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Un autre recours contre l’aéroport rejeté : l’abus de pouvoir est toujours au pouvoir

22 Oct
L'ombre des CRS plane à nouveau sur la ZAD.

L’ombre des CRS plane à nouveau sur la ZAD.

Le 17 octobre, le Conseil d’Etat a rejeté le recours du Collectif des élus qui doutent de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (CéDPA) contre le projet d’aéroport, en balayant d’un tournemain l’ensemble des moyens légaux invoqués, qui auraient fait mouche s’il s’agissait d’un autre projet que ce transfert d’aéroport, lubie du Premier Ministre et Calvaire de son gouvernement.

Le Conseil d’Etat a rejeté et donc empêché la transmission au Conseil Constitutionnel d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) fondée sur la conformité des mécanismes de contrôle de la DUP à la déclaration des Droits de l’Homme. Selon l’instance, cette QPC n’est pas nouvelle et ne présente pas de « caractère sérieux » justifiant de sa transmission au Conseil Constitutionnel. Par ailleurs l’instance a aussi rejetté l’ensemble des moyens légaux de recours contre la DUP, notant par exemple, au sujet de l’évolution du prix du pétrole et de la sous-évaluation des enjeux environnementaux du projet « De tels éléments ne révèlent pas, par eux-mêmes, un changement des circonstances de fait de nature à priver le projet de son caractère d’utilité publique ».

L’opération d’expulsion sur la ZAD aurait lieu cet hiver

En donnant ainsi un blanc-seing à Vinci, le Conseil d’Etat s’essuie aussi les pieds sur les réserves formulées par la très sérieuse commission scientifique en avril, réserves auxquelles ni l’Etat, ni Vinci n’a répondu. En revanche, tout porte à croire que les autorités veulent accélerer le mouvement. L’arrêté de déplacement des espèces naturelles protégées devrait être pris début novembre, celui au titre de la Loi sur l’eau va suivre. Les notifications d’expulsion vont aussi bon train : le 15 octobre à la Gaîté et la Châtaigne, ainsi qu’à Bellevue en ce qui concerne la seconde série d’occupants. La ferme avait réussi pour l’heure à échapper aux expulsions par la mise en œuvre de toute une série d’artifices juridiques. Le 5 novembre, le juge des expropriations passera pour l’ensemble des terrains concernés par l’élargissement des routes (notamment sur la route de Notre-Dame des Landes à Grandchamp) et les jugements suivront le lendemain. Un jugement d’expulsion devrait être rendu pour la maison du Moulin de Rohanne  (carrefour de la Saulce) le 21 novembre.

Tout porte à croire que les expulsions auront lieu dès la fin de l’année. Pour des raisons liées à la reproduction des espèces naturelles, elles ne peuvent avoir lieu après février. Par ailleurs, si les travaux ne commencent pas au printemps, il faudra pour le pouvoir renégocier la concession qui pose comme date butoir la mise en service de l’aéroport au 1er janvier 2018 au plus tard ; cela impliquerait notamment de payer à Vinci près de 80 millions d’euros, une dépense impossible à contracter par ces temps de rigueur budgétaire. C’est donc entre novembre et la mars que la ZAD devra être la plus vigilante. Il est fort possible que le pouvoir lui souhaite l’anniversaire de l’opération César – l’invasion armée de l’année dernière – en remettant le couvert avec un mois de retard.

Qu’est-ce qui explique cette mansuétude du droit par rapport à l’aéroport ?

Les barricades refleuriront-elles sur la ZAD en cette fin d'année?

Les barricades refleuriront-elles sur la ZAD en cette fin d’année?

A Notre-Dame des Landes la mansuétud du droit s’accompagne de la mise délibérée de la justice au service de l’Etat, par exemple par des ordonnances entachées de nullité ou abusives, comme une très récente  qui interdit tout semis de céréales pendant trois mois sur la ZAD, y compris sur les terres non encore expropriées ou tenues par des baux ruraux. Tout cela donne une image déplorable de la justice française, digne sur ce sujet d’une république bananière, et oblige à s’interroger sur la viabilité de la séparation des pouvoirs en France.

Comme nous l’écrivions l’année dernière lorsque nous suivions en direct l’opération César, l’abus de pouvoir est au pouvoir en ce qui concerne le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes. En effet, le principal promoteur du projet, c’est le Premier Ministre, qui est aussi le supérieur hiérarchique du ministre de la Justice, qui dirige les administrations – et le pouvoir judiciaire –  censés contrôler voire empêcher les débordements du pouvoir exécutif dans la mise en œuvre de l’aéroport.  Dans ces conditions, l’indépendance de la justice devient une chimère et cela met en évidence toutes les limites de la démocratie française, surtout par rapport à un territoire – la Bretagne – dont la population n’a jamais accepté de se faire abattre par l’Etat central, que ce soit en 1793, 1871, 1940 ou maintenant.

Force est de constater que, malgré (ou à cause de) toutes les sorties plus ou moins violentes du ministre de la Justice sur des sujets finalement secondaires, comme la qualification de la pensée véhiculée par le FN, l’attention est détournée des sujets vraiment importants. Notamment le fait que, depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir, la justice est complètement mise de côté par le bras armé de l’Etat. Finalement, les seuls résultats pour la lutte seront atteints sur le terrain, par la maîtrise de celui-ci, et non par le droit. Un tel constat est indigne d’un état de droit, indigne de la France, indigne de la Bretagne. Mais c’est la réalité de Notre-Dame des Landes en cette fin d’octobre 2013.

Addendum : BreizhJournal fête son premier anniversaire, ayant été lancé le 22 octobre 2012. Bonne lecture à tous et à bientôt sur nos lignes !

Dernière minute : la ferme de Bellevue est expulsable, selon une décision de la Cour d’Appel de Rennes qui a demandé la libération immédiate de la ferme, à peine de 50 € par jour d’astreinte.

NDDL : la folle rumeur d’une intervention imminente contre la ZAD

13 Sep

Ces dernières semaines, la toile bruit d’une rumeur d’intervention policière imminente contre la ZAD, d’ici le 12, et maintenant la semaine prochaine. Cette rumeur a même provoqué une fausse alerte et un montage de barricades frénétiques le 11 sur la ZAD. Qu’en est-il vraiment ? Que faut-il attendre du pouvoir ? D’où vient cette rumeur ? BreizhJournal fait le point pour vous éclairer.

 

 

Une vue de la ZAD près de la Noë Verte cet été

Une vue de la ZAD près de la Noë Verte cet été

Une intervention imminente ? Impossible pour Sandrine Bélier

Sandrine Bélier, euro-députée EELV du Grand Est, très investie dans la sauvegarde du grand hamster d’Alsace et l’empêchement du projet d’aéroport, trouve « farfelues » toutes les rumeurs sur une intervention imminente des forces de police sur la ZAD. Au moins jusqu’au 17. « C’est une bêtise que l’Etat ne peut pas faire, à moins de se faire taper sur les doigts tout de suite. Le 17, il y a l’audience devant la Commission des Pétitions du Parlement Européen, l’ACIPA sera là, de même que les représentants de l’Etat et de Vinci qui devront convaincre la Commission qu’il n’y a aucune contradiction entre le projet d’aéroport et le droit européen de l’environnement et de l’eau. Jusqu’au 17, aucune intervention policière contre la ZAD n’est possible, l’enjeu est trop important ». Et après le 17 ? « Ça dépendra de la décision de la Commission, et notamment si elle prend la décision d’envoyer sur place une mission parlementaire européenne, ou si elle prend position contre le début des travaux ».

 

Le pouvoir est tellement sûr de son dossier qu’il joue l’obstruction

En attendant, l’Etat clame à qui veut l’entendre que le projet de l’aéroport – et aussi du barreau routier 2×2 voies le desservant, déclaré d’utilité publique le 5 août 2013 – est dans les clous par rapport à la réglementation européenne. Ce qui n’est pourtant pas le cas : l’aéroport est illégal et a cinq ans de retard sur la réglementation européenne. En attendant, le pouvoir essaie de gagner du temps : un vote d’obstruction a uni socialistes et conservateurs pour empêcher l’envoi sur place d’une mission parlementaire, ce que déplorent les Verts, qui notent que si le dossier était si réglo que ça, les socialistes ne joueraient pas la montre ainsi. Cependant, pour Sandrine Bélier, ce n’est que partie remise : « il n’y a pas de refus, la décision n’a pas été prise. La prochaine échéance pour prendre cette décision, ce sera le 17 ».

 

Ayrault n’a rien compris, rien changé

Une hutte en terre banchée, à l'est de la ZAD

Une hutte en terre banchée, à l’est de la ZAD

Dans les colonnes de nos confrères de Presse-Océan début septembre, le sous-préfet chargé de la réalisation de l’aéroport déclarait péremptoirement que « nous ne sommes plus dans le dialogue, mais dans l’instruction » et que « le gouvernement est toujours dans la perspective de réaliser cet équipement ». Tellement que le comité scientifique qui a rendu son étude en avril remettant en cause le projet d’aéroport – en levant douze réserves importantes qui montrent que le projet, en l’état, ne respecte ni le droit français, ni le droit européen de l’environnement – va être remplacé par un nouveau groupement, et ce comité Théodule sera prié d’invalider le diagnostic de ses prédécesseurs. Maintenant qu’elle a été débarquée, l’ancienne ministre de l’Environnement Delphine Batho s’offre le plaisir d’une douce vengeance sur celui qui n’a jamais cessé d’être le maire de Nantes. Elle a en effet affirmé, interrogée par Reporterre, que « si l’on suit les conclusions de la commission scientifique, en l’état, le projet d’aéroport ne peut être conforme à la loi sur l’eau ». Et il se trouve que « on est obligés » de suivre les dites conclusions. Moralité : le gouvernement est dans l’impasse, quand bien même il réussit à circonscrire l’Europe, car les Bretons l’ont bien compris et ne le laisseront pas faire.

 

Pendant ce temps là chaque camp fourbit ses armes

 

Voici une zone humide : il n'a pas plu depuis trois semaines, c'est le mois d'août, et c'est le bourbier quand même. (ZAD, la Noë Verte)

Voici une zone humide : il n’a pas plu depuis trois semaines, c’est le mois d’août, et c’est le bourbier quand même. (ZAD, la Noë Verte)

Si le pouvoir décide d’intervenir sur la ZAD, il est obligé de le faire en période hivernale, avant la reproduction des batraciens protégés, tritons marbrés et autres salamandres au printemps. Ce qui laisse une courte période entre le 17 septembre et le mois de février, avec une autre contrainte : la trêve hivernale, fixée du 15 novembre 2013 au 1er mars 2014. Nombre d’occupants de la ZAD sont légaux (loyers, baux verbaux, baux agricoles, propriétaires non expropriés) et d’autres feront valoir au premier policier venu que leur cabane, caravane ou bout de ferme est leur résidence principale, obligeant à un procès en bonne et due forme pour les expulser, ou non. Ce qui a tout de suite une double conséquence : le périmètre des interventions possible est mité et les expulsions sont décalées dans le temps. Résultat, les opérations en perdent tout de suite une grande partie de leur efficacité.

En attendant, chaque camp se prépare. Des forages et des travaux préparatoires ont toujours lieu à l’est de la ZAD. Le 11 encore, le site Zad.nadir signale « Deux camions [de gendarmes mobiles] ont été vu stationnant au cimetière de Notre Dame, un autre circulant sur la route entre l’Epine et le Bois Rignoux. Merci à toutEs pour votre vigilance. Midi : les 2 camions sont maintenant positionnés devant la salle Jules Verne. Une camionnette blanche Biosnet a été vue sur la D281 ». Tandis que des cabanes continuent à pousser un peu partout, l’exploitant de la ferme du Moulin de Rohanne a quitté les lieux le 29 août 2013. Une escouade d’occupants s’est glissée juste derrière pour refaire la maison d’habitation et la rendre habitable dès que possible, ce qui en fait un nouveau lieu occupé. Ladite ferme a un atout intéressant : elle est située à proximité immédiate de l’un des carrefours stratégiques qui verrouillent la ZAD, le carrefour de la Saulce, au sud. Comme vigie pour guetter des pirates en bleus, l’on ne peut rêver mieux.

 

La propagande à destination des acteurs économiques et politiques continue

Une salle de bain à la pointe est de la ZAD. Derrière, un "pré humide" d'où sourd un ruisseau.

Une salle de bain à la pointe est de la ZAD. Derrière, un « pré humide » d’où sourd un ruisseau.

Pendant ce temps, malgré – voire à cause – de l’impasse évidente, la propagande pro-aéroportuaire continue. A la fin de l’été, une association présidée par le maire de Saint-Aignan de Grandlieu a estimé à 5000 les emplois qui pouvaient être créés en sud-Loire par le transfert de l’aéroport. L’estimation, purement gratuite, a de quoi faire rire si ce n’était pas si sérieux. Comment en effet pouvoir prétendre arriver à un tel chiffre quand aujourd’hui, les entreprises françaises croulent sous le poids conjugué de la crise, des normes et des impôts qui minent leur compétitivité, que l’écotaxe risque d’écrouler tout le reste et que conséquence logique, même à Nantes qui est pourtant une des villes les plus dynamiques de la France, des bureaux flambants neufs, peu chers et bien situés peinent à trouver preneurs depuis des mois ? Alors que Vierzonitude s’émeut des dizaines de vitrines vides qui trahissent le manque de dynamisme de Vierzon au centre de la France, des bourgades pourtant jeunes et vigoureuses comme Savenay ou La Chapelle sur Erdre ont-elles aussi des vitrines en bois et des locaux commerciaux ou d’artisans qui peinent à trouver preneur… et ce parfois depuis une décennie. Et l’on ne parle même pas de Paimboeuf ou Issé qui sont des vraies belles au bois dormant du département.

A Châteaubriant, l’ADIC (association des entrepreneurs du pays de Châteaubriant), bien briefée par tous ces fervents soutiens de l’aéroport de Notre-Dame des Landes que sont la CCI et Alain Mustière, président de l’ACIPRAN, vraie-fausse association citoyenne  pro-aéroport, s’apprête à implanter des panneaux « nos entreprises soutiennent l’aéroport du Grand Ouest » sur les terrains de ses membres. La même agit-prop est déployée en direction des entreprises du pays Nantais, dont certaines, abusées par des perspectives miroitantes, ont même déplacé jusqu’à leur siège pour être plus proches de l’ex-futur aéroport nantais. Mais aussi des entreprises du centre de la Loire-Atlantique, de Nort à Savenay.

Autre moyen de diffusion : les notables de l’opposition, principalement UMP et UDI (alliance centriste ou Nouveau Centre) qui gère plusieurs mairies et lorgne sur d’autres dans le secteur. A Blain par exemple, Jean-Michel Buf (UDI) est un fervent soutien de l’aéroport dont – comme bien d’autres notables de droite pendant des décennies – il espère monts et merveilles, notamment que l’équipement accélère l’installation d’habitants et d’entreprises à Blain, dont l’actuelle mairie est très opposée au transfert d’aéroport. Cette mairie de gauche arc-en-ciel (PS, PCF, Verts, Front de Gauche, citoyens non encartés) avait d’ailleurs été élue pour cela, dès le premier tour en 2008 et avait remplacé un maire UDF pâlot qui n’avait su préparer sa succession et attendait lui aussi beaucoup de l’aéroport. Les blinois n’ont pas été déçus : entre autres, les onze élus communistes de Blain ont envoyé une lettre à François Hollande et à leur fédération départementale – la seule de Bretagne et des contrées avoisinantes à soutenir encore mordicus le projet d’aéroport, toutes les autres ayant au moins demandé un moratoire sur les travaux – pour leur dire qu’ils sont contre l’aéroport, quelle que soit l’opinion de leur fédération. Jean-Michel Buf sera très probablement la tête de liste de l’opposition à Blain, et espère « une liste d’union pour virer le kolkhoze », autrement dit la liste de gauche plurielle, effectivement d’autant plus rouge que l’actuel maire socialiste, Daniel Leroux, pourrait ne pas rempiler. Liste d’union sans nul doute, mais pro-aéroport. Lorsque tout ce petit monde se réveillera et que les vapeurs de la propagande instillée par le pouvoir et ses relais économiques (CCI…) sans aucune considération pour les contraintes légales, naturelles et environnementales se seront dissipées, la gueule de bois sera terrible.

L’aéroport de Notre-Dame des Landes abandonné ?

10 Juil

asilairNotre confrère Jean-Patrick Grumberg, de Dreuz – site d’information francophone, pro-israélien et plutôt opposé au pouvoir en place – a annoncé que le projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes, si cher au Premier Ministre Jean-Marc Ayrault sera abandonné. Selon leur source – qui tient à conserver son anonymat pour éviter des sanctions –, « une étude confidentielle est en cours pour adapter Nantes-Atlantique » où « une piste fermée serait rouverte ». Des informations qui pourraient être confirmées dans les semaines à venir.

Nous sommes en mesure de préciser qu’une étude a effectivement lieu pour Nantes-Atlantique, mais elle n’a rien de confidentiel. Comme nous l’écrivions il y a quelques jours  cette étude doit « approfondir l’évaluation des coûts du réaménagement de l’actuelle aérogare et des stationnements » sur la base d’une fréquentation par 5, 7 ou 9 millions de passagers. Officieusement, il s’agit à la fois de confirmer les chiffres donnés par l’Etat en justification au projet – chiffres largement bidonnés, comme nous l’avons démontré et de se pencher sur divers problèmes liés à l’aéroport : desserte entre l’aéroport et le centre-ville, manque de parkings pour les avions, plan d’exposition au bruit, agrandissement ou non sur place.

La plateforme étant enserrée entre la ville (au nord et à l’est), l’usine Airbus (au nord-est), une zone industrielle (au sud et au sud-est), une zone militaire non déminée et des hameaux (à l’ouest), il existe quatre solutions techniques pour agrandir la capacité de l’aéroport : exproprier vers l’ouest, afin d’allonger la piste sécante jadis existante. Contestation garantie. Se contenter de la piste sécante existante (fermée), mais qui est très courte, sauf pour les petits monomoteurs. Construire une piste parallèle, qui sera un peu plus courte et plus à l’ouest que l’existante. Enfin, établir un seuil décalé sur la piste actuelle (une piste physique, deux ILS, deux pistes réglementaires)  comme à Francfort-sur le Main ou à Albi. Le commandant de bord d’Air France et pilote chevronné Jacques Darolles explique le fonctionnement de ce seuil décalé dans son récit nommé « Monsieur est un esthète » sur la Pilotlist. Si bien que la montagne de Notre-Dame des Landes risque d’accoucher d’une souris à Nantes-Atlantique. Ou d’une piste.

Même si les médias français (hors Médiapart, TerraEco et le Journal de l’Environnement) et Bretons (hors BreizhJournal suivi une semaine plus tard par le Télégramme) ont été très discrets sur les conclusions en avril dernier des experts de la commission scientifique, ceux-ci ont pourtant mis un coup d’arrêt au projet en préconisant, pour qu’il revienne dans les clous de la légalité européenne et française, divers procédés (révision de la compensation des zones humides, vraie étude des biotopes etc.) qui obligent à un an, sinon deux ans d’études préalables et d’enquêtes publiques neuves avant de donner le premier coup de pelle. De quoi définitivement couler la concession – l’aéroport devant être inauguré avant le 1er janvier 2018 – et faire payer 80 millions d’euros à Vinci par l’Etat. C’est un secret d’Etat mal gardé, mais l’aéroport de Notre-Dame des Landes, en sus d’être ruineux et inutile, est complètement illégal  et fait tiquer l’Union européenne. De quoi placer le gouvernement dans une impasse politique, qui se double d’un imbroglio très local alors que les municipales se profilent : la Loire-Atlantique est en effet l’un des rares départements où la gauche espère gagner des communes, sinon éviter des pertes, la droite locale étant encore moins performante  que la gauche au pouvoir. Enfin, dernier argument de poids : alors que le budget 2014 paraît impossible à boucler, tant il manque de milliards d’euros à l’appel, lâcher le projet d’aéroport permettrait d’économiser et de geler les dotations aux collectivités territoriales concernées.

Le ministère des Transports devrait mettre fin aux tergiversations à l’automne, en publiant (ou pas) le calendrier prévisionnel des travaux qui tiendrait compte – enfin ! – des obligations légales prévues par la loi-cadre européenne sur l’eau… du 16 décembre 2008. D’ici là, il est fort probable que l’Europe envoie au début de l’automne une mission parlementaire sur le terrain, ce qui ne manquera pas d’enfoncer un peu plus le projet. En attendant, les bruits d’un probable abandon du projet ne peuvent que remettre du baume au cœur de la partie écologiste de la majorité – devenue très utile maintenant que le gouvernement a perdu huit législatives partielles à suivre, dont quatre sièges de députés PS – et dont les Verts représentants se demandent s’ils n’ont été les dindons (bio) de la farce en 2012.

Le gouvernement se penche sur l’amélioration de Nantes-Atlantique

6 Juil

desserte-NAOfficiellement, sur Notre-Dame des Landes, la position du gouvernement peut se résumer au slogan du Printemps Français : « on ne lâche rien ». En pratique, devant la forte hostilité du Parlement Européen  à l’encontre d’un projet d’aéroport totalement illégal en droit européen depuis cinq ans et en droit français depuis quatre, le gouvernement – Ayrault en tête – se voit forcé d’avaler quelques couleuvres, d’autant plus que les municipales ne sont pas loin et s’annoncent mal pour la gauche.

L’Europe, justement, a demandé un complément d’information au gouvernement et s’apprête à envoyer une mission parlementaire à l’automne. Si bien que si le gouvernement a claironné – par la voix des caciques socialistes de la région des Pays de Loire – que les travaux reprendraient « à l’automne » puis « à la Toussaint », il ne s’avance plus sur aucun calendrier de travaux. Il fait bien : les travaux préparatoires avaient continué ces derniers temps en toute discrétion. Peine perdue : les forages ont été empêchés par les paysans, tandis que les zadistes sont allés visiter à plusieurs reprises le chantier de déplacement d’une ligne électrique, préalable à l’agrandissement d’un chemin autour de la ZAD. Moralité : en quelques mois, quelques poteaux plantés, et encore ont-ils été récemment sérieusement abîmés. Avec ces rythmes de construction records, l’Ayraultport n’est pas près de décoller.

Le ministre des Transports Cuvillier a annoncé le 28 juin l’étude d’un réaménagement de Nantes-Atlantique pour « approfondir l’évaluation des coûts du réaménagement de l’actuelle aérogare et des stationnements » sur la base d’une fréquentation par 5, 7 ou 9 millions de passagers. Officieusement, le but est de confirmer les chiffres officiels déjà donnés en appui au projet de Notre-Dame des Landes, c’est-à-dire que Nantes-Atlantique ne pourrait faire face à 9 millions de passagers. Mais les derniers mois ont permis de montrer – y compris sur BreizhJournal – que les 9 millions de passagers que Vinci vise pour…2065 (!)  sont un chiffre complètement fantaisiste et passablement dopé aux EPO.

Un autre argument risque de faire irruption dans le débat : l’Etat n’a (vraiment) plus d’argent, et s’apprête à couper le jus aux collectivités locales via les dotations. Onze milliards d’impôts divers prévus ne sont pas rentrés dans le budget 2013 : les recettes de TVA se sont effondrées, les gens ne consomment plus, celles de la TIPP (taxe sur les carburants) aussi, puisqu’ils roulent de moins en moins, surtout s’ils perdent leur travail, l’assurance-maladie et les caisses de retraites sont un champ de ruines du fait de la crise économique, et ainsi de suite. Au prochain budget, ce sont plusieurs dizaine de milliards qui manquent à l’appel. Un constat qui explique la dureté de la commission Duron qui a mis au placard la majeure partie des projets LGV et autoroutiers prévus, à commencer par la ligne TGV Lyon-Turin  (TAV).  Pour que le gouvernement, à huit mois des municipales, se décide à heurter des cohortes d’élus locaux en tous genres, y compris des socialistes, qui tenaient à ces grands projets pour leur réélection, c’est qu’il y a sérieusement le feu au lac. L’argument de la crise risque de devenir la première raison du désengagement de l’Etat, ou tout au moins un argument fort des opposants pour l’appeler à se retirer et laisser tomber l’Araultport.

Loin de toutes ces tensions budgétaires, l’association britto-angevine de citoyens « proposants » dans le domaine des transports Nexus  profite de la réévaluation de l’aéroport pour proposer de remettre en service la ligne de chemin de fer qui relie Nantes à l’aéroport de Nantes-Atlantique. Celle-ci est actuellement une ligne réservée au trafic des marchandises quasi inutilisée qui aboutit dans le domaine des activités aéroportuaires (D2A) en passant devant l’Aérogare et l’usine Airbus. Ancien tracé de la ligne de Nantes à Sainte-Pazanne, elle se débranche de l’actuelle ligne au nord de l’aéroport pour filer tout droit vers l’aérogare, tandis que l’actuelle ligne fait le tour. L’association propose d’établir une station devant l’usine Airbus (actuellement seulement desservie par le bus Tan, de l’autre côté) et une « gare ferroviaire performante » à l’aéroport, puisqu’il y a largement la place afin de mettre « 1.300.000 personnes à moins de 60 minutes de l’aéroport » via la liaison ferroviaire nouvellement créée. De quoi limiter l’extension des parkings – et les dépenses qu’ils engendrent, tant pour l’aéroport que les usagers – et rendre l’aéroport plus attractif.

Les partisans de la réunification et les opposants à l’aéroport protestent à l’occasion du forum des Droits de l’Homme à Nantes

22 Mai
Voilà de quoi rassembler les uns et les autres : une Bretagne réunie qui dit non à l'aéroport

Voilà de quoi rassembler les uns et les autres : une Bretagne réunie qui dit non à l’aéroport

Comme chaque année, le forum des Droits de l’Homme à Nantes ne sera pas un long fleuve tranquille, puisque les partisans de la réunification bretonne ont pris l’habitude d’exprimer leur mécontentement dans et autour de la manifestation, et n’ont pas décidé de désarmer cette année. Par ailleurs, aux mécontents devraient se joindre les opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes, Ayraultport notoirement dans les choux.

Ainsi, les partisans de la Bretagne plus unie et plus forte organisent deux rassemblements devant la cité des congrès de Nantes ce soir, mercredi 22 mai à 17h pour le début du Forum et le 24 mai à 18h pour la fin du Forum. Ils souhaitent protester contre la récupération de la manifestation nantaise par les Pays de Loire, que l’amputation de la Bretagne est « contraire aux Droits de l’Homme et à la démocratie », et enfin qu’en continuant de nier la diversité intérieure de la France, « l’Etat tue nos langues ». Le second rassemblement (le 24 mai) est consacré plus spécifiquement à la reconnaissance du Breton et appelle le gouvernement à ratifier la Charte Européenne des langues minoritaires.

De leur côté, les opposants à l’aéroport font circuler un appel intitulé « contre l’aéroport et son monde vert… kaki » qui comme son nom l’indique veut s’opposer à la technocratie, au militarisme et à l’affairisme des classes dirigeantes capitalistes. Le rassemblement est prévu… à 17h le 22 mai devant l’arrêt de bus « Cité des Congrès ». Du monde il y aura ce soir ; mais les participants, de l’un comme de l’autre côté, ne seront pas dupes. Laissons le dernier mot aux opposants à l’aéroport : « Ce forum mondial des droits de l’homme est pour nous à peu près aussi crédible qu’un aéroport haute qualité environnementale.»

Documents :

 

Tract Bretagne Réunie pour le 22 mai

Appel au rassemblement du 24 mai (langues minoritaires)

La chaîne humaine réunit 40.000 personnes à Notre-Dame des Landes

11 Mai

Depuis ce matin, des milliers de personnes convergent sur la ZAD pour participer à une immense chaîne humaine sur un parcours de 25 km  tout autour du site de l’ex-futur aéroport nantais, en passant par le bourgs de Notre-Dame des Landes au nord, les carrefours des Ardinières et du Chêne des Perrières à l’ouest, Vigneux et la Paquelais au sud, et le village de Chanais sur la route de Grandchamp des Fontaines à l’est.

La préfecture annonce une affluence ridicule et se discrédite

aéroport-crxL’affluence a été estimée par les organisateurs à 40.000 personnes ; la préfecture a annoncé 3.000 personnes à 10h, 5.000 à 11h, 8.000 à midi pour s’arrêter à 12.000 à 14h, ce qui est mathématiquement impossible. Dominique Fresneau, de l’ACIPA, explique : « Il y avait des gens qui se donnaient la main sur tout le pourtour de la chaîne, sur 25 km, soit 25.000 personnes. A 13h30 déjà, le tour était joué, mais les gens continuaient à affluer. Après vérification des images prises par les médias présents sur le site, nous confirmons le chiffre des 40.000 personnes, la valeur d’une chaîne humaine et demi ».

Et les chiffres de la Préfecture alors ? « On peut contester l’affluence d’une manifestation en ville », concède Dominique Fresneau en se référant à la polémique répétée sur les chiffres de la Manif pour Tous  « mais il est impossible de contester pour une chaîne humaine ou vraiment, tous les participants ne sont pas des surhommes et ne prennent pas dix mètres à eux seuls ; bref, la préfecture se discrédite complètement ». En vérité, comme pour la Manif pour Tous, la chaîne humaine dérange le gouvernement et le Premier Ministre. Consignes ont été données de minimiser l’événement, dans le but de diminuer l’importance du camouflet et essayer de le passer sous silence. Raté.

« Les gens restent mobilisés »

Encore un panneau original sur le site, la version bretonne de la Manif pour Tous (Twitter Frederic Landais)

Encore un panneau original sur le site, la version bretonne de la Manif pour Tous (Twitter Frederic Landais)

Les eurodéputés EELV (Sandrine Bélier, Jean-Jacob Bicep, José Bové, Karima Delli, Yannick Jadot et Eva Joly) ont participé à la Chaîne Humaine. Depuis que l’on est presque sûrs – du fait de l’opposition de l’Europe à voir le droit bafoué – que le projet ne se fait pas, EELV s’oppose en bloc à l’aéroport, oubliant et ses ministres au gouvernement, et ses incertitudes passées, et le fait que le parti des Verts avait accepté que le nucléaire et l’aéroport soient écartés de l’accord électoral avec le PS. Au premier rang d’entre eux, Sandrine Bélier qui s’est beaucoup investie dans le dossier  notamment en portant le dossier du recours devant la commission des pétitions du Parlement Européen qui a permis aux instances européennes de se mêler du dossier et de faire pression sur la France, devant les illégalités flagrantes du projet. Des élus de tous bords, notamment François de Rugy, député Vert qui ne cache pas ses ambitions pour la mairie de Nantes, étaient présents.

Cyclistes parisiens venus pour la Chaine Humaine - ChristoMiche sur Twitter

Cyclistes parisiens venus pour la Chaine Humaine – ChristoMiche sur Twitter

La chaîne humaine n’a finalement pas réuni plus de personnes que la manifestation de réoccupation du 17 novembre, est-ce un handicap ? « L’affluence même en période apaisée, avec moins de risque immédiat pour la ZAD montre que les gens restent fortement mobilisés contre l’aéroport ». Quarante-cinq cars, majoritairement des cinq départements de Bretagne, mais aussi de l’Isère, de Toulouse ou du Loiret, sont venus sur le site ; de nombreuses personnes avaient choisi de venir la veille ou l’avant-veille et passer quelques jours de ce long week-end sur la ZAD. « Le temps ne nous a pas aidé, mais finalement la météo était bonne dans l’après-midi, les gens étaient sur les routes, au sec, il y avait plus de familles aussi, c’était très serein », poursuit Dominique Fresneau.

Beaucoup de personnes devraient finir leur journée au festival de soutien aux Planchettes. Hier, il y avait près de 5000 personnes sur le site, aujourd’hui ils pourraient être le double à enterrer le projet en musique, au cœur de la ZAD. Une mobilisation qui est aussi le succès collectif des 500 bénévoles qui se sont relayés pendant ces deux jours pour une organisation fluide et sans accrocs.

Album photos de la Chaine humaine : cliquez sur le lien

NDDL : la chaîne humaine dans les starting-blocks

10 Mai

chaîneA la veille de la grande chaîne humaine préparée par les opposants pour montrer leur détermination et le soutien populaire à « enterrer le projet » d’aéroport, de toute façon illégal  et pour cela complètement condamné par les experts scientifiques il y a un mois, nous avons posé quelques questions à l’organisateur officiel, Simon Roullaud. Négos avec la Préfecture, changements de dernière minute, affluence, voici les dernières nouvelles, en direct de Notre-Dame des Landes.

 

Compromis. Contrairement à toute attente, la Préfecture n’a pas essayé de faire pression sur les opposants : « c’était plutôt une bonne ambiance », tient à souligner Simon Roullaud, « ils cherchaient plutôt à trouver des solutions, des compromis. Le seul problème c’est qu’il a tout fallu régler ou presque à la dernière minute ».

 

Verre à moitié plein. Les principales négociations portaient sur les autorisations et l’accès aux secours. La manifestation se compose d’une chaîne humaine de 25 km autour de la ZAD  et d’un concert de soutien le soir, au beau milieu de la ZAD près de la RD281 toujours barricadée par des chicanes. « Pour la chaîne humaine, nous avons eu l’autorisation, pour le concert, non », résume Simon Roullaud. Pourquoi ? « Le lieu du concert est en plein milieu de la ZAD sur un terrain de AGO-Vinci (déjà exproprié), fallait avoir l’autorisation du propriétaire, fallait pas rêver ».  En revanche, ils ont obtenu l’accès des secours : « il a fallu déplacer l’accès au concert, qui ne se fera plus par le nord, mais par le sud, pour un meilleur passage des secours. Du coup, même si toutes les responsabilités sont sur notre dos – ce n’est pas la première fois, on a l’habitude – le concert présente toutes les garanties de sécurité ».

 

Présence policière. La Préfecture n’avait pas trop intérêt à aller jouer les matamores. D’abord parce que les forces de l’ordre sont assez défavorablement connues dans les parages et ensuite parce qu’il n’y a pas assez de policiers et de gendarmes pour protéger les lieux de pouvoir dans une France de plus en plus gagnée par le Printemps Français et le mécontentement. Même encasernés, les CRS passent leur temps à Paris et leurs folles journées se traduisent par un manque d’attention flagrant  sur la route. Par conséquent, la Préfecture n’a pas trop insisté : « les forces de police seront très au large », et « les accès à la manifestation seront complètement autogérés par les organisateurs ».

 

Zadistes. Ces dernières semaines, certains – y compris parmi nos confrères – avaient cherché la petite bête ou la grosse fracture parmi les opposants en insistant sur le manque d’enthousiasme parmi les zadistes – comprendre, les occupants de la ZAD autres que les paysans, propriétaires et locataires légaux – à s’investir dans un événement qu’ils jugeraient « démesuré » et « imposé ». Simon Roullaud avoue « un manque de pédagogie, mais le problème, c’est qu’il y a une telle horizontalité et tellement de lieux de vie qui vivent chacun de leur côté qu’il aurait fallu passer quinze jours sur la ZAD pour tout expliquer et vu le boulot énorme pour tout organiser, on n’avait tout simplement pas le temps ». Des soucis qu’il estime arrangés « il y a eu une réunion il y a quelques jours avec les zadistes, l’ambiance est très bonne, il y a plein de gens sur la ZAD qui sont chauds pour la chaîne humaine ». Bref, il appelle à « ne pas prendre l’hostilité d’une poignée de personnes » pour la voix de la ZAD toute entière.

 

Combien ? Pour l’heure, il n’est pas possible pour les organisateurs de se prononcer sur l’affluence qu’il pourrait y avoir demain. Trop de paramètres en jeu. A commencer par la météo. « Il y a eu beaucoup plus de travail que pour la manifestation de réoccupation du 17 novembre », explique Simon Roullaud. Notamment, le site, 1000 panneaux fabriqués et plantés partout en France. « Cependant, le 17 novembre, on était dans l’émotion. Là, on sait qu’il n’y aura probablement pas de travaux dans l’année à venir, le projet est gravement compromis, il y a un certain relâchement des deux camps, et on n’est plus dans l’émotion, mais dans la volonté durable ». Cependant, il consent à nous dire que le site a été visité 55.000 fois et que la souscription proposée a permis de « couvrir un tiers du budget » de l’événement. Il devrait toutefois y avoir au moins 20.000 personnes – c’est le nombre minimum pour faire une chaîne humaine sur l’itinéraire choisi, tout autour de la ZAD. Sans conteste, sur un site cette fois enfin libéré et des forces de police et des engins de chantier, seule l’affluence permettra d’évaluer la force du soutien populaire à l’abandon du projet d’aéroport. A demain !

 

Où, quand, comment, pourquoi ? S’informer et venir sur http://www.chaine-humaine-stop-aeroport.org

Aéroport de Notre-Dame des Landes : le CNPN enterre le projet

16 Avr

Le comité permanent du Conseil National de la protection de la nature s’est réuni le 10 avril au sujet de Notre-Dame des Landes. Les autorisations dont Vinci a besoin pour déplacer les espèces naturelles protégées et pour porter atteinte aux zones humides via la loi sur l’eau sont accordées par le CNPN. C’était à ce jour l’un des plus gros verrous internes à l’ordre juridique français qui s’opposait à la poursuite du projet. Il n’est pas près de sauter.

Le comité s’est réuni au sujet du rapport de la Commission Scientifique, une vraie bombe dont l’importance est minimisée par le gouvernement et qui conduit surtout à enterrer le projet. Définitivement. Le conseil national pour la protection de la nature l’a accepté. Il a fait plus encore : il s’y est rallié et le soutient, lui donnant un tout autre impact. Le comité permanent « fait sienne les douze réserves présentées dans le rapport et demande qu’elles soient effectivement prises en compte par les maîtres d’ouvrage », Vinci-AGO et l’Etat.

 

Deux ans d’études préalables à nouveau nécessaires

asilairLe comité permanent du CNPN recommande donc, conformément au rapport de la commission d’experts scientifiques, la réalisation de « compléments à l’état initial », soit d’études, « sur une période d’au moins deux années », ce qui couvre des études de la biodiversité, des biotopes, des flux hydrologiques… et surtout a comme conséquence que jamais la date d’ouverture de l’aéroport à 2017, ni même à 2018, avancée encore par le gouvernement, ne pourra être tenue; donc il faudra renégocier complètement le contrat de concession, qui prévoyait une date limite au début de 2018, et surtout refaire les études d’impact et l’enquête pour une nouvelle déclaration d’utilité publique, puique l’actuelle deviendra caduque. Surtout, comme pour étudier la biodiversité il faut porter atteinte le moins possible au milieu auquel on s’intéresse, les travaux doivent être suspendus, les opérations policières aussi.

Le comité poursuit en reprenant le grief relevé par le collège d’experts de la commission scientifique, à savoir « l’inopérance de la méthode pour déterminer les mesures compensatoires » et rappelle que cette méthode a servi pour l’examen des dérogations à la protection stricte des espèces qu’il a examinées le 5 juillet 2012. Le comité permanent du CNPN « considère que les demandes de dérogation qu’il a examinées doivent être revues avec la nouvelle méthode validée ». Sans autorisation de déplacement des espèces, pas de travaux possibles.

Infligeant un cinglant désaveu au gouvernement et à sa communication officielle – selon laquelle seul le rapport de la commission de dialogue, écrit pour empêcher le gouvernement Ayrault de trop perdre la face – et ses plumes – dans l’histoire – le comité permanent du CNPN achève le travail en tirant à la mitrailleuse lourde : « le CNPN demande à l’Etat, dans le cadre du projet de loi-cadre biodiversité, de revoir la procédure d’instruction des projets d’aménagement du territoire, afin d’instaurer l’indispensable articulation entre les dispositifs en place (étude d’impact, dérogation espèces protégées, incidence loi sur l’eau, fouilles, enquête publique) et le calendrier de réalisation des projets ». Bref, ce qui veut dire que la conception et le calendrier du projet de Notre-Dame des Landes ne prenait absolument pas en compte les obligations légales d’étude et de protection des milieux et des espèces. Donc que le projet est illégal, comme nous l’écrivions encore le 22 novembre dernier.

Télécharger l’avis du comité permanent du CNPN

L’ACIPA et Bretagne Réunie mettent en échec la propagande des Pays de Loire à Saint-Nicolas de Redon

5 Avr
Déchirage symbolique d'une bannière des Pays de Loire

Déchirage symbolique d’une bannière des Pays de Loire

La manifestation organisée par le comité local du Pays de Redon de Bretagne Réunie a réuni en soirée près d’une centaine de personnes jeudi 4 avril 2013 à Saint-Nicolas-de-Redon, auprès de l’espace Pierre Etaillard, à partir de 18h30. L’ACIPA et des agriculteurs des collectifs COPAIN44 et COPAIN56 se sont joints à la manifestation avec six tracteurs, pour faire un « comité d’accueil » à Jacques Auxiette dont la venue était annoncée.Ainsi s’est formée une convergence des luttes des opposants à l’aéroport et des militants Bretons. En effet, les principaux porteurs du projet d’aéroport que sont la région Pays de Loire, avec Jacques Auxiette en tête et la municipalité nantaise avec son ex-maire Jean-Marc Ayrault sont aussi les premiers ennemis de la Bretagne. Les membres du comité local redonnais de soutien à la lutte contre l’aéroport ne se sont pas laissés tromper et ne cachent pas leur soutien à la réunion de la Bretagne historique.

Cela faisait plusieurs semaines que les services de propagande de la région « Pays de Loire » distribuaient des tracts et des affiches à Redon et aux alentours pour un « atelier du futur » aux faux-airs de débat participatif à sens unique. Des prospectus ont ainsi été distribués jusque dans les boîtes aux lettres des Redonnais et sous leurs Halles… la région des Pays de Loire a ainsi démontré l’artificialité de ses frontières que ses services se sont avérés incapables de respecter bien qu’ils les imposent à la population de Loire-Atlantique. Tant qu’à faire, pour maximiser les chances que les citoyens de Redon soient au courant du « débat« , une affiche faisant ouvertement la propagande des Pays de Loire a été placardée à l’office de tourisme de Redon, dont la structure perçoit – du fait de l’ancrage de la communauté de communes du Pays de Redon en Loire-Atlantique – des subventions des Pays de Loire.

Un rassemblement pour répondre à une provocation des Pays de Loire

Militants Bretons et opposants à l'aéroport côte à côte contre la propagande des Pays de Loire

Militants Bretons et opposants à l’aéroport côte à côte contre la propagande des Pays de Loire

Le débat annoncé avait pour titre provocateur: « Construire ensemble les Pays de la Loire en 2040 », pour « construire collectivement l’idée d’un avenir désirable et trouver les moyens de l’atteindre ensemble ». Comme le montre la pratique, les Pays de Loire ont l’intention d’atteindre cet avenir désirable – seulement de leurs dirigeants – sans consulter les citoyens, en spoliant les paysans, en détournant le patrimoine commun des Bretons et en mettant en péril les richesses naturelles de la Loire-Atlantique. Curieuse méthode ! Les organisateurs de cette farce démocratique n’ont pas été déçus. Tout au plus dix personnes ! En comptant le service de sécurité, le vice-président de cette région Christophe Clergeau, qui remplaçait Jacques Auxiette, et le maire de Saint-Nicolas-de-Redon, également président de la communauté de communes du Pays de Redon, hôte bien malgré lui de ce flop de com’. Dans les jours précédents, en effet, des citoyens des communes du pays de Redon ont arraché la plupart des affiches qui annonçaient la réunion, marquant clairement leur désaccord avec le vol de leur Histoire et de leur identité par les Pays de Loire.Dans un premier temps, Emile Granville s’est exprimé au nom du comité local redonnais de Bretagne Réunie, rappelant que le Pays de Redon s’est clairement déclaré pour la réunification politique et administrative de la Bretagne. Un vœu pour la réunification a été voté en 2009 par la communauté de communes du Pays de Redon qui, avec les communes de Saint-Nicolas-de-Redon, Conquereuil, Massérac, Conquereuil, compte des grandes communes de Loire-Atlantique comme Avessac, Fégréac, Guémené-Penfao, et Plessé. Jean-François Le Bihan, président de Bretagne Réunie a dénoncé le blocage actuel du gouvernement sur tout processus démocratique de réunification. Alan Ar Gall, au nom de la fédération Kevre Breizh, a apporté le soutien des acteurs culturels de Bretagne. Paul Loret du comité local de Nantes a lui insisté sur la dimension économique de la réunification. Etaient présents de nombreux citoyens membres des comités locaux de Bretagne Réunie à Rennes, dans le pays de Lorient, du Sillon de Bretagne, de Nantes ou de Saint-Nazaire.

Le forum annulé faute de citoyens intéressés

Le vice-président des Pays de Loire Christophe Clergeau n'est visiblement pas très emballé par l'expression citoyenne

Le vice-président des Pays de Loire Christophe Clergeau n’est visiblement pas très emballé par l’expression citoyenne

Puis la parole a été libre au micro où chacun a pu faire valoir son opinion, notamment les agriculteurs spoliés du projet de Notre-Dame-des-Landes. Trois femmes – dont deux opposantes à l’aéroport – se sont notamment exprimées. Jusqu’au moment où – à force de crier « Clergeau, le débat c’est dehors et pas dedans où il n’y a personne » – et puisque le vrai débat démocratique était à l’extérieur de la salle, le vice-président Christophe Clergeau et le maire de Saint-Nicolas-de-Redon Jean-Louis Fougères, sont sortis sur le parvis du théâtre pour annoncer que le forum était annulé – faute de participants intéressés. A la question posée par Emile Granville, le vice-président a confirmé le désaccord de la région « Pays de Loire » d’une consultation spécifique de la population de Loire-Atlantique sur la réunification ; par ailleurs il a affirmé avec mépris que les manifestants n’avaient « pas une attitude constructive » et qu’il avait une « toute autre idée de l’aménagement du territoire, aux antipodes de ce genre de manifestation », c’est-à-dire de l’expression citoyenne. Si bien qu’avoir un point de vue différent de la « région » Pays de Loire n’est pas, de son point de vue, constructif.

Une manifestation sans débordements

Un des tracteurs du collectif paysan contre l'aéroport COPAIN44

Un des tracteurs du collectif paysan contre l’aéroport COPAIN44

Ce soir, Saint-Nicolas de Redon ressemblait un peu à Notre-Dame des Landes : en effet, cinq fourgons de gardes-mobiles étaient garés dans la rue adjacente à la salle polyvalente, qui est restée parfaitement vide de participants. Les gendarmes locaux étaient aussi présents, dans une ambiance bon enfant. Il n’y a pas eu de heurts ni de débordement. Symboliquement, une bannière des Pays de Loire a été détruite au cours de la manifestation. Une réunion semblable est prévue lundi prochain (8 avril) de 19 h à 21h30 par la région des Pays de Loire au cœur du pays de Retz à Saint-Philbert de Grandlieu, salle des Marais, allée des Chevrets. Une autre est prévue dans le premier port de Bretagne, Saint-Nazaire, le 13 mai de 19 à 21h30 salle Jacques Brel, avenue de Saint-Hubert, et une dernière le mardi 21 mars 2013 à Nort à l’espace Cap Nort sur la route d’Héric. Gageons que ce seront autant d’occasions de faire triompher la démocratie sur la propagande de la région Pays de Loire.

Vidéo de la manifestation réalisée par Yves Priou

 

Le poisson d’avril des partisans de l’aéroport fait le buzz

1 Avr

Codé/Décodé. Les pro-aéroport, dont la communication virale était insuffisante ont enfin fini par réussir à faire parler d’eux… en annonçant la fin du projet ! Revue de ce poisson qui a bien fait rire dans les chaumières bretonnes, sans que l’on sache si c’est un epic fail ou une prédiction qui deviendra réalité dans quelques mois.

-Jusqu’alors la communication pro-aéroportuaire était quasiment inexistante. Les trois groupes facebook en faveur de l’aéroport réunissaient à peine 700 personnes, la fanpage 833, un chiffre qui stagne depuis un mois, contre plus de 27.000 personnes pour le plus gros des groupes contre l’aéroport. S’ajoutaient à cela des tags sur les panneaux anti-aéroport posés par les opposants – grand sens de la démocratie, vraiment –, deux associations passablement obscures dont une – l’ACIPRAN – qui a ses bureaux à la CCI de Nantes, aux Salorges – donc est très indépendante – et des milliers d’€ débloqués en com’ par les collectivités dans les journaux et en 4×3. En pure perte, la com’ ayant été immédiatement détournée par les opposants. Pour 0 € TTC et for the lulz only.

Codé. D’où le poisson ce matin, rapidement découvert par les opposants sur le site de la pétition pour l’aéroport. S’appuyant sur le fait qu’Ayrault ait reconnu les propos violents que lui a tenu Montebourg quelques jours plus tôt – le ministre du Redressement Productif lui reprochait entre autres d’avoir engagé le gouvernement dans un terrible guêpier politiquement indéfendable avec sa fixette sur le projet d’aéroport, le site publiait un tweet de BFMTV qui confirmait les propos du Premier Ministre. Puis juste après, un tweet daté du 1er avril de jean-Marc Ayrault annonçait qu’il abandonnait le projet. Stupeur. Donc buzz.

Décodé. Vérification faite, le Premier Ministre n’a rien tweeté depuis le 25 mars. Curieuse façon de booster sa com’ alors qu’il vient d’embaucher un ancien conseiller de Hollande pour cela. Par ailleurs, la presse s’est bien gardée de relayer l’annonce en ce jour farci de chausse-trappes. Donc il faudra attendre que les efforts conjugués de l’Europe, des paysans et des zadistes enterrent le projet, par exemple en mai. Cela dit, c’était crédible. Même les proches de Jacques Auxiette, l’inénarrable président de la moins inénarrable « région » des Pays de Loire et autre « fada » du projet d’aéroport, ne croient plus en l’aéroport, l’un d’eux affirmait il y a quelques jours à un confrère que « c’était foutu ». Si le plan com’ avait été parfait, il aurait fallu faire annoncer le poisson par Ouest-France. Depuis des mois que leurs journalistes relaient la communication officielle, quand bien même elle dit « blanc » alors que sur le terrain, c’est « noir », cela n’aurait fait aucune différence. Mais non. Le 1er avril, Ouest-France a annoncé qu’il devenait enfin un journal indépendant. Poisson d’avril.

poisson

Dans l’épuisette : Le comité des Comminges de soutien à la lutte contre le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes a parodié la Une de la Dépêche du Midi pour annoncer la réalisation d’un projet similaire à NDDL sur leur terroir. Goûter ce poisson d’avril.

Un transfert qui laisse Béat…se : le collectif de l’Anjou contre l’aéroport a lui annoncé très sérieusement que Jean-Marc Ayrault et les élus d’Angers (PS) projetaient de transférer l’aéroport de la ville, situé en pleine campagne à Marcé et complètement vide, auprès du tout nouveau centre commercial de l’ameublement Atoll à Beaucouzé, dans l’agglomération. L’annonce a été reprise dans le Courrier de l’Ouest, pas dupe. Voilà un poisson qu’il est bon.

 

Dernière heure : Finalement, ce sont des opposants au projet, de l’association Agir pour l’Environnement, qui ont revendiqué ce poisson d’avril et donc le détournement du site oui à l’aéroport, nous apprend le comité de soutien alsacien. Les hacktivistes d’Agir pour l’Environnement ont avoué leur forfait poissonnier ce matin sur leur compte twitter @APEnvironnement. Ils appellent à une mobilisation exemplaire le 11 mai lors de la chaîne humaine. « Les poissons d’avril d’hier doivent être les victoires de demain« .

Les promesses d’emploi de l’aéroport de Notre-Dame des Landes se crashent

1 Avr

La communication officielle autour du projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes le présente comme un moteur puissant de création d’emplois. Rien de tel, déplore le comité de BLAIN de soutien à la lutte contre l’aéroport, qui estime au contraire être en présence d’un leurre et pose les questions qui fâchent en demandant que « des réponses claires » soient apportées par les porteurs institutionnels du projet. Pour le comité blinois, « les prévisions [d’emploi] sont extrêmement optimistes et le bilan final ne sera pas aussi bon que ce que l’on veut nous faire croire ».

Dans un document de deux pages qui sera tiré en A3 à 1000 exemplaires, et qui vient de paraître, ils dénoncent les conséquences graves du projet pour l’emploi. Fonctionnement, compagnies, dossier Airbus, emplois du chantier, impact pour le Sud Loire, revue des questions que les porteurs du projet se gardent bien d’aborder. Ou seulement en des chiffres généraux dont nous avons déjà eu l’occasion de démontrer l’insuffisance.

Rappelons que la Chambre de Commerce et d’industrie de Nantes/St-Nazaire estime officiellement que le chantier devrait permettre de créer environ 3.000 emplois (750 équivalents temps plein sur 4 ans) et l’aéroport lui-même 3250 emplois directs et 9100 emplois induits. Le comité de BLAIN a demandé à la CCI le détail des études utilisées. En retour, il a obtenu cette réponse ahurissante qui en dit long sur le caractère creux et peu démocratique de la communication officielle pro-aéroport : « Nous avons effectivement travaillé sur les retombées économiques  de l’aéroport […] nous n’avons pas réalisé d’étude à publier » mais seulement « mis à jour une étude ancienne de 2003 », étude que le comité de BLAIN n’a – évidemment – pas pu consulter. Autrement dit, quelques chiffres tirés au pifomètre et jetés sur un coin de nappe servent de donnée économique officielle et indubitable, vendue comme telle aux populations, aux élus, aux associations. C’est ce que l’on appelle souvent une escroquerie.

Le projet Vinci

Le projet Vinci

D’abord, le nouvel aéroport – s’il est fait – fonctionnera avec moins de salariés que l’actuel, qui emploie 1.800 personnes. En effet, Vinci vise la réduction maximale des coûts, façon de justifier a posteriori le fait que le devis de construction – près de 600 millions d’euros – a été très sous-évalué, ce qu’avait pointé le Canard Enchaîné en 2011 encore. Ce serait donc un aéroport flambant neuf et flambant cheap qui serait construit pour la métropole Bretonne : pas de taxiways (les bandes de roulage qui permettent de remonter les pistes), pas de passerelles entre l’aérogare et les avions, et pas de navettes passagers. Donc pas de personnel entretenant ces infrastructures. Eric Delobel, responsable du projet chez Vinci assume dans les colonnes d’Ouest-France (4/2/2013) son choix d’économie maximum. Sous la pluie, cet aéroport devrait être tout à fait charmant pour les passagrs obligés de courir jusqu’à leurs avions – mais chut ! tout le monde sait qu’il fait beau quatre fois par jour à Nantes, puisque Ayrault l’a dit. Au passage, l’absence de taxiways obligera les avions à rouler sur les pistes pour s’aligner à l’envol ou après leur atterrissage, diminuant leurs disponibilités, notamment par mauvais temps ou en période de forte affluence. Par ailleurs l’absence de taxiways ou leur insuffisance augmente les croisements d’avions au sol et les risques d’accidents qu’ils induisent. La plus grande catastrophe aérienne de l’Histoire s’est produite au sol, à Tenerife. Mais visiblement l’économie d’emploi maximum a pris le pas sur l’efficience technique et la sécurité des usagers.

Ensuite, le collectif pointe les propos de Nicolas Notebaert, président de Vinci Airport, qui déclare dans le Presse Océan du 4 avril 2011 que le trafic sera surtout axé sur les charter, les low-cost et moyen-courrier. Ce qui constitue un aveu dérangeant : l’aéroport de Notre-Dame des Landes ne sera pas – ou seulement en marge – un aéroport intercontinental comme l’est déjà l’existant et comme la Bretagne en a besoin. Revenons à nos moutons aéroportés : le comité relaie avec raison les pratiques peu orthodoxes en terme d’emploi des compagnies à bas coûts, qui compriment toutes les charges et notamment ceux du personnel. Le risque ? Que l’aéroport devienne un gouffre financier, les collectivités locales risquant de se retrouver chargées de « subventionner les compagnies low-cost privées avec de l’argent public, et de porter à bout de bras les emplois ainsi créés », remarque le comité de Blain. Un modèle économique peu viable et peu fiable, qui montre déjà ses limites : aujourd’hui les chambres de commerce soutiennent l’activité de Ryanair en versant de 9 à 32 € par passager embarqué, sans réussir à rendre viables les aéroports concernés.

Subventions consenties par les aéroports français à Ryanair

Subventions consenties par les aéroports français à Ryanair

Affichette en russe et en polonais sur un chantier Colas Rail (Bouygues) en Seine-Maritime

Affichette en russe et en polonais sur un chantier Colas Rail (Bouygues) en Seine-Maritime

Le comité de BLAIN estime aussi que nombre d’emplois du chantier ne seront pas locaux. En effet, il y a les employés des filiales de Vinci – et des entreprises avec lesquelles la SOGEA et Eurovia, ses deux principales filiales de travaux publics dans l’Ouest de la France – ont coutume de travailler sur tous leurs chantiers, et qui tournent dans l’Ouest et en France. Par ailleurs, près d’un travailleur sur trois est originaire des pays de l’Est, Pologne, Roumanie et pays Baltes principalement. Près de 300.000 travailleurs étrangers sont ainsi employés en France et aucune région n’est épargnée. C’est légal, grâce à la libre circulation des hommes et des marchandises en Europe, et les travers du système font que personne n’a intérêt à remettre en cause cet emploi massif de main d’œuvre étrangère : ni l’employeur, qui paie 20% de charges sociales au lieu de 55% pour l’emploi d’un français, ni le travailleur, qui perçoit un salaire nettement meilleur que celui qu’il peut espérer dans son pays d’origine, voire que le SMIC français s’il ne compte pas ses heures. Dans le contexte où il faut construire rapidement un aéroport le moins cher possible, c’est donc une économie à tous les étages à laquelle Vinci ne cessera de recourir. Sur bien des chantiers – tant de Vinci que des autres groupes de BTP qui ne sont ni plus, ni moins vertueux sur ce plan – la part des travailleurs étrangers est encore plus grande. Ainsi, Bouygues construit la prison d’Orléans-Saran, où seuls les livreurs de bitume et de graviers – une entreprise locale prestataire extérieur du chantier – sont français. Une part écrasante des travailleurs est d’origine étrangère. On retrouve une répartition à peu près semblable sur les chantiers de Vinci (Sogea TP) à Nantes : bref, le chantier ne générera pas beaucoup d’emplois locaux, d’autant plus qu’il est illégal – à cause de la libre circulation des hommes et des marchandises en Europe, encore – d’obliger l’employeur à n’embaucher que des français.

Airbus Nantes

Airbus St Nazaire

Un autre dossier inquiétant : Airbus. L’exploitant actuel de l’aéroport de Nantes-Atlantique, qui n’est autre que Vinci, a décidé en 2013 que la piste de Bouguenais fermerait dès le nouvel aéroport construit fin 2017. Or, Airbus Nantes a un besoin vital de cette piste, mais son entretien pèserait de façon écrasante sur l’entreprise. Les collectivités locales sont prêtes à contribuer, mais ces fonds publics pourraient constituer
une subvention déguisée, attirant sur Airbus les foudres de Bruxelles et de son concurrent Boeing. Les syndicats craignent qu’Airbus ne quitte Nantes une fois sa piste fermée en 2017, ce qui fait 2.000 emplois qui partiraient… où ? à Saint-Nazaire ? Ou à Toulouse ? Enfin, le comité de BLAIN relaie les inquiétudes des communes du sud-Loire, en Loire-Atlantique, et des employeurs situés encore plus loin, en Vendée et Anjou, et qui jusque là trouvaient l’aéroport de Nantes fort suffisant. Ils déplorent maintenant d’être coupés de la nouvelle infrastructure, faute de moyen – troisième franchissement de la Loire par exemple – pour y accéder. Des inquiétudes partagées par Loïc Maurice (CNIP), qui s’est porté candidat pour la mairie de Nantes en 2014  « Il y a quelque chose qui me gêne beaucoup dans ce projet. C’est qu’on se batte avec autant de fermeté sur l’aéroport sans prévoir de moyens pour y accéder. C’est Gribouille. » Loïc Maurice, qui refuse ce nouvel aéroport tant qu’un nouveau franchissement sur la Loire n’est pas prévu, prévient de l’augmentation du trafic routier qu’il va causer «  Les entreprises de Vendée et du sud-Loire prévoient – s’il est fait et dans la configuration actuelle – de faire passer le fret de nuit, massivement. Des norias de camions sur les routes ». Vive le bilan carbone du nouvel aéroport !

Moins d'emploi, moins d'environnement, plus de déficits, l'aéroport, un vrai gouffre pour nous tous?

Moins d’emploi, moins d’environnement, plus de déficits, l’aéroport, un vrai gouffre pour nous tous?

Résumons-nous. Les porteurs du projet estiment – à partir de données de 2003 non vérifiées et non prouvées par une étude indépendante – que l’aéroport devrait créer 3250 emplois directs et 9100 emplois induits. Or, sa construction détruit 100 emplois agricoles et 500 emplois induits qui existent déjà. Par ailleurs, les 1.800 salariés de l’actuel aéroport de Nantes ne seront pas tous transférés à Notre-Dame des Landes : le nombre d’employés du futur aéroport reste inconnu à ce jour, mais il sera moindre. Les 2.000 emplois d’Airbus sont menacés. Et des emplois pourraient être détruits dans les entreprises du Sud-Loire, de la Vendée et de l’Anjou coupées de l’aéroport. Bref, il y a un gros problème.En deux pages, le comité de BLAIN de soutien à la lutte contre l’aéroport démonte radicalement les arguments des porteurs du projet. Le travail des blinois – concis et efficace – complète le tableau en creux que l’on peut dresser du projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes, derrière l’écran de la communication officielle rutilante sur papier glacé et panneau publicitaire. L’aéroport de Notre-Dame des Landes nuit gravement à l’environnement et est illégal en droit européen depuis cinq ans. C’est aussi une entourloupe économique propulsée par des moyens foncièrement illégaux et anti-démocratiques. Tout cela risque de coûter très cher à la France : si son gouvernement, engagé dans le guêpier Breton jusqu’au cou, persiste à commencer les travaux, il va au devant d’une possible condamnation pécuniaire et politique par les autorités européennes. En période de disette budgétaire très grave, ce n’est sans doute pas la meilleure idée pour redresser la situation économique du pays.Voilà qui devrait décider ceux qui soutiennent encore le projet, ou se gardent de le condamner, en s’accrochant aux perspectives économiques et à la « manne » attendue en termes d’emploi. De perspectives économiques il n’y en a point. De manne, non plus. S’il est construit, ce qui chaque jour paraît plus improbable, l’impact de l’aéroport sur les collectivités et les emplois locaux répondra aux standards de la privatisation en Russie : privatisons les profits, nationalisons les pertes. Vinci empochera les bénéfices tandis que les collectivités se tueront à financer les low-cost et les déficits induits. Bref, l’aéroport, un vrai gouffre pour nous tous ?

Télécharger le document EMPLOI du comité de BLAIN

NDDL : le tribunal confirme l’expulsion de la ferme de Bellevue

28 Mar

Sans surprise, le tribunal civil de Saint-Nazaire a confirmé l’expulsion immédiate de la ferme de Bellevue, occupée par les paysans et des opposants depuis le 27 janvier 2013. Cette robuste ferme en bon état général  dont dépendent 124.5 hectares de terre est peu à peu remise en service avec l’appui des paysans de tout le département.

Ferme de Bellevue le 28 janvier

Ferme de Bellevue le 28 janvier

AGO-Vinci a été en revanche débouté de ses prétentions pécuniaires. La filiale de Vinci demandait 1000€ d’astreinte journalière et 20.000 € de dommages-intérêts. Le tribunal a préféré ordonner l’expulsion immédiate et le paiement d’une astreinte de 450€ par jour au bout de huit jours. Cependant, alors que l’Europe vient de se pencher sur le dossier, et que du fait de l’absence d’autorisations liées à la loi sur l’eau, toute opération policière de grande ampleur sur la ZAD est frappée d’illégalité, l’expulsion de la ferme de Bellevue sera plus difficile qu’elle ne l’a jamais été.  Au moment où le tribunal rendait sa décision, plusieurs centaines de personnes se rassemblaient à Bellevue : la détermination des opposants est intacte.BreizhJournal a joint Jean-François Guitton, agriculteur membre de la Confédération paysanne et du collectif COPAIN44 qui fédère l’opposition agricole à l’aéroport. Il nous explique que la résistance va s’intensifier « aujourd’hui, on a ramené du matériel agricole pour mieux protéger la ferme. Pour nous, il est fondamental d’éviter l’irréparable, c’est-à-dire la destruction de la ferme, alors que le rapport de la Commission d’enquête n’est pas encore rendu et que la Commission des Pétitions se réunit à nouveau mi-avril. » En cas de coup de force, le réseau de vigilance et de solidarité devrait marcher à plein « il y a une veille permanente à la ferme et des tracteurs vigilants pour barrer les accès et retarder les forces de police. On amènera du monde rapidement. Mais notre mobilisation est pacifique donc on n’ira pas à l’affrontement ». La mobilisation s’appuie aussi sur près de 200 comités de soutien qui sont appelés à se rendre sur les permanences PS de leurs secteurs en cas de coup de force à sur la ZAD « pour interpeller leurs élus sur leur double langage, qui d’un côté veut protéger les ressources naturelles et la terre, et de l’autre tolère qu’on s’en dispense à Notre-Dame des Landes. »

Aujourd’hui, la ferme compte 22 vaches, 6 moutons, une douzaine de poules et une truie. Une partie des terres est occupée par des vaches depuis le 10 mars; le reste est encore trop humide pour y faire rentrer les tracteurs. Le four fonctionne, le conduit de cheminée a été refait selon des méthodes traditionnelles, le linteau de granit posé à nouveau. Le nettoyage de la maison et la réfection de la grange – aujourd’hui salle de réunion – est fini. Des travaux de clôture ont toujours lieu à l’extérieur. Une partie de l’opération Sème ta ZAD prévue le 13 avril pourrait se faire sur une des parcelles de Bellevue. Bref, Notre-Dame des Landes remue toujours.

Flash : le rendu du rapport de la Commission de dialogue devrait avoir lieu mardi 2 avril

NDDL : l’expulsion de Bellevue et de la Châtaigne sera plus difficile que jamais

26 Mar

Le hameau de cabanes de la Châtaigne, construit depuis le 17 novembre 2012 au sud-ouest du bois de Rohanne est immédiatement expulsable. Ainsi en a décidé aujourd’hui la justice, qui astreint les occupants qui se sont déclarés habitants permanents à payer 450 € par jour d’occupation au bout de 8 jours. Le jugement pour la ferme de Bellevue tombe le 28. L’on s’attend là aussi à une décision favorable à l’expulsion de ses occupants. Cependant, alors que la ZAD s’attend et se prépare activement à un nouveau coup de force printanier, plusieurs facteurs externes plaident pour que le gouvernement arrête les frais.

Cabanes de la Chat Teigne - fin janvier 2012

Cabanes de la Chat Teigne – fin janvier 2012

La ferme de Bellevue  abrite aujourd’hui une vingtaine de vaches – dont 14 ont été ramenées le 10 mars – une truie, une dizaine de poules et plusieurs paysans et occupants volontaires. Le collectif COPAIN44 qui fédére l’opposition paysanne à l’aéroport a appelé hier à  « accentuer la mobilisation sur le site de Bellevue dès le 28 mars, et [à] renforcer le dispositif de protection autour de la ferme. Il est donc fait un appel urgent à tous les paysans, actifs ou retraités, de Loire- Atlantique et de tous les départements alentour, pour acheminer sur le site tracteurs et matériels agricoles opérationnels ou réformés. » Près de 124.5 hectares de terres dépendent de la ferme, dont la viabilité économique est réelle.Le village de cabanes de Bellevue était quant à lui pris dans un imbroglio juridique qui a démontré – s’il fallait encore le prouver ! – combien l’indépendance de la justice devenait une chimère lorsqu’elle traitait d’un projet d’Etat comme l’est l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Cependant, si Paris estime que les opposants sont trop Bretons pour avoir droit au droit français, l’Europe s’en est mêlée et surveille maintenant directement le dossier  ce qui devrait avoir des conséquences importantes pour les occupants de la ZAD et opposants au projet. Notons au passage qu’il ne devrait pas y avoir d’expulsion tant que le rapport de la commission de dialogue ne sera pas rendu ; cette remise est prévue entre la fin du mois et début avril.

L’Hôtel Ibis de Treillières a reçu depuis quelques jours environ 80 gendarmes mobiles et des autorisations de travaux – essentiellement liées au barreau routier donc situées au sud-ouest et au sud-est de la ZAD – ont été déposées pour la fin mars. Disposant d’un soutien local et national très fort, les opposants sont très motivés pour s’opposer, par la force au besoin, aux travaux du barreau routier et à leur expulsion. Cependant, hors de Notre-Dame des Landes plusieurs facteurs plaident pour un évitement du coup de force au printemps sur la ZAD. Revue de détail des causes qui pourraient éviter à Notre-Dame des Landes une nouvelle invasion policière.

L’Europe sauvera Notre-Dame des Landes

D’abord, l’arrivée en force et très officielle des instances européennes, qui ont demandé à la France des compléments d’informations impératifs pour mi-avril. Si la France passe en force, Sandrine Bélier, eurodéputée EELV qui mène la fronde auprès des instances européennes avertit   « nous ferons tout pour que le Parlement mette en demeure la France d’arrêter les travaux, au besoin en passant par une prise de position politique européenne ». Une telle issue est très probable : les instances européennes, souvent critiquées pour la lenteur de leur action, un pas après les problèmes auxquels elle est censée répondre, ne manqueront pas l’occasion d’agir en amont d’un projet ni la possibilité en or de rappeler la France à l’obligation de respecter le droit européen dont plusieurs textes fondamentaux sont violés   par le projet d’aéroport.

Un régime socialiste très inquiet par la déroute attendue en 2014

La ferme de Bellevue, . Notre-Dame des Landes, Bretagne.

La ferme de Bellevue. Notre-Dame des Landes, Bretagne.

Ensuite, le gouvernement, déjà très fragilisé sur le plan intérieur – par les affaires et son autisme face à la contestation sans cesse croissante du projet de loi sur le mariage gay  peut difficilement se permettre d’ouvrir un nouveau front, fut-il loin de Paris, au risque de se mettre à dos une frange croissante de la population scandalisée – à juste titre – par les excès de violences policières et les illégalités diverses et variées. Politiquement, le gouvernement a plutôt intérêt, pour sauver la mise aux municipales de laisser couler le dossier, le temps que les recours des propriétaires légaux soient épuisés, ce qui ne sera pas fait avant fin 2015.Nombre d’élus socialistes locaux – la « base » du PS – somment le régime de Paris d’arrêter les frais avec le projet qui exaspère les populations Bretonnes, angevines, mancelles et poitevines déjà très énervées par la montée en puissance de la crise, des impôts, le caractère pour le moins indécis de la politique gouvernementale et son autisme face aux revendications sociales et économiques. Le PS – qui s’est constitué un domaine réservé dans les cinq départements Bretons et détient plusieurs grandes villes de l’Anjou, du Maine, de la Normandie et du Poitou – pourrait souffrir durablement de la crise : Angers, la Roche sur Yon, Laval, Saint-Brieuc, Caen et Rennes sont dans la ligne de mire de la droite et du centre (UMP, UDI) et pourraient basculer. De quoi alimenter la peur panique des élus et de tous ceux qui vivent des grasses prébendes des collectivités socialistes.

Pour l’heure, toute opération policière est illégale

Ce triton marbré ne pèse que 8 grammes, mais il pourrait faire reculer des millions de tonnes de béton et de policiers

Ce triton marbré ne pèse que 8 grammes, mais il pourrait faire reculer des millions de tonnes de béton et de policiers

A la suite du président de la Commission de dialogue qui a laissé paraître ses doutes au sujet de la pertinence du projet d’aéroport dans la presse parisienne, d’autres instances nationales, parmi lesquelles le WWF demandent des études complémentaires. Enfin, les autorisations auprès de la Commission Nationale des Paysages et des Sites pour les dérogations à la loi sur l’eau et le déplacement des espèces naturelles protégées ne sont pas obtenues. Ce qui veut dire – alors que commence la période de reproduction des batraciens – que tous travaux lourds qui occasionneraient des atteintes aux milieux naturels, aux sols et aux espèces naturels sont pour l’heure illégaux et pourront faire l’objet de procédures judiciaire et d’interdiction par les maires des communes concernées au titre de leur pouvoir de police.Tout comme les fouilles qui abîment les champs, une intervention policière, nécessitant force véhicules, usage de gaz lacrymogène et poivre, de grenades de désencerclement, d’engins de travaux pour démolir les cabanes et les barricades et causant un piétinement accru de surfaces somme tout réduites et en zone humide ne manquerait pas de dégrader les milieux naturels et de causer la mort d’espèces protégées. De quoi provoquer les foudres de l’Europe et de nouveaux recours judiciaires, sur des fondements juridiques qui ne peuvent être sujets au doute ou à l’interprétation en fonction du pouvoir politique. Si le droit a été largement foulé aux pieds par le pouvoir, la perspective – en ces temps de disette budgétaire – d’une condamnation pécuniaire européenne infamante et importante pourrait refroidir les ardeurs d’un Premier Ministre qui se sait sur un siège éjectable.

Les opposants à l’aéroport occupent le chantier Saint-Hélier

14 Nov

L’emblématique chantier de la brasserie Kronenbourg, devant l’église Saint-Hélier à Rennes, a été occupé ce matin à 6 h 45 par une trentaine d’opposants à l’aéroport, qui ont déployé une banderole « non à l’Ayraultport » sur une grue et invité les ouvriers à rentrer chez eux.

Brasserie Kronenbourg – Rennes St Hélier

Le chantier de la « ZAC Saint-Hélier », sur les 2.5 ha du site de l’ancienne brasserie, est porté par la Sogéa, filiale de Vinci et doit permettre de construire 220 logements en y intégrant des bâtiments sauvegardés de l’ancienne brasserie, dont le silo à malt et le bâtiment de production. Joint par Breizhjournal, un des occupants nous explique que le site a été choisi «  à la fois pour son caractère emblématique et parce que le chantier est mené par une filiale de Vinci ». Opération médiatiquement réussie, puisque les principaux médias locaux – dont Ouest-France n’est pas le moindre – ont fait état de l’opération. Ce matin, elle fait donc diversion au bal des pleureuses médiatiques autour de l’énigmatique – et très louche – affaire du vigile molesté.

Ailleurs en France, des rassemblements ont déjà eu lieu devant des parkings ou des installations de Vinci (par exemple à Rouen). Dans les premiers jours des expulsions à Notre-Dame des Landes, du purin a été répandu dans les bureaux bruxellois du groupe de BTP, qui a été choisi par les pouvoirs publics pour construire l’aéroport. Il n’y a donc pas que les permanences du PS qui sont visées.

Vers 10 h 30, une trentaine de gendarmes mobiles en tenue anti-émeutes sont rentrés sur le site pour en déloger les occupants. Ceux-ci se sont éclipsés avant l’arrivée des gendarmes mobiles, aucune interpellation n’a donc eu lieu. Le même jour, un rassemblent en soutien aux expulsés de Notre-Dame des Landes avait lieu à 9h devant la gare SNCF de Rennes.

Le tumulte de Notre-Dame des Landes déferle sur le monde

8 Nov

La nouvelle stratégie mise en place par le pouvoir à Notre-Dame des Landes  visait à faire oublier définitivement par les journalistes les événements de la ZAD pour  baisser la pression sur Ayrault et les parrains du projet. C’est raté. Si l’action ronronne à Notre-Dame des Landes, le bruit s’en répand dans le monde.

NDDL : heurts mercredi, calme jeudi

Pour Notre-Dame des Landes, les forces de l’ordre restent fidèles à leur stratégie : fixer la résistance sur son pré carré autour du Far Ouest et démolir ailleurs. Pour fixer les opposants, rien de tel qu’un coup d’aiguillon de temps à autre. C’est ainsi qu’à 7 h 30 mercredi, les gendarmes assaillent les barricades autour du Sabot et à 8 h 20 sont dans le chemin. Vers 10 h ils s’approchent d’une barricade dont le démontage commence peu après. A 11 h 20, ils somment d’autres barricades de se rendrent, les chargent à 12 h 30, se replient à 13 h, chargent à nouveau à 13 h 40, voient de nouvelles barricades pousser devant eux, et se replient tout à fait après avoir gardé le contrôle de la RD281 pendant deux petites heures, le temps à la DDE de charger le contenu de cinq barricades dans leurs véhicules et de repartir.

Bilan de la demi-journée de manœuvres de caserne : deux interpellés à 9 h 30 dont un mis en garde à vue, l’autre relâché, quatre autres personnes arrêtées à midi et retenues un peu de temps, deux personnes emmenées par les gendarmes de la brigade de Sautron. Ce qui a surtout permis à Metro de relayer les informations de la Préfecture, selon lesquelles six gendarmes (des 140 qui intervenaient) auraient été blessés légèrement. Du côté des opposants, malgré l’usage de flashballs et de grenades assourdissantes en tir tendu par les forces de l’ordre, il n’y a pas de blessés.

Un billet enflammé écrit par l’un des militants sur l’assaut d’hier  fait état de « la présence continue de plusieurs journalistes » et d’un militant « atteint à la rotule par un tir tendu de flash-ball ». L’on note tout de même, au milieu des invectives adressées aux policiers, une confirmation des informations de l’Etat selon lesquelles les militantes étaient cette fois munis de bouteilles incendiaires, lancées contre les agents de la DDE « des véhicules de chantiers évitent de peu des bouteilles lancées sur la route ». Une vitre d’un véhicule du Conseil Général de Loire-Atlantique en queue de convoi a aussi été brisée. Cependant, ces faits délictueux sont à mettre en rapport d’une présence policière somme toute très importante, mais vaine. Les cinq barricades démontées ont été reconstruites dans l’après-midi et la nuit. D’ailleurs, aujourd’hui, la préfecture n’a fait que garder un œil sur le Far Ouest sans s’y aventurer.

L’action se passe dans les actions de soutien

Bref, aux yeux des médias nationaux, dont nous avons souligné l’étrange appréciation de ce qui était digne de passer pour actualité, les évenements récents de Notre-Dame des Landes avaient toutes les chances de passer aux oubliettes au profit de l’élection américaine, traitée par certains grands journaux comme si c’était la France, et non Porto Rico, qui était en passe de devenir un nouvel Etat américain.

C’était sans compter sans les soutiens extérieurs. Nombre d’entre eux s’attaquent aux patronages politico-économiques du projet d’aéroport. C’est ainsi que dans la nuit du 16 au 17 octobre, du purin a été versé dans les bureaux  de Vinci à Bruxelles. Par ailleurs, une vingtaine de permanences socialistes ont été vandalisées, et David Assouline, porte-parole du PS, a eu l’idée de dénoncer ce « vandalisme politique » à la presse et de « réclamer une réaction énergique ». Information dont les principaux médias se sont tout de suite emparés, brisant les espoirs des forces de l’ordre et de leurs donneurs d’ordre politiques de voir – enfin  – une journée de silence radio sur les évenements de NDDL. Caramba, encore raté !

Dans la nuit du 16 au 17 octobre, la fédération du Maine-et-Loire a été la première touchée, avec un grand tag « Vinci-PS même combat, solidarité ZAD ». Ont suivi les permanences de Rennes le 19 octobre et dans la nuit du 26 au 27, Dijon (Côte-d’Or) dans la nuit du 19 au 20, Limoges (Haute-Vienne) dans la nuit du 21 au 22, Besançon (25) dans la nuit du 30 au 31, Tulle (Corrèze) dans la nuit du 2 au 3 novembre, Bordeaux (Gironde) et La Rochelle (Charente-Maritime) dans la nuit du 5 au 6. Sur le mur de cette dernière, les opposants ont écrits « La ZAD est partout. Tremblez ! ». Dans la nuit du 24 au 25, les locaux de la section d’Arles ont aussi été touchés, puis Brest et Douarnenez le 29 octobre et le 5 novembre respectivement. A Paris, les permanences de plusieurs députés ont étés frappées (Fanélie Carrey-Conte dans le XXe le 21 octobre, Patrick Bloche dans le XIe le 7 novembre à 10 h 30) ainsi que les sections du IIIe (7/11), du V et VI (nuit du 2 au 3/11) et la section départementale deux fois de suite (31/10 et 7/11). Pour la « réaction énergique », il faudra peut-être affecter en garde statique deux policiers pour chaque permanence et section du PS.

D’autre part, les manifestations – pacifiques – et les messages de solidarité affluent de partout. La ZAD fait état le 8 novembre de soutiens de « Marseille, Lyon, Paris, Carcassonne, Limoges, Arles, Blois, Dijon, Poitiers, Brest, Angers, Toulouse, Barcelone, Cologne, Lille, Bruxelles ». Le 7 novembre, des manifestants ont rebaptisé la place devant le centre commercial avenue de la République à Saint-Nazaire place Notre-Dame des Landes. Une autre semblable a eu lieu il y a deux jours à Niort , où la Grande Rue Notre-Dame a été rebaptisée Impasse Notre-Dame des Landes.

La liste des rassemblements partout en France ne cesse de s’allonger. Outre celui qui a lieu tous les deux jours devant la Préfecture de Nantes à 19h, des manifestations sont prévues à Saint-Pourçain sur Sioule (20 h) et Saint-Malo le 8 novembre, une projection du film Vainquons Vin$$i  à Londres (19 h 30, LARC) le 9 novembre, une réunion d’information à Cologne (19 h, Autonomous Zentrum) et une autre à Liége.

Le lendemain, samedi 10 novembre, trois soirées de projection-information sont prévues loin, très loin de Notre-Dame des Landes, deux dans l’Aveyron à Marcillac (16h, le Guingois) et à Saint-Affrique (café « le lieu dit »), une à la Rochelle (20h, 4, rue des Trois Fuseaux). Une manifestation avec tracteurs est prévue à Rennes (10 h 30, à la gare), une autre à Paris (métro Belleville, 14h), une journée d’information à Nîmes (9 h 30-17 h 30 place de l’Horloge), des rassemblements à Caen (14 h 30 place Bouchard), à Saint-Brieuc (14 h place de la Résistance), à Guingamp (14 h place du Vally), à Châteauroux (10 h place de la République). Une nuée de petites actions qui ne manqueront pas de susciter un nuage de petites dépêches aux quatre coins de la presse régionale et de nombreuses vidéos… qui a dit que l’on ne parlera plus de Notre-Dame des Landes ?

Notre-Dame des Landes, un fait culturel ?

Signe qu’une nouvelle étape vient d’être franchie dans la montée en puissance de la lutte, maintenant, les évenements de Notre-Dame des Landes inspirent des créations. Des artistes apportent leur pierre à la résistance mythique des David de la ZAD contre le Goliath du pouvoir, des chouans Bretons contre l’Ayraultbespierre, bref, Notre-Dame des Landes inspire et ces inspirations renforcent Notre-Dame des Landes. Une culture émerge, le militant peut maintenant s’en faire une playlist, et par la grâce de la mondialisation, communier avec les zadistes du fin fond de la Patagonie ou s’embarquer depuis le Cap pour l’aventure Bretonne.

Il y en a pour tous les goûts. Breton engagé, pour le quintet Hamon-Martin. Bobo et urbain avec la Parisienne Libérée. Des œuvres qui s’empoussiéraient dans la Toile et redécouvertes par les événements. Libertaire avec Bred’irie  et Notre Dub des Landes pour Dubamix. Sans oublier les vieux chants Bretons remis au gout du jour, par exemple « C’est la faute au pétrole, dansons la Carmagnole »  mais aussi le chant de Gilles servat sur les méfaits du remembrement, Madame la Colline  ou encore l’inoubliable Soleil Noir. Pour que le bocage de Notre-Dame des Landes n’offre jamais au soleil un visage zébré du noir bitume de deux pistes.