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Patrimoine de Notre-Dame des Landes : la croix des Quatre paroisses

8 Avr

P1010720Au beau milieu des étendues naturelles de l’est de la ZAD, non loin du ruisseau de l’Epine, se trouve sous une voûte d’arbres un élément remarquable du patrimoine de Notre-Dame des Landes : la croix des quatre paroisses. Edifiée en granit en 1801, donc avant la création de la paroisse de NDDL, elle se trouve à la limite de trois (maintenant) anciens cantons, ceux de Blain, la Chapelle sur Erdre et St Etienne de Montluc, de quatre paroisses et de deux arrondissements, Nantes et Savenay.

La croix, en granit, est fixée sur un socle porté par un gros pilier central et quatre piliers d’angles. Sur les quatre faces du pilier central, on peut lire « Paroisse et limite de Fay 1801», « Limite de Grandchamp », « Limite de Vigneux », « Limite de Treillières 1861», chacune selon son orientation. La table est en granit et reprend les inscriptions, remplaçant seulement Fay par Notre-Dame des Landes. Les limites des trois paroisses de Vigneux, Grandchamp et Treillières – et des communes – rayonnent vers le sud à partir de la croix, partageant la lande jadis inculte. Au XIXe, la croix était le point de rencontre des processions des quatre paroisses lors des Rogations. Chacune venait par ses chemins de terre, et à la croix, une prière commune les réunissait. C’est là aussi que les pélerins mangeaient sur le pouce – cidre et morceau de pain – avant de repartir.

En mauvais état, la croix a été restaurée en 2000 par l’association du petit patrimoine de Vigneux. Non loin se trouve une fontaine qui ne se tarit jamais et d’où sourd le ruisseau de l’Epine. Les fermes les plus proches de la Noë Verte et de la Noë Bernard ont été rachetées et détruites par le département. La croix elle-même se trouve à l’emplacement d’une piste du projet d’aéroport. Plusieurs habitations d’opposants à l’aéroport se trouvent non loin et maintiennent un peu de vie dans la lande.

 

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Nantes : l’étrange château d’eau de l’Hôpital Saint-Jacques

18 Mar
On parle de ça

On parle de ça

Ceux qui connaissent le quartier de Pirmil, au sud de Nantes sur la route de Clisson, savent qu’il y a une église, enclavée dans un hôpital. Il s’agit de l’église Saint-Jacques (XIIe-XVIe-XIXe), enclavée dans l’hôpital du même nom qui fut un ancien prieuré. Ses bâtiments historiques ont été conservés au nord de l’église, et l’hôpital a été construit en suivant leur trame orthogonale au XIXe.

Juste à côté de l’église – classée – et des bâtiments nouvellement restaurés de l’hôpital, ne serait-ce que des pavillons d’entrée, vous avez remarqué une construction grise, lourde, assez moche et couverte par un toit en bois qui ressemble à un chapeau de paille hâtivement posé. Vous vous êtes peut-être demandé qu’est-ce, et pourquoi elle n’a pas été démolie ? Si vous êtes rentrés une fois dans l’hôpital, vous avez constaté qu’un escalier fait de marches étroites, hautes et moussues tournait autour pour arriver à une porte vermoulue dans la partie haute.

Qu’est-ce que cette construction ? C’est un château d’eau. Ou plutôt une ancienne citerne, construite en pierre et enduite de ciment. Pourquoi ancienne ? Parce qu’aujourd’hui, elle connaît une vie tout à fait différente. C’est un local à vélos. Une ouverture a été faite sur toute la hauteur et une porte métallique y a été mise. C’est là que les employés de l’hôpital mettent leurs fiers destriers. Et la cuve – oubliée de l’inventaire du petit patrimoine à Nantes qui compte une douzaine de châteaux d’eaux qui surmontaient autant de tenues maraîchères encore debout ou disparues – a continué à vivre au beau milieu de la capitale bretonne.

Nantes : bientôt un nouveau élan pour l’église neuve de la Fraternité Saint-Pie X

13 Jan
L'actuelle église des traditionnalistes

L’actuelle église de la FSSPX

Sur le site de l’actuel prieuré de la Fraternité Saint-Pie X, presque en face de l’église Saint-Félix de Nantes, dans l’ancien quartier Barbin, se trouve une chapelle aménagée dans une ancienne usine de chaussures reconvertie. Elle est flanquée d’un petit clocher. On vient à cette chapelle de tout le département, et même de localités plus éloignées. Pleine comme un œuf, elle est appelée à être remplacée.

En 2012, c’était presque fait. L’abbé de la Rocque avait préparé un projet qui pour des tradis… détonnait par son modernisme. Une église aux formes classiques, mais résolument anti-classiques. Grande nef, collatéraux, flèche… en ferronnerie du fait des règles d’urbanisme, chœur hémi-circulaire… et une rosace atypique en façade où plusieurs baies en losange s’intégraient dans une mandorle rayonnante des temps nouveaux.

Le projet de 2012

Le projet de 2012

Mais voilà. Le permis de construire déposé en mars a été refusé alors par la mairie de Nantes. En cause ? Le choix de reconstruire l’église au coeur de l’ilôt, en laissant derrière une bande de 4 mètres pour établir un parking et devant de quoi permettre aux fidèles d’y accéder. Tout l’espace disponible de ce terrain pentu devait être utilisé, d’où l’abattage de la maison qui servait alors de bureaux aux prêtres et des constructions préfabriquées qui accueillent les activités paroissiales. Selon les règles d’urbanisme de la mairie, l’église doit être alignée sur la rue. Ce qui n’est pas pour arranger les fidèles… ni la paroisse dont les sorties de messe se retrouveraient très perturbées.

Entre temps, le prieuré a changé de supérieur, et la Frat’ a acquis le grand domaine de la Placelière, une ancienne maison de convalescence située à Château-Thébaud, où elle s’appuie déjà sur une école hors contrat et un couvent, les sœurs du Rafflay. Onze hectares, 4200 m² de bâtiment, et beaucoup de travaux pour ce qui est depuis septembre 2013 un collège catholique hors contrat. Ce qui explique qu’il n’y ait plus eu de nouvelles de ce projet d’église neuve.

 

Un nouveau projet à l’été 2014

La seule église dédiée à Saint-Emilien qui existe dans le diocèse de Nantes : dans le village du même nom près de Blain.

La seule église dédiée à Saint-Emilien qui existe dans le diocèse de Nantes : dans le village du même nom près de Blain.

Le nouveau supérieur, le père Gaudray, s’apprête à présenter une nouvelle demande de permis de construire en juin 2014. « Le style ne sera pas le même », nous confie-t-il. « Celui du projet initial, trop moderne, ne faisait pas l’unanimité ». La nouvelle église devrait s’inspirer des styles architecturaux qui existent dans le Pays Nantais. « En revanche, elle sera bien dédiée à Saint Emilien », un évêque nantais tué en 725 par les Arabes alors qu’il se battait avec son armée pour libérer la ville d’Autun qu’ils assiégeaient. Très connu en Bourgogne où il est enterré à saint-Emiland, il n’a vu son culte réintroduit dans son diocèse d’origine qu’à la faveur de la création d’une nouvelle paroisse à l’Eraudière, près de Blain, en 1861. C’est aujourd’hui le village de Saint-Emilien de Blain. Son culte est retourné à l’oubli depuis le concile Vatican II et c’est pourquoi les catholiques traditionalistes veulent rendre hommage à cet évêque combattant en lui dédiant leur église. Ils devraient la construire entièrement avec leurs fonds et l’aide de leurs paroissiens.

Notre-Dame des Landes pendant la deuxième guerre mondiale

1 Oct
Vestiges de l'avion allemand

Vestiges de l’avion allemand

La dernière fois, nous avions parlé du village de la Gérauderie, qui abrite un intéressant et originel ensemble historique composé d’une fermette de 1833 (datée), d’une ferme de 1776 (datée aussi) et d’une croix celtique de 1925. Dans le hameau se trouvent d’autres témoins d’une période historique plus agitée pour Notre-Dame des Landes et la Bretagne.

Sur une pile de bûches l’on peut voir quelques pièces de zinc tordues et mangées par la corrosion. Ce sont les derniers vestiges d’un avion allemand qui s’est écrasé dans un champ, au nord du hameau, non loin des maisons de Ker-Marie sur la route de Grandchamp à Notre-Dame des Landes. Dans la même cour, un autre vestige de l’aéronautique se fond dans le paysage : ce sont des grilles de clôture à mailles carrées. Elles avaient une toute autre destination.

Lorsque Notre-Dame des Landes a été libérée, elle est devenue la base arrière des troupes américaines qui tenaient le front de la Poche de Saint-Nazaire aux côtés de dizaines de milliers de FFI. Le front serpentait entre Fay de Bretagne et Bouvron, puis entre Fay et Malville. Une pièce d’artillerie avait été installée derrière la halle marchandises de la gare, là où se trouve l’actuelle déchetterie. Il y avait des troupes américaines dans un hangar – maintenant disparu – situé alors auprès de la poste, dans le bourg, mais aussi à Breilvin, un peu plus au nord. Les américains y avaient installé un camp de toile dans un verger, ainsi qu’un hôpital militaire.

Cette grille formait le revêtement de piste de l'aérodrome provisoire américain de la Rolandière (1944/45)

Cette grille formait le revêtement de piste de l’aérodrome provisoire américain de la Rolandière (1944/45)

Enfin, à la Rolandière sur l’actuelle RD81, presque sous les sapins qui abritent la Châtaigne, les américains avaient fait un petit aérodrome sur cinq hectares pour accueillir un avion servant aux reconnaissances préalables aux bombardements, sur la ligne de front de la Poche et le no man’s land. Les empochés qui savaient ces bombardements parfaitement inutiles sur le plan militaire et très destructeurs (*) appelaient cet avion (souvent un Piper) le « mouchard ». Un autre aérodrome du même genre avait été aménagé sur une prairie en pente devant la ferme du château de la Groulais à Blain. Comme le sol était – et est resté – très boueux, les américains ont déroulé des grilles en solide maille de fer carrée afin de faire une piste temporaire un tant soit peu plane. Après la guerre, ces grilles ont été récupérées et l’une d’elle sert de clôture à la Gérauderie. Le souvenir de l’aérodrome quant à lui s’est éteint, jusqu’à ce que le Conseil Général de Loire-Atlantique, fervent soutien du projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes, ne s’en serve pour tenter de justifier la « vocation » de Notre-Dame des Landes d’accueillir un aéroport soi-disant « inscrit dans l’Histoire », provoquant un certain émoi local.

Gare de Notre-Dame des Landes. La pièce d'artillerie US était à droite des voies.

Gare de Notre-Dame des Landes. La pièce d’artillerie US était à droite des voies.

(*) A titre d’aperçu rapide. D’août 1944 à mai 1945, 80.000 obus sont tombés sur la commune de Guenrouët, dont 35.000 sur le bourg. Le bourg de Bouvron a été pilonné, en novembre 1944 déjà plus rien n’y était habitable du Calvaire jusqu’à l’église. Les églises de Guenrouët, Notre-Dame de Grâce et Bouvron  (côté poche) ont été démolies par les bombes le clocher de Saint-Gildas décapité par une salve d’obus, celles de Rieux et de Saint-Omer de Blain dynamitées par les Allemands. Des hameaux complets ont été quasiment rasés (Fession en Saint-Omer de Blain) ou systématiquement pilonnés (la Cavelais, en Bouvron). Les vitraux de l’église de Guenrouët, relevée à l’identique après la gare, témoignent des quatre lieux de culte provisoires établis dans la campagne de Guenrouët pendant la guerre, pour suppléer à l’église, inutilisable depuis que le 7 décembre 1944, le clocher soit tombé en s’abattant sur les voûtes. Pour achever ce tableau hâtif, Plessé a payé un lourd tribut à la Poche : la chapelle Saint-Clair qui servait de poste d’observation et de tir a été abattue par des obus tirés depuis la Poche et le château de Carheil brûlé suite à un incendie déclenché par des tirs allemands.

Addendum 5/1/2013 : Un lecteur originaire de Notre-Dame des Landes nous fait remarquer qu’il y avait aussi une batterie de canons américains entre le Moulin de Rohanne et Saint-Antoine. C’est maintenant au beau milieu de la ZAD, au carrefour entre le Chemin de Suez et la RD81, sur le sommet du plateau. Ces canons tiraient jusqu’à Bouvron et Saint-Omer de Blain.

Article précédent : le hameau remarquable de la Gérauderie

Les bateaux bretons du Festival de Loire

28 Sep

Du 18 au 22 septembre avait lieu à Orléans le plus grand rassemblement de marine fluviale en Europe, le Festival de Loire, qui a lieu une fois tous les deux ans. Ce festival réunit des navires de Loire, mais aussi d’autres voies d’eau dans d’autres régions (Canal du Midi, marais de Saint-Omer, marine du Rhône…) ainsi que des bateaux qui naviguent en mer, notamment les navires italiens, invités d’honneur de cette édition. Il y avait aussi, entre autres, un moulin-bateau polonais, deux navires portuguais, plusieurs hollandais et… des bateaux fluviaux et maritimes bretons. Lors de la dernière édition en 2011, ils n’étaient que six, dont deux hors de l’eau. Cette fois, ils étaient dix-neuf (six hors de l’eau), dont deux petites embarcations du lac de Grandlieu, dont le port d’attache actuel est pourtant en Anjou, à la Possonière, mais aussi une gondole et un sandolo italiens… mais naviguant à Sucé sur Erdre, près de Nantes.

La Gérauderie, un hameau remarquable de Notre-Dame des Landes

27 Sep

Après une longue interruption commandée par l’actualité brûlante, nous reprenons notre série sur le patrimoine remarquable de Notre-Dame des Landes, tant que le loup – casqué et pourvu de matraques et de gazeuses –  n’y est pas. Le livre de Marie-Ange Lebreton, Des pierres sur la lande, qui liste le patrimoine intéressant de la commune, indique qu’une croix celtique, la seule de la commune, se trouve à l’Ecobut.

En fait, ce n’est pas tout à fait vrai. Lorsque l’on vient de la route de Grandchamp à Notre-Dame, par l’Ascension, l’on voit l’Ecobut au croisement, mais il faut pousser jusqu’au bout de l’étroite rue formée par le hameau pour arriver jusque une antique mare, presque jamais sèche, dominée par un chêne sous l’ombre duquel s’abritent la croix et une maison. C’est non point l’Ecobut mais la Gérauderie. En passant, le nom du premier hameau indique qu’un bois a été ici défriché par le feu ; il existe un autre hameau appelé de même non loin, à la sortie de la forêt de la Joue en Fay de Bretagne, avant Mérimont.

La croix

La croix

Une croix qui témoigne du renouveau spirituel breton du début du XXe siècle

La croix a été érigée en 1925 par Jeanne Hénot. Elle est bénie lors de la procession des Rogations, le 19 mai 1925 et porte une plaque libellée « Inaugurée par la famille Hénot-Fourage ». Dégagée des broussailles et restaurée voilà trente ans, elle porte fièrement sa couronne sobre et belle, d’esprit Feiz ha Breiz, Foi et Bretagne. De façon étrange, elle n’est en effet pas une croix pattée curviligne, comme bien d’autres l’ont été sur la commune. Nous reparlerons ultérieurement de ce dernier modèle de croix aux diverses et imperceptibles variantes qui a essaimé tant à Notre-Dame que dans les paroisses voisines de Fay et de Vigneux, et même jusqu’à Blain.

Peut-être cette belle croix de la Gérauderie tirait-elle déjà son inspiration du renouveau spirituel et culturel breton, dont le Bleun Brug de l’abbé Perrot, béni par le pape en 1920 fut le plus grand étendard, mais qui connut bien d’autres floraisons dans de nombreuses paroisses de l’ensemble de la Bretagne, comme la reconstruction au début des années 1920 à Sainte-Anne sur Brivet, à moins de 30 km de Notre-Dame des Landes, de la chapelle Sainte-Anne   qui préfigure le style Seiz Breur se fondant l’architecture celtique régénérée par l’inspiration nouvelle des Arts Décoratifs.

Deux maisons remarquables

La ferme de 1776

La ferme de 1776

Mais il faut encore persévérer, et pousser les solides barrières de cour de gare – récupérées sur la ligne Blain – Nantes (de Beslé à la Chapelle sur Erdre) qui passait non loin – et aller voir de plus près les maisons du hameau. Derrière la barrière se trouvent deux petites maisonnettes. L’une d’elle a un appentis moitié torchis, moitié parpaings à son pignon. Sous son autre pignon, une pierre calcaire porte à demi-effacés, mais profondément gravés, les chiffres de l’an 1833.

La maison de 1833

La maison de 1833

Mais c’est surtout derrière la croix qu’il faut aller. Vers cette ferme dont les toits s’adoucissent de coyaux, un artifice usé du temps où les gouttières n’étaient point connues pour faire glisser l’eau comme sur un toboggan et la propulser loin des murs qu’elle risquait de dégrader par de disgracieuses coulures. Construite en plusieurs fois, elle a une partie occidentale plus basse et aveugle côté nord, un appentis contre celle-ci, et à l’est un corps plus important, percé de trois lucarnes chiens-assis sur le midi et de quelques ouvertures sur le côté nord. La porte de ce côté a ses coins saillants abattus, la fenêtre, au-dessus, sommée d’une poutre, a un bel appui formé d’une dalle de schiste. Sur un bloc de tuffeau un peu à gauche de celle-ci, l’on peut lire une écriture soignée et juste « BATIE PAR PIERRE BRETESCHE ANNEE 1776 ». La date est flanquée de petites roues tracées au compas, deux à gauche, une grande à droite.

Cette ferme est un touchant témoignage des trésors semés par l’Histoire qui se trouvent dans tous les coins de la commune de Notre-Dame des Landes, ouverts à tous ceux qui voudraient prendre du temps pour les découvrir. Nous n’en avons pas fini pourtant avec les plaisants témoignages du passé de la commune qui sont conservés dans ce hameau. Ils formeront la trame du prochain volet, sur la guerre de 1939-45 à Notre-Dame des Landes.

Sur la ferme de 1776 à la Gérauderie, côté nord

Sur la ferme de 1776 à la Gérauderie, côté nord

Article précédent : la maison noble de la Forestrie

Fête du Cidre réussie ce dimanche à Saint-Omer de Blain

24 Sep

Sous un chaud soleil de la fin de l’été a eu lieu la fête du cidre audomaroise. Dans un cadre nettement plus local que la Fête du Pain du mois d’août – mais pas moins plaisant – les bénévoles de l’ASPA – Association de Sauvegarde du Patrimoine Audomarois – ont fait fonctionner un pressoir à cidre et un broyeur de pommes traditionnels. Ce dernier peut être entrainé par un cheval tournant un manège ou un moteur de tracteur. Sur place était vendu le jus de pomme ainsi pressé et des bouteilles de la Maroise, la bière solidaire du village.

 

Addendum : des lecteurs se demandent, et nous demandent, où en est la série sur le patrimoine de Notre-Dame des Landes et continuera-t-elle, notamment pour les volets qui couvrent le territoire de la ZAD. Oui, elle continuera, à partir de jeudi.

Patrimoine de Notre-Dame des Landes : L’ancienne maison noble de la Forestrie

17 Sep
la cour

la cour

Notre-Dame des Landes avant Notre-Dame des Landes. Nous continuons notre série sur le patrimoine remarquable de Notre-Dame des Landes. Au nord du bourg, lorsqu’on s’écarte sur la route de Héric, à deux kilomètres à peine se trouve le village de la Lande. De là, une route s’écarte et va rejoindre le vieil hameau de la Forestrie. Celui-ci tient son nom de la forêt qui l’enserrait jadis, et dont il reste encore un bois assez important.

Un aveu rendu au roi – à l’occasion d’une succession ou d’une vente probablement – décrit la maison noble de la Forestrie, qui consistait alors « en un corps de logis composé de salle basse, cuisine, cellier, chambre et grenier au-dessus, écurie en bout en un tenant, une métairie au devant composée des logements du métayer et de ses bestiaux entre lesquels logis et métairie il y a une cour close, pourpris [ceint] de jardins, vignes et verger, le tout en un tenant, une avenue au bout, le tout grand domaine contenant 11 journaux », soit 5 hectares et demi. Le bois de haute futaie du Jaunais, « clos et fermé » dépendait aussi de cette maison noble qui se trouvait en Héric jusqu’à la création de la paroisse, puis de la commune de Notre-Dame des Landes.

La Roberdière

La Roberdière

Non loin de la Forestrie, mais plus près de la route d’Héric, se trouve la ferme de la Roberdière dont les formes générales – haut toit adouci par des coyaux au nord et au sud, murs épais, poutres, marque aussi une origine plus ancienne que la plupart des fermes de Notre-Dame des Landes, construites entre 1820 et les trente premières années du XXe siècle. Un Calvaire fait face à la ferme, et une croix érigée par la famille Jacques Guillard s’y trouvait déjà avant 1870.

La maison noble de la Forestrie – qui a l’apparence d’une longère – n’a guère changé. La partie ancienne a conservé ses poutres et niches boisées anciennes, ses pierres saillantes, ses murs de 80 cm d’épaisseur. Cependant, la maison a été étendue de part et d’autre. A l’ouest, trois pierres de tuffeau qui se succèdent les unes au dessus des autres sous le toit rappellent un ancien chaînage. Le logis a été étendu et par la suite, une porte d’écurie a été percée en-dessous, à cheval entre la partie ancienne et l’extension. A l’est, la maison a aussi été étendue de six mètres environ, puis un appentis ajouté du côté de la rue par la suite. Le mur pignon porte la date de 1934 tracée dans du mortier. Derrière, deux soues à cochon ont été bâties avec des pierres de granite et de tuffeau manifestement antérieures ; l’une d’elles porte plusieurs dates dont 1887 ; dans celle-ci, un linteau de granit rappelle l’emplacement d’une ancienne porte, donnant sur le nord du logis, et qui a été maçonnée. Devant, une lucarne du grenier a un chaînage fort ancien en calcaire tuffeau.

Une lucarne moulurée

Une lucarne moulurée

La métairie a été probablement agrandie de la même façon, et forme maintenant une très longue longère. L’ancienne « avenue », maintenant cour qui sépare les deux longères n’a pas toujours été une route d’accès bitumée. Jadis, l’on accédait au hameau par un chemin creux et humide qui passait plus au sud, le « chemin rochu » qui menait à Breilvin, village dont le plan formé d’alignements de longères le long d’un axe assez éloigné de la route trahit une certaine ancienneté. Les écoliers du hameau enlevaient leurs galoches pour passer les fondrières du chemin et tant le postier que le docteur ne venaient guère à la Forestrie, qui finit par être quasiment abandonné dans les années 1980. Alors, en dehors des fermiers qui viennent reprendre la ferme, dont le logis est l’ancienne maison noble, seule une grand-mère vit dans l’ancienne métairie, dans des conditions spartiates. Pas d’eau courante, pas d’électricité, sol en terre battue et eau au puits. Les fermes loin des routes étaient alors délaissées. Mais de ventes en retour à la terre, la Forestrie a connu une sorte de regain. L’avenue qui sépare les deux longères se finit en un large chemin qui lui-même s’achève dans un bois, où l’on voit la douve à demi-comblée, large de cent mètres et encore profonde de trois, qui protégeait le village sur son côté est. Le bois aurait servi de cache pendant la Révolution. A la façon des gendarmes mobiles d’aujourd’hui, les patauds, soldats révolutionnaires autrement appelés Bleus, n’osaient guère en effet s’aventurer dans ce pays fait de landes désertes, coupées de vallées boisées et de halliers. Ce pays qui leur semblait si hostile, il était et il est toujours si accueillant à l’âme rebelle des paysans bretons.

La douve à demi-comblée qui protégeait la maison-forte.

La douve à demi-comblée qui protégeait la maison-forte.

 

Article précédent : la Fontaine de l’Epine ou du Champ Fou

Les démolisseurs achèvent l’église de Gesté à la pelleteuse

12 Sep

Ces deux dernières semaines, une pelleteuse a grignoté peu à peu ce qui reste du chœur, des chapelles latérales et de la nef de l’église de Gesté. Tandis qu’un trou apparaît au milieu du village, les opinions se clivent, entre nostalgiques et irréligieux, entre ceux qui espèrent l’église neuve promise par la mairie et ceux qui pleurent la perte irréparable de patrimoine dans ce petit bourg angevin.

Nous vous proposons de découvrir nos photos de la démolition. La galerie ci-dessus présente les photos que nous avons prises sur place le 10 septembre. La démolition s’achève dans la semaine avec la démolition des chapelles latérales seigneuriales et d’une partie du mur nord de la nef, qui étaient encore debout. L’ensemble de la crypte – et des parties latérales dont les accès sont surmontés de trilobes armoriés, par où les familles nobles entraient dans l’église – sera conservé, ainsi que l’élévation des murs sur 2 m 50 par endroits, sur 50 cm côté ouest, et trois piliers du chœur qui formeront une sorte de porche pour la nouvelle église.

Ci-dessous, voici les photos prises sur place une semaine avant, le 3 septembre. Le toit du choeur, qui pendait en porte-à faux depuis trois jours, a été enlevé au début de l’après-midi. Très homogène, il est venu d’un coup, emmenant avec lui le pignon du choeur, mais sans faire bouger l’ogive en tuffeau que la grue a fractionné peu après. Il est à noter que les murs, d’une élasticité importante – étant essentiellement constitués de terre entre les deux couches de pierre de chaque côté – résistent très bien aux coups de boutoir, même si, remarque le conducteur de la pelleteuse. C’est sa première démolition d’église, et il est franchement mal à l’aise. Il estime que « le côté sud est du choeur a été pourri par les infiltrations, dès qu’on touche quelque chose avec la pelle tout s’effrite« .  Cependant, « si nous n’étions pas obligés de protéger des projections les maisons situées juste à côté de l’église sur le flanc sud-est, et donc d’y aller doucement, il aurait quand même fallu une bonne semaine pour détruire l’église » qui semble bien solide pour une construction en péril.

Les photos de ces deux galeries peuvent être librement reprises, à la double condition que votre publication soit d’accès gratuit et que l’origine (Breizh Journal) soit indiquée, avec un lien vers l’article si votre publication est sur le web.

Patrimoine menacé de la ZAD : la fontaine de l’Epine

11 Sep
Fontaine de l'Epine

Fontaine de l’Epine

Notre-Dame des Landes avant Notre-Dame des Landes. Nous continuons notre série sur le patrimoine remarquable de Notre-Dame des Landes. Au village de l’Epine, une route part à droite pour rejoindre le moto-cross du Houssais, sur la ZAD. Peu après la traversée de l’ancienne voie de chemin de fer de la Chapelle sur Erdre à Beslé qui permettait aux Chemins de fer de l’Etat de relier Nantes à Redon au plus court, à cent mètres à gauche, une ornière boueuse sur le côté de la route signale une niche de pierre, comme un puits à ciel ouvert. C’est là une fontaine alimentée par les eaux du bassin versant du Plongeon. Pour une raison inconnue, elle est aussi nommée fontaine du Champ Fou.

Cette fontaine se trouve sur le territoire de la ZAD et est menacée si le projet d’aéroport est mené à son terme. Dans les temps anciens, elle permettait d’assurer aux quarante fermes du village de l’Epine – et des hameaux proches – assez d’eau pour les vaches, mais aussi les locomobiles qui entraînaient les machines agricoles au moment des moissons. Aujourd’hui, cette fontaine qui ne tarit pas l’été sert encore aux usages agricoles.

Article suivant : la maison noble de la Forestrie

Le patrimoine menacé de la ZAD : la croix de la Belgodère

9 Sep
Croix de la Belgodère

Croix de la Belgodère

Notre-Dame des Landes avant Notre-Dame des Landes. Nous continuons notre série sur le patrimoine remarquable de Notre-Dame des Landes. Peu après le carrefour des Ardilières, si on prend à droite vers Vigneux, l’on trouve à cent mètres de la maison de la Belgodère (ou Belgaudère) une croix de pierre reléguée un peu à droite de la route dans une entrée de champ. Cette belle croix de granit fin a été probablement taillée en pierre issue de Vigneux-de-Bretagne.

Croix des Ardillières

Croix des Ardillières

La croix latine, fruste, est datée de 1825, à l’époque, donc, où il n’y avait guère que des landes dans ce qui n’était encore qu’une frairie très peu peuplée de Fay de Bretagne. Au pied de la croix se trouve une petite niche taillée dans la masse pour une bougie ou une statuette. Le nom lui-même de Belgodère reste mystérieux. Il existe une commune du même nom en Corse dont le nom se traduit comme « beau plaisir ». C’est peut-être dans cette origine lointaine qu’il faille chercher l’explication du toponyme, comme pour d’autres hameaux de la commune (Alaska, Versailles…) dont le nom est pour le moins inventif.

Cette croix est menacée de destruction si le projet d’aéroport est mené jusqu’au bout. En effet, elle se trouve en plein dans l’aire prévue pour ce projet – la ZAD – ce qui n’est pas le cas, notamment, de la Croix des Ardilières, située au carrefour et restaurée en 1990. Cette dernière croix, plus finement taillée, est quasiment de la même époque, elle est signalée dès le début du XIXe siècle.

Le Calvaire de Notre-Dame des Landes et la croix huguenote

8 Sep
Le grand Calvaire

Le grand Calvaire

Notre-Dame des Landes avant Notre-Dame des Landes. Nous continuons notre série sur le patrimoine de Notre-Dame des Landes datant d’avant la création de la paroisse vers 1845. Nous tirerons pour l’essentiel nos informations du livre de Marie-Ange Lebreton, Des pierres sur la lande (2001).

A la sortie du bourg, sur la route de la Pâquelais, se trouve une minoterie et un imposant calvaire, pareil à ceux qui trônent encore à la sortie de quelques villages de Loire-Atlantique pareillement fondés ou sensiblement développés au XIXe comme Saint-Omer de Blain ou Notre-Dame de Grâce. Ce calvaire là, qui fait l’angle des routes de la Pâquelais (de Nantes) et de Grandchamp, a été construit suite à la Mission de 1903. Des embarras dans les travaux ont freiné son achèvement, et il n’a été inauguré qu’en 1908. Les deux côtés du monument sont curieusement en pierres différentes, car d’un côté elles viennent de Vigneux de Bretagne (carrières du Buron et du Maroc) et de l’autre côté d’Héric.

A la construction du calvaire, l’on scelle à l’arrière, contre un jardin, une très ancienne croix qui affecte la forme d’une croix de Lorraine en granit. Cette croix est connue sous le nom de « croix huguenote ». Elle était jadis située à cet endroit même, qui se trouvait entre les villages de l’Epine et de la Primaudière, qui préexistaient au bourg actuel, construit sur des landes nues et communes. La Primaudière se trouve un peu au sud-ouest de l’actuel bourg, tandis que l’Epine est un gros hameau à 1 km au sud. Ce dernier constituait avant la création de la paroisse de Notre-Dame des Landes une des neuf frairies de Fay et était entouré de landes.

La croix huguenote ou Croix Perroche

La croix huguenote ou Croix Perroche

Le curé Bidet, fondateur de la paroisse, relate la fondation de cette croix : « Au temps des guerres de Religion, en Bretagne, les habitants de l’Epine conduisaient au point du jour leurs bestiaux sur la lande de la Primaudière, lorsqu’ils aperçurent le cadavre d’un chevalier (…) qui avait succombé la veille au soir.  Les habitants de l’Epine, ne trouvant sur lui aucune marque de religion, en référèrent à leur curé, de Fay, qui leur conseilla, en attendant qu’on découvrit à quel parti il appartenait, de l’enterrer dans le lieu même avec ses armes, et d’élever sur sa tombe une croix de pierre. Ce qu’ils firent. »

Les pierres dont furent faites croix et tombe viennent d’une carrière un peu au sud du bourg de Vigneux que les habitants appellaient « Roche ». La croix fut ainsi nommée « de pierre Roche », puis par contraction « Perroche ». Il apparut plus tard que le mort était un huguenot de la bande d’un certain Lancelot, qui tenait alors le Croisic, soit au XVIe siècle encore, soit au commencement du XVIIe.

A la construction du Calvaire en ce lieu même, la vieille Croix Perroche fut alors scellée à l’arrière. Elle veille maintenant sur un jardin aménagé dans l’angle des deux routes, derrière le Calvaire. Ce dernier connut deux rénovations : en 1933, le bois de la croix a été changé et le calvaire rénové inauguré lors de la Mission, le 26 novembre de cette année. Puis, après la guerre, toute la partie arrière fut refaite en béton et inaugurée le 25 décembre 1953. Les noms des donateurs qui se cotisèrent pour la restauration furent déposés à l’intérieur du Christ.

 

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Patrimoine de Notre-Dame des Landes : la croix double de la Piclotais

7 Sep

P1010401Notre-Dame des Landes avant Notre-Dame des Landes. Beaucoup de gens croient que Notre-Dame des Landes a été construite au milieu de nulle part vers 1840. En fait, ce n’est pas vrai, en 1845 il y avait déjà 1400 personnes sur le territoire de l’actuelle commune et une partie d’entre elles habitaient des hameaux qui existent depuis le XVIIe siècle, voire avant (la Marchandais, la Héraudais, la Primais, la Forestrie, Foucré, Breilvin…). C’est pourquoi nous allons démarrer une série sur le patrimoine landais avant la création de la paroisse et de la commune de Notre-Dame des Landes. Nous tirerons pour l’essentiel nos informations du livre de Marie-Ange Lebreton, Des pierres sur la lande (2004).

P1010400Lorsqu’on arrive de Fay de Bretagne, la route dépasse le hameau du Bourget et plonge pour passer le ruisseau de l’Arche du Fouan, qui marque la limite occidentale de la commune. Dans la remontée, un chemin boueux s’ouvre à gauche. Au fond, face à une mare aménagée au bord du ruisseau, se voit une croix pattée curviligne, tirée du granit proche de Vigneux. Sur son fut sont portées la date de 1835 et les initiales JG. Son soubassement était jadis de pierres jointoyées à l’argile, quatre bornes marquant aux coins les alentours de la croix, qui regarde Fay de Bretagne.

En 1998, le terrain autour de la croix qui tombait lentement en ruines fut défrichée, et c’est alors que l’on découvrit une croix inconnue jusque ailleurs. Cette petite croix grecque en granit portait la date de 1625, ce qui en faisait la croix la plus ancienne connue jusqu’alors à Notre-Dame des Landes. Lorsque la restauration de la grande croix du XIXe est entreprise par un voisin, des gens se présentent pour racheter la croix de 1625. Pour garder cette croix sur place et décourager les tentations, décision est prise de l’incruster dans le socle de la grande croix. C’est ainsi que si on écarte un peu les hortensias, on peut voir au pied de la croix de 1835 celle qui a été érigée là – ou ailleurs – près de deux siècles auparavant. L’ensemble est inauguré le 3 septembre 1999.

 

Gesté : voici la pierre d’autel trouvée dans les décombres

3 Sep

Certains, au sein du bourg de Gesté comme ailleurs ont cru bon de remettre en cause la réalité de la découverte d’une pierre d’autel le dimanche de la saint Louis dans les gravats de l’église. Nous étions aujourd’hui 3 septembre à nouveau toute la journée dans l’infortuné village de l’Anjou qui voit périr son église en ce moment même où un village bien plus petit, mais Breton, fait le choix franc et massif de sauver la sienne. Nous avons pu voir et photographier ces objets qui ont effectivement été récupérés le 25 août et sont depuis entreposés dans un bureau de la mairie. Nous vous présentons la photo de la pierre d’autel et une des bourses trouvées. La bourse est un linge liturgique formant une poche carrée de toile cartonnée. La mairie a l’intention de les transmettre à la paroisse de Beaupréau.

Négligence de la paroisse ?

Bourse trouvée dans les gravats de l'église le 25 août

Bourse trouvée dans les gravats de l’église le 25 août

La découverte de ces objets consacrés met en cause la diligence de la paroisse – et de l’évêché censé contrôler sa conduite et sa piété – à avoir fait les démarches nécessaires et respecté les bonnes formes pour vider l’église de ses objets religieux et les mettre en sûreté. Déjà, aucune cérémonie de désacralisation n’a eu lieu ; celle-ci sert à rendre à l’usage profane des lieux de culte catholique. Comme la mairie a pris soin de récupérer – et d’entreposer dans ses locaux – une grande partie du mobilier cultuel de l’église, il est possible que la pierre d’autel, qui faisait probablement partie d’un des autels en bois de l’une des trois chapelles latérales, ait été récupérée lorsque ces autels furent supprimés et oubliée ensuite jusqu’à ce que la pelleteuse atteigne l’endroit où elle était abandonnée.

Georges Remeau, le premier adjoint au maire nous explique : « au début du mandat [en 2008] il y avait un immense volume d’objets sacerdotaux dans l’église pourtant déjà fermée. On a vu les gens de la paroisse, pour leur dire que tout ça allait pourrir par cause d’humidité, et les inviter à s’en charger, ce qui a visiblement été fait mais imparfaitement ». Il ne lui paraît pas impossible au passage que Gesté ait accueilli les vêtements et linges sacerdotaux – très nombreux à être utilisés avant le concile Vatican II – de l’église du Fief-Sauvin, quand celle-ci fut vidée pour être rasée vers 1997 ; alors, le Fief-Sauvin et Gesté étaient déjà réunis dans une même paroisse, où toutes les messes étaient post-conciliaires et la plupart des vêtements sacerdotaux n’étaient plus utilisés.

Il existe des ensembles complets de linges et vêtements sacerdotaux qui s’assemblent tant par la similitude de leur décoration que leur couleur, spécifique au type de messe ou au temps liturgique de l’année. Parmi les objets récupérés le 25 août, l’on distingue trois ensembles différents ; il y a quatre manipules (les bandes richement ornées que le prêtre se met sur l’avant bras gauche), deux sont de motifs identiques, deux autres sont dépareillées. De toute évidence, l’état des pièces ainsi que leur caractère disparate montre que le tri a été fait par des personnes qui n’en connaissaient pas le caractère consacré et n’en avaient plus l’usage, le seul critère de choix étant l’usure apparente des pièces ou de leur doublure. Néanmoins, il n’est rien d’irréparable dans ces beaux objets sacerdotaux, témoins de temps pas tout à fait révolus puisque les paroisses où se dit la messe tridentine – plus nombreuses chaque jour – en ont un croissant et impérieux besoin.

A la paroisse : il n’est pire sourd que celui qui ne veut entendre

Ces derniers jours, la paroisse s’était réfugiée dans le plus complet déni, plutôt que d’avouer ses erreurs passées. C’est ainsi qu’une bénévole de la paroisse – dont nous tairons le nom et le prénom – nous avouait encore quelques heures avant que nous puissions voir lesdits objets qu’il lui semblait « tout à fait impossible que des objets du culte aient pu être laissés dans l’église ». Et pourtant le 20 juin encore, dans une sacristie qui semblait avoir été vidée à la va-vite, des feuilles éparses jonchaient le sol, des placards n’étaient pas vides et les pots de cendres pour 1991 et 2002 avaient été laissés en place. Après la démolition d’aujourd’hui, bien que le godet de la pelle ait proprement haché menu les meubles de la sacristie, nous avons pu récupérer le petit pot plastique des cendres 2002 qui, roulant dans les gravats, est resté intact, ne perdant que son étiquette. Que la paroisse l’ait conservé est plus idiot que sacrilège : ces Cendres doivent être dispersées immédiatement après le mercredi des Cendres, car elles ont quand même été bénies mais elles ne serviront plus. C’est encore une preuve de la méconnaissance profonde des nécessités du culte par ceux-là mêmes qui sont censés l’assurer.

Peut-être l’aveuglement volontaire des bénévoles paroissiaux peut-il s’expliquer par l’étrange vision de la piété de l’équipe des prêtres de la paroisse, ou l’ascendant que le curé parrain de la démolition de l’église de Gesté peut encore exercer, bien qu’il soit déjà parti vers sa nouvelle affectation. Toujours est-il que ces objets sont sauvés, mais que nous regretterons que les formes du plus élementaire respect du patrimoine et de la Foi n’aient été respectées : il n’aurait pas coûté plus cher de démonter tous les vitraux et le Christ monumental, plutôt que de broyer les premiers inutilement dans le godet de la pelleteuse – sauf trois, dont deux déjà restitués aux descendants de leurs donateurs – et de descendre le second comme une palette de légumes, au bout du bras d’une nacelle.

Pierre d'autel revêtue de son sceau épiscopal de cire rouge - Gesté

Pierre d’autel revêtue de son sceau épiscopal de cire rouge – Gesté

L’église de Gesté entamée par les démolisseurs

31 Août

l'égliseLe maire de Gesté espérait détruire le chœur de l’église en trois jours. Mais, pour un « monument en péril », elle résiste bien et les démolisseurs en auront pour une semaine de plus au moins. Par ailleurs, dimanche 25 août, des opposants à la démolition ont découvert dans les gravats une pierre d’autel et des objets sacerdotaux dans l’église. Cela fait pourtant des mois que le clergé (évêché d’Angers et curé de Beaupréau, favorables à la démolition) clame que l’église a été vidée de ses objets sacrés.

Les démolisseurs s’attaquent au chœur néogothique de l’église avec une griffe qui porte jusqu’à 40 mètres de hauteur. Une flèche placée sur le côté déploie un écran qui est censé éviter les projections de pierre ; malgré cela, des débris ont giclé assez loin sur la place de la mairie. La société OCCAMAT qui assure la démolition est donc obligée de ralentir encore la cadence et de démolir avec prudence sur les côtés sud et est du chœur, car l’église est entourée d’habitations qui sont situées à moins de dix mètres d’elle.

Le chantier a été arrêté toute la journée de vendredi. Il devrait reprendre au début de la semaine prochaine. Les démolisseurs s’apprêtent à démolir d’abord les parties hautes du chœur, puis ensuite le bas, avec une grue de plus faible portée, donc moins chère à transporter et à louer. La démolition revient à moins de 200.000 € pour la commune (193.500), parce que les pierres de l’église ne seront pas emmenées par la société, mais seront prises par les agriculteurs pour l’empierrement des chemins. La belle église de Gesté finira sa vie sous les roues des tracteurs.

Ce qui a surpris les démolisseurs comme les badauds, c’est la solidité de l’église. Noël Stassinet, du souvenir chouan de Bretagne, présent toute la dernière semaine de juillet sur place, se souvient notamment « quand la pelleteuse a soulevé tout d’un coup tout le toit du transept, et qu’elle l’a emmené, le mur en bout de transept a vacillé plusieurs fois, et s’est redressé. » C’est une construction élastique, qui tient les chocs. « De même, quand une des quatre ogives d’une croisée a été retirée par la pelle, la croisée a tenu. Ils ont enlevé un autre arc, la croisée tient toujours. Ils coupent pour la pause de midi, la croisée ne bouge pas ». Bref, ce n’est pas une maison en parpaings, c’est une église, construite à une époque où on savait le faire, et qui paraît quand même bien en état pour un monument que la mairie disait en péril. La même mairie disait qu’il y avait de la mérule (un champignon responsable de la destruction des bois) dans la charpente : aucune pièce infectée n’a été trouvée.

 

Des objets religieux trouvés dans les gravats et dans la sacristie

démolPlus scandaleux encore. Alors que ça fait des mois que le maire, Jean-Pierre Léger, et le curé de la paroisse, Pierre Pouplard, clament que l’église a été vidée de ses objets religieux et sacerdotaux, une découverte soudaine a remis en cause leurs paroles. Pourtant, nous avons relevé en juin que de nombreux objets avaient été sauvés de l’église (devant d’autel, plaques des monuments aux morts, statuaire, tables de communion, chemin de croix…) et entreposés dans les ateliers municipaux tandis que les aubes et autres vêtements sacerdotaux auraient été repris par la paroisse.

Et pourtant. Le dimanche 25 août, le souvenir chouan de Bretagne organisait un pique-nique pour rendre hommage à l’église qui allait être détruite. Ce pique-nique a réuni douze personnes, bien qu’il a été interdit par la gendarmerie de Beaupréau suivant l’avis du maire de Gesté. Les participants sont allés voir l’église et ont longuement discuté avec le vigile, catholique et excédé par le sacrilège en cours. Ils sont entrés sur le chantier, et parmi les gravats, les membres de l’association Mémoire Vivante du Patrimoine Gestois (MVPG, opposée à la destruction de l’église) qui les accompagnaient ont trouvé une pierre d’autel dans les gravats, encore revêtue du sceau de cire rouge de l’évêché. Dans la sacristie, il y avait aussi encore des aubes et des étoles dans les placards, ainsi que des manipules, une bourse et un plateau de communion. Ils ont sorti l’ensemble de ces objets. Le vigile a refusé que cela sorte du site, et a tout empilé dans un carton qu’il a porté dans la salle municipale toute proche. Lundi, ces objets ont été remis à la municipalité.

Celle-ci, plutôt que d’avouer – pour une fois – ses torts a fait comme d’habitude, c’est-à-dire qu’elle s’est enferrée dans le mensonge en profitant des colonnes complaisantes du Courrier de l’Ouest. Elle a notamment accusé l’association MVPG et les participants au pique-nique « d’effraction de la crypte », accusation étrange sinon grotesque puisqu’il n’y a rien à briser, la crypte comme tout le reste étant ouverte à tous les vents. A des élus de son canton, le maire a aussi dit que l’association MVPG aurait volé ces objets sacerdotaux antérieurement (par exemple en décembre quand l’église était ouverte à tous les vents pendant un mois) pour les remettre maintenant. Le 20 juin, lorsque nous étions rentrés dans l’église pour photographier ce qui allait être démoli, la sacristie n’était pas vide, loin de là, on trouvait sur les étagères des pots étiquetés « cendres 1992 », certains placards étaient remplis, d’autres vidés, des feuilles traînaient un peu partout et il semblait que l’église avait été abandonnée dans la précipitation, comme un lieu touché par une catastrophe naturelle. Tout cela montre que l’évêché d’Angers et la paroisse ont tous deux participé à un sacrilège : la destruction d’une église qui n’a pas été déconsacrée.