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NDDL : Etranges provocations à l’est de la ZAD ce week-end

13 Mai

SHAR_6340_215_2D’étranges provocations ont tendu à nouveau la situation à l’est de la ZAD alors même que le devenir du projet d’aéroport apparaît chaque jour de plus en plus hypothétique.

Le 9 mai, une série d’événements curieux a eu lieu le long de la RD281 : déversement de déchets sur la route par un camion-benne, incendie d’une barricade, puis d’une cabane et d’une voiture, toujours sur le même axe. Ces incendies, qui ne manquent pas de rappeler ceux d’octobre 2013  sont attribués par certains à des « provocateurs policiers ». Ils pourraient aussi être l’oeuvre d’une délinquance locale en mal de divertissements. Ou d’habitants excédés par certains zadistes.

Le lendemain, le site du CLCA (lutteaeroportnddl) qui semble être celui des zadistes, mais qui ne l’est pas – et d’ailleurs n’a aucun lien avec les représentants officiels du mouvement anti-aéroport – a appelé à occuper la ferme de la Grée soi-disant vide à partir de 20h le samedi 10 mai. Cette ferme est située au sud de la ZAD, en limite de celle-ci, près de la Chébrerie et d’autres lieux occupés par les zadistes.

Cette ferme a été ouverte et une fête aurait été organisée dedans. Mais il y a un problème : elle est toujours habitée. Son propriétaire a refusé de vendre et était parti en vacances. Dominique Fresneau, au coeur e la lutte paysanne, nous précise d’ailleurs qu’en « dehors de la réoccupation de Saint-Jean du Tertre, il n’y a pas d’autres projets d’occupations de fermes pour le moment. Tous les autres appels sont l’oeuvre d’hurluberlus ». Il ajoute que le CLCA « a déjà appelé par le passé à occuper des fermes qui étaient habitées et dont les propriétaires avaient refusé de vendre au département et à Vinci ». Ce qui cause maintenant un véritable imbroglio autour de cette ferme en limite de la ZAD. L’action lancée par le CLCA – un petit groupe basé dans une ferme à Rezé, risque aussi de faire monter le ras-le-bol des habitants de Notre-Dame des Landes et de Vigneux contre les zadistes.

Sur le média de la gauche alternative et libertaire Indymedia, un habitant de la ZAD a commenté cet appel à l’occupation qui y était relayé en le condamnant : « appeler à l’occupation de la ferme et des terres d’un agriculteur qui refuse de collaborer avec AGO/VINCI relève plus de l’opération policière que d’un acte de résistance. » Fustigeant la « nullité stratégique et politique » du CLCA, il en précise la face cachée « relais massif de fausses rumeurs d’intervention policière, accusation infondées d’infiltrations, détournement de dons qui leur parviennent via leur site internet et dont personne ne voit jamais la couleur dans le mouvement (si ce n’est le versement de sommes liquides à quelques individus bien choisis), tentatives de sans cesse attiser les divisions dans le mouvement, ouverture bidon comme celle de la Grée. »

Bref, il conclut : « nous ne le répéterons jamais assez : le CLCA n’est ni une source fiable, ni un acteur de la lutte, c’est un micro-groupuscule de pseudos radicaux qui n’a même pas besoin d’être infiltré pour servir les intérêts de la préf et d’AGO, un pitoyable ramassis d’idiots utiles ». Et pourtant beaucoup s’y sont laissé prendre.

NDDL : Bellevue n’est toujours pas légalement expulsable

4 Avr

La ferme de Bellevue est occupée depuis le 27 janvier 2013  et peu à peu remise en marche par les efforts conjoints des paysans de l’ensemble du département de Loire-Atlantique (et au-delà) fédérés dans le collectif COPAIN44. Deux jugements successifs du tribunal de Saint-Nazaire ont fait droit aux demandes d’AGO-Vinci d’expulser les occupants de la ferme, propriété du Conseil Général de Loire-Atlantique et devenue le fer de lance de l’opposition paysanne au projet. Mais à chaque fois, les paysans et les juristes qui les assistent ont trouvé de nouveaux artifices juridiques pour rendre inopérants les jugements.

Ce hangar donne encore du répit aux occupants de la ferme de Bellevue à Notre-Dame des Landes

Ce hangar donne encore du répit aux occupants de la ferme de Bellevue à Notre-Dame des Landes

C’est le cas une fois encore, les défenseurs des occupants ayant trouvé que le jugement du 28 mars ne concerne que le corps de ferme. « Les bâtiments agricoles de la ferme n’étant pas concernés par les deux précédents jugements », écrit le collectif dans un communiqué daté du 3 avril. Par conséquent, les diverses granges, une petite grangette munie d’une cheminée, la soue à cochons et le grand hangar sont toujours légalement occupés, donc « si le concessionnaire AGO Vinci persiste à vouloir expulser les occupants, il devra passer par une nouvelle procédure auprès du Tribunal de Grande Instance de Saint Nazaire. » Cette nouvelle procédure devrait donner – compte tenu des délais de justice – un répit de près d’un mois à la ferme alors même que la poursuite du projet aéroportuaire, plombé par un contexte politique très défavorable et de lourdes illégalités tant dans sa conception que sa mise en oeuvre, devient chaque jour plus difficile.Le 1er avril, neuf nouveaux paysans du collectif COPAIN44 se sont déclarés occupants des bâtiments et exploitants des terres de la ferme depuis le 28 mars ; les précédents occupants qui étaient astreints à payer 50€ par jour et par personne ont, quant à eux déclarés ne plus occuper la ferme depuis le 28 mars. Si bien que les astreintes ne sont pas payées et la procédure continue. Un stratagème à peu près semblable a été mis en place suite au premier jugement du 28 février qui lui aussi condamnait les agriculteurs qui s’étaient alors déclarés occupants de la ferme, sur la base de la comparution volontaire, à des astreintes. Via les procédures d’appel, Vinci-AGO poursuit maintenant « 18 paysannes et paysans » du collectif.

Un autre occupant de Bellevue : une espèce endémique de chats qui ne niche que dans les (vieux) fours à pain.

Un autre occupant de Bellevue : une espèce endémique de chats qui ne niche que dans les (vieux) fours à pain.

Actuellement, d’après Jean-François Guitton, « vingt-deux vaches, une douzaine de poules, une demi-douzaine de moutons et une truie » donnés par des agriculteurs exploitants de toute la Loire-Atlantique sont installés à la ferme et sur une partie des terres. Pour le Collectif des Organisations Professionnelles Agricoles INdignées par le projet d’aéroport, qui fédère la Confédération Paysanne dans le 44, le CIVAM 44, le GAB44, Manger Bio 44, l’Accueil paysan, Terroirs 44 et Terre de liens, l’objectif reste le même : « empêcher la démolition ou le saccage des terres sur l’ensemble de la ZAD, y compris par les sondages archéologiques, garantir la pérennité de la ferme et préserver la possibilité pour les paysans de s’installer sur les terres quand le projet sera abandonné ».

NDDL : le tribunal confirme l’expulsion de la ferme de Bellevue

28 Mar

Sans surprise, le tribunal civil de Saint-Nazaire a confirmé l’expulsion immédiate de la ferme de Bellevue, occupée par les paysans et des opposants depuis le 27 janvier 2013. Cette robuste ferme en bon état général  dont dépendent 124.5 hectares de terre est peu à peu remise en service avec l’appui des paysans de tout le département.

Ferme de Bellevue le 28 janvier

Ferme de Bellevue le 28 janvier

AGO-Vinci a été en revanche débouté de ses prétentions pécuniaires. La filiale de Vinci demandait 1000€ d’astreinte journalière et 20.000 € de dommages-intérêts. Le tribunal a préféré ordonner l’expulsion immédiate et le paiement d’une astreinte de 450€ par jour au bout de huit jours. Cependant, alors que l’Europe vient de se pencher sur le dossier, et que du fait de l’absence d’autorisations liées à la loi sur l’eau, toute opération policière de grande ampleur sur la ZAD est frappée d’illégalité, l’expulsion de la ferme de Bellevue sera plus difficile qu’elle ne l’a jamais été.  Au moment où le tribunal rendait sa décision, plusieurs centaines de personnes se rassemblaient à Bellevue : la détermination des opposants est intacte.BreizhJournal a joint Jean-François Guitton, agriculteur membre de la Confédération paysanne et du collectif COPAIN44 qui fédère l’opposition agricole à l’aéroport. Il nous explique que la résistance va s’intensifier « aujourd’hui, on a ramené du matériel agricole pour mieux protéger la ferme. Pour nous, il est fondamental d’éviter l’irréparable, c’est-à-dire la destruction de la ferme, alors que le rapport de la Commission d’enquête n’est pas encore rendu et que la Commission des Pétitions se réunit à nouveau mi-avril. » En cas de coup de force, le réseau de vigilance et de solidarité devrait marcher à plein « il y a une veille permanente à la ferme et des tracteurs vigilants pour barrer les accès et retarder les forces de police. On amènera du monde rapidement. Mais notre mobilisation est pacifique donc on n’ira pas à l’affrontement ». La mobilisation s’appuie aussi sur près de 200 comités de soutien qui sont appelés à se rendre sur les permanences PS de leurs secteurs en cas de coup de force à sur la ZAD « pour interpeller leurs élus sur leur double langage, qui d’un côté veut protéger les ressources naturelles et la terre, et de l’autre tolère qu’on s’en dispense à Notre-Dame des Landes. »

Aujourd’hui, la ferme compte 22 vaches, 6 moutons, une douzaine de poules et une truie. Une partie des terres est occupée par des vaches depuis le 10 mars; le reste est encore trop humide pour y faire rentrer les tracteurs. Le four fonctionne, le conduit de cheminée a été refait selon des méthodes traditionnelles, le linteau de granit posé à nouveau. Le nettoyage de la maison et la réfection de la grange – aujourd’hui salle de réunion – est fini. Des travaux de clôture ont toujours lieu à l’extérieur. Une partie de l’opération Sème ta ZAD prévue le 13 avril pourrait se faire sur une des parcelles de Bellevue. Bref, Notre-Dame des Landes remue toujours.

Flash : le rendu du rapport de la Commission de dialogue devrait avoir lieu mardi 2 avril

NDDL : Un espoir de répit jusqu’à fin mars pour Bellevue

1 Mar

Une centaine de paysans et de zadistes déterminés étaient rassemblés ce matin à la ferme de Bellevue pour la protéger de toute tentative d’expulsion et de destruction. Dans la matinée, la nouvelle est tombée : la Préfecture s’abstiendra de toute intervention policière à la ferme avant que la Commission de dialogue n’ait rendu son rapport, fin mars.

La ferme de Bellevue, ce matin. Notre-Dame des Landes, Bretagne.

La ferme de Bellevue, ce matin. Notre-Dame des Landes, Bretagne.

Il est probable que cette décision ait été en partie motivée par la réaction de la Confédération Paysanne suite au jugement d’hier  qui a ordonné l’expulsion immédiate de la ferme et condamne ses occupants à une astreinte de 50€ par jour et par personne pendant trois mois. En effet, le syndicat paysan avait, bien avant le jugement, décidé d’aller se rendre à l’invitation de la Commission de Dialogue. En apprenant la décision du tribunal et le pré-positionnement d’importantes forces de police (de 60 à 80 fourgons de gardes-mobiles) à Nantes, poursuit Jean-François Guitton, de la Confédération Paysanne : « nous avons estimé que le dialogue était rompu, nous sommes allés à la Préfecture et nous avons remis à la commission un bref document qui explique notre position après le jugement, et l’on a bien vu que les membres de la commission étaient très embêtés de voir ce jugement paralyser leurs efforts d’apaisement et de dialogue serein ». Commission qui, à défaut d’avoir convaincu les opposants de son utilité, essaie de faire son travail avec sérieux. Dorian Piette, juriste engagé contre l’aéroport, a été auditionné par la commission le 27 février avec trois avocats (l’un de  Saint-Nazaire pour les expropriations, un autre pour le droit de l’UE et le  refus d’abrogation de la DUP, et un dernier pour le droit de l’eau) et un professeur d’université qui représentaient le collectif des juristes opposés au projet aéroportuaire. L’audience, qui devait durer de 10h30 à 12h, s’est prolongée jusqu’à 13h15, par suite des interrogations très techniques menées par Rouchdy Kbaier  notamment sur les illégalités par rapport au droit européen qui grèvent le projet d’aéroport depuis 2008 ou encore les aspects léonins du contrat de concession accordé par l’Etat à Vinci.

Barricade protégeant la ferme de Bellevue

Barricade protégeant la ferme de Bellevue

La ferme est actuellement protégée par une trentaine de tracteurs enchaînés et des défenses sur les trois routes qui y mènent, au nord par le Liminbout, à l’ouest par le Chêne des Perrières (quatre barricades) et au sud par le débouché du chemin de Suez (deux barricades). Les activités de la ferme continuent : le mur au-dessus du four à pain et sa cheminée, ébranlés par le dernier occupant qui avait tenté d’en retirer un linteau de granit, sont en cours de réfection, le terrain autour de la ferme aplani et assaini, les travaux de réfection intérieure continuent. La grange, passablement défoncée par son dernier fermier est devenue une salle de réunion chaulée à neuf. La ferme permet actuellement d’abriter une quinzaine de personnes, « vingt-cinq en se serrant » d’après l’un de ses occupants.

Une stratégie de défense en cours d’élaboration

Bellevue redevient peu à peu une ferme active. Plusieurs vaches, dont une pie noire bretonne, y vivent depuis 3 semaines.

Bellevue redevient peu à peu une ferme active. Plusieurs vaches, dont une pie noire bretonne, y vivent depuis 3 semaines.

Une réunion a été tenue ce midi à la ferme en présence de quelques journalistes et de 75 paysans et occupants de la ZAD pour discuter au sujet de la stratégie à adopter pour la défense de la ferme. Deux options divergent nettement : d’un côté la non-violence totale à la Gandhi, de l’autre la construction d’un rapport de force qui pourrait inclure des actions musclées, façon luttes paysannes du Trégor. D’après Jean-François Guitton, de la Confédération Paysanne, la bonne solution se trouve entre les deux, dans la « diversité des initiatives autour de la lutte » et « l’extériorisation de la confrontation, l’ouverture  de celle-ci à des lieux extérieurs », par exemple la ville de Nantes. L’importance de la non-violence semble être un fait majeur dans le capital médiatique que possèdent les insurgés de la ZAD depuis le début des opérations policières le 16 octobre 2012. Pour Lionel, ancien du Larzac et paysan, « ici, à Notre-Dame des Landes, beaucoup de choses sont différentes par rapport au Larzac. A l’époque, les paysans avaient dit tout de suite et clairement qu’ils étaient non-violents, ce qui ne les avait pas empêche de mener des actions très pertinentes et très symboliques ». Le flou – un peu voulu parfois – maintenu par les opposants à l’aéroport sur la stratégie – non violence ou confrontation, est-il un  problème ? Il est en tout cas un axe de réflexion important pour la défense de Bellevue, puisque l’objectif pour les paysans, tant du collectif COPAIN44, de l’ACIPA et d’ailleurs, est « d’empêcher que la ferme ne soit détruite ». Sur le plan de la stratégie, l’occupation et la remise en exploitation de la ferme de Bellevue pourrait être un moment déterminant, puisque maintenant les paysans – notamment du collectif COPAIN44 ont aussi leur lieu symbolique, leur équivalent du Sabot pour les zadistes, leur point d’appui autour duquel développer leur apport dans la lutte et leur choix de société.

L’huissier est passé à Bellevue

16h57 : l'huissier quitte, seul, la ferme de Bellevue.

16h57 : l’huissier quitte, seul, la ferme de Bellevue.

Vers 16h30, l’huissier est passé à la ferme de Bellevue notifier et expliquer le jugement aux comparants volontaires. Il était accompagné, jusqu’à la barricade au débouché du chemin de Suez sur la route de Vigneux, par deux fourgonnettes de gendarmes, qui sont reparties avec lui sur le coup de 17 heures. La journée a été peu marquée par des mouvements policiers, à part les barrages habituels des Ardillières et de la Saulce dès 5 heures du matin. Vers six heures du matin, l’arrivée sur le carrefour de la Saulce de dix fourgons de gendarmes mobiles munis de remorques motorisées ont fait quelque peu d’émoi sur la ZAD, mais ils sont repartis peu après vers Vigneux. Le sort juridique de la Chat Teigne, le village de cabanes en bois situé à l’ouest du Bois de Rohanne, doit être tranché en justice le 12 mars. Par ailleurs, presque tous les campements situés sur le tracé du barreau routier au sud et au sud-est de la ZAD peuvent être expulsés à n’importe quel moment – probablement après la remise du rapport de la commission de dialogue. Autant de raisons pour d’autres mouvements policiers à Notre-Dame des Landes ces jours prochains. Nous apprenons enfin que la commission des pétitions du Parlement européen a inscrit l’audition des pétitionnaires de l’Etat français (pour et contre) au sujet de Notre-Dame des Landes à l’ordre du jour de sa session, prévue le 20 mars 2013.

Répit de deux jours pour la ferme de Bellevue

28 Jan

Ils étaient bien décidés, ce matin vers six heures, à protéger la ferme de Bellevue à Notre-Dame des Landes de la destruction. Une vingtaine d’opposants et une trentaine de tracteurs ont passé la nuit dans la ferme et autour, rejoints un peu plus tard par plusieurs dizaines d’autres militants et paysans.  Comme nous l’avons constaté en arrivant par le Chêne des Perrières, la route qui mène de ce croisement à Vigneux est barrée en plusieurs endroits par de fortes barricades, renforcées toute la soirée de dimanche et la nuit jusqu’à quatre heures du matin.

Au petit matin, donc, les gendarmes ont fait une rapide pointe vers les environs de la ferme située à l’ouest de la ZAD. Avant de rebrousser chemin devant la première barricade, au Chantier Frais. Une camionnette de EDF, partie de Nantes, n’a pas non plus poursuivi vers la ferme. Les forces de l’ordre se sont contentées comme d’habitude de barrer les carrefours des Ardilières et de la Saulce. En effet, suite à un appel de l’opposante à l’aéroport et chef de file du collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport (CéDéPa) Françoise Verchère, le préfet a suspendu les opérations visant à détruire la ferme le temps que la situation se décante. Pour deux jours.

Vers dix heures, l’hélicoptère de la gendarmerie a survolé la maison et ses alentours pendant 10 mn pour repérer les barricades et les protections de la maison. Autour d’elle, une trentaine de tracteurs sont reliés par des câbles dans la cour au sud, derrière et dans le chemin, formant une enceinte qui hésite entre l’ellipse et le triangle ; d’autres tracteurs barrent la route d’accès à la ferme. Les paysans ont rétabli un tour de garde par canton, dans le but d’assurer une « présence permanente avec le plus grand nombre possible de volontaires pour protéger la ferme« . La route du Chêne des Perrières à Vigneux était coupée ce matin par quatre fortes barricades, deux avant et deux après la ferme. Celles-ci ont été renforcées pendant toute la matinée. L’une d’elle est appuyée à la corne d’un bois près du débouché du chemin de Suez, barré par trois barricades, dont un fossé en eau, le chemin ayant été décaissé sur 40 cm de pronfondeur et 2 m de large. L’on peut d’ailleurs constater ailleurs sur la ZAD – à la Sécherie notamment et sur le chemin qui mène du Sabot à la RD42 (Notre-Dame des Landes > La Pâquelais) que, du fossé en eau (sur lequel est parfois jeté une vague passerelle) au bastion en argile et divers objets en passant par la barrière (ou la chicane) mobile, la notion de rempart connaît un véritable revival.

Carte de Bellevue et de ses abords, ainsi que des nouvelles barricades.

Carte de Bellevue et de ses abords, ainsi que des nouvelles barricades.

« Ce n’est pas une ferme, c’est un village »

La ferme de Bellevue est assez importante à vue d’œil. Une longue longère poursuivie par une ancienne grange sur poteaux dont les espaces ont été progressivement murés. Deux hangars en tôle devant, une remise, d’autres remises derrière à usage de cave et de granges, une mare, une grangette devant dont une pièce est pourvue d’une cheminée. Le logis n’a que deux chambres en état, mais l’eau y est encore courante et l’électricité n’a pas été coupée. Le grenier est important et nu. La toiture et la façade ont été refaites par le Conseil Général, propriétaire du bâtiment, il y a une vingtaine d’années.

Découvrir la ferme de Bellevue

façade de la ferme

façade de la ferme

Le fermier passé (Serge Durand) n’a fait que peu d’entretien, et aucun agrandissement – pas même un hangar pour ses vaches, « toujours dehors » dans les près, selon un agriculteur voisin, hormis une petite extension derrière la maison. En partant, il a « tout emmené, y compris les interrupteurs », allant jusqu’à défoncer deux portes dans la grange pour récupérer les lourds linteaux de granit. La maison a un four à pain conservé. Devant celui-ci, il y avait un linteau en pierre que M. Durand a essayé d’emmener mais a laissé en plan, démolissant une partie du toit. Cependant, d’après un militant expert en la matière, « ce four peut remarcher. La sole est en bon état, la voûte a quelques petites fissures qui se rebouchent à l’argile. Rien de grave ».Si les militants réussissent à conserver la ferme debout, l’espoir d’une seconde boulangerie pour ravitailler en pain la moitié ouest de la ZAD est permis. L’actuelle se trouve dans une maison non expulsable, aux Fosses Noires, au sud-est de la ZAD. Mais ce n’est pas le vieux four, dont la sole est hors service, qui est utilisé, mais un four de boulanger en métal placé dans la même pièce, et qui n’utilise que le conduit de son confrère fatigué. Avec quelques aménagements de rigueur, la ferme de Bellevue pourrait accueillir en permanence de 30 à 40 personnes, créant un nouveau lieu occupé – et donc un point de fixation de la lutte autour d’un corps de ferme en dur – à l’ouest de la ZAD. Au seuil de l’une des pistes projetées et déjà présentes sur les cartes de l’IGN. Laissons donc le dernier mot à un zadiste « les pistes sur le papier, peut-être, mais dans la réalité, c’est nous qui gérons ».

Notre-Dame des Bouillons, la ferme normande qui ne veut pas se laisser abattre

1 Jan

A Mont-Saint-Aignan, dans la banlieue de Rouen, 4 hectares et deux corps de ferme forment la ferme des Bouillons. Récemment achetée par le groupe Auchan, cette ferme est occupée par des personnes qui s’opposent à sa démolition. Une nouvelle zone à défendre (ZAD) qui éclot en terre normande et qui forme un « kyste » politique et écologique douloureux. Autopsie de « l’affaire » qui fait de plus en plus parler d’elle dans le Grand Rouen.

vue aéro2Les dix bâtiments entre le centre commercial Carrefour et la Forêt Verte, sur le plateau de Bel-Event, forment la ferme des Bouillons (49.479976,1.099545), un ensemble qui apparaît déjà sur le « plan d’une ferme nommée la vastine, dépendante du prieuré de Saint-Thomas le martyre du mont-aux-malades lès Rouen », levé en 1763. Cette ferme plus que bicentenaire a gardé de l’époque son corps d’écuries ; la maison d’habitation date, elle, du XIXe. Ferme maraîchère, elle est vendue par les derniers propriétaires à Immochan, filiale d’Auchan spécialisée dans l’acquisition d’immobilier commercial. L’emplacement, au bord de l’avenue du Bois des Dames, apparaît en effet comme un endroit rêvé pour implanter, à l’avenir, un centre commercial. En effet, avant la vente, début 2012, la municipalité qui était encore de droite modifie le plan local d’urbanisme (PLU) en changeant la classification de la zone : de agricole, elle devient zone à urbaniser (Au). Tout projet d’urbanisation nécessitera alors une nouvelle révision du PLU. De son côté, le groupe Immochan déclare ne pas vouloir lancer de projet avant 2014. Mais demande tout de même un permis de démolir. Que la mairie lui accorde.

2008 – 2012, l’embrouille politique

Le bâtiment d'habitation

Le bâtiment d’habitation

Et c’est là que le dossier devient un sac de nœuds politique. En effet, en mars 2008, le Mont-Saint-Aignan, commune sociologiquement à droite bascule à gauche, suite à la division de la droite en deux listes, aux deux tours. La ville se retrouve alors dirigée par une majorité composée à 42% d’élus EELV et à 58% de socialistes ; une élue verte est 1ère adjointe. En parallèle, au sein de l’agglomération de Rouen Elboeuf – la CREA –, le petit groupe d’élus Verts, 11 sur 167 conseillers, abat un travail d’ampleur se positionne pour une politique agricole ambitieuse, qui fait la part belle à la sauvegarde des dernières fermes de l’agglo et à l’octroi d’aides au développement de l’agriculture urbaine et maraîchère. Or, il se trouve que la ferme des Bouillons est la dernière ferme exploitable de Mont-Saint-Aignan. Une autre se trouve au sud de l’Université, au Fond du Val (49.456158,1.074708), mais le vent qui balaie ses terres est pollué pendant des décennies par les rejets des usines pétrochimiques de l’agglomération. Inexploitable, elle est en friche depuis vingt ans. Les écologistes font donc de la sauvegarde de la ferme des Bouillons et de la réinstallation dans ses bâtiments d’un maraîcher leur cheval de bataille. Mais… Auchan l’a acheté légalement. Et la mairie socialiste ne brusque surtout pas les choses, d’abord en refusant de préempter lorsque la vente de la ferme se fait début 2012, puis en accordant le permis de démolir.

Entre temps, notamment sur d’autres dossiers, les élus Verts sont mis à l’écart, tant au Mont-Saint-Aignan que dans d’autres communes de l’agglomération de Rouen où des majorités roses-vertes se scindent. Une adjointe finit par abandonner sa délégation. En 2012, le maire, Pierre LEAUTEY, se présente aux législatives en tant que suppléant de Valérie Fourneyron. Celle-ci devenant ministre, il devient député et est forcé par le PS à abandonner sa mairie, qu’il cède à Patrice COLASSE, socialiste et 6e adjoint. Les élus Verts remettent sur la table tous les projets qu’ils défendent depuis 2008, et ayant obtenu une fin de non-recevoir, notamment par rapport à la ferme des Bouillons dont ils avaient pris en 2008 l’engagement de préserver le site, se retirent de l’exécutif. Fin du premier acte.

Une occupation début décembre pour éviter la démolition

Les bâtiments de l'exploitation

Les bâtiments de l’exploitation

Début décembre, le collectif citoyen qui s’était constitué pour éviter la démolition de la ferme apprend que la destruction des bâtiments aura lieu début janvier 2013. Précipitamment, une dizaine de personnes s’installent sur place, des animaux, puis un tracteur sont ramenés. Une trentaine de personnes se relaie au quotidien. La solidarité s’organise peu à peu. Le journal Paris-Normandie, repris cet été  par deux journalistes et qui a regagné du mordant, couvre la lutte qui s’organise. Les membres du collectif font tourner une pétition, qui à ce jour récolte 700 signatures contre la démolition de la ferme. « Lorsque nous nous sommes installés », nous explique Philippe Vue, président de l’association de sauvegarde, « il y avait des trous dans tous les murs de la maison d’habitation, les démolisseurs étaient passés voir de quoi les murs étaient constituées pour faire leur devis ». Le maire intervient peu avant Noël pour demander à Immochan de ne pas expulser les occupants tant que tous les recours sur le devenir de la ferme n’auront pas été épuisés. « Le maire a demandé à Auchan de nous confirmer le sursis qu’ils nous accordaient par lettre recommandée. Pour l’heure, on n’a rien reçu encore ». Car l’occupation est totalement illégale. Néanmoins, de la mâche sera semée en mars et la ferme redeviendra productive au printemps.Pendant ce temps, l’embrouille politique continue. Le nouveau maire déclare que, tant qu’il est là, jusqu’en 2014, il n’engagera pas de révision du PLU, et qu’il laisse le soin à son successeur de régler le sort de la ferme. Mais le temps presse : « la prochaine mairie sera de droite », estime-t-on au collectif. Et reprendra ce qui avait été ébauché en 2007 : passer la zone en zone urbaine (U) pour permettre à Auchan d’y implanter sa grande surface. Le collectif critique aussi le fait que les Verts n’aient pas pris position franchement en 2012 pour sauvegarder la ferme et empêcher que le permis de démolir soit accordé. C’est pourquoi les élus Verts ont changé leur fusil d’épaule. « Il faut réviser le PLU maintenant et agir via le SCOT », déclare Alice Briand, conseillère municipale EELV au Mont-Saint-Aignan. En effet, l’agglomération risque de se retrouver en première ligne. Son schéma directeur, obsolète depuis 2010, est révisé en ce moment. « Nous sommes dans le dur des discussions », confie Alice Briand, et «  certaines d’entre elles portent sur le devenir de la ferme, son inscription parmi les espaces naturels à protéger ». L’adoption du SCOT, un document d’urbanisme qui fait office de PLU à l’échelle de l’ensemble de l’agglomération, en 2014, entraînera de plein droit la révision des PLU de toutes les communes concernées, pour leur mise en conformité avec le document. Nous en sommes là aujourd’hui. Le 15 octobre 2012, la politique agricole de la CREA devient réalité, l’agglomération se retrouve au pied du mur.  Fin du second acte.Et maintenant ?

Les vieux communs

Les vieux communs

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la révision du PLU en 2007 n’a fait l’objet d’aucun recours.  Pourtant, les délais sont très courts, et il ne faut pas traîner : le citoyen n’a que deux mois à compter de la promulgation d’un PLU pour déposer un recours en excès de pouvoir contre celui-ci, devant le tribunal administratif, ou alors un recours gracieux par lettre recommandée au maire de la commune. Passé ce délai, les possibilités de recours sont nettement plus restreintes, afin d’éviter l’insécurité juridique qui pourrait résulter de l’annulation d’un PLU des années après sa mise en place.Le collectif qui occupe actuellement la ferme n’a donc que très peu de voies juridiques qui s’offrent à lui. Des recours seront cependant déposés en janvier. De deux alternatives l’une : soit la situation pourrit pendant encore quinze mois – c’est long – et la droite revient au pouvoir en 2015, évacue les opposants et laisse Auchan transformer la ferme en centre commercial. Soit une solution amiable est trouvée à l’échelle de l’agglomération. La piste de l’échange des terres est discrètement évoquée par certains élus sous couvert d’anonymat. Même si l’enjeu politique et écologique est sans commune mesure,  la ferme des Bouillons, petite « ZAD rouennaise » a un  point commun avec la Bretonne Notre-Dame des Landes : c’est la pression de l’opinion publique qui décidera de l’avenir de la dernière ferme de Mont-Saint-Aignan.