Comment apprendre le Breton à l’Université de Nantes ?

2 Avr

Apprendre le Breton à Nantes, capitale de Bretagne, cela devrait aller de soi. Mais non. Alors que la première université de Bretagne, installée en 1460 au couvent des Cordeliers, croule paisiblement, le Breton n’est pas (ou presque) enseigné à Nantes. Si bien qu’on arrive à une situation ubuesque : on l’enseigne dans certaines facs de Paris et à Sciences Po, mais pas à la fac de Nantes.

A Sciences Po Paris, l’association des Bretons de l’école a imposé que deux heures de cours de breton hebdomadaires sont proposées aux étudiants au sein de l’école depuis le début de cette année. Jusqu’en avril, le professeur Serge Plénier sera rémunéré par l’association. Mais si l’expérience se révèle concluante, le breton pourrait être intégré à la plaquette pédagogique de Sciences-Po à la rentrée prochaine. A Nantes, en revanche, le Breton n’est plus enseigné à l’UFR Lettres et Langues depuis 2004. Sauf par une petite porte et par l’Université permanente. Raisons ? Un choix politique, peut-être, mais aussi économique, alors que les évolutions de l’université de Nantes la rapprochent de Rennes.

44=BZHBreton à la Mission langues : « pas notre vocation »

Franchesca Penhoat, à l’accueil de la fac de lettres, nous confirme qu’il « n’y a pas d’enseignement de Breton dans [leurs] formations, même pas dans les unités d’enseignement libres » à part dans une première année de master à laquelle nous reviendrons. Elle nous suggère de nous adresser à la Mission Langues. Son directeur, Hervé Quintin, nous explique que le Breton n’est pas à l’ordre du jour de la mission : « nous sommes un service administratif qui n’a pas vocation à former en langues mais préparer les étudiants à des certifications en langues étrangères pour leur mobilité et leur insertion professionnelle à l’international. Le Breton n’entre pas dans notre vocation ». Cependant la mission a développé des enseignements de langues, en catalan, portugais, italien, allemand ou chinois « à destination de [leurs] étudiants en Erasmus ».

Une petite possibilité en M1 Français langue étrangère

La seule possibilité de bénéficier d’un enseignement de Breton à l’Université de Nantes , en master 1 FLE (Français langue étrangère), une formation accessible après une licence à destination d’étudiants majoritairement étrangers qui seront professeurs de français dans leurs pays d’origine. Loïc Fravalo, directeur de ce master nous explique quel est ce cours « c’est un cours de linguistique comparative français/breton qui a pour but de placer les étudiants dans la situation de leurs futurs élèves, qui découvriront une langue dont ils n’ont aucune connaissance. » L’enseignement, qui dure 24 heures au cours du premier semestre permet de faire connaître des « généralités historiques et culturelles sur le Breton, la morphologie de la langue et sa syntaxe, notamment en ce qu’elle diffère avec le français ». Pourquoi le Breton ? « N’importe quelle langue irait. Cette année, c’étaient le Breton et le Chinois. Nous avons beaucoup d’élèves étrangers, ce qui ouvre une palette de langues à comparer. Nous poussons les brittophones à choisir le chinois et nos nombreux étudiants chinois à choisir de se frotter au Breton, qui a pour lui d’être une langue relativement peu connue de nos élèves, puisque le but est de les placer face à une langue dont ils ignorent tout et qui soit assez différente du français. »

Reste la solution de l’Université permanente

Parmi ses cours, l’Université permanente propose un cours du jour en Breton, intitulé « Breton niveau conversation » et qui est tenu par Armand Tosser le lundi de 16 h 15 à 17 h 45 (code 22.801, prix 30€).  Le cours qui s’adresse aux bretonnants et aux étudiants qui possèdent les bases (syntaxe, grammaire, conjugaison, vocabulaire) de la langue présentées dans les méthodes en usage (oulpan, ni a gomz brezhoneg…), vise surtout à améliorer leur aisance et leur niveau « dans les situations de la vie courante tant pour la compréhension que pour l’expression ».

Le rapprochement avec Rennes bloque l’avenir de l’enseignement du Breton à l’Université de Nantes

BreizhJournal pose donc la question à M. Fravalo : est-ce que le développement de l’enseignement du Breton est à l’ordre du jour ? « Le contexte général, c’est qu’il n’y a plus de sous », nous répond le directeur du master FLE. « On ferme des formations plutôt qu’on n’en ouvre. L’enseignement du portugais est menacé, les prépas des universités de Rennes et de Nantes pour l’agrégation d’allemand ont été regroupées à Nantes, celles de l’agrégation d’espagnol à Rennes ». S’ajoute à cela un manque chronique d’étudiants et une présidence qui change à chaque élection, qui a bien d’autres chats à fouetter que l’enseignement du Breton. Cela dit, bien plus qu’un choix politique ou le poids des Pays de Loire,  paradoxalement, c’est le partage croissant de programmes et de compétences avec l’Université de Rennes qui bloque l’avenir de l’enseignement du Breton à Nantes, les universités d’Ille-et-Vilaine ayant dans ce domaine une offre plus que suffisante. Dans les couloirs de l’université nantaise, la thèse d’une fusion complète des universités des deux grandes métropoles de l’est Breton est de plus en plus partagée. Pourquoi ? Parce que lorsqu’il s’agit de monter des dossiers auprès des autorités nationales et européennes, la frontière administrative posée par les Pays de Loire semble bien faible comparée à la proximité géographique et à la force des deux métropoles. Bref, là encore, le Breton finira par gagner.

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