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Patrimoine de Notre-Dame des Landes : la croix des Quatre paroisses

8 Avr

P1010720Au beau milieu des étendues naturelles de l’est de la ZAD, non loin du ruisseau de l’Epine, se trouve sous une voûte d’arbres un élément remarquable du patrimoine de Notre-Dame des Landes : la croix des quatre paroisses. Edifiée en granit en 1801, donc avant la création de la paroisse de NDDL, elle se trouve à la limite de trois (maintenant) anciens cantons, ceux de Blain, la Chapelle sur Erdre et St Etienne de Montluc, de quatre paroisses et de deux arrondissements, Nantes et Savenay.

La croix, en granit, est fixée sur un socle porté par un gros pilier central et quatre piliers d’angles. Sur les quatre faces du pilier central, on peut lire « Paroisse et limite de Fay 1801», « Limite de Grandchamp », « Limite de Vigneux », « Limite de Treillières 1861», chacune selon son orientation. La table est en granit et reprend les inscriptions, remplaçant seulement Fay par Notre-Dame des Landes. Les limites des trois paroisses de Vigneux, Grandchamp et Treillières – et des communes – rayonnent vers le sud à partir de la croix, partageant la lande jadis inculte. Au XIXe, la croix était le point de rencontre des processions des quatre paroisses lors des Rogations. Chacune venait par ses chemins de terre, et à la croix, une prière commune les réunissait. C’est là aussi que les pélerins mangeaient sur le pouce – cidre et morceau de pain – avant de repartir.

En mauvais état, la croix a été restaurée en 2000 par l’association du petit patrimoine de Vigneux. Non loin se trouve une fontaine qui ne se tarit jamais et d’où sourd le ruisseau de l’Epine. Les fermes les plus proches de la Noë Verte et de la Noë Bernard ont été rachetées et détruites par le département. La croix elle-même se trouve à l’emplacement d’une piste du projet d’aéroport. Plusieurs habitations d’opposants à l’aéroport se trouvent non loin et maintiennent un peu de vie dans la lande.

 

Article précédent : Notre-Dame des Landes pendant a Deuxième guerre mondiale

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« Gouvernement breton » sur Facebook : les Torr-penn sont de retour !

16 Déc
En français, "torr-penn" se dit shadok

En français, « torr-penn » se dit shadok

Plusieurs de nos lecteurs nous signalent l’existence d’un profil Facebook nommé « gouvernement breton ». Il serait l’émanation d’un collectif spontané de militants bretons qui se seraient associés dans le but de donner une représentation légale à la Bretagne tout en animant l’esprit de la lutte, et ce jusqu’à l’indépendance.

Ce gouvernement prétend être le lointain successeur d’un autre : « en 1988 », écrit le fondateur de cette initiative, un artisan finistérien proche de la soixantaine, « le ministre des affaires étrangères de notre gouvernement a été tué et moi j’ai été brûlé vif ». Bien que l’époque des entourloupes, du Rainbow Warrior et des affaires Urba-Gracco y soit particulièrement propice, ces allégations ne correspondent à aucune réalité.

Comme d’autres initiatives de torr-penn (tordus), ce « gouvernement breton » n’est au mieux qu’un énième fake commis par des fous qui ne représentent qu’eux-mêmes, et au pire un moyen pour les services secrets de repérer les militants bretons sincères prêts à aller au carton pour la lutte.

Commémoration dimanche des noyades révolutionnaires à Nantes

14 Nov

0464Nous avons reçu et passons un communiqué du Souvenir Chouan de Bretagne (SCB) qui organise dimanche 17 novembre à Nantes la commémoration annuelle et solennelle des crimes perpétrés par le représentant en mission révolutionnaire Jean-Baptiste Carrier contre les nantais en général et les catholiques en particulier. En 1793 et 1794, fusillades, exécutions hâtives, puis noyades lorsque les balles finissent par manquer au pouvoir criminel se succèdent à Nantes. Les carrières de Miséry et la Loire deviennent le Golgotha de la capitale bretonne. Il est nécessaire aujourd’hui – alors que certains bateleurs politiques appellent à une République à outrance – de garder la mémoire des crimes originels de celle-ci et d’empêcher qu’ils se reproduisent.

« Il est bien de dénoncer les crimes commis contre les Chrétiens de Syrie, d’Egypte, du Viêt-Nam, de Chine, etc… Mais quel système politique a donné l’exemple ?

Baptisé le lendemain de sa naissance dans sa ville de Yolet (proche d’Aurillac) Jean-Baptiste Carrier va inaugurer dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 novembre 1793 un mode d’extermination moderne: Les Noyades. Il n’en est pas l’inventeur car des expériences ont déjà eu lieu aux Ponts de Cé dans le Maine et Loire. Les premières victimes, dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 novembre 1793, sont des prêtres dont l’âge va de 29 à 81 ans.

D’autres Noyades vont suivre et  se poursuivre après le départ de Carrier en février 1794. Elles toucheront des personnes différentes, hommes, femmes, enfants et s’accélèreront après la débâcle de Savenay (23 décembre 1793).

Jamais un procédé aussi ignoble n’avait été inventé pour se « débarrasser » en masse d’opposants ET MAJORITAIREMENT NON COMBATTANTS. On parle des Noyades comme d’un crime réel mais de façon intemporelle. A-t-on imaginé l’angoisse et la souffrance de ceux qui en ont été les victimes ? L’obscurité, l’eau qui monte dans les embarcations, la révolte, l’angoisse, l’eau qui envahit les bouches, les corps, les poumons ? La mort enfin avec toute ses souffrances ? Et l’ultime question : Mais qu’est-ce que j’ai fait pour être ainsi traité ? »

 

Programme le 17 novembre :

–   9 H 30 messe traditionnelle [rite tridentin] en l’église Saint Clément de Nantes,

– 11 H 30, messe ordinaire en l’église Sainte Croix.

– 12 H 30 Eglise Sainte Croix, exposé devant la chaire de laquelle Carrier annonça la première noyade.

– Vers 13H 15 Lancer de gerbe en Loire depuis le pont Anne de Bretagne.

– Déjeuner au restaurant « La Taverne du Château » (entre le château et la gare): 24 € ; 20 ans et moins: 15€

– 15 H 30 Conférence (à la salle Ste Cécile du presbytère St Clément) par le Professeur Thierry Piel de l’Université de Nantes.

Pour la seule conférence, participation de 2€, frais du conférencier et indemnisation de la paroisse pour la salle chauffée.

Cidre de l’amitié offert par le SCB en fin de conférence.

Ensuite, pour ceux qui en auront le temps, visite du site de l’ancien Entrepôt des Cafés, le mont des Martyres nantais.

Pour réserver et participer : répondre au formulaire de contact sur le blog du SCB

Michel Hunault et Marie-Anne Montchamp candidats aux municipales de Nantes

7 Nov

MH-MAM-NS2014Exclusif. Nouveau rebondissement pour les municipales nantaises. Après l’affaire du sondage bidonné de l’UMP44 qui a obscurci l’investiture de Laurence Garnier, une grande part de la droite et du centre locaux ne pouvait faire campagne dans ces conditions. De ce fait, une liste d’union a été mise en place entre l’UDI et une part de l’UMP. Sur cette liste, Michel Hunault et Marie-Anne Montchamp formeront un ticket pour la capitale bretonne.

D’autres élus et chefs de file locaux seront dans les premières places de cette liste dont la composition sera officialisée en décembre ; elle est soutenue par l’UDI nationale ainsi que celle de Loire-Atlantique. Son chef de file Joël Guerriau, maire de Saint-Sébastien sur Loire, qui avait passablement perturbé au printemps dernier la pré-campagne à droite a monnayé son soutien contre la présidence de Nantes Métropole.

Voici la carte des portiques écotaxe en Bretagne

4 Nov

La Bretagne historique compte vingt portiques de l’écotaxe, dont seuls quatorze sont encore intacts. Parmi eux, un a été démonté par les services de l’Etat après que des affrontements très durs ont eu lieu devant lui : c’est celui de Pont de Buis. Quatre ont été complètement détruits, à Guiclan, Melgven, Saint-Allouestre et Lanrodec. Un a vu ses capteurs mis hors-service à Montauban.

Nous en publions la carte, plus complète que celle qui est parue ailleurs puisqu’elle englobe la Bretagne historique, y compris la Loire-Atlantique, grande oubliée de l’histoire puisqu’elle ne bénéficie pas de la décote de 50% que le gouvernement réservait à la région administrative ; les camions traversant le pays Nantais paieront donc la taxe plein pot (d’échappement) si elle est mise en place. L’une des pistes du gouvernement pour ne surtout pas abandonner l’écotaxe et ne pas payer 800 millions d’euros de dédit – une somme négociée dans des conditions quelque peu opaques en 2010, sous Sarkozy et Borloo – est d’ailleurs d’accentuer la décote dont bénéficierait la Bretagne…administrative, ce qui veut dire que l’effet de seuil sera d’autant plus important pour les transporteurs de Loire-Atlantique.

La densité des portiques est assez exceptionnelle, surtout en Ille-et-Vilaine où il y a six portiques. Il existe d’autres départements français où les portiques sont nombreux, comme en Gironde où il y a aussi six portiques ; d’autres, comme le Maine-et-Loire, n’ont qu’un seul portique, qui est installé sur la rocade de Cholet (RN249), l’axe Nantes – Cholet faisant partie du réseau taxable. Il y a deux explications à ce nombre de portiques en Bretagne : la décote appliquée aux quatre départements de la région administrative (à l’origine de 40%, maintenant de 50%, l’Aquitaine et la région Midi-Pyrenées bénéficiant de 30%) et l’existence de routes exemptées du dispositif comme l’A11 et A811 en Loire-Atlantique, la RN164 et l’axe Saint-Brieuc – Pontivy en Centre-Bretagne, le réseau secondaire, etc.

La gratuité des 2×2 voies bretonnes a été acquise par la lutte paysanne

Pour rappel, jusqu’alors le réseau routier breton en 2×2 voies était gratuit. Ce privilège ne vient pas de la Duchesse Anne, mais a été arraché  au gouvernement Pompidou dans les années 1960 par un monde agricole enragé contre le pouvoir et conduit par le CELIB (comité d’étude et de liaison des intérêts Bretons). L’un des chefs de file bretons d’alors était Alexis Gourvennec, qui défendait les intérêts des coopératives agricoles du Léon. Il fondera plus tard la Brittany Ferries.

En échange de la paix, le monde paysan breton uni exigea que le réseau en 2×2 voies ne parte pas de Paris, mais de la pointe bretonne ; qu’il desserve Quimper à Nantes directement, en dépit du fait que la Loire-Atlantique était placée dès 1955 dans une « région de projet » distincte du reste de la Bretagne ; qu’il y ait des échangeurs tous les 4-5 km ; qu’une université soit créée à Brest et que le port de Roscoff soit mis en eau profonde pour exporter les produits agricoles bretons vers le Royaume-Uni. Le maillage autour de la Bretagne s’est enrichi de branches vers l’intérieur du pays et vers Saint-Nazaire, ainsi que par la mise en 2×2 voies de divers axes secondaires dans le Pays de Retz et le Pays de la Mée (ex-RN171…), le tout avec des moyens essentiellement avancés par la région administrative et les départements. Ainsi la Bretagne s’est constituée un des meilleurs réseaux gratuits d’Europe.

carto-écotaxe

Bonnets Rouges : manif monstre à Quimper et trois portiques écotaxe visés

2 Nov
Quimper à 15h, place de la Résistance

Quimper à 15h, place de la Résistance

Une manifestation monstre à Quimper rassemble en ce moment plus de 30.000 personnes dans une ambiance tendue, avec diverses échauffourées. Des opérations coups de poing ont aussi visé les portiques de Saint-Allouestre, Landaul et Montauban de Bretagne. Le premier brûle, le second a vu ses capteurs mis hors service et le troisième est pris pour cible depuis 16h30 par les agriculteurs locaux qui procèdent à son démontage. La Bretagne historique compte entre onze et quinze portiques, dont cinq sont déjà détruits ou démontés.

Entre 20 et 30.000 manifestants à Quimper

Une marée de manifestants aux bonnets rouges (distribués par Armor Lux) ont envahi les rues de Quimper. Ils ne seraient que 10.000 selon la préfecture, mais 18 à 20.000 selon une source policière. Christian Troadec, maire divers-gauche de Carhaix et l’un des chefs de files de la contestation a déclaré « nous sommes au moins 30.000, ce jour fera date ».

la banderole sur la rivière

la banderole sur la rivière

Le mouvement Hollande Démission, dont le chef de file est David van Hemelryck, ce jeune orléanais qui a fait le tour des côtes de France cet été en ULM en tirant une banderole Hollande démission.fr a déployé à plusieurs reprises une banderole de 20 mètres de long libellée « Hollande démission ». David Van Hemelryck, que nous joignons vers 17h, est dans un endroit où il n’y a pas d’échauffourée. « Nous avons déployé la banderole sur la montagne [au-dessus de la place de la Résistance] et les gens ont repris spontanément le slogan Hollande Démission. Nous l’avons déployée sur la rivière. Sur la montagne. Devant les tracteurs. Et maintenant sur des balcons où les gens nous font monter spontanément. »

A l'assaut de la Préfecture

A l’assaut de la Préfecture

Contrairement à ce qu’avance la presse de gauche (Le Monde, le Nouvel Obs…) il n’y a pas beaucoup de manifestants issus du Printemps Français à Quimper, en revanche ils couvrent amplement et avec réactivité les événements sur Internet, ce qui explique peut-être pourquoi le pouvoir cherche à bloquer le web et les réseaux téléphoniques.Dès 16h25, le compte Twitter des Bonnets Rouges (1500 abonnés) a été suspendu, tandis que les communications mobiles et 3G sont activement brouillées et perturbées par la police qui cherche à limiter les transmissions sur les réseaux sociaux. Des policiers en civil seraient aussi infiltrés dans la manifestation.

des tracteurs en ville

des tracteurs en ville

Depuis 15h30, des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre se poursuivent à l’angle de la rue Olivier-Morvan et de la place de la Résistance ; les manifestants jettent des cageots et des pots de chrysanthèmes – déposés au préalable devant la Préfecture en hommage aux emplois sacrifiés de l’agroalimentaire – sur les forces de l’ordre qui répliquent à coups de gaz lacrymogènes et avec deux lances à eau. Il y a un blessé à 16h45, deux autres entre 17h et 17h40; les trois ont été évacués vers les urgences. Des CRS seraient aussi bloqués par les manifestants sur les quais, rive gauche, où ils se sont retranchés pour protéger la préfecture et le conseil général. Certains des manifestants ont réussi à entrer dans la Préfecture vers 15h30 où « c’est le plus grand bordel », racontent certains d’entre eux. Les services de la Préfecture sont effectivement totalement débordés et injoignables. Dans les échauffourées sont impliqués des Bretons énervés, notamment des agriculteurs et des pêcheurs. Plusieurs fois les organisateurs lancent des appels au calme, limitant les troubles aux environs de la Préfecture.

Le cortège rassemblé place de la Résistance vient enfin de s’ébranler à 16h30, avec deux tracteurs mis en avant par les organisateurs, en accord avec les forces de l’ordre ; d’autres, une trentaine, sont entrés en ville bravant l’interdiction qui leur a été faite, et ont avancé jusqu’à la Préfecture. Pendant ce temps la contre-manifestation de la CGT, d’une partie de la FSU et du Front de Gauche à Carhaix – organisée avec le soutien du gouvernement qui espérait briser l’élan populaire vers Quimper – a fait un bide, avec à peine 300 personnes (2000 selon la CGT, 150 selon d’autres observateurs). A 17h45, la nuit commence à tomber et l’ordre de dispersion est donné. A 18h, le collectif Breizh o Reveulzin/ Révolte bretonne publie un communiqué dans lequel il « condamne la violence des groupuscules, des casseurs et des forces policières » et « salue ses sympathisants qui ont refusé les extrêmes et la violence« . Il remercie aussi les dizaines de milliers de manifestants pacifiques. Ce collectif, apolitique mais refusant les extrêmes politiques, a mené suite aux propos dans les médias parisiens (Le Figaro, Le Monde, BFMTV et Cie) une croisade afin d’exclure les quelques membres d’extrême-droite qui avaient investis ses pages Facebook. Il est l’un des organisateurs de la manifestation, avec la FNSEA et les organisations socio-professionnelles de l’agroalimentaire, de la paysannerie et de la pêche.

A partir de 18h15, les forces de l’ordre commencent à repousser la foule spectatrice en y lançant des grenades lacrimogènes. Les CRS et gendarmes mobiles chargent par la colline, et refoulent peu à peu le dernier carré de manifestants sur la place de la Résistance. Scandant « On est chez nous », les Bretons ne lâchent rien et repoussent fermement les CRS; chassés de la place, ils s’accrochent aux berges. Le site de la gazette catholique « Le Rouge et le Noir » tweete en direct des affrontements; plusieurs manifestants ont été interpellés vers 19h00. Les Bretons encore présents repoussent les CRS tout en étant accompagnés par des sonneurs.

La manifestation de Quimper était soutenue par de nombreux partis et mouvements, du NPA au FN en passant par le CNIP (centre national des indépendants), l’UMP (dont le député Marc le Fur, vent debout contre l’écotaxe encore en 2009-2010 lorsque la droite la mettait en chantier), le MBP (Mouvement Bretagne et Progrès) de Troadec, Divers Gauche, le Parti Breton (centre), etc. Le Printemps Français soutient lui aussi la mobilisation. Dans un communiqué, la nébuleuse citoyenne engagée explique pourquoi il y a eu de la casse : « [les Bretons] ne sont pas venus pour faire déraper cette manifestation, comme le suggèrent déjà de façon préventive, orientée et mensongère Marylise Lebranchu, Jean-Marc-Ayrault ou la DCRI. Les événements récents, dans toute la France, ont prouvé que les citoyens exaspérés avaient eux-mêmes, quels que soient leurs partis, leurs syndicats ou leurs opinions, décidé de donner une tournure transgressive voire violente à leurs justes revendications, en bloquant les routes, piégeant les usines, sabotant les équipements publics, etc. Une violence réelle qui répond à la violence symbolique d’un État diviseur, partisan et sourd aux revendications des Français. » Le Printemps Français appelle à « bâtir une nouvelle espérance » en sortant de l’économie spéculative, en rompant avec l’habitude d’un Etat rapace asservi aux banques et en s’appuyant sur les solidarités naturelles et familiales.

le portique de montauban de bretagne attaqué

le portique de montauban de bretagne attaqué

La Breizh enflamme la France

A Paris, devant l’Elysée, des manifestants qui bloquaient les parages en arborant des Bonnets Rouges ont été arrêtés vers 17h. La mobilisation prend de l’ampleur en France, activée par les milieux socio-professionnels et de nombreux militants de droite hyper-connectés sur les réseaux sociaux et le web, révoltés par le pouvoir. Une action de poids lourds a ainsi eu lieu à Lyon. Un sondage vient de paraître selon lequel à peine un tiers des français sont satisfaits par l’écotaxe. En revanche, le ras-le-bol devant la hausse des prélèvements en 2012 et 2013 ainsi que la vacance et l’incapacité du pouvoir rencontrent un large consensus social.
Encore une petite dizaine de portiques bretons intacts

Il reste encore quelques portiques bretons intacts. Et ce, notamment à Auray et Elven en Morbihan, peu avant la sortie Le Cours-Saint-Guyomard, Saint-Agathon et Lanrodec en Côtes d’Armor près de Coat an Doc’h, Prinquiau, entre Saint-Nazaire et Savenay sur la RN171 (Loire-Atlantique), Mondevert  (Ille-et-Vilaine) sur la RN157. Vers 18h30, cinq camions de CRS ont pris position auprès du portique d’Elven : les autorités ont peur que les Bretons ne le prennent pour cible. Ce soir, la Bretagne est en colère, la Bretagne est debout. L’écotaxe ne passera pas.

L’indépendance bretonne : quelles opportunités, quels défis ?

1 Nov
Et si ?

Et si ?

En ces temps de révolte des Bonnets Rouges, nombreux sont les Bretons à revenir à la revendication d’indépendance. Une demande pas si marginale, à en croire le sondage – qui a été censuré – paru dans le magazine Bretons en février dernier, selon lequel 18% des Bretons et 53% des jeunes bretons sont favorables à l’indépendance. Si jamais la Bretagne recouvre sa liberté, qu’est-ce qui va changer concrètement pour les Bretons ? Quelles sont les changements que la Bretagne pourra mettre en oeuvre et les problèmes auxquels elle se confrontera ? Livrons nous donc à l’exercice de l’uchronie et imaginons ce qui pourrait arriver.

Dans un futur proche, la Bretagne recouvre son indépendance et son unité. La révolte était partie d’une volonté de l’Etat français d’en finir avec la gratuité des routes françaises en mettant en place des portiques d’écotaxe. Une réaction populaire très violente l’a fait reculer. Et désormais, chaque initiative de l’Etat – nouvel impôt, grand projet ou réforme – susciter une opposition croissante et combattive en Bretagne. Un consensus social se fit peu à peu – tant parmi les pauvres et les opprimés que leurs patrons, non moins opprimés par le joug fiscal – que l’indépendance, c’était mieux. Alors que la France, craquant sous le poids des dettes et le dogme de l’austérité, décidait d’un nouveau package d’impôts et de taxes, les Bretons survoltés envoyèrent tout balader. Un soulèvement général chassa l’Etat français dans les cinq départements ; un gouvernement provisoire breton se constitua et en appela à l’ONU et à l’Europe. La France trop endettée pour mener une répression qui risquait de se transformer en guerre d’indépendance, laissa faire, subissant une fin de règne socialiste très agitée ; elle se contenta de siphonner divers budgets et de déménager précipitamment frégates et sous-marins nucléaires. La Bretagne recouvrit une précaire indépendance.

La liberté, enfin ! Une évidence. Martyrisée, outragée, humiliée, la Bretagne est libérée. Libérée des jacobins, libérée des impôts, libérée de la police politique française. Une partie des élus – notamment de nombreux pontes de l’UMP et du PS français d’origine et mis en place en tant que lieutenants de Paris en Bretagne – ont levé le camp d’une région qu’ils n’ont jamais su comprendre et aimer ; les fonctionnaires des Pays de la Loire sont partis précipitamment pour l’Anjou et la Vendée. Les portiques d’écotaxe qui n’avaient pas encore été sciés les années précédentes sont démontés devant une assistance en liesse ; partout en Bretagne, alors que l’on démonte les monuments du jacobinisme honni, statues, plaques de rues et autres perceptions, se produisent des scènes de liesse égales à celles connues dans les pays de l’Est après la désagrégation du bloc soviétique. Good bye Robespierre !

bonnets-ruz2Désordre et incertitudes. La libération s’accompagne de divers désordres. Ici, des nationalistes bretons d’extrême-gauche et d’extrême-droite se mettent en tête de faire payer aux ex-notables républicains des décennies de vexation. Là, des collectivités et des entreprises se trouvent sans le sou, notamment parce que les administrations françaises chargées de les faire fonctionner ne sont plus. En Loire-Atlantique, le département doit prendre au débotté les lycées, avant gérés par la région administrative, et les trains. Si des cheminots patriotes ont empêché le matériel roulant des Pays de la Loire de quitter le dépôt de Nantes, les pontes régionaux ont discrètement pompé le budget tout en quittant Nantes. Il n’y a pas de sous pour effacer les couleurs honnies de l’ancienne région administrative, mais des tagueurs s’en chargent, et curieusement, tout le monde laisse faire. Les entreprises ignorent quel sera le droit qui leur sera appliqué, les impôts qu’elles paieront. Toutes ces incertitudes pèsent sur l’économie : les ménages épargnent (dans les bas de laines puisque le secteur bancaire est passablement désorganisé aussi) plutôt que de consommer, les administrations annulent et repoussent leurs commandes, les entreprises tournent au ralenti et n’investissent pas. Si le gouvernement ne fixe pas rapidement un cap – solide, à la différence de la France – en matière de droit, de budget et de fiscalité, la Bretagne risque la glaciation économique. Sans compter l’inquiétude des francophones de voir une bretonnisation à marche forcée dans tous les domaines.

Nos projets, à notre rythme. Personne ne pourra plus imposer aux Bretons des grands projets ou des impôts contre leur volonté. L’on pense ainsi à la métropolisation à tous crins, l’aéroport de Notre-Dame des Landes, ou encore la centrale à gaz de Landivisiau. La Bretagne ne dépendant plus de la France, son gouvernement a aussi bien moins de moyens pour faire passer les pilules amères auprès des élus par des aides, et autres compensations. Cependant, la société civile – traditionnellement développée en Bretagne – joue toujours un rôle clé, notamment parce qu’elle se souvient que, tant pour le nucléaire (Plogoff, le Pellerin, le Carnet) que Notre-Dame des Landes, des élus Bretons se sont faits complices des diktats parisiens. Elle bouillonne d’ailleurs de propositions dans divers domaines pour jeter les bases d’un nouveau droit breton.

Priorité aux nôtres. Des idées ébauchées par la société civile – notamment par Breizh Impacte – sont mises en oeuvre. L’embauche doit être prioritairement destinée aux Bretons. Les entreprises qui font travailler des sous-traitants étrangers ou des travailleurs en détachement – particulièrement visés, les géants du BTP et les Chantiers de Saint-Nazaire – verront leur fiscalité alourdie. Un Small Business Act  est mis en oeuvre pour réserver aux PME locales toutes les commandes publiques et privées ; il poursuit aussi un objectif stratégique en écartant les filiales des grands groupes français de l’assainissement ou du BTP. Sous la pression de la société civile enfin, grandes surfaces et détaillants rivalisent d’efforts pour montrer qu’elles commercialisent en priorité des produits locaux.

pays_bretons_vigUn territoire redessiné. Un consensus se fait rapidement tant parmi les partis bretons indépendantistes préexistants que les membres de la société civile ou ceux des élus d’anciens partis français restés sur place : l’organisation en cinq départements, cantons, pays et arrondissements ne peut être conservée. Ne serait-ce parce qu’elle est vétuste, inégalitaire et que de surcroît le retour de la Loire-Atlantique met l’ancienne région administrative aux oubliettes. La solution la plus populaire et la plus historiquement viable est de rétablir les neuf pays historiques, en agrandissant un peu le pays de Dol afin de compenser les 49 enclaves qu’il avait jadis dont le rétablissement est trop difficile; il s’étire donc jusqu’à Antrain et Combourg. Elle correspond aussi au besoin de mieux accompagner les territoires de l’ouest de la Bretagne, minés par la crise de l’agroalimentaire, et d’y développer à nouveau des transports en commun ferroviaires qui ont été bradés dans les années 1960. En revanche, étant donné que la Loire-Atlantique ne change presque pas dans ses limites (elle reprend même quelques communes au sud de la Vilaine comme Pénestin), elle reste de loin le pays breton le plus riche et le plus peuplé. Pour remédier à ces inégalités, une péréquation territoriale est mise en place pour répartir les ressources depuis l’est vers l’ouest de la Bretagne, et éviter l’accentuation de l’exode des Bas-Bretons.

DSCN1010Pour la capitale : les Bretons décident sans décider. La querelle des capitales – Rennes, Nantes, Redon ou ailleurs – reprend de la vigueur après l’indépendance. Il y a au moins autant d’arguments que de villes candidates. Nantes rappelle qu’elle est la plus grande ville, et que son agglomération, commune avec Saint-Nazaire, en fait la porte d’entrée maritime et routière de la Bretagne. Rennes indique que, le Parlement et la plupart des institutions de l’ancienne région administratives étant déjà dans la ville, y faire la capitale serait une économie de temps et de moyens ; que par ailleurs, Rennes, contrairement à Nantes, a un métro, ce qui fait plus capitale. Les Nantais ne manquent pas de répliquer que c’est Louis XIII qui a fait de Rennes une capitale, pour se garder de l’hostilité des notables nantais, vannetais et malouins attachés à leurs libertés, notamment de négoce. Redon fait valoir son histoire – capitale du roi breton Nominoë – et sa situation centrale, nœud de communications routières et ferroviaires. Pontivy et Carhaix sont aussi sur les rangs, et font valoir leur situation protégée des invasions terrestres et maritimes. En France, les Bretons sont en effet devenus une nouvelle cible des extrémismes et des bateleurs politiques, et nombreux sont les guerriers de prétoire, de comptoir et de salle polyvalente à exiger une invasion immédiate, tout en sachant (ou pas) que la situation budgétaire ne permet pas de boucler les fins de mois, de là à mener une guerre…

Finalement, en attendant une votation nationale, les Bretons décident de ne pas décider, et tant les ministères que les institutions sont réparties un peu partout. A cette occasion, Pontivy et Carhaix, Clisson et Vitré se partagent les administrations agricoles, celles en charge des exportations sont à Saint-Nazaire, Brest reçoit le ministère de la Mer que Paris lui a tant promis et qui n’est jamais arrivé et les administrations culturelles se fixent à Redon. D’ici les prochaines élections générales, la capitale diplomatique est fixée à Nantes. Avec ses beaux immeubles, son centre des Congrès et ses hôtels de luxe, la ville est la plus à même d’accueillir les hôtes étrangers. Le Parlement – qui redevient la Chambre législative bretonne – est à Rennes, l’ancienne préfecture de Loire-Atlantique retrouve sa vocation historique : la Chambre des Comptes de Bretagne se réinstalle dans ses murs.

Des conflits territoriaux persistants avec la France. L’indépendance laisse des bombes à retardement qui détonnent en permanence. Sur les frontières, d’abord. Pour le Mont Saint Michel – une commune normande, du point de vue de Paris, une abbaye bretonne depuis sa fondation pour les Bretons. Mais aussi pour les communes et territoires dont la Bretagne s’est faite délester après 1532 et à la Révolutions (pays de Mauges, d’Herbauges et de Tiffauges, alentours de Craon et de Bouin, iles de Noirmoutier et du Pilier). Ces conflits territoriaux s’étendent aussi aux eaux territoriales correspondantes et empoisonnent des relations déjà très tendues entre la France et la Bretagne. En effet, Paris, écrasé de dettes, entend que les Bretons prennent leur part de la dette publique qui fut jadis commune ; ces derniers, évidemment, refusent de porter le fardeau. Il se murmure cependant dans les chancelleries que la France cèderait aux prétentions territoriales des Bretons à condition qu’ils rachètent leurs terres au prix fort. Des négociations sont engagées sous l’égide de l’Europe, ainsi que de l’Ecosse, indépendante depuis peu, qui est un partenaire historiquement respecté tant par les Français que les Bretons.

En finir avec les poisons de la métropolisation. Autres bombes à retardement : celles qui ont été laissées au sein de la Bretagne même par cinq siècles d’administration française erratique. Ainsi de la concurrence entre les métropoles. Malgré ses efforts de façade comme le métro, Rennes a fini par être écrasée par Nantes, et à part Brest, le reste de la Bretagne a quelque peu sombré dans l’oubli, ses cerveaux, ses activités et ses forces vives étant même siphonnés vers les deux métropoles de l’est. Le gouvernement provisoire breton a donc a coeur de développer à nouveau les villes moyennes et réduire l’importance des métropoles. Gagné aux idées d’Yves Lebahy, géographe breton pourfendeur de la métropolisation qui selon lui oublie l’humain, il réduit drastiquement les pouvoirs des métropoles existantes et augmente ceux des villes moyennes, créant notamment des communautés d’agglomération autour de villes pareilles à Redon. Il encourage aussi les réseaux, qu’ils soient de laboratoires, d’entreprises, d’usines… ou d’établissements scolaires, sur l’ensemble du territoire breton.

Il lance aussi une série de grands travaux dirigés vers les terroirs ruraux. L’objectif est de desservir par car, régulièrement, chaque village breton et de développer le transport ferroviaire – y compris par fret – en rétablissant le réseau Breton et de nombreuses antennes disparues. Les rétablissements des lignes Saint-Hilaire – Paimboeuf, Montoir – Châteaubriant, Carhaix – Rosporden et autres Châteaubriant – Châteaulin Embranchement sortent des cartons. Les chantiers devraient aussi permettre d’employer les Bretons – plus de 8% de la population active – qui sont au chômage. Pour payer tout cela, le gouvernement Breton qui ne sait toujours pas, du fait du différend sur la dette avec la France, de quel budget disposera-t-il, lance une série de souscriptions publiques et compte sur la solidarité des communes et entreprises qui bénéficieront des nouveaux aménagements afin d’offrir les meilleurs conditions aux travailleurs. Pionnière, une certaine brasserie de Carhaix annonce qu’elle prendra en charge la boisson des travailleurs du chantier de la future ligne ferroviaire reliant la ville à Rosporden et la côte sud.

Un secteur social en suspens. Il apparaît très clairement au lendemain d’une indépendance qui n’a été que très peu préparée que la Bretagne peut compter sur un budget quinze à vingt fois moindre à celui de la France. Les cinq départements ont un PIB de 100 milliards d’euros environ (97.5 en 2009), ce qui les place dans une position assez honorable sur le plan européen, mais ne leur permet pas de maintenir toute la théorie d’aides sociales et de leviers d’interventionnismes économiques de l’Etat français. Dirigée par des gens issus du monde de l’entreprise et inspirés par la pensée libérale, le pays privilégie le soutien à l’investissement et aux entreprises. Par ailleurs, la France refuse d’accorder à la Bretagne les budgets en cours – et déjà siphonnés pour le service de la dette – censés permettre au secteur social de continuer à fonctionner, tant que les Bretons n’auront pas accepté de payer une partie de la dette française, ce qu’ils refusent toujours énergiquement. Anticipant le mouvement, nombre d’immigrés installés ces dernières décennies quittent la Bretagne pour la France, qui continue de leur payer leurs aides pour peu qu’ils soient sur son territoire. La question de ceux qui restent – souvent sincèrement attachés au pays –, mais aussi de tous ceux qui bénéficiaient du secteur social, des nombreuses associations qui y interviennent etc. tend la politique intérieure bretonne. Même l’Eglise intervient : les parents des écoles libres et des patronages étant sollicités par les établissements pour parer au plus pressé, ils ne donnent plus au denier du culte.

La Bretagne se tourne à nouveau vers la mer. L’indépendance est une opportunité rare de se détourner définitivement de la vision parisiano-centriste et de retrouver les fondamentaux. La mer. Transports, énergies marines et développement le long des côtes – autre que résidentiel – deviennent des priorités nationales. Pour cela, la Bretagne peut compter sur la solidarité celte. Sous l’impulsion de l’Ecosse, indépendante depuis peu et leader des énergies marines, les côtes s’équipent à marche forcée d’hydroliennes et de centrales houlomotrices. Il faut bien remplacer l’énergie nucléaire française, dont l’achat, en plus d’être humiliant, représente une dépense folle. Malgré un bond de l’éolien et d’autres énergies renouvelables depuis 2011, les réacteurs français représentent toujours 60% de l’électricité consommée en Bretagne. En Loire-Atlantique, les communes de Savenay et de Saint-Nazaire remettent en service deux petites centrales hydro-électriques délaissées qui apportent un appoint bienvenu à l’agglomération nanto-nazairienne. Les fermes sont encouragées à développer la méthanisation en échange d’abattements très significatifs d’impôts; les mêmes mesures d’incitation sont employées pour pousser les grandes usines à se doter de leurs propres installations de production d’énergie. L’objectif est d’empêcher la France d’exercer un chantage électrique sur le pays ; pourtant la France l’évite, car elle-même ne peut guère se passer de l’agro-alimentaire breton.

Solidarités celtes et retour de la diaspora. Un des soucis majeurs de la Bretagne libérée est de fortifier les relations celtes en faisant de la mer une cour commune là où les français y voyaient une frontière. Ce n’est donc pas étonnant que l’on retrouve des celtes dans tous les rouages de l’économie, afin de faire de l’ancienne région un état vraiment viable et capable d’exister dans le grand bain de la mondialisation. Le nationalisme breton étant aussi historiquement nourri par le déchirement de l’exil et la contribution des expatriés, des initiatives se mettent en place afin que les Bretons dans le monde – une des plus importantes diasporas par son importance – reviennent prêter main forte à la patrie historique enfin libérée. Contre toute attente, ces initiatives commencent à porter leur fruit et les échanges fonctionnant dans les deux sens, les Bretons expatriés se font les VRP de leur pays. Si la Bretagne ne peut plus compter sur le rayonnement français, elle découvre que le sien est largement suffisant pour assurer sa prospérité.

????????????????????????L’Europe ou le grand large ? Comme pour la Catalogne, l’Europe rappelle que la Bretagne indépendante est de facto sortie de l’Europe ; Bruxelles ayant été nourrie des exemples catalan et écossais, des accords provisoires finissent par être signés, le temps que la Bretagne puisse à nouveau être membre plein et entier de l’UE. Mais elle se trouve profondément divisée. Si les Bretons, europhiles et ouverts au monde de nature, avaient imposé Maastricht à la France en 1992 et voté massivement en 2005 pour la Constitution Européenne, ils n’ont oublié ni les quotas qui ont décimé leur pêche, ni les ajustements de la PAC qui ont miné leur agro-alimentaire. Marins, ouvriers et paysans, fervents soutiens de l’indépendance, sont aussi les plus réservés désormais par rapport à l’Europe.

Nombreux sont aussi ceux des nationalistes historiques qui estiment que l’Union celte est largement suffisante. Pourtant les produits bretons ont besoin du libre-échange, et des espaces européens dont ils sont déjà séparés par la France, même si les exportations passent désormais prioritairement par la voie marine, ce qui a pour effet de soutenir vivement la croissance des ports. Mais Bruxelles, plus libérale que jamais, a dans son collimateur le small business act et les dispositions fiscales contre les entreprises qui font travailler des ouvriers en détachement plutôt que des Bretons. Des prétentions jugées très sévèrement par la population et le gouvernement. Par ailleurs l’Angleterre encourage la Bretagne à tourner le dos à l’Europe, des pressions diplomatiques doublées par les efforts russes et chinois pour prendre pied sur le continent, et qui ne peuvent que trouver des échos favorables dans un pays en proie aux incertitudes du lendemain.

La question centrale est-elle la Bretagne ou la France ? La Bretagne retrouve son paradigme historique : naviguer entre la France et l’Angleterre, tout en échappant aux deux. La libération permet d’enseigner à nouveau l’Histoire nationale. Mais que faire de l’héritage français, surtout quand on le croise au quotidien ? Comment passer sous silence l’Histoire de France, dont les Bretons ont écrit les plus belles pages – de Formigny à la Légion bretonne de 1870, des chouanneries de 1793 aux tranchées de 1914 ? Comment s’accomoder de l’encombrante voisine, et régler de la façon la plus rationnelle des myriades de conflits – allant de l’attribution ou non de la nationalité bretonne aux immigrés en instance de naturalisation par la France jusqu’à l’abolition des incessants et humiliants contrôles que les camions bretons subissent aux frontières françaises ? Le tout se corse en sachant que le gouvernement français, aux abois et dominé par la théâtralisation à l’outrance de ses gesticulations politiques, ne connait plus la mesure ni la raison. Entre deux, les vendéens, angevins et autres mayennais ne savent plus à quel saint se vouer : leur économie et leur travail dépendent de la Bretagne, leur terre de la France.

C’est pourquoi aux premières élections après l’indépendance, la question centrale n’est pas tant l’avenir de la seule Bretagne que ce qu’il faut faire pour apaiser les conflits avec la France, sans rien céder sur la liberté si neuve et déjà si chère. Pas si loin d’un rafiot France considérablement pourri, encalminé et qui prend l’eau de toutes parts, une nef bretonne défie fièrement les brisants. Son équipage est valeureux, solide comme les rocs de son terroir. Il est nourri de toute la tristesse du monde, et a de la bonne volonté à revendre. Après cinq siècles à courber l’échine de gré ou de force, les Bretons préfèrent passer au travers des pires difficultés que d’être dominés à nouveau. Avec un tel équipage – son peuple toujours prêt à lutter et à se retrousser les manches – la Bretagne a de quoi voir venir.