Tag Archives: brezhoneg

Ecole Diwan de Pornic : c’est fini

26 Sep

C’est fini, l’école Diwan vient d’être liquidée. Marie-Thérèse Gorny, sa responsable, vient de rendre les clés : « le matériel est parti à Savenay pour aider leur école Diwan à monter leur structure pour la petite enfance, ici, c’est terminé, on tourne la page ». Un gâchis pour les quatorze enfants scolarisés à l’école associative de Pornic, d’autant plus que « nous avions pu trouver un enseignant du cru, qui habitait quasiment sur place, qui avait les compétences, mais dont le recrutement n’a pas été validé par Diwan ». L’école avait été crée en 2012 et se trouvait à la Fontaine aux Bretons, un peu au sud-est de la ville, en bordure de mer.

L’autre école menacée du réseau Diwan, à Savenay, a un espoir de repartir, une enseignante s’étant proposée. Elle vit non loin de l’école, et son recrutement n’avait pas été accepté fin août par le réseau Diwan bien qu’elle ait été la seule candidate. Du côté du conseil d’administration de Diwan, l’on refuse de confirmer la nouvelle. « Des négociations sont en cours avec les gens de Savenay pour garder les locaux et y installer des activités d’accueil d’enfants », nous dit-on. Ces négociations, qui durent depuis dix jours, devraient s’achever début octobre.

Carte des écoles Diwan en Bretagne - 2013

Carte des écoles Diwan en Bretagne – 2013

L’école Diwan de Savenay est sauvée

23 Sep

A la rentrée de septembre, les écoles Diwan de Pornic et de Savenay ont fermé suite au manque d’enseignants dont manque le réseau associatif des écoles, victime de son succès, d’autant plus que chaque année, l’Etat n’accorde que deux postes d’enseignant au concours à Diwan contre plus d’une dizaine en école publique bilingue (divyezh).  A la rentrée en revanche, une école nouvelle a ouvert à Fougères, en pays gallo.

L’un des syndicats du réseau Diwan, le SNEIP-CGT, n’avait pas manqué alors d’accuser « l’incurie » de la direction du réseau. Pour eux la pénurie d’enseignants  était le « fruit de négligences, voire de choix délibérés (…) plusieurs enseignants ont été remerciés ou sont partis sous la pression ; ils continuent dans d’autres filières », notamment dans le public (divyezh) ou le privé (dihun). D’autres ont accusé le CA de Diwan de défendre la vision d’une Bretagne bretonnante tronquée de la Loire-Atlantique, qui se trouve comme souvent dernière roue du carosse dans les politiques culturelles bretonnes.

Finalement, malgré toutes ces polémiques, une enseignante s’est proposée pour assurer le devenir de l’école de Savenay, qui pourrait ainsi être sauvée. Le sort de celle de Pornic reste encore en suspens. Responsable de la CGT au sein du premier degré des écoles Diwan, Bertrand Déléon s’est réjoui de la nouvelle sur Facebook : « Saveteet e skol Saveneg ! » L’école de Savenay est sauvée !

 

Carte des écoles Diwan en Bretagne - 2013

Carte des écoles Diwan en Bretagne – 2013

Les partisans de la réunification et les opposants à l’aéroport protestent à l’occasion du forum des Droits de l’Homme à Nantes

22 Mai
Voilà de quoi rassembler les uns et les autres : une Bretagne réunie qui dit non à l'aéroport

Voilà de quoi rassembler les uns et les autres : une Bretagne réunie qui dit non à l’aéroport

Comme chaque année, le forum des Droits de l’Homme à Nantes ne sera pas un long fleuve tranquille, puisque les partisans de la réunification bretonne ont pris l’habitude d’exprimer leur mécontentement dans et autour de la manifestation, et n’ont pas décidé de désarmer cette année. Par ailleurs, aux mécontents devraient se joindre les opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes, Ayraultport notoirement dans les choux.

Ainsi, les partisans de la Bretagne plus unie et plus forte organisent deux rassemblements devant la cité des congrès de Nantes ce soir, mercredi 22 mai à 17h pour le début du Forum et le 24 mai à 18h pour la fin du Forum. Ils souhaitent protester contre la récupération de la manifestation nantaise par les Pays de Loire, que l’amputation de la Bretagne est « contraire aux Droits de l’Homme et à la démocratie », et enfin qu’en continuant de nier la diversité intérieure de la France, « l’Etat tue nos langues ». Le second rassemblement (le 24 mai) est consacré plus spécifiquement à la reconnaissance du Breton et appelle le gouvernement à ratifier la Charte Européenne des langues minoritaires.

De leur côté, les opposants à l’aéroport font circuler un appel intitulé « contre l’aéroport et son monde vert… kaki » qui comme son nom l’indique veut s’opposer à la technocratie, au militarisme et à l’affairisme des classes dirigeantes capitalistes. Le rassemblement est prévu… à 17h le 22 mai devant l’arrêt de bus « Cité des Congrès ». Du monde il y aura ce soir ; mais les participants, de l’un comme de l’autre côté, ne seront pas dupes. Laissons le dernier mot aux opposants à l’aéroport : « Ce forum mondial des droits de l’homme est pour nous à peu près aussi crédible qu’un aéroport haute qualité environnementale.»

Documents :

 

Tract Bretagne Réunie pour le 22 mai

Appel au rassemblement du 24 mai (langues minoritaires)

La langue assassinée, documentaire en préparation sur le déclin de la transmission familiale du Breton

15 Mai

sans-titreElle s’appelle Alyson Cléret, elle a 24 ans, elle est originaire de Melrand, dans la campagne morbihannaise entre Pontivy et Baud, et fait des études de réalisation cinématographique à Paris. Après avoir déjà réalisé un court-métrage  inspiré par le poème Va’chêriadenn d’Anjela Duval, elle se lance dans la réalisation d’un moyen-métrage sur la transmission du Breton dans le cercle familial. Il se nommera La langue assassinée.

A travers sa propre histoire familiale, elle pose la question de la diversité des rapports avec le Breton. Quel rapport ces Bretons d’âges et de générations divers entretiennent-ils avec elle et leur culture, leur histoire, leur quotidien ? Le fil conducteur du projet, marquée par des travellings et une voix off, fera office de liaison entre eux. Sur trois générations, Alyson dresse l’histoire du déclin de la transmission du Breton, fil conducteur non seulement d’un territoire mais aussi d’une culture et d’une identité spécifiques. Grands-parents brittophones, mais qui n’ont pas transmis le Breton à leurs enfants, parents qui ne le parlent plus et qui s’y sont parfois remis sur le tard, enfants de la génération de la Découverte ou de l’ignorance  à l’heure du choix. Devant l’obligation d’aborder un sujet qui ne l’a pas beaucoup été à cause de la mauvaise conscience des familles et de la République.

Un déclin qui n’est pas anodin, mais traduit le succès d’une certaine politique de la République envers le Breton et les Bretons, une revanche sur l’humiliation infligée à la République par le peuple Breton en armes – de la chouannerie aux très actuels conflits de Plogoff ou de Notre-Dame des Landes, en passant par l’attachement à l’identité culturelle, à la religion ou au vote « réactionnaire », puisque encore au XIXe et jusqu’à la moitié du XXe bien des campagnes de Bretagne votaient blanc – royaliste, surtout pour ne pas donner blanc-seing à la République, héritière des colonnes infernales et des panneaux « Interdit de parler Breton et de cracher par terre ».

02 AnastasieEmile Combes, petit père de la laïcité disait que « Les Bretons ne seront républicains que lorsqu’ils parleront le français. L’église les maintient dans la « sujétion» grâce au breton, inadéquat pour exprimer les idées nouvelles (…) dont la langue française est l’admirable messagère. ». Les Bretons, qui ont défendu avec succès leur école « libre », déliée au moins en partie du poids de l’Etat, parlent maintenant le français, mais sont-ils soumis à la République pour autant ? L’exemple de la Loire-Atlantique, département de combat où le peuple a, contre ses élus et le pouvoir de Paris, enterré durant ces quatre dernières décennies deux projets de centrales nucléaires  et un projet d’aéroport, tend à démontrer le contraire. Même sans le fil conducteur de la langue, l’inconscient collectif des cinq départements porte bien moins à la résignation qu’ailleurs.

Pour Alyson, c’est urgent de s’impliquer pour le Breton. Il y avait en 2007 207.000 locuteurs de Breton, dont 5.000 ont moins de 18 ans, la relève n’est pas assurée. Elle est néo-brittophone, « j’ai repris les cours à Paris, j’ai de la chance, mon université propose des cours de Breton ». Son père s’y est remis sur le tard, il y a deux ans et demi. S’impliquer, pour la jeune fille, c’est aussi se battre pour la réunification : « historiquement, c’est de la pure logique, politiquement la Bretagne sera plus forte, économiquement c’est un avantage évident ». Elle tournera une partie de son documentaire à Melrand où est son berceau familial, et à Nantes, « ville exclue de la Bretagne alors qu’elle en a été la capitale, ville où toute une politique menée par la France se concrétise ».

Pour financer le tournage de son film – déplacements, montage etc. – elle a fait un appel aux internautes, ce que l’on appelle aussi du crowdfunding. Pourquoi passer par Internet ? « Pour toucher un maximum de personnes, voir les réactions, les attentes des gens ». « J’espère avoir d’autres témoignages, l’histoire de ma famille, c’est aussi celle de milliers de Bretons ». La jeune fille espère réunir 1.500 €, le « strict nécessaire pour faire le film » ; elle en a déjà collecté 475, soit un tiers de la somme. Pour la diffusion, elle compte sur les festivals pour se faire connaître. Son premier court-métrage achevé fin 2012 est déjà passé au festival des films Court en Betton la semaine dernière, ainsi qu’au festival des très courts à Saint-Pol de Léon et devrait être projeté lors d’un festival à Paris le 24 mai.

Alyson revendique au quotidien un rapport engagé pour la Bretagne : « je suis Bretonne à Paris, au quotidien, j’essaie de remettre les choses en place, me battre contre les clichés, expliquer par exemple que le Breton, c’est une langue, pas un patois, qu’il y a une Histoire, une identité derrière ». Pourquoi ? « La Bretagne, ça a tellement été bafoué que j’ai envie que la Bretagne retrouve sa fierté, que les Bretons n’aient plus honte de leur histoire ». Depuis les dernières décennies, la Bretagne connaît un renouveau culturel et économique important, « une lancée qui doit être continuée : il y a beaucoup de gens qui se bougent, qui proposent des pactes [BreizhImpacte], des initiatives économiques importantes, mais les gens du commun ne se bougent pas assez ». C’est pourquoi espère que son film pourra libérer leur conscience de la Bretagne, porter les Bretons du quotidien – éloignés de l’engagement politique – de l’ignorance à une découverte salutaire pour eux-mêmes et la Bretagne.

Contribuer à la collecte pour la réalisation du film

Comment apprendre le Breton à l’Université de Nantes ?

2 Avr

Apprendre le Breton à Nantes, capitale de Bretagne, cela devrait aller de soi. Mais non. Alors que la première université de Bretagne, installée en 1460 au couvent des Cordeliers, croule paisiblement, le Breton n’est pas (ou presque) enseigné à Nantes. Si bien qu’on arrive à une situation ubuesque : on l’enseigne dans certaines facs de Paris et à Sciences Po, mais pas à la fac de Nantes.

A Sciences Po Paris, l’association des Bretons de l’école a imposé que deux heures de cours de breton hebdomadaires sont proposées aux étudiants au sein de l’école depuis le début de cette année. Jusqu’en avril, le professeur Serge Plénier sera rémunéré par l’association. Mais si l’expérience se révèle concluante, le breton pourrait être intégré à la plaquette pédagogique de Sciences-Po à la rentrée prochaine. A Nantes, en revanche, le Breton n’est plus enseigné à l’UFR Lettres et Langues depuis 2004. Sauf par une petite porte et par l’Université permanente. Raisons ? Un choix politique, peut-être, mais aussi économique, alors que les évolutions de l’université de Nantes la rapprochent de Rennes.

44=BZHBreton à la Mission langues : « pas notre vocation »

Franchesca Penhoat, à l’accueil de la fac de lettres, nous confirme qu’il « n’y a pas d’enseignement de Breton dans [leurs] formations, même pas dans les unités d’enseignement libres » à part dans une première année de master à laquelle nous reviendrons. Elle nous suggère de nous adresser à la Mission Langues. Son directeur, Hervé Quintin, nous explique que le Breton n’est pas à l’ordre du jour de la mission : « nous sommes un service administratif qui n’a pas vocation à former en langues mais préparer les étudiants à des certifications en langues étrangères pour leur mobilité et leur insertion professionnelle à l’international. Le Breton n’entre pas dans notre vocation ». Cependant la mission a développé des enseignements de langues, en catalan, portugais, italien, allemand ou chinois « à destination de [leurs] étudiants en Erasmus ».

Une petite possibilité en M1 Français langue étrangère

La seule possibilité de bénéficier d’un enseignement de Breton à l’Université de Nantes , en master 1 FLE (Français langue étrangère), une formation accessible après une licence à destination d’étudiants majoritairement étrangers qui seront professeurs de français dans leurs pays d’origine. Loïc Fravalo, directeur de ce master nous explique quel est ce cours « c’est un cours de linguistique comparative français/breton qui a pour but de placer les étudiants dans la situation de leurs futurs élèves, qui découvriront une langue dont ils n’ont aucune connaissance. » L’enseignement, qui dure 24 heures au cours du premier semestre permet de faire connaître des « généralités historiques et culturelles sur le Breton, la morphologie de la langue et sa syntaxe, notamment en ce qu’elle diffère avec le français ». Pourquoi le Breton ? « N’importe quelle langue irait. Cette année, c’étaient le Breton et le Chinois. Nous avons beaucoup d’élèves étrangers, ce qui ouvre une palette de langues à comparer. Nous poussons les brittophones à choisir le chinois et nos nombreux étudiants chinois à choisir de se frotter au Breton, qui a pour lui d’être une langue relativement peu connue de nos élèves, puisque le but est de les placer face à une langue dont ils ignorent tout et qui soit assez différente du français. »

Reste la solution de l’Université permanente

Parmi ses cours, l’Université permanente propose un cours du jour en Breton, intitulé « Breton niveau conversation » et qui est tenu par Armand Tosser le lundi de 16 h 15 à 17 h 45 (code 22.801, prix 30€).  Le cours qui s’adresse aux bretonnants et aux étudiants qui possèdent les bases (syntaxe, grammaire, conjugaison, vocabulaire) de la langue présentées dans les méthodes en usage (oulpan, ni a gomz brezhoneg…), vise surtout à améliorer leur aisance et leur niveau « dans les situations de la vie courante tant pour la compréhension que pour l’expression ».

Le rapprochement avec Rennes bloque l’avenir de l’enseignement du Breton à l’Université de Nantes

BreizhJournal pose donc la question à M. Fravalo : est-ce que le développement de l’enseignement du Breton est à l’ordre du jour ? « Le contexte général, c’est qu’il n’y a plus de sous », nous répond le directeur du master FLE. « On ferme des formations plutôt qu’on n’en ouvre. L’enseignement du portugais est menacé, les prépas des universités de Rennes et de Nantes pour l’agrégation d’allemand ont été regroupées à Nantes, celles de l’agrégation d’espagnol à Rennes ». S’ajoute à cela un manque chronique d’étudiants et une présidence qui change à chaque élection, qui a bien d’autres chats à fouetter que l’enseignement du Breton. Cela dit, bien plus qu’un choix politique ou le poids des Pays de Loire,  paradoxalement, c’est le partage croissant de programmes et de compétences avec l’Université de Rennes qui bloque l’avenir de l’enseignement du Breton à Nantes, les universités d’Ille-et-Vilaine ayant dans ce domaine une offre plus que suffisante. Dans les couloirs de l’université nantaise, la thèse d’une fusion complète des universités des deux grandes métropoles de l’est Breton est de plus en plus partagée. Pourquoi ? Parce que lorsqu’il s’agit de monter des dossiers auprès des autorités nationales et européennes, la frontière administrative posée par les Pays de Loire semble bien faible comparée à la proximité géographique et à la force des deux métropoles. Bref, là encore, le Breton finira par gagner.