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Le comité bigouden anti-NDDL se réunit lundi 11 novembre

10 Nov

soiree-info-nddl-01Le comité bigouden contre le projet aéroportuaire de Notre-Dame des Landes se réunit lundi 11 novembre à 14h à la maison des associations de Pont l’Abbé. Lors de cette réunion publique, « il sera également question de recenser les Projets Inutiles et Imposés (PII) dans notre région afin de participer à la journée nationale des GPII (les Grands Projets Inutiles et Imposés) le 7 décembre prochain et mettre ainsi en lumière le gaspillage d’argent public engendré par ces projets. » Le comité estime aussi qu’à l’approche des échéances municipales et européennes, il devient urgent de s’interroger sur les choix de société, et « notamment en ce qui concerne l’environnement et la centralisation de l’économie vers Paris d’abord et vers l’est de la Bretagne (Rennes et Nantes)aujourd’hui : le projet d’aéroport à NDDL en est une composante, l’emploi en est une autre« , estime le collectif.

NDDL : le paysan mis en cause pour entrave à la circulation sera jugé le 18 septembre

7 Août
Tracteurs vigilants autour de la ferme de Bellevue (NDDL)

Tracteurs vigilants autour de la ferme de Bellevue (NDDL)

Aujourd’hui avait lieu une audience au tribunal de Nantes pour connaître du cas de Romain, un paysan accusé par les gendarmes de Châteaubriant d’entrave à la circulation après qu’il ait garé son tracteur devant leur gendarmerie. Il participait à un rassemblement de soutien à un paysan arrêté sur la ZAD et retenu dans les locaux de la gendarmerie castelbriantaise.

Le procureur a requis un mois avec sursis, dans sa précédente plaidoirie, il tonnait encore en demandant deux ans et demi ferme et la suspension du permis de conduire. De son côté la défense imperturbable demande toujours la relaxe. Cyril Bouligand, du collectif d’organisations paysannes Copain 44, dénonce « le procureur qui fait du zèle par rapport au ministère public qui essaie de condamner à chaque fois qu’il y a interpellation sur la ZAD, mais dès qu’on se rend devant le tribunal on constate qu’il n’y a guère de contenu dans ce qu’ils nous reprochent ».

Depuis le début de la lutte, 200 interpellations ou gardes à vue ont eu lieu pour toutes les composantes de la lutte, une quarantaine de procès ont été menés qui ont abouti à plusieurs condamnations fermes, et à 10 mois de suspension de permis pour un agriculteur. Le 10 septembre encore, les 18 personnes nommées comme occupants de la ferme de Bellevue comparaîtront à Rennes, en appel. Les échéances judiciaires continuent à tomber, serrées. Pour Romain, le tribunal a renvoyé son délibéré au 18 septembre.

Béatrice Bourges explique le Printemps Français à Orléans

14 Juin

Tout Breton qu’il est, BreizhJournal a ses attaches au cœur de la France, et c’est donc en terre connue à Orléans que votre dévoué serviteur assistait à la conférence de Mme Bourges, égérie du Printemps Français – ce grand mouvement de contestation anti-pouvoir et contre la société libérale et libertaire issue de la loi Taubira qui est né de la Manif pour Tous, et notamment de la conquête des Champs le 24 mars. Voici le compte-rendu des idées-forces de cette conférence. Nous privilégierons la chronologie ; à la fin, des questions étaient posées par les auditeurs. Près de deux cent personnes ont assisté dans une salle Laurentia blindée à la conférence, de 20h30 à 23h30. Adélaïde Pouchol rythmait la rencontre par des questions posées à Béatrice Bourges.

Une salle comble

Une salle comble

La première question qui lui a été logiquement posée, c’est de faire le bilan de « huit mois de lutte pied à pied dans le gaz lacrymogène et la joie ». Béatrice Bourges a dit qu’elle n’était pas étonnée de l’issue – c’est-à-dire du fait que le gouvernement ait tenu bon. Engagée depuis huit ans dans la défense de la famille, elle a vu le coup venir encore l’an dernier lorsque Luc Châtel, ministre de Sarkozy, a essayé d’introduire la théorie du gender en SVT au lycée. Seulement pour elle, le bilan est somme toute positif : « les masques sont tombés, et en même temps, nous nous levons, nous nous organisons, nous sommes fiers et enfin nous osons l’ouvrir. » La France bien élevée, la France qui paie ses impôts, la France qui ne dit jamais – ou quasi – de gros mots, ce peuple silencieux et résigné s’est tout à coup levé, comme ce père de famille qui s’est trouvé en première ligne le 26 mai. Pourquoi ? Parce que « ce qui est en train de se passer [la loi Taubira et son monde] est tellement énorme que notre civilisation est en danger de mort. Je n’hésite pas à dire que nous sommes dans une guerre de civilisation, et donc il n’y a pas de répit ».

Une guerre portée par des jeunes dont l’imagination créative et non-violente n’a pas de limites ; une guerre surtout que Béatrice Bourges a « la certitude inébranlable de gagner. Valls n’en dort plus la nuit, c’est très bien, il faut continuer à l’empêcher de dormir. Nous tenons le bon bout, nous allons gagner ». C’est pourquoi chacun doit continuer à harceler le pouvoir, pendant l’été, puis à la rentrée qui sera chaude – pour le budget et la théorie du gender. D’ici là, chacun a l’intention de participer à l’Histoire en marche. Depuis la conquête des Champs le 24 mars, une flamme de résistance nouvelle s’est allumée ; chacun de ceux qui ont résisté et participé à la guerre pourra dire « j’y étais, j’ai participé au renversement de l’Histoire, j’ai défendu ma civilisation ».

Béatrice Bourges et Adélaïde Pochol (de g à d)

Béatrice Bourges et Adélaïde Pochol (de g à d)

Laquelle ? Une civilisation qui avant tout se recompose avant tout autour de valeurs, entraînant la redéfinition du paysage politique autour de deux blocs : d’un côté les partisans d’une société où l’Homme soit au centre – mais ait des limites imposées par le Créateur ou un Etre Suprême, de quelque nature qu’il soit ; de l’autre les libéraux libertaires, favorables à la dérégulation totale des acquis sociaux et historiques ainsi qu’à l’asservissement de l’humain à sa fiction, bref, au moyen le plus rapide de parvenir à la dictature. D’un côté les défenseurs de la nature, de l’autre ceux de l’homo novus qui se suffirait à lui-même, gouverné par la tyrannie d’une raison légaliste, et par conséquent déconnecté de la réalité. Cette recomposition radicale aura raison selon Béatrice Bourges, des partis où sont présents les deux opinions – comme l’UMP et le FN. Philippe Lecoq, leader du FN orléanais assistait à la conférence, s’est quelque peu étranglé mais n’a pipé mot « afin de ne pas transformer la conf’ en réunion politique ». Cependant, la politique entre deux chaises du FN – ou plutôt, depuis la placardisation ou l’exclusion des partisans de Gollnisch, du Rassemblement Bleu Marine – laisse quelque peu mal à l’aise y compris dans ses propres rangs.

Interrogée sur les moyens de la résistance, Béatrice Bourges a appelé à une « résistance non-violente, contestataire et transgressive ». Fustigeant « l’inversion totale des valeurs » d’un gouvernement qui appelle violente une résistance pacifique et passe sous silence la violence d’une partie de ses forces de l’ordre (lire ici ), elle rappelle que la résistance est légitime : « ce sont eux qui transgressent la loi naturelle et mettent en place une loi illégitime qui ne doit pas être appliquée. On a le droit de s’opposer » Et même le devoir « la résistance n’est pas une option, c’est un devoir pour les générations futures. » Et plus le pouvoir et ses affidés – extrême-gauche, activistes LGBT, Femen – sont violents, « plus sereins et non-violents nous devons être, car c’est ainsi qu’on va gagner ». Le caractère bourgeonnant du Printemps Français, avec ses divers mouvements – Génération Garde à vue (Lille), Enfants des Terreaux (Lyon), Antigones, Prisonniers politiques, Hommen…  est pour Béatrice Bourges une force irrésistible, qui rend le gouvernement éperdu face à « ces champignons qui sortent de partout ». Se fondant sur la doctrine sociale de l’Eglise, elle appelle sur le plus long terme les catholiques à s’engager dans les milieux associatifs, syndicaux : « les LGBT ont gagné parce qu’ils se sont infiltrés partout, nous on doit faire de même, et en attendant le gouvernement doit s’habituer à nous voir partout ».

Le Printemps Français, en schéma, c'est simple.

Le Printemps Français, en schéma, c’est simple.

Ni femme providentielle, ni solution politique miraculeuse, Béatrice Bourges privilégie – comme elle nous l’avait confié sur BreizhJournal  au lendemain du 26 mai – la continuation de la résistance individuelle, par « chacun là où il se trouve ». Pour l’heure, l’urgence est « de tracer le sillon ; c’est le sillon des convictions, c’est le sillon des formations, c’est le sillon de la pédagogie dans une France disloquée par les communautarismes ». Au-delà, Mme Bourges qui avoue avoir « la France dans les tripes » appelle à « changer de système », et déclare qu’en ce qui la concerne, elle « refuse d’alimenter le système de Châtel » et donc de suivre la tentative de récupération politique de la Manif pour Tous par l’UMP – ou d’autres.

Revenant sur certaines réactions de spectateurs outragés que les Hommen aient perturbé la finale de Roland-Garros, attirant sur eux l’attention des médias internationaux, notamment de la BBC et de The Independant, Mme Bourges pointe là encore l’inversion et la déperdition des valeurs : « ce sont les mêmes qui n’ont rien trouvé à redire lorsque les Femen ont profané Notre-Dame », si bien que l’on peut se poser la question de savoir ce qui est vraiment sacré pour eux : Roland-Garros ou la cathédrale de Paris ? Le Printemps Français vise, lui, à retrouver ces valeurs, et surtout, à trancher avec la pratique d’une génération sacrifiée qui a mis au rebut, avec et après 68, ses liens sociaux et les communautés traditionnelles qui la liaient, jusqu’à se retrouver libre, mais sans filet et de fait plus asservie. Caractère apolitique, transversalité et transmission intergénérationnelle sont les trois piliers du Printemps Français : pour les représenter, Béatrice esquisse une croix que nous représentons ci-contre. La conférence s’achève, laissant place à des questions et propositions diverses, en bon ordre.

(BreizhJournal) Comment faire pour porter le Printemps Français en province et en Loire-Atlantique, en profitant des vacances ? Béatrice Bourges reconnaît que l’été offre l’occasion d’un immense brassage, et lance l’idée d’un signe de reconnaissance – à inventer – pour que les tenants du Printemps se reconnaissent entre eux sur leurs lieux de vacance, ou entre vacanciers et autochtones, et montent des actions dans la chaleur de l’été, notamment en direction des lieux de vacance des dirigeants ou des tenants du gender, dont une partie vient se reposer dans les cinq départements Bretons ; dans la salle germe l’idée de flashmobs sur les plages. Ajoutons à cela que le Tour de France vient en Bretagne entre le 8 et le 11 juillet, avec une étape au départ de Saint-Gildas des Bois. Pendant la Révolution, les patriotes avaient adopté la cocarde tricolore et les chouans ou les royalistes la cocarde blanche. Trouvera-t-elle un renouveau en 2013 à l’occasion de ce Printemps Français qui prend, dans une Haute-Bretagne surchauffée, l’aspect d’une nouvelle et salutaire chouannerie ? L’avenir nous le dira.

Libéralisme à rebours. Un intervenant qui mentionne la doctrine sociale de l’Eglise constate qu’il est « amusant de constater que les socialistes veulent s’opposer au libéralisme économique et sont libéraux en matière de société dont ils déstructurent l’organisation ». Enfin, ce serait amusant si ce n’était pas si grave.

Hommen, Dolmen… et donc Amen. Une orléanaise d’une paroisse de la ville propose de créer pour les « jeunes et moins jeunes qui ne pourraient pas manifester » le mouvement des Amen, « A comme adoration » qui consacrerait un temps d’adoration quotidienne au Salut de la France et de ceux qui résistent pour elle. Pour rappel les Hommen sont l’antidote aux Femen, et les Dolmen sont les hommes trop corpulents ou qui n’ont pas d’abdominaux aussi bien moulés que les précédents. Ces derniers ont d’ailleurs été cordialement invités par plusieurs participants à venir s’aligner à Carnac.

Vu de Pologne. Une intervenante franco-polonaise, chaudement applaudie à plusieurs reprises, tient à exposer la situation en Pologne, dominée par un « gouvernement libéral-libertaire » qui, non content de brader les ressources naturelles aux majors occidentales qui exploitent le gaz de schiste, engage le pays dans la marche forcée vers le gender – inclus dans une réforme fourre-tout de l’Education – et le mariage gay. Fait aggravant, explique la dame, « la Pologne a rejoint l’Europe en 2004 et l’on a largement expliqué aux Polonais qu’ils étaient périmés, catholiques, réacs, et que les Occidentaux savaient mieux ce qu’il fallait faire à leur place ». Bref, la Pologne, qui s’achemine vers une éducation sexuelle précoce à l’allemande – avec propagande de la contraception et du gender dès six ans, suit avec grande attention les événements français, d’autant plus que le pays soumis à la rigueur et aux diktats des compagnies étrangères d’extraction de gaz de schiste est prêt à exploser.

Et l’argent ? Béatrice Bourges annonce qu’un fond de dotation a été créé pour soutenir les vingt-cinq avocats groupés dans le Collectif des avocats contre la répression policière  qui se relaient nuit et jour – enfin, surtout la nuit – pour assister et défendre les militants du Printemps Français mis en garde à vue ou jugés. Ils les assistent gratuitement mais sont guettés par l’épuisement et les frais structurels. Pour aider, l’on peut donc faire un chèque à l’association « Les quatre saisons », au 13 boulevard Masséna à Paris.

Concert-mystère anti-aéroport le 23 février à Fougères

8 Fév

[Fougères/Felger]. C’est à 9h sur le parvis de l’église Saint-Léonard de Fougères que le comité local de soutien à la lutte anti-aéroport donnera, le 23 février, un concert – pièce de théâtre pour soutenir la lutte et « contrer l’image polémique que l’on retrouve trop souvent dans la presse et qui présente les zadistes comme des squateurs ». Ils veulent aussi présenter l’objectif à venir de la lutte : « la reconquête » des terres agricoles contre les bétonneurs.

IMG_6632A l’image de ces mystères, pièces de théâtre médiévales s’appuyant sur des passages des saintes Ecritures et jouées au pied des églises le comité de Fougères se donnera en représentation pour l’édification des habitants du pays de Fougères. Des membres du comité « s’habilleront donc en propre » pour jouer les promoteurs bétonneurs, avec force slogans pour inciter dans la dérision à bétonner la caricature « La terre n’appartient plus aux paysans », ou « investissez dans votre avenir ». A partir de 10h30, « Tintin », un ami engagé du comité, débutera un concert qui devrait emmener les spectateurs « dans son monde fait de tolérance, d’amour, de lucidité parfois. ». Ce concert sera interrompu à 11h par une prise de parole des membres du comité. Il reprendra à 11 h 30 en même temps que l’apéro. Le concert-spectacle sera achevé par la prestation de zadistes – des vrais, cette fois, des vrais de vrais qui viennent de la ZAD – l’aire prévue pour le projet de l’ex-futur aéroport de Notre-Dame des Landes – et qui expliqueront leurs actions non-violentes, leurs besoins et leur lutte.

Ulster : les Anglais progressivement rejetés à la mer

23 Déc

L’un des derniers arguments justifiant de la partition de l’Irlande est en train de tomber sous nos yeux : les irlandais du nord qui se disent irlandais et catholiques sont majoritaires dans presque tout l’Ulster sauf à Belfast et la côte est.  Rappelons qu’en 1921, l’Angleterre a justifié la partition unilatérale de l’Irlande en conservant sous son sein les comtés dont la population était le plus protestante.

Recensement Ulster 2011 : en vert, majorité d'Irlandais, en bleu, majorité de Britanniques.

Recensement Ulster 2011 : en vert, majorité d’Irlandais, en bleu, majorité de Britanniques.

Désormais, la dynamique est irrépressible. Par rapport à 2001, la part des protestants dans la population a diminué de 3% et celle des catholiques a augmenté de 1%. A partir de là, deux possibilités : soit les protestants continuent à se laisser endormir par le discours pacifiste cher aux bien-pensants parisiens, mais qui est avant tout et surtout une pré-acceptation de la défaite, soit ils se battront, fidèles au slogan « Never surrender ». La moindre vétille chargée de symboles, par exemple la diminution du nombre de jours où le pavillon britannique flottera sur le bâtiment de la mairie de Belfast  sera prétexte à des émeutes d’autant plus violentes qu’elles proviendront d’une minorité qui se bat dos à la mer, avec la menace d’être rejetée d’où elle vient si elle échoue.Comme les Juifs désormais minoritaires en Israël, mais qui enterreront d’eux-mêmes tous les plans de paix et progresseront dans l’oppression du peuple palestinien, les protestants d’Irlande du Nord sont appelés à se radicaliser. Ce qui les gouverne, c’est l’absolu de la lutte, peuple contre peuple, pensée contre pensée, religion contre religion… Concept imperméable aux bien-pensants de la principauté de Saint-Germain de Paris, mais qu’ils pourraient approcher en allant 3-4 km plus au nord. Une minorité, certes, mais radicale, se battra jusqu’au bout, en Ulster ou en Israël.  Un jour, certainement, l’Irlande sera de nouveau unie, mais dans la douleur. Heureux sont ceux qui croient à la paix en Ulster.

Notre-Dame des Landes : et maintenant ?

19 Nov

Ce samedi, la manifestation de réoccupation a réuni entre 30.000 et 40.000 opposants de toute la France sur le site du projet d’aéroport. Des tonnes de matériel ont été amenées de partout et plusieurs chantiers ont commencé. La détermination d’Ayraultbespierre n’en a pas été entamée pour autant, mais Notre-Dame des Landes, encore boycottée par les médias mi-octobre, s’est hissée à la pointe de l’actualité. Et maintenant ?

La reconstruction se poursuit

A l’heure où nous écrivons, un chantier de reconstruction se poursuit dans le bois de Rohanne. La Préfecture de Loire-Atlantique, que nous avons joint, tient à rappeler que « toutes ces constructions sont illégales, et auront tôt ou tard vocation à disparaître. Nous y emploierons les moyens nécessaires, en temps et en heure, pour faire cesser le trouble à l’ordre public que représente cette occupation illégale ». De source interne à AGO, nous savons toutefois que l’apparition de nouvelles constructions sur le site a bousculé quelque peu le planning des destructions et expulsions préparé par cette filiale de Vinci, chargée de construire l’aéroport et mis en œuvre par les pouvoirs publics.

De son côté, la ZAD a sorti un communiqué de presse qui précise « Dès l’arrivée de la manifestation, 5 bâtisses pré-construites ont commencé à s’édifier : un espace de réunion de 80m2, une cantine, 2 dortoirs, un bloc sanitaires et un atelier ». Samedi, deux d’entre elles avaient été commencées. En parallèle, d’autres cabanes sont reconstruites un peu partout sur des terrains déjà rachetés par Vinci. Toutes ces constructions sont essentiellement en bois. Celui-ci a été soit ramené d’ailleurs, soit récupéré sur les fermes détruites par Vinci. Ainsi, le lendemain de la destruction de la maison du Tertre  nous y avons vu, sur place, une grande affluence, militants et tracteurs pour récupérer tout le bois qui pouvait l’être. Ferme, poutres et portes étaient emmenés, chargés sur des remorques et stockés un peu partout dans la ZAD.

La ZAD affirme que le terrain sur lequel sont édifiées les constructions collectives a été « prêté par un propriétaire opposé à l’aéroport et en cours d’expulsion », probablement un paysan du cru. Or ceux-ci, ainsi que leurs locataires légaux, bénéficient du fameux « moratoire » accordé par François Hollande et qui leur permet de rester sur place jusqu’à l’extinction de leurs recours, normalement non suspensifs. Par conséquent, les constructions collectives ne seraient pas détruites de sitôt.

 

Le travail des masses continue

En parallèle à la mobilisation sur le lieu de la ZAD, des manifestations et des réunions d’information sont organisées un peu partout tant sur le territoire français que hors de celui-ci. C’est ainsi que le même jour que la manifestation de réoccupation, une dizaine de manifestations avaient eu lieu dans tous les coins de France. Des collectifs de soutien se sont formés un peu partout, deux d’entre eux (Alsace  et Alpes-Maritimes ) ont même leurs pages sur Facebook.

Les opposants s’appuient aussi sur des « camarades de lutte » engagés ailleurs, soit contre Vinci (Khimki, près de Moscou), soit contre des projets qui saccagent la nature partout dans le monde. Ils peuvent compter sur un réseau de médias alternatifs – qui ne sont pas pour autant leurs sites officiels – comme Indymedia (IMC) pour relayer leurs appels à la mobilisation et leurs informations. Enfin, comme BreizhJournal, Actualuttes, Reporterre ou Bastamag, certains médias se sont toujours intéressés à Notre-Dame des Landes et suivent avec attention les événements sur place.

Demi-ferme à moitié détruite au Liminbout

Du côté des médias conventionnels, la couverture médiatique s’améliore, du fait de la présence accrue des politiques et de la montée en puissance de la lutte. Une nouvelle dépêche AFP est sortie à l’occasion de la manifestation de réoccupation. Elle contient encore quelques inexactitudes qui tendent à maximiser l’action des pouvoirs publics, mais moins que les précédentes. Ainsi, elle affirme que « treize fermes ont été détruites » depuis le début des opérations d’expulsion en octobre. Les Planchettes, le Liminbout (1 maison et une grange), la Gaîté, le Tertre, le Pré Failli (2) et la cabane du Sabot qui était une ferme maraîchère, cela fait sept fermes, non treize.

 

Une coalition politique des « anti » hétéroclite

Mélenchon (Front de Gauche), Jean-Vincent Placé (Verts), Besancenot (LCR) et… Marine le Pen (FN), une coalition pour le moins improbable de têtes d’affiches politiques qui mêle les has been, les politiciens d’appareil et ceux en quête de tous les sujets qui fâchent. Opportunistes ? Oui, sûrement. Marine le Pen ne se range par « du côté des opposants »  pour servir la Bretagne ou la nature, elle qui fait tant et tant pour faire oublier ses origines. Et qui se doute bien qu’il y a peu, sinon pas, de frontistes sur le terrain. Mais le ralliement de leaders politiques médiatisés sert incontestablement la lutte et renforce l’importance de l’opposition à l’aéroport, que tous les médias pressentent maintenant comme un sujet qui fragilisera le gouvernement et surtout Jean-Marc Ayrault, le premier Ministre.

 

« L’éxécutif a reculé devant tous les lobbys, pourquoi pas celui-ci ? »

Face à cette coalition des « anti », le gouvernement serre les rangs et se pose en défenseur de la légalité républicaine. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, en déplacement à Saint-Nazaire, affirme ainsi « la détermination du gouvernement à porter ce projet et à faire respecter la loi est totale ». François Hollande, président, s’est déclaré favorable à la poursuite des travaux. En clair, le gouvernement ne reculera pas devant les opposants. Pour l’instant, et devant les caméras en tout cas. Parce que la réalité est tout autre. Un membre de cabinet ministériel nous confie « Depuis le début de son mandat, l’exécutif a reculé devant tous les lobbys. Il continue de reculer partout, tant à l’étranger qu’à l’intérieur. L’exécutif navigue à la voile. Pourquoi il ne reculerait pas devant ce lobby-ci ? Pour sauver l’honneur du Premier Ministre ? ».

Le Canard Enchaîné de mercredi dernier nous apprend que le cabinet du Premier Ministre a commencé à réviser en urgence tous les partenariats publics privés (PPP) passés par le ministère de la Justice sous l’époque Sarkozy, y compris les PPP dont le ministère a déjà annoncé l’abandon. Dans la ligne de mire, les « prison-Bouygues », construites par le groupe de BTP et louées cinquante ans à l’Etat ensuite. L’aéroport de Notre-Dame des Landes est donc l’un des derniers PPP accepté tel quel par l’Etat, bien que le devis présenté par Vinci soit notoirement sous-évalué. Quelles sont les raisons objectives de ce « miracle » du BTP ? Si c’est l’honneur du Premier Ministre, il vaut 650 millions d’€. Prix susceptible de suppléments imprévus.

 

Notre-Dame des questions qui fâchent

Les frères Hamon chantent Notre-Dame des oiseaux de fer,  nos confrères pourraient chanter Notre-Dame des clivages, les Bretons Notre-Dame de l’esprit Breton, rétif à l’ordre venu de Paris, et les opposants, dont pas mal sont peu suspects d’aller à la messe – le dimanche, armés de marteaux et de clous, ils font l’œuvre de Joseph –  n’ont jamais autant invoqué Notre-Dame depuis qu’ils sont sur place.

Des questions qui fâchent, ce n’est pas ce qui manque. Est-ce que Notre-Dame des Landes fera éclater le gouvernement après avoir fâché les écolos et les socialistes, et ces derniers avec leurs camarades plus rouges ? Est-ce que Ayrault survivrait politiquement à un abandon de Notre-Dame des Landes ? Est-ce que le PPP, trop peu favorable à l’Etat, sera révisé ? Est-ce que la lutte gagnera en puissance jusqu’à se transformer en guerre ouverte contre Paris ? Ou est-ce que la mobilisation retombera comme un soufflé, clou chassé par les autres clous de l’actualité ? Vous n’avez pas fini d’entendre parler de ce petit bourg Breton qui résiste au béton et où la lutte décolle à peine. En vingt ans, le pays Nantais a refusé deux centrales nucléaires  et résisté à plus de pressions politiques et financières qu’aucun autre territoire français. Alors, un aéroport…

Le tumulte de Notre-Dame des Landes déferle sur le monde

8 Nov

La nouvelle stratégie mise en place par le pouvoir à Notre-Dame des Landes  visait à faire oublier définitivement par les journalistes les événements de la ZAD pour  baisser la pression sur Ayrault et les parrains du projet. C’est raté. Si l’action ronronne à Notre-Dame des Landes, le bruit s’en répand dans le monde.

NDDL : heurts mercredi, calme jeudi

Pour Notre-Dame des Landes, les forces de l’ordre restent fidèles à leur stratégie : fixer la résistance sur son pré carré autour du Far Ouest et démolir ailleurs. Pour fixer les opposants, rien de tel qu’un coup d’aiguillon de temps à autre. C’est ainsi qu’à 7 h 30 mercredi, les gendarmes assaillent les barricades autour du Sabot et à 8 h 20 sont dans le chemin. Vers 10 h ils s’approchent d’une barricade dont le démontage commence peu après. A 11 h 20, ils somment d’autres barricades de se rendrent, les chargent à 12 h 30, se replient à 13 h, chargent à nouveau à 13 h 40, voient de nouvelles barricades pousser devant eux, et se replient tout à fait après avoir gardé le contrôle de la RD281 pendant deux petites heures, le temps à la DDE de charger le contenu de cinq barricades dans leurs véhicules et de repartir.

Bilan de la demi-journée de manœuvres de caserne : deux interpellés à 9 h 30 dont un mis en garde à vue, l’autre relâché, quatre autres personnes arrêtées à midi et retenues un peu de temps, deux personnes emmenées par les gendarmes de la brigade de Sautron. Ce qui a surtout permis à Metro de relayer les informations de la Préfecture, selon lesquelles six gendarmes (des 140 qui intervenaient) auraient été blessés légèrement. Du côté des opposants, malgré l’usage de flashballs et de grenades assourdissantes en tir tendu par les forces de l’ordre, il n’y a pas de blessés.

Un billet enflammé écrit par l’un des militants sur l’assaut d’hier  fait état de « la présence continue de plusieurs journalistes » et d’un militant « atteint à la rotule par un tir tendu de flash-ball ». L’on note tout de même, au milieu des invectives adressées aux policiers, une confirmation des informations de l’Etat selon lesquelles les militantes étaient cette fois munis de bouteilles incendiaires, lancées contre les agents de la DDE « des véhicules de chantiers évitent de peu des bouteilles lancées sur la route ». Une vitre d’un véhicule du Conseil Général de Loire-Atlantique en queue de convoi a aussi été brisée. Cependant, ces faits délictueux sont à mettre en rapport d’une présence policière somme toute très importante, mais vaine. Les cinq barricades démontées ont été reconstruites dans l’après-midi et la nuit. D’ailleurs, aujourd’hui, la préfecture n’a fait que garder un œil sur le Far Ouest sans s’y aventurer.

L’action se passe dans les actions de soutien

Bref, aux yeux des médias nationaux, dont nous avons souligné l’étrange appréciation de ce qui était digne de passer pour actualité, les évenements récents de Notre-Dame des Landes avaient toutes les chances de passer aux oubliettes au profit de l’élection américaine, traitée par certains grands journaux comme si c’était la France, et non Porto Rico, qui était en passe de devenir un nouvel Etat américain.

C’était sans compter sans les soutiens extérieurs. Nombre d’entre eux s’attaquent aux patronages politico-économiques du projet d’aéroport. C’est ainsi que dans la nuit du 16 au 17 octobre, du purin a été versé dans les bureaux  de Vinci à Bruxelles. Par ailleurs, une vingtaine de permanences socialistes ont été vandalisées, et David Assouline, porte-parole du PS, a eu l’idée de dénoncer ce « vandalisme politique » à la presse et de « réclamer une réaction énergique ». Information dont les principaux médias se sont tout de suite emparés, brisant les espoirs des forces de l’ordre et de leurs donneurs d’ordre politiques de voir – enfin  – une journée de silence radio sur les évenements de NDDL. Caramba, encore raté !

Dans la nuit du 16 au 17 octobre, la fédération du Maine-et-Loire a été la première touchée, avec un grand tag « Vinci-PS même combat, solidarité ZAD ». Ont suivi les permanences de Rennes le 19 octobre et dans la nuit du 26 au 27, Dijon (Côte-d’Or) dans la nuit du 19 au 20, Limoges (Haute-Vienne) dans la nuit du 21 au 22, Besançon (25) dans la nuit du 30 au 31, Tulle (Corrèze) dans la nuit du 2 au 3 novembre, Bordeaux (Gironde) et La Rochelle (Charente-Maritime) dans la nuit du 5 au 6. Sur le mur de cette dernière, les opposants ont écrits « La ZAD est partout. Tremblez ! ». Dans la nuit du 24 au 25, les locaux de la section d’Arles ont aussi été touchés, puis Brest et Douarnenez le 29 octobre et le 5 novembre respectivement. A Paris, les permanences de plusieurs députés ont étés frappées (Fanélie Carrey-Conte dans le XXe le 21 octobre, Patrick Bloche dans le XIe le 7 novembre à 10 h 30) ainsi que les sections du IIIe (7/11), du V et VI (nuit du 2 au 3/11) et la section départementale deux fois de suite (31/10 et 7/11). Pour la « réaction énergique », il faudra peut-être affecter en garde statique deux policiers pour chaque permanence et section du PS.

D’autre part, les manifestations – pacifiques – et les messages de solidarité affluent de partout. La ZAD fait état le 8 novembre de soutiens de « Marseille, Lyon, Paris, Carcassonne, Limoges, Arles, Blois, Dijon, Poitiers, Brest, Angers, Toulouse, Barcelone, Cologne, Lille, Bruxelles ». Le 7 novembre, des manifestants ont rebaptisé la place devant le centre commercial avenue de la République à Saint-Nazaire place Notre-Dame des Landes. Une autre semblable a eu lieu il y a deux jours à Niort , où la Grande Rue Notre-Dame a été rebaptisée Impasse Notre-Dame des Landes.

La liste des rassemblements partout en France ne cesse de s’allonger. Outre celui qui a lieu tous les deux jours devant la Préfecture de Nantes à 19h, des manifestations sont prévues à Saint-Pourçain sur Sioule (20 h) et Saint-Malo le 8 novembre, une projection du film Vainquons Vin$$i  à Londres (19 h 30, LARC) le 9 novembre, une réunion d’information à Cologne (19 h, Autonomous Zentrum) et une autre à Liége.

Le lendemain, samedi 10 novembre, trois soirées de projection-information sont prévues loin, très loin de Notre-Dame des Landes, deux dans l’Aveyron à Marcillac (16h, le Guingois) et à Saint-Affrique (café « le lieu dit »), une à la Rochelle (20h, 4, rue des Trois Fuseaux). Une manifestation avec tracteurs est prévue à Rennes (10 h 30, à la gare), une autre à Paris (métro Belleville, 14h), une journée d’information à Nîmes (9 h 30-17 h 30 place de l’Horloge), des rassemblements à Caen (14 h 30 place Bouchard), à Saint-Brieuc (14 h place de la Résistance), à Guingamp (14 h place du Vally), à Châteauroux (10 h place de la République). Une nuée de petites actions qui ne manqueront pas de susciter un nuage de petites dépêches aux quatre coins de la presse régionale et de nombreuses vidéos… qui a dit que l’on ne parlera plus de Notre-Dame des Landes ?

Notre-Dame des Landes, un fait culturel ?

Signe qu’une nouvelle étape vient d’être franchie dans la montée en puissance de la lutte, maintenant, les évenements de Notre-Dame des Landes inspirent des créations. Des artistes apportent leur pierre à la résistance mythique des David de la ZAD contre le Goliath du pouvoir, des chouans Bretons contre l’Ayraultbespierre, bref, Notre-Dame des Landes inspire et ces inspirations renforcent Notre-Dame des Landes. Une culture émerge, le militant peut maintenant s’en faire une playlist, et par la grâce de la mondialisation, communier avec les zadistes du fin fond de la Patagonie ou s’embarquer depuis le Cap pour l’aventure Bretonne.

Il y en a pour tous les goûts. Breton engagé, pour le quintet Hamon-Martin. Bobo et urbain avec la Parisienne Libérée. Des œuvres qui s’empoussiéraient dans la Toile et redécouvertes par les événements. Libertaire avec Bred’irie  et Notre Dub des Landes pour Dubamix. Sans oublier les vieux chants Bretons remis au gout du jour, par exemple « C’est la faute au pétrole, dansons la Carmagnole »  mais aussi le chant de Gilles servat sur les méfaits du remembrement, Madame la Colline  ou encore l’inoubliable Soleil Noir. Pour que le bocage de Notre-Dame des Landes n’offre jamais au soleil un visage zébré du noir bitume de deux pistes.