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La journée de la jupe : une mobilisation étrangère à sa propre ville

23 Mai

attention-manipUne fois de plus, l’exception nantaise a frappé. Comme pour les pères sur leurs grues ou les chômeurs immolés, un fait divers nantais interpelle tout le pays et le met aux prises avec ses contradictions.

 

Finalement, la journée de la jupe qui n’est qu’un fait divers me au jour des réalités dérangeantes. Et oblige à poser des questions qui ne sont pas oins. Pourquoi cette initiative s’est bien gardée de toucher les lycées de quartiers défavorisés ? Là où justement la lutte contre le sexisme est une priorité. Cette initiative semble être pour beaucoup un délire de jeune bourge de gauche, très en retrait sur les réalités sociales, la vie réelle. Mais elle a reçu un retentissement national qui surprend et détonne d’abord dans sa propre ville.

 

La polémique s’est en effet propagée sur les réseaux sociaux. Nombreux sont ceux qui se sont indignés qui n’étaient pas nantais. Ni lycéens d’ailleurs. Et l’infime minorité de ceux qui sont venus protester sur place étaient directement concernés – garçons à Clémenceau (Clém’) ou parents d’élèves du lycée ou des six autres établissements du 44 concernés par l’initiative. Mais le ramdam a poussé les élèves de Clém’ à endosser l’initiative et à venir en jupe ; car il a fait abstraction des réalités locales, et notamment de l’effet de groupe, ou encore du statut particulier de Clém’ parmi les lycées nantais.

 

« Parmi les secondes, il y avait pas mal de jupes. Et plus on montait dans les niveaux, moins il y en avait », commente un élève de prépa qui est scolarisé à Clém’ depuis la seconde. Etre contre la norme – ce que tes camarades, tes professeurs, le discours public encouragent – s’assume d’autant mieux que l’âge augmente. « En revanche, les meneurs étaient en terminale L et ES. Mais tut ça n’était guère sérieux, c’est peut-être pour ça que ça a si bien marché ». La polémique était elle trop sérieuse, et totalement décalée par rapport au sujet.

Il y a autre chose encore. Clém’ a toujours eu une identité particulière. Lycée avec beaucoup d’options artistiques et linguistiques, il échappe à sa destinée d’établissement bourge du centre-ville, mais le grand brassage d’idées et d’origines sociales qui y règne ne s’accompagne pas d’une croissance du multiculturalisme. C’est toujours un lycée blanc, auréolé par ses bons résultats, et où des élèves arrivent après avoir été poussés par leurs parents à faire des options invraisemblables pour échapper à une carte scolaire qui ne les arrange pas. Brassage d’idées, de point de vue, de revendications. « Les lycées d’ailleurs se rassemblent ici quand il y a des conflits, c’est d’ici souvent que ça part, c’est le lycée-flambeau ». Porte-drapeau des contestations, des choix idéologiques, des luttes. Un symbole.

 

Ce que nombre de polémiqueurs ne savaient pas. Avec leur opposition à coups de canon, ils ont réveillé l’esprit Clém’ qui n’a plus grand-chose à voir avec l’histoire du lycée – ancien couvent d’Ursulines, puis dernier lycée public de France à avoir eu un abbé pour directeur, abbé qui a d’ailleurs reconstruit les bâtiments dans leur état actuel.

 

Cela ne va pas sans engendrer d’autres problèmes. Dylan, élève de seconde, expliquait « aujourd’hui, celui qui est venu sans sa jupe, limite on le regardait mal. Finalement c’est du sexisme à l’envers ». Lutter contre les discriminations en instaurant des discriminations contraires, c’est fort. Ce n’est pas une solution, à mois qu’au lieu d’éradiquer le sexisme on ne veuille juste que l’inverser ?

 

Ce 16 mai, Nantes est bien loin de tout ça. La ville se dore au soleil, le vent de Loire rafraîchit agréablement les terrasses pleines, les rues sont populeuses et les visages apparemment insouciants. Mais les préoccupations sont loin des jupes, marginalisées d’ailleurs dans l’habillement féminin. La crise rode, imposant sa marque dans les dents creuses des alignements de vitrines et des porte-monnaie, les files de Pôle Emploi et les plantations forts abondantes des jardins familiaux qui sont nombreux aux portes de la ville, avec leurs éoliennes agricoles installées par la ville, la liste des audiences pour surendettement et le nombre de bureaux et de logements vides. Qui augmentent, bien que les grues continuent à tourner sans relâche dans le ciel breton.

 

Pour bien des nantais, la polémique de la jupe a été incompréhensible, tant c’était pour eux un fat divers parmi d’autres et d’ailleurs rapidement chassé par d’autres. Mais pendant qu’on parle de la jupe ou qu’on s’en offusque, tout le reste passe au second plan. C’est pourquoi le gouvernement peut aller allumer un (gros) cierge à la Manif pour Tous.

Manif pour Tous : l’Ouest envoie 160 cars

25 Mai

160 cars et un TGV bourré de manifestants partiront des départements bretons, bas-normands, d’Anjou, du Maine et de Vendée pour la manif de demain, nous annonce-t-on à l’instant. Soit près de 10.000 personnes qui prendront les transports organisés par les collectifs locaux de la Manif pour Tous depuis les départements de l’ouest de la France, les plus énervés par l’attitude des gouvernements passés à leur encontre et les plus tentés par la convergence de toutes les luttes puisque sortir de cette République, c’est s’en sortir.

Rendez-vous commun : porte Dauphine, pour un cortège dont le tracé rappelle pour beaucoup celui de la manifestation de janvier. De nombreux manifestants auront pensé à se munir d’écharpes, de sérum physiologique ou à défaut de citron pour parer aux effets du gaz lacrymogène. Voici un petit guide de remèdes simples à mettre en œuvre  contre l’arme préférée de Manuel Gaz, notre ministre de l’In-terreur. Le point de rendez-vous est l’esplanade des Invalides, où la dispersion est prévue à 20 heures.

Le pouvoir – qui a organisé ce matin une réunion de crise à l’Elysée où l’ambiance était plus à la peur qu’à l’optimisme (eh oui, Hollande et Ayraultbespierre ont… les boules, qui l’eût cru ?), prévoit 4.500 policiers pour encadrer une manifestation qu’il a officiellement chiffré à 200.000 personnes maximum. Une disproportion qui montre déjà que le chiffrage du gouvernement, comme les précédents, est à mettre direct à la poubelle. Demain, le peuple de France parlera. Un des sondages de ces derniers jours donne plus de 60% de la population française opposée à la loi Taubira et à ses conséquences néfastes pour la filiation et la famille.

Quinze à vingt mille manifestants contre le mariage pour Tous à Rennes

5 Mai
Manifestation contre le mariage homo. Photo Gilbert Engelhardt

Manifestation rennaise contre le mariage homo. Photo Gilbert Engelhardt

La mobilisation contre le mariage gay ne faiblit pas, même après le vote de la loi. Ce dimanche, des manifestations régionales avaient lieu  à Rennes, Toulouse, Montpellier, Lyon et Dijon. Le but : montrer au pouvoir la détermination des opposants contre un changement radical de société imposé par les députés PS – ce que les détracteurs du mariage gay appellent un « déni de démocratie ».

Le défilé rennais a réuni près de 20.000 personnes selon les organisateurs, six mille selon la police (officiellement), « au minimum quinze mille » selon la DCRI. Il est toujours intéressant de constater une fois de plus que les appréciations dans les médias locaux varient du simple au double, de « quelques milliers » de manifestants pour Ouest-France à « plusieurs dizaines de milliers » pour France 3 Bretagne. En dehors des drapeaux bleus, blancs et roses de la Manif pour Tous, le cortège plein de Bretons se singularisait par une assez grande présence des Gwenn ha Du et des Kroaz Du. Quelques sacrés cœurs vendéens aussi. Les manifestants ont notamment clamé « François, t’es foutu, les Bretons sont dans la rue ». Le député Marc le Fur a longuement parlé de la nécessité de la réunification bretonne administrative… puisque la réunification du peuple Breton était déjà le fait dans la rue où étaient présents de nombreux manifestants de Loire-Atlantique.

Le défilé a fait recette. Photo Gilbert Engelhardt

Le défilé a fait recette. Photo Gilbert Engelhardt

Les autres cortèges ont vu une affluence assez hétérogène. Ils étaient une quinzaine de milliers aussi à Lyon (9.000 selon la police  qui en comptait 22.000 au même endroit le 17 novembre lors de la première manifestation régionale de la Manif pour Tous ; 20.000 pour les organisateurs). A Lille, environ 900 personnes se sont rassemblées devant la Préfecture. A Toulouse, ils étaient 12.000 venus de tout le sud de la France, du Limousin à la Provence (3.500 selon la police, 15.000 selon les organisateurs) ; les forces de police les ont soigneusement séparées des partisans du mariage homosexuel – essentiellement des militants d’extrême-gauche et LGBT qui n’étaient que quelques dizaines – et qui avaient appelé à une « contre-manifestation contre les homophobes ». A Montpellier, il y avait plusieurs milliers d’opposants à la loi rassemblés (1.400 selon la police). Enfin à Dijon ils étaient près d’un millier. Et ils étaient entre 15 et 20.000 à Paris. Soit 65.000 sur l’ensemble du territoire national.

La manifestation  rennaise a nécessité le déploiement d’une centaine de CRS qui ont passé le plus clair de leur temps à empêcher une centaine de contre-manifestants – des militants de groupuscules d’extrême-gauche (NPA, CNT, Sud…) et LGBT – très mobiles et déterminés de venir provoquer les manifestants et d’aller au carton. Au début de la manifestation, deux cent d’entre eux ont entre autres agressé le service d’ordre volontaire de la Manif pour Tous et dégradé le podium, renversant et cassant des barrières. Ailleurs en France, on ne dénote pas de débordements dans les cortèges, ni à leurs abords, malgré la volonté des partisans du projet de loi et autres contre-manifestants d’envenimer les choses. De quel côté est la violence ?

L’affluence n’était pas le but de ces cortèges qui étaient essentiellement un tour de chauffe pour la manifestation parisienne du 26 mai, destiné à ne pas laisser refroidir les troupes. A Rennes où le défilé très coloré s’est écoulé pendant près de deux heures dans le centre-ville, c’est une mer de drapeaux noirs et blancs, ainsi que bleus, blancs et roses qu’a soulevé Christine Boutin qui exhortait les manifestants rassemblés sur la place de la mairie à venir à Paris le 26 mai. Gilbert, présent dans la manifestation, nous décrit une « foule jeune, très jeune, beaucoup d’enfants, de familles ; des gens très déterminés qui seront à Paris fin mai ».

Des heurts en fin de manifestation à Rennes

Un contre-manifestant (pro mariage gay) devant la manifestation pour tous à Rennes. Photo Gilbert Engelhardt

Un contre-manifestant (pro mariage gay) devant la manifestation pour tous à Rennes. Photo Gilbert Engelhardt

Plusieurs centaines de contre-manifestants – jeunes lesbiennes, CNT, NPA, Breizhistance, anarcho-autonomes, bref, « tout le gratin de l’extrême-gauche activiste rennaise » se sont livrés pendant plusieurs heures à un jeu du chat et de la souris avec les CRS dans les rues de Rennes. Du jamais vu depuis près de cinq ans. Des heurts ont éclaté au début de la manifestation au carrefour rue d’Isly/boulevard de la Liberté entre contre-manifestants et le service d’ordre de la manifestation, justifiant l’intervention de CRS. Ceux-ci sont parvenus aux environs de 16h30 à enfermer les contre-manifestants dans la rue Edith Cavell ; la « nasse » a perduré jusqu’à 17h45, lorsque les contre-manifestants ont commencé à se disperser et se sont éclatés en plusieurs groupes d’une centaine de personnes dispersés sur toute la place de la République. A 18h pile, deux journalistes de Rennes TV, petite structure indépendante d’information, Gaspard Glanz et Olivier Roth – les deux cofondateurs – se précipitent à un coin de la place où une jeune fille est agressée par un vieux monsieur. On ne sait s’il fait partie ou non de la manifestation pour Tous, mais la jeune fille es contre-manifestante et le monsieur lui aurait pincé les seins. Des personnes interceptent les journalistes.

Caméra cassée de Rennes TV. Photo Rennes TV.

Caméra cassée de Rennes TV. Photo Rennes TV.

Gaspard Glanz continue : « je rapplique avec mon associé. Il se fait attaquer par quatre personnes qui revenaient de la manif pour Tous et qui attendaient là leurs cars; elles ne sont pas contentes de voir les journalistes débarquer, et ça s’entend, ils lui font une clé de bras et des coups dans la gorge ; deux personnes se sont surtout acharnées. Vêtus de pull Ralph Lauren et de chemises à carreaux, les deux mises dans le pantalon, ils étaient âgées l’un de trente et l’autre de cinquante ans. » Les contre-manifestants se rapprochent du point de l’accrochage tandis que le journaliste vole au secours de son collègue « j’ai sauté dans le tas ; alors le cinquantenaire ne m’a pas visé moi, il s’est acharné sur la caméra en arrachant toutes les parties amovibles, la caméra a volé à 50 mètres et puis il y a eu une baston générale ». Bilan : cinq personnes en sang, dont les deux journalistes, et un agresseur de caméra qui tente de prendre la fuite, mais se voit fermement retenu par les contre-manifestants « le temps qu’un policier en civil vienne et l’écarte pour prendre son identité et les nôtres ». Les CRS étaient à 50 m et n’ont pas bougé.

Rennes TV publiera demain matin la vidéo « très parlante, on y voit vraiment bien le déroulement des heurts » et le reportage de la manifestation, « sans flouter les visages, faut pas déconner quand même, c’est une manifestation publique, après, c’est à eux d’assumer leurs actes ». Gaspard Glanz voit rouge « on a été sur la ZAD douze fois, on s’est fait parfois très mal accueillir mais on n’a pas perdu de matos, là c’est la première manif pour tous qu’on couvre et on a de la casse tout de suite ». Pour près de 2.100 € de préjudice. Rennes TV a une seconde caméra, mais de moins bonne qualité. Ne disposant pas des moyens nécessaires pour racheter une caméra neuve, elle va lancer un appel aux dons sur son site« Ce matériel a été acheté à nos frais, et on est d’autant plus hargneux de l’avoir perdu », explique Gaspard Glanz qui constate que les événements de ce soir à Rennes sont « un signal d’alarme, surtout quand on voit la haine que manifestants et contre-manifestants étaient capables de se déverser mutuellement par mots interposés, lorsqu’ils étaient face à face. A chaud, on se dit qu’on est vraiment au bord de la guerre civile ».

Une ambiance délétère qui pourrait s’expliquer par la conjonction de la crise tous azimut (économique, européenne, budgétaire, sociale…) et de l’absence de solution politique : la Bretagne s’est livrée à la gauche mais est en train de basculer, sans pouvoir cependant trouver d’alternative. Elle n’a pas la fibre extrémiste – de gauche ou de droite, ses indépendantistes n’ont jamais su lui parler ni se structurer efficacement  et la droite y défraie plus la chronique par son incapacité politique notoire  ou ses petits arrangements entre amis  que par ses propositions politiques. Bref, la Bretagne est au bord d’un abîme qui l’attire avec force, alors même que plus personne n’a envie d’être raisonnable tant le ras-le-bol est perceptible et partagé par les Bretons des cinq départements ignorés, voire insultés par le pouvoir central parisien depuis six ans.

Manifestants gazés en gare de Nantes : le système Ayrault tombe le masque

17 Avr

Quatre jours après que les manifestants qui bloquaient samedi 13 avril au soir le train de Caroline Fourest en gare de Nantes se soient fait charger et gazer  en pleine gare sans évacuation préalable – mettant en péril des milliers d’usagers et les agents SNCF dont plusieurs se sont fait gazer – une question taraude tout le monde : qui a donné l’ordre de cette énorme bavure, et pourquoi ? La préfecture n’a pas voulu s’exprimer. Nous sommes en mesure de répondre aux deux. Décryptage.

Le côté mou et le côté casque à pointe

ayrault-930_scalewidth_630Nous disposons d’informations très confidentielles qui nous permettent d’affirmer que l’ordre de gazer n’a pas été donné par le Préfet. Ni même par le Ministre de l’Intérieur. Mais plus haut encore. Celui qui a longtemps sévi à Nantes développe maintenant au gouvernement une hésitation molle qui tranche avec la rigidité avec laquelle il menait les affaires nantaises et imposait ses choix à tous – c’est ainsi qu’il a relancé le grand projet inutile et bientôt enterré de Notre-Dame des Landes. Rigidité à laquelle tout le monde se pliait, y compris les élus de l’opposition. C’est en quelque sorte le côté casque à pointe de ce professeur d’allemand.

Loïc Maurice (CNIP), candidat aux municipales de Nantes nous raconte son premier conseil municipal « Il y avait un curieux ballet de chemises cartonnées vertes et rouges ; attentif à tout, je l’avais remarqué. Des chemises vertes qui étaient transmises par les élus de la majorité au cabinet du maire, dont ils recevaient des chemises rouges. Alors je demande au collaborateur de l’opposition – un fonctionnaire payé par la mairie chargé de nous aider – ce que c’est que cela. Il répond avec un très grand naturel : les chemises vertes contiennent les questions posées par les élus de la majorité au maire. Les chemises rouges contiennent ces mêmes questions – reformulées dans un sens plus acceptable pour le maire et la réponse d’avance rédigée qui allait leur être donnée au conseil, ainsi que le nom de la personne qui la leur donnerait. Et les élus de la majorité se pliaient tous à ce rituel bien peu démocratique – et qui montrait le peu de considération que le maire leur portait –  comme des toutous ». Les élus de l’opposition aussi, puisqu’ils ne l’ont pas dénoncé et ont d’ailleurs fait encore mieux en se rendant incapables de s’organiser pour reprendre la ville aux socialistes, avec un niveau d’amateurisme et de tambouille interne qui frisait, tant en 2001 qu’en 2008 l’incompétence… ou la connivence.

Pourquoi alors le Jean-Marc Ayrault de Nantes, casque à pointe en Bretagne, est si mou à Paris ? Un proche de l’actuel gouvernement commente cyniquement : « parce qu’à Paris, il doit parler et négocier avec de vieux lions de la politique, qui savent comment le mater – c’est bien le diable si en des décennies de politique il n’a pas quelque chose à cacher – et de fait le tiennent par les couilles ». Si bien que le Premier Ministre est remarquablement effacé et se fait avoir dans tous les arbitrages – de Harlem Désir qui lui a été imposé à la tête du PS à Montebourg qu’il avait voulu virer et que Hollande a maintenu pour garder une caution de gauche assumée. A Nantes en revanche, Jean-Marc Ayrault garde sa rigidité, voire agit encore plus durement pour faire oublier ses revers parisiens. Au risque de causer d’énormes bavures. Comme le dit Loïc Maurice « le soir du 13 avril, le système Ayrault se démasque. Cet homme se présente comme démocrate chrétien. Il n’a été ni l’un ni l’autre et en offre une preuve éclatante ».

Un ordre absurde pour pallier au délitement rapide du système Ayrault

Alors pourquoi cet ordre ? Un proche du Premier-Ministre commente, sous couvert d’annymat : « si cela avait été à Dijon, Marseille ou même Paris, cet ordre n’aurait jamais été donné. Jean-Marc a une relation très possessive avec Nantes, qu’il voit vraiment comme ‘‘sa’’ ville, ‘‘son’’ fief ». Depuis qu’il est au gouvernement, Jean-Marc Ayrault perd peu à peu pied à Nantes, ses échecs successifs, l’incapacité du gouvernement à redresser la situation du pays défont peu à peu son aura locale. Comme il ne s’est jamais préoccupé de sa succession, ceux qui ont pris la relève à gauche à Nantes apparaissent ternes et interchangeables. Et même dans les administrations, les mouvements d’hommes et le désaveu croissant du gouvernement délitent nettement le « système Ayrault ». Enfin, comme Nantes se trouve au centre de tous les enfumages et de toutes les luttes sociales – chômeurs qui s’immolent, Notre-Dame des Landes, opposition au mariage gay (le département étant l’un des cinq plus actifs de France dans la contestation et le nombre de pétitions signées au CESE), une tension extraordinaire donne chaque jour des coups de boutoir dans la chape de plomb du système Ayrault. « Nous sommes en train de lui démolir en quelques mois vingt-cinq ans de travail, vingt-cinq ans de mandats municipaux où il s’est fait une stature locale, puis nationale, et ça le rend furieux », explique Loïc Maurice au sujet de Ayrault.

De fait, Nantes est devenue une fournaise sociale, qui n’a jamais été aussi active, tous azimuts, contre le gouvernement, la ville où peut-être ces efforts sont encore plus visibles qu’ailleurs puisqu’elle est aussi celle du Premier Ministre. C’est aussi à cause de Nantes que le Premier Ministre a empêtré le gouvernement dans l’impasse – politiquement indéfendable et condamnée par l’Europe – de Notre-Dame des Landes, projet qui depuis a été enterré par les scientifiques. Le mutisme du gouvernement – et de la grande presse – témoigne du malaise grandissant à ce sujet, de l’impact des événements de Nantes sur le moral du Premier Ministre, et par là sur toute l’action et la légitimité du gouvernement. Alors, que s’est-il passé samedi soir en gare de Nantes ? Une tentative maladroite d’inverser le cours des choses, de sauver le système Ayrault. L’effet est tout à fait inverse : le système Ayrault coule à pic, Nantes respire plus librement, et le gaz lacrymogène fait pleurer à Matignon et à l’Elysée. C’est l’odeur d’un scandale d’Etat, le cri de manifestants pacifiques – et de milliers d’usagers d’une gare bondée qui ne l’étaient pas moins – sacrifiés à l’égo d’un homme. Inadmissible, fut-il l’ex-maire de Nantes.

Pourquoi la Préfecture de Paris a-t-elle interdit les Champs à la Manif pour tous ?

19 Mar
Des jeunes manifestants de Nantes en janvier à Paris

Des jeunes manifestants de Nantes en janvier à Paris

Hier, dans la soirée, la nouvelle tombe après des jours de rumeurs. La manif pour tous, ce grand rassemblement qui devrait être le point d’orgue de la mobilisation contre le mariage gay, ce ne sera pas sur les Champs. Ni sur l’Etoile, la Concorde ou les Invalides. Mais pourquoi ? Et nombre de gens ont accusé la Préfecture de Paris, et à travers elle le gouvernement, d’entrave à la démocratie.

Assaillie d’appels, de récriminations, de plaintes, la Préfecture de Paris s’est fendue d’un long communiqué pour se justifier  et n’exclut pas de donner d’autres explications encore. Le préfet y rejette l’entière responsabilité du flou dans lequel réside encore le parcours de la manifestation sur la détermination de ses organisateurs à descendre les Champs, volonté qu’ils ont affichée dès le 20 février. « Dès le 22 février », répond la Préfecture, « le préfetde police a écrit aux organisateurs de cette manifestation pour les informer de l’impossibilité, pour des raisons impérieuses d’ordre public, de se rassembler sur ce secteur. » Raison ? « La proximité géographique de plusieurs institutions sensibles », Louvre, Elysée, Matignon etc. « fortiori dans le cadre du niveau rouge renforcé ». La sécurité, donc. Mais aussi le fait que les commerces de l’avenue ouvrent le dimanche, que l’avenue est noire de monde et que les rues alentour ne sont pas configurées pour l’encadrement de la manifestation.

La préfecture indique avoir échangé avec les organisateurs le 8 et le 12 mars, ceux-ci sont restés mordicus attachés aux Champs, malgré des propositions de parcours alternatifs qui leur auraient été faites. Par conséquent, « tout en restant ouverte au dialogue », la Préfecture – et par elle, le pouvoir – interdit aux organisateurs de descendre les Champs.

Un référé-liberté a été déposé immédiatement suite à la parution de l’arrêté et devrait être jugé dans les 48 heures ; l’on saura alors si l’arrêté préfectoral est une immense gaffe d’un pouvoir qui se sent fragilisé par la mobilisation populaire ou alors une décision juridiquement défendable et qui ressort de l’Etat de droit. Cependant, l’on a le droit de s’interroger sur les motivations de l’arrêté. Déjà, les arguments liés à la configuration des lieux sont quelque peu spécieux : veut-on éviter aux touristes faisant leurs emplettes une image de la France toujours en train de manifester et mécontente de son gouvernement ? Une vision que les partisans du projet de loi estiment être « contraire aux valeurs d’égalité de la France » ?  Peut-on estimer que les rues larges et bien tracées qui voisinent les Champs sont moins bien configurées à l’encadrement d’une manifestation que les étroites ruelles autour de la Porte Maillot qui étaient littéralement bourrées de monde le 13 janvier ?

Pour ce qui est du plan Vigipirate rouge, pas mieux : si l’on pousse la logique jusqu’au bout, toute manifestation passant près d’une institution publique sensible, hôtel de région, mairie ou préfecture, par exemple, pourrait être interdite. Une pente dangereuse, que le juge devra peser, et qui pourrait conduire à interdire des manifestations contre, mettons, l’aéroport de Notre-Dame des Landes dans la ville de Nantes, de peur des terroristes-paysans sur leurs tracteurs dans la ville du Premier-Ministre. Ou comment faire basculer une démocratie vers une sorte de néo-bonapartisme, sans la taille, la stature ni la gloire.

Enfin, l’arrêté ne nous apprend rien quant au voisinage des Champs. A part peut-être que ni Hollande, ni Ayrault ne veulent entendre sous leurs fenêtres « Hollande, ta loi, on en veut pas », « Hollande, du boulot, pas de mariage homo », ou encore « Ayrault, ta réforme, si tu savais… ». Mais, au vu des trajets des manifestations de novembre et de janvier, les mêmes n’étaient pas gênés de faire passer les manifestants sous les fenêtres de leurs petits camarades du PS (le 18 novembre), et de divers autres lieux « sensibles ». Puisqu’à notre connaissance il n’existe pas de pratique stable et ancienne d’interdire systématiquement les Champs aux manifestations, demain, le ministre de l’Education qui a un mal fou à fourguer sa réforme aux collectivités locales et aux professeurs, pourra interdire à ces derniers de manifester sous ses fenêtres, promues « lieu sensible »… pour ses oreilles. On croit rêver.

 

La manif pour tous « calme et déterminée »

Du côté des organisateurs, l’on se déclare « consterné » par « ce déni de démocratie qui du reste n’en est qu’un parmi tant d’autres ». Par conséquent, c’est la détermination qui prime : « la manif aura lieu dans un cadre légal, nous sommes engagés dans des pourparlers avec les autorités, nous sommes fermes et clairs, nous ne lâcherons rien, ce dimanche, on sera très nombreux et ce sera une mobilisation franche et massive contre le projet de loi ». Un non qui se lèvera aussi contre ce penchant terrible de la République à faire dérailler et le droit, et la démocratie, quand il s’agit de faire passer au forceps un projet d’Etat. Penchant que les Bretons – que l’on retrouve à la pointe de la mobilisation contre le « mariage pour tous » connaissent très bien. Un certain nombre de leurs compatriotes méridionaux, dans un certain pays Nantais, crapahutent depuis six mois dans la boue d’une certaine ZAD pour faire échec à un monumental déni de droit et de démocratie.

15.000 Bretons manifestent contre le mariage pour tous

2 Fév

Le 2 février avait lieu en France une journée nationale d’action contre le projet de loi qui ouvrirait le mariage – ainsi que l’adoption – aux couples homosexuels. Celle-ci a rassemblé plus de 15.000 Bretons, tandis que 500 personnes à peine défilaient en faveur du mariage  homosexuel.

1038893A Rennes, il y avait 6.000 personnes environ dans les rues, contre le projet de loi. A Nantes, ils étaient 4.000 (3.000 selon la police) contre une « trentaine » de contre-manifestants tenus à l’écart par les forces de l’ordre. A Saint-Brieuc, un millier (chiffre de la police) contre le projet de loi, ont défilé à l’écart de 250 partisans du « mariage pour tous », sous les bannières de l’UDB, du syndicat Solidaires et de divers partis de gauche. Ces mêmes partisans du projet étaient 200 à Rennes. A Vannes, 3.000 opposants défilaient en bon ordre (3.600 d’après certaines sources policières). Et un millier devant la cathédrale de Quimper accompagnés d’élus UMP et chrétiens-démocrates, ainsi que de bannières herminées.

France de Lantivy, membre de l’organisation de la manif de Nantes, nous explique « l’ambiance était chaleureuse et festive« . Des tractages ayant été organisés à la sortie des mosquées de Nantes, il y avait plusieurs dizaines de musulmans, « très contents d’être là« . France de Lantivy insiste sur « les très bons contacts entre communautés religieuses » dans le 44. D’après les ex-RG (DCRI), il y avait 5.000 manifestants à Nantes et 4.000 à Vannes, ce qui porterait la mobilisation bretonne à plus de 17.000 personnes.

Dans les départements voisins, la manifestation n’était pas à la traîne non plus. Trois mille à Angers, 400 à Laval, 1500 à Caen, 750 à Saint-Lô  (300 pour Ouest-France, 620 pour la police, 1000 pour les manifestants), 1700 à la Roche sur Yon, 1200 à Poitiers (450 pour la police, 3500 pour les organisateurs) et 1200 au Mans. Plus à l’est, ils étaient 1500 à remplir la place de la République, au centre d’Orléans, en présence d’élus UDI,  dont Florent Montillot, 300 à Châteauroux, un millier à Tours. Le chiffre de 200 à 300.000 manifestants dans toute la France (97 rassemblements) est d’ores et déjà avancé par certaines sources proches de l’organisation de la Manif pour Tous. Ceux-ci ont en revanche adressé une lettre ouverte aux députés, que voici.

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Les gays de Nantes aux opposants au mariage homo : fermez-là !

22 Nov

Le samedi 17 novembre, une grosse centaine de milliers de personnes ont défilé ou manifesté dans les rues des grandes villes de France, des personnes qui ont choisi de s’opposer parce-que leur conscience le leur demandait, au projet de loi sur les personnes de même sexe. La Bretagne n’était pas en reste. A Nantes, le rassemblement avait lieu cours Saint Pierre ; le communiqué officiel, proposait « une action familiale et festive » avec de la musique, des chorégraphies, et des interventions d’élus ou de personnalités. Quelque 5000 personnes, ont participé à ce rassemblement ; des chrétiens, bien sur, mais aussi des athées, des juifs, des musulmans, des protestants, et des militants du collectif plus gay sans mariage. Coté opposants, une petite centaine se sont mobilisés, à l’appel du collectif LGBT. Comme souvent dans les manifestations où la liberté d’expression s’exerce à contre courant de la pensée unique, un important dispositif de sécurité a été disposé par la préfecture de police et les organisateurs. A 17h, les manifestants se sont séparés sans incidents, au terme d’une après-midi au bilan très positif.

Mais quel bilan pour 4 heures de manif ? La présence de plusieurs miliers de personnes, des débats, et l’obtention pour nos malheureux élus une clause de conscience leur permettant d’agir selon leurs convictions. Et finalement, non, puisque le gouvernement est revenu sur cette avancée. Les échos dans la grande presse Bretonne ont été assez peu remuants, et la grande manifestation de Notre-Dame des landes n’excuse pas tout. Ouest-France, donne quelques lignes à un journaliste qui s’est débarrassé du sujet en en parlant comme d’une petite kermesse de village, et d’un rassemblement de cathos. Presse-océan, interviewe complaisamment Caroline Fourest qui déclare être venue pour une contre-manifestation « drôle et décalée » sans préciser qu’elle était venue seins nus avec des messages haineux sur la poitrine et qu’elle a aspergé des poussettes avec des enfants a coups d’extincteurs. Enfin, puisque c’est « la liberté d’expression« …

Liberté d’expression que les « Durs à queer »  aiment beaucoup. Ce collectif gay, lesbien, trans et bisexuel basé à Nantes qui milite pour l’égalité des droits invite  ainsi les opposants au mariage homo à se taire « Notre conseil du jour : fermez-la ! Vos états d’âmes ne nous intéressent pas. On veut vos droits, pas votre avis. » Une escalade outrancière dans la violence des arguments, jusqu’à nier tout droit au débat et à la réflexion  sur la question, escamotée par l’écran d’un « progrès social » a priori irréversible, immédiat et très nécessaire. Pourtant la portée du mariage gay dépasse les seuls droits accordés et la seule communauté concernée, puisque le projet de loi par ses conséquences remet en cause les bases du droit de la famille en France et des notions fondamentales comme la filiation ou la portée juridique du mariage.

Louis LECOMTE pour BreizhJournal

 

Addendum

Le député d’Orange (Ligue du Sud) Jacques Bompard, condamne la violence des militantes de Femen, qu’il qualifie de « militantes d’extrême-gauche ». Elles avaient troublé l’ordre de la manifestation anti-mariage gay à Paris le 18 novembre. L’AFP et la « grande presse » ont minimisé le fait que les militantes de FEMEN avaient agressé la manifestation et se sont ingéniés à présenter ladite manif comme un rassemblement de réacs homophobes et dépassés.  Le député condamne la violence des militantes de FEMEN et réaffirme son attachement à la liberté d’expression. « Contrairement à ce qu’affirme Mme Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, les provocations et les appels à la haine émanaient bien des agresseurs et non des manifestants. Jacques Bompard rappelle son attachement à la liberté d’expression et à la liberté de manifester et regrette les propos de Mme Vallaud-Belkacem lorsqu’elle évoque l’interdiction éventuelle des futures manifestations. »