Tag Archives: crise

La journée de la jupe : une mobilisation étrangère à sa propre ville

23 Mai

attention-manipUne fois de plus, l’exception nantaise a frappé. Comme pour les pères sur leurs grues ou les chômeurs immolés, un fait divers nantais interpelle tout le pays et le met aux prises avec ses contradictions.

 

Finalement, la journée de la jupe qui n’est qu’un fait divers me au jour des réalités dérangeantes. Et oblige à poser des questions qui ne sont pas oins. Pourquoi cette initiative s’est bien gardée de toucher les lycées de quartiers défavorisés ? Là où justement la lutte contre le sexisme est une priorité. Cette initiative semble être pour beaucoup un délire de jeune bourge de gauche, très en retrait sur les réalités sociales, la vie réelle. Mais elle a reçu un retentissement national qui surprend et détonne d’abord dans sa propre ville.

 

La polémique s’est en effet propagée sur les réseaux sociaux. Nombreux sont ceux qui se sont indignés qui n’étaient pas nantais. Ni lycéens d’ailleurs. Et l’infime minorité de ceux qui sont venus protester sur place étaient directement concernés – garçons à Clémenceau (Clém’) ou parents d’élèves du lycée ou des six autres établissements du 44 concernés par l’initiative. Mais le ramdam a poussé les élèves de Clém’ à endosser l’initiative et à venir en jupe ; car il a fait abstraction des réalités locales, et notamment de l’effet de groupe, ou encore du statut particulier de Clém’ parmi les lycées nantais.

 

« Parmi les secondes, il y avait pas mal de jupes. Et plus on montait dans les niveaux, moins il y en avait », commente un élève de prépa qui est scolarisé à Clém’ depuis la seconde. Etre contre la norme – ce que tes camarades, tes professeurs, le discours public encouragent – s’assume d’autant mieux que l’âge augmente. « En revanche, les meneurs étaient en terminale L et ES. Mais tut ça n’était guère sérieux, c’est peut-être pour ça que ça a si bien marché ». La polémique était elle trop sérieuse, et totalement décalée par rapport au sujet.

Il y a autre chose encore. Clém’ a toujours eu une identité particulière. Lycée avec beaucoup d’options artistiques et linguistiques, il échappe à sa destinée d’établissement bourge du centre-ville, mais le grand brassage d’idées et d’origines sociales qui y règne ne s’accompagne pas d’une croissance du multiculturalisme. C’est toujours un lycée blanc, auréolé par ses bons résultats, et où des élèves arrivent après avoir été poussés par leurs parents à faire des options invraisemblables pour échapper à une carte scolaire qui ne les arrange pas. Brassage d’idées, de point de vue, de revendications. « Les lycées d’ailleurs se rassemblent ici quand il y a des conflits, c’est d’ici souvent que ça part, c’est le lycée-flambeau ». Porte-drapeau des contestations, des choix idéologiques, des luttes. Un symbole.

 

Ce que nombre de polémiqueurs ne savaient pas. Avec leur opposition à coups de canon, ils ont réveillé l’esprit Clém’ qui n’a plus grand-chose à voir avec l’histoire du lycée – ancien couvent d’Ursulines, puis dernier lycée public de France à avoir eu un abbé pour directeur, abbé qui a d’ailleurs reconstruit les bâtiments dans leur état actuel.

 

Cela ne va pas sans engendrer d’autres problèmes. Dylan, élève de seconde, expliquait « aujourd’hui, celui qui est venu sans sa jupe, limite on le regardait mal. Finalement c’est du sexisme à l’envers ». Lutter contre les discriminations en instaurant des discriminations contraires, c’est fort. Ce n’est pas une solution, à mois qu’au lieu d’éradiquer le sexisme on ne veuille juste que l’inverser ?

 

Ce 16 mai, Nantes est bien loin de tout ça. La ville se dore au soleil, le vent de Loire rafraîchit agréablement les terrasses pleines, les rues sont populeuses et les visages apparemment insouciants. Mais les préoccupations sont loin des jupes, marginalisées d’ailleurs dans l’habillement féminin. La crise rode, imposant sa marque dans les dents creuses des alignements de vitrines et des porte-monnaie, les files de Pôle Emploi et les plantations forts abondantes des jardins familiaux qui sont nombreux aux portes de la ville, avec leurs éoliennes agricoles installées par la ville, la liste des audiences pour surendettement et le nombre de bureaux et de logements vides. Qui augmentent, bien que les grues continuent à tourner sans relâche dans le ciel breton.

 

Pour bien des nantais, la polémique de la jupe a été incompréhensible, tant c’était pour eux un fat divers parmi d’autres et d’ailleurs rapidement chassé par d’autres. Mais pendant qu’on parle de la jupe ou qu’on s’en offusque, tout le reste passe au second plan. C’est pourquoi le gouvernement peut aller allumer un (gros) cierge à la Manif pour Tous.

Crise en Ukraine : le témoignage d’un ukrainien de l’est

18 Mar

1394822347_1073366276-frAlors que la Crimée vient de déclarer par 97% des suffrages sa volonté de rejoindre la Russie, les médias français et occidentaux mainstream continuent de rendre la Russie responsable de la scission ethnique et politique qui se développe en l’Ukraine. Loin des gémonies médiatiques et de la chasse aux sorcières et aux opinions différentes, nous vous présentons le point de vue d’un habitant – russophone – de l’est de l’Ukraine. Les notes entre crochets sont de la traduction, par BreizhJournal. Le reste est brut de décoffrage. A chacun d’en tirer ses conclusions.

Les libéraux russes soutiennent les ukrainiens de l’ouest dans leur droit à l’autodétermination. C’est très bien. En revanche il est bien dommage qu’ils ne soutiennent pas les ukrainiens de l’est pour qu’ils fassent pareil. Et qu’ils ne savent même pas quel est leur avis. Je vais essayer de l’expliquer.

Regardez. Vous vivez à l’est de l’Ukraine. Vous avez 40, 50 ou 60 ans. Peut-être même 30 ou 70. Vous êtes russe. Ce n’est pas une question de sang. Par votre langue, votre culture, votre conscience, vous êtes russe. Vous êtes né en URSS. Vous avez une relation apaisée avec elle. Vous n’êtes pas fan de Staline. Mais il y a d’autres choses. L’enfance. Les vétérans de la guerre. Vous ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain. Vous vivez hors de Russie depuis 20 ans et des brouettes. Mais vous êtes pourtant toujours russe. La conception non-écrite de l’Ukraine en tant que pays s’appuyait sur un équilibre entre l’Orient et l’Occident.

Vous avez toujours trouvé que l’Ukraine de l’ouest était quelque chose d’autre. D’étranger. Vous vivez dans le même pays, mais vous êtes très très différent. De temps à autre ils tabassent les vétérans soviétiques. Cela vous énerve. Parfois ils essaient de faire des défilés de SS. Cela vous rend fou. Là bas ils parlent du héros Bandera [qui a choisi le camp des allemands pendant la guerre]. Vous pensez qu’ils sont malades. Ils créent à partir de rien une conception nationale ukrainienne. Vous trouvez qu’ils sont idiots. Vous devinez qu’ils ne sont pas tous comme ça. Mais « la voix de l’occident » sonne justement ainsi. Leurs autres traits ressemblent aux vôtres. C’est pourquoi vous remarquez justement ça ; leur « particularisme », c’est ça. Vous n’êtes pas saint et votre ire connait aussi son crépuscule.

Il y a quatre ans, vous avez voté pour Ianoukovitch [ex-président déchu et chassé par les révoltés nationalistes à Kiev]. Pas parce que vous l’aimiez. Mais tout simplement parce que Timochenko, c’est la même chose en pire. Vous ne soutenez pas Ianoukovitch. Vous n’aimez pas les corrompus. Mais vous n’avez personne d’autre à qui donner votre voix. Il n’y avait pas d’autre homme politique d’envergure à l’Est [de l’Ukraine].

Vous êtes un homme simple. Vous voulez la paix, la prospérité, de bonnes relations avec la Russie – car elle compte beaucoup pour vous – mais aussi avec l’Europe. Vous n’étiez pas contre l’association avec l’UE. Surtout si elle permettait de ne pas s’éloigner de la Russie. Le plus souvent, vous avez en Russie vos enfants, une partie de votre famille qui y vit ou y travaille, ou vos amis…

La Russie d’aujourd’hui vous plaît plutôt. Il y a là-bas la paix et une prospérité relative, surtout par rapport à la réalité que vous vivez. Toutes ces années, c’est la Russie et elle seule qui soutient l’Ukraine. Le marché du travail est ouvert. Elle a injecté des dizaines de milliards de subsides. Il y a des réductions [allusion au prix du gaz, vendu 30% en dessous du prix du marché], des projets communs, notamment une zone de libre échange [commune à la Biélorussie, au Kazakhstan et à l’Arménie. Il s’agit de l’Union douanière]. Les ukrainiens qui travaillent en Russie sont trois ou cinq millions. Les autres pays ne font pour l’heure que des promesses.

Personne ne vous empêche en Ukraine de parler en russe. Mais il y a de moins en moins d’écoles russes. Pas d’universités russes du tout – dans un pays où le russe est la langue maternelle de 80 % de la population. Un président [Ioutchenko, de 2005 à 2010] traduisait tout en ukrainien. Un autre [Ianoukovitch] ne s’est jamais bougé pour inverser la vapeur. Il y a énormément de rhétorique anti russe, bénigne dans l’ensemble mais qui énerve et attriste beaucoup.

Dans le pays c’est le bordel tout le temps et il y a des élections constamment. Et de la misère. Des voleurs, qui changent de président et continuent à se partager le budget en usant de n’importe quelles paroles et n’importe quelles personnes [pour couvrir leurs actes]. La nouvelle révolution est encore une de leurs idées. Et rien ne prouve qu’ils ont changé au moins un peu.

Vous voulez vivre sans bordel et sans misère. Vous regardez vers la Russie. Vous trouvez que l’ouest du pays ne produit rien, mais ne cesse de dévorer vos impôts. Même si ce n’est pas vraiment la réalité. Mais à l’ouest ils disent souvent qu’ils sont les seuls à être normaux et vrais ukrainiens. Alors que vous êtes soit finis à l’huile de morue, soit idiots, soit des traîtres. Vous vous demandez parfois si vous voulez vraiment être ukrainien.

Après commence le Maïdan [la révolution de février 2014 à Kiev, qui part de l’occupation de la place de l’Indépendance, nommée Maidan Nezalejnosti en ukrainien]. Le Maïdan détrône le pouvoir légitimement élu. Y compris celui pour qui vous avez voté. On ne vous demande pas votre avis. Le Maïdan fait ça les armes à la main. Tout en clamant son pacifisme. Le Maïdan tire sur les siens. Et prétend que c’est le pouvoir [de Ianoukovitch] qui le fait. Le Maïdan est nourri par les oligarques. Les mêmes qui ont poussé en avant Ianoukovitch avant de le lâcher lorsqu’il a commencé à nourrir ses enfants plus qu’eux.

Vous estimez que cette révolte est un arrangement des oligarques avec les nationalistes et les professionnels de la politique. Qu’ils ont bénéficié du soutien en quantité de gens qui veulent que les choses aillent pour le mieux, mais le font avec des moyens malsains et vont dans le mauvais sens.

Le Maïdan ne représente pas toute l’Ukraine. Il ne vous représente pas. Vous aussi vous êtes pour un pouvoir honnête et de bonnes lois. Mais pas avec les forces de gens entraînés dans des pays bien connus [en UE et aux USA] avec des opinions notoires [allusion aux ultranationalistes néonazis des partis « Batkivschina » et « Oudar »]. Les croix gammées sur leurs épaules et ce qu’ils clament sur la guerre avec la Russie ne vous laisse aucun choix à leur égard. Et surtout, vous refusez d’être gouvernés par les oligarques pour leur plus grand profit. Vous les connaissez assez bien.

Et surtout pas en suivant une rhétorique antirusse. Et surtout pas dirigés par les hommes politiques occidentaux, que vous n’aimez pas depuis les temps de l’URSS encore. Mais le problème n’est pas là. Vous connaissez le prix de leurs promesses. Ne serait-ce que grâce à l’Histoire. Quand ils gênaient le pouvoir, soutenaient les insurgés armés et ont estimé que le coup d’état était paisible et légal. Vous suspectez que ces actions ne sont pas motivées par leur aveuglement ou leur générosité, mais par leur seul intérêt.

Et surtout, vous refusez ces hommes politiques. Vous ne pensez pas que Iascheniouk [le nouveau premier ministre ukrainien], Klitcshko [le boxeur leader du parti ultranationaliste Oudar] ou Tiagnibok [juriste de Lvov, ultranationaliste et leader du parti ultranationaliste Svoboda, depuis 2010 se trouve dans le top 10 mondial  des antisémites, selon le centre Simon-Wiesenthal] sont des gens qui prennent vraiment les décisions, car vous n’êtes pas con. Ce sont des marionnettes et vous le savez.

Comment vous aurez aimé que ça se passe ? Vous voudriez des lois qui s’appliqueraient également à tous. Du respect pour les deux avis sur la question. L’absence de rhétorique dirigée vers quelque bouc émissaire que ce soit. Des élections et non des émeutes. Vous auriez aimé qu’en Ukraine – à condition que l’on conserve les frontières actuelles – tout le monde arrêtera à jamais de penser que c’est le pays des ukrainiens au sens où on l’entend en Galicie [région ultra-nationaliste à l’ouest de l’Ukraine, comme celle de Lviv. Ses habitants ont soutenu en masse le IIIe Reich et il y a eu une légion SS de Galicie sur le Front de l’Est, composée quasi-exclusivement de nationalistes ukrainiens].

Vous ne savez pas quoi penser du renversement de Ianoukovitch. Il était mauvais. Ceux-là ne sont pas mieux. Leurs méthodes sont dégoûtantes. Et maintenant ils commencent à faire des projets de loi. Supprimer le statut particulier du russe [quasi-langue d’Etat]. Changer les noms des rues pour honorer leurs « héros » [des nationalistes, souvent d’anciens officiers SS]. Aller non seulement vers l’UE, mais aussi vers l’OTAN. Interdire le parti communiste et le Parti des Régions [celui de Ianoukovitch, qui est accessoirement le plus grand parti politique de la population russophone]. Supprimer le délit d’apologie du fascisme. Condamner l’occupation soviétique de l’Ukraine. Interdire les chaînes de télévision russe (c’est fait).

Une grande part de tout cela n’est que des mots. Mais vous les entendez. Maintenant, leurs actes. Des députés battus comme plâtre près de la Rada [la Chambre]. Des gens inculpés pour des crimes sont relâchés sans être jugés. La Cour Constitutionnelle est dispersée. Le « gouvernement » et le « président » sont désignés sans aucun respect de la légalité. Les maisons des opposants politiques sont brûlées. Le pillage fleurit. Tout ça n’a pas été fait par les hommes politiques, bien sûr. Cela a été commis par les diables qu’ils ont lâché, ces diables dont les forces leur ont permis de renverser Ianoukovitch. 

Sur le Maïdan, il y a beaucoup de gens différents. Nombre d’entre eux sont dignes et honnêtes. Mais dans les conditions où vous place toute cette hystérie, même votre colère contre l’ancien pouvoir se calme. Vous n’êtes ni saint, ni génie, ni expert en analyse. Alors que le nouveau pouvoir, ce sont justement ces gens qui traitent les russophones de « dégénérés ». Ceux-là même qui disent qu’ils vont « les pendre après ». Qui parlent d’une croisade contre la Russie. « Votre » nouveau pouvoir, certes, pas ses plus hauts dignitaires, parle de guerre avec votre Patrie, sans guillemets.

Peut-être, avez-vous une chance de faire votre protestation pacifique ? Peut-être, on vous a donné le droit de faire un référendum, créer une autonomie ? Peut-être, le « gouvernement » essaie d’être équilibré et vous écouter ? Pas du tout.

Ils refusent tout compromis. Il n’y aura pas de referendum. Vos leaders sont embastillés [notamment le gouverneur populaire de Donetsk, Pavel Goubarev, élu par la population révoltée contre le nouveau gouverneur, un oligarque envoyé par Kiev ; il a été arrêté par des miliciens loyaux au nouveau gouvernement et est en prison pour au moins deux mois]. Vous ne voulez pas vous-même suivre la logique jusqu’au bout. Il y aura beaucoup de sang versé. Vous êtes quelqu’un de normal, vous avez une famille. Vous n’allez pas au Anti-Maïdan [une révolte opposée au nouveau gouvernement de Kiev] bien que vous les soutenez, et c’est pourquoi il n’est pas aussi populeux qu’il aurait pu l’être. A la place de lutter, vous êtes en dépression.

Vous regardez vers la Crimée. Et vous êtes joyeux. Là-bas les gens ne veulent pas vivre avec ce Kiev là. C’est une bonne raison de revenir en Russie [dont la presqu’île a été séparée en 1954, pour être donnée à l’Ukraine]. Ils sont décidés, là-bas. Et ils ont le soutien de l’armée russe. Ils feront un référendum et feront partie de la Russie. Ce n’est pas le paradis sur terre. Mais ils s’y sentent chez eux.

Il n’est pas compliqué pour vous d’imaginer ce qui vous attend. Il n’y aura ni autonomie, ni référendum, ni prise en compte de votre avis. Vos leaders sont déjà arrêtés et le seront encore à l’avenir. Vous ne verrez pas le russe enseigné dans les écoles et les facultés. Tout comme le respect de tout ce qui est russe ou soviétique. Ainsi que l’accès à la Russie sans visa.

Vous allez avoir droit aux bases de l’OTAN, semeur réputé de démocratie. Vous êtes pour la démocratie, mais vous n’êtes pas idiot, vous savez reconnaître la pratique par rapport à la théorie. Vous allez avoir droit au culte de Bandera et à la suppression des défilés du 9 mai (déjà fait). Vous êtes sûr qu’en comparaison avec tout cela Ianoukovitch va très bientôt sembler super-démocrate. Et aussi super-honnête. Vous allez avoir droit à la réduction des retraites et au doublement des loyers. Vous allez pouvoir oublier la prospérité dans votre vie. Votre industrie [les régions de l’est sont l’Ukraine utile : industrielle et minière] sera louée à très vil prix et à un taux usuraire [allusion aux prêts du FMI et de l’UE, dont la contrepartie est la privatisation des géants industriels ukrainiens par les compagnies européennes].

Voici le plus important. Vous allez avoir droit à la sensation que vous êtes étranger dans votre pays. Votre langue, votre relation avec le passé, vos préférences politiques, votre avis sur votre Patrie – tout cela sera étranger.

Et maintenant devinez si vous soutenez l’entrée de l’armée russe à l’est de l’Ukraine.

 

PS : L’autre parti a aussi sa vérité. Et j’aimerai la voir quelque part dans son entièreté. Je vous prie de partager ce message. Ou un message semblable. Je le demande surtout à ceux dont l’avis sur la question diffère. Et je promets de reposter un texte semblable mais qui va dans l’autre sens. Pour que nous puissions mieux nous comprendre. La paix et la compréhension mutuelle en politique sont probablement impossibles maintenant. Mais c’est encore possible dans les cerveaux. Ils sont plus importants. Et nous devons tout faire pour nous comprendre et sauver la paix. Merci pour votre attention.

Source : Blog VKontakte de Sergueï Gourkine

 

Texte d’origine en russe

Прекрасно, что русские либералы поддерживают западных украинцев в их праве на самоопределение. Очень жалко, что русские либералы не поддерживают в том же праве восточных украинцев. И даже не знают, в чем состоит их позиция. Я попробую объяснить.

Вот смотрите. Живете вы в Восточной Украине. Лет вам, скажем, 40, или 50, или 60. Может быть, даже 30 или 70. Вы русский. Дело не в крови. По языку, культуре, самосознанию – русский. Вы родились в Советском Союзе. Вы относитесь к нему спокойно. Вы не фанат Сталина. Но есть какие-то другие вещи. Детство. Ветераны войны. Вы не осуждаете все скопом. Вы живете вне России уже 20 с фигом лет. Но вы не сделались нерусским. Неписанная концепция страны Украины была в балансе между восточным и западным.
Вы всегда воспринимали западную Украину как что-то чуть другое. Отдельное. Вы живете в одной стране, но вы очень и очень разные. Они там время от времени бьют советских ветеранов. Вас это раздражает. Они там время от времени порываются провести парады СС. Вас это бесит. Они там говорят про Бандеру-героя. Вы считаете их больными. Они создают на пустом месте концепцию украинскости. Считают, что украинцы круты потому, что они украинцы. Вы считаете их идиотами. Вы догадываетесь, что они не все такие. Но «голос запада» звучит именно так. Остальное у вас похоже. Поэтому бросается в глаза именно это. Их « особость » получается в этом. Вы не святой. В вашем гневе тоже заходит солнце.

Четыре года назад вы голосовали за Януковича. Не потому, что он вам нравится. А потому, что Тимошенко – это то же самое, только хуже. Вы не поддерживаете Януковича. Вы не любите коррупционеров. Но больше вам голосовать не за кого. Ни одного внятного политика на востоке больше не было.

Вы простой человек. Вы хотите мира, достатка, хороших отношений в первую очередь с Россией, потому что она особая для вас, но также и с Европой. Вы не были против ассоциации с ЕС. Особенно если бы она позволяла не отдаляться от России. Скорее всего у вас в России дети, или родственники, или кто-то там работает, или друзья, и т.п.
Современная Россия вам скорее нравится. Мир и относительный достаток, особенно на вашем фоне, там есть. Все эти годы Украину поддерживает именно Россия и только Россия. Рынок труда открыт. Прямой помощи на десятки миллиардов. Скидки, совместные проекты, в основном открытый товарный рынок. Работающих там – не то три, не то пять миллионов. Остальные пока только обещают.

Никто не мешает вам на Украине говорить по-русски. Но русских школ с каждым годом все меньше. Русских вузов нет совсем. В стране, где для 80% населения родной язык – русский. Один президент переводил все на украинский. Другой так и не почесался сделать ничего обратного. Очень много антирусской риторики, которая в общем безвредна, но очень расстраивает и раздражает.
В стране непрерывный бардак и непрерывные выборы. И бедность. Воры, которые меняют президентов и продолжают осваивать бюджет при любой риторике и при любых персоналиях. Новый протест снова затеян ими. И ни из чего не следует, что они как-то изменились.
Вы хотите жить без бардака и без бедности. Вы смотрите на Россию. Вы считаете, что запад страны ничего не производит, только съедает ваши налоги. Хотя вообще-то это не совсем так. Но на западе часто говорят, что только они – нормальные и настоящие украинцы. А вы – либо недоделанные, либо дураки, либо предатели. Вы иногда задумываетесь о том, а хотите ли вы быть украинцем.
Потом начинается майдан. Майдан свергает законно избранную власть. В том числе и вами избранную. Вас – не спрашивает. Майдан делает это с оружием в руках. И врет, что делает это без оружия. Майдан стреляет по своим. И врет, что это делают власти. Майдан кормили олигархи. Те же, что выдвинули Януковича, а потом, когда тот стал кормить своих детей больше, чем их, задвинули обратно.

Вы считаете, что это сговор олигархов с националистами и политиканами при количественной поддержки людей, которые хотят как лучше, но пользуются дурными средствами и идут в ложном направлении.
Майдан не представляет всю Украину. Он не представляет вас. Вы тоже за честную власть и хорошие законы. Но только не силами подготовленных в известных странах боевиков с известными убеждениями. Свастики на их плечах и слова о войне с Россией в их устах не составляют вашему к ним отношению никакого выбора. И только не под руководством и во благо олигархов. Вы их хорошо знаете.

И только не под антирусскую риторику. И только не под руководством западных политиков. Вы их еще с советских пор недолюбливаете. Но дело не в этом. Вы знаете цену их словам. Даже по этой самой истории. Когда они мешали власти, поддерживали боевиков и сочли мирным и законным силовой антиконституционный переворот. Вы подозреваете, что они делают это не вследствие своей слепоты или прекраснодушия, а вследствие своей заинтересованности.
И не с этими политиканами. Вы не считаете Яценюка, Кличко или Тягнибока принимающими решения, потому что вы не дурак. Они – марионетки, и вы это знаете.

Вы бы как хотели? Законы, равные для всех. Уважение к обеим сторонам вопроса. Отсутствие античьейбытонибыло риторики. Выборы, а не восстание. Вы бы хотели, чтобы на Украине, при условии сохранения нынешних границ, все раз и навсегда перестали считать, что здесь живут только украинцы в галичинском смысле этого слова.

Свержение Януковича вы встречаете с недоумением. Тот был плох. Эти не лучше. И методы отвратительны. А теперь они начинают вносить законопроекты. Отменить особый статус русского языка. Переименовать улицы в имена своих «героев». Двигаться уже не только к ЕС, а к НАТО. Запретить компартию и партию регионов. Отменить ответственность за оправдание фашизма. Осудить советскую оккупацию Украины. Запретить российское телевидение (отчасти уже).

Многое из этого – слова, да. Но вы слышите эти слова. Теперь дела. Депутатов избивают возле рады. Обвиненных в преступлениях выпускают без суда. Конституционный суд разгоняют. «Правительство» и «президента» назначают без всяких признаков законности. Дома политических оппонентов сжигают. Мародерство цветет всеми цветами. Не все из этого делали политики, конечно. Это делали те бесы, которых они выпустили, те бесы, чьими силами они свергали Януковича.

На майдане много разных людей. Много достойных и честных. Но в условиях этой истерики и в вашем гневе заходит солнце. Вы не святой, не гений и не аналитик.

А новые власти – это те самые, что называют русскоязычных « дегенератами ». Те самые, которые говорят, что «вешать их мы будем потом». Те самые, что говорили о походе на Россию. «Ваши» новые власти, пусть и не в самых высших чинах, говорят о войне с вашей без кавычек Родиной.
Может быть, у вас был шанс на свой мирный протест? Может быть, вам дали право провести референдум, создать автономию? Может быть, «правительство» старается быть сбалансированным и слушать вас? Как бы не так.

На компромисс они идти не хотят. Референдума не будет. Ваших лидеров задерживают. Идти до конца не хотите вы сами. Будет много крови. Вы нормальный человек, у вас есть семья. Вы на антимайдан не ходите, хотя сочувствуете, и поэтому он не так велик, как мог бы. Вместо борьбы у вас депрессия.

Вы смотрите на Крым. И радуетесь. Там люди не хотят жить с таким Киевом. Хороший повод вернуться в Россию. Они там решительные. И у них есть поддержка русской армии. Они проведут референдум и будут частью России. Не то чтобы Россия – рай на земле. Но она – своя.

Вам несложно представить, что вас ждет дальше. Ни автономии, ни референдума, ни учета вашего мнения не будет. Ваших лидеров уже задерживают и дальше будут задерживать. Русского языка в школах и вузах вам не видать как своих ушей. Уважительного отношения к русскому и советскому тоже. Заодно и безвизового въезда в Россию.
Вас ждут базы НАТО, знаменитого сеятеля демократии. Вы за демократию, но вы не дурак, отличать теорию от практики вы умеете. Вас ждет героизация бандеры и отмена парадов 9 мая (уже). Вы уверены, что на фоне этих Янукович уже очень скоро покажется демократичнейшим. А заодно и честнейшим. Вас ждет урезание пенсий и двукратный рост квартплаты. О благосостоянии в пределах вашей жизни можно забыть. Ваша промышленность будет сдана по очень низкой цене и под очень высокий процент.

И главное. Вас ждет ощущение, что вы в своей стране чужой. Ваш язык, ваше отношение к прошлому, ваши политические предпочтения, ваше отношение к вашей Родине – все это будет чужим.

А теперь угадайте с одного раза, поддерживаете ли вы ввод русской армии на восток Украины.

p.s. У другой стороны тоже есть своя правда. И я хочу ее где-нибудь увидеть в цельном виде. Я прошу перепостить этот текст. Или аналогичный. Особенно тех, чья позиция отличается. И я обещаю перепостить аналогичный текст с обратным знаком. Чтобы мы лучше понимали друг друга. Мир и понимание в политике уже, пожалуй, невозможны. Зато возможны в головах. А головы важнее. И мы должны сделать все, чтобы друг друга понять и сохранить мир. Спасибо за внимание.
Источник: блог Вконтакте Сергея Гуркина

 

Un nouveau plan social géant dans l’agro-alimentaire breton

18 Juil

mangona-cochonsAprès Doux, l’hécatombe continue, rythmée par les déclarations à l’emporte-pièce du très visible, mais peu efficace ministre du Redressement Productif. Désormais le spectre de la crise s’attaque à une filiale de la CECAB, le groupe d’abattoirs Gad SAS, qui dispose de quatre sites en Bretagne. Le plan social, dans les tuyaux depuis début févriercomme nous l’écrivions alors  – sur fond de crise des matières premières conjugée à la concurrence des abattoirs allemands et polonais, devrait entraîner le licenciement de 646 salariés, 300 autres étant reclassés par la CECAB.

GAD dispose de quatre sites en Bretagne, les abattoirs de Lampaul-Guimiliau (Finistère, 850 salariés), de Josselin (Morbihan, 650) et de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique, 80 salariés), plus 50 salariés au siège, à Saint-Martin des Champs. Aucun repreneur ne s’est manifesté depuis le début de l’année pour redresser GAD. En revanche, les employés de l’abattoir de Lampaul ont présenté un projet de coopérative ouvrière (SCOP) pour reprendre leur site et éviter la casse sociale. Le tribunal de commerce de Rennes devrait trancher le sort du groupe le 21 août.

Guillaume Garot, le ministre délégué à l’Agroalimentaire, a annoncé devant l’ampleur de la crise qu’un plan spécifique pour l’agroalimentaire breton devrait être lancé à l’automne. Mais cela ne sera au mieux que des soins palliatifs pour accompagner les souffrances de l’agonisant, tel des offres de formation aux ouvriers souvent âgés et très spécialisés des abattoirs. Plusieurs abattoirs sont « en trop » en Bretagne, et pourraient fermer dans les prochaines années, sans que personne, ni au gouvernement ni parmi les intendants que Paris envoie gouverner en Bretagne, ne songe à remettre en cause ce que l’on considère trop souvent comme un état de fait économique. Des milliers d’emplois sont menacés, notamment dans une Basse Bretagne déjà fortement éprouvée par l’effondrement d’une partie du groupe Doux.

Cependant, la cause première est politique : la France est trop centralisée, trop endettée aussi. Paris prend la grosse dette, et se soucie peu des Bretons, sauf pour recouvrer les impôts et bazarder tout ce qui peut l’être (services publics, bâtiments de l’Etat, casernes, monuments, espaces naturels…). Peut-être, s’il y avait une vraie décentralisation territoriale, si la Bretagne était libre de se réunifier et d’aider, dans ses cinq départements, son industrie agroalimentaire, n’en serait-on pas là ? Plus que jamais, il semble que se sortir de la crise rime avec sortir de la centralisation jacobine.

Le gouvernement se penche sur l’amélioration de Nantes-Atlantique

6 Juil

desserte-NAOfficiellement, sur Notre-Dame des Landes, la position du gouvernement peut se résumer au slogan du Printemps Français : « on ne lâche rien ». En pratique, devant la forte hostilité du Parlement Européen  à l’encontre d’un projet d’aéroport totalement illégal en droit européen depuis cinq ans et en droit français depuis quatre, le gouvernement – Ayrault en tête – se voit forcé d’avaler quelques couleuvres, d’autant plus que les municipales ne sont pas loin et s’annoncent mal pour la gauche.

L’Europe, justement, a demandé un complément d’information au gouvernement et s’apprête à envoyer une mission parlementaire à l’automne. Si bien que si le gouvernement a claironné – par la voix des caciques socialistes de la région des Pays de Loire – que les travaux reprendraient « à l’automne » puis « à la Toussaint », il ne s’avance plus sur aucun calendrier de travaux. Il fait bien : les travaux préparatoires avaient continué ces derniers temps en toute discrétion. Peine perdue : les forages ont été empêchés par les paysans, tandis que les zadistes sont allés visiter à plusieurs reprises le chantier de déplacement d’une ligne électrique, préalable à l’agrandissement d’un chemin autour de la ZAD. Moralité : en quelques mois, quelques poteaux plantés, et encore ont-ils été récemment sérieusement abîmés. Avec ces rythmes de construction records, l’Ayraultport n’est pas près de décoller.

Le ministre des Transports Cuvillier a annoncé le 28 juin l’étude d’un réaménagement de Nantes-Atlantique pour « approfondir l’évaluation des coûts du réaménagement de l’actuelle aérogare et des stationnements » sur la base d’une fréquentation par 5, 7 ou 9 millions de passagers. Officieusement, le but est de confirmer les chiffres officiels déjà donnés en appui au projet de Notre-Dame des Landes, c’est-à-dire que Nantes-Atlantique ne pourrait faire face à 9 millions de passagers. Mais les derniers mois ont permis de montrer – y compris sur BreizhJournal – que les 9 millions de passagers que Vinci vise pour…2065 (!)  sont un chiffre complètement fantaisiste et passablement dopé aux EPO.

Un autre argument risque de faire irruption dans le débat : l’Etat n’a (vraiment) plus d’argent, et s’apprête à couper le jus aux collectivités locales via les dotations. Onze milliards d’impôts divers prévus ne sont pas rentrés dans le budget 2013 : les recettes de TVA se sont effondrées, les gens ne consomment plus, celles de la TIPP (taxe sur les carburants) aussi, puisqu’ils roulent de moins en moins, surtout s’ils perdent leur travail, l’assurance-maladie et les caisses de retraites sont un champ de ruines du fait de la crise économique, et ainsi de suite. Au prochain budget, ce sont plusieurs dizaine de milliards qui manquent à l’appel. Un constat qui explique la dureté de la commission Duron qui a mis au placard la majeure partie des projets LGV et autoroutiers prévus, à commencer par la ligne TGV Lyon-Turin  (TAV).  Pour que le gouvernement, à huit mois des municipales, se décide à heurter des cohortes d’élus locaux en tous genres, y compris des socialistes, qui tenaient à ces grands projets pour leur réélection, c’est qu’il y a sérieusement le feu au lac. L’argument de la crise risque de devenir la première raison du désengagement de l’Etat, ou tout au moins un argument fort des opposants pour l’appeler à se retirer et laisser tomber l’Araultport.

Loin de toutes ces tensions budgétaires, l’association britto-angevine de citoyens « proposants » dans le domaine des transports Nexus  profite de la réévaluation de l’aéroport pour proposer de remettre en service la ligne de chemin de fer qui relie Nantes à l’aéroport de Nantes-Atlantique. Celle-ci est actuellement une ligne réservée au trafic des marchandises quasi inutilisée qui aboutit dans le domaine des activités aéroportuaires (D2A) en passant devant l’Aérogare et l’usine Airbus. Ancien tracé de la ligne de Nantes à Sainte-Pazanne, elle se débranche de l’actuelle ligne au nord de l’aéroport pour filer tout droit vers l’aérogare, tandis que l’actuelle ligne fait le tour. L’association propose d’établir une station devant l’usine Airbus (actuellement seulement desservie par le bus Tan, de l’autre côté) et une « gare ferroviaire performante » à l’aéroport, puisqu’il y a largement la place afin de mettre « 1.300.000 personnes à moins de 60 minutes de l’aéroport » via la liaison ferroviaire nouvellement créée. De quoi limiter l’extension des parkings – et les dépenses qu’ils engendrent, tant pour l’aéroport que les usagers – et rendre l’aéroport plus attractif.

Tensions autour de l’emploi d’ouvriers de PSA par la SNCF de Rennes

22 Avr

Donner du travail aux ouvriers PSA de Chartres de Bretagne, ce n’est pas si simple. La SNCF avait pourtant eu l’idée d’en employer 85 sur le site même de la Janais – afin de restyler des TGV à Rennes. Ces travailleurs extérieurs devraient être encadrés par quinze agents sous statut cheminot. Finalement, ils ne seraient que 80 ouvriers, mais la SNCF installerait ses équipements dès cet été. Le site de la Janais dispose de 1700 possibilités de reclassements pour les ouvriers qu’il va licencier, dont 600 en CDI à l’extérieur.

Logo Sud Rail BZH vertCependant ce projet récent n’est pas parti pour rouler sur de bons rails. Le syndicat cheminot Sud Rail Bretagne – pour lequel soit dit en passant, Bretagne se conçoit à cinq départements – met le carré et s’insurge contre cette « sous-traitance massive » et dénonce ce qu’il estime être un lugubre « poisson d’avril » dirigé contre les Ateliers – que l’on appelle Technicentre depuis une dizaine d’années – depuis longtemps dans le viseur. En effet, en janvier 2011, la direction de la SNCF a annoncé la fermeture de l’activité des ateliers dédiée aux voiture – 300 emplois par terre dans l’entreprise historique et les sous-traitants – en annonçant pour faire passer la pilule la construction d’un nouvel atelier en banlieue de Rennes où serait délocalisée la seule réparation des pièces de frein. 150 cheminots avaient alors manifesté contre ce projet.

Le syndicat Sud Rail rappelle que « Arnaud Montebourg, Ministre du  Redressement Productif a fait une visite surprise le 19 octobre 2012 aux Ateliers de construction du Centre (ACC) de Clermont-Ferrand annonçant aux 350 salariés de l’entreprise en difficulté la prolongation d’un contrat avec la RATP pour rénover des rames du RER B. Dans la foulée le directeur de la SNCF fait de même » sans doute par excès de zèle. Parce que les emplois sauvegardés de Clermont le seront aux dépens de ceux des cheminots Bretons, qui s’occupent justement des rames Mi79 du RER B. ACC est en effet une entreprise concurrente de la SNCF.

FeuRougeClignotantCe n’est d’ailleurs pas la première fois que les emplois Bretons sont cassés au profit d’activités concurrentes – et déficitaires – en France. Ainsi, fin 2012, la casse de l’emploi était limitée à Florange aux dépens du site Arcelor de Basse-Indre avec la bénédiction du gouvernement et de Jean-Marc Ayrault qui a vilement marchandé le site nantais pour obtenir un semblant de paix sociale en Lorraine. Deux fois raté, puisque les Lorrains ne se sont pas laissés prendre et que la fermeture des hauts-fourneaux entérinée il y a quelques jours laisse une région exsangue, humiliée et meurtrie. Sud-Rail Bretagne conclut en demandant que « cesse la comédie », que l’avenir des ateliers SNCF, de ses employés et sous-traitants soit fixé, et que cesse la « sous-traitance massive » effectuée par la SNCF aux dépens des cheminots et la « vente à la découpe » de l’entreprise. L’activité de restylage des TGV est prévue pour ne durer que 4 à 5 ans, et ce qui se fera à la Janais chez PSA sera fait au détriment des Technicentres (ateliers SNCF) de Romilly, Bischeim et Hellemmes qui tourneront en partie à vide. Sud-Rail demande donc une activité pérenne et le statut de cheminot pour tous.

Les promesses d’emploi de l’aéroport de Notre-Dame des Landes se crashent

1 Avr

La communication officielle autour du projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes le présente comme un moteur puissant de création d’emplois. Rien de tel, déplore le comité de BLAIN de soutien à la lutte contre l’aéroport, qui estime au contraire être en présence d’un leurre et pose les questions qui fâchent en demandant que « des réponses claires » soient apportées par les porteurs institutionnels du projet. Pour le comité blinois, « les prévisions [d’emploi] sont extrêmement optimistes et le bilan final ne sera pas aussi bon que ce que l’on veut nous faire croire ».

Dans un document de deux pages qui sera tiré en A3 à 1000 exemplaires, et qui vient de paraître, ils dénoncent les conséquences graves du projet pour l’emploi. Fonctionnement, compagnies, dossier Airbus, emplois du chantier, impact pour le Sud Loire, revue des questions que les porteurs du projet se gardent bien d’aborder. Ou seulement en des chiffres généraux dont nous avons déjà eu l’occasion de démontrer l’insuffisance.

Rappelons que la Chambre de Commerce et d’industrie de Nantes/St-Nazaire estime officiellement que le chantier devrait permettre de créer environ 3.000 emplois (750 équivalents temps plein sur 4 ans) et l’aéroport lui-même 3250 emplois directs et 9100 emplois induits. Le comité de BLAIN a demandé à la CCI le détail des études utilisées. En retour, il a obtenu cette réponse ahurissante qui en dit long sur le caractère creux et peu démocratique de la communication officielle pro-aéroport : « Nous avons effectivement travaillé sur les retombées économiques  de l’aéroport […] nous n’avons pas réalisé d’étude à publier » mais seulement « mis à jour une étude ancienne de 2003 », étude que le comité de BLAIN n’a – évidemment – pas pu consulter. Autrement dit, quelques chiffres tirés au pifomètre et jetés sur un coin de nappe servent de donnée économique officielle et indubitable, vendue comme telle aux populations, aux élus, aux associations. C’est ce que l’on appelle souvent une escroquerie.

Le projet Vinci

Le projet Vinci

D’abord, le nouvel aéroport – s’il est fait – fonctionnera avec moins de salariés que l’actuel, qui emploie 1.800 personnes. En effet, Vinci vise la réduction maximale des coûts, façon de justifier a posteriori le fait que le devis de construction – près de 600 millions d’euros – a été très sous-évalué, ce qu’avait pointé le Canard Enchaîné en 2011 encore. Ce serait donc un aéroport flambant neuf et flambant cheap qui serait construit pour la métropole Bretonne : pas de taxiways (les bandes de roulage qui permettent de remonter les pistes), pas de passerelles entre l’aérogare et les avions, et pas de navettes passagers. Donc pas de personnel entretenant ces infrastructures. Eric Delobel, responsable du projet chez Vinci assume dans les colonnes d’Ouest-France (4/2/2013) son choix d’économie maximum. Sous la pluie, cet aéroport devrait être tout à fait charmant pour les passagrs obligés de courir jusqu’à leurs avions – mais chut ! tout le monde sait qu’il fait beau quatre fois par jour à Nantes, puisque Ayrault l’a dit. Au passage, l’absence de taxiways obligera les avions à rouler sur les pistes pour s’aligner à l’envol ou après leur atterrissage, diminuant leurs disponibilités, notamment par mauvais temps ou en période de forte affluence. Par ailleurs l’absence de taxiways ou leur insuffisance augmente les croisements d’avions au sol et les risques d’accidents qu’ils induisent. La plus grande catastrophe aérienne de l’Histoire s’est produite au sol, à Tenerife. Mais visiblement l’économie d’emploi maximum a pris le pas sur l’efficience technique et la sécurité des usagers.

Ensuite, le collectif pointe les propos de Nicolas Notebaert, président de Vinci Airport, qui déclare dans le Presse Océan du 4 avril 2011 que le trafic sera surtout axé sur les charter, les low-cost et moyen-courrier. Ce qui constitue un aveu dérangeant : l’aéroport de Notre-Dame des Landes ne sera pas – ou seulement en marge – un aéroport intercontinental comme l’est déjà l’existant et comme la Bretagne en a besoin. Revenons à nos moutons aéroportés : le comité relaie avec raison les pratiques peu orthodoxes en terme d’emploi des compagnies à bas coûts, qui compriment toutes les charges et notamment ceux du personnel. Le risque ? Que l’aéroport devienne un gouffre financier, les collectivités locales risquant de se retrouver chargées de « subventionner les compagnies low-cost privées avec de l’argent public, et de porter à bout de bras les emplois ainsi créés », remarque le comité de Blain. Un modèle économique peu viable et peu fiable, qui montre déjà ses limites : aujourd’hui les chambres de commerce soutiennent l’activité de Ryanair en versant de 9 à 32 € par passager embarqué, sans réussir à rendre viables les aéroports concernés.

Subventions consenties par les aéroports français à Ryanair

Subventions consenties par les aéroports français à Ryanair

Affichette en russe et en polonais sur un chantier Colas Rail (Bouygues) en Seine-Maritime

Affichette en russe et en polonais sur un chantier Colas Rail (Bouygues) en Seine-Maritime

Le comité de BLAIN estime aussi que nombre d’emplois du chantier ne seront pas locaux. En effet, il y a les employés des filiales de Vinci – et des entreprises avec lesquelles la SOGEA et Eurovia, ses deux principales filiales de travaux publics dans l’Ouest de la France – ont coutume de travailler sur tous leurs chantiers, et qui tournent dans l’Ouest et en France. Par ailleurs, près d’un travailleur sur trois est originaire des pays de l’Est, Pologne, Roumanie et pays Baltes principalement. Près de 300.000 travailleurs étrangers sont ainsi employés en France et aucune région n’est épargnée. C’est légal, grâce à la libre circulation des hommes et des marchandises en Europe, et les travers du système font que personne n’a intérêt à remettre en cause cet emploi massif de main d’œuvre étrangère : ni l’employeur, qui paie 20% de charges sociales au lieu de 55% pour l’emploi d’un français, ni le travailleur, qui perçoit un salaire nettement meilleur que celui qu’il peut espérer dans son pays d’origine, voire que le SMIC français s’il ne compte pas ses heures. Dans le contexte où il faut construire rapidement un aéroport le moins cher possible, c’est donc une économie à tous les étages à laquelle Vinci ne cessera de recourir. Sur bien des chantiers – tant de Vinci que des autres groupes de BTP qui ne sont ni plus, ni moins vertueux sur ce plan – la part des travailleurs étrangers est encore plus grande. Ainsi, Bouygues construit la prison d’Orléans-Saran, où seuls les livreurs de bitume et de graviers – une entreprise locale prestataire extérieur du chantier – sont français. Une part écrasante des travailleurs est d’origine étrangère. On retrouve une répartition à peu près semblable sur les chantiers de Vinci (Sogea TP) à Nantes : bref, le chantier ne générera pas beaucoup d’emplois locaux, d’autant plus qu’il est illégal – à cause de la libre circulation des hommes et des marchandises en Europe, encore – d’obliger l’employeur à n’embaucher que des français.

Airbus Nantes

Airbus St Nazaire

Un autre dossier inquiétant : Airbus. L’exploitant actuel de l’aéroport de Nantes-Atlantique, qui n’est autre que Vinci, a décidé en 2013 que la piste de Bouguenais fermerait dès le nouvel aéroport construit fin 2017. Or, Airbus Nantes a un besoin vital de cette piste, mais son entretien pèserait de façon écrasante sur l’entreprise. Les collectivités locales sont prêtes à contribuer, mais ces fonds publics pourraient constituer
une subvention déguisée, attirant sur Airbus les foudres de Bruxelles et de son concurrent Boeing. Les syndicats craignent qu’Airbus ne quitte Nantes une fois sa piste fermée en 2017, ce qui fait 2.000 emplois qui partiraient… où ? à Saint-Nazaire ? Ou à Toulouse ? Enfin, le comité de BLAIN relaie les inquiétudes des communes du sud-Loire, en Loire-Atlantique, et des employeurs situés encore plus loin, en Vendée et Anjou, et qui jusque là trouvaient l’aéroport de Nantes fort suffisant. Ils déplorent maintenant d’être coupés de la nouvelle infrastructure, faute de moyen – troisième franchissement de la Loire par exemple – pour y accéder. Des inquiétudes partagées par Loïc Maurice (CNIP), qui s’est porté candidat pour la mairie de Nantes en 2014  « Il y a quelque chose qui me gêne beaucoup dans ce projet. C’est qu’on se batte avec autant de fermeté sur l’aéroport sans prévoir de moyens pour y accéder. C’est Gribouille. » Loïc Maurice, qui refuse ce nouvel aéroport tant qu’un nouveau franchissement sur la Loire n’est pas prévu, prévient de l’augmentation du trafic routier qu’il va causer «  Les entreprises de Vendée et du sud-Loire prévoient – s’il est fait et dans la configuration actuelle – de faire passer le fret de nuit, massivement. Des norias de camions sur les routes ». Vive le bilan carbone du nouvel aéroport !

Moins d'emploi, moins d'environnement, plus de déficits, l'aéroport, un vrai gouffre pour nous tous?

Moins d’emploi, moins d’environnement, plus de déficits, l’aéroport, un vrai gouffre pour nous tous?

Résumons-nous. Les porteurs du projet estiment – à partir de données de 2003 non vérifiées et non prouvées par une étude indépendante – que l’aéroport devrait créer 3250 emplois directs et 9100 emplois induits. Or, sa construction détruit 100 emplois agricoles et 500 emplois induits qui existent déjà. Par ailleurs, les 1.800 salariés de l’actuel aéroport de Nantes ne seront pas tous transférés à Notre-Dame des Landes : le nombre d’employés du futur aéroport reste inconnu à ce jour, mais il sera moindre. Les 2.000 emplois d’Airbus sont menacés. Et des emplois pourraient être détruits dans les entreprises du Sud-Loire, de la Vendée et de l’Anjou coupées de l’aéroport. Bref, il y a un gros problème.En deux pages, le comité de BLAIN de soutien à la lutte contre l’aéroport démonte radicalement les arguments des porteurs du projet. Le travail des blinois – concis et efficace – complète le tableau en creux que l’on peut dresser du projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes, derrière l’écran de la communication officielle rutilante sur papier glacé et panneau publicitaire. L’aéroport de Notre-Dame des Landes nuit gravement à l’environnement et est illégal en droit européen depuis cinq ans. C’est aussi une entourloupe économique propulsée par des moyens foncièrement illégaux et anti-démocratiques. Tout cela risque de coûter très cher à la France : si son gouvernement, engagé dans le guêpier Breton jusqu’au cou, persiste à commencer les travaux, il va au devant d’une possible condamnation pécuniaire et politique par les autorités européennes. En période de disette budgétaire très grave, ce n’est sans doute pas la meilleure idée pour redresser la situation économique du pays.Voilà qui devrait décider ceux qui soutiennent encore le projet, ou se gardent de le condamner, en s’accrochant aux perspectives économiques et à la « manne » attendue en termes d’emploi. De perspectives économiques il n’y en a point. De manne, non plus. S’il est construit, ce qui chaque jour paraît plus improbable, l’impact de l’aéroport sur les collectivités et les emplois locaux répondra aux standards de la privatisation en Russie : privatisons les profits, nationalisons les pertes. Vinci empochera les bénéfices tandis que les collectivités se tueront à financer les low-cost et les déficits induits. Bref, l’aéroport, un vrai gouffre pour nous tous ?

Télécharger le document EMPLOI du comité de BLAIN

Municipales 2014 : Avis de tempête pour le PS en Bretagne

22 Mar

Les services du Premier Ministre viennent de prendre connaissance d’études très confidentielles dressées pour évaluer les chances de survie des candidats PS et gauche aux municipales. Si, partout en France, le premier ennemi de la gauche… c’est la gauche au pouvoir, la Bretagne sur ses cinq départements est particulièrement remontée. Avis de tempête en terre rose.

Il n'en reste pas moins que tous les problèmes dont se plaignent les Bretons ont la même origine : Paris.

Il n’en reste pas moins que tous les problèmes dont se plaignent les Bretons ont la même origine : Paris.

Qu’est-ce qui énerve les Bretons ? Dans l’ouest et le nord, la hausse des matières premières et la crise subséquente des industries agroalimentaires. A l’est et au sud, le passage en force du gouvernement à Notre-Dame des Landes et l’ouverture aux homosexuels du mariage voire de l’adoption. Partout : la hausse du chômage qui touche un territoire jusqu’alors épargné, la façon brouillonne de conduire les affaires du gouvernement, les hausses à la fois dérisoires – par leur utilité – et confiscatoires de la fiscalité directe et indirecte. Les études sont formelles : nombre de villes peuvent basculer aux municipales et la Bretagne peut se colorer à nouveau en bleu, à l’ouest et à l’est.L’on constate au passage que le bilinguisme Breton et la Charte des Langues régionales n’intéressent pas les Bretons. Encore une fois, les diverses formations politiques bretonnes semblent à côté de la plaque en défendant des intérêts très minoritaires – à peine partagés par l’ensemble des brittophones soit 5 à 10% de la population. Ce manque de réalisme a déjà perdu les partis Bretons lors des législatives  et risque de frapper à nouveau en 2014. Il est bien connu cependant qu’en période de crise surtout, « ventre affamé n’a point d’oreilles », mais il reste encore impensable que les formations nationalistes Bretonnes se penchent sur le sort, par exemple, des ouvriers ABRF de Châteaubriant  ou sur la crise de l’agroalimentaire, pour écouter les Bretons et proposer des solutions à leurs maux.

Si bien que finalement, Ayrault peut dormir sur ses deux oreilles. Même si les travaux à Notre-Dame des Landes sont abandonnés avant les municipales, 2014, c’est dans un peu moins d’un an (le 9 et le 16 mars), d’ici là, le gouvernement peut espérer que l’extraordinaire élan lancé par l’opposition au projet se sera calmé, notamment du fait de l’hétérogénéité des divers opposants. De plus, au niveau national, l’UMP est paralysé par ses soucis financiers et la guérilla qui démotive les troupes locales divisées entre fillonistes et copéistes alors que les seconds verrouillent peu à peu le parti. L’UDI, de son côté, fait une tambouille politicienne assez trouble au lieu de s’élancer dans la campagne, et pourrait abandonner au passage son objectif – encore réalisable – de devenir le premier parti de la droite et du centre en allant chasser sur les terres roses depuis longtemps comme le sont la Bretagne et le sud-Ouest.

Un moyen simple de se rendre compte de l’indécision et de l’impréparation de l’opposition : la gauche, dans les villes qu’elle veut conquérir, comme Marseille  ou Orléans a déjà désigné ses candidats, alors même que cinq candidats de l’UMP et de l’UDI tournent autour du pot à Nantes – un seul s’étant pour l’heure déclaré, Loïc Maurice, du CNIP – et qu’il n’y a pas de candidat fédérateur ni ici, ni dans bien d’autres villes comme à Lyon. Bref, 2014 est le moment où jamais pour que la Bretagne, et en premier lieu, sa capitale, Nantes, rebasculent à droite ou au centre. Mais seule la gauche a pris conscience de ce risque et entreprend, déjà, de faire un nouveau « mur de l’Atlantique » pour bétonner ses positions Bretonnes. Il est temps que l’opposition ou ce qui tient lieu d’alternative se réveille.

Transp Servi Ouest n’investira pas à Rennes cette année

8 Mar

transpsoNée en 2007 de la fusion des entreprises de transport TLGP et STRL, la société Transp-Servi-Ouest (TSO) connaît depuis 3 ans une croissance forte: son effectif est ainsi passé de 36 à 59 salariés et son CA de 4,1 à 5,2 M d’euros. Gabriel Brousse, le PDG de l’entreprise avait annoncé très récemment qu’il comptait construire un nouveau bâtiment de 15.000 m² dans la ZI du Rheu à l’ouest de Rennes. Ce bâtiment devait booster les activités de TSO (distributions régionales, messagerie, distribution de presse, cross docking) dans le bassin rennais.

Cependant, les prévisions de croissance du marché ont été estimées trop atones en 2013 pour justifier la construction, tout de suite, de ce bâtiment. L’investissement est donc repoussé à la fin de la crise, ou du moins au moment où les perspectives s’amélioreront.

Châteaubriant : deux mois pour remettre ABRF sur les rails

7 Mar

La holding AORF, spécialisée dans la construction et la réparation de wagons de fret, n’a plus que jusqu’au 30 avril pour se trouver un repreneur ou un investisseur capable de remettre sur bonne voie ses deux sites de Châteaubriant (ABRF, 139 salariés) et Saint-Denis de l’Hôtel (SDHF, 110 salariés). Faute de solution, ce pourrait bien être un nouveau coup dur pour l’industrie castelbriantaise

Un wagon en atelier, à Saint-Denis de l'Hôtel (SDHF) mi-2012

Un wagon en atelier, à Saint-Denis de l’Hôtel (SDHF) mi-2012

La crise du groupe AORF est ancienne, et l’on pensait encore en octobre qu’une solution allait être trouvée via un rachat par l’entreprise semi-publique russe UVZ  (Uralvagonzavod), qui avait déjà repris – avec efficacité du point de vue tant économique que social – leur part dans la fonderie Sambre et Meuse à Feignies qui produit des bogies moulés et tampons ferroviaires. Mais la solution d’un rachat par UVZ tend à s’éloigner, puisque le PDG d’AORF, Eric Vinassac, président d’un cabinet spécialisé dans l’accompagnement du redressement des entreprises en difficultés, Bernard Krief Capital, et l’actionnaire majoritaire Jean-Luc Ramondeau, la refusent. En lieu et place ils ont préféré demander de la commande publique et de faire inscrire leurs entreprises dans un projet de la structuration fret au niveau national, mais se heurtent à l’absence totale de volonté des pouvoirs publics.

Site de Saint-Denis de l'Hôtel, mi-2012

Site de Saint-Denis de l’Hôtel, mi-2012

La solution pour AORF devrait donc tout de même être privée. Le russe UVZ et l’indien Tantia ont été approchés pour reprendre l’entreprise. Il y a de la charge de travail – maintenance de wagons essentiellement – jusqu’au 30 avril. Les deux sites sont minés par un important passif, 6 millions à SDHF qui n’a plus de trésorerie et 18 millions à Châteaubriant. L’on craint dans les deux usines que seule l’une d’entre elles sorte indemne de la situation. Châteaubriant se trouve entre les métropoles nantaises et rennaises, le mieux placé finalement pour la Bretagne et le grand Ouest (Maine, Perche, Anjou, Basse-Normandie). L’usine est en outre un leader français et européen de la fabrication de wagons porte-automobiles et peut compter sur une solide implication politique des pouvoirs publics locaux (Châteaubriant et CG44) pour échapper à la fermeture. Saint-Denis de l’Hôtel – qui vient d’ouvrir un atelier de maintenance des wagons de gaz – se trouve à 20 km d’Orléans sur une ligne vétuste dont le transport commercial a été quasi abandonné depuis le 30 mars 2012, et dont la rénovation et la réouverture en tram-train ne devrait intervenir qu’en 2020 au mieux, voire 2025. Par ailleurs le Loiret, assez fortement touché par la crise, est une région économique bien plus atone que la Bretagne, et fortement dépendante de la métropole parisienne. Bien malin celui qui pourra prévoir quelle usine, de Châteaubriant ou de Sant-Denis de l’Hôtel, sera sauvée.

Crise des matières premières: temps de cochon pour l’agroalimentaire Breton

16 Fév

Le groupe Gad a perdu l’an dernier 20 millions d’€ pour un CA de 453 millions d’€, en abattant 2.4 millions de porcs par an. Son actionnaire principal, la CECAB, a décidé de le placer sous protection du tribunal de commerce – en demandant un redressement – pour éviter de mettre en péril ses autres activités.

Près de 1630 emplois sont menacés, sur les abattoirs de Lampaul-Guimiliau (Finistère, 850 salariés), de Josselin (Morbihan, 650) et de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique, 80 salariés), plus 50 salariés au siège, à Saint-Martin des Champs. L’entreprise GAD, qui avait longtemps évité la fermeture d’un site superflu, paie ainsi son tribut à la crise qui touche l’ensemble des filiales agroindustrielles de production et de transformation de viande. Toutes les filières, jusqu’aux canards, sont concernées.

mangona-cochonsL’année prochaine, du fait des mauvaises récoltes, la hausse des céréales et des viandes devrait s’établir entre 10 et 15%. Les dernières estimations de la FAO (ONUAA) tablent sur des récoltes plus élevées que prévu  mais des stocks mondiaux en baisse. De quoi mettre en péril les PME de transformation partout dans le monde, et notamment en Bretagne pour le porc. Les 8 millions de cochons Bretons ont du souci à se faire… mais aussi les 10.000 salariés des PME de transformation de la viande porcine. Une mauvaise nouvelle surtout pour les Côtes d’Armor et le Finistère, qui avec respectivement 2.000 et 1.500 producteurs concentrent près de la moitié des éleveurs porcins Bretons. L’Ille-et-Vilaine en comptant 1.200, le Morbihan 1.100, la Loire-Atlantique 215 pour 261.000 porcs, surtout au nord-est et à l’extrême sud du département. Hors de Bretagne, la Mayenne continue le modèle Breton d’élevage hors-sol, avec 577 élevages et 495.300 porcs.

Après la grande hausse des cours du porc en août/septembre  il y a eu une baisse, plus traditionnelle vers la fin de l’année et en début d’année (résorption des retards de Noël), mais la dernière note du MPB  montre que la hausse se réamorce à nouveau très nettement en Allemagne et Espagne. Hors les fluctuations journalières ou hebdomadaires du marché, la tendance lourde est vers la hausse et la raréfaction – plus ou moins relative selon les aires de production – du porc.

Selon une étude de la Rabobank, la hausse des prix du bœuf et du porc devraient se poursuivre jusqu’en 2014 notamment à cause de la fermeture des petits élevages incapables de s’adapter à l’évolution des normes. Au sein du groupe coopératif breton Cooperl Arc Atlantique on estime « entre 5 % et 10 % la réduction prévisible de la production porcine » à cause de la fermeture de ces élevages. Le Pays de Galles illustre la diminution de la production, qui peut se traduire par un effondrement.  En l’an 2000, il y avait 65.000 porcs dans le pays, il y en a à peine 25.600 aujourd’hui.

 

Bras de fer avec la grande distribution

Exemple, Hénaff a terminé 2012 avec un résultat déficitaire, rapporte le Figaro. L’entreprise est touchée par la hausse des prix du porc. La société, leader Breton et Français des pâtés et rillettes en conserves, basée à Pouldreuzic, a connu son premier déficit depuis plusieurs décennies si le cours du porc reste aussi haut. Début octobre, une remontée de l’offre assurait pour la première fois une baisse du cours du porc Breton  depuis juillet. Cette baisse s’est poursuivie, mais sans revenir à la situation de l’an dernier.

La hausse du porc dépasse le seul marché Breton et est le résultat de la hausse mondiale du prix des céréales, due notamment à de mauvaises conditions climatiques. Les PME de transformation de viande porcine sont prises en étau entre la hausse de la viande – plus  de 100% sur certains produits – et l’impossibilité de répercuter la hausse sur le produit fini sans impacter les marges de la grande distribution et la consommation des clients. Le même problème se pose aussi avec le poulet et le bœuf, et donne actuellement lieu à de laborieuses négociations sous l’égide du ministère de l’Agriculture entre distributeurs et industriels de l’agroalimentaire. La situation de Hénaff risque donc de se propager à d’autres entreprises Bretonnes.

 

Cooperl Arc Atlantique cherche remède dans la diversification

Cooperl Arc Atlantique, leader français et Breton du porc (1.7 milliards d’€ de CA, 4800 salariés) prévoit des difficultés à venir sur le marché et a décidé de profiter de ses réserves financières actuelles pour financer sa diversification. Ainsi, le groupe ferme les implantations les moins rentables, comme l’usine de tranchage de viande de porc congelée située à la Verrie (38 salariés) dont les emplois seront rapatriés à Lamballe. En parallèle, une nouvelle usine de viandes cuisinées sera installée dans cette commune où se trouvait le siège du groupe. Il s’agit de l’ancienne usine Kerguelen  fermée par le groupe Bigard en 2010. Elle comptait alors 80 salariés. Cooperl compte créer 70 emplois avec sa nouvelle usine.

Par ailleurs, Une chaîne de boucheries répondant au doux nom d’Aurélien sera lancées pour compléter le réseau des 80 implantations françaises Marc Munier et Maxi Viandes. Celles-ci seront implantées dans les centres-villes des grandes agglomérations pour compenser le déclin des boucheries de proximité. Les premières devraient voir le jour en Bretagne. Le groupe, dont la majeure partie des ventes se répartit entre les grossistes, les industriels et la grande distribution, réalise 6 à 8% de son chiffre d’affaires avec ses enseignes de boucheries et y voit un solide relais de croissance.

Pour financer ces diverses ouvertures, le groupe prévoit une enveloppe de 30 millions d’€. Une ressource que les PME de la filière n’ont pas. Or, faute de renouvellement de leur business model, certaines seront contraintes à la réduction de leur périmètre, voire à la disparition ou à l’absorption par de plus grosses. La hausse du prix du porc peut aussi recomposer le paysage Breton de l’industrie de transformation locale, constitué d’un tissu de PME et de groupes plus grands issus de l’absorption de plusieurs PME ou anciennes coopératives.

 

Scandale des lasagnes : la filière viande remise en question ?

Hors de Bretagne, certaines entreprises ont essayé de contourner les contraintes en trichant sur la qualité de la viande où en mélangeant de la viande moins chère (avariée ou chevaline) à la viande bovine. Cela a donné lieu à un scandale européen, qui a touché la France, la Grande-Bretagne , la Suisse, l’Autriche, l’Allemagne et maintenant la Norvège. Mettant en lumière les dessous peu ragoutants de la production de viande  et obligeant à repenser entièrement la production de viande. Il est inévitable qu’à l’issue de ce scandale et des enquêtes qui en découleront, il y aura une réglementation encore plus stricte et tatillonne qui empêchera de tailler dans les coûts au détriment de la qualité… donc le prix de la viande va encore monter pour tous les acteurs du marché, de l’abattoir au client.

 

Echapper aux céréales : un espoir scientifique aux Pays-Bas ?

Avec leur modèle d’agriculture extensive, leurs 12 millions de cochons et leurs 4 millions de vaches, les Pays-Bas sont aussi touchés de plein fouet par la crise des subsistances. En revanche, sur les prés du pays, il y a toujours plein d’herbe. Que l’on peut donner aux vaches, mais pas aux cochons. Pour l’instant.

Car une société de recherche néerlandaise, Nizo Food Research, basée à Ede, a isolé dans l’herbe une enzyme nommée la RuBisCo. La société dispose de la technologie nécessaire pour isoler les protéines de l’herbe et les utiliser dans des soupes ou des desserts. Elle cherche maintenant à les agglutiner  pour pouvoir produire des « steaks d’herbe». Pour l’heure, l’être humain et le cochon ne peuvent consommer d’herbe, car leur système digestif ne peut décomposer correctement les fibres végétales et tirer parti des acides aminés que l’herbe comporte. Plusieurs d’entre eux ne peuvent être fabriqués par l’Homme… l’herbe les contient tous. Pour faire de l’homme un herbivore, les scientifiques ont broyé de grandes quantités d’herbe, et commencent à agglomérer les protéines récupérées.

La composition en acides aminés de la RuBisCo est meilleure que celle de la protéine de maïs et aussi bonne que celle de la protéine de soja.  Ce qui pourrait permettre aux Pays-Bas, si les expériences arrivent à bon terme, de devenir auto-suffisants pour l’alimentation de leurs porcs et de se passer du soja, importé du Brésil, et dont la monoculture se fait au détriment des forêts tropicales. Mais aussi d’épargner aux exploitants agricoles et à la filière de transformation des Pays-Bas l’évolution à la hausse des prix du soja et des coûts qu’elle entraîne. Une évolution qui ouvrirait un nouvel horizon en Bretagne aussi.

cours-porc-fev2013

Chômage : stable en France, +0.9% en Bretagne

26 Jan

Le Père Noël avait dans sa hotte un cadeau pour le gouvernement : la stabilisation des courbes du chômage, puisque la France ne compte que 300 chômeurs de plus en décembre. La Bretagne, elle, en compte 1713 de plus (+0.90%) dont les gros bataillons ont été pour l’essentiel fournis par la Loire-Atlantique et le Finistère.

Le mois dernier, le chômage baissait – un peu (-0.15%)  – en Bretagne. Ce mois-ci, le chômage stoppe sa montée inexorable, depuis huit mois consécutifs, dans les Côtes d’Armor (+0%). Mais augmente fortement dans le Finistère (+1.4%, près de 540 chômeurs en plus), en Loire-Atlantique (+1.1% soit 603 chômeurs en plus), et un peu moins dans l’Ille-et-Vilaine (+0.8% soit 334 chômeurs) et dans le Morbihan (+0.8% soit 247 chômeurs). En tout, il y a maintenant 191.296 chômeurs de catégorie A en Bretagne.

Autour de nous, le chômage augmente de 1.7 % dans la Manche, 1.3% dans le Calvados, 0.4% dans l’Orne, 0.9% dans le Maine-et-Loire, 0.8% dans la Sarthe, 0.6% dans la Mayenne, et 2.2% en Vendée. On est loin de la « stabilisation » !

chomdu-bzh-déc2012

En France : un miracle statistique sans lendemain ?

Le gouvernement se félicite de la « stabilisation du chômage » qui rend possible « l’inversion » de ses courbes. Attention, intox ! Puisque plusieurs indicateurs montrent clairement que la stabilisation du chômage est une réussite statistique qui sera suivie de lendemains difficiles. En effet, la stabilisation du chômage a été forgée en augmentant le nombre de radiations administratives (+24%) et les entrées en stage. Sachant qu’en moyenne, 40% des chômeurs administrativement radiés sont réintégrés dans Pole Emploi dès le mois suivant, une partie d’entre eux se retrouveront dans les statistiques de janvier, où le chômage monte traditionnellement suite à la fin du pic d’activité intérimaire et temporaire liée aux fêtes. Un sondage fait par l’Express indique que ses lecteurs n’y croient pas. Pour 54 % d’entre eux, c’est de l’enfumage. Ils ne croient pas si bien dire. Du reste, la « stabilisation du chômage » n’est pas partagée par tous. Le chômage augmente de 0.4% en Alsace, de 1.3% en Aquitaine, de 0.5% en Yonne, de 0.9% en Languedoc-Roussillon, de 1,4% en Gironde, voire de 1.7% dans le Doubs. Mais il se stabilise en Picardie, PACA et dans les Rhônes-Alpes.

C’est essentiellement sur les contrats dit de génération – soit 500.000 prévus en 5 ans, les stages et les contrats aidés que le gouvernement prévoit de jouer pour renverser la courbe du chômage. C’est-à-dire sur des moyens typiquement socialistes, coûteux pour l’Etat et en partie déconnectés de l’économie réelle. Quant à celle-ci, elle est paralysée par la rigueur et le marasme, non seulement français, mais aussi mondial, et ne devrait redémarrer que grâce à la Chine et à l’Asie. Chine qui est en train de réussir ce que les Etats-Unis avaient accomplis avec le new deal : se relancer par des grands travaux publics. Stratégie qui est inapplicable en France : les gouvernements successifs oublient trop souvent deux facteurs majeurs : la taille du pays et sa puissance tant financière qu’en ressources naturelles. En France, il faut, d’après des économistes, au moins 1.4% de croissance annuelle pour que l’économie créée des emplois, et que les dispositifs coûteux du gouvernement se transforment en boosters. On en est loin : la prévision de croissance pour 2013 faite par le gouvernement est jugée très optimiste, et la croissance réélle ne devrait pas dépasser +0.1% sur les six premiers mois. Un encéphalogramme économiquement plat qui permet de se demander s’il y a un pilote dans l’avion.

130 emplois supprimés chez SEG-SAMRO dont 7 à Nort

9 Jan

La plus grosse filiale du groupe vendéen SAMRO, le fabricant de semi-remorques et de camions spécialisés SEG-SAMRO était en liquidation depuis le 23 octobre. Il a été repris dernièrement par le carrossier Trouillet.

Sur 292 postes, 130 seront supprimés, soit 46 à Fontenay, en Vendée, 7 à Nort-sur-Erdre, en Loire-Atlantique, et la totalité du site de Balbigny en Loire (77 salariés). 35 reclassements seront proposés sur l’usine de Trouillet à Neuville. Le groupe du Loiret, spécialisé dans le fourgon de 20m3, en possède une seconde à Rognac. Le sort des autres filiales du groupe SAMRO reste à trancher. Ce sont des petites entités, à Nieul sur l’Autise et à Fontenay principalement.

Virgin Megastore : ce n’est (presque) pas une affaire bretonne

7 Jan

Alors qu’un comité d’entreprise extraordinaire de Virgin Megastore se réunit pour envisager l’éventualité d’un dépôt de bilan, les pouvoirs publics se mobilisent pour limiter les conséquences d’un plan social dévastateur pour les 1000 salariés des 26 magasins français.

virginL’enseigne n’a qu’un seul magasin dans les cinq départements Bretons, à Rennes. Celui-ci emploie 38 salariés. Les difficultés de Virgin Megastore sont principalement dues à l’essor d’internet et à l’absence d’anticipation des évolutions de la conjoncture. Elles sont aussi structurelles, parce que d’autres chaînes de magasins culturels subissent des turbulences (Fnac) ou ont déposé le bilan (Surcouf). Mais les difficultés de Virgin n’impactent la Bretagne qu’à la marge, et ne représentent qu’une goutte d’eau des plans sociaux en cours et à venir dans l’ensemble des cinq départements Bretons. Les difficultés d’un autre acteur du secteur, et concurrent direct de Virgin sont plus dangereuses pour l’emploi Breton. La FNAC.

Les 414 emplois Bretons de la FNAC sous surveillance

Si les difficultés de la FNAC venaient à se poursuivre, elles auraient des conséquences plus importantes pour l’emploi Breton, d’autant plus que les enseignes jouent souvent le rôle de moteur des espaces où elles sont implantées, que ce soit en centre-ville (à Nantes, dans la Bourse), ou en périphérie (à Vannes par exemple). La FNAC est implantée en Bretagne à Nantes (120 salariés), Rennes (90), Vannes (50), Lorient (50) Quimper (44) et Brest (60). Une autre FNAC devrait ouvrir dans le centre commercial Atlantis à Nantes d’ici 2014 et devrait y employer une cinquantaine de personnes et une implantation est à l’étude dans le centre ville de Vannes.

La rigueur ne relancera pas la France en 2013

22 Déc

Edito. Hier, cela devait être la fin du monde. Il ne s’est rien passé, sauf pour le budget. C’est la fin des budgets 2012, et même 2013 par la même occasion. Une note de conjoncture de l’INSEE dévoile que l’austérité – même relative – organisée par le gouvernement ne permettra pas la relance de la France, ni cette année, ni l’an prochain.

Le gouvernement s’attendait à une note franchement pas terrible. Mais c’est encore pire que prévu. Au programme : pas de croissance et plus de chômage, donc moins de recettes et plus de dépenses, ce qui devrait obliger à un nouveau plan de rigueur. Lequel, interprète l’INSEE, devrait amener à … pas de croissance et plus de chômage. Pour ce qui est de la croissance, le gouvernement avait adossé son budget à un objectif 2012 de +0.3%, se rangeant aux estimations pessimistes de l’Europe. Il ne sera pas même tenu. La croissance, qui a plongé dans le déficit au 4e trimestre 2012 (-0.2%), n’atteint que 0.1% en 2012. Et en 2013, alors que le gouvernement table sur 0.8%, l’INSEE n’arrive qu’à 0.1% sur les six premiers mois. Encéphalogramme plat.

En effet, la croissance en France est d’habitude stimulée par la demande intérieure, le pouvoir d’achat des ménages, en somme. Mais celui-ci, écrasé par les taxes et l’envolée du chômage, s’effondre de 1.2% sur l’année 2012. Cette année, noire pour l’emploi, a vu la France s’accroître de 226.000 nouveaux chômeurs (au sens de l’OIT). Et pour 2013, pas mieux, il y aura encore 109.000 chômeurs en sus. En juin, l’INSEE prévoit que le taux de chômage atteindra 10.9% de la population active, tout près du record de 1997 (11.2%).  Autrement dit, le chômage augmentera encore en décembre. Tant en Bretagne qu’en France.

Que peut faire le gouvernement ? Rien. Il se retrouve dans la même position fâcheuse que Miterrand en 1982, contraint au tournant de la Rigueur, après avoir tenté une relance par la consommation, et qui a fustigé jusqu’en 1986 au moins la politique d’austérité financière des Etats-Unis et du reste de l’Europe. A une petite exception près : la relance, c’est Sarkozy qui l’a déjà faite. Dans l’espoir de se faire réélire, il a enclenché tous les fusils à un coup : radiations massives de chômeurs, primes à la casse, primes chaudières, bonus environnementaux, grands chantiers, grand Emprunt, emplois aidés, niches fiscales… en accompagnant cette série de largesses accordé par le Grand Timonier d’un régime à l’agonie par des pressions en apparence considérables sur les services publics et les boucs émissaires habituels (immigrés, gens du voyage, ultra-gauche, ultra-droite, minorités ethniques intérieures). En apparence, puisque les fonctionnaires ont fait le dos rond et les boucs émissaires ont slalomé entre la pluie de bêtise, qui alors tombait dru. Bref, Hollande n’a pas le choix, il doit réformer l’Etat obèse que la droite n’a osé mettre au régime. Il lui reste toutefois les boucs émissaires habituels pour détourner l’attention par une Valls d’intermèdes tragicomiques dont Ayrault est le compositeur. Et quelques susucres de plus en plus difficiles à avaler pour le pays, par exemple une nouvelle espèce de contrats aidés, les contrats d’avenir qui sont d’un désolant passéisme anti-économique.

Et autour de nous, comment cela se passe ? La note résume la situation : le commerce mondial se porte mal, l’Asie du sud-est ralentit, les Etats-Unis aussi, mais leur redressement productif – pas de pacotille, cette fois – reste soutenu par l’effondrement du coût de l’énergie grâce à la manne du gaz de schiste, le climat des affaires se dégrade en Europe et au Japon, mais l’Espagne et l’Allemagne redressent leurs exportations.  En 2013, la Chine connaitrait enfin les résultats de son assouplissement monétaire et de sa relance par des grands travaux. Comme les Etats-Unis en 1930, la Chine a les moyens d’investir à centaines de mille millions, tout en laissant sur le bord du chemin une partie de sa population sans vaciller pour autant. Emmenant l’Asie dans le sillage de son rebond, elle redémarrerait l’économie mondiale, tandis qu’en Europe les tensions financières devraient reculer. Les Etats-Unis se démènent pour éviter le fiscal cliff, hausse des impôts combinée avec  des échéances de coupes budgétaires brutales. Le gouvernement craint ce précipice fiscal qui pourrait donner un coup de masse sur une économie encore fragile. Mais celle-ci résisterait malgré tout. Merci le ralentissement de l’inflation, les profits des entreprises et le gaz de schiste. Les infortunés ! ils n’ont pas Montebourg ! Bref, le monde avance, la France cale.

Un peu de réflexion s’impose. D’aucuns verront dans les soucis de la France – et d’elle seule en 2013 – une nécessaire remise en cause du dogme de la croissance. De la croissance à tout prix, certes. De la croissance, non. Mais, ce qu’oublie de dire l’INSEE, la construction d’un aéroport de plus ou de moins ne changera rien à la conjoncture économique générale, du moins, pas au premier trimestre 2013. Parce que le pouvoir a décidé de « ne pas utiliser l’ordonnance rendue le 11 décembre » qui était – oh, rien qu’un peu – entachée de nullité. De compétence et de motif, deux fois plutôt qu’une. A cette décision qui ne constitue qu’une goutte de nullité dans la grande mer d’illégalité où se noie le projet d’aéroport, la préfecture entend substituer une « procédure judiciaire qui respecte le contradictoire ». Bref, l’on s’achemine vers une trêve hivernale et reprise des hostilités, dans un prétoire cette fois, en mars. Après une épreuve de force – dernière de l’hiver peut-être  – pour la défense le 27 décembre de la vieille ferme de la Sècherie, dernier lieu occupé « en dur » parmi la marée de cabanes qui a poussé de jour en jour sur  l’aire prévue pour l’aéroport de Notre-Dame des Landes.

Comment en est-on arrivé à ce que la France cale sans espoir d’être remorquée ? Le gouvernement précédent, la camarilla des Copé, des Fillon, des Sarkozy etc. a usé toute la cavalerie des mesures temporaires, des réformettes, des plans divers et variés en essayant ce que la République a toujours fait quand il y avait une crise : distribuer des sous au peuple avant de gratter les fonds de tiroir, et d’utiliser la planche à billets. La Révolution a tiré des assignats à tire-larigot pour payer ses utopies sanglantes, la IIIe République a abandonné le franc germinal, la IVe et la Ve ont dévalué, ce qui revient au même. Mais maintenant qu’il y a l’euro, on ne peut plus dévaluer. A force de vivre à crédit, vient un moment où la République – que d’affaire Bettencourt en affaire Cahuzac, il vaut mieux appeler la Ripouxblique, doit passer à la caisse.

Matin de lutte Et après avoir fait fuir les riches (Depardieu), les sociétés (Eurofins SA), les jeunes  et payer les pauvres parce qu’ils sont les seuls à ne pas avoir les moyens de partir, la République embourbée aux mains d’une gérontocratie affairiste devra passer à la casse. Les affaires de la Bretagne ne s’en porteront que mieux. Personne ne lui imposera plus la façon dont elle doit vivre, prévoir son futur, perdre sa précieuse terre et risquer les vies de ses habitants pour satisfaire les délires de quelques vieilles bêtes de la politique, barons locaux qui dépassent en orgueil et en condescendance le plus malotru des nobliaux d’Ancien Régime. La République a embourbé l’économie et l’ascenseur social du pays, son renouvellement politique tourne dans le cycle fermé d’une élite parisienne dont le niveau s’affaisse. Tant mieux. Une autre société est possible, , une où la Bretagne
serait fière d’être – enfin – partie intégrante de la France au lieu d’être convaincue par une élite parisienne cacochyme d’être « excentrée » et de devoir employer une grande part de son génie et de ses forces vives à slalomer entre les bêtises de la Ripoux-blique. Pas besoin d’attendre 2014. Il ne s’est rien passé le 21 décembre 2012. Mais quelque part en Bretagne, ils ont fait des conserves, monté des cabanes, redonné souffle à l’économie et à la vie sociale à des dizaines de km à la ronde, construit une ville nouvelle de bois et ses remparts en tout-venant, se sont chauffés à la lueur du soleil et à l’énergie accordée par la forêt qui leur donne asile. La nouvelle société, c’est en Bretagne que cela se passe. Sous le patronage de Notre-Dame des Landes.

Aux Chantiers de Saint-Nazaire « pas de nationalisation sans projet industriel ! »

13 Déc

Arcelor à Florange, Petroplus à Petit-Couronne, Rio-Tinto à Saint-Jean de Maurienne : tout le monde connaît ces usines dont leur direction étrangère ne veut plus et dont le sort intéresse tant les médias que les hommes politiques de tous bords. Mais en Bretagne, à mille kilomètres de là, un autre site emblématique est menacé des mêmes périls : le site des Chantiers Navals de Saint-Nazaire et de Lorient.

Nous annoncions cet été sur l’ABP que STX Lorient et Saint-Nazaire allait entrer dans le brouillard à la fin de l’été. C’est le cas, et maintenant, nous précise le délégué CGT des Chantiers, Joël Cadoret, « nous entrons dans un chômage technique à durée indéterminée » parce qu’il n’y a plus aucune charge de travail, mis à part les BPC pour la Russie prévus initialement pour 2014 et 2015 et avancés; sur ceux-là, une partie seulement des salariés travailleront.

Les sous-traitants coulent à pic

800px-ChantiersAtlantiqueUne filière navale Bretonne au point mort, tant à Lorient qu’à Saint-Nazaire, et aussi chez les sous-traitants. Certains, comme la SMCO, SMCN et les chantiers Baudet, ont réduit fortement la voilure  ou ont déposé le bilan. SMCO, dont 39 salariés ont été repris début mars par le groupe provençal Ateliers de Fos, s’est recentrée sur la grosse tuyauterie pour la pétrochimie, portée par la demande soutenue de Total à Donges et de GDF. En ce moment, PMO, société de découpe et d’emboutissage installée à Montoir et dont nous signalions les difficultés en février  licencie 16 salariés sur 27. Cette société avait créé il y a cinq ans une filiale, PMO Navale et un atelier sur le site même des Chantiers, qui employait 22 salariés. 16 salariés sur les 22 seront licenciés le 20 décembre et l’atelier a fermé dès le 7 décembre, pour ne rouvrir que début janvier, avec seulement 3 personnes qui interviendront sur des pièces des 2 BPC russes. Un autre sous-traitant prépare lui aussi un plan de licenciements. « Ce sont des gens qui étaient présents à nos côtés depuis des années », constate Joël Cadoret, « et maintenant c’est tout le bassin nazairien qui s’enfonce lentement dans le sinistre et le marasme ».

Pas de projet industriel

Chantiers DCNS de Lorient (ex-Leroux).

Chantiers DCNS de Lorient (ex-Leroux).

Alors le contraste de traitement médiatique et politique entre Florange, St Jean de Maurienne ou Petroplus et les Chantiers étonne, pour le moins. D’autant plus que c’est le seul et dernier chantier naval d’envergure français, et s’il ferme, la France sera un pays avec «4 000 kilomètres de côtes sans chantier naval », selon Nathalie Durant-Prinborgne, déléguée FO des Chantiers. Les syndicats et les ouvriers, quels qu’ils soient, dénoncent depuis cinq ans l’absence totale de politique de développement industriel de STX à Saint-Nazaire, site qui obtient des commandes seulement lorsque l’Etat s’y engage. Et comme son engagement concret tarde – tant sur les assises des éoliennes offshore que du côté de la coordination avec les besoins d’autres acteurs français, tels que GDF ou la SNCM  – les Chantiers sont plus que jamais en péril, et avec eux, 12.000 emplois induits sur 20 communes autour de Saint-Nazaire.

« On peut nationaliser tant qu’on veut, on a besoin de perspectives au préalable »

Sur la question des nationalisations – clairement exclues par Arnaud Montebourg dont « le manque de volonté évident à sauver les Chantiers » est dénoncé – la position des syndicats nazairiens diverge considérablement avec celle des organisations représentatives de Florange. En effet, à Florange, site peu viable, tout au moins pour la filière chaude, prise en écharpe entre la baisse de la demande d’acier et la hausse du coût de l’énergie, les syndicats demandent au préalable une nationalisation ou un fort engagement de l’Etat avant de mettre en avant un projet industriel pour l’heure balbutiant (Ulcos), dont les seuls contours connus sont ses coûts (623 millions d’€).

A Saint-Nazaire, le délégué CGT Joël Cadoret plaide au contraire pour la mise en place claire d’un « projet industriel viable ». La CGT a proposé des pistes : coordination avec la SNCM, qui doit renouveler ses car-ferries, travail avec GDF-Suez, puisque cette compagnie cherche aussi à acquérir de nouveaux méthaniers. Les Chantiers disposent d’un savoir-faire dans les deux domaines. Du côté de la SNCM, l’Assemblée de Corse a adopté cet automne une nouvelle délégation de service public. La desserte de la Corse sera faite avec sept navires mixtes (fret et voyageurs) depuis Marseille uniquement. La SNCM est donc obligée de remplacer ses actuels ferries, dont le taux de remplissage ne dépasse pas 35% et qui sont gourmands en carburant, par 7 à 8 unités neuves… un marché possible pour Saint-Nazaire. Une solution mise en avant par la CGT des Chantiers, mais aussi par celle du port de Marseille et par les syndicats de la SNCM et qui se heurte notamment à « l’indifférence » de Montebourg, ministre du Redressement Productif, au sujet des Chantiers et surtout à l’organisation régionale à outrance de ses « commissaires » délégués, à raison d’un par région administrative.

Les syndicats de Saint-Nazaire en appellent maintenant à une intervention de l’Etat, actionnaire à raison d’un tiers du capital de STX France, et dénoncent le « manque de courage » du gouvernement pour préserver les intérêts des sites industriels, des emplois et du pays. Ils exigent aussi que « l’Etat réponde aux questions et aux pistes » qu’ils ont ébauchés pour les Chantiers. L’Etat, actionnaire depuis 2008, était entré au capital pour « préserver les intérêts nationaux ». Ils prennent aussi langue avec les élus locaux, maire de Saint-Nazaire, sénateur (Yannick Vaugrenard), conseillers régionaux, généraux, département de Loire-Atlantique. Mais « si les élus sont favorables au principe de sauver la navale, pour ce qui est du concret, ça ne suit pas« , constate Joël Cadoret.

Ayrault : « comment fera-t-on pour refuser à Saint-Nazaire une nationalisation que l’on aura acceptée à Florange ? »

Pour l’heure, on ne prend pas le chemin d’un engagement massif de l’Etat. A la marge, les dispositifs de financement à l’export ont été améliorés. Un effort minimal, jugé « très insuffisant », sur place. Et c’est là que réapparaît le fantôme de Florange. En effet, Jean-marc Ayrault, premier ministre, a refusé le plan élaboré par le ministère des Finances sous le nom de code « projet Séraphin ». Ce plan, dévoilé par le Canard Enchaîné du 12 décembre, prévoyait un engagement direct qui ne dépassait pas 500 millions d’€, voire moins parce que le site coûte bien moins que cette somme, et un désengagement progressif comme l’Etat l’a fait pour Alsthom, avec succès. Des investisseurs de taille suffisante, Serin, Duferco et Severstal, avaient été approchés et s’étaient décidés à faire partie du projet pour donner un avenir à l’aciérie lorraine. Toutes perspectives balayées par Ayrault qui a déclaré le 5 décembre en marge de la réunion du groupe PS à l’Assemblée « Comment fera-t-on pour refuser aux salariés des Chantiers navals de Saint-Nazaire ou à ceux de Petroplus une nationalisation que l’on aura acceptée pour Florange ? »

Ayrault craint en effet la contagion, « que toutes les entreprises en difficulté demandent à être nationalisées ». Mais pendant que l’Etat pousse les Chantiers sous le tapis et feint d’oublier, alors que la raffinerie de Petroplus va être arrêtée, les promesses du gouvernement d’avant – au mépris du premier des principes de gouvernement, la continuité de l’action de l’Etat qui vaut aux Bretons le dossier Notre-Dame des Landes  – les Chantiers continuent à couler et le pays nazairien de s’enfoncer dans l’incertitude. Laissant le dernier mot à ses salariés : « de Rennes à chez nous, de l’automobiles aux navires, c’est toute l’industrie lourde qui est touchée, c’est tout un pan de l’économie Bretonne qui fout le camp ».