L’indépendance bretonne : quelles opportunités, quels défis ?

1 Nov
Et si ?

Et si ?

En ces temps de révolte des Bonnets Rouges, nombreux sont les Bretons à revenir à la revendication d’indépendance. Une demande pas si marginale, à en croire le sondage – qui a été censuré – paru dans le magazine Bretons en février dernier, selon lequel 18% des Bretons et 53% des jeunes bretons sont favorables à l’indépendance. Si jamais la Bretagne recouvre sa liberté, qu’est-ce qui va changer concrètement pour les Bretons ? Quelles sont les changements que la Bretagne pourra mettre en oeuvre et les problèmes auxquels elle se confrontera ? Livrons nous donc à l’exercice de l’uchronie et imaginons ce qui pourrait arriver.

Dans un futur proche, la Bretagne recouvre son indépendance et son unité. La révolte était partie d’une volonté de l’Etat français d’en finir avec la gratuité des routes françaises en mettant en place des portiques d’écotaxe. Une réaction populaire très violente l’a fait reculer. Et désormais, chaque initiative de l’Etat – nouvel impôt, grand projet ou réforme – susciter une opposition croissante et combattive en Bretagne. Un consensus social se fit peu à peu – tant parmi les pauvres et les opprimés que leurs patrons, non moins opprimés par le joug fiscal – que l’indépendance, c’était mieux. Alors que la France, craquant sous le poids des dettes et le dogme de l’austérité, décidait d’un nouveau package d’impôts et de taxes, les Bretons survoltés envoyèrent tout balader. Un soulèvement général chassa l’Etat français dans les cinq départements ; un gouvernement provisoire breton se constitua et en appela à l’ONU et à l’Europe. La France trop endettée pour mener une répression qui risquait de se transformer en guerre d’indépendance, laissa faire, subissant une fin de règne socialiste très agitée ; elle se contenta de siphonner divers budgets et de déménager précipitamment frégates et sous-marins nucléaires. La Bretagne recouvrit une précaire indépendance.

La liberté, enfin ! Une évidence. Martyrisée, outragée, humiliée, la Bretagne est libérée. Libérée des jacobins, libérée des impôts, libérée de la police politique française. Une partie des élus – notamment de nombreux pontes de l’UMP et du PS français d’origine et mis en place en tant que lieutenants de Paris en Bretagne – ont levé le camp d’une région qu’ils n’ont jamais su comprendre et aimer ; les fonctionnaires des Pays de la Loire sont partis précipitamment pour l’Anjou et la Vendée. Les portiques d’écotaxe qui n’avaient pas encore été sciés les années précédentes sont démontés devant une assistance en liesse ; partout en Bretagne, alors que l’on démonte les monuments du jacobinisme honni, statues, plaques de rues et autres perceptions, se produisent des scènes de liesse égales à celles connues dans les pays de l’Est après la désagrégation du bloc soviétique. Good bye Robespierre !

bonnets-ruz2Désordre et incertitudes. La libération s’accompagne de divers désordres. Ici, des nationalistes bretons d’extrême-gauche et d’extrême-droite se mettent en tête de faire payer aux ex-notables républicains des décennies de vexation. Là, des collectivités et des entreprises se trouvent sans le sou, notamment parce que les administrations françaises chargées de les faire fonctionner ne sont plus. En Loire-Atlantique, le département doit prendre au débotté les lycées, avant gérés par la région administrative, et les trains. Si des cheminots patriotes ont empêché le matériel roulant des Pays de la Loire de quitter le dépôt de Nantes, les pontes régionaux ont discrètement pompé le budget tout en quittant Nantes. Il n’y a pas de sous pour effacer les couleurs honnies de l’ancienne région administrative, mais des tagueurs s’en chargent, et curieusement, tout le monde laisse faire. Les entreprises ignorent quel sera le droit qui leur sera appliqué, les impôts qu’elles paieront. Toutes ces incertitudes pèsent sur l’économie : les ménages épargnent (dans les bas de laines puisque le secteur bancaire est passablement désorganisé aussi) plutôt que de consommer, les administrations annulent et repoussent leurs commandes, les entreprises tournent au ralenti et n’investissent pas. Si le gouvernement ne fixe pas rapidement un cap – solide, à la différence de la France – en matière de droit, de budget et de fiscalité, la Bretagne risque la glaciation économique. Sans compter l’inquiétude des francophones de voir une bretonnisation à marche forcée dans tous les domaines.

Nos projets, à notre rythme. Personne ne pourra plus imposer aux Bretons des grands projets ou des impôts contre leur volonté. L’on pense ainsi à la métropolisation à tous crins, l’aéroport de Notre-Dame des Landes, ou encore la centrale à gaz de Landivisiau. La Bretagne ne dépendant plus de la France, son gouvernement a aussi bien moins de moyens pour faire passer les pilules amères auprès des élus par des aides, et autres compensations. Cependant, la société civile – traditionnellement développée en Bretagne – joue toujours un rôle clé, notamment parce qu’elle se souvient que, tant pour le nucléaire (Plogoff, le Pellerin, le Carnet) que Notre-Dame des Landes, des élus Bretons se sont faits complices des diktats parisiens. Elle bouillonne d’ailleurs de propositions dans divers domaines pour jeter les bases d’un nouveau droit breton.

Priorité aux nôtres. Des idées ébauchées par la société civile – notamment par Breizh Impacte – sont mises en oeuvre. L’embauche doit être prioritairement destinée aux Bretons. Les entreprises qui font travailler des sous-traitants étrangers ou des travailleurs en détachement – particulièrement visés, les géants du BTP et les Chantiers de Saint-Nazaire – verront leur fiscalité alourdie. Un Small Business Act  est mis en oeuvre pour réserver aux PME locales toutes les commandes publiques et privées ; il poursuit aussi un objectif stratégique en écartant les filiales des grands groupes français de l’assainissement ou du BTP. Sous la pression de la société civile enfin, grandes surfaces et détaillants rivalisent d’efforts pour montrer qu’elles commercialisent en priorité des produits locaux.

pays_bretons_vigUn territoire redessiné. Un consensus se fait rapidement tant parmi les partis bretons indépendantistes préexistants que les membres de la société civile ou ceux des élus d’anciens partis français restés sur place : l’organisation en cinq départements, cantons, pays et arrondissements ne peut être conservée. Ne serait-ce parce qu’elle est vétuste, inégalitaire et que de surcroît le retour de la Loire-Atlantique met l’ancienne région administrative aux oubliettes. La solution la plus populaire et la plus historiquement viable est de rétablir les neuf pays historiques, en agrandissant un peu le pays de Dol afin de compenser les 49 enclaves qu’il avait jadis dont le rétablissement est trop difficile; il s’étire donc jusqu’à Antrain et Combourg. Elle correspond aussi au besoin de mieux accompagner les territoires de l’ouest de la Bretagne, minés par la crise de l’agroalimentaire, et d’y développer à nouveau des transports en commun ferroviaires qui ont été bradés dans les années 1960. En revanche, étant donné que la Loire-Atlantique ne change presque pas dans ses limites (elle reprend même quelques communes au sud de la Vilaine comme Pénestin), elle reste de loin le pays breton le plus riche et le plus peuplé. Pour remédier à ces inégalités, une péréquation territoriale est mise en place pour répartir les ressources depuis l’est vers l’ouest de la Bretagne, et éviter l’accentuation de l’exode des Bas-Bretons.

DSCN1010Pour la capitale : les Bretons décident sans décider. La querelle des capitales – Rennes, Nantes, Redon ou ailleurs – reprend de la vigueur après l’indépendance. Il y a au moins autant d’arguments que de villes candidates. Nantes rappelle qu’elle est la plus grande ville, et que son agglomération, commune avec Saint-Nazaire, en fait la porte d’entrée maritime et routière de la Bretagne. Rennes indique que, le Parlement et la plupart des institutions de l’ancienne région administratives étant déjà dans la ville, y faire la capitale serait une économie de temps et de moyens ; que par ailleurs, Rennes, contrairement à Nantes, a un métro, ce qui fait plus capitale. Les Nantais ne manquent pas de répliquer que c’est Louis XIII qui a fait de Rennes une capitale, pour se garder de l’hostilité des notables nantais, vannetais et malouins attachés à leurs libertés, notamment de négoce. Redon fait valoir son histoire – capitale du roi breton Nominoë – et sa situation centrale, nœud de communications routières et ferroviaires. Pontivy et Carhaix sont aussi sur les rangs, et font valoir leur situation protégée des invasions terrestres et maritimes. En France, les Bretons sont en effet devenus une nouvelle cible des extrémismes et des bateleurs politiques, et nombreux sont les guerriers de prétoire, de comptoir et de salle polyvalente à exiger une invasion immédiate, tout en sachant (ou pas) que la situation budgétaire ne permet pas de boucler les fins de mois, de là à mener une guerre…

Finalement, en attendant une votation nationale, les Bretons décident de ne pas décider, et tant les ministères que les institutions sont réparties un peu partout. A cette occasion, Pontivy et Carhaix, Clisson et Vitré se partagent les administrations agricoles, celles en charge des exportations sont à Saint-Nazaire, Brest reçoit le ministère de la Mer que Paris lui a tant promis et qui n’est jamais arrivé et les administrations culturelles se fixent à Redon. D’ici les prochaines élections générales, la capitale diplomatique est fixée à Nantes. Avec ses beaux immeubles, son centre des Congrès et ses hôtels de luxe, la ville est la plus à même d’accueillir les hôtes étrangers. Le Parlement – qui redevient la Chambre législative bretonne – est à Rennes, l’ancienne préfecture de Loire-Atlantique retrouve sa vocation historique : la Chambre des Comptes de Bretagne se réinstalle dans ses murs.

Des conflits territoriaux persistants avec la France. L’indépendance laisse des bombes à retardement qui détonnent en permanence. Sur les frontières, d’abord. Pour le Mont Saint Michel – une commune normande, du point de vue de Paris, une abbaye bretonne depuis sa fondation pour les Bretons. Mais aussi pour les communes et territoires dont la Bretagne s’est faite délester après 1532 et à la Révolutions (pays de Mauges, d’Herbauges et de Tiffauges, alentours de Craon et de Bouin, iles de Noirmoutier et du Pilier). Ces conflits territoriaux s’étendent aussi aux eaux territoriales correspondantes et empoisonnent des relations déjà très tendues entre la France et la Bretagne. En effet, Paris, écrasé de dettes, entend que les Bretons prennent leur part de la dette publique qui fut jadis commune ; ces derniers, évidemment, refusent de porter le fardeau. Il se murmure cependant dans les chancelleries que la France cèderait aux prétentions territoriales des Bretons à condition qu’ils rachètent leurs terres au prix fort. Des négociations sont engagées sous l’égide de l’Europe, ainsi que de l’Ecosse, indépendante depuis peu, qui est un partenaire historiquement respecté tant par les Français que les Bretons.

En finir avec les poisons de la métropolisation. Autres bombes à retardement : celles qui ont été laissées au sein de la Bretagne même par cinq siècles d’administration française erratique. Ainsi de la concurrence entre les métropoles. Malgré ses efforts de façade comme le métro, Rennes a fini par être écrasée par Nantes, et à part Brest, le reste de la Bretagne a quelque peu sombré dans l’oubli, ses cerveaux, ses activités et ses forces vives étant même siphonnés vers les deux métropoles de l’est. Le gouvernement provisoire breton a donc a coeur de développer à nouveau les villes moyennes et réduire l’importance des métropoles. Gagné aux idées d’Yves Lebahy, géographe breton pourfendeur de la métropolisation qui selon lui oublie l’humain, il réduit drastiquement les pouvoirs des métropoles existantes et augmente ceux des villes moyennes, créant notamment des communautés d’agglomération autour de villes pareilles à Redon. Il encourage aussi les réseaux, qu’ils soient de laboratoires, d’entreprises, d’usines… ou d’établissements scolaires, sur l’ensemble du territoire breton.

Il lance aussi une série de grands travaux dirigés vers les terroirs ruraux. L’objectif est de desservir par car, régulièrement, chaque village breton et de développer le transport ferroviaire – y compris par fret – en rétablissant le réseau Breton et de nombreuses antennes disparues. Les rétablissements des lignes Saint-Hilaire – Paimboeuf, Montoir – Châteaubriant, Carhaix – Rosporden et autres Châteaubriant – Châteaulin Embranchement sortent des cartons. Les chantiers devraient aussi permettre d’employer les Bretons – plus de 8% de la population active – qui sont au chômage. Pour payer tout cela, le gouvernement Breton qui ne sait toujours pas, du fait du différend sur la dette avec la France, de quel budget disposera-t-il, lance une série de souscriptions publiques et compte sur la solidarité des communes et entreprises qui bénéficieront des nouveaux aménagements afin d’offrir les meilleurs conditions aux travailleurs. Pionnière, une certaine brasserie de Carhaix annonce qu’elle prendra en charge la boisson des travailleurs du chantier de la future ligne ferroviaire reliant la ville à Rosporden et la côte sud.

Un secteur social en suspens. Il apparaît très clairement au lendemain d’une indépendance qui n’a été que très peu préparée que la Bretagne peut compter sur un budget quinze à vingt fois moindre à celui de la France. Les cinq départements ont un PIB de 100 milliards d’euros environ (97.5 en 2009), ce qui les place dans une position assez honorable sur le plan européen, mais ne leur permet pas de maintenir toute la théorie d’aides sociales et de leviers d’interventionnismes économiques de l’Etat français. Dirigée par des gens issus du monde de l’entreprise et inspirés par la pensée libérale, le pays privilégie le soutien à l’investissement et aux entreprises. Par ailleurs, la France refuse d’accorder à la Bretagne les budgets en cours – et déjà siphonnés pour le service de la dette – censés permettre au secteur social de continuer à fonctionner, tant que les Bretons n’auront pas accepté de payer une partie de la dette française, ce qu’ils refusent toujours énergiquement. Anticipant le mouvement, nombre d’immigrés installés ces dernières décennies quittent la Bretagne pour la France, qui continue de leur payer leurs aides pour peu qu’ils soient sur son territoire. La question de ceux qui restent – souvent sincèrement attachés au pays –, mais aussi de tous ceux qui bénéficiaient du secteur social, des nombreuses associations qui y interviennent etc. tend la politique intérieure bretonne. Même l’Eglise intervient : les parents des écoles libres et des patronages étant sollicités par les établissements pour parer au plus pressé, ils ne donnent plus au denier du culte.

La Bretagne se tourne à nouveau vers la mer. L’indépendance est une opportunité rare de se détourner définitivement de la vision parisiano-centriste et de retrouver les fondamentaux. La mer. Transports, énergies marines et développement le long des côtes – autre que résidentiel – deviennent des priorités nationales. Pour cela, la Bretagne peut compter sur la solidarité celte. Sous l’impulsion de l’Ecosse, indépendante depuis peu et leader des énergies marines, les côtes s’équipent à marche forcée d’hydroliennes et de centrales houlomotrices. Il faut bien remplacer l’énergie nucléaire française, dont l’achat, en plus d’être humiliant, représente une dépense folle. Malgré un bond de l’éolien et d’autres énergies renouvelables depuis 2011, les réacteurs français représentent toujours 60% de l’électricité consommée en Bretagne. En Loire-Atlantique, les communes de Savenay et de Saint-Nazaire remettent en service deux petites centrales hydro-électriques délaissées qui apportent un appoint bienvenu à l’agglomération nanto-nazairienne. Les fermes sont encouragées à développer la méthanisation en échange d’abattements très significatifs d’impôts; les mêmes mesures d’incitation sont employées pour pousser les grandes usines à se doter de leurs propres installations de production d’énergie. L’objectif est d’empêcher la France d’exercer un chantage électrique sur le pays ; pourtant la France l’évite, car elle-même ne peut guère se passer de l’agro-alimentaire breton.

Solidarités celtes et retour de la diaspora. Un des soucis majeurs de la Bretagne libérée est de fortifier les relations celtes en faisant de la mer une cour commune là où les français y voyaient une frontière. Ce n’est donc pas étonnant que l’on retrouve des celtes dans tous les rouages de l’économie, afin de faire de l’ancienne région un état vraiment viable et capable d’exister dans le grand bain de la mondialisation. Le nationalisme breton étant aussi historiquement nourri par le déchirement de l’exil et la contribution des expatriés, des initiatives se mettent en place afin que les Bretons dans le monde – une des plus importantes diasporas par son importance – reviennent prêter main forte à la patrie historique enfin libérée. Contre toute attente, ces initiatives commencent à porter leur fruit et les échanges fonctionnant dans les deux sens, les Bretons expatriés se font les VRP de leur pays. Si la Bretagne ne peut plus compter sur le rayonnement français, elle découvre que le sien est largement suffisant pour assurer sa prospérité.

????????????????????????L’Europe ou le grand large ? Comme pour la Catalogne, l’Europe rappelle que la Bretagne indépendante est de facto sortie de l’Europe ; Bruxelles ayant été nourrie des exemples catalan et écossais, des accords provisoires finissent par être signés, le temps que la Bretagne puisse à nouveau être membre plein et entier de l’UE. Mais elle se trouve profondément divisée. Si les Bretons, europhiles et ouverts au monde de nature, avaient imposé Maastricht à la France en 1992 et voté massivement en 2005 pour la Constitution Européenne, ils n’ont oublié ni les quotas qui ont décimé leur pêche, ni les ajustements de la PAC qui ont miné leur agro-alimentaire. Marins, ouvriers et paysans, fervents soutiens de l’indépendance, sont aussi les plus réservés désormais par rapport à l’Europe.

Nombreux sont aussi ceux des nationalistes historiques qui estiment que l’Union celte est largement suffisante. Pourtant les produits bretons ont besoin du libre-échange, et des espaces européens dont ils sont déjà séparés par la France, même si les exportations passent désormais prioritairement par la voie marine, ce qui a pour effet de soutenir vivement la croissance des ports. Mais Bruxelles, plus libérale que jamais, a dans son collimateur le small business act et les dispositions fiscales contre les entreprises qui font travailler des ouvriers en détachement plutôt que des Bretons. Des prétentions jugées très sévèrement par la population et le gouvernement. Par ailleurs l’Angleterre encourage la Bretagne à tourner le dos à l’Europe, des pressions diplomatiques doublées par les efforts russes et chinois pour prendre pied sur le continent, et qui ne peuvent que trouver des échos favorables dans un pays en proie aux incertitudes du lendemain.

La question centrale est-elle la Bretagne ou la France ? La Bretagne retrouve son paradigme historique : naviguer entre la France et l’Angleterre, tout en échappant aux deux. La libération permet d’enseigner à nouveau l’Histoire nationale. Mais que faire de l’héritage français, surtout quand on le croise au quotidien ? Comment passer sous silence l’Histoire de France, dont les Bretons ont écrit les plus belles pages – de Formigny à la Légion bretonne de 1870, des chouanneries de 1793 aux tranchées de 1914 ? Comment s’accomoder de l’encombrante voisine, et régler de la façon la plus rationnelle des myriades de conflits – allant de l’attribution ou non de la nationalité bretonne aux immigrés en instance de naturalisation par la France jusqu’à l’abolition des incessants et humiliants contrôles que les camions bretons subissent aux frontières françaises ? Le tout se corse en sachant que le gouvernement français, aux abois et dominé par la théâtralisation à l’outrance de ses gesticulations politiques, ne connait plus la mesure ni la raison. Entre deux, les vendéens, angevins et autres mayennais ne savent plus à quel saint se vouer : leur économie et leur travail dépendent de la Bretagne, leur terre de la France.

C’est pourquoi aux premières élections après l’indépendance, la question centrale n’est pas tant l’avenir de la seule Bretagne que ce qu’il faut faire pour apaiser les conflits avec la France, sans rien céder sur la liberté si neuve et déjà si chère. Pas si loin d’un rafiot France considérablement pourri, encalminé et qui prend l’eau de toutes parts, une nef bretonne défie fièrement les brisants. Son équipage est valeureux, solide comme les rocs de son terroir. Il est nourri de toute la tristesse du monde, et a de la bonne volonté à revendre. Après cinq siècles à courber l’échine de gré ou de force, les Bretons préfèrent passer au travers des pires difficultés que d’être dominés à nouveau. Avec un tel équipage – son peuple toujours prêt à lutter et à se retrousser les manches – la Bretagne a de quoi voir venir.

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6 Réponses to “L’indépendance bretonne : quelles opportunités, quels défis ?”

  1. Fabrig novembre 1, 2013 à 1:19 #

    Et pourquoi ne pas parler des hordes gallomaniaques qui harcèlent l’État breton, en menant une fronde réactionnaire pour l’éradication du breton en Haute-Bretagne ? Ainsi que de la guerre larvée existant entre la bourgeoisie d’affaire francophone et la bourgeoisie intellectuelle et culturelle brittophone ?

  2. Fabrig novembre 1, 2013 à 1:20 #

    Et que dire des résidus laïcards qui refusent de reconnaitre le paganisme celtique et l’Église catholique comme religions des Bretons ?

  3. Greenben novembre 5, 2013 à 9:30 #

    Surtout si un jour la Bretagn est Ind/pendante (je ne suis pas contre) elle ne doit jamais etre membre de l’UE! Islande, Norvege, Suisse etc s’en passent tres bien et ils ont raison.

    L<europe asservit tout pays membre. ET surtout au moins alors ne jamais avoir l<EURO ou Shengen et surtout concerver tous les attributs de souveraineté dont la gestion du budget, de la monnaie, des frontieres, et de son espace maritime exclusif.

    Non, l'UE c'est un piege pour tous les indépendantistes!

  4. Mouais mars 12, 2014 à 10:38 #

    Un discours d’utopiste… Désolée, mais je ne vois pas comment tout ce que vous exposez là est viable.
    Et une chose est certaine : je ne crois pas que vous aurez un retour massif de la diaspora bretonne. Moi, en tout cas, je serai tellement furieuse et dégoûtée que je n’aiderai certainement pas la Bretagne… Et Dieu sait pourtant comme j’aime ma région d’origine!… Mais, pour moi, séparer la France de la Bretagne?? Inimaginable…

  5. un breton exilé juillet 28, 2014 à 1:00 #

    La Future Grande Region Grande Bretagne Europeenne est en train de naitre youpi !!!!
    Fusion de la Bretagne avec Pays de la Loire

    Desormais quand je vais aller voir ma famille bretonne je vais dire que je vais en Grande Bretagne Europeenne !o)

    • Florian avril 24, 2015 à 8:28 #

      Ce serait beau! Lorient centre de cette union? =D

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