert de Nantes Atlantique International à NDDL ; c’ est une trahison pour la Bretagne )

  2. Bret mars 3, 2013 à 2:31 #

    Selon le sondage « IFOP / Bretons », 53 % des Bretons de moins de 35 ans se sentent d’abord Bretons (à l’opposé de D’abord français), mais rien n’indique qu’ils sont pour l’indépendance. Ce serait trop beau… pour l’instant. B.A.

  3. Bretagne demain mars 3, 2013 à 4:25 #

    Plus le pouvoir français est informé de la croissance du sentiment national breton et d’une libre parole (merci internet) sur ces sujets, et plus OF cherchera à nous débretonniser, et pas lui seulement. C’est une course qui a commencé.
    Par ailleurs, on a que la presse qu’on mérite. Il en est de même du personnel politique.

  4. YANN mars 3, 2013 à 4:37 #

    Depuis belle lurette Ouest-France ne se contente plus que de renvoyer l’ascenseur vers ses sponsors et élus locaux ou autres prétendus décideurs.On appelle cela de la démocratie parait-il…La pauvreté des articles va crescendo, toujours dans le sens du poil à caresser et de la brosse à reluire envers ces braves élus et partenaires économiques.La nullité croissante des reportages est à ce prix.Celui de ne pas faire de vagues,encore moins d’écrire un soupçon de contestation de peur de ne pas déplaire à tout ce joli petit monde vivant dans une sphère aseptisée. Idem pour le Télégramme et ses télés locales.

  5. riton mars 3, 2013 à 6:46 #

    riton, c’est aussi pour cela que je ne lis quasiment plus ouest france

  6. FNAUT mars 4, 2013 à 3:22 #

    OF n’est pas un journal indépendant, loin sans faut. Je connais mal les dossiers concernant la Bretagne, n’étant pas Breton, que de par lointaines origines. Je ne m’en désintéresse pas pour autant non plus.
    En ce qui concerne Notre-Dame des Landes, c’est assez simple et confirme votre article, sur 15 communiqués techniques rédigés entre octobre 2012 et février pour répondre à diverses articles et actualités du moment, OF n’en a publiés aucun ni dans ses éditions locales OF, ni dans PO … En ce qui concerne la désinformation de la FNAUT-FNE et les amis de la terre, le communiqué de la FNAUT n’est paru uniquement que sur le site internet de PO et Nantes maville.com, aucune publication de démenti dans les éditions régionales et en Bretagne … Pourtant, toutes les rédactions l’ont reçu en même temps … Et pourtant également, toutes les éditions Bretagne-Pays de la Loire se sont vues publiées l’article accusant de la part des élus bretons ces associations d’avoir retourné leur veste …
    Mais ceci n’est pas propre à la Bretagne, on le retrouve aussi dans la Sarthe où il y a le même monopole OF / Maine Libre où il est quasiment impossible de faire publier un article contradictoire à sujet ayant été soulevé dans un des 2 journaux …

    triste constat pour OF, mais ça fait bien longtemps que je ne lis plus cette presse régionale pour le moins sans indépendance …

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