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Ouest-France, l’Equipe et le Parisien premiers bénéficiaires des subventions à la presse

30 Août

Le fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP) a publié son rapport d’activité pour l’exercice 2012. En 2012, le comité s’est réuni deux fois, a examiné 48 dossiers dont 6 ont été rejetés et a donné en moyenne 247.315 € de subventions. Plus de 15 millions d’euros de subventions lui ont été demandées, il en a accordé 9.6 millions, essentiellement à des sites internet de publications paraissant en format papier.

Le plus gros bénéficiaire est le dossier présenté par le groupe Ouest-France puisqu’il capte 12.3% des aides données. Viennent ensuite le Parisien (11.6%) et Newsprint (11.4%). En effet, Ouest-France et Dimanche Ouest-France captent 1 187 950 € et le Parisien 1 127 241€. L’Equipe perçoit 1 170 426€, puis, avec un écart significatif, viennent La Presse de la Manche (858 948€), France Guyane (446 706 €), Le Monde (373 646 €), Nice Matin (332 893 €) et la Nouvelle République du Centre Ouest (326 645 €).

kiosque-journauxIl faut ajouter aux aides données à Ouest-France et son édition du dimanche celles captées par ses filiales : 101 918€ pour les 32 titres du groupe Publihebdos, qui s’étend sur un bon quart nord-ouest de la France, 24 579€ pour le Courrier de l’Ouest, quotidien de l’Anjou, du Choletais et des Deux-Sèvres, 12 456€ pour Presse Océan, en Loire-Atlantique et 11 816 € pour le Maine Libre, soit 150 769 € de plus dans l’escarcelle du groupe.

Parmi les causes d’attribution de ces aides, 17 dossiers ont trait à la fabrication, pour un montant alloué de  7 263 911 €, près de 75% des aides. 13 dossiers ont été aidés pour la modernisation des rédactions, avec 462 985 €. Les dépenses informatiques, photographiques, de smartphones et tout autre investissement présentant une part de renouvellement de matériel sont désormais payées à la moitié de la dépense. Il faut toutefois « que l’achat de matériel s’intègre à un vrai projet éditorial, que la nature des matériels représente un saut technologique et que la dépense soit retenue sur la base des prix de marché de ce type de matériels, dans des conditions d’offres négociées« . Les formations sont aussi prises en charge dans la limite de 1200€ par journée.

Rappelons au passage que l’Union Européenne épingle régulièrement la France pour ces aides à la presse, qu’elle juge contraires à l’esprit des règles du Marché Commun. Un rapport de 1986 commun à tous les pays de l’Union d’alors (et à quelques pays devenus depuis membres) dressait l’état des aides à la presse dans chacun d’entre eux et préconisait leur allégement sinon leur suppression. Depuis, tous les pays l’ont fait, sauf la France et l’Italie.

 

 

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Un nouveau plan social géant dans l’agro-alimentaire breton

18 Juil

mangona-cochonsAprès Doux, l’hécatombe continue, rythmée par les déclarations à l’emporte-pièce du très visible, mais peu efficace ministre du Redressement Productif. Désormais le spectre de la crise s’attaque à une filiale de la CECAB, le groupe d’abattoirs Gad SAS, qui dispose de quatre sites en Bretagne. Le plan social, dans les tuyaux depuis début févriercomme nous l’écrivions alors  – sur fond de crise des matières premières conjugée à la concurrence des abattoirs allemands et polonais, devrait entraîner le licenciement de 646 salariés, 300 autres étant reclassés par la CECAB.

GAD dispose de quatre sites en Bretagne, les abattoirs de Lampaul-Guimiliau (Finistère, 850 salariés), de Josselin (Morbihan, 650) et de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique, 80 salariés), plus 50 salariés au siège, à Saint-Martin des Champs. Aucun repreneur ne s’est manifesté depuis le début de l’année pour redresser GAD. En revanche, les employés de l’abattoir de Lampaul ont présenté un projet de coopérative ouvrière (SCOP) pour reprendre leur site et éviter la casse sociale. Le tribunal de commerce de Rennes devrait trancher le sort du groupe le 21 août.

Guillaume Garot, le ministre délégué à l’Agroalimentaire, a annoncé devant l’ampleur de la crise qu’un plan spécifique pour l’agroalimentaire breton devrait être lancé à l’automne. Mais cela ne sera au mieux que des soins palliatifs pour accompagner les souffrances de l’agonisant, tel des offres de formation aux ouvriers souvent âgés et très spécialisés des abattoirs. Plusieurs abattoirs sont « en trop » en Bretagne, et pourraient fermer dans les prochaines années, sans que personne, ni au gouvernement ni parmi les intendants que Paris envoie gouverner en Bretagne, ne songe à remettre en cause ce que l’on considère trop souvent comme un état de fait économique. Des milliers d’emplois sont menacés, notamment dans une Basse Bretagne déjà fortement éprouvée par l’effondrement d’une partie du groupe Doux.

Cependant, la cause première est politique : la France est trop centralisée, trop endettée aussi. Paris prend la grosse dette, et se soucie peu des Bretons, sauf pour recouvrer les impôts et bazarder tout ce qui peut l’être (services publics, bâtiments de l’Etat, casernes, monuments, espaces naturels…). Peut-être, s’il y avait une vraie décentralisation territoriale, si la Bretagne était libre de se réunifier et d’aider, dans ses cinq départements, son industrie agroalimentaire, n’en serait-on pas là ? Plus que jamais, il semble que se sortir de la crise rime avec sortir de la centralisation jacobine.

Une pinède gagne contre le maire de Calvi

27 Fév

Ce 14 février 2013, la cour administrative d’appel a mis un point final juridique aux projets du maire de Calvi de construire un centre de loisirs sans hébergement dans une pinède, en pleine ZNIEFF (zone naturelle d’intérêt faunistique et floristique). Manque de chance… c’est déjà construit. Et il y a relativement peu de chances que cela soit détruit, à moins d’un petit accident à effet de souffle.

La collusion n'est pas une illusion. C'est un meurtre d'Etat contre l'environnement et la qualité de vie Corses.

La collusion n’est pas une illusion. C’est un meurtre d’Etat contre l’environnement et la qualité de vie Corses.

L’association U Levante  avait attaqué la révision du PLU permettant la construction sur les deux motifs assez habituels en Corse de la non-continuité avec l’urbanisation existante (L146-4 code de l’urbanisme) et de la non-constructibilité des espaces remarquables (L146-6 code de l’urbanisme). Les baraques avaient été édifiées par la permis sur la zone constructible nouvellement créée (Nd) sans permis. Sans surprise, la cour administrative d’appel rappelle que les maires corses n’ont pas le pouvoir d’outrepasser la loi.Un fait reste tout de même troublant. Lors du Conseil des Sites réuni en 2009 pour examiner le projet, l’on avait omis de lui signaler que le centre de loisirs projeté était implanté dans une ZNIEFF. La directrice régionale de l’environnement (actuelle DREAL) et l’inspectrice des sites avaient alors dit que le site respectait les lois, alors même que les défenseurs de l’environnement, cartes topographiques en main, démontraient le contraire. Voilà qui rappelle à point nommé la complicité des services de l’Etat et des bétonneurs élus ou colons. Désormais, il ne reste qu’une échappatoire, mais de taille, pour les élus incapables de résister à la loi du béton : missionner un cabinet d’étude pour qu’il bâcle en deux temps trois mouvements une « étude » de la biosphère de la ZNIEFF à supprimer et demander à la DREAL de supprimer ladite zone naturelle protégée sur la base de ce travail. Cauchemar ? Non, réalité. Parce que la collusion des bétonneurs et des services de l’Etat n’est pas une illusion. Ni en Corse, ni en Bretagne.

Le site d’info libre Owni se meurt

6 Déc

Sale temps pour l’information indépendante en France. Le site indépendant – et non subventionné – Owni est sur la voie de garage. Tiraillé entre une armée mexicaine de directeurs et son modèle économique, il est parti pour licencier ses journalistes et se reconvertir en agence de prestation pour les médias.

 

Un de perdu en France

owniPetite PME de 17 personnes, Owni compte 11 cartes de presse et pourrait se séparer de 9 journalistes, en ne gardant que ses développeurs. La transformation serait impulsée par le fonds d’investissement Avenport qui a investi entre 1 et 1.5 millions d’€ dans le média, qui fonctionne sans pub et sans subventions, adossé qu’il était à une société éditrice d’applications mobiles, 22 mars, dont il se sépare. Owni compte cinq directeurs : un directeur artistique, un directeur commercial, un directeur technique, un directeur de rédaction et le président Didier Adès. Le directeur de rédaction a annoncé son départ, parce qu’il est opposé à la fusion avec la – confidentielle et novatrice – revue Usbek et Rica. Owni, nouvelle édition, pourrait « rédiger des e-books payants sur l’information chaude« , des sujets brûlants tels que la guerre en Syrie ou Notre-Dame des Landes, à destination d’un public plutôt professionnel.

Owni.fr s’est vu décerner à Boston le titre de meilleur site d’informations en ligne, en langue non anglaise en 2010 et 2011, par l’association américaine de l’information en ligne (ONA). Il avait notamment mis au point les « War Logs », une application permettant de visualiser les documents confidentiels de l’armée américaine divulgués par WikiLeaks, fin 2010. Il a aussi dénoncé le scandale des subventions que l’Etat accorde à la presse papier pour diverses raisons  (modernisation, marketing, développement en ligne…) Celle-ci survit dans un modèle vermoulu alors que l’Europe cherche depuis des années à siffler la fin de partie des subventions et des charges qui pèsent sur le marché très encadré de la presse. A titre d’exemple, Ouest-France perçoit en 2011 14.1 millions d’€ en 2008, Libé 8.9 millions, Le Monde 16.9 millions, Le Figaro 15.9 millions, le Télégramme 3.7 millions. Du côté de la presse en ligne, pas mieux : 249.000 € pour Rue89 en 2010, 200.000 en 2011, 199.000€ pour Slate en 2010, autant pour Mediapart en 2010 et 2011…

 

Un de retrouvé en Bretagne ?

Nous vous annoncions le 29 novembre que l’Agence Bretagne Presse renonçait à être un média. Finalement, la vénérable ABP, prise en porte-à faux avec son honneur et faisant l’objet de diverses pressions, s’est ravisée en suivant des péripéties dignes du feuilleton UMP que nous nous abstenons de relater ici. Elle continue à voguer, sans trouver de solutions à sa crise d’âge. Si bien que ça recommencera, d’ici quinze jours, ou trois mois. Mais enfin, elle est là.