Archive | mai, 2013

La gare SNCF de Rezé Pont Rousseau est-elle saturée ?

17 Mai

La gare SNCF de Pont-Rousseau est bien plus qu’un modeste arrêt de la banlieue nantaise comme le sont ses homologues de Chantenay, Saint-Sébastien ou même Vertou. Terminus de la ligne 2 du tramway et arrêt SNCF, elle permet à l’usager d’aller au cœur de Nantes, mais aussi jusqu’à Pornic et Saint-Gilles Croix de Vie. Ce modeste pôle multimodal – le train et le tram sont séparés d’une quinzaine de mètres environ serait-il sous-dimensionné pour le nombre de voyageurs qui passe ? C’est ce qu’affirme la FNAUT, au moyen d’un très éloquent reportage-photo.

Gare de Pont-Rousseau un soir d'affluence. Photo Nicolas Poinot (FNAUT)

Gare de Pont-Rousseau un soir d’affluence. Photo Nicolas Poinot (FNAUT)

Il est 17h34, ce mardi 2 avril 2013, le TER n°859 111 en direction de Saint-Gilles Croix de Vie arrive en gare à 17 h 34 pour un arrêt d’une minute. Normalement. Sauf qu’à l’arrivée du train, c’est près d’une centaine de voyageurs qui le guettent avidement alors qu’il franchit le passage à niveau des nouvelles cliniques nantaises. Alors quand le TER arrive, c’est la ruée. Entre les voyageurs nantais qui descendent pour prendre le tram 2 plus loin vers le sud et ceux qui montent vers la banlieue ou le Pays de Retz, l’arrêt prend deux minutes et le train part complètement blindé. Est-ce fini ? Non, puisque quand le TER n°859 209 en direction de Pornic arrive à 17h55, le quai est à nouveau empli de voyageurs, donc c’est à nouveau la ruée et le train part avec une minute de retard. Une scène qui d’après la FNAUT se répète chaque jour aux heures de pointe.

Plus embêtant encore : Rezé-Pont Rousseau est en Bretagne, et chacun sait qu’il pleut de temps à autre dans notre beau pays. Sauf que la gare n’est vraiment pas équipée pour. Il n’y a pas une seule aubette, et seule la petite salle d’attente de la gare, rapidement pleine, offre un quelconque abri. Résultat : les clients attendent leur train sous la pluie ou… sous l’abri du terminus du tram, tout proche. Comble de l’inadapté : il y a zéro panneau d’affichage sur les quais, il faut aller voir dans la salle d’attente. Ironie du sort : alors que Rezé Pont Rousseau se trouve près de 3 km de la gare de Nantes, la plus importante métropole de l’ouest de la France, cette gare est moins bien équipée que, mettons, la gare de Salbris située… au milieu de nulle part en Sologne. Et si la région Pays de Loire prévoit d’installer des panneaux d’affichage modernes sur les quais, les abris ce n’est pas pour maintenant. A force de confondre la Loire-Atlantique avec la Vendée, le sens des priorités se brouille.

Pont-Rousseau, où cœur de Nantes à 11 minutes en tram de la gare. Pôle multimodal modeste, mais efficace.

Pont-Rousseau, où le cœur de Nantes à 11 minutes en tram de la gare. Pôle multimodal modeste, mais efficace.

Du côté des usagers, rencontrés dans un train passablement chargé un soir d’affluence, c’est franchement la grogne. « Y en a marre », soupire Gilles, qui vit à Bouaye et travaille à Beauséjour. « On rentre dans le tram il est blindé, on change de tram il est surchargé, on arrive sur le quai c’est charrette et le TER est une boîte de sardines… épuisant ! ». Anne, de Sainte-Pazanne, renchérit « il faudrait plus de trains ! Parce qu’à l’heure de pointe, c’est l’affluence comme un vendredi soir sur le périph’ ». Maxime et Kevin, deux jeunes qui habitent les confins de la Bretagne et de la Vendée et qui descendent à Machecoul, tempèrent « les bus, c’est la même chose et c’est beaucoup plus lent ». Il n’est en effet pas rare pour le conseil général de devoir doubler, tripler voire quadrupler les liaisons, et faire circuler quatre bus sur une rotation, surtout quand les beaux jours arrivent et que la jeunesse des quartiers populaires nantais veut aller bronzer sur la côte méridionale de la Bretagne.

Le problème il est là : le tram et les bus – de la TAN ou LILA – vont bien moins vite que le train, quand bien même la ligne soit à voie unique. Rezé-Pont Rousseau est par ailleurs une gare qui attire, du fait même de son implantation dans la banlieue nantaise et près de la ligne 2, à 11 minutes chrono de Commerce. Alors que faire ?

La FNAUT préconise de supprimer la première classe dans les TER pour gagner de la place et d’augmenter le nombre de rotations, ainsi que la capacité de la ligne. Or, la ligne est à voie unique, avec des cantons assez importants de surcroît et relativement peu d’évitements – aux gares surtout. La doubler apparaît très couteux et difficile, d’autant plus que la présence de la branche qui s’écarte vers l’aéroport de Nantes-Atlantique – et qui, maintenant que l’ex-futur aéroport nantais de Notre-Dame des Landes est sérieusement dans les choux, au moins pour les deux prochaines années, pourrait redevenir très utile pour réconcilier cet aéroport et les transports en commun – oblige à une prise en compte très stricte des flux et des possibilités de la ligne. De plus, le tracé de la ligne traverse des zones humides, passe sur les bords du lac de Grandlieu et de marais attenants. Au menu avant tout coup de pioche : de longues études de biotopes et de masses d’eau, sous peine de se retrouver avec un véto scientifique et européen comme pour Notre-Dame des Landes. En période de crise, de récession même, c’est l’impasse.

Première urgence : l’état de la ligne, non l’affluence

Bifurcation des lignes de Pornic et Sainte-Pazanne le 22 mai 2010. A partir de là il faut tout renouveler.

Bifurcation des lignes de Pornic et Sainte-Pazanne le 22 mai 2010. A partir de là il faut tout renouveler.

Et les cheminots, qu’en pensent-ils ? Pour Léon (*) conducteur sur la ligne, l’affluence est un « problème périphérique », car il y a plus grave : l’état de la voie. « Oui c’est chargé », explique-t-il, « mais à certaines heures le train est aussi quasiment vide ; par ailleurs au vu du profil de la ligne, que l’arrêt dure 2 ou 3 minutes à Pont-Rousseau au lieu d’une n’a pas réellement d’importance, ce retard se rattrape aisément par la suite, on n’est pas sur le RER ». Et d’ajouter que « l’effet Pont-Rousseau, ça marche dans les deux sens ; en venant de Nantes, cette gare charge le train ; dans l’autre sens, elle contribue à le vider substantiellement car les gens se rabattent massivement sur le tramway. »  En revanche, l’état de la voie laisse à désirer. « Il y a des ralent[issements] sur la moitié du parcours, des endroits assez tape-cul, on voit bien que la voie est fatiguée, tant sur la branche de Pornic que celle de Saint-Gilles Croix de Vie. » Des observations que confirme André (*) qui travaille à l’Infra, la division de la SNCF chargée de rénover et d’entretenir les voies pour le compte de RFF. « Même aux abords immédiats de Nantes, c’est préoccupant. Pas au point évidemment de mettre en péril la sécurité des voyageurs, puisqu’il y a un suivi permanent. Régulièrement, il y a des agents qui embarquent avec les conducteurs pour observer l’état de la voie depuis la cabine, et noter scrupuleusement les endroits qui ont besoin de réparation ».

Il y a des réparations constantes, mais les lignes arrivent en bout de course et devront être fermées pendant huit mois entre septembre 2014 et avril 2015 pour être entièrement renouvelées  à partir de la bifurcation à Sainte-Pazanne (sections Sainte-Pazanne – Pornic et Sainte-Pazanne – St Gilles). Une « phase positive » mais tardive, saluée unanimement par les clients et les mairies sur la ligne, avec une dose d’inquiétude cependant : le tour de table des travaux n’est pas bouclé et les collectivités comptent sur une participation de l’Etat qui peut être remise en cause par l’aggravation nette de la situation budgétaire et économique en cette année 2013. Matthieu (*), autre conducteur de la ligne, conclut « il faut garder courage. Pour nous aussi, c’est dur et pénible. Cette ligne est très fatiguée, et ce n’est guère une situation sereine pour un conducteur de rouler à vitesse réduite avec un train plein de monde derrière lui. » On comprend dans cette situation que l’affluence en gare de Pont-Rousseau soit finalement une question secondaire, mais non sans importance : s’il n’y avait pas tant de monde, cette ligne ne bénéficierait pas de travaux.

(*) Pour des raisons de confidentialité, les noms des agents SNCF ont été changés.

Publicités

Bâtiment du Conseil Général dans la cour du château d’Ancenis : pas fini et déjà fissuré

16 Mai
Plan. Document de l'agence Prunet Architecture. En rouge le bâtiment du CG44.

Plan. Document de l’agence Prunet Architecture. En rouge le bâtiment du CG44.

#OpMagouille. Dans la polémique sur l’implantation – relativement peu esthétique il est vrai – du très cubique bâtiment du Conseil Général de Loire-Atlantique (CG44) auprès du château d’Ancenis, tous les arguments ont été passés en revue par les partisans du projet – le maire UMP d’Ancenis et le président PS du Conseil Général Philippe Grosvalet – ainsi que par les nombreux opposants, citoyens d’Ancenis et des communes environnantes ou amoureux du patrimoine. Mais ils avaient oublié la qualité de la construction : pas encore fini, ce bâtiment fissure déjà, et c’est loin d’être la fin.

Le bâtiment a été implanté de telle sorte qu’on se demande si le droit de la protection des monuments historiques existe encore en France et si une quelconque autorité administrative se charge de l’appliquer en Loire-Atlantique. Le bâtiment du Conseil Général, chargé d’accueillir une délégation territoriale de 200 fonctionnaires a été bombardée à cinq mètres du logis Renaissance du XVIe, sans aucun souci de s’accorder avec l’esthétique des bâtiments environnants. Mieux encore, lors des terrassements, un site archéologique paléochrétien ainsi que des pans de muraille des XIVe-XVe ont été détruits. Une action judiciaire est toujours en cours, portée par une courageuse association locale, l’A2PCA, qui avait recueilli en son temps près de 4000 signatures – soit la moitié des habitants d’Ancenis – contre la construction du bâtiment. L’association réclame la démolition des 1578 m² du bâtiment du CG44 (2.75 millions d’€ HT). Mais, au vu des aléas de la construction, le bâtiment pourrait bien s’effondrer tout seul… ou couter si cher aux contribuables de Loire-Atlantique qu’il sera préférable de l’abattre.

 

Une large fissure au bas du clapier

Voilà une partie de la fissure au bas du bâtiment du CG44

Voilà une partie de la fissure au bas du bâtiment du CG44

Vu de loin, le bâtiment est un cube qui s’harmonise très mal avec le château. Son toit plat dépasse du rempart, ses fenêtres plongent dans l’intimité des logements de l’autre côté des douves, son accès – une espèce de porte de garage – se trouve à deux mètres d’un portail très caractéristique du XIXe, au nord, et tant ses formes (parallépipédiques) que ses matériaux (béton, bardages de bois et d’acier) ne s’accordent pas avec les hauts toits à deux pans, le tuffeau et le schiste des constructions historiques du site du château. Bref, il détonne. Tant et si bien que si à l’origine, l’abattage de tous les arbres de la cour était prévu, mais il a fallu en garder quelques uns pour espèrera planquer le bâtiment afin qu’il ne défigure pas trop l’aspect du château depuis la Loire… c’est dire.

Alors BreizhJournal a pris son courage à deux mains et est allé visiter le bâtiment. Quelle est l’impression que donne le bâtiment vu de près ? Un clapier, ou un poulailler industriel, construit à bas coût et dans un espace serré. Curiosité : on entre par le milieu, un niveau étant à demi-enterré sous la cour. Appareillé de béton sombre, il est divisé par des cloisons très fines en petits bureaux séparés par un couloir assez large. Des bureaux-cellules où il ne faudra pas trop martyriser le clavier de son PC sous peine d’empêcher de travailler l’occupant du bureau voisin – des cages d’une dizaine de m² tout au plus. L’ascenseur et ce qui semble être une salle de réunion ou un bureau de chef sont repoussés le plus au nord. Dans le premier tiers du couloir, une fissure: profonde de plusieurs centimètres et large de 5 à 15 mm biffe le bâtiment. Pourtant, comme le château lui-même, le bâtiment neuf est établi directement sur le rocher. Mais celui-ci, visiblement, ne goûte pas l’architecture moderne – trop lourd, le bâtiment a entraîné le tassement d’une partie du sol, et le béton s’est cassé.

 

Malaise sur le chantier

Vue du premier niveau (RDC au niveau de la cour)

Vue du premier niveau (RDC au niveau de la cour)

Construit pour pas cher, qu’est-ce que cela veut dire ? Cloisons super-minces, bois très fin, escaliers dont les marches sont de simples planches flottantes posées sur deux limons latéraux en tôle d’acier fine, couloirs à peine larges pour un fauteuil roulant ou un bureau standard, et un maximum de bureau possible, sauf au second étage où la galerie vitrée et le long couloir auquel elle donne jour laissent un peu plus d’espace. Il faut croire que le bâtiment tiendra, jusqu’à quand ? Question qui taraude les ouvriers, il y a malaise sur le chantier.

L’un d’eux soupire « ce n’est pas normal ce qu’on nous fait faire, ce bâtiment qui jure avec le château, là. Un particulier il ne pourrait pas faire pareil, lui ». Exact. Juste à côté du château, il y a une maison dotée d’une baie triangulaire… le propriétaire a mis trois ans à avoir les autorisations nécessaires auprès de la DRAC, pour une seule fenêtre qui se trouve à vingt mètres des murailles du XVe et qui n’est pas visible de la cour du château ! L’architecte du bâtiment, Pascal Prunet, n’a pas eu de problèmes avec les autorisations. Peut-être parce qu’il est architecte en chef des monuments historiques (ACMH) depuis 1993, et fils de Pierre Prunet qui fut aussi ACMH.

Un bureau

Un bureau

Qu’en est-il du bâtiment ? « Le château qu’ils restaurent enfin est parti pour faire un siècle de plus, mais sûrement pas ce bâtiment, il fissure dur, et même si les fissures seront bouchées avec du coulis spécial, ça va continuer », renchérit un autre ouvrier. Pourquoi ? « Le bâtiment est compliqué, il y a une structure en béton armé et de l’ossature bois. Résultat les bois vrillent – puisque personne ne prend plus le temps de laisser sécher les bois plusieurs années avant de les mettre en œuvre, de nos jours – et le béton se tasse ». Bref, le bâtiment devait être fini en avril, mais prend du retard « la réception sera fin mai, mais on n’aura pas fini avant la fin du mois de juin », expliquent les ouvriers qui en sont aux finitions, isolation, placo et éclairages.

En plus des fissures et des tassements tant du bois que du béton – qui obligent à se demander si vraiment, le sol était adapté pour accueillir un bâtiment si imposant – l’on constate de ci de là des bulles dans les couches de béton, et des débuts de fissures qui corroborent les inquiétudes des ouvriers. Plus inquiétant encore : au droit du nouveau bâtiment, dans le logis Renaissance, un mur de refends du XVIe siècle s’est détaché du mur nord de 5 à 7 cm et commence à pencher vers le sud… est-ce lié à la nouvelle construction et aux vibrations engendrées par les terrassements et le coulage du béton ? Aux spécialistes d’y répondre.

Découvrir le bâtiment du Conseil Général dans la cour du château d’Ancenis

 

Un architecte, deux visions contradictoires de l’architecture

Exemple d'un mariage hâtif entre le bâtiment neuf et la muraille du XVe siècle

Exemple d’un mariage hâtif entre le bâtiment neuf et la muraille du XVe siècle

Lorsqu’on parcourt le book de l’architecte  où sont listées ses réalisations passées, on ne manque pas d’être frappé par le contraste marquant entre des rénovations de monuments très respectueuses de l’historicité et des projets où une modernité arrogante et cubique fait irruption au milieu des formes de l’Histoire. Il est assez dur d’imaginer, en voyant le bâtiment d’Ancenis, qu’il s’agit du même architecte qui se battait pour défendre chaque feston, chaque soupirail du château des Ducs de Bretagne des agressions de la modernité. Le même architecte qui a œuvré magnifiquement sur la flèche de Luçon et le château de Noirmoutier mais qui s’est aussi fait sérieusement tailler les oreilles en pointe par le député-maire de Provins et l’architecte local des Monuments Historiques  pour un bâtiment qui dépassait des remparts de la cité classée UNESCO bien plus que ne le prévoyait le permis de construire. Le pire et le meilleur juxtaposés. A côté des vieilles pierres de Guérande, dont une partie des remparts a été rénovée et rendue accessible au public par cet architecte, l’extension en cube et en verre de la bibliothèque d’Argentan, accolée avec peu d’égards au bâtiment en pierre existant, le tout sous une chapelle du XIXe.

Halte au gâchis !

Vue du troisième niveau

Vue du troisième niveau

Alors, certes l’Etat n’a plus d’argent et les ACMH doivent se plier aux vœux des élus des collectivités locales, qui ont encore des fonds (publics) qu’elles dépensent à tire-larigot ; certes les élus veulent du moderne, et se pâment quand on leur agite le hochet du HQE (haute qualité environnementale) ou encore des « bâtiments à énergie positive » ou BEPOS qui produisent plus d’énergie qu’ils en consomment ; mais le bâtiment d’Ancenis n’est rien de tout ça. C’est un poulailler où l’on entasse deux cent fonctionnaires qui auparavant travaillaient à Nantes (économie = zéro) sous un habillage moderne en béton, verre et bardage de bois. Certes, l’architecture doit se montrer fonctionnelle et utile. Mais alors même que des bureaux sont toujours vides à Ancenis sur la zone de l’aéropôle, près de Manitou et Gastronome, alors même que la place ne manque pas autour de la ville pour construire des bureaux dans un style actuel, parfois l’architecture moderne doit aussi savoir s’effacer devant la grandeur de l’Histoire, surtout si ses bâtiments sont fissurés avant même d’être finis.

Force est de constater pour ce bâtiment que le bon sens de nos élus est en péril. Il reste encore une issue : la justice doit examiner le recours sur le fond de l’AP2CA contre le permis de construire. Elle a donc une occasion historique de faire cesser la gabegie et d’empêcher que les contribuables de Loire-Atlantique ne paient deux fois : une fois pour le saccage de leur patrimoine et d’un monument clé de leur histoire Bretonne, et une seconde fois pour maintenir à grands travaux coûteux ce bâtiment en état. Pourvu que la justice donne rendez-vous au bon sens. Ancenis en a grand besoin.

La langue assassinée, documentaire en préparation sur le déclin de la transmission familiale du Breton

15 Mai

sans-titreElle s’appelle Alyson Cléret, elle a 24 ans, elle est originaire de Melrand, dans la campagne morbihannaise entre Pontivy et Baud, et fait des études de réalisation cinématographique à Paris. Après avoir déjà réalisé un court-métrage  inspiré par le poème Va’chêriadenn d’Anjela Duval, elle se lance dans la réalisation d’un moyen-métrage sur la transmission du Breton dans le cercle familial. Il se nommera La langue assassinée.

A travers sa propre histoire familiale, elle pose la question de la diversité des rapports avec le Breton. Quel rapport ces Bretons d’âges et de générations divers entretiennent-ils avec elle et leur culture, leur histoire, leur quotidien ? Le fil conducteur du projet, marquée par des travellings et une voix off, fera office de liaison entre eux. Sur trois générations, Alyson dresse l’histoire du déclin de la transmission du Breton, fil conducteur non seulement d’un territoire mais aussi d’une culture et d’une identité spécifiques. Grands-parents brittophones, mais qui n’ont pas transmis le Breton à leurs enfants, parents qui ne le parlent plus et qui s’y sont parfois remis sur le tard, enfants de la génération de la Découverte ou de l’ignorance  à l’heure du choix. Devant l’obligation d’aborder un sujet qui ne l’a pas beaucoup été à cause de la mauvaise conscience des familles et de la République.

Un déclin qui n’est pas anodin, mais traduit le succès d’une certaine politique de la République envers le Breton et les Bretons, une revanche sur l’humiliation infligée à la République par le peuple Breton en armes – de la chouannerie aux très actuels conflits de Plogoff ou de Notre-Dame des Landes, en passant par l’attachement à l’identité culturelle, à la religion ou au vote « réactionnaire », puisque encore au XIXe et jusqu’à la moitié du XXe bien des campagnes de Bretagne votaient blanc – royaliste, surtout pour ne pas donner blanc-seing à la République, héritière des colonnes infernales et des panneaux « Interdit de parler Breton et de cracher par terre ».

02 AnastasieEmile Combes, petit père de la laïcité disait que « Les Bretons ne seront républicains que lorsqu’ils parleront le français. L’église les maintient dans la « sujétion» grâce au breton, inadéquat pour exprimer les idées nouvelles (…) dont la langue française est l’admirable messagère. ». Les Bretons, qui ont défendu avec succès leur école « libre », déliée au moins en partie du poids de l’Etat, parlent maintenant le français, mais sont-ils soumis à la République pour autant ? L’exemple de la Loire-Atlantique, département de combat où le peuple a, contre ses élus et le pouvoir de Paris, enterré durant ces quatre dernières décennies deux projets de centrales nucléaires  et un projet d’aéroport, tend à démontrer le contraire. Même sans le fil conducteur de la langue, l’inconscient collectif des cinq départements porte bien moins à la résignation qu’ailleurs.

Pour Alyson, c’est urgent de s’impliquer pour le Breton. Il y avait en 2007 207.000 locuteurs de Breton, dont 5.000 ont moins de 18 ans, la relève n’est pas assurée. Elle est néo-brittophone, « j’ai repris les cours à Paris, j’ai de la chance, mon université propose des cours de Breton ». Son père s’y est remis sur le tard, il y a deux ans et demi. S’impliquer, pour la jeune fille, c’est aussi se battre pour la réunification : « historiquement, c’est de la pure logique, politiquement la Bretagne sera plus forte, économiquement c’est un avantage évident ». Elle tournera une partie de son documentaire à Melrand où est son berceau familial, et à Nantes, « ville exclue de la Bretagne alors qu’elle en a été la capitale, ville où toute une politique menée par la France se concrétise ».

Pour financer le tournage de son film – déplacements, montage etc. – elle a fait un appel aux internautes, ce que l’on appelle aussi du crowdfunding. Pourquoi passer par Internet ? « Pour toucher un maximum de personnes, voir les réactions, les attentes des gens ». « J’espère avoir d’autres témoignages, l’histoire de ma famille, c’est aussi celle de milliers de Bretons ». La jeune fille espère réunir 1.500 €, le « strict nécessaire pour faire le film » ; elle en a déjà collecté 475, soit un tiers de la somme. Pour la diffusion, elle compte sur les festivals pour se faire connaître. Son premier court-métrage achevé fin 2012 est déjà passé au festival des films Court en Betton la semaine dernière, ainsi qu’au festival des très courts à Saint-Pol de Léon et devrait être projeté lors d’un festival à Paris le 24 mai.

Alyson revendique au quotidien un rapport engagé pour la Bretagne : « je suis Bretonne à Paris, au quotidien, j’essaie de remettre les choses en place, me battre contre les clichés, expliquer par exemple que le Breton, c’est une langue, pas un patois, qu’il y a une Histoire, une identité derrière ». Pourquoi ? « La Bretagne, ça a tellement été bafoué que j’ai envie que la Bretagne retrouve sa fierté, que les Bretons n’aient plus honte de leur histoire ». Depuis les dernières décennies, la Bretagne connaît un renouveau culturel et économique important, « une lancée qui doit être continuée : il y a beaucoup de gens qui se bougent, qui proposent des pactes [BreizhImpacte], des initiatives économiques importantes, mais les gens du commun ne se bougent pas assez ». C’est pourquoi espère que son film pourra libérer leur conscience de la Bretagne, porter les Bretons du quotidien – éloignés de l’engagement politique – de l’ignorance à une découverte salutaire pour eux-mêmes et la Bretagne.

Contribuer à la collecte pour la réalisation du film

Le Cannabis Social Club Naoned lutte pour la légalisation du cannabis

14 Mai

Rastaman stampNantes n’échappe pas à la vague française pour la légalisation de la ganja, avec la création d’un cannabis social club, qui, ô surprise, fait référence à l’identité bretonne de Nantes. Les statuts de cette association visant à « permettre à ses adhérents de se procurer leur consommation personnelle de chanvre sans avoir recours aux réseaux de trafic de stupéfiants » ont été reconnus au journal officiel début avril 2013. En clair, le cannabis social club permet à ses adhérents de cultiver leur cannabis en commun pour leur consommation personnelle. Plusieurs actions ont été engagées contre des cannabis social club : au niveau de l’association nationale à Tours (jugement le 20 juin) et des CSC de la Roche-sur-Yon et de Guéret, dont le sort sera fixé par des jugements le 18 et le 25 juin. Nous avons interviewé le Cannabis social club Nantais, collectif qui a accepté de répondre à nos questions.

 

Breizhjournal : Pourquoi la création d’un CSC à Nantes?

Cannabis Social Club Naoned : Nous avons eu le désir initial de créer un CSC à Nantes car c’est notre point de localité géographique. C’est le président qui est à l’origine du CSC. Il est hyperactif avec des troubles du sommeil et ne souhaitait pas prendre les médicaments prescrits en France à base d’amphétamine (Ritaline). Il a obtenu des résultats pour pallier son trouble avec l’usage du cannabis cannabis-med.org en adaptant un traitement inspiré d’études cliniques européennes. Pour être sur de la responsabilité en tant que consommateur, il a entrepris une démarche spontanée d’un suivi avec un addictologue et un psychologue pour encadrer son trouble TDAH et sa consommation de Cannabis. Devant le constat incongru que son trouble n’est plus reconnu par la médecine car il est majeur et utilise un traitement illégal sur le territoire français, il a décidé de sortir de l’illégalité en se constituant avec un amis en association CSC comme le permet l’association ENCOD qui rayonne sur plusieurs pays européens. Le soutien des amis du CSCF engagés dans le combat de Dominique Broc, ont été décisifs dans la recherche d’éléments juridiques, de constitution et d’accompagnement au sein de l’UE.

 

Breizhjournal : Estimez-vous que la consommation de cannabis doit être dépénalisée en France et si oui, pourquoi?

CSC Naoned : Nous pensons que la loi du 31 décembre 1970  doit être modifiée, adaptée pour la plante médicinale qu’est le Cannabis. Nous pouvons constater que le produit est présent sur le territoire Français sans contrôle ni de la part du ministère de la santé, ni de la part du ministère de l’Intérieur. La preuve en est que nous sommes le pays le plus gros consommateur d’Europe avec la répression la plus forte envers le Cannabis.

La politique de lutte antidrogue mené par les différents gouvernements depuis 1970 et un véritable échec économique, sanitaire et social. Echec économique pour le contribuable dont l’argent est dépensé en pure perte. Echec  sanitaire puisque le shit qui circule est un produit dont la qualité n’est pas avérée. Depuis les années 1990, la résine (shit) en provenance du Maroc est systématiquement coupée avec des médicaments, du henné, de l’huile de vidange, de la paraffine, du plastique, des métaux lourds… et l’herbe (beu) est mélangée avec du verre pilé, du talc, du fard à paupières, de la laque… L’échec est enfin social. Il y a une mauvaise éducation au sein des familles sur la dangerosité réelle de la plante et une méconnaissance de ses bienfaits médicinaux pour différents maux (anxiété, douleurs musculaires ou osseuses, troubles du sommeil…).

Nous sommes favorables à une régulation de la consommation et de la production de cannabis de manière nationale au sein d’un contrôle et monopole de l’Etat ; les associations bénéficieraient d’un statut associatif 1901 à but non lucratif pour contrôler au maximum les fraudes et les fraudeurs. Nous sommes pour une limitation en nombre de membres pour les CSC – 20 membres nous paraît être un maximum acceptable et pour que le travail mis en avant par chaque club soit bénéfique en terme de sécurité publique, d’éducation des risques et d’information concrète quant aux effets secondaires de cette plante mais qui peuvent être gérés si la consommation est responsable. Bien sur il y a une interdiction stricte aux mineurs de constituer ou d’adhérer à un CSC mais celui ci peut prendre contact avec ces parents pour tous renseignements concernant l’usage de cette plante médicinale.

 

Breizhjournal : est-ce que la Préfecture a engagé contre vous une action judiciaire comme elle en avait l’intention ?

CSC Naoned : Nous avons pu constater au Journal Officiel notre inscription à la date du 6/4/2013. L’association des cannabis social club français a été assignée en justice pour être dissoute, nous sommes donc suspendus à une décision judiciaire à ce sujet.

 

Breizhjournal : Une vingtaine de CSC se sont officialisés, dont plusieurs en Bretagne u ailleurs dans l’Ouest de la France. Etes-vous en contact avec d’autres CSC proches ?

CSC Naoned : nous sommes en contact avec des citoyens qui souhaitent constituer des CSC ou des CSC déjà constitués dans tout l’ouest de la France et ailleurs en Europe. Beaucoup de personnes veulent sortir de l’actuel circuit d’alimentation par l’intermédiaire des réseaux mafieux (racket, vol, violence, produit de plus en plus coupé) et aussi ne souhaitent plus se faire embarquer dans l’escalade de la dépendance. Les dealers voient le shit comme un produit d’appel et leur proposent des drogues de synthèse qui viennent de Chine ou non, de la cocaïne, de l’héroïne, du crack, des amphétamines alors qu’ils ne viennent chercher que du cannabis. Bref, il y a une réelle demande sociale et le nombre de CSC en cours de constitution augmente chaque jour.

 

Breizhjournal : Combien de personnes réunissez vous (à peu près) et quels sont vos objectifs?

 CSC Naoned : Notre objectif est de nous faire entendre auprès du gouvernement et d’obtenir la modification de la loi de 1970 afin qu’elle intègre les usages récréatifs, responsables et surtout thérapeutiques du cannabis. D’importantes études ont été réalisées sur la possibilité de soigner le cancer par le cannabis, et nous ne pouvons pas y avoir accès en France du fait de l’illégalité et de la très mauvaise image du cannabis. Nous nous battons pour que les malades aient à leur disposition l’intégralité de l’éventail thérapeutique qu’ils peuvent espérer avoir. Ne sommes-nous pas résidents du pays des droits de l’Homme ? Que l’Etat nous le prouve alors avec une réponse adaptée.

Les sarkozystes repassent à l’attaque sur les réseaux sociaux

13 Mai

attention-manipOn dirait que l’I-force de Sarkozy fait son retour discret. Lors de la campagne de 2007, l’I-force était un ensemble de blogueurs et de jeunes membres ou sympathisants de l’UMP qui faisaient la promotion de Sarkozy sur les réseaux sociaux et le web. On retrouve actuellement sur Facebook et Twitter une campagne qui est trop pensée et coordonnée pour n’être que de l’artisanat militant de quelques nostalgiques de Sarko.

Sur Facebook, c’est la page Enseignante Umpiste qui porte le fer contre la gauche. En reprenant la sympathique figure du « prof de droite » – oui, celui qui n’est jamais en grève, qui enseigne selon le bon sens, aime son métier et ses élèves malgré les pressions de sa hiérarchie et la bureaucratie au sein du « mammouth », les sarkozystes avancent plus ou moins masqués. Au programme, diffusé selon un à deux posts par jour, soutien à Guaino dans « sa croisade contre le juge Gentil » (on aura vu plus respectueux de la justice, fusse-t-elle aux ordres, par exemple sous le dernier mandat de Sarkozy), tir à vue sur le PS, Trierweiler et Hollande, comme dans le post d’aujourd’hui : « incroyable, un an après l’élection de Hollande, la PS use toujours de l’anti-sarkozysme primaire pour justifier le néant de l’action présidentielle ! », légende dorée du sarkozysme et discours de Copé ou des candidats UMP aux municipales. Un nouveau support de campagne gratuit – quoique boosté par les annonces sponsorisées qu’offre Facebook, un moyen de faire paraître les actualités du profil dans le fil d’actualités de nombreuses personnes – qui évolue lentement, passant de 465 « j’aime » il y a une semaine à 490 aujourd’hui.

Sur Twitter, la campagne est plus nette, puisque la même « enseignante et umpiste, suivie par Jean-François Copé et Nicolas Sarkozy » se nomme @Sarkoziste et arbore une photo de Sarko en avatar. Avec 3328 abonnés et 18671 tweets, c’est un compte assez important, dont la foultitude d’abonnés fait office, de « la gauche kebab » au « militant gay qui cherche à faire des rencontres » en passant par « un futur médecin » et des tas d’étudiants, de spectre de la société française 2.0, sans oublier les fillonistes et les copéistes de l’UMP. Parmi les abonnés, on trouve aussi un @N_Sarkozy2017 avec l’affiche « Tous à Paris le 26 mai » (pour la Manif pour Tous) en photo de couverture : le twitter officiel des Amis de Nicolas Sarkozy se charge de faire la convergence entre l’UMP canal historique et la manif pour tous puisque « Un seul recours contre les socialos, c’est Nicolas Sarkozy ».

Le but dans les deux réseaux sociaux est de créer un socle de sympathisants dans divers milieux sociaux pour à la fois tester la réception de l’agit-prop de l’UMP et des sarkozystes et pouvoir préparer le grand retour du « Chef« . Tout cela vaut ce que ça vaut, mais si la France est là où elle est à subir la gauche en plus de la crise, elle le doit à la politique erratique de Sarkozy qui a utilisé tous les fusils à un coup de la relance pour se faire réélire. Si Cambdélis – mis en cause dans l’affaire de la MNEF à la fin des années 1990 – n’est pas très bien placé pour faire du nettoyage industriel, il n’en reste pas moins que le quinquennat Sarkozy a laissé de lourdes séquelles tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Certaines tares – comme la « quatarisation » de Paris et de la politique française – n’auront fait qu’empirer sous Hollande.  D’autres – une intervention française directe en Syrie par exemple – auront été évitées par l’actuel gouvernement.

Tout cela place cependant artificiellement la France dans une position où il n’y a pas d’alternative, ni à l’actuelle République, ni au bipartisme, ni à Sarkozy. Alors même que le peuple déçu, désespéré, en colère d’avoir été tant ignoré et insulté par la droite et la gauche demande des perspectives, cette vision politique bipartiste et sarkozyste est au bout du rouleau. Sous les coups de matraques et les nuées de gaz lacrymo du 24 mars, sur les Champs s’est produit un fait étrange et exceptionnel : un souffle nouveau s’est levé sur un vieux pays que l’on croyait épuisé et apathique. Un souffle qui vise à rendre à la France sa grandeur et à son peuple des perspectives, un horizon, des valeurs, un espoir. Nicolas Sarkozy a bien compris que si le Printemps Français ne se fera pas avec lui, il se fera contre lui, donc il essaye d’en canaliser l’énergie, et notamment le souffle 2.0. Mais il est peu probable qu’il y arrive… les Français ne sont pas si dupes.

Commémoration du 68e anniversaire de la reddition de la Poche de Saint-Nazaire à Bouvron

12 Mai
Dépôt de la gerbe au pied du monument

Dépôt de la gerbe au pied du monument

Le 11 mai 2013 avait lieu devant le monument de la reddition sur l’ancien champ de courses l’ouest du bourg de Bouvron la commémoration du 68e anniversaire de la reddition officielle de la Poche de Saint-Nazaire. La guerre en Europe s’achève sur un champ plein d’herbes folles au cœur de la Bretagne.

Le front de cette poche de résistance allemande s’étendait  à l’est à plus de 60 km de Saint-Nazaire, partant de la Roche-Bernard jusqu’à Cordemais, puis de la commune de Frossay à Pornic, alors que le reste de la Loire-Atlantique était libéré de début août à fin septembre 1944. Tenu par des FFI et des résistants pour la plupart locaux, issus souvent des «empochés», habitants qui dans le réduit allemand connurent neuf mois d’occupation supplémentaires, de début août 1944 au 11 mai 1945, le front de la Poche est l’un des principaux théâtres d’opérations militaires de longue durée où sont intervenus les résistants et aussi l’un des plus délaissés par la mémoire et l’histoire publique.

La Poche n’était pas un front fixe ; au nord, les troupes américaines assistées des FFI libérent peu à peu une bande d’une dizaine de km allant de la forêt du Gâvre au canal de Nantes à Brest sur les communes de Fégréac, Plessé, Blain et Fay de Bretagne où les allemands s’accrochent jusqu’à mi-octobre 1945. Au sud de la Loire, au contraire, ils gagnent du terrain, reprenant entre août et octobre 1944 l’espace compris entre Paimboeuf et Saint-Viaud, puis lors d’une contre-offensive menée le 21 décembre 1944, l’espace entre Saint-Père en Retz et les abords du bourg de Chauvé. Les FFI et les américains s’accrochent : au prix de lourds combats et d’intenses pilonnages d’artillerie, ce bourg restera libre, et vers la toute fin de la guerre (avril-mai 1945) les troupes allemandes en poche sud sont contraintes au repli.

commémo2Au milieu de la guerre qui s’éternisait sur leurs terres, les habitants « empochés » continuaient de vivre malgré les pénuries et les réquisitions. Ceux qui vivaient le plus près de la ligne de front avaient été évacués par les allemands vers l’intérieur ou choisissaient de partir – des accords avec les Alliés avaient été passés par les allemands pour exfiltrer un maximum de civils considérés comme des « bouches inutiles ». Ces derniers partaient en train sur la ligne Savenay-Nantes, le front était au bourg de Cordemais. D’autres partaient en passant les lignes sur le Canal, la Vilaine ou par les marais de Loire et du Tenu, notamment pour rejoindre les bataillons FFI qui contenaient et refoulaient les troupes allemandes. Pendant dix mois, une guerre faite d’escarmouches et de pilonnages incessants a été menée dans la campagne bretonne, loin, très loin de la mer, de la base sous-marine de St Nazaire et des positions fortifiées du mur de l’Atlantique dont seules quelques une sont directement engagées dans les combats de la Poche.

Hier, en présence de vétérans des environs, des pompiers de la commune, d’un gendarme de Blain, du député de la 6e circonscription Yves Daniel et du maire de Blain Daniel Leroux, le maire de Bouvron Marcel Verger a rendu hommage à ces « soutiers de la gloire » que sont les résistants qui se sont battus – dans et hors de la Poche – pour la liberté de la France et de la Bretagne.

Jean-Michel Gendron, vétéran de la Poche et son enseigne

Jean-Michel Gendron, vétéran de la Poche et son enseigne

 

Addendum : L’année dernière et celle d’avant, j’ai mené une série d’entretiens avec des anciens des communes de Blain, Plessé, Fay de Bretagne, Quilly et Bouvron. Leurs renseignements croisés avec ceux des sources écrites (récits, travaux historiques) et des archives m’ont permis de porter sur des cartes 1/25000e du secteur les emplacements indicatifs des lignes de front, ainsi que des batteries, cantonnements et installations des belligérants. Afin de rendre ce travail accessible à tous, je le mets en ligne sur une carte Google Map qui sera complétée au fur et à mesure par de nouveaux renseignements.

Louis-Benoît GREFFE

 

Nota : si l’histoire des bourgs est relativement connue et a fait l’objet de multiples témoignages, les installations des belligérants dans la campagne ne sont que très peu voire pas connues ; c’est sur ces dernières que se concentre la carte.

Un oubli, une inexactitude ? Signalez-là en commentant l’article.

 

La chaîne humaine réunit 40.000 personnes à Notre-Dame des Landes

11 Mai

Depuis ce matin, des milliers de personnes convergent sur la ZAD pour participer à une immense chaîne humaine sur un parcours de 25 km  tout autour du site de l’ex-futur aéroport nantais, en passant par le bourgs de Notre-Dame des Landes au nord, les carrefours des Ardinières et du Chêne des Perrières à l’ouest, Vigneux et la Paquelais au sud, et le village de Chanais sur la route de Grandchamp des Fontaines à l’est.

La préfecture annonce une affluence ridicule et se discrédite

aéroport-crxL’affluence a été estimée par les organisateurs à 40.000 personnes ; la préfecture a annoncé 3.000 personnes à 10h, 5.000 à 11h, 8.000 à midi pour s’arrêter à 12.000 à 14h, ce qui est mathématiquement impossible. Dominique Fresneau, de l’ACIPA, explique : « Il y avait des gens qui se donnaient la main sur tout le pourtour de la chaîne, sur 25 km, soit 25.000 personnes. A 13h30 déjà, le tour était joué, mais les gens continuaient à affluer. Après vérification des images prises par les médias présents sur le site, nous confirmons le chiffre des 40.000 personnes, la valeur d’une chaîne humaine et demi ».

Et les chiffres de la Préfecture alors ? « On peut contester l’affluence d’une manifestation en ville », concède Dominique Fresneau en se référant à la polémique répétée sur les chiffres de la Manif pour Tous  « mais il est impossible de contester pour une chaîne humaine ou vraiment, tous les participants ne sont pas des surhommes et ne prennent pas dix mètres à eux seuls ; bref, la préfecture se discrédite complètement ». En vérité, comme pour la Manif pour Tous, la chaîne humaine dérange le gouvernement et le Premier Ministre. Consignes ont été données de minimiser l’événement, dans le but de diminuer l’importance du camouflet et essayer de le passer sous silence. Raté.

« Les gens restent mobilisés »

Encore un panneau original sur le site, la version bretonne de la Manif pour Tous (Twitter Frederic Landais)

Encore un panneau original sur le site, la version bretonne de la Manif pour Tous (Twitter Frederic Landais)

Les eurodéputés EELV (Sandrine Bélier, Jean-Jacob Bicep, José Bové, Karima Delli, Yannick Jadot et Eva Joly) ont participé à la Chaîne Humaine. Depuis que l’on est presque sûrs – du fait de l’opposition de l’Europe à voir le droit bafoué – que le projet ne se fait pas, EELV s’oppose en bloc à l’aéroport, oubliant et ses ministres au gouvernement, et ses incertitudes passées, et le fait que le parti des Verts avait accepté que le nucléaire et l’aéroport soient écartés de l’accord électoral avec le PS. Au premier rang d’entre eux, Sandrine Bélier qui s’est beaucoup investie dans le dossier  notamment en portant le dossier du recours devant la commission des pétitions du Parlement Européen qui a permis aux instances européennes de se mêler du dossier et de faire pression sur la France, devant les illégalités flagrantes du projet. Des élus de tous bords, notamment François de Rugy, député Vert qui ne cache pas ses ambitions pour la mairie de Nantes, étaient présents.

Cyclistes parisiens venus pour la Chaine Humaine - ChristoMiche sur Twitter

Cyclistes parisiens venus pour la Chaine Humaine – ChristoMiche sur Twitter

La chaîne humaine n’a finalement pas réuni plus de personnes que la manifestation de réoccupation du 17 novembre, est-ce un handicap ? « L’affluence même en période apaisée, avec moins de risque immédiat pour la ZAD montre que les gens restent fortement mobilisés contre l’aéroport ». Quarante-cinq cars, majoritairement des cinq départements de Bretagne, mais aussi de l’Isère, de Toulouse ou du Loiret, sont venus sur le site ; de nombreuses personnes avaient choisi de venir la veille ou l’avant-veille et passer quelques jours de ce long week-end sur la ZAD. « Le temps ne nous a pas aidé, mais finalement la météo était bonne dans l’après-midi, les gens étaient sur les routes, au sec, il y avait plus de familles aussi, c’était très serein », poursuit Dominique Fresneau.

Beaucoup de personnes devraient finir leur journée au festival de soutien aux Planchettes. Hier, il y avait près de 5000 personnes sur le site, aujourd’hui ils pourraient être le double à enterrer le projet en musique, au cœur de la ZAD. Une mobilisation qui est aussi le succès collectif des 500 bénévoles qui se sont relayés pendant ces deux jours pour une organisation fluide et sans accrocs.

Album photos de la Chaine humaine : cliquez sur le lien