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La langue assassinée, documentaire en préparation sur le déclin de la transmission familiale du Breton

15 Mai

sans-titreElle s’appelle Alyson Cléret, elle a 24 ans, elle est originaire de Melrand, dans la campagne morbihannaise entre Pontivy et Baud, et fait des études de réalisation cinématographique à Paris. Après avoir déjà réalisé un court-métrage  inspiré par le poème Va’chêriadenn d’Anjela Duval, elle se lance dans la réalisation d’un moyen-métrage sur la transmission du Breton dans le cercle familial. Il se nommera La langue assassinée.

A travers sa propre histoire familiale, elle pose la question de la diversité des rapports avec le Breton. Quel rapport ces Bretons d’âges et de générations divers entretiennent-ils avec elle et leur culture, leur histoire, leur quotidien ? Le fil conducteur du projet, marquée par des travellings et une voix off, fera office de liaison entre eux. Sur trois générations, Alyson dresse l’histoire du déclin de la transmission du Breton, fil conducteur non seulement d’un territoire mais aussi d’une culture et d’une identité spécifiques. Grands-parents brittophones, mais qui n’ont pas transmis le Breton à leurs enfants, parents qui ne le parlent plus et qui s’y sont parfois remis sur le tard, enfants de la génération de la Découverte ou de l’ignorance  à l’heure du choix. Devant l’obligation d’aborder un sujet qui ne l’a pas beaucoup été à cause de la mauvaise conscience des familles et de la République.

Un déclin qui n’est pas anodin, mais traduit le succès d’une certaine politique de la République envers le Breton et les Bretons, une revanche sur l’humiliation infligée à la République par le peuple Breton en armes – de la chouannerie aux très actuels conflits de Plogoff ou de Notre-Dame des Landes, en passant par l’attachement à l’identité culturelle, à la religion ou au vote « réactionnaire », puisque encore au XIXe et jusqu’à la moitié du XXe bien des campagnes de Bretagne votaient blanc – royaliste, surtout pour ne pas donner blanc-seing à la République, héritière des colonnes infernales et des panneaux « Interdit de parler Breton et de cracher par terre ».

02 AnastasieEmile Combes, petit père de la laïcité disait que « Les Bretons ne seront républicains que lorsqu’ils parleront le français. L’église les maintient dans la « sujétion» grâce au breton, inadéquat pour exprimer les idées nouvelles (…) dont la langue française est l’admirable messagère. ». Les Bretons, qui ont défendu avec succès leur école « libre », déliée au moins en partie du poids de l’Etat, parlent maintenant le français, mais sont-ils soumis à la République pour autant ? L’exemple de la Loire-Atlantique, département de combat où le peuple a, contre ses élus et le pouvoir de Paris, enterré durant ces quatre dernières décennies deux projets de centrales nucléaires  et un projet d’aéroport, tend à démontrer le contraire. Même sans le fil conducteur de la langue, l’inconscient collectif des cinq départements porte bien moins à la résignation qu’ailleurs.

Pour Alyson, c’est urgent de s’impliquer pour le Breton. Il y avait en 2007 207.000 locuteurs de Breton, dont 5.000 ont moins de 18 ans, la relève n’est pas assurée. Elle est néo-brittophone, « j’ai repris les cours à Paris, j’ai de la chance, mon université propose des cours de Breton ». Son père s’y est remis sur le tard, il y a deux ans et demi. S’impliquer, pour la jeune fille, c’est aussi se battre pour la réunification : « historiquement, c’est de la pure logique, politiquement la Bretagne sera plus forte, économiquement c’est un avantage évident ». Elle tournera une partie de son documentaire à Melrand où est son berceau familial, et à Nantes, « ville exclue de la Bretagne alors qu’elle en a été la capitale, ville où toute une politique menée par la France se concrétise ».

Pour financer le tournage de son film – déplacements, montage etc. – elle a fait un appel aux internautes, ce que l’on appelle aussi du crowdfunding. Pourquoi passer par Internet ? « Pour toucher un maximum de personnes, voir les réactions, les attentes des gens ». « J’espère avoir d’autres témoignages, l’histoire de ma famille, c’est aussi celle de milliers de Bretons ». La jeune fille espère réunir 1.500 €, le « strict nécessaire pour faire le film » ; elle en a déjà collecté 475, soit un tiers de la somme. Pour la diffusion, elle compte sur les festivals pour se faire connaître. Son premier court-métrage achevé fin 2012 est déjà passé au festival des films Court en Betton la semaine dernière, ainsi qu’au festival des très courts à Saint-Pol de Léon et devrait être projeté lors d’un festival à Paris le 24 mai.

Alyson revendique au quotidien un rapport engagé pour la Bretagne : « je suis Bretonne à Paris, au quotidien, j’essaie de remettre les choses en place, me battre contre les clichés, expliquer par exemple que le Breton, c’est une langue, pas un patois, qu’il y a une Histoire, une identité derrière ». Pourquoi ? « La Bretagne, ça a tellement été bafoué que j’ai envie que la Bretagne retrouve sa fierté, que les Bretons n’aient plus honte de leur histoire ». Depuis les dernières décennies, la Bretagne connaît un renouveau culturel et économique important, « une lancée qui doit être continuée : il y a beaucoup de gens qui se bougent, qui proposent des pactes [BreizhImpacte], des initiatives économiques importantes, mais les gens du commun ne se bougent pas assez ». C’est pourquoi espère que son film pourra libérer leur conscience de la Bretagne, porter les Bretons du quotidien – éloignés de l’engagement politique – de l’ignorance à une découverte salutaire pour eux-mêmes et la Bretagne.

Contribuer à la collecte pour la réalisation du film

En Avant Bretagne lance sa campagne des municipales

16 Fév

En Avant Bretagne / En Awen Breizh (EAB) lance sa campagne pour les municipales de 2014, alors que de nombreux partis français et Bretons commencent à établir leurs listes ou choisir leurs candidats. Ici, point de têtes de liste, de cadors et de jeunes loups, le seul ticket proposé aux électeurs, c’est la Bretagne plus unie et plus libre. C’est une « affiliation » que propose EAB, une charte de valeurs auxquelles doit adhérer le candidat pour « se revendiquer de la démarche EAB ».  Mais aussi – enfin – une démarche réaliste et modérée, loin des extrémismes contraires qui agitent le petit bocal du nationalisme politique Breton. Une bolée d’air frais bienvenue.

eabEn août 2012, au lendemain des législatives qui tournent au désastre pour les candidatures nationalistes bretonnes, l’ex-membre de l’UDB et président du mouvement En Avant Bretagne Jean-Jacques Page appelait au « rajeunissement et au rassemblement » des nationalistes Bretons pour 2014, autour d’un leader naturel, le maire de Carhaix Christian Troadec. Le mouvement se présente comme une « union des modérés » et se positionne pour une Bretagne unie. Six mois plus tard, alors que le mouvement politique Breton – l’Emsav – peine à sortir de ses vieilles ornières  et que le très modéré « régionaliste » Paul Molac, élu de l’UDB dans le Morbihan avec le soutien du PS, est quasi invisible, l’épisode scandaleux de la censure de la revue Bretons permet d’apprendre que 18% des Bretons et 53% des jeunes Bretons sont favorables à l’indépendance.

Jean-Jacques Page, qui a cédé sa présidence à François Le Gal dans un souci de « rajeunissement et de renouveau à partir d’une figure  neuve et non partisane » nous explique la raison de cette initiative lancée par EAB : « Aujourd’hui, la Bretagne est en danger (amputation, langues minorisées, identité marginalisée…), et la conscience de ce péril devrait s’imposer à tous ceux qui pensent que la Bretagne a du sens et donne du sens à leur vie. Il est des moments où il faut savoir dépasser les clivages partisans et idéologiques, pour faire avancer, voire pour sauver l’essentiel. Les 12 points du « Breizh ImPacte » ne sont pas clivants, donc consensuels. Chacun est libre de son appartenance militante, partisane, idéologique (sauf à être extrémiste), et se retrouve dans une démarche qui valorise une communauté de destin et de projets : La Bretagne.J’ai la conviction que le moment est venu de voter Bretagne, de prendre notre destin en main ».

Pour obtenir l’affiliation EAB aux municipales, le candidat devra « afficher une démarche modérée » et adhérer aux douze points
du Breizh Impacte
. Les candidats EAB permettront à la Bretagne et aux Bretons de proposer une alternative à l’insuffisance de la décentralisation, la concentration des pouvoirs à Paris, l’inexistence de l’autonomie et l’oppression de l’identité et de la langue de Bretagne par la République une et indivisible. Le mouvement EAB espère que l’élan créé aux municipales permettra de transformer l’essai aux régionales en 2015. Pour que la goélette Bretagne puisse enfin manoeuvrer librement dans les eaux tumultueuses de la crise.