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La chaîne humaine réunit 40.000 personnes à Notre-Dame des Landes

11 Mai

Depuis ce matin, des milliers de personnes convergent sur la ZAD pour participer à une immense chaîne humaine sur un parcours de 25 km  tout autour du site de l’ex-futur aéroport nantais, en passant par le bourgs de Notre-Dame des Landes au nord, les carrefours des Ardinières et du Chêne des Perrières à l’ouest, Vigneux et la Paquelais au sud, et le village de Chanais sur la route de Grandchamp des Fontaines à l’est.

La préfecture annonce une affluence ridicule et se discrédite

aéroport-crxL’affluence a été estimée par les organisateurs à 40.000 personnes ; la préfecture a annoncé 3.000 personnes à 10h, 5.000 à 11h, 8.000 à midi pour s’arrêter à 12.000 à 14h, ce qui est mathématiquement impossible. Dominique Fresneau, de l’ACIPA, explique : « Il y avait des gens qui se donnaient la main sur tout le pourtour de la chaîne, sur 25 km, soit 25.000 personnes. A 13h30 déjà, le tour était joué, mais les gens continuaient à affluer. Après vérification des images prises par les médias présents sur le site, nous confirmons le chiffre des 40.000 personnes, la valeur d’une chaîne humaine et demi ».

Et les chiffres de la Préfecture alors ? « On peut contester l’affluence d’une manifestation en ville », concède Dominique Fresneau en se référant à la polémique répétée sur les chiffres de la Manif pour Tous  « mais il est impossible de contester pour une chaîne humaine ou vraiment, tous les participants ne sont pas des surhommes et ne prennent pas dix mètres à eux seuls ; bref, la préfecture se discrédite complètement ». En vérité, comme pour la Manif pour Tous, la chaîne humaine dérange le gouvernement et le Premier Ministre. Consignes ont été données de minimiser l’événement, dans le but de diminuer l’importance du camouflet et essayer de le passer sous silence. Raté.

« Les gens restent mobilisés »

Encore un panneau original sur le site, la version bretonne de la Manif pour Tous (Twitter Frederic Landais)

Encore un panneau original sur le site, la version bretonne de la Manif pour Tous (Twitter Frederic Landais)

Les eurodéputés EELV (Sandrine Bélier, Jean-Jacob Bicep, José Bové, Karima Delli, Yannick Jadot et Eva Joly) ont participé à la Chaîne Humaine. Depuis que l’on est presque sûrs – du fait de l’opposition de l’Europe à voir le droit bafoué – que le projet ne se fait pas, EELV s’oppose en bloc à l’aéroport, oubliant et ses ministres au gouvernement, et ses incertitudes passées, et le fait que le parti des Verts avait accepté que le nucléaire et l’aéroport soient écartés de l’accord électoral avec le PS. Au premier rang d’entre eux, Sandrine Bélier qui s’est beaucoup investie dans le dossier  notamment en portant le dossier du recours devant la commission des pétitions du Parlement Européen qui a permis aux instances européennes de se mêler du dossier et de faire pression sur la France, devant les illégalités flagrantes du projet. Des élus de tous bords, notamment François de Rugy, député Vert qui ne cache pas ses ambitions pour la mairie de Nantes, étaient présents.

Cyclistes parisiens venus pour la Chaine Humaine - ChristoMiche sur Twitter

Cyclistes parisiens venus pour la Chaine Humaine – ChristoMiche sur Twitter

La chaîne humaine n’a finalement pas réuni plus de personnes que la manifestation de réoccupation du 17 novembre, est-ce un handicap ? « L’affluence même en période apaisée, avec moins de risque immédiat pour la ZAD montre que les gens restent fortement mobilisés contre l’aéroport ». Quarante-cinq cars, majoritairement des cinq départements de Bretagne, mais aussi de l’Isère, de Toulouse ou du Loiret, sont venus sur le site ; de nombreuses personnes avaient choisi de venir la veille ou l’avant-veille et passer quelques jours de ce long week-end sur la ZAD. « Le temps ne nous a pas aidé, mais finalement la météo était bonne dans l’après-midi, les gens étaient sur les routes, au sec, il y avait plus de familles aussi, c’était très serein », poursuit Dominique Fresneau.

Beaucoup de personnes devraient finir leur journée au festival de soutien aux Planchettes. Hier, il y avait près de 5000 personnes sur le site, aujourd’hui ils pourraient être le double à enterrer le projet en musique, au cœur de la ZAD. Une mobilisation qui est aussi le succès collectif des 500 bénévoles qui se sont relayés pendant ces deux jours pour une organisation fluide et sans accrocs.

Album photos de la Chaine humaine : cliquez sur le lien

NDDL : l’expulsion de Bellevue et de la Châtaigne sera plus difficile que jamais

26 Mar

Le hameau de cabanes de la Châtaigne, construit depuis le 17 novembre 2012 au sud-ouest du bois de Rohanne est immédiatement expulsable. Ainsi en a décidé aujourd’hui la justice, qui astreint les occupants qui se sont déclarés habitants permanents à payer 450 € par jour d’occupation au bout de 8 jours. Le jugement pour la ferme de Bellevue tombe le 28. L’on s’attend là aussi à une décision favorable à l’expulsion de ses occupants. Cependant, alors que la ZAD s’attend et se prépare activement à un nouveau coup de force printanier, plusieurs facteurs externes plaident pour que le gouvernement arrête les frais.

Cabanes de la Chat Teigne - fin janvier 2012

Cabanes de la Chat Teigne – fin janvier 2012

La ferme de Bellevue  abrite aujourd’hui une vingtaine de vaches – dont 14 ont été ramenées le 10 mars – une truie, une dizaine de poules et plusieurs paysans et occupants volontaires. Le collectif COPAIN44 qui fédére l’opposition paysanne à l’aéroport a appelé hier à  « accentuer la mobilisation sur le site de Bellevue dès le 28 mars, et [à] renforcer le dispositif de protection autour de la ferme. Il est donc fait un appel urgent à tous les paysans, actifs ou retraités, de Loire- Atlantique et de tous les départements alentour, pour acheminer sur le site tracteurs et matériels agricoles opérationnels ou réformés. » Près de 124.5 hectares de terres dépendent de la ferme, dont la viabilité économique est réelle.Le village de cabanes de Bellevue était quant à lui pris dans un imbroglio juridique qui a démontré – s’il fallait encore le prouver ! – combien l’indépendance de la justice devenait une chimère lorsqu’elle traitait d’un projet d’Etat comme l’est l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Cependant, si Paris estime que les opposants sont trop Bretons pour avoir droit au droit français, l’Europe s’en est mêlée et surveille maintenant directement le dossier  ce qui devrait avoir des conséquences importantes pour les occupants de la ZAD et opposants au projet. Notons au passage qu’il ne devrait pas y avoir d’expulsion tant que le rapport de la commission de dialogue ne sera pas rendu ; cette remise est prévue entre la fin du mois et début avril.

L’Hôtel Ibis de Treillières a reçu depuis quelques jours environ 80 gendarmes mobiles et des autorisations de travaux – essentiellement liées au barreau routier donc situées au sud-ouest et au sud-est de la ZAD – ont été déposées pour la fin mars. Disposant d’un soutien local et national très fort, les opposants sont très motivés pour s’opposer, par la force au besoin, aux travaux du barreau routier et à leur expulsion. Cependant, hors de Notre-Dame des Landes plusieurs facteurs plaident pour un évitement du coup de force au printemps sur la ZAD. Revue de détail des causes qui pourraient éviter à Notre-Dame des Landes une nouvelle invasion policière.

L’Europe sauvera Notre-Dame des Landes

D’abord, l’arrivée en force et très officielle des instances européennes, qui ont demandé à la France des compléments d’informations impératifs pour mi-avril. Si la France passe en force, Sandrine Bélier, eurodéputée EELV qui mène la fronde auprès des instances européennes avertit   « nous ferons tout pour que le Parlement mette en demeure la France d’arrêter les travaux, au besoin en passant par une prise de position politique européenne ». Une telle issue est très probable : les instances européennes, souvent critiquées pour la lenteur de leur action, un pas après les problèmes auxquels elle est censée répondre, ne manqueront pas l’occasion d’agir en amont d’un projet ni la possibilité en or de rappeler la France à l’obligation de respecter le droit européen dont plusieurs textes fondamentaux sont violés   par le projet d’aéroport.

Un régime socialiste très inquiet par la déroute attendue en 2014

La ferme de Bellevue, . Notre-Dame des Landes, Bretagne.

La ferme de Bellevue. Notre-Dame des Landes, Bretagne.

Ensuite, le gouvernement, déjà très fragilisé sur le plan intérieur – par les affaires et son autisme face à la contestation sans cesse croissante du projet de loi sur le mariage gay  peut difficilement se permettre d’ouvrir un nouveau front, fut-il loin de Paris, au risque de se mettre à dos une frange croissante de la population scandalisée – à juste titre – par les excès de violences policières et les illégalités diverses et variées. Politiquement, le gouvernement a plutôt intérêt, pour sauver la mise aux municipales de laisser couler le dossier, le temps que les recours des propriétaires légaux soient épuisés, ce qui ne sera pas fait avant fin 2015.Nombre d’élus socialistes locaux – la « base » du PS – somment le régime de Paris d’arrêter les frais avec le projet qui exaspère les populations Bretonnes, angevines, mancelles et poitevines déjà très énervées par la montée en puissance de la crise, des impôts, le caractère pour le moins indécis de la politique gouvernementale et son autisme face aux revendications sociales et économiques. Le PS – qui s’est constitué un domaine réservé dans les cinq départements Bretons et détient plusieurs grandes villes de l’Anjou, du Maine, de la Normandie et du Poitou – pourrait souffrir durablement de la crise : Angers, la Roche sur Yon, Laval, Saint-Brieuc, Caen et Rennes sont dans la ligne de mire de la droite et du centre (UMP, UDI) et pourraient basculer. De quoi alimenter la peur panique des élus et de tous ceux qui vivent des grasses prébendes des collectivités socialistes.

Pour l’heure, toute opération policière est illégale

Ce triton marbré ne pèse que 8 grammes, mais il pourrait faire reculer des millions de tonnes de béton et de policiers

Ce triton marbré ne pèse que 8 grammes, mais il pourrait faire reculer des millions de tonnes de béton et de policiers

A la suite du président de la Commission de dialogue qui a laissé paraître ses doutes au sujet de la pertinence du projet d’aéroport dans la presse parisienne, d’autres instances nationales, parmi lesquelles le WWF demandent des études complémentaires. Enfin, les autorisations auprès de la Commission Nationale des Paysages et des Sites pour les dérogations à la loi sur l’eau et le déplacement des espèces naturelles protégées ne sont pas obtenues. Ce qui veut dire – alors que commence la période de reproduction des batraciens – que tous travaux lourds qui occasionneraient des atteintes aux milieux naturels, aux sols et aux espèces naturels sont pour l’heure illégaux et pourront faire l’objet de procédures judiciaire et d’interdiction par les maires des communes concernées au titre de leur pouvoir de police.Tout comme les fouilles qui abîment les champs, une intervention policière, nécessitant force véhicules, usage de gaz lacrymogène et poivre, de grenades de désencerclement, d’engins de travaux pour démolir les cabanes et les barricades et causant un piétinement accru de surfaces somme tout réduites et en zone humide ne manquerait pas de dégrader les milieux naturels et de causer la mort d’espèces protégées. De quoi provoquer les foudres de l’Europe et de nouveaux recours judiciaires, sur des fondements juridiques qui ne peuvent être sujets au doute ou à l’interprétation en fonction du pouvoir politique. Si le droit a été largement foulé aux pieds par le pouvoir, la perspective – en ces temps de disette budgétaire – d’une condamnation pécuniaire européenne infamante et importante pourrait refroidir les ardeurs d’un Premier Ministre qui se sait sur un siège éjectable.

Notre-Dame des Bouillons, la ferme normande qui ne veut pas se laisser abattre

1 Jan

A Mont-Saint-Aignan, dans la banlieue de Rouen, 4 hectares et deux corps de ferme forment la ferme des Bouillons. Récemment achetée par le groupe Auchan, cette ferme est occupée par des personnes qui s’opposent à sa démolition. Une nouvelle zone à défendre (ZAD) qui éclot en terre normande et qui forme un « kyste » politique et écologique douloureux. Autopsie de « l’affaire » qui fait de plus en plus parler d’elle dans le Grand Rouen.

vue aéro2Les dix bâtiments entre le centre commercial Carrefour et la Forêt Verte, sur le plateau de Bel-Event, forment la ferme des Bouillons (49.479976,1.099545), un ensemble qui apparaît déjà sur le « plan d’une ferme nommée la vastine, dépendante du prieuré de Saint-Thomas le martyre du mont-aux-malades lès Rouen », levé en 1763. Cette ferme plus que bicentenaire a gardé de l’époque son corps d’écuries ; la maison d’habitation date, elle, du XIXe. Ferme maraîchère, elle est vendue par les derniers propriétaires à Immochan, filiale d’Auchan spécialisée dans l’acquisition d’immobilier commercial. L’emplacement, au bord de l’avenue du Bois des Dames, apparaît en effet comme un endroit rêvé pour implanter, à l’avenir, un centre commercial. En effet, avant la vente, début 2012, la municipalité qui était encore de droite modifie le plan local d’urbanisme (PLU) en changeant la classification de la zone : de agricole, elle devient zone à urbaniser (Au). Tout projet d’urbanisation nécessitera alors une nouvelle révision du PLU. De son côté, le groupe Immochan déclare ne pas vouloir lancer de projet avant 2014. Mais demande tout de même un permis de démolir. Que la mairie lui accorde.

2008 – 2012, l’embrouille politique

Le bâtiment d'habitation

Le bâtiment d’habitation

Et c’est là que le dossier devient un sac de nœuds politique. En effet, en mars 2008, le Mont-Saint-Aignan, commune sociologiquement à droite bascule à gauche, suite à la division de la droite en deux listes, aux deux tours. La ville se retrouve alors dirigée par une majorité composée à 42% d’élus EELV et à 58% de socialistes ; une élue verte est 1ère adjointe. En parallèle, au sein de l’agglomération de Rouen Elboeuf – la CREA –, le petit groupe d’élus Verts, 11 sur 167 conseillers, abat un travail d’ampleur se positionne pour une politique agricole ambitieuse, qui fait la part belle à la sauvegarde des dernières fermes de l’agglo et à l’octroi d’aides au développement de l’agriculture urbaine et maraîchère. Or, il se trouve que la ferme des Bouillons est la dernière ferme exploitable de Mont-Saint-Aignan. Une autre se trouve au sud de l’Université, au Fond du Val (49.456158,1.074708), mais le vent qui balaie ses terres est pollué pendant des décennies par les rejets des usines pétrochimiques de l’agglomération. Inexploitable, elle est en friche depuis vingt ans. Les écologistes font donc de la sauvegarde de la ferme des Bouillons et de la réinstallation dans ses bâtiments d’un maraîcher leur cheval de bataille. Mais… Auchan l’a acheté légalement. Et la mairie socialiste ne brusque surtout pas les choses, d’abord en refusant de préempter lorsque la vente de la ferme se fait début 2012, puis en accordant le permis de démolir.

Entre temps, notamment sur d’autres dossiers, les élus Verts sont mis à l’écart, tant au Mont-Saint-Aignan que dans d’autres communes de l’agglomération de Rouen où des majorités roses-vertes se scindent. Une adjointe finit par abandonner sa délégation. En 2012, le maire, Pierre LEAUTEY, se présente aux législatives en tant que suppléant de Valérie Fourneyron. Celle-ci devenant ministre, il devient député et est forcé par le PS à abandonner sa mairie, qu’il cède à Patrice COLASSE, socialiste et 6e adjoint. Les élus Verts remettent sur la table tous les projets qu’ils défendent depuis 2008, et ayant obtenu une fin de non-recevoir, notamment par rapport à la ferme des Bouillons dont ils avaient pris en 2008 l’engagement de préserver le site, se retirent de l’exécutif. Fin du premier acte.

Une occupation début décembre pour éviter la démolition

Les bâtiments de l'exploitation

Les bâtiments de l’exploitation

Début décembre, le collectif citoyen qui s’était constitué pour éviter la démolition de la ferme apprend que la destruction des bâtiments aura lieu début janvier 2013. Précipitamment, une dizaine de personnes s’installent sur place, des animaux, puis un tracteur sont ramenés. Une trentaine de personnes se relaie au quotidien. La solidarité s’organise peu à peu. Le journal Paris-Normandie, repris cet été  par deux journalistes et qui a regagné du mordant, couvre la lutte qui s’organise. Les membres du collectif font tourner une pétition, qui à ce jour récolte 700 signatures contre la démolition de la ferme. « Lorsque nous nous sommes installés », nous explique Philippe Vue, président de l’association de sauvegarde, « il y avait des trous dans tous les murs de la maison d’habitation, les démolisseurs étaient passés voir de quoi les murs étaient constituées pour faire leur devis ». Le maire intervient peu avant Noël pour demander à Immochan de ne pas expulser les occupants tant que tous les recours sur le devenir de la ferme n’auront pas été épuisés. « Le maire a demandé à Auchan de nous confirmer le sursis qu’ils nous accordaient par lettre recommandée. Pour l’heure, on n’a rien reçu encore ». Car l’occupation est totalement illégale. Néanmoins, de la mâche sera semée en mars et la ferme redeviendra productive au printemps.Pendant ce temps, l’embrouille politique continue. Le nouveau maire déclare que, tant qu’il est là, jusqu’en 2014, il n’engagera pas de révision du PLU, et qu’il laisse le soin à son successeur de régler le sort de la ferme. Mais le temps presse : « la prochaine mairie sera de droite », estime-t-on au collectif. Et reprendra ce qui avait été ébauché en 2007 : passer la zone en zone urbaine (U) pour permettre à Auchan d’y implanter sa grande surface. Le collectif critique aussi le fait que les Verts n’aient pas pris position franchement en 2012 pour sauvegarder la ferme et empêcher que le permis de démolir soit accordé. C’est pourquoi les élus Verts ont changé leur fusil d’épaule. « Il faut réviser le PLU maintenant et agir via le SCOT », déclare Alice Briand, conseillère municipale EELV au Mont-Saint-Aignan. En effet, l’agglomération risque de se retrouver en première ligne. Son schéma directeur, obsolète depuis 2010, est révisé en ce moment. « Nous sommes dans le dur des discussions », confie Alice Briand, et «  certaines d’entre elles portent sur le devenir de la ferme, son inscription parmi les espaces naturels à protéger ». L’adoption du SCOT, un document d’urbanisme qui fait office de PLU à l’échelle de l’ensemble de l’agglomération, en 2014, entraînera de plein droit la révision des PLU de toutes les communes concernées, pour leur mise en conformité avec le document. Nous en sommes là aujourd’hui. Le 15 octobre 2012, la politique agricole de la CREA devient réalité, l’agglomération se retrouve au pied du mur.  Fin du second acte.Et maintenant ?

Les vieux communs

Les vieux communs

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la révision du PLU en 2007 n’a fait l’objet d’aucun recours.  Pourtant, les délais sont très courts, et il ne faut pas traîner : le citoyen n’a que deux mois à compter de la promulgation d’un PLU pour déposer un recours en excès de pouvoir contre celui-ci, devant le tribunal administratif, ou alors un recours gracieux par lettre recommandée au maire de la commune. Passé ce délai, les possibilités de recours sont nettement plus restreintes, afin d’éviter l’insécurité juridique qui pourrait résulter de l’annulation d’un PLU des années après sa mise en place.Le collectif qui occupe actuellement la ferme n’a donc que très peu de voies juridiques qui s’offrent à lui. Des recours seront cependant déposés en janvier. De deux alternatives l’une : soit la situation pourrit pendant encore quinze mois – c’est long – et la droite revient au pouvoir en 2015, évacue les opposants et laisse Auchan transformer la ferme en centre commercial. Soit une solution amiable est trouvée à l’échelle de l’agglomération. La piste de l’échange des terres est discrètement évoquée par certains élus sous couvert d’anonymat. Même si l’enjeu politique et écologique est sans commune mesure,  la ferme des Bouillons, petite « ZAD rouennaise » a un  point commun avec la Bretonne Notre-Dame des Landes : c’est la pression de l’opinion publique qui décidera de l’avenir de la dernière ferme de Mont-Saint-Aignan.

NDDL : Grand succès de la manifestation de réoccupation

17 Nov

A partir du bourg Breton de Notre-Dame des Landes, une marée d’hommes et de tracteurs a déferlé sur le site prévu pour le projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes. Les organisateurs estiment l’affluence à 40.000 manifestants et 500 tracteurs. La préfecture estime l’affluence à 13.500 personnes. José Bové, interrogé dans le cortège par une journaliste de l’AFP, estime l’affluence à « peut-être 20.000 ou 30.000 personnes ». A 16h, le chiffre de 38.000 manifestants et de 400 tracteurs semble correspondre le plus à la réalité du terrain.

A 15h00, deux maisons sont en cours de reconstruction sur la ZAD

Point d’orgue de la mobilisation pour la défense de la ZAD qui dure depuis un mois, la manifestation contribue à hisser aujourd’hui Notre-Dame des Landes au sommet de l’actualité nationale, à égalité avec les manifestations contre le mariage gay. L’affluence à Notre-Dame des Landes dépasse toutes les attentes : les policiers tablaient hier sur « 8 à 10.000 manifestants« . Incontestablement, la contestation contre l’aéroport s’impose comme un sujet national, comme une grande lutte.La manifestation n’a pas été interdite par les forces de l’ordre, qui ne devraient pas non plus intervenir pendant son déroulement, sauf si des débordements ont lieu. Toutefois, ce matin à 9h, le péage de Corzé sur l’A11 et l’A85 a vu l’établissement d’un barrage de gendarmerie. Les forces de l’ordre fouillaient les bagages et les cars.

De nombreuses manifestations ont lieu aujourd’hui ailleurs en France en solidarité avec Notre-Dame des Landes. Ainsi, un rassemblement a lieu à Belin-Beliet, en Gironde, à 11h, un autre à Bordeaux (15h), un à 13 h 30 à Boulogne-sur-Mer, une manifestation à Limoges (14 h 30), un rassemblement à Lille (15 h), un à Perpignan (16 h, place de Catalogne), un à Digne (10 h 30), une manifestation décalée  pro-Vin$$i à Nice (10 h), un autre rassemblement à Reims (14 h place Stalingrad), un la même heure à Rouen (14 h, gare), une manifestation à Châlon (10 h), un à Mâcon même heure, un à Clermont-Ferrand (63) à 11h et un dernier à Montpellier (14h).

Photo tweetée par @greenpeacefr – la manifestation à 14h

De nombreux tracteurs chargés de matériel continuent à arriver sur place. Deux maisons en bois ont été mises en chantier au cœur de la   ZAD, près du Bois de Rohanne. Dans la manifestation sont présents des parlementaires et des élus Verts, mais aussi le leader du Parti de Gauche Mélenchon. Le succès de la manifestation risque de fragiliser un peu plus le gouvernement. L’un des deux ministres écologistes, Pascal Confin, a confié à Mediapart qu’il « serait allé à la manifestation, s’ [il] n’était au gouvernement ». Au conseil régional des Pays de Loire, la majorité serait en train de voler en éclats à cause de l’aéroport.

Sur place, les manifestations crient leur détermination. De la manifestation, Jean-Vincent Placé, sénateur EELV, a appelé Hollande à « écouter la mobilisation ». Pour José Bové, il s’agit d’une « journée historique, une date qui va marquer ». Slogans et appels se succèdent sur la campagne Bretonne qui n’a jamais vu autant de monde de toute son histoire. Une expression peut les résumer tous « on est tous ensemble, on va se battre, on va gagner ». Les discours se succèdent et sont retransmis en direct sur la radio 107.7FM (AutorouteFM), que les manifestants détournent depuis un mois.

La manif en direct depuis la radio de la ZAD

Mélenchon a fustigé le projet « absurde » de l’aéroport. La manifestation s’est déroulée sans incidents et donc sans intervention des forces de l’ordre. Toutefois, une opposante interviewée par France3 aurait tenu des propos « irresponsables » selon la Préfecture, car elle aurait appelé à commettre des sabotages. La Préfecturea annoncé la fin de la manifestation à la nuit tombée, alors que celle-ci ne faisait que commencer puisque elle devait se poursuivre la nuit. Par ailleurs, comme on peut le lire sur le site des opposants la reconstruction ne fait que commencer puisque « De nombreuses autres cabanes amenées lors de la journée seront montées dans les jours qui viennent. »

Un communiqué de presse a été fait par la coordination d’organisation de la manifestation à la fin de la journée. « La taille du cortège était telle que lorsque les premiers sont arrivés sur le lieu de la reconstruction, après 5 km de joyeux défilé, de nombreuses personnes attendaient encore de pouvoir partir du bourg de Notre-Dame-des-Landes ! Ce sont aussi 400 tracteurs, des batucadas et orchestres, des armées de clowns, des centaines de drapeaux arborant un avion barré, et 1001 slogans et pancartes qui ont traversé le bocage.

Tout l’après-midi, toutes et tous se sont activé-e-s autour de la construction d’une salle collective, d’une cuisine, de blocs sanitaires et de plusieurs autres installations à l’heure actuelle bien avancées.  » Des élus locaux  – et moins locaux, comme Auxiette – socialistes y ont répondu à leur façon, se posant en défenseurs d’un projet de « développement » du territoire et de « refus du déclin« . Comme si la Loire-Atlantique, qui, avec ou sans aéroport devrait voir sa population passer de 1.3 à 1.7 million d’habitants en vingt ans, était un territoire en déclin.

Addendum : Ce samedi de contestation se dédouble avec le succès de la manifestation pour tous de Nantes. De source policière, il y a actuellement 9.000 personnes sur le cours Saint-Pierre rassemblées contre le projet de loi sur le mariage homosexuel.

NDDL : La pression policière baisse de régime

5 Nov

Samedi, nous avions été informé – et nous l’avions annoncé – que la Préfecture abandonnerait les opérations d’expulsion pour les deux jours du week-end. Dans l’ensemble, la trêve a été respectée, malgré quelques allées et venues de policiers qui ont surveillé la ZAD comme le lait sur le feu. Depuis les policiers ont repris les opérations, mais pour l’heure, elles se font sur un rythme moins fébrile et avec beaucoup moins de violences. A une phase d’invasion en force, la Préfecture a substitué une phase de baisse de pression… dans l’espoir que la ZAD retourne au no man’s land médiatique.

Le Liminbout, village où des destructions ont déjà été pratiquées par les pouvoirs publics Ouest de la ZAD, Notre-Dame des Landes.

Le samedi 3 novembre, il n’y a quasiment pas eu de mouvements de policiers sur la zone. Apparition furtive d’un fourgon vers 10h, passages de fourgons de gendarmes mobiles devant les barricades du Phare Ouest, au sud-est de la ZAD, passage de l’hélicoptère à 15 h 45 pour localiser les chantiers de reconstruction et les voies d’acheminement du matériel. En revanche, la préfecture n’a pu tenir sa promesse M. Lapouze, directeur du cabinet du Préfet de Loire-Atlantique, disait en effet que « s’il y a des barricades, elles seront uniquement le fait des opposants », alors que le carrefour des Ardilières, au nord de la ZAD a été barricadé au cours de l’après-midi par des policiers qui empêchaient les riverains de passer et/ou de ravitailler. Néanmoins, l’AG des militants s’est tenue le soir à la Vach’rie (les Domaines) sans problèmes.Le dimanche 4 novembre, les zadistes indiquent à 12 h 33 « Youhou ! Tout est calme » et réaffirment ce calme à 19 h 45. Dans l’intervalle, des fourgons de gardes-mobiles sont signalés à Treillères et à Vigneux, notamment à cause de barricades sur la route du Far Ouest. Mais la préfecture préfère respecter la trêve : moins il y a de tensions, et moins les médias sont susceptibles de couvrir les événements et d’accroître la pression sur le gouvernement.

Le lundi 5 novembre, c’est modérément que l’activité reprend. Entre 7 h 30 et 8 h 45, des gendarmes mobiles en nombre arrivent avec les agents de la DDE, une pelleteuse et un manitou, pour remettre en état les routes, entre la Saulce et la Rolandière (RD81, au sud de la ZAD). A 9h30, les policiers déboulent dans le bois de Rohanne, atteignent une cabane reconstruite pendant le week-end, en vident les occupants rapidement et commencent sa destruction. Des six occupants, deux sont emmenés à la gendarmerie de Blain pour vérifier leur identité, quatre filles sont ramenées au carrefour de la Saulce. Une est rapidement relâchée, les trois autres relâchées à 10 h 45. Pour l’instant, la méga-décharge – qui comporte notamment des déchets amiantées – qui seule subsiste de la ferme du Tertre prestement rasée vendredi subsiste telle quelle sur place. Tant pis pour les salamandres. A partir de 14 h les policiers quittent la zone du Sabot et vont protéger des travaux de déblaiement au Tertre. Les militants en profitent pour relancer leurs chantiers de reconstruction un peu partout.

Le soutien aux militants anti-aéroport continue à dépasser le strict cadre nantais. Un rassemblement est prévu ce soir à 19 h devant la Préfecture de Nantes, une réunion d’information a lieu à Angers à 20h30 (26 rue Maillé, l’Etincelle). Une réunion a lieu demain à Rouen pour y créer un comité de soutien http://rouen.demosphere.eu/node/448 De tels comités locaux existent un peu partout en France, notamment en Ile-de-France et en Alsace. Le 7 Novembre, un rassemblement est prévu dans le Pas de Calais à 18 h et une réunion d’information se fera au Petit Louvre, rue Linard Gonthier face à la fac de Troyes.

EELV Bretagne condamne, la CGT accepte le « grand chantier » aéroportuaire

Presque trois semaines. C’est le temps qu’il a fallu à Europe Ecologie les Verts Bretagne pour se rappeler que Notre-Dame des Landes est une commune Bretonne en Loire-Atlantique et s’affranchir des illusions socialistes. Pour rappel, Europe Ecologie les Verts Pays de Loire a donné sa position trois jours après le début de l’opération César. En revanche, la position rédigée par Gaëlle Rougier, René Louail et Michèle le Tallecest sans ambiguité aucune. Fustigeant la « très grande violence » des forces de l’ordre, elle appelle à abandonner le projet d’aéroport et affirme avec force que les méthodes de « répression employées sont indignes d’une démocratie« . Ayraultbespierre ne sera pas très ému, mais c’est déjà ça de pris. En revanche, ce n’est pas la position de la CGT qui va contribuer à l’arrêt de l’opération policière. Refusant de se dire pour ou contre le projet, le syndicat se place dans le champ de l’acceptation de l’qéroport et réclame « un grand chantier exemplaire » au niveau du droit du travail et de l’insertion environnementale.