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NDDL : Un espoir de répit jusqu’à fin mars pour Bellevue

1 Mar

Une centaine de paysans et de zadistes déterminés étaient rassemblés ce matin à la ferme de Bellevue pour la protéger de toute tentative d’expulsion et de destruction. Dans la matinée, la nouvelle est tombée : la Préfecture s’abstiendra de toute intervention policière à la ferme avant que la Commission de dialogue n’ait rendu son rapport, fin mars.

La ferme de Bellevue, ce matin. Notre-Dame des Landes, Bretagne.

La ferme de Bellevue, ce matin. Notre-Dame des Landes, Bretagne.

Il est probable que cette décision ait été en partie motivée par la réaction de la Confédération Paysanne suite au jugement d’hier  qui a ordonné l’expulsion immédiate de la ferme et condamne ses occupants à une astreinte de 50€ par jour et par personne pendant trois mois. En effet, le syndicat paysan avait, bien avant le jugement, décidé d’aller se rendre à l’invitation de la Commission de Dialogue. En apprenant la décision du tribunal et le pré-positionnement d’importantes forces de police (de 60 à 80 fourgons de gardes-mobiles) à Nantes, poursuit Jean-François Guitton, de la Confédération Paysanne : « nous avons estimé que le dialogue était rompu, nous sommes allés à la Préfecture et nous avons remis à la commission un bref document qui explique notre position après le jugement, et l’on a bien vu que les membres de la commission étaient très embêtés de voir ce jugement paralyser leurs efforts d’apaisement et de dialogue serein ». Commission qui, à défaut d’avoir convaincu les opposants de son utilité, essaie de faire son travail avec sérieux. Dorian Piette, juriste engagé contre l’aéroport, a été auditionné par la commission le 27 février avec trois avocats (l’un de  Saint-Nazaire pour les expropriations, un autre pour le droit de l’UE et le  refus d’abrogation de la DUP, et un dernier pour le droit de l’eau) et un professeur d’université qui représentaient le collectif des juristes opposés au projet aéroportuaire. L’audience, qui devait durer de 10h30 à 12h, s’est prolongée jusqu’à 13h15, par suite des interrogations très techniques menées par Rouchdy Kbaier  notamment sur les illégalités par rapport au droit européen qui grèvent le projet d’aéroport depuis 2008 ou encore les aspects léonins du contrat de concession accordé par l’Etat à Vinci.

Barricade protégeant la ferme de Bellevue

Barricade protégeant la ferme de Bellevue

La ferme est actuellement protégée par une trentaine de tracteurs enchaînés et des défenses sur les trois routes qui y mènent, au nord par le Liminbout, à l’ouest par le Chêne des Perrières (quatre barricades) et au sud par le débouché du chemin de Suez (deux barricades). Les activités de la ferme continuent : le mur au-dessus du four à pain et sa cheminée, ébranlés par le dernier occupant qui avait tenté d’en retirer un linteau de granit, sont en cours de réfection, le terrain autour de la ferme aplani et assaini, les travaux de réfection intérieure continuent. La grange, passablement défoncée par son dernier fermier est devenue une salle de réunion chaulée à neuf. La ferme permet actuellement d’abriter une quinzaine de personnes, « vingt-cinq en se serrant » d’après l’un de ses occupants.

Une stratégie de défense en cours d’élaboration

Bellevue redevient peu à peu une ferme active. Plusieurs vaches, dont une pie noire bretonne, y vivent depuis 3 semaines.

Bellevue redevient peu à peu une ferme active. Plusieurs vaches, dont une pie noire bretonne, y vivent depuis 3 semaines.

Une réunion a été tenue ce midi à la ferme en présence de quelques journalistes et de 75 paysans et occupants de la ZAD pour discuter au sujet de la stratégie à adopter pour la défense de la ferme. Deux options divergent nettement : d’un côté la non-violence totale à la Gandhi, de l’autre la construction d’un rapport de force qui pourrait inclure des actions musclées, façon luttes paysannes du Trégor. D’après Jean-François Guitton, de la Confédération Paysanne, la bonne solution se trouve entre les deux, dans la « diversité des initiatives autour de la lutte » et « l’extériorisation de la confrontation, l’ouverture  de celle-ci à des lieux extérieurs », par exemple la ville de Nantes. L’importance de la non-violence semble être un fait majeur dans le capital médiatique que possèdent les insurgés de la ZAD depuis le début des opérations policières le 16 octobre 2012. Pour Lionel, ancien du Larzac et paysan, « ici, à Notre-Dame des Landes, beaucoup de choses sont différentes par rapport au Larzac. A l’époque, les paysans avaient dit tout de suite et clairement qu’ils étaient non-violents, ce qui ne les avait pas empêche de mener des actions très pertinentes et très symboliques ». Le flou – un peu voulu parfois – maintenu par les opposants à l’aéroport sur la stratégie – non violence ou confrontation, est-il un  problème ? Il est en tout cas un axe de réflexion important pour la défense de Bellevue, puisque l’objectif pour les paysans, tant du collectif COPAIN44, de l’ACIPA et d’ailleurs, est « d’empêcher que la ferme ne soit détruite ». Sur le plan de la stratégie, l’occupation et la remise en exploitation de la ferme de Bellevue pourrait être un moment déterminant, puisque maintenant les paysans – notamment du collectif COPAIN44 ont aussi leur lieu symbolique, leur équivalent du Sabot pour les zadistes, leur point d’appui autour duquel développer leur apport dans la lutte et leur choix de société.

L’huissier est passé à Bellevue

16h57 : l'huissier quitte, seul, la ferme de Bellevue.

16h57 : l’huissier quitte, seul, la ferme de Bellevue.

Vers 16h30, l’huissier est passé à la ferme de Bellevue notifier et expliquer le jugement aux comparants volontaires. Il était accompagné, jusqu’à la barricade au débouché du chemin de Suez sur la route de Vigneux, par deux fourgonnettes de gendarmes, qui sont reparties avec lui sur le coup de 17 heures. La journée a été peu marquée par des mouvements policiers, à part les barrages habituels des Ardillières et de la Saulce dès 5 heures du matin. Vers six heures du matin, l’arrivée sur le carrefour de la Saulce de dix fourgons de gendarmes mobiles munis de remorques motorisées ont fait quelque peu d’émoi sur la ZAD, mais ils sont repartis peu après vers Vigneux. Le sort juridique de la Chat Teigne, le village de cabanes en bois situé à l’ouest du Bois de Rohanne, doit être tranché en justice le 12 mars. Par ailleurs, presque tous les campements situés sur le tracé du barreau routier au sud et au sud-est de la ZAD peuvent être expulsés à n’importe quel moment – probablement après la remise du rapport de la commission de dialogue. Autant de raisons pour d’autres mouvements policiers à Notre-Dame des Landes ces jours prochains. Nous apprenons enfin que la commission des pétitions du Parlement européen a inscrit l’audition des pétitionnaires de l’Etat français (pour et contre) au sujet de Notre-Dame des Landes à l’ordre du jour de sa session, prévue le 20 mars 2013.