Bâtiment du Conseil Général dans la cour du château d’Ancenis : pas fini et déjà fissuré

16 Mai
Plan. Document de l'agence Prunet Architecture. En rouge le bâtiment du CG44.

Plan. Document de l’agence Prunet Architecture. En rouge le bâtiment du CG44.

#OpMagouille. Dans la polémique sur l’implantation – relativement peu esthétique il est vrai – du très cubique bâtiment du Conseil Général de Loire-Atlantique (CG44) auprès du château d’Ancenis, tous les arguments ont été passés en revue par les partisans du projet – le maire UMP d’Ancenis et le président PS du Conseil Général Philippe Grosvalet – ainsi que par les nombreux opposants, citoyens d’Ancenis et des communes environnantes ou amoureux du patrimoine. Mais ils avaient oublié la qualité de la construction : pas encore fini, ce bâtiment fissure déjà, et c’est loin d’être la fin.

Le bâtiment a été implanté de telle sorte qu’on se demande si le droit de la protection des monuments historiques existe encore en France et si une quelconque autorité administrative se charge de l’appliquer en Loire-Atlantique. Le bâtiment du Conseil Général, chargé d’accueillir une délégation territoriale de 200 fonctionnaires a été bombardée à cinq mètres du logis Renaissance du XVIe, sans aucun souci de s’accorder avec l’esthétique des bâtiments environnants. Mieux encore, lors des terrassements, un site archéologique paléochrétien ainsi que des pans de muraille des XIVe-XVe ont été détruits. Une action judiciaire est toujours en cours, portée par une courageuse association locale, l’A2PCA, qui avait recueilli en son temps près de 4000 signatures – soit la moitié des habitants d’Ancenis – contre la construction du bâtiment. L’association réclame la démolition des 1578 m² du bâtiment du CG44 (2.75 millions d’€ HT). Mais, au vu des aléas de la construction, le bâtiment pourrait bien s’effondrer tout seul… ou couter si cher aux contribuables de Loire-Atlantique qu’il sera préférable de l’abattre.

 

Une large fissure au bas du clapier

Voilà une partie de la fissure au bas du bâtiment du CG44

Voilà une partie de la fissure au bas du bâtiment du CG44

Vu de loin, le bâtiment est un cube qui s’harmonise très mal avec le château. Son toit plat dépasse du rempart, ses fenêtres plongent dans l’intimité des logements de l’autre côté des douves, son accès – une espèce de porte de garage – se trouve à deux mètres d’un portail très caractéristique du XIXe, au nord, et tant ses formes (parallépipédiques) que ses matériaux (béton, bardages de bois et d’acier) ne s’accordent pas avec les hauts toits à deux pans, le tuffeau et le schiste des constructions historiques du site du château. Bref, il détonne. Tant et si bien que si à l’origine, l’abattage de tous les arbres de la cour était prévu, mais il a fallu en garder quelques uns pour espèrera planquer le bâtiment afin qu’il ne défigure pas trop l’aspect du château depuis la Loire… c’est dire.

Alors BreizhJournal a pris son courage à deux mains et est allé visiter le bâtiment. Quelle est l’impression que donne le bâtiment vu de près ? Un clapier, ou un poulailler industriel, construit à bas coût et dans un espace serré. Curiosité : on entre par le milieu, un niveau étant à demi-enterré sous la cour. Appareillé de béton sombre, il est divisé par des cloisons très fines en petits bureaux séparés par un couloir assez large. Des bureaux-cellules où il ne faudra pas trop martyriser le clavier de son PC sous peine d’empêcher de travailler l’occupant du bureau voisin – des cages d’une dizaine de m² tout au plus. L’ascenseur et ce qui semble être une salle de réunion ou un bureau de chef sont repoussés le plus au nord. Dans le premier tiers du couloir, une fissure: profonde de plusieurs centimètres et large de 5 à 15 mm biffe le bâtiment. Pourtant, comme le château lui-même, le bâtiment neuf est établi directement sur le rocher. Mais celui-ci, visiblement, ne goûte pas l’architecture moderne – trop lourd, le bâtiment a entraîné le tassement d’une partie du sol, et le béton s’est cassé.

 

Malaise sur le chantier

Vue du premier niveau (RDC au niveau de la cour)

Vue du premier niveau (RDC au niveau de la cour)

Construit pour pas cher, qu’est-ce que cela veut dire ? Cloisons super-minces, bois très fin, escaliers dont les marches sont de simples planches flottantes posées sur deux limons latéraux en tôle d’acier fine, couloirs à peine larges pour un fauteuil roulant ou un bureau standard, et un maximum de bureau possible, sauf au second étage où la galerie vitrée et le long couloir auquel elle donne jour laissent un peu plus d’espace. Il faut croire que le bâtiment tiendra, jusqu’à quand ? Question qui taraude les ouvriers, il y a malaise sur le chantier.

L’un d’eux soupire « ce n’est pas normal ce qu’on nous fait faire, ce bâtiment qui jure avec le château, là. Un particulier il ne pourrait pas faire pareil, lui ». Exact. Juste à côté du château, il y a une maison dotée d’une baie triangulaire… le propriétaire a mis trois ans à avoir les autorisations nécessaires auprès de la DRAC, pour une seule fenêtre qui se trouve à vingt mètres des murailles du XVe et qui n’est pas visible de la cour du château ! L’architecte du bâtiment, Pascal Prunet, n’a pas eu de problèmes avec les autorisations. Peut-être parce qu’il est architecte en chef des monuments historiques (ACMH) depuis 1993, et fils de Pierre Prunet qui fut aussi ACMH.

Un bureau

Un bureau

Qu’en est-il du bâtiment ? « Le château qu’ils restaurent enfin est parti pour faire un siècle de plus, mais sûrement pas ce bâtiment, il fissure dur, et même si les fissures seront bouchées avec du coulis spécial, ça va continuer », renchérit un autre ouvrier. Pourquoi ? « Le bâtiment est compliqué, il y a une structure en béton armé et de l’ossature bois. Résultat les bois vrillent – puisque personne ne prend plus le temps de laisser sécher les bois plusieurs années avant de les mettre en œuvre, de nos jours – et le béton se tasse ». Bref, le bâtiment devait être fini en avril, mais prend du retard « la réception sera fin mai, mais on n’aura pas fini avant la fin du mois de juin », expliquent les ouvriers qui en sont aux finitions, isolation, placo et éclairages.

En plus des fissures et des tassements tant du bois que du béton – qui obligent à se demander si vraiment, le sol était adapté pour accueillir un bâtiment si imposant – l’on constate de ci de là des bulles dans les couches de béton, et des débuts de fissures qui corroborent les inquiétudes des ouvriers. Plus inquiétant encore : au droit du nouveau bâtiment, dans le logis Renaissance, un mur de refends du XVIe siècle s’est détaché du mur nord de 5 à 7 cm et commence à pencher vers le sud… est-ce lié à la nouvelle construction et aux vibrations engendrées par les terrassements et le coulage du béton ? Aux spécialistes d’y répondre.

Découvrir le bâtiment du Conseil Général dans la cour du château d’Ancenis

 

Un architecte, deux visions contradictoires de l’architecture

Exemple d'un mariage hâtif entre le bâtiment neuf et la muraille du XVe siècle

Exemple d’un mariage hâtif entre le bâtiment neuf et la muraille du XVe siècle

Lorsqu’on parcourt le book de l’architecte  où sont listées ses réalisations passées, on ne manque pas d’être frappé par le contraste marquant entre des rénovations de monuments très respectueuses de l’historicité et des projets où une modernité arrogante et cubique fait irruption au milieu des formes de l’Histoire. Il est assez dur d’imaginer, en voyant le bâtiment d’Ancenis, qu’il s’agit du même architecte qui se battait pour défendre chaque feston, chaque soupirail du château des Ducs de Bretagne des agressions de la modernité. Le même architecte qui a œuvré magnifiquement sur la flèche de Luçon et le château de Noirmoutier mais qui s’est aussi fait sérieusement tailler les oreilles en pointe par le député-maire de Provins et l’architecte local des Monuments Historiques  pour un bâtiment qui dépassait des remparts de la cité classée UNESCO bien plus que ne le prévoyait le permis de construire. Le pire et le meilleur juxtaposés. A côté des vieilles pierres de Guérande, dont une partie des remparts a été rénovée et rendue accessible au public par cet architecte, l’extension en cube et en verre de la bibliothèque d’Argentan, accolée avec peu d’égards au bâtiment en pierre existant, le tout sous une chapelle du XIXe.

Halte au gâchis !

Vue du troisième niveau

Vue du troisième niveau

Alors, certes l’Etat n’a plus d’argent et les ACMH doivent se plier aux vœux des élus des collectivités locales, qui ont encore des fonds (publics) qu’elles dépensent à tire-larigot ; certes les élus veulent du moderne, et se pâment quand on leur agite le hochet du HQE (haute qualité environnementale) ou encore des « bâtiments à énergie positive » ou BEPOS qui produisent plus d’énergie qu’ils en consomment ; mais le bâtiment d’Ancenis n’est rien de tout ça. C’est un poulailler où l’on entasse deux cent fonctionnaires qui auparavant travaillaient à Nantes (économie = zéro) sous un habillage moderne en béton, verre et bardage de bois. Certes, l’architecture doit se montrer fonctionnelle et utile. Mais alors même que des bureaux sont toujours vides à Ancenis sur la zone de l’aéropôle, près de Manitou et Gastronome, alors même que la place ne manque pas autour de la ville pour construire des bureaux dans un style actuel, parfois l’architecture moderne doit aussi savoir s’effacer devant la grandeur de l’Histoire, surtout si ses bâtiments sont fissurés avant même d’être finis.

Force est de constater pour ce bâtiment que le bon sens de nos élus est en péril. Il reste encore une issue : la justice doit examiner le recours sur le fond de l’AP2CA contre le permis de construire. Elle a donc une occasion historique de faire cesser la gabegie et d’empêcher que les contribuables de Loire-Atlantique ne paient deux fois : une fois pour le saccage de leur patrimoine et d’un monument clé de leur histoire Bretonne, et une seconde fois pour maintenir à grands travaux coûteux ce bâtiment en état. Pourvu que la justice donne rendez-vous au bon sens. Ancenis en a grand besoin.

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