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La journée de la jupe : une mobilisation étrangère à sa propre ville

23 Mai

attention-manipUne fois de plus, l’exception nantaise a frappé. Comme pour les pères sur leurs grues ou les chômeurs immolés, un fait divers nantais interpelle tout le pays et le met aux prises avec ses contradictions.

 

Finalement, la journée de la jupe qui n’est qu’un fait divers me au jour des réalités dérangeantes. Et oblige à poser des questions qui ne sont pas oins. Pourquoi cette initiative s’est bien gardée de toucher les lycées de quartiers défavorisés ? Là où justement la lutte contre le sexisme est une priorité. Cette initiative semble être pour beaucoup un délire de jeune bourge de gauche, très en retrait sur les réalités sociales, la vie réelle. Mais elle a reçu un retentissement national qui surprend et détonne d’abord dans sa propre ville.

 

La polémique s’est en effet propagée sur les réseaux sociaux. Nombreux sont ceux qui se sont indignés qui n’étaient pas nantais. Ni lycéens d’ailleurs. Et l’infime minorité de ceux qui sont venus protester sur place étaient directement concernés – garçons à Clémenceau (Clém’) ou parents d’élèves du lycée ou des six autres établissements du 44 concernés par l’initiative. Mais le ramdam a poussé les élèves de Clém’ à endosser l’initiative et à venir en jupe ; car il a fait abstraction des réalités locales, et notamment de l’effet de groupe, ou encore du statut particulier de Clém’ parmi les lycées nantais.

 

« Parmi les secondes, il y avait pas mal de jupes. Et plus on montait dans les niveaux, moins il y en avait », commente un élève de prépa qui est scolarisé à Clém’ depuis la seconde. Etre contre la norme – ce que tes camarades, tes professeurs, le discours public encouragent – s’assume d’autant mieux que l’âge augmente. « En revanche, les meneurs étaient en terminale L et ES. Mais tut ça n’était guère sérieux, c’est peut-être pour ça que ça a si bien marché ». La polémique était elle trop sérieuse, et totalement décalée par rapport au sujet.

Il y a autre chose encore. Clém’ a toujours eu une identité particulière. Lycée avec beaucoup d’options artistiques et linguistiques, il échappe à sa destinée d’établissement bourge du centre-ville, mais le grand brassage d’idées et d’origines sociales qui y règne ne s’accompagne pas d’une croissance du multiculturalisme. C’est toujours un lycée blanc, auréolé par ses bons résultats, et où des élèves arrivent après avoir été poussés par leurs parents à faire des options invraisemblables pour échapper à une carte scolaire qui ne les arrange pas. Brassage d’idées, de point de vue, de revendications. « Les lycées d’ailleurs se rassemblent ici quand il y a des conflits, c’est d’ici souvent que ça part, c’est le lycée-flambeau ». Porte-drapeau des contestations, des choix idéologiques, des luttes. Un symbole.

 

Ce que nombre de polémiqueurs ne savaient pas. Avec leur opposition à coups de canon, ils ont réveillé l’esprit Clém’ qui n’a plus grand-chose à voir avec l’histoire du lycée – ancien couvent d’Ursulines, puis dernier lycée public de France à avoir eu un abbé pour directeur, abbé qui a d’ailleurs reconstruit les bâtiments dans leur état actuel.

 

Cela ne va pas sans engendrer d’autres problèmes. Dylan, élève de seconde, expliquait « aujourd’hui, celui qui est venu sans sa jupe, limite on le regardait mal. Finalement c’est du sexisme à l’envers ». Lutter contre les discriminations en instaurant des discriminations contraires, c’est fort. Ce n’est pas une solution, à mois qu’au lieu d’éradiquer le sexisme on ne veuille juste que l’inverser ?

 

Ce 16 mai, Nantes est bien loin de tout ça. La ville se dore au soleil, le vent de Loire rafraîchit agréablement les terrasses pleines, les rues sont populeuses et les visages apparemment insouciants. Mais les préoccupations sont loin des jupes, marginalisées d’ailleurs dans l’habillement féminin. La crise rode, imposant sa marque dans les dents creuses des alignements de vitrines et des porte-monnaie, les files de Pôle Emploi et les plantations forts abondantes des jardins familiaux qui sont nombreux aux portes de la ville, avec leurs éoliennes agricoles installées par la ville, la liste des audiences pour surendettement et le nombre de bureaux et de logements vides. Qui augmentent, bien que les grues continuent à tourner sans relâche dans le ciel breton.

 

Pour bien des nantais, la polémique de la jupe a été incompréhensible, tant c’était pour eux un fat divers parmi d’autres et d’ailleurs rapidement chassé par d’autres. Mais pendant qu’on parle de la jupe ou qu’on s’en offusque, tout le reste passe au second plan. C’est pourquoi le gouvernement peut aller allumer un (gros) cierge à la Manif pour Tous.

Crise en Ukraine : le témoignage d’un ukrainien de l’est

18 Mar

1394822347_1073366276-frAlors que la Crimée vient de déclarer par 97% des suffrages sa volonté de rejoindre la Russie, les médias français et occidentaux mainstream continuent de rendre la Russie responsable de la scission ethnique et politique qui se développe en l’Ukraine. Loin des gémonies médiatiques et de la chasse aux sorcières et aux opinions différentes, nous vous présentons le point de vue d’un habitant – russophone – de l’est de l’Ukraine. Les notes entre crochets sont de la traduction, par BreizhJournal. Le reste est brut de décoffrage. A chacun d’en tirer ses conclusions.

Les libéraux russes soutiennent les ukrainiens de l’ouest dans leur droit à l’autodétermination. C’est très bien. En revanche il est bien dommage qu’ils ne soutiennent pas les ukrainiens de l’est pour qu’ils fassent pareil. Et qu’ils ne savent même pas quel est leur avis. Je vais essayer de l’expliquer.

Regardez. Vous vivez à l’est de l’Ukraine. Vous avez 40, 50 ou 60 ans. Peut-être même 30 ou 70. Vous êtes russe. Ce n’est pas une question de sang. Par votre langue, votre culture, votre conscience, vous êtes russe. Vous êtes né en URSS. Vous avez une relation apaisée avec elle. Vous n’êtes pas fan de Staline. Mais il y a d’autres choses. L’enfance. Les vétérans de la guerre. Vous ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain. Vous vivez hors de Russie depuis 20 ans et des brouettes. Mais vous êtes pourtant toujours russe. La conception non-écrite de l’Ukraine en tant que pays s’appuyait sur un équilibre entre l’Orient et l’Occident.

Vous avez toujours trouvé que l’Ukraine de l’ouest était quelque chose d’autre. D’étranger. Vous vivez dans le même pays, mais vous êtes très très différent. De temps à autre ils tabassent les vétérans soviétiques. Cela vous énerve. Parfois ils essaient de faire des défilés de SS. Cela vous rend fou. Là bas ils parlent du héros Bandera [qui a choisi le camp des allemands pendant la guerre]. Vous pensez qu’ils sont malades. Ils créent à partir de rien une conception nationale ukrainienne. Vous trouvez qu’ils sont idiots. Vous devinez qu’ils ne sont pas tous comme ça. Mais « la voix de l’occident » sonne justement ainsi. Leurs autres traits ressemblent aux vôtres. C’est pourquoi vous remarquez justement ça ; leur « particularisme », c’est ça. Vous n’êtes pas saint et votre ire connait aussi son crépuscule.

Il y a quatre ans, vous avez voté pour Ianoukovitch [ex-président déchu et chassé par les révoltés nationalistes à Kiev]. Pas parce que vous l’aimiez. Mais tout simplement parce que Timochenko, c’est la même chose en pire. Vous ne soutenez pas Ianoukovitch. Vous n’aimez pas les corrompus. Mais vous n’avez personne d’autre à qui donner votre voix. Il n’y avait pas d’autre homme politique d’envergure à l’Est [de l’Ukraine].

Vous êtes un homme simple. Vous voulez la paix, la prospérité, de bonnes relations avec la Russie – car elle compte beaucoup pour vous – mais aussi avec l’Europe. Vous n’étiez pas contre l’association avec l’UE. Surtout si elle permettait de ne pas s’éloigner de la Russie. Le plus souvent, vous avez en Russie vos enfants, une partie de votre famille qui y vit ou y travaille, ou vos amis…

La Russie d’aujourd’hui vous plaît plutôt. Il y a là-bas la paix et une prospérité relative, surtout par rapport à la réalité que vous vivez. Toutes ces années, c’est la Russie et elle seule qui soutient l’Ukraine. Le marché du travail est ouvert. Elle a injecté des dizaines de milliards de subsides. Il y a des réductions [allusion au prix du gaz, vendu 30% en dessous du prix du marché], des projets communs, notamment une zone de libre échange [commune à la Biélorussie, au Kazakhstan et à l’Arménie. Il s’agit de l’Union douanière]. Les ukrainiens qui travaillent en Russie sont trois ou cinq millions. Les autres pays ne font pour l’heure que des promesses.

Personne ne vous empêche en Ukraine de parler en russe. Mais il y a de moins en moins d’écoles russes. Pas d’universités russes du tout – dans un pays où le russe est la langue maternelle de 80 % de la population. Un président [Ioutchenko, de 2005 à 2010] traduisait tout en ukrainien. Un autre [Ianoukovitch] ne s’est jamais bougé pour inverser la vapeur. Il y a énormément de rhétorique anti russe, bénigne dans l’ensemble mais qui énerve et attriste beaucoup.

Dans le pays c’est le bordel tout le temps et il y a des élections constamment. Et de la misère. Des voleurs, qui changent de président et continuent à se partager le budget en usant de n’importe quelles paroles et n’importe quelles personnes [pour couvrir leurs actes]. La nouvelle révolution est encore une de leurs idées. Et rien ne prouve qu’ils ont changé au moins un peu.

Vous voulez vivre sans bordel et sans misère. Vous regardez vers la Russie. Vous trouvez que l’ouest du pays ne produit rien, mais ne cesse de dévorer vos impôts. Même si ce n’est pas vraiment la réalité. Mais à l’ouest ils disent souvent qu’ils sont les seuls à être normaux et vrais ukrainiens. Alors que vous êtes soit finis à l’huile de morue, soit idiots, soit des traîtres. Vous vous demandez parfois si vous voulez vraiment être ukrainien.

Après commence le Maïdan [la révolution de février 2014 à Kiev, qui part de l’occupation de la place de l’Indépendance, nommée Maidan Nezalejnosti en ukrainien]. Le Maïdan détrône le pouvoir légitimement élu. Y compris celui pour qui vous avez voté. On ne vous demande pas votre avis. Le Maïdan fait ça les armes à la main. Tout en clamant son pacifisme. Le Maïdan tire sur les siens. Et prétend que c’est le pouvoir [de Ianoukovitch] qui le fait. Le Maïdan est nourri par les oligarques. Les mêmes qui ont poussé en avant Ianoukovitch avant de le lâcher lorsqu’il a commencé à nourrir ses enfants plus qu’eux.

Vous estimez que cette révolte est un arrangement des oligarques avec les nationalistes et les professionnels de la politique. Qu’ils ont bénéficié du soutien en quantité de gens qui veulent que les choses aillent pour le mieux, mais le font avec des moyens malsains et vont dans le mauvais sens.

Le Maïdan ne représente pas toute l’Ukraine. Il ne vous représente pas. Vous aussi vous êtes pour un pouvoir honnête et de bonnes lois. Mais pas avec les forces de gens entraînés dans des pays bien connus [en UE et aux USA] avec des opinions notoires [allusion aux ultranationalistes néonazis des partis « Batkivschina » et « Oudar »]. Les croix gammées sur leurs épaules et ce qu’ils clament sur la guerre avec la Russie ne vous laisse aucun choix à leur égard. Et surtout, vous refusez d’être gouvernés par les oligarques pour leur plus grand profit. Vous les connaissez assez bien.

Et surtout pas en suivant une rhétorique antirusse. Et surtout pas dirigés par les hommes politiques occidentaux, que vous n’aimez pas depuis les temps de l’URSS encore. Mais le problème n’est pas là. Vous connaissez le prix de leurs promesses. Ne serait-ce que grâce à l’Histoire. Quand ils gênaient le pouvoir, soutenaient les insurgés armés et ont estimé que le coup d’état était paisible et légal. Vous suspectez que ces actions ne sont pas motivées par leur aveuglement ou leur générosité, mais par leur seul intérêt.

Et surtout, vous refusez ces hommes politiques. Vous ne pensez pas que Iascheniouk [le nouveau premier ministre ukrainien], Klitcshko [le boxeur leader du parti ultranationaliste Oudar] ou Tiagnibok [juriste de Lvov, ultranationaliste et leader du parti ultranationaliste Svoboda, depuis 2010 se trouve dans le top 10 mondial  des antisémites, selon le centre Simon-Wiesenthal] sont des gens qui prennent vraiment les décisions, car vous n’êtes pas con. Ce sont des marionnettes et vous le savez.

Comment vous aurez aimé que ça se passe ? Vous voudriez des lois qui s’appliqueraient également à tous. Du respect pour les deux avis sur la question. L’absence de rhétorique dirigée vers quelque bouc émissaire que ce soit. Des élections et non des émeutes. Vous auriez aimé qu’en Ukraine – à condition que l’on conserve les frontières actuelles – tout le monde arrêtera à jamais de penser que c’est le pays des ukrainiens au sens où on l’entend en Galicie [région ultra-nationaliste à l’ouest de l’Ukraine, comme celle de Lviv. Ses habitants ont soutenu en masse le IIIe Reich et il y a eu une légion SS de Galicie sur le Front de l’Est, composée quasi-exclusivement de nationalistes ukrainiens].

Vous ne savez pas quoi penser du renversement de Ianoukovitch. Il était mauvais. Ceux-là ne sont pas mieux. Leurs méthodes sont dégoûtantes. Et maintenant ils commencent à faire des projets de loi. Supprimer le statut particulier du russe [quasi-langue d’Etat]. Changer les noms des rues pour honorer leurs « héros » [des nationalistes, souvent d’anciens officiers SS]. Aller non seulement vers l’UE, mais aussi vers l’OTAN. Interdire le parti communiste et le Parti des Régions [celui de Ianoukovitch, qui est accessoirement le plus grand parti politique de la population russophone]. Supprimer le délit d’apologie du fascisme. Condamner l’occupation soviétique de l’Ukraine. Interdire les chaînes de télévision russe (c’est fait).

Une grande part de tout cela n’est que des mots. Mais vous les entendez. Maintenant, leurs actes. Des députés battus comme plâtre près de la Rada [la Chambre]. Des gens inculpés pour des crimes sont relâchés sans être jugés. La Cour Constitutionnelle est dispersée. Le « gouvernement » et le « président » sont désignés sans aucun respect de la légalité. Les maisons des opposants politiques sont brûlées. Le pillage fleurit. Tout ça n’a pas été fait par les hommes politiques, bien sûr. Cela a été commis par les diables qu’ils ont lâché, ces diables dont les forces leur ont permis de renverser Ianoukovitch. 

Sur le Maïdan, il y a beaucoup de gens différents. Nombre d’entre eux sont dignes et honnêtes. Mais dans les conditions où vous place toute cette hystérie, même votre colère contre l’ancien pouvoir se calme. Vous n’êtes ni saint, ni génie, ni expert en analyse. Alors que le nouveau pouvoir, ce sont justement ces gens qui traitent les russophones de « dégénérés ». Ceux-là même qui disent qu’ils vont « les pendre après ». Qui parlent d’une croisade contre la Russie. « Votre » nouveau pouvoir, certes, pas ses plus hauts dignitaires, parle de guerre avec votre Patrie, sans guillemets.

Peut-être, avez-vous une chance de faire votre protestation pacifique ? Peut-être, on vous a donné le droit de faire un référendum, créer une autonomie ? Peut-être, le « gouvernement » essaie d’être équilibré et vous écouter ? Pas du tout.

Ils refusent tout compromis. Il n’y aura pas de referendum. Vos leaders sont embastillés [notamment le gouverneur populaire de Donetsk, Pavel Goubarev, élu par la population révoltée contre le nouveau gouverneur, un oligarque envoyé par Kiev ; il a été arrêté par des miliciens loyaux au nouveau gouvernement et est en prison pour au moins deux mois]. Vous ne voulez pas vous-même suivre la logique jusqu’au bout. Il y aura beaucoup de sang versé. Vous êtes quelqu’un de normal, vous avez une famille. Vous n’allez pas au Anti-Maïdan [une révolte opposée au nouveau gouvernement de Kiev] bien que vous les soutenez, et c’est pourquoi il n’est pas aussi populeux qu’il aurait pu l’être. A la place de lutter, vous êtes en dépression.

Vous regardez vers la Crimée. Et vous êtes joyeux. Là-bas les gens ne veulent pas vivre avec ce Kiev là. C’est une bonne raison de revenir en Russie [dont la presqu’île a été séparée en 1954, pour être donnée à l’Ukraine]. Ils sont décidés, là-bas. Et ils ont le soutien de l’armée russe. Ils feront un référendum et feront partie de la Russie. Ce n’est pas le paradis sur terre. Mais ils s’y sentent chez eux.

Il n’est pas compliqué pour vous d’imaginer ce qui vous attend. Il n’y aura ni autonomie, ni référendum, ni prise en compte de votre avis. Vos leaders sont déjà arrêtés et le seront encore à l’avenir. Vous ne verrez pas le russe enseigné dans les écoles et les facultés. Tout comme le respect de tout ce qui est russe ou soviétique. Ainsi que l’accès à la Russie sans visa.

Vous allez avoir droit aux bases de l’OTAN, semeur réputé de démocratie. Vous êtes pour la démocratie, mais vous n’êtes pas idiot, vous savez reconnaître la pratique par rapport à la théorie. Vous allez avoir droit au culte de Bandera et à la suppression des défilés du 9 mai (déjà fait). Vous êtes sûr qu’en comparaison avec tout cela Ianoukovitch va très bientôt sembler super-démocrate. Et aussi super-honnête. Vous allez avoir droit à la réduction des retraites et au doublement des loyers. Vous allez pouvoir oublier la prospérité dans votre vie. Votre industrie [les régions de l’est sont l’Ukraine utile : industrielle et minière] sera louée à très vil prix et à un taux usuraire [allusion aux prêts du FMI et de l’UE, dont la contrepartie est la privatisation des géants industriels ukrainiens par les compagnies européennes].

Voici le plus important. Vous allez avoir droit à la sensation que vous êtes étranger dans votre pays. Votre langue, votre relation avec le passé, vos préférences politiques, votre avis sur votre Patrie – tout cela sera étranger.

Et maintenant devinez si vous soutenez l’entrée de l’armée russe à l’est de l’Ukraine.

 

PS : L’autre parti a aussi sa vérité. Et j’aimerai la voir quelque part dans son entièreté. Je vous prie de partager ce message. Ou un message semblable. Je le demande surtout à ceux dont l’avis sur la question diffère. Et je promets de reposter un texte semblable mais qui va dans l’autre sens. Pour que nous puissions mieux nous comprendre. La paix et la compréhension mutuelle en politique sont probablement impossibles maintenant. Mais c’est encore possible dans les cerveaux. Ils sont plus importants. Et nous devons tout faire pour nous comprendre et sauver la paix. Merci pour votre attention.

Source : Blog VKontakte de Sergueï Gourkine

 

Texte d’origine en russe

Прекрасно, что русские либералы поддерживают западных украинцев в их праве на самоопределение. Очень жалко, что русские либералы не поддерживают в том же праве восточных украинцев. И даже не знают, в чем состоит их позиция. Я попробую объяснить.

Вот смотрите. Живете вы в Восточной Украине. Лет вам, скажем, 40, или 50, или 60. Может быть, даже 30 или 70. Вы русский. Дело не в крови. По языку, культуре, самосознанию – русский. Вы родились в Советском Союзе. Вы относитесь к нему спокойно. Вы не фанат Сталина. Но есть какие-то другие вещи. Детство. Ветераны войны. Вы не осуждаете все скопом. Вы живете вне России уже 20 с фигом лет. Но вы не сделались нерусским. Неписанная концепция страны Украины была в балансе между восточным и западным.
Вы всегда воспринимали западную Украину как что-то чуть другое. Отдельное. Вы живете в одной стране, но вы очень и очень разные. Они там время от времени бьют советских ветеранов. Вас это раздражает. Они там время от времени порываются провести парады СС. Вас это бесит. Они там говорят про Бандеру-героя. Вы считаете их больными. Они создают на пустом месте концепцию украинскости. Считают, что украинцы круты потому, что они украинцы. Вы считаете их идиотами. Вы догадываетесь, что они не все такие. Но «голос запада» звучит именно так. Остальное у вас похоже. Поэтому бросается в глаза именно это. Их « особость » получается в этом. Вы не святой. В вашем гневе тоже заходит солнце.

Четыре года назад вы голосовали за Януковича. Не потому, что он вам нравится. А потому, что Тимошенко – это то же самое, только хуже. Вы не поддерживаете Януковича. Вы не любите коррупционеров. Но больше вам голосовать не за кого. Ни одного внятного политика на востоке больше не было.

Вы простой человек. Вы хотите мира, достатка, хороших отношений в первую очередь с Россией, потому что она особая для вас, но также и с Европой. Вы не были против ассоциации с ЕС. Особенно если бы она позволяла не отдаляться от России. Скорее всего у вас в России дети, или родственники, или кто-то там работает, или друзья, и т.п.
Современная Россия вам скорее нравится. Мир и относительный достаток, особенно на вашем фоне, там есть. Все эти годы Украину поддерживает именно Россия и только Россия. Рынок труда открыт. Прямой помощи на десятки миллиардов. Скидки, совместные проекты, в основном открытый товарный рынок. Работающих там – не то три, не то пять миллионов. Остальные пока только обещают.

Никто не мешает вам на Украине говорить по-русски. Но русских школ с каждым годом все меньше. Русских вузов нет совсем. В стране, где для 80% населения родной язык – русский. Один президент переводил все на украинский. Другой так и не почесался сделать ничего обратного. Очень много антирусской риторики, которая в общем безвредна, но очень расстраивает и раздражает.
В стране непрерывный бардак и непрерывные выборы. И бедность. Воры, которые меняют президентов и продолжают осваивать бюджет при любой риторике и при любых персоналиях. Новый протест снова затеян ими. И ни из чего не следует, что они как-то изменились.
Вы хотите жить без бардака и без бедности. Вы смотрите на Россию. Вы считаете, что запад страны ничего не производит, только съедает ваши налоги. Хотя вообще-то это не совсем так. Но на западе часто говорят, что только они – нормальные и настоящие украинцы. А вы – либо недоделанные, либо дураки, либо предатели. Вы иногда задумываетесь о том, а хотите ли вы быть украинцем.
Потом начинается майдан. Майдан свергает законно избранную власть. В том числе и вами избранную. Вас – не спрашивает. Майдан делает это с оружием в руках. И врет, что делает это без оружия. Майдан стреляет по своим. И врет, что это делают власти. Майдан кормили олигархи. Те же, что выдвинули Януковича, а потом, когда тот стал кормить своих детей больше, чем их, задвинули обратно.

Вы считаете, что это сговор олигархов с националистами и политиканами при количественной поддержки людей, которые хотят как лучше, но пользуются дурными средствами и идут в ложном направлении.
Майдан не представляет всю Украину. Он не представляет вас. Вы тоже за честную власть и хорошие законы. Но только не силами подготовленных в известных странах боевиков с известными убеждениями. Свастики на их плечах и слова о войне с Россией в их устах не составляют вашему к ним отношению никакого выбора. И только не под руководством и во благо олигархов. Вы их хорошо знаете.

И только не под антирусскую риторику. И только не под руководством западных политиков. Вы их еще с советских пор недолюбливаете. Но дело не в этом. Вы знаете цену их словам. Даже по этой самой истории. Когда они мешали власти, поддерживали боевиков и сочли мирным и законным силовой антиконституционный переворот. Вы подозреваете, что они делают это не вследствие своей слепоты или прекраснодушия, а вследствие своей заинтересованности.
И не с этими политиканами. Вы не считаете Яценюка, Кличко или Тягнибока принимающими решения, потому что вы не дурак. Они – марионетки, и вы это знаете.

Вы бы как хотели? Законы, равные для всех. Уважение к обеим сторонам вопроса. Отсутствие античьейбытонибыло риторики. Выборы, а не восстание. Вы бы хотели, чтобы на Украине, при условии сохранения нынешних границ, все раз и навсегда перестали считать, что здесь живут только украинцы в галичинском смысле этого слова.

Свержение Януковича вы встречаете с недоумением. Тот был плох. Эти не лучше. И методы отвратительны. А теперь они начинают вносить законопроекты. Отменить особый статус русского языка. Переименовать улицы в имена своих «героев». Двигаться уже не только к ЕС, а к НАТО. Запретить компартию и партию регионов. Отменить ответственность за оправдание фашизма. Осудить советскую оккупацию Украины. Запретить российское телевидение (отчасти уже).

Многое из этого – слова, да. Но вы слышите эти слова. Теперь дела. Депутатов избивают возле рады. Обвиненных в преступлениях выпускают без суда. Конституционный суд разгоняют. «Правительство» и «президента» назначают без всяких признаков законности. Дома политических оппонентов сжигают. Мародерство цветет всеми цветами. Не все из этого делали политики, конечно. Это делали те бесы, которых они выпустили, те бесы, чьими силами они свергали Януковича.

На майдане много разных людей. Много достойных и честных. Но в условиях этой истерики и в вашем гневе заходит солнце. Вы не святой, не гений и не аналитик.

А новые власти – это те самые, что называют русскоязычных « дегенератами ». Те самые, которые говорят, что «вешать их мы будем потом». Те самые, что говорили о походе на Россию. «Ваши» новые власти, пусть и не в самых высших чинах, говорят о войне с вашей без кавычек Родиной.
Может быть, у вас был шанс на свой мирный протест? Может быть, вам дали право провести референдум, создать автономию? Может быть, «правительство» старается быть сбалансированным и слушать вас? Как бы не так.

На компромисс они идти не хотят. Референдума не будет. Ваших лидеров задерживают. Идти до конца не хотите вы сами. Будет много крови. Вы нормальный человек, у вас есть семья. Вы на антимайдан не ходите, хотя сочувствуете, и поэтому он не так велик, как мог бы. Вместо борьбы у вас депрессия.

Вы смотрите на Крым. И радуетесь. Там люди не хотят жить с таким Киевом. Хороший повод вернуться в Россию. Они там решительные. И у них есть поддержка русской армии. Они проведут референдум и будут частью России. Не то чтобы Россия – рай на земле. Но она – своя.

Вам несложно представить, что вас ждет дальше. Ни автономии, ни референдума, ни учета вашего мнения не будет. Ваших лидеров уже задерживают и дальше будут задерживать. Русского языка в школах и вузах вам не видать как своих ушей. Уважительного отношения к русскому и советскому тоже. Заодно и безвизового въезда в Россию.
Вас ждут базы НАТО, знаменитого сеятеля демократии. Вы за демократию, но вы не дурак, отличать теорию от практики вы умеете. Вас ждет героизация бандеры и отмена парадов 9 мая (уже). Вы уверены, что на фоне этих Янукович уже очень скоро покажется демократичнейшим. А заодно и честнейшим. Вас ждет урезание пенсий и двукратный рост квартплаты. О благосостоянии в пределах вашей жизни можно забыть. Ваша промышленность будет сдана по очень низкой цене и под очень высокий процент.

И главное. Вас ждет ощущение, что вы в своей стране чужой. Ваш язык, ваше отношение к прошлому, ваши политические предпочтения, ваше отношение к вашей Родине – все это будет чужим.

А теперь угадайте с одного раза, поддерживаете ли вы ввод русской армии на восток Украины.

p.s. У другой стороны тоже есть своя правда. И я хочу ее где-нибудь увидеть в цельном виде. Я прошу перепостить этот текст. Или аналогичный. Особенно тех, чья позиция отличается. И я обещаю перепостить аналогичный текст с обратным знаком. Чтобы мы лучше понимали друг друга. Мир и понимание в политике уже, пожалуй, невозможны. Зато возможны в головах. А головы важнее. И мы должны сделать все, чтобы друг друга понять и сохранить мир. Спасибо за внимание.
Источник: блог Вконтакте Сергея Гуркина

 

Un nouveau plan social géant dans l’agro-alimentaire breton

18 Juil

mangona-cochonsAprès Doux, l’hécatombe continue, rythmée par les déclarations à l’emporte-pièce du très visible, mais peu efficace ministre du Redressement Productif. Désormais le spectre de la crise s’attaque à une filiale de la CECAB, le groupe d’abattoirs Gad SAS, qui dispose de quatre sites en Bretagne. Le plan social, dans les tuyaux depuis début févriercomme nous l’écrivions alors  – sur fond de crise des matières premières conjugée à la concurrence des abattoirs allemands et polonais, devrait entraîner le licenciement de 646 salariés, 300 autres étant reclassés par la CECAB.

GAD dispose de quatre sites en Bretagne, les abattoirs de Lampaul-Guimiliau (Finistère, 850 salariés), de Josselin (Morbihan, 650) et de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique, 80 salariés), plus 50 salariés au siège, à Saint-Martin des Champs. Aucun repreneur ne s’est manifesté depuis le début de l’année pour redresser GAD. En revanche, les employés de l’abattoir de Lampaul ont présenté un projet de coopérative ouvrière (SCOP) pour reprendre leur site et éviter la casse sociale. Le tribunal de commerce de Rennes devrait trancher le sort du groupe le 21 août.

Guillaume Garot, le ministre délégué à l’Agroalimentaire, a annoncé devant l’ampleur de la crise qu’un plan spécifique pour l’agroalimentaire breton devrait être lancé à l’automne. Mais cela ne sera au mieux que des soins palliatifs pour accompagner les souffrances de l’agonisant, tel des offres de formation aux ouvriers souvent âgés et très spécialisés des abattoirs. Plusieurs abattoirs sont « en trop » en Bretagne, et pourraient fermer dans les prochaines années, sans que personne, ni au gouvernement ni parmi les intendants que Paris envoie gouverner en Bretagne, ne songe à remettre en cause ce que l’on considère trop souvent comme un état de fait économique. Des milliers d’emplois sont menacés, notamment dans une Basse Bretagne déjà fortement éprouvée par l’effondrement d’une partie du groupe Doux.

Cependant, la cause première est politique : la France est trop centralisée, trop endettée aussi. Paris prend la grosse dette, et se soucie peu des Bretons, sauf pour recouvrer les impôts et bazarder tout ce qui peut l’être (services publics, bâtiments de l’Etat, casernes, monuments, espaces naturels…). Peut-être, s’il y avait une vraie décentralisation territoriale, si la Bretagne était libre de se réunifier et d’aider, dans ses cinq départements, son industrie agroalimentaire, n’en serait-on pas là ? Plus que jamais, il semble que se sortir de la crise rime avec sortir de la centralisation jacobine.

Le gouvernement se penche sur l’amélioration de Nantes-Atlantique

6 Juil

desserte-NAOfficiellement, sur Notre-Dame des Landes, la position du gouvernement peut se résumer au slogan du Printemps Français : « on ne lâche rien ». En pratique, devant la forte hostilité du Parlement Européen  à l’encontre d’un projet d’aéroport totalement illégal en droit européen depuis cinq ans et en droit français depuis quatre, le gouvernement – Ayrault en tête – se voit forcé d’avaler quelques couleuvres, d’autant plus que les municipales ne sont pas loin et s’annoncent mal pour la gauche.

L’Europe, justement, a demandé un complément d’information au gouvernement et s’apprête à envoyer une mission parlementaire à l’automne. Si bien que si le gouvernement a claironné – par la voix des caciques socialistes de la région des Pays de Loire – que les travaux reprendraient « à l’automne » puis « à la Toussaint », il ne s’avance plus sur aucun calendrier de travaux. Il fait bien : les travaux préparatoires avaient continué ces derniers temps en toute discrétion. Peine perdue : les forages ont été empêchés par les paysans, tandis que les zadistes sont allés visiter à plusieurs reprises le chantier de déplacement d’une ligne électrique, préalable à l’agrandissement d’un chemin autour de la ZAD. Moralité : en quelques mois, quelques poteaux plantés, et encore ont-ils été récemment sérieusement abîmés. Avec ces rythmes de construction records, l’Ayraultport n’est pas près de décoller.

Le ministre des Transports Cuvillier a annoncé le 28 juin l’étude d’un réaménagement de Nantes-Atlantique pour « approfondir l’évaluation des coûts du réaménagement de l’actuelle aérogare et des stationnements » sur la base d’une fréquentation par 5, 7 ou 9 millions de passagers. Officieusement, le but est de confirmer les chiffres officiels déjà donnés en appui au projet de Notre-Dame des Landes, c’est-à-dire que Nantes-Atlantique ne pourrait faire face à 9 millions de passagers. Mais les derniers mois ont permis de montrer – y compris sur BreizhJournal – que les 9 millions de passagers que Vinci vise pour…2065 (!)  sont un chiffre complètement fantaisiste et passablement dopé aux EPO.

Un autre argument risque de faire irruption dans le débat : l’Etat n’a (vraiment) plus d’argent, et s’apprête à couper le jus aux collectivités locales via les dotations. Onze milliards d’impôts divers prévus ne sont pas rentrés dans le budget 2013 : les recettes de TVA se sont effondrées, les gens ne consomment plus, celles de la TIPP (taxe sur les carburants) aussi, puisqu’ils roulent de moins en moins, surtout s’ils perdent leur travail, l’assurance-maladie et les caisses de retraites sont un champ de ruines du fait de la crise économique, et ainsi de suite. Au prochain budget, ce sont plusieurs dizaine de milliards qui manquent à l’appel. Un constat qui explique la dureté de la commission Duron qui a mis au placard la majeure partie des projets LGV et autoroutiers prévus, à commencer par la ligne TGV Lyon-Turin  (TAV).  Pour que le gouvernement, à huit mois des municipales, se décide à heurter des cohortes d’élus locaux en tous genres, y compris des socialistes, qui tenaient à ces grands projets pour leur réélection, c’est qu’il y a sérieusement le feu au lac. L’argument de la crise risque de devenir la première raison du désengagement de l’Etat, ou tout au moins un argument fort des opposants pour l’appeler à se retirer et laisser tomber l’Araultport.

Loin de toutes ces tensions budgétaires, l’association britto-angevine de citoyens « proposants » dans le domaine des transports Nexus  profite de la réévaluation de l’aéroport pour proposer de remettre en service la ligne de chemin de fer qui relie Nantes à l’aéroport de Nantes-Atlantique. Celle-ci est actuellement une ligne réservée au trafic des marchandises quasi inutilisée qui aboutit dans le domaine des activités aéroportuaires (D2A) en passant devant l’Aérogare et l’usine Airbus. Ancien tracé de la ligne de Nantes à Sainte-Pazanne, elle se débranche de l’actuelle ligne au nord de l’aéroport pour filer tout droit vers l’aérogare, tandis que l’actuelle ligne fait le tour. L’association propose d’établir une station devant l’usine Airbus (actuellement seulement desservie par le bus Tan, de l’autre côté) et une « gare ferroviaire performante » à l’aéroport, puisqu’il y a largement la place afin de mettre « 1.300.000 personnes à moins de 60 minutes de l’aéroport » via la liaison ferroviaire nouvellement créée. De quoi limiter l’extension des parkings – et les dépenses qu’ils engendrent, tant pour l’aéroport que les usagers – et rendre l’aéroport plus attractif.

Tensions autour de l’emploi d’ouvriers de PSA par la SNCF de Rennes

22 Avr

Donner du travail aux ouvriers PSA de Chartres de Bretagne, ce n’est pas si simple. La SNCF avait pourtant eu l’idée d’en employer 85 sur le site même de la Janais – afin de restyler des TGV à Rennes. Ces travailleurs extérieurs devraient être encadrés par quinze agents sous statut cheminot. Finalement, ils ne seraient que 80 ouvriers, mais la SNCF installerait ses équipements dès cet été. Le site de la Janais dispose de 1700 possibilités de reclassements pour les ouvriers qu’il va licencier, dont 600 en CDI à l’extérieur.

Logo Sud Rail BZH vertCependant ce projet récent n’est pas parti pour rouler sur de bons rails. Le syndicat cheminot Sud Rail Bretagne – pour lequel soit dit en passant, Bretagne se conçoit à cinq départements – met le carré et s’insurge contre cette « sous-traitance massive » et dénonce ce qu’il estime être un lugubre « poisson d’avril » dirigé contre les Ateliers – que l’on appelle Technicentre depuis une dizaine d’années – depuis longtemps dans le viseur. En effet, en janvier 2011, la direction de la SNCF a annoncé la fermeture de l’activité des ateliers dédiée aux voiture – 300 emplois par terre dans l’entreprise historique et les sous-traitants – en annonçant pour faire passer la pilule la construction d’un nouvel atelier en banlieue de Rennes où serait délocalisée la seule réparation des pièces de frein. 150 cheminots avaient alors manifesté contre ce projet.

Le syndicat Sud Rail rappelle que « Arnaud Montebourg, Ministre du  Redressement Productif a fait une visite surprise le 19 octobre 2012 aux Ateliers de construction du Centre (ACC) de Clermont-Ferrand annonçant aux 350 salariés de l’entreprise en difficulté la prolongation d’un contrat avec la RATP pour rénover des rames du RER B. Dans la foulée le directeur de la SNCF fait de même » sans doute par excès de zèle. Parce que les emplois sauvegardés de Clermont le seront aux dépens de ceux des cheminots Bretons, qui s’occupent justement des rames Mi79 du RER B. ACC est en effet une entreprise concurrente de la SNCF.

FeuRougeClignotantCe n’est d’ailleurs pas la première fois que les emplois Bretons sont cassés au profit d’activités concurrentes – et déficitaires – en France. Ainsi, fin 2012, la casse de l’emploi était limitée à Florange aux dépens du site Arcelor de Basse-Indre avec la bénédiction du gouvernement et de Jean-Marc Ayrault qui a vilement marchandé le site nantais pour obtenir un semblant de paix sociale en Lorraine. Deux fois raté, puisque les Lorrains ne se sont pas laissés prendre et que la fermeture des hauts-fourneaux entérinée il y a quelques jours laisse une région exsangue, humiliée et meurtrie. Sud-Rail Bretagne conclut en demandant que « cesse la comédie », que l’avenir des ateliers SNCF, de ses employés et sous-traitants soit fixé, et que cesse la « sous-traitance massive » effectuée par la SNCF aux dépens des cheminots et la « vente à la découpe » de l’entreprise. L’activité de restylage des TGV est prévue pour ne durer que 4 à 5 ans, et ce qui se fera à la Janais chez PSA sera fait au détriment des Technicentres (ateliers SNCF) de Romilly, Bischeim et Hellemmes qui tourneront en partie à vide. Sud-Rail demande donc une activité pérenne et le statut de cheminot pour tous.

Les promesses d’emploi de l’aéroport de Notre-Dame des Landes se crashent

1 Avr

La communication officielle autour du projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes le présente comme un moteur puissant de création d’emplois. Rien de tel, déplore le comité de BLAIN de soutien à la lutte contre l’aéroport, qui estime au contraire être en présence d’un leurre et pose les questions qui fâchent en demandant que « des réponses claires » soient apportées par les porteurs institutionnels du projet. Pour le comité blinois, « les prévisions [d’emploi] sont extrêmement optimistes et le bilan final ne sera pas aussi bon que ce que l’on veut nous faire croire ».

Dans un document de deux pages qui sera tiré en A3 à 1000 exemplaires, et qui vient de paraître, ils dénoncent les conséquences graves du projet pour l’emploi. Fonctionnement, compagnies, dossier Airbus, emplois du chantier, impact pour le Sud Loire, revue des questions que les porteurs du projet se gardent bien d’aborder. Ou seulement en des chiffres généraux dont nous avons déjà eu l’occasion de démontrer l’insuffisance.

Rappelons que la Chambre de Commerce et d’industrie de Nantes/St-Nazaire estime officiellement que le chantier devrait permettre de créer environ 3.000 emplois (750 équivalents temps plein sur 4 ans) et l’aéroport lui-même 3250 emplois directs et 9100 emplois induits. Le comité de BLAIN a demandé à la CCI le détail des études utilisées. En retour, il a obtenu cette réponse ahurissante qui en dit long sur le caractère creux et peu démocratique de la communication officielle pro-aéroport : « Nous avons effectivement travaillé sur les retombées économiques  de l’aéroport […] nous n’avons pas réalisé d’étude à publier » mais seulement « mis à jour une étude ancienne de 2003 », étude que le comité de BLAIN n’a – évidemment – pas pu consulter. Autrement dit, quelques chiffres tirés au pifomètre et jetés sur un coin de nappe servent de donnée économique officielle et indubitable, vendue comme telle aux populations, aux élus, aux associations. C’est ce que l’on appelle souvent une escroquerie.

Le projet Vinci

Le projet Vinci

D’abord, le nouvel aéroport – s’il est fait – fonctionnera avec moins de salariés que l’actuel, qui emploie 1.800 personnes. En effet, Vinci vise la réduction maximale des coûts, façon de justifier a posteriori le fait que le devis de construction – près de 600 millions d’euros – a été très sous-évalué, ce qu’avait pointé le Canard Enchaîné en 2011 encore. Ce serait donc un aéroport flambant neuf et flambant cheap qui serait construit pour la métropole Bretonne : pas de taxiways (les bandes de roulage qui permettent de remonter les pistes), pas de passerelles entre l’aérogare et les avions, et pas de navettes passagers. Donc pas de personnel entretenant ces infrastructures. Eric Delobel, responsable du projet chez Vinci assume dans les colonnes d’Ouest-France (4/2/2013) son choix d’économie maximum. Sous la pluie, cet aéroport devrait être tout à fait charmant pour les passagrs obligés de courir jusqu’à leurs avions – mais chut ! tout le monde sait qu’il fait beau quatre fois par jour à Nantes, puisque Ayrault l’a dit. Au passage, l’absence de taxiways obligera les avions à rouler sur les pistes pour s’aligner à l’envol ou après leur atterrissage, diminuant leurs disponibilités, notamment par mauvais temps ou en période de forte affluence. Par ailleurs l’absence de taxiways ou leur insuffisance augmente les croisements d’avions au sol et les risques d’accidents qu’ils induisent. La plus grande catastrophe aérienne de l’Histoire s’est produite au sol, à Tenerife. Mais visiblement l’économie d’emploi maximum a pris le pas sur l’efficience technique et la sécurité des usagers.

Ensuite, le collectif pointe les propos de Nicolas Notebaert, président de Vinci Airport, qui déclare dans le Presse Océan du 4 avril 2011 que le trafic sera surtout axé sur les charter, les low-cost et moyen-courrier. Ce qui constitue un aveu dérangeant : l’aéroport de Notre-Dame des Landes ne sera pas – ou seulement en marge – un aéroport intercontinental comme l’est déjà l’existant et comme la Bretagne en a besoin. Revenons à nos moutons aéroportés : le comité relaie avec raison les pratiques peu orthodoxes en terme d’emploi des compagnies à bas coûts, qui compriment toutes les charges et notamment ceux du personnel. Le risque ? Que l’aéroport devienne un gouffre financier, les collectivités locales risquant de se retrouver chargées de « subventionner les compagnies low-cost privées avec de l’argent public, et de porter à bout de bras les emplois ainsi créés », remarque le comité de Blain. Un modèle économique peu viable et peu fiable, qui montre déjà ses limites : aujourd’hui les chambres de commerce soutiennent l’activité de Ryanair en versant de 9 à 32 € par passager embarqué, sans réussir à rendre viables les aéroports concernés.

Subventions consenties par les aéroports français à Ryanair

Subventions consenties par les aéroports français à Ryanair

Affichette en russe et en polonais sur un chantier Colas Rail (Bouygues) en Seine-Maritime

Affichette en russe et en polonais sur un chantier Colas Rail (Bouygues) en Seine-Maritime

Le comité de BLAIN estime aussi que nombre d’emplois du chantier ne seront pas locaux. En effet, il y a les employés des filiales de Vinci – et des entreprises avec lesquelles la SOGEA et Eurovia, ses deux principales filiales de travaux publics dans l’Ouest de la France – ont coutume de travailler sur tous leurs chantiers, et qui tournent dans l’Ouest et en France. Par ailleurs, près d’un travailleur sur trois est originaire des pays de l’Est, Pologne, Roumanie et pays Baltes principalement. Près de 300.000 travailleurs étrangers sont ainsi employés en France et aucune région n’est épargnée. C’est légal, grâce à la libre circulation des hommes et des marchandises en Europe, et les travers du système font que personne n’a intérêt à remettre en cause cet emploi massif de main d’œuvre étrangère : ni l’employeur, qui paie 20% de charges sociales au lieu de 55% pour l’emploi d’un français, ni le travailleur, qui perçoit un salaire nettement meilleur que celui qu’il peut espérer dans son pays d’origine, voire que le SMIC français s’il ne compte pas ses heures. Dans le contexte où il faut construire rapidement un aéroport le moins cher possible, c’est donc une économie à tous les étages à laquelle Vinci ne cessera de recourir. Sur bien des chantiers – tant de Vinci que des autres groupes de BTP qui ne sont ni plus, ni moins vertueux sur ce plan – la part des travailleurs étrangers est encore plus grande. Ainsi, Bouygues construit la prison d’Orléans-Saran, où seuls les livreurs de bitume et de graviers – une entreprise locale prestataire extérieur du chantier – sont français. Une part écrasante des travailleurs est d’origine étrangère. On retrouve une répartition à peu près semblable sur les chantiers de Vinci (Sogea TP) à Nantes : bref, le chantier ne générera pas beaucoup d’emplois locaux, d’autant plus qu’il est illégal – à cause de la libre circulation des hommes et des marchandises en Europe, encore – d’obliger l’employeur à n’embaucher que des français.

Airbus Nantes

Airbus St Nazaire

Un autre dossier inquiétant : Airbus. L’exploitant actuel de l’aéroport de Nantes-Atlantique, qui n’est autre que Vinci, a décidé en 2013 que la piste de Bouguenais fermerait dès le nouvel aéroport construit fin 2017. Or, Airbus Nantes a un besoin vital de cette piste, mais son entretien pèserait de façon écrasante sur l’entreprise. Les collectivités locales sont prêtes à contribuer, mais ces fonds publics pourraient constituer
une subvention déguisée, attirant sur Airbus les foudres de Bruxelles et de son concurrent Boeing. Les syndicats craignent qu’Airbus ne quitte Nantes une fois sa piste fermée en 2017, ce qui fait 2.000 emplois qui partiraient… où ? à Saint-Nazaire ? Ou à Toulouse ? Enfin, le comité de BLAIN relaie les inquiétudes des communes du sud-Loire, en Loire-Atlantique, et des employeurs situés encore plus loin, en Vendée et Anjou, et qui jusque là trouvaient l’aéroport de Nantes fort suffisant. Ils déplorent maintenant d’être coupés de la nouvelle infrastructure, faute de moyen – troisième franchissement de la Loire par exemple – pour y accéder. Des inquiétudes partagées par Loïc Maurice (CNIP), qui s’est porté candidat pour la mairie de Nantes en 2014  « Il y a quelque chose qui me gêne beaucoup dans ce projet. C’est qu’on se batte avec autant de fermeté sur l’aéroport sans prévoir de moyens pour y accéder. C’est Gribouille. » Loïc Maurice, qui refuse ce nouvel aéroport tant qu’un nouveau franchissement sur la Loire n’est pas prévu, prévient de l’augmentation du trafic routier qu’il va causer «  Les entreprises de Vendée et du sud-Loire prévoient – s’il est fait et dans la configuration actuelle – de faire passer le fret de nuit, massivement. Des norias de camions sur les routes ». Vive le bilan carbone du nouvel aéroport !

Moins d'emploi, moins d'environnement, plus de déficits, l'aéroport, un vrai gouffre pour nous tous?

Moins d’emploi, moins d’environnement, plus de déficits, l’aéroport, un vrai gouffre pour nous tous?

Résumons-nous. Les porteurs du projet estiment – à partir de données de 2003 non vérifiées et non prouvées par une étude indépendante – que l’aéroport devrait créer 3250 emplois directs et 9100 emplois induits. Or, sa construction détruit 100 emplois agricoles et 500 emplois induits qui existent déjà. Par ailleurs, les 1.800 salariés de l’actuel aéroport de Nantes ne seront pas tous transférés à Notre-Dame des Landes : le nombre d’employés du futur aéroport reste inconnu à ce jour, mais il sera moindre. Les 2.000 emplois d’Airbus sont menacés. Et des emplois pourraient être détruits dans les entreprises du Sud-Loire, de la Vendée et de l’Anjou coupées de l’aéroport. Bref, il y a un gros problème.En deux pages, le comité de BLAIN de soutien à la lutte contre l’aéroport démonte radicalement les arguments des porteurs du projet. Le travail des blinois – concis et efficace – complète le tableau en creux que l’on peut dresser du projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes, derrière l’écran de la communication officielle rutilante sur papier glacé et panneau publicitaire. L’aéroport de Notre-Dame des Landes nuit gravement à l’environnement et est illégal en droit européen depuis cinq ans. C’est aussi une entourloupe économique propulsée par des moyens foncièrement illégaux et anti-démocratiques. Tout cela risque de coûter très cher à la France : si son gouvernement, engagé dans le guêpier Breton jusqu’au cou, persiste à commencer les travaux, il va au devant d’une possible condamnation pécuniaire et politique par les autorités européennes. En période de disette budgétaire très grave, ce n’est sans doute pas la meilleure idée pour redresser la situation économique du pays.Voilà qui devrait décider ceux qui soutiennent encore le projet, ou se gardent de le condamner, en s’accrochant aux perspectives économiques et à la « manne » attendue en termes d’emploi. De perspectives économiques il n’y en a point. De manne, non plus. S’il est construit, ce qui chaque jour paraît plus improbable, l’impact de l’aéroport sur les collectivités et les emplois locaux répondra aux standards de la privatisation en Russie : privatisons les profits, nationalisons les pertes. Vinci empochera les bénéfices tandis que les collectivités se tueront à financer les low-cost et les déficits induits. Bref, l’aéroport, un vrai gouffre pour nous tous ?

Télécharger le document EMPLOI du comité de BLAIN

Municipales 2014 : Avis de tempête pour le PS en Bretagne

22 Mar

Les services du Premier Ministre viennent de prendre connaissance d’études très confidentielles dressées pour évaluer les chances de survie des candidats PS et gauche aux municipales. Si, partout en France, le premier ennemi de la gauche… c’est la gauche au pouvoir, la Bretagne sur ses cinq départements est particulièrement remontée. Avis de tempête en terre rose.

Il n'en reste pas moins que tous les problèmes dont se plaignent les Bretons ont la même origine : Paris.

Il n’en reste pas moins que tous les problèmes dont se plaignent les Bretons ont la même origine : Paris.

Qu’est-ce qui énerve les Bretons ? Dans l’ouest et le nord, la hausse des matières premières et la crise subséquente des industries agroalimentaires. A l’est et au sud, le passage en force du gouvernement à Notre-Dame des Landes et l’ouverture aux homosexuels du mariage voire de l’adoption. Partout : la hausse du chômage qui touche un territoire jusqu’alors épargné, la façon brouillonne de conduire les affaires du gouvernement, les hausses à la fois dérisoires – par leur utilité – et confiscatoires de la fiscalité directe et indirecte. Les études sont formelles : nombre de villes peuvent basculer aux municipales et la Bretagne peut se colorer à nouveau en bleu, à l’ouest et à l’est.L’on constate au passage que le bilinguisme Breton et la Charte des Langues régionales n’intéressent pas les Bretons. Encore une fois, les diverses formations politiques bretonnes semblent à côté de la plaque en défendant des intérêts très minoritaires – à peine partagés par l’ensemble des brittophones soit 5 à 10% de la population. Ce manque de réalisme a déjà perdu les partis Bretons lors des législatives  et risque de frapper à nouveau en 2014. Il est bien connu cependant qu’en période de crise surtout, « ventre affamé n’a point d’oreilles », mais il reste encore impensable que les formations nationalistes Bretonnes se penchent sur le sort, par exemple, des ouvriers ABRF de Châteaubriant  ou sur la crise de l’agroalimentaire, pour écouter les Bretons et proposer des solutions à leurs maux.

Si bien que finalement, Ayrault peut dormir sur ses deux oreilles. Même si les travaux à Notre-Dame des Landes sont abandonnés avant les municipales, 2014, c’est dans un peu moins d’un an (le 9 et le 16 mars), d’ici là, le gouvernement peut espérer que l’extraordinaire élan lancé par l’opposition au projet se sera calmé, notamment du fait de l’hétérogénéité des divers opposants. De plus, au niveau national, l’UMP est paralysé par ses soucis financiers et la guérilla qui démotive les troupes locales divisées entre fillonistes et copéistes alors que les seconds verrouillent peu à peu le parti. L’UDI, de son côté, fait une tambouille politicienne assez trouble au lieu de s’élancer dans la campagne, et pourrait abandonner au passage son objectif – encore réalisable – de devenir le premier parti de la droite et du centre en allant chasser sur les terres roses depuis longtemps comme le sont la Bretagne et le sud-Ouest.

Un moyen simple de se rendre compte de l’indécision et de l’impréparation de l’opposition : la gauche, dans les villes qu’elle veut conquérir, comme Marseille  ou Orléans a déjà désigné ses candidats, alors même que cinq candidats de l’UMP et de l’UDI tournent autour du pot à Nantes – un seul s’étant pour l’heure déclaré, Loïc Maurice, du CNIP – et qu’il n’y a pas de candidat fédérateur ni ici, ni dans bien d’autres villes comme à Lyon. Bref, 2014 est le moment où jamais pour que la Bretagne, et en premier lieu, sa capitale, Nantes, rebasculent à droite ou au centre. Mais seule la gauche a pris conscience de ce risque et entreprend, déjà, de faire un nouveau « mur de l’Atlantique » pour bétonner ses positions Bretonnes. Il est temps que l’opposition ou ce qui tient lieu d’alternative se réveille.