Joël Guerriau ne se présentera pas aux municipales à Nantes

6 Avr

A moins d’un changement d’avis – très improbable au demeurant – de dernière minute, le sénateur-maire UDI de Saint-Sébastien ne portera pas les couleurs de la droite et du centre à Nantes en 2014. Après avoir hésité plusieurs mois, le sénateur a confirmé au début du mois ses intentions à ses proches et à la direction de l’UMP, sans rendre publiques ses intentions.

En effet, la droite comptait sur la personnalité de Joël Guerriau pour porter une liste de rassemblement dès le premier tour. Carbonisée après la victoire sans appel de Jean-Marc Ayrault sur Sophie Jozan aux municipales de 2008, en panne de leader, déchirée depuis trois décennies par des crises internes qui atteignent leur paroxysme avec la guérilla entre fillonnistes et copéistes,  l’UMP nantaise est en panne d’idées, de chefs et d’ambition. Une panne d’autant plus grave que Nantes, comme Saint-Nazaire, a toujours sacrifié à son esprit Breton en rejetant les candidats trop marqués à droite ou à gauche, si bien que le centre-droit doit toujours y prendre le pas sur la droite pour espérer l’emporter sur les socialistes.

Deux tiens valent mieux qu’un tu l’auras

Joel_GuerriauCependant, Joël Guerriau a préféré ne pas s’y présenter. Pourquoi un tel choix ? Le sénateur-maire de Saint-Sébastien a absolument besoin d’être reconduit à son mandat de sénateur. Pour être élu la fois précédente, il a bénéficié d’une réserve de grands électeurs que lui a octroyé l’UMP et il a de sérieux doutes de pouvoir en profiter à nouveau. Si bien qu’une grande partie de son activité politique vise à se trouver d’autres appuis, en prospectant notamment au nord du département et sur les terres plus droitières des marges orientales et méridionales de la Loire-Atlantique. D’après ses proches, Joël Guerriau avait depuis le début nourri le doute de ne pouvoir mener à bien son objectif d’être réélu sénateur – ce qu’il qualifiait encore récemment son « objectif n°1 »  – et une campagne municipale à Nantes qui exige d’importants efforts.

Des sondages qu’il a commandés sur ses chances à la mairie l’ont confirmé dans ses hésitations. En effet, « les résultats n’étaient pas brillants », explique l’un de ses appuis à Nantes, sous couvert d’anonymat. Par ailleurs, « une défaite à Nantes aurait pu menacer son aura auprès des grands élus et donc sa réélection aux sénatoriales », ajoute le même. Enfin, le maire de Saint-Sébastien n’avait aucune envie d’abandonner ses administrés et sa mairie, bastion du centre-droit de l’agglomération, pour d’éventuelles chances dans la ville-centre encore perçue comme un bastion de la gauche, bien que son ex-maire, actuellement Premier Ministre, soit empêtré dans de grosses difficultés tant sur le plan national que local.

L’impatience de Copé

Pris dans l’impasse, Joël Guerriau n’a pendant des mois ni démenti ni donné crédit aux rumeurs le mettant hors de la course à Nantes. Il n’a pas non plus donner de réponse définitive tant aux instances nationales de l’UDI – dont il est le coordonateur en Loire-Atlantique – qu’à celles de l’UMP censées le soutenir pour Nantes, à la demande même de Sophie Jozan, leader de l’opposition dans la ville. Cependant, lassé de lanterner et voulant être fixé sur le devenir de Nantes à l’approche du sa venue à La Baule, il demandé à Joël Guerriau de lui déclarer pour le 29 mars au soir, puis pour le 3 avril au plus tard, s’il voulait ou non être candidat à Nantes. Joël Guerriau s’est abstenu de répondre fin mars mais a déclaré le 3 avril à Copé, puis à Annick le Ridant, figure tutélaire de la droite nantaise, qu’il renonçait définitivement pour se consacrer à ses ambitions sénatoriales.

L’UMP en panne de leader

Le renoncement de Joël Guerriau laisse passablement désemparée l’UMP nantaise, complètement encalminée. En effet, la chef de file de l’opposition nantaise, Sophie Jozan, a tout fait pour convaincre Joël Guerriau d’y aller à sa place, et ne se retrouverait candidate que par défaut, après avoir dit à qui voulait l’entendre qu’elle ne voulait absolument pas se présenter aux municipales. Ses chances de réussite sont effectivement estimées très faibles, même si elle y mettait de la conviction.

L’UMP de Loire-Atlantique souffre aussi d’une ambiance interne délétère, qualifiée de « chasse aux sorcières » par certains copéistes comme le jeune Romain le Junter. La direction de l’UMP est pour l’heure filloniste et tente de fortifier les positions de Fillon dans le département. Cependant, le verrouillage progressif du parti par Jean-François Copé pourrait conduire à un grand nettoyage dans les rangs de la droite nantaise.

Anticipant le mouvement, le filloniste et ancien dircab de Fillon François Pinte, qui dirige l’UMP 44, devrait être prochainement candidat aux régionales en Vendée. Une façon de quitter discrètement l’arène politique. Il faut dire que tout le monde s’accorde aussi sur le peu de chance pour Pinte de donner un score honorable à la droite nantaise. En effet, il est passablement plombé par son opinion des écologistes  ou encore son comportement aux législatives de 2007  et en 2012 où ses manœuvres sont restées en travers de la gorge des centristes nantais.

Pour rappel, François Pinte, fils de l’ancien ministre et député de Versailles Etienne Pinte, est apparu en 2002 dans la vie politique nantaise en faisant écarter Elisabeth Hubert, sur fond de marchandages électoraux nationaux, de l’investiture UMP pour la 2e circonscription (centre-ville nantais)  qu’il manque d’arracher – à 324 voix près – à la socialiste Marie-Françoise Clergeau. En 2007, il enterre les ambitions de Ghislain Gomart et reprend le combat, certain de gagner grâce à l’effet Sarkozy, alors que Marie-Françoise Clergeau et son équipe de campagne mettent le paquet. En face, l’UMP qui se trouve une permanence un peu perdue dans le quartier Graslin, peine à sortir d’une campagne atone alternant réunions et tractages sur les marchés. Bref, surprise, les socialistes gagnent, largement et l’aura de Pinte pâlit, donnant un nouvel élan aux crises internes de la droite nantaise. Enfin, après avoir tout fait pour écarter le centriste Hervé Grelard de l’investiture de droite à la première circonscription, nettement plus à droite et détenue par le modéré François de Rugy (EELV), il perd à nouveau aux législatives de 2012. Ce qui fait de lui « l’homme aux trois échecs aux législatives », violemment mis en cause par une partie de la droite de la Loire-Atlantique, et notamment les jeunes loups copéistes.

Enfin, l’ancien conseiller com’ de Nicolas Sarkozy Franck Louvrier, un temps pressenti pour Nantes, s’engage définitivement à la Baule où il devrait prendre la relève de l’actuel maire Yves Métaireau. Il se murmure même parmi les baulois qu’il devrait être sur sa liste aux prochaines municipales et qu’il lui sera progressivement mis le pied à l’étrier pour prendre la suite en 2020. Franck Louvrier, maire de la Baule en 2020 ? L’idée ne paraît pas si saugrenue que ça, tant la station balnéaire bretonne reste une place forte de l’UMP tendance sarkozyste. En attendant, ce bastion de la droite aspire les vocations de la droite nantaise, quand elles n’émigrent pas sur des terres électoralement plus propices comme Gonzague de Chantérac à la Roche-sur-Yon ou Maxime Lelièvre vers l’ancrage familial à Châteaubriant.

L’option du parachutage s’éloigne

L’UMP envisageait ces derniers jours – sans grand enthousiasme – un parachutage. Celui de l’ancienne ministre du troisième gouvernement Fillon Marie-Anne Montchamp. Cette ancienne députée villepiniste du Val de Marne voit sa circonscription supprimée dans le cadre du redécoupage législatif en 2010 alors qu’elle multiplie les critiques et les tentatives de fronde parlementaire contre Nicolas Sarkozy.  Actuellement soutien de Jean-François Copé, cette native de Tulle fait partie des « ministres à recaser ». Elle a bénéficié de l’investiture UMP pour la 4e circonscription des Français établis à l’étranger (Benelux) mais n’a pu y être élue. Elle pourrait aussi être parachutée aux municipales dans la région lyonnaise. Jean-François Copé qui devait annoncer le 3 avril à La Baule son entrée en scène aux municipales de la capitale Bretonne se serait laissé convaincre par le peu d’enthousiasme – c’est un doux euphémisme – de la droite locale et aurait renoncé au parachutage d’une parfaite inconnue à Nantes qui aurait contre elle le fait d’être imposée par Paris et de venir d’ailleurs. Soit deux très bonnes raisons de se crasher aux élections.

Union du centre-droit à Nantes : la solution Maurice ?

Le retrait de Joël Guerriau laisse donc l’UMP en panne de leader qui ait envie d’aller se frotter au bastion de Jean-Marc Ayrault, et à ses troupes. Le centre-droit quant à lui n’a à peu près pas d’autre candidat déclaré, à l’exception d’un seul qui pourrait devenir la seule solution pour que la droite se présente en rangs unis à Nantes en 2014, et maximise ses chances d’envoyer les socialistes en ballotage, puis d’emporter la mairie. Le manque de candidats à droite exaspère quelque peu quand l’on sait que pour les villes qu’elle compte conquérir malgré un contexte qui lui est défavorable, la gauche a déjà désigné ses candidats et forme ses listes : c’est le cas à Orléans par exemple.

Il s’agit de Loïc Maurice, qui était sorti du bois et avait rendu publiques ses ambitions pour justement mettre fin à la valse-hésitation de Joël Guerriau et à l’immobilisme de la droite nantaise. Plein d’idées et de conviction pour sortir Nantes de l’impasse du système Ayrault il n’a pour l’heure pas commenté la situation, mais apparait chaque jour de plus en plus incontournable pour mettre enfin la droite nantaise en ordre de bataille. Car, après avoir trouvé un nom derrière lequel se rallier et mettre à contribution toutes les bonnes volontés, le plus dur devra être fait : approcher et convaincre les 300.000 habitants de la ville de Nantes que le changement, c’est maintenant.

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6 Réponses to “Joël Guerriau ne se présentera pas aux municipales à Nantes”

  1. sabrinalextra avril 8, 2013 à 9:54 #

    Mauvaise nouvelle alors! 😦

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