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Ouest-France, l’Equipe et le Parisien premiers bénéficiaires des subventions à la presse

30 Août

Le fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP) a publié son rapport d’activité pour l’exercice 2012. En 2012, le comité s’est réuni deux fois, a examiné 48 dossiers dont 6 ont été rejetés et a donné en moyenne 247.315 € de subventions. Plus de 15 millions d’euros de subventions lui ont été demandées, il en a accordé 9.6 millions, essentiellement à des sites internet de publications paraissant en format papier.

Le plus gros bénéficiaire est le dossier présenté par le groupe Ouest-France puisqu’il capte 12.3% des aides données. Viennent ensuite le Parisien (11.6%) et Newsprint (11.4%). En effet, Ouest-France et Dimanche Ouest-France captent 1 187 950 € et le Parisien 1 127 241€. L’Equipe perçoit 1 170 426€, puis, avec un écart significatif, viennent La Presse de la Manche (858 948€), France Guyane (446 706 €), Le Monde (373 646 €), Nice Matin (332 893 €) et la Nouvelle République du Centre Ouest (326 645 €).

kiosque-journauxIl faut ajouter aux aides données à Ouest-France et son édition du dimanche celles captées par ses filiales : 101 918€ pour les 32 titres du groupe Publihebdos, qui s’étend sur un bon quart nord-ouest de la France, 24 579€ pour le Courrier de l’Ouest, quotidien de l’Anjou, du Choletais et des Deux-Sèvres, 12 456€ pour Presse Océan, en Loire-Atlantique et 11 816 € pour le Maine Libre, soit 150 769 € de plus dans l’escarcelle du groupe.

Parmi les causes d’attribution de ces aides, 17 dossiers ont trait à la fabrication, pour un montant alloué de  7 263 911 €, près de 75% des aides. 13 dossiers ont été aidés pour la modernisation des rédactions, avec 462 985 €. Les dépenses informatiques, photographiques, de smartphones et tout autre investissement présentant une part de renouvellement de matériel sont désormais payées à la moitié de la dépense. Il faut toutefois « que l’achat de matériel s’intègre à un vrai projet éditorial, que la nature des matériels représente un saut technologique et que la dépense soit retenue sur la base des prix de marché de ce type de matériels, dans des conditions d’offres négociées« . Les formations sont aussi prises en charge dans la limite de 1200€ par journée.

Rappelons au passage que l’Union Européenne épingle régulièrement la France pour ces aides à la presse, qu’elle juge contraires à l’esprit des règles du Marché Commun. Un rapport de 1986 commun à tous les pays de l’Union d’alors (et à quelques pays devenus depuis membres) dressait l’état des aides à la presse dans chacun d’entre eux et préconisait leur allégement sinon leur suppression. Depuis, tous les pays l’ont fait, sauf la France et l’Italie.

 

 

Kickstarter : un Twitter crypté contre la surveillance et la censure

26 Août

la révolution pacifique blog libre

https://www.paypal.com/cgi-bin/webscr?cmd=_s-xclick&hosted_button_id=KZF8RWHUB7NZS

http://www.lematin.ch/high-tech/web/twitter-crypte-surveillance-censure/story/26869349

FINANCEMENT COLLABORATIF

Mélange de Facebook et de Twitter, la plate-forme Trsst recherche des fonds sur le site Kickstarter. Elle promet d’offrir des communications cryptées et sécurisées.

 

 

Trsst est basé sur l’échange peer-to-peer entre les membres du réseau. Les communications peuvent contourner les blocages étatiques.

Trsst est basé sur l’échange peer-to-peer entre les membres du réseau. Les communications peuvent contourner les blocages étatiques.
Image: DR

 

Les révélations sur la surveillance du Net par la NSA n’en finissent pas de faire des vagues. Suite au scandale, nombre d’internautes ont pris conscience de la vulnérabilité des échanges électroniques. L’électrochoc sera-t-il assez puissant pour faire changer durablement les mentalités?

La résistance contre le flicage d’Internet s’organise. Notamment sur le site de financement collaboratif Kickstarter, où vient d’être lancé le projet Trsst. Pour voir le jour, ce réseau social sécurisé espère collecter 48’000 dollars d’ici au 13 septembre.

Mélange de Twitter et de Facebook, il permettra de publier des informations, échanger des messages, suivre des «amis» mais…

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Les vraies raisons de l’exécution politique de Gilles Bourdouleix

24 Juil

bourdouleixPetite histoire d’été. Un maire, excédé par des Roms qui seraient venus s’installer sur un terrain de sa commune aurait regretté qu’Hitler n’en ait pas tué assez. Un journaliste capte la scène avec son portable et diffuse. Tous les médias reprennent l’histoire, sans s’interroger le moins du monde – ou presque – sur sa véracité et ce qui la sous-tend. Le scénario est bien ficelé, la cause est entendue,  tollé national, le maire est viré de son parti, puis on lui coupe la tête.

Parce que même s’il n’y a pas de sang, il s’agit bien d’une exécution publique. Médiatique. Politique. Judiciaire même. Une exécution qui surprend par sa rapidité. Et qui a ses raisons que nous tenterons d’éclaircir – ce que personne ne s’est visiblement donné la peine de faire avant nous. Pour le béotien, c’est vite vu : le maire a dérapé, c’est nauséabond, il doit être condamné, et le bon peuple ne verra rien. Seulement à qui profite le crime ?

On ne peut trouver la réponse qu’en se penchant sur le condamné. Bourdouleix, Gilles, maire de Cholet depuis 1995, député depuis 2002, président du CNIP (Centre National des Indépendants et Paysans) depuis 2009. Ce n’est assurément pas n’importe qui que cet avocat et chargé de cours en droit – et surtout pas un homme à ignorer le sens des propos lâchés au vent, surtout quand l’on fait de la politique et qu’à force, l’on fait des jaloux ou des ennemis. L’exécution publique de Gilles Bourdouleix est sous-tendue par ces inimitiés et des desseins politiques plus ou moins cachés. C’est pourquoi – hors de la question de savoir si oui ou non il a tenu les propos qui lui sont reprochés – nous allons nous pencher sur le pourquoi du comment de cette exécution.

Le Courrier de l’Ouest brouillé avec Gilles Bourdouleix

En réalité, le Courrier de l’Ouest et Gilles Bourdouleix sont fâchés depuis belle lurette. Deux fois le Courrier de l’Ouest a attaqué le maire de Cholet pour diffamation, après que celui-ci ait contesté vivement les méthodes qu’il employait ou la véracité de l’information, deux fois le journal a été condamné aux dépens, dont la dernière fois il y a quelques semaines. De quoi rendre possible un règlement de comptes du journal ?

L’étrange déontologie du Courrier de l’Ouest

Par ailleurs le journal – dépendant du groupe Ouest-France – n’est guère un modèle des bonnes pratiques du métier. Sa partialité, enfin plutôt celle, largement tolérée par la rédaction, du journaliste couvrant la commune concernée, a été largement soulignée ces derniers temps au sujet de la destruction de l’église de Gesté. Les articles paraissant dans le quotidien étaient en effet toujours très largement favorables à la démolition de l’église, et à l’équipe municipale portant le projet. Pire encore, les communiqués ou les informations opposés à la démolition ont été systématiquement trafiqués – ainsi d’une position de la SPPEF envoyée le 21 juin, et publiée quelques jours plus tard vidée des trois quarts de son contenu, remplacés par de la glose du journaliste, à côté de la plaque pour l’essentiel. Qu’a fait la rédaction, alertée sur les excès de son collaborateur ? Rien, jusqu’à ce que la partialité dudit journaliste fut dénoncée jusqu’aux ondes de la Voix de la Russie, le journal gagnant dans l’affaire une honte internationale. Depuis, les articles sur l’affaire de la démolition sont écrits par un autre journaliste et sont un peu moins orientés.

Pourquoi un journal qui tolère la partialité des journalistes au sujet de la démolition de l’église de Gesté ne pourrait-il pas être partial pour le reste ? Un caractère que Gilles Bourdouleix n’a de cesse de dénoncer « les gens du Courrier ne m’aiment pas, car je ne leur fais pas de cadeaux. C’est un journal tout à fait partial, la voix de la gauche pour le Choletais », nous explique-t-il.

 

Le combat ancien d’un maire contre l’impunité des gens du voyage

Par ailleurs, le maire de Cholet combat depuis longtemps l’impunité judiciaire dont bénéficient les gens du voyage, tant Roms que gitans, véritables vaches sacrées de l’application de la loi républicaine. Pour expliquer un peu ce fait curieux à nos lecteurs qui seraient étrangers à la France et donc peu habitués aux bizarreries de notre beau pays, imaginons un instant qu’une famille de français « normaux » comme les affectionne notre « normal » président s’installe sans y avoir été invitée sur le terrain de foot communal, avec caravanes, proches et amis de ceux-ci, vole l’eau de la commune, se branche sur l’électricité des vestiaires, et en partant laisse un tombereau d’ordures dispersé un peu partout sur le terrain, avec des sacs plastiques accrochés dans tous les arbres alentour. Les foudres de la justice ne tarderaient pas à s’abattre sur ces français normaux, pour occupation illégale d’un bien public, dégradations, vols, pollution volontaire etc. En France, les gens du voyage font cela chaque année, des dizaines de fois, sans encourir aucune sanction, quand ils se rendent aux divers grands rassemblements évangéliques (en Camargue, à Trignac, à Nevoy etc.) ou seulement quand ils se déplacent.

Entrepreneur dans la motoculture et les espaces verts, Loïc Maurice, par ailleurs président du CNIP44, dit son ras-le-bol devant la « démission générale des pouvoirs publics » au sujet des gens du voyage. Sur quinze ans, ses quatre établissements ont connu plus de cent cambriolages divers, et les « impôts indirects que sont ces vols répétés qui aboutissent tous aux gens du voyage, d’après les forces de l’ordre » pèsent lourdement sur les charges, sans pourtant que « la justice fasse quelque chose ». Les maires sont aussi en première ligne, d’autant plus, précise Loïc Maurice, « qu’il ne faut pas tout mélanger : on n’est pas dans le cas d’un manque d’aires d’accueil, comme c’est le cas dans le sud-est. Ce sont des rassemblements évangéliques, et les mairies subissent ainsi l’assaut de 100, 150 ou 200, voire plus, véhicules, sans être prévenues » – alors que la législation impose aux missions évangéliques tziganes de déclarer leurs parcours et leurs rassemblements six mois auparavant à la Préfecture, afin qu’elle puisse prévenir les communes concernées – « et ces mairies, comme Guérande dernièrement ou Cholet se retrouvent complètement démunies, les rouages de l’Etat refusant d’appliquer l’ordre comme ils sont censés le faire, et comme ils le font quand il s’agit de n’importe qui d’autre que les gens du voyage. » Et il s’insurge « Aucune loi n’oblige une commune à supporter à sa seule charge et à celle de ces concitoyens un assaut massif de gens du voyage, qui se répète parfois une, voire deux fois par an ! »

De fait, les pouvoirs publics sont terrorisés et se sentent impuissants. Cette impuissance s’est une nouvelle fois traduite ces derniers jours à Cholet. Ainsi, le sous-préfet choletais Colin Miège a dit au maire Gilles Bourdouleix « moi aussi je n’aime pas les gens du voyage, mais laissez-les, ça va calmer les choses », afin de justifier son refus de faire intervenir la force publique pour les faire partir du terrain communal qu’ils occupaient indument. Un commissaire de police qui s’est déplacé a refusé d’envoyer des policiers avec l’huissier mandé par la commune pour relever les immatriculations des véhicules présents : l’huissier qui n’a pu mener à bien sa mission a tout de même constaté le refus du commissaire de faire son travail. Finalement, à force de fermeté, les gens du voyage à l’origine de l’affaire sont partis le 22 à midi.

 

La main de la Préfecture et de l’Etat

Les démêlés de Gilles Bourdouleix et des gens du voyage ne lui ont pas apporté que des amis à la Préfecture et à la sous-préfecture. D’autres raisons – notamment les atermoiements des intéressés autour de l’adhésion d’une commune à l’intercommunalité choletaise – ont provoqué un fort énervement du côté du maire de Cholet excédé, tant et si bien qu’il fait voter en mai 2013 une motion pour que le président de la République relève le préfet du Maine-et-Loire de ses fonctions. Dans la foulée, la commune s’est placée sous le contrôle direct du ministère de l’Intérieur, refusant qu’à l’avenir la préfecture exerce son contrôle de légalité sur ses décisions. Et même si la tension est depuis un peu retombée, elle restait palpable. Ce n’est donc en rien étonnant que le préfet a décidé dans la foulée d’achever l’exécution médiatique par un volet judiciaire, en saisissant  le procureur de la République pour apologie de crimes contre l’Humanité. Cette décision n’a pu être prise qu’avec l’accord exprimé de M. Valls, ministre de l’Intérieur. La vengeance de l’Etat n’est pas loin, et marche de concert avec le front des bien-pensants.

 

Comment l’UDI essaie d’abattre Gilles Bourdouleix et le CNIP

Il y a quelque chose de très surprenant dans « l’affaire » Bourdouleix – la rapidité avec laquelle les pontes de l’UDI ont appelé à son exclusion. Jean-Louis Borloo, soucieux de ne pas réagir à chaud, avait seulement fait un communiqué écrit pour condamner les propos et appeler  à analyser la situation, sans mentionner de possibilité d’exclusion. Mais Jean-Louis Lagarde et Yves Jégo ont appelé très vite à une exclusion de l’intéressé. Yves égo notamment ne mâchait pas ses mots sur Twitter hier : « Les propos rapportés par le #CourrierdelOuest sont ignobles et inacceptables. L’exclusion de l’UDI de leur auteur doit être immédiate. » La violence de cette réaction traduit là encore un violent règlement de comptes, façon OK Corral. D’un côté, Yves Jégo et ses proches, de l’autre le CNIP mené par Bourdouleix. La toile de fond : les élections au sein des fédérations départementales, puis les municipales. Arbitre théoriquement impartial mais en pratique manipulé : Jean-Louis Borloo.

Tous les jours, des échos et des articles écrits par tels ou d’autres journaux locaux mettent en cause plus ou moins gravement un élu local, sur fond de dérapage avéré ou non. Mais peu d’entre eux atteignent le niveau de l’emballement médiatique national, surtout le jour de la naissance du bébé de Kate Middleton, quand les médias ont fort à faire ailleurs. Le tollé national doit en effet beaucoup à la diffusion qui en a été faite par les amis de Yves Jégo, qui rêvent de se débarrasser du maire de Cholet et surtout de son parti, le CNIP (Centre National des Indépendants et Paysans), qui fait partie depuis 2012 de l’ARES, l’alliance de formations centristes qui a donné naissance à l’UDI autour de Jean-Louis Borloo.

Celle-ci est formée à l’origine de sept composantes (Alliance centriste, CNIP, FED, gauche moderne, Nouveau Centre, PLD, Parti radical, Territoires en mouvement) dont deux – le parti radical et le CNIP – sont d’assez anciens partis politiques, alors que les autres sont essentiellement des mouvements politiques formés autour de quelques personnalités, Gauche Moderne autour du mulhousien Bockel, Alliance Centriste autour, notamment, de Jean Arthuis, etc. Il y a en outre des « adhérents directs », c’est-à-dire des gens qui ne sont qu’adhérents de l’UDI elle-même et non d’une de ses composantes en plus. Chacune des composantes essaie de ne pas se laisser liquider dans le flot des adhérents directs, et le Parti Radical, mené par Yves Jégo, profite amplement du fait que Borloo en soit originaire pour essayer de mettre la main sur l’ensemble des instances locales de l’UDI, et étendre sa sphère d’influence hors des départements où il est déjà implanté. Ce « grand dessein » est au coeur des luttes d’influence qui l’opposent notamment au CNIP.

Des élections dans les départements ont été organisées un peu partout : les militants de toutes les composantes devaient pouvoir élire un président, un bureau départemental (75 personnes, donc 89 noms, suppléants compris) et des représentants au conseil national (35 personnes, donc 43 noms, suppléants compris), en outre des « membres de droit » de ces instances qui sont habituellement les présidents locaux des composantes, les élus importants, maires et adjoints de grandes villes, députés, etc. Chaque militant devait pouvoir apporter sa voix. Pour éviter le bourrage des urnes et les vagues de candidats fantômes inscrits la veille des élections, seuls les adhérents à jour de cotisation avant fin février pouvaient voter aux élections organisées en mai ou juin. Dans bien des départements, il n’eut qu’une seule liste, dans d’autres, non. Et c’est souvent là où il y a eu deux listes – comme dans le Loiret – que l’on constate des irrégularités en cascade et des tricheries commises en masse par l’un ou l’autre camp. Mais nulle part les tensions n’ont été aussi fortes que dans les départements où le CNIP pouvait légitimement espérer prendre la direction des instances locales, ayant le plus d’adhérents locaux. Plusieurs sont concernés, notamment la Loire, l’Isère, l’Hérault, et surtout la Seine-et-Marne et les Pyrénées Orientales.

Dans les Pyrénées Orientales, le CNIP mené par l’ancien maire d’Oloron Hervé Lucbéreilh avait, avec ses 400 adhérents, tout à fait la possibilité de prendre la tête des instances départementales. Les chefs des autres partis – notamment Philippe Morel, le responsable du Parti Radical – n’ont eu aucune envie de faire une juste et brave campagne et ont préféré dénoncer unanimement  « l’entrisme » du CNIP et « l’OPA » qu’il exerçait – par le simple fait d’avoir la majorité des adhérents – sur l’UDI départementale. Résultat de cette cabale : suite à d’amicales pressions, les instances nationales de l’UDI ont exclu du parti les 400 adhérents du CNIP (et de l’UDI) en Pyrénées-Atlantiques. Suite à cette manœuvre soviétique l’élection a été verrouillée aux dépens du CNIP. La décision était justifiée officiellement par « l’incompatibilité entre l’UDI et une formation de droite qui le revendique ».

Seulement le CNIP – qui milite pour la revalorisation de la ruralité, la défense du monde rural, mais aussi pour un modèle sociétal plus conservateur – contre le mariage gay notamment et tout ce qui s’ensuit (PMA, GPA, adoption pour les homosexuels), a toujours été plus à droite que d’autres composantes de l’UDI, notamment l’Alliance centriste et le Parti Radical tentées par une co-gouvernance avec les socialistes. Ainsi, Yves Jégo, bras droit de Borloo, manœuvre avec entrain pour se rapprocher du PS, mettre Jean-Louis Borloo sur la touche – via l’affaire Tapie – et former un gouvernement « d’union nationale » le jour où Hollande voudra se séparer d’Ayrault et recentrer sa majorité pour lui donner un souffle nouveau. Pour arriver à ses fins, il faut deux choses à Yves Jégo : à tout prix garder le contrôle de son département et virer tous les gêneurs, d’où qu’ils soient.

Ainsi, le CNIP est passible d’un crime de lèse-Jégo. En Seine-et-Marne, Hugues Rondeau, le maire de Bussy Saint-Georges, a réuni 250 adhérents au sein du CNIP. De quoi pouvoir ravir la tête de la fédération à Yves Jégo. Celui-ci a alors fait en sorte que les 250 adhésions du CNIP à l’UDI soient suspendues – verrouillant ainsi la situation – et surtout n’a pas organisé d’élections, la fédération étant aux mains d’un bureau provisoire cadenassé par le clan Jégo. Cette situation peu démocratique a prospéré avec la grande discrétion des médias locaux, hormis un article très éclairant  du Parisien. L’UDI est censée « éviter le péril frontiste » et « rompre avec les magouilles de l’UMP et du PS qui font le terreau du vote FN», disaient les borlooistes à sa fondation. Curieusement, pour parvenir à ses objectifs, l’UDI est tout à fait dans la tradition des susdites magouilles, et donc participe à l’augmentation du vote frontiste.

Virer les gêneurs, cela veut dire aussi épurer les voix dissidentes dans d’autres départements. Dans la Loire (42), 13 membres du bureau départemental de l’UDI ont été exclus après l’élection pour avoir soutenu une candidature dissidente au poste de président départemental. Les exclus faisaient partie du Nouveau Centre et du CNIP. En Loire-Atlantique, c’est Loïc Maurice, le président du CNIP local, qui se retrouve sur la sellette, notamment pour avoir déclaré sa candidature pour Nantes puis pour avoir dénoncé inlassablement l’immobilisme de l’équipe Guerriau qui a mis la main sur l’ensemble – ou quasi – de l’UDI départementale pour le compte cette fois du Nouveau Centre et de l’Alliance centriste, tout en maintenant une chape de plomb sur la constitution de l’UDI locale qui a été dénoncée par BreizhJournal.

Gilles Bourdouleix était au courant de tout cela. Il avait comme projet de se donner le mois d’août pour réfléchir, puis de provoquer un bureau national de l’UDI en septembre pour crever l’abcès. Le tollé national a comme conséquence de lui retirer l’initiative et de le placer en très mauvaise posture pour demander des comptes. D’où l’empressement dont ont fait preuve certains pontes de l’UDI tant pour le condamner que pour demander l’éviction du CNIP dans son entier. La justification officielle est déjà prête : il s’agirait de « protèger l’UDI » et d’éviter « toute assimilation entre l’UDI et une posture de droite décomplexée », nous souffle un proche de l’équipe dirigeante du parti, soulagé de voir le CNIP s’écarter.

 

 « L’UDI est dirigée par une armée de couilles molles »

Gilles Bourdouleix s’apprête à « laisser passer l’orage » et à évacuer l’UDI. « Le CNIP a une existence propre, donc on se casse de l’UDI, qui est un échec ». Pourquoi ? « A cause de l’armée de couilles molles qui la dirige, les gens comme Jégo et Lagarde qui manipulent Borloo pour virer toute la droite du parti et devenir califes à leur tour. Les municipales sont préparées n’importe comment, ils se torpillent eux-mêmes ; à force de chercher un positionnement différent de l’UMP, l’UDI vire à gauche et risque d’exploser. Ils ne sont puissants que dans la magouille »
Des combinaisons qui peuvent avoir leur déclinaison locale car certains ennemis locaux de l’élu – notamment le mayennais Jean Arthuis qui fait tout pour être le patron de l’UDI du Maine jusqu’en Vendée et qui goûte peu la voix dissidente du choletais Bourdouleix – essaient actuellement de créer une liste dissidente de droite pour faire tomber l’élu. Celui-ci affiche sa sérénité. « Des listes dissidentes, il y en a déjà eu ». Sans succès.

Loïc Maurice, le président du CNIP 44 résume « Les magouilleurs, ces gens là ne savent diriger que dans l’ombre, sur le terrain, pour affronter les difficultés, il n’y a plus personne. La droite est en train de se saborder dans le 44 – et même en général – parce que tous ces magouilleurs ne sont préoccupés que par leurs combines et non à proposer des candidats et des programmes qui tiennent la route. Ils sont obnubilés par le microcosme ». Un microcosme que brocarde également le député-maire de Cholet « tout ce qui me tombe sur le râble, c’est la clique des bien-pensants politico-médiatico-journalistique, qui donne des leçons à tout le monde et qui est complètement déconnectée de la réalité du terrain. Elle seule m’importe. On me trouvera toujours à la défense de mes concitoyens. » Depuis le début de l’emballement médiatique autour du député-maire du Cholet, celui-ci a reçu des centaines de mails et messages de soutien de ses électeurs. Un soutien sans faille alors que la tempête politico-médiatique fait rage. Lorsqu’une information remplacera celle-ci comme un clou chasse l’autre, la tempête se calmera. Le soutien, lui, restera.

La Bretagne obtient son .bzh

11 Mai

point-bzhUn combat de près de dix ans porté par la Région Bretagne et l’association www.bzh vient d’être remporté : le 10 novembre, l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) vient d’accorder l’extension .bzh.

La Bretagne pourra ainsi rivaliser avec la Catalogne, qui dispose déjà de son extension .cat depuis 2005 et les Bretons du monde entier auront ainsi leur extension « nationale ». D’autres demandes ont été déposées par des collectivités territoriales françaises et pourraient être prochainement approuvées : il s’agit du .paris déposé par la mairie de Paris, le .corsica déposé par la Collectivité Territoriale Corse (CTC) et le .alsace par le conseil régional alsacien.

Le projet était porté par l’association http://www.bzh, la région administrative de Bretagne (départements 22, 29, 35 et 56) ainsi que le département de Loire-Atlantique ; des élus de tous bords et de nombreux citoyens Bretons ont épaulé le projet durant toutes ces années de montée en puissance ; près de 20.000 Bretons ont signé en faveur de la création de l’extension. Des retombées importantes sont attendues pour la Bretagne et ses acteurs économiques qui gagneront en visibilité mondiale.

 

pointBZH

Bretagne Réunie met en cause le monopole et le contenu d’Ouest-France

3 Mar

Depuis 2006, l’association Bretagne Réunie, qui a pour but de soutenir et promouvoir la réunification de la Bretagne avec la Loire-Atlantique, analyse le contenu du journal Ouest-France. Dans une lettre adressée au ministre de la Culture Aurélie Filipetti, l’association met en cause la pauvreté du contenu du quotidien et la déculturation systématique qu’il constitue, ainsi que l’absence de diversité culturelle et linguistique qu’il propose aux lecteurs de Loire-Atlantique. Tout ce que vous voulez savoir sur le contenu et l’intérêt d’Ouest-France : voici la radiographie décapante de Bretagne Réunie.

Pour rappel, Ouest-France reçoit 15.7 millions d’€ d’aides publiques  par an, en moyenne, ce qui en fait le troisième bénéficiaire national, juste derrière Le Monde et le Figaro, mais devant l’Humanité, Libération ou la Croix. Des aides censées garantir un contenu de qualité ? Pas pour Ouest-France, comme le démontre le travail de l’association, qui a analysé les pages titrées « Loire-Atlantique » et « Pays de Loire » dans l’édition locale d’Ouest-France pour Saint-Nazaire – La Baule.

Une pauvreté de contenu ahurissante

L’association a réparti les articles publiés en sept catégories. La première, les faits de société, regroupe les faits-divers, les infos liées aux domaines de la justice, de la société, du terrorisme, la nécrologie, les distinctions honorifiques, l’humanitaire. La seconde, le domaine socio-économique regroupe l’agriculture, l’alimentation, l’artisanat, l’aviation, la circulation, le commerce, l’économie, le tourisme, la marine, le syndicalisme, l’industrie, l’urbanisme. La troisième, la connaissance, réunit culture, enseignement, spectacles, jeux, concours, informatique, médias. La quatrième, intitulée fonctions étatiques, rassemble l’information sur la politique, l’armée, l’administration. La cinquième, domaine psycho-physiologique, réunit santé et sports. La sixième, sciences de la terre, groupe climatologie, météo, écologie. La dernière enfin, domaine spirituel, est vouée aux religions.

L’association a dressé une répartition des informations selon ces sept catégories. Les faits de société dominent globalement. Suite à un pic en janvier 2006, où ils représentaient 56.34% de l’information, ils ont baissé dans le total, et ne cessent depuis de remonter, de 34.54% du total des informations en décembre 2007 à 40.13% en janvier 2013, dont trois quart de faits-divers. Les chiens écrasés dominent dans les pages d’Ouest-France. Sans surprise, le domaine socio-économique, rassemblant une grande variété de thématiques, s’arroge entre 15 et 30% de l’information selon les mois, et la connaissance entre 8 et 15%. Cette répartition laisse une place très réduite aux autres champs de l’information, parmi lesquels les sciences de la terre, dont la part ne cesse de baisser, de 7 à 3% de 2006 à 2013, le domaine psycho-physiologique relativement stable, de 6 à 9% et dominé par les résultats sportifs, les fonctions étatiques, stabilisées à 10% de l’information et le domaine spirituel inexistant en 2013 où il représente 0.33% de l’information. Par ailleurs, dans les 51 pages référencées Loire-Atlantique, la publicité occupe 31.92% de l’espace. Un constat semblable pourrait être fait pour bien d’autres journaux locaux, de la Voix du Nord à la République du Centre, en passant par la Provence ou la Dépêche du Midi. Mais ceux-ci reçoivent moins d’aides publiques et ne sont pas toujours autant monopolistiques qu’Ouest-France.

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Une propagande claire de la débretonnisation

A la lecture du rapport de l’association, un constat peut être fait clairement : Ouest-France n’a rien à mettre dans ses colonnes. Mais en plus, le journal refuse absolument de faire référence à la Bretagne dans ses éditions de Loire-Atlantique, ou d’informer les habitants du 44 de ce qui se passe dans le reste de la Bretagne. Il arrive régulièrement que des informations, qui concernent l’ensemble de la Bretagne, ne soient reprises que dans les éditions des quatre départements de la Bretagne administrative, et absentes des éditions locales d’Ouest-France en Loire-Atlantique. Ou l’inverse. Par exemple encore récemment pour les péripéties de la bataille parlementaire sur l’amendement permettant la tenue d’un référendum local sur la réunification de la Bretagne.

La part des informations venant de Bretagne administrative dans les éditions de Loire-Atlantique est misérable : 3.90% en 2006, 1.01% en janvier 2013. Soit sept infos pour ce début 2013, dans l’édition locale Saint-Nazaire – la Baule, dont une parution de livre et trois faits divers. La Bretagne administrative se trouve moins bien représentée dans le quotidien que la Vendée (7.25%), le Maine-et-Loire (7.75%), la Mayenne (4.38%), la Sarthe (4.04%) ou même le reste de la France (11%) ! Bref, la quatrième ville et le premier port Breton, Saint-Nazaire, se trouve complètement dépourvue d’informations issues de sa région historique d’origine, si ce n’est une misérable aumône accordée chaque mois.

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Une réelle inquiétude sur la qualité de l’information en Loire-Atlantique

Le groupe Ouest-France est quasiment monopolistique dans le département, via ses quotidiens Ouest-France et Presse-Océan, et ses hebdomadaires   l’Eclaireur (Castelbriantais), l’Echo de la Presqu’île (Guérande, Brière), l’Hebdo de Sèvre et Maine (Clisson), le Courrier du Pays de Retz. Côté papier, seul l’Echo d’Ancenis a résisté et est resté indépendant. Plusieurs sites internet et médias citoyens garantissent l’indépendance sur internet. Parmi les hebdomadaires, l’Eclaireur et l’Echo de la Presqu’île recouvrent plusieurs communes du Morbihan et de l’Ille-et-Vilaine, notamment autour de la Roche-Bernard, de Martigné-Ferchaud, de Bain-de-Bretagne et de Redon, permettant à leurs lecteurs de bénéficier d’informations provenant des départements de la Bretagne administrative.

Ce ne sont cependant que de rares goulées d’air pour échapper à une propagande quotidienne des Pays de Loire et à l’association systématique des nouvelles de Loire-Atlantique avec la région administrative, ce que fait aussi dans une moindre mesure la radio publique France Bleu. Du rapport de l’association émane une réelle « inquiétude » quant à la qualité de l’information. Dès 2006, Bretagne réunie signalait déjà « une atomisation de l’information par la surabondance de chroniques locales banalisées par les faits divers et une coupure volontaire et rédhibitoire des informations issues de Bretagne administrative ». Ces deux points, ainsi que la déperdition de l’information par la tyrannie du fait-divers, restent valables encore aujourd’hui. En 2007, le quotidien interpellé par un millier de lecteurs ulcérés par son attitude anti-bretonne répondait par la voix de son PDG François-Régis Hutin que « en Loire-Atlantique, nous [Ouest-France] publions beaucoup d’informations bretonnes ». Soit 3.13% en décembre 2007 et 1.40% en janvier 2009. Une misère.

Les démarches ultérieures des lecteurs de Loire-Atlantique se sont heurtées à un mur. Ouest-France continue à être le journal de propagande des Pays de Loire. Un choix qui ne manque pas d’influer sur le traitement de certains dossiers à haute implication politique, comme l’aéroport de Notre-Dame des Landes, où depuis le début des opérations policières, l’on constate de la part du quotidien des pratiques journalistiques pour le moins curieuses  et un attachement certain à reproduire le communiqué de la préfecture, quelle que soit la réalité du terrain.

Ouest-France se targue d’être le journal le plus lu en France, avec près de 780.000 exemplaires vendus chaque jour, et un tirage de 820 à 845.000 exemplaires. Cependant, cette diffusion ne cesse de baisser  et est passée de 793 790 exemplaires en 2007 à 766 970 en 2011. En 2012, malgré une légère remontée de la diffusion à 767 434 exemplaires, dont 749 267 payés, le quotidien accuse la première perte de son histoire, avec un résultat d’exploitation en déficit de cinq millions d’€  et ce, malgré les quinze millions d’aides publiques perçus. Or, nombre d’exemplaires d’Ouest-France sont distribués gratuitement dans les prisons, les campus et les établissements scolaires, entretenant l’opacité la plus totale sur le nombre de lecteurs véritable du quotidien. Les choix éditoriaux de celui-ci se traduisent cependant par une désaffection quasi-systématique des mineurs et des jeunes. Pour rappel, 53% des jeunes de moins de 25 ans en Bretagne sont pour l’indépendance  Apprécient-ils vraiment la censure exercée par le quotidien à l’égard de leur région de prédilection ?

Joint par BreizhJournal, le Pouliguenais Jean-Paul Touzalin nous explique que ce travail, qu’il a mené tout seul en raison de son caractère long et rébarbatif, peut aussi s’appliquer aux autres éditions locales. « J’ai fait une comparaison entre la Loire-Atlantique et une édition d’un autre département de la Bretagne administrative, sans pousser l’analyse à fond comme pour l’édition locale de Saint-Nazaire, et mes constats se recoupent à peu près. Même si la technique d’Ouest-France est de saucissonner l’information entre les éditions locales, ce qui complique sa perception globale« . Pour lui, l’utilité de son travail est « d’alerter ceux qui veulent bien comprendre que l’ennemi de la réunification peut être intérieur et insidieux, et non seulement extérieur ou politique« . Cependant, « Ouest-France n’est pas monolithique : la rédaction de Rennes se montre plus ouverte dans son rapport avec la Loire-Atlantique que celle de Saint-Nazaire ne l’est vis à vis de la Bretagne historique« . Il est donc possible que les chiffres et les dérives observées dans l’édition locale de Saint-Nazaire – la Baule soient en partie dus – aux excès locaux d’une politique rédactionnelle.

Le problème est plus vaste que Ouest-France, puisqu’il concerne aussi France 3 ou France Info. Jean-François le Bihan, président de Bretagne Réunie, estime que « Ouest-France doit être un relais impartial d’information, donc notamment de la revendication bretonne. Il faut mettre fin à l’ambiguité, au double discours sur la Bretagne tel qu’on le trouve, atomisé, dans les éditions locales et régionales du quotidien. » Pour sa part, il estime que la prise en compte de la Bretagne dans les éditions de Loire-Atlantique est en « relative stagnation » et, de toutes façons, « insuffisante« . Thierry Jolivet, membre morbihannais de la commission médias de Bretagne Réunie, nous précise que suite à des rendez-vous pris entre l’association et Ouest-France, « des améliorations ont été perçues dans les pages Bretagne de Ouest-France, avec une meilleure perception de la Bretagne historique ou des articles touchant les cinq départements; la réciproque n’est pas vraie cependant côté Loire-Atlantique » et, étant donné le turn-over permanent des journalistes, « il faut un effort permanent pour réexpliquer à Ouest-France la nécessité de bien prendre en compte le contour de la Bretagne historique » et de ne pas cèder à la facilité de la « posture suiviste, dans un prêt-à-penser conforme aux institutions. La solution réside, pour Thierry Jolivet, dans « une collaboration ouverte et permanente avec les journalistes, afin de les éveiller à la problématique bretonne et à la dignité culturelle du peuple Breton. »

L’association Bretagne Réunie souligne l’incompatibilité du quotidien et de sa « prétendue image de marque », symbolisée par sa devise Justice, liberté et humanisme. Ouest-France est « un vecteur de débretonnisation, de suppression des liens naturels entre individus issus d’un même territoire », un outil « d’élimination institutionnelle de toute reconnaissance de la bretonnité de la Loire-Atlantique  et se substitution de l’identité bretonne » par celle, artificielle, des Pays de Loire. Bretagne Réunie avertit le ministère de la Culture que subventionner ce journal à raison de millions d’€ annuels ne permet pas de garantir la liberté et la diversité de l’information, mais au contraire ne fait que nourrir un « colporteur d’intolérance » quasi-monopolistique qui met en péril la liberté d’informer et, au-delà, l’honneur du journalisme.

Quand Marianne fait du négationnisme républicain à l’encontre des Bretons

28 Fév

Coup de gueule. Sous la plume d’Eric Conan, actuel directeur de la rédaction du magazine du centre-gauche, Marianne prend la défense la plus obtuse possible de la République. Au risque de ne plus « combattre la pensée unique » et de faillir à ce qui est à la fois sa vocation et son leitmotiv. Car sous la plume de M. Conan c’est bien la pensée unique républicaine et jacobine que l’on trouve exprimée et soutenue, avec une véhémence d’expression qui tend à prendre les lecteurs de Marianne pour des abrutis.

no-parler-bzhgVous en doutez ? Nous prenons à l’instant connaissance d’un entrefilet du triste sire paru dans une Marianne de mi-novembre 2012. Un grand moment de journalisme, là encore. Sous couvert de combattre les « discours les plus dominants » et l’emprise de TF1 – enfin de son très Breton ex-patron Patrick le Lay – Eric Conan minimise l’oppression dont s’est rendue coupable la République envers la diversité intérieure française, celle des minorités ethniques et linguistiques internes dont nombre d’entre elles étaient plus anciennes que la France elle-même. Ainsi, pour M. Conan, « les Bretons sont passés au Français parce qu’il constituait pour eux une langue universelle permettant de les sortir de leur isolement. L’adoption du français a souvent été volontaire et vécue (…) comme une émancipation de l’église ». Adoption « volontaire » qui cache admirablement les panneaux « interdit de cracher par terre et de parler Breton » dans les écoles, l’interdiction – maintenue à ce jour – pour les Bretons, les Basques, les Corses et ainsi de suite d’enseigner leur histoire dans les écoles de leurs pays, les multiples difficultés qui leur sont faites pour entraver le développement de l’enseignement dans leurs langues. Celles notamment qui sont causées par une Constitution sclérosée (« la langue de la République est le français ») et l’attachement rétrograde au dogme de l’une et de l’indivisible, qui interdisent aux Bretons de pouvoir faire leurs démarches administratives dans leur langue et qui peuvent les conduire en prison pour des documents civils en partie rédigés dans leur langue. Et qui maintient la Bretagne artificiellement séparée de la Loire-Atlantique qui constitue environ 1/5e de son territoire, mais 1/3 de sa population, 1/2 de l’industrie, 2/3 de la recherche et 80% de la production électrique. On a compris, M. Conan fait preuve d’un négationnisme républicain qui a pour but de cacher, notamment aux Bretons, que les minorités nationales internes disposent de moins de droits en France – pays des « droits de l’Homme » – qu’en Russie ou en Hongrie. Pays régulièrement épinglés par la presse française pour leur manque de démocratie, soit dit en passant.

info libreM. Conan porte un nom Breton d’origine. Mais, comme les « Bretons utiles » du gouvernement, le ministre de l’agriculture Le Foll par exemple  il ne fait absolument pas honneur à ses origines. Au contraire, il est animé d’une haine féroce envers elles, qui doivent lui venir de son surmoi républicain qu’il n’a jamais su dépasser. Ou de son informatrice, cette triste Françoise Morvan, universitaire française adepte des débats à sens unique  dont l’inimitié envers la Bretagne en général et les nationalistes Bretons en particulier est à la hauteur de sa déception amoureuse. Etudiante, elle fut amoureuse d’un nationaliste Breton d’avant-garde qui ne répondit point à ses espérances. Alors elle devint une universitaire mercenaire de la République jacobine, celle qui justement était si « respectueuse des petites patries et des particularismes locaux » qu’elle les noya massivement en Loire et les fusilla dans toute la Loire-Atlantique : au nord pour cause de chouannerie, au sud pour cause de guerre de Vendée, et partout pour les curés.  La déportation verticale et les « baptêmes républicains » étaient sans doute une façon d’émanciper les Bretons de l’Eglise.

Dans un feu d’artifice chauvin, M. Conan, qui tartine à la truelle des proses semblables depuis des années dans l’Express ou Libération, achève en passant, les ailes grandes déployées, le mur du çon : « il suffit de considérer Colmar, Ajaccio et Quimper pour se demander s’il y a d’autres pays en Europe qui ont réussi à préserver un tel exotisme intérieur ». Ou comment prendre ses lecteurs pour des abrutis, des ignares et des idiots finis. Hervé le Borgne, actuaire et président de l’Institut de technique actuarielle, implanté à Brest, n’y va pas par quatre chemins : c’est un « tissu d’âneries », écrit-il dans une lettre diffusée dans l’ensemble du mouvement Breton et adressée à Eric Conan ainsi qu’à la direction de l’hebdomadaire Marianne. Parce qu’il ne faut pas être devin pour s’apercevoir qu’Eric Conan a tout faux. L’on peut comparer l’est et l’ouest de l’Ukraine, les diverses parties de l’Espagne, de l’Allemagne ou du Royaume-Uni, voire la Russie où à 1000 km de Moscou – la porte à côté pour cet étendu pays – l’on vit à des années lumières de la capitale, y compris sur le plan culturel, sans que l’Etat se sente obligé d’opprimer l’extraordinaire diversité des langues et des cultures locales.

Peut-être que sans l’oppression linguistique et culturelle jacobine, la France ressemblerait à l’Italie, et à l’accent des gens, l’on pourrait savoir de quel terroir ils viennent. Au lieu de cela, la République a nivelé, abattu, démonté, créé une médiocrité ambiante et une absence d’horizon où se trouvent plongés les infortunés habitants de l’ancien domaine royal, de l’Anjou à la Lorraine et de l’Artois au Bourbonnais, privés des fiertés de leurs villes, de leurs terroirs, de la richesse de leur identité, de leur accent ou de leur patois, de leurs identités si particulières qui les motivaient à aller toujours de l’avant, à ne jamais se laisser séduire par les sirènes de l’enfrichement, de la vierzonnisation ambiante, de l’abandon. Au-delà, les cultures furent plus fortes, animées par des peuples – Bretons, Basques, Corses, Catalans, Alsaciens – ou des villes – Lyon, Toulouse, Marseille – qui ont résisté et qui continuent à se projeter vers l’avenir. L’Europe le démontre autour de nous : la diversité interne fortifie et motive, c’est un atout indispensable pour être en phase avec un monde certes plus mondialisé, mais pas plus uniforme pour autant.

medium_presseAlors que les bien-penseurs et fabricants de prêt-à penser, les médias français encensent depuis quelques décennies la « diversité » de ses nouveaux arrivants, la diversité de ses cultures internes, de ses peuples constituants reste toujours un sujet de honte pour eux. Cachez donc ces Corses, ces Basques, ces Bretons que l’on ne saurait voir. Faites-leur honte, rappelez leur que la défense de leur identité est un penchant d’extrême-droite. Atteignez le point Godwin à chaque fois que vous pouvez, donnez leur mauvaise conscience. Voilà ce que semblent être les commandements auxquels se tiennent les journalistes « respectables » français. Journalistes qui ne recoupent pas les sources d’information et ce, dans un souci constant d’objectivité, comme dans d’autres pays. Mais qui s’affirment d’abord « de droite » ou «  de gauche » – surtout de gauche d’ailleurs – voire de telle ou autre coterie politique, et qui écrivent en militants plus qu’en observateurs. Journalistes qui se permettent de l’enfumage systématique sur tous les sujets qu’ils ne comprennent pas ou sur lesquels leurs amitiés politiques ont ordonné une doctrine à respecter. De Notre-Dame des Landes à la Syrie en passant par l’Histoire de la République, les enjeux de société ou la politique étrangère, ces « journalistes respectables » font du journalisme à la Conan : de la propagande. Bref : ils nous empoisonnent.

Au risque de faire croire aux Français qui les lisent de moins en moins qu’il est impossible d’être journaliste et indépendant (sans se trouver systématiquement classé « à gauche » et obligé de suivre la pensée unique de cette faction politique), journaliste et objectif, journaliste et sans concession pour la faillite croissante des élites politiques françaises, voire de l’Etat tout entier. Stéphane Hessel a dit « Indignez-vous ». Il n’a pas appelé à s’indigner sélectivement, seulement selon ses intérêts catégoriels, politiques ou particuliers. Ici, sur BreizhJournal, on s’indigne quand la justice s’emmêle les pattes sur Notre-Dame des Landes, ou quand l’agence de presse d’Etat (l’AFP) traite ce sujet n’importe comment… Nous nous indignerons aussi quand ce seront d’autres qui seront traités pis que pendre par cette « agence de presse » qui n’en a que le nom. BreizhJournal n’est pas « à gauche », n’est pas « à droite ». BreizhJournal est indépendant. Parce que nous ferons tout pour que le journalisme français n’ait pas toujours la figure d’Eric Conan, la tête d’un communiqué de l’AFP revirgulisé, d’une parodie de journalisme qui n’a rien à envier à celui de l’URSS. Que vive l’indépendance !

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Clichés : les Guignols s’attaquent à la Corse

25 Jan

Les bombes sont à la Corse ce que les cochons le sont à la Bretagne : un prétexte à clichés parisiens. Et ça n’a pas manqué dans les Guignols de l’Info du 23 janvier, qui une fois de plus chutent lourdement dans le cliché en présentant les Corses comme n’étant capables de solidarité que pour faire sauter la maison d’un continental.

foncierCorsespoliationspeculation-4Les mêmes Guignols oublient de préciser que bien souvent, c’est la loi française que les Corses font respecter à coups de bombes. Par exemple la loi littoral, largement foulée aux pieds par bien des élus locaux (et des préfets, aussi) incapables de résister aux pressions de toutes sortes – liées à l’argent de l’immobilier surtout. Pressions qui conduisent à une urbanisation tant démentielle – pour des communes dont la surface à urbaniser double suivant les révisions de PLU alors que la population stagne –  qu’anarchique. L’on construit un peu partout, au mépris des dispositions fondamentales du droit de l’urbanisme, telle que la continuité de l’urbanisation mais aussi de la situation des réseaux, des routes, de la géographie même. L’argent prime sur la nature, les passe-droits accordés aux uns suscitent la rancœur des autres, et des nouvelles pressions, toujours plus, pour transformer la terre en or. Un coup de crayon sur un zonage, c’est vite arrivé. Une bombe aussi. Mais une explosion plus importante menace tout le monde : le ras-le-bol des Corses, qui voient leur île saccagée – souvent en toute apparence de légalité et parfois par des Corses eux-mêmes – et qui n’ont que les bombes pour s’opposer au massacre de leurs paysages, de leur île, de leur nation.

Addendum : un lecteur nous rapporte que les Guignols ont bien commencé la semaine, en faisant dire à la marionnette de Mitt Romney au coin d’un gag que Erwan était un « prénom Breton tout pourri« . Surtout, ne sortez pas du caniveau !