Gesté : voici la pierre d’autel trouvée dans les décombres

3 Sep

Certains, au sein du bourg de Gesté comme ailleurs ont cru bon de remettre en cause la réalité de la découverte d’une pierre d’autel le dimanche de la saint Louis dans les gravats de l’église. Nous étions aujourd’hui 3 septembre à nouveau toute la journée dans l’infortuné village de l’Anjou qui voit périr son église en ce moment même où un village bien plus petit, mais Breton, fait le choix franc et massif de sauver la sienne. Nous avons pu voir et photographier ces objets qui ont effectivement été récupérés le 25 août et sont depuis entreposés dans un bureau de la mairie. Nous vous présentons la photo de la pierre d’autel et une des bourses trouvées. La bourse est un linge liturgique formant une poche carrée de toile cartonnée. La mairie a l’intention de les transmettre à la paroisse de Beaupréau.

Négligence de la paroisse ?

Bourse trouvée dans les gravats de l'église le 25 août

Bourse trouvée dans les gravats de l’église le 25 août

La découverte de ces objets consacrés met en cause la diligence de la paroisse – et de l’évêché censé contrôler sa conduite et sa piété – à avoir fait les démarches nécessaires et respecté les bonnes formes pour vider l’église de ses objets religieux et les mettre en sûreté. Déjà, aucune cérémonie de désacralisation n’a eu lieu ; celle-ci sert à rendre à l’usage profane des lieux de culte catholique. Comme la mairie a pris soin de récupérer – et d’entreposer dans ses locaux – une grande partie du mobilier cultuel de l’église, il est possible que la pierre d’autel, qui faisait probablement partie d’un des autels en bois de l’une des trois chapelles latérales, ait été récupérée lorsque ces autels furent supprimés et oubliée ensuite jusqu’à ce que la pelleteuse atteigne l’endroit où elle était abandonnée.

Georges Remeau, le premier adjoint au maire nous explique : « au début du mandat [en 2008] il y avait un immense volume d’objets sacerdotaux dans l’église pourtant déjà fermée. On a vu les gens de la paroisse, pour leur dire que tout ça allait pourrir par cause d’humidité, et les inviter à s’en charger, ce qui a visiblement été fait mais imparfaitement ». Il ne lui paraît pas impossible au passage que Gesté ait accueilli les vêtements et linges sacerdotaux – très nombreux à être utilisés avant le concile Vatican II – de l’église du Fief-Sauvin, quand celle-ci fut vidée pour être rasée vers 1997 ; alors, le Fief-Sauvin et Gesté étaient déjà réunis dans une même paroisse, où toutes les messes étaient post-conciliaires et la plupart des vêtements sacerdotaux n’étaient plus utilisés.

Il existe des ensembles complets de linges et vêtements sacerdotaux qui s’assemblent tant par la similitude de leur décoration que leur couleur, spécifique au type de messe ou au temps liturgique de l’année. Parmi les objets récupérés le 25 août, l’on distingue trois ensembles différents ; il y a quatre manipules (les bandes richement ornées que le prêtre se met sur l’avant bras gauche), deux sont de motifs identiques, deux autres sont dépareillées. De toute évidence, l’état des pièces ainsi que leur caractère disparate montre que le tri a été fait par des personnes qui n’en connaissaient pas le caractère consacré et n’en avaient plus l’usage, le seul critère de choix étant l’usure apparente des pièces ou de leur doublure. Néanmoins, il n’est rien d’irréparable dans ces beaux objets sacerdotaux, témoins de temps pas tout à fait révolus puisque les paroisses où se dit la messe tridentine – plus nombreuses chaque jour – en ont un croissant et impérieux besoin.

A la paroisse : il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre

Ces derniers jours, la paroisse s’était réfugiée dans le plus complet déni, plutôt que d’avouer ses erreurs passées. C’est ainsi qu’une bénévole de la paroisse – dont nous tairons le nom et le prénom – nous avouait encore quelques heures avant que nous puissions voir lesdits objets qu’il lui semblait « tout à fait impossible que des objets du culte aient pu être laissés dans l’église ». Et pourtant le 20 juin encore, dans une sacristie qui semblait avoir été vidée à la va-vite, des feuilles éparses jonchaient le sol, des placards n’étaient pas vides et les pots de cendres pour 1991 et 2002 avaient été laissés en place. Après la démolition d’aujourd’hui, bien que le godet de la pelle ait proprement haché menu les meubles de la sacristie, nous avons pu récupérer le petit pot plastique des cendres 2002 qui, roulant dans les gravats, est resté intact, ne perdant que son étiquette. Que la paroisse l’ait conservé est plus idiot que sacrilège : ces Cendres doivent être dispersées immédiatement après le mercredi des Cendres, car elles ont quand même été bénies mais elles ne serviront plus. C’est encore une preuve de la méconnaissance profonde des nécessités du culte par ceux-là mêmes qui sont censés l’assurer.

Peut-être l’aveuglement volontaire des bénévoles paroissiaux peut-il s’expliquer par l’étrange vision de la piété de l’équipe des prêtres de la paroisse, ou l’ascendant que le curé parrain de la démolition de l’église de Gesté peut encore exercer, bien qu’il soit déjà parti vers sa nouvelle affectation. Toujours est-il que ces objets sont sauvés, mais que nous regretterons que les formes du plus élementaire respect du patrimoine et de la Foi n’aient été respectées : il n’aurait pas coûté plus cher de démonter tous les vitraux et le Christ monumental, plutôt que de broyer les premiers inutilement dans le godet de la pelleteuse – sauf trois, dont deux déjà restitués aux descendants de leurs donateurs – et de descendre le second comme une palette de légumes, au bout du bras d’une nacelle.

Pierre d'autel revêtue de son sceau épiscopal de cire rouge - Gesté

Pierre d’autel revêtue de son sceau épiscopal de cire rouge – Gesté

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5 Réponses to “Gesté : voici la pierre d’autel trouvée dans les décombres”

  1. alexandre Robert-Poupard septembre 4, 2013 à 10:31 #

    Ce n’est pas une bourse mais un voile de calice servant à couvrir le calice jusqu’à l’offertoire 🙂

    • Louis-Benoît GREFFE septembre 4, 2013 à 4:55 #

      Bonjour,
      Non, c’est bien une bourse, dont je ne présente que la face richement ornée. Les objets retrouvés sont des pochettes cartonnées (rigides) alors que le voile de calice est souple.

  2. antiquité catholique octobre 7, 2013 à 4:38 #

    Merci pour votre article très complet et bien argumenté également. L’important est d’avoir sauvé les objets.

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  1. Fin de l'église de Gesté - Nouvelles de France Portail libéral-conservateur - septembre 13, 2013

    […] À noter la découverte d’une pierre d’autel ainsi que de linges liturgiques dans les gravats (Breizh […]

  2. La destruction de l’église de Gesté en vidéo | Breizh Journal - janvier 1, 2014

    […] qui s’en fichait totalement et traitait le dossier par-dessus la jambe , les objets du culte abandonnés dans les décombres et nous étions là pour voir les dernières heures de l’église  lorsque la pelleteuse emmenait […]

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