Tag Archives: nantes

La journée de la jupe : une mobilisation étrangère à sa propre ville

23 Mai

attention-manipUne fois de plus, l’exception nantaise a frappé. Comme pour les pères sur leurs grues ou les chômeurs immolés, un fait divers nantais interpelle tout le pays et le met aux prises avec ses contradictions.

 

Finalement, la journée de la jupe qui n’est qu’un fait divers me au jour des réalités dérangeantes. Et oblige à poser des questions qui ne sont pas oins. Pourquoi cette initiative s’est bien gardée de toucher les lycées de quartiers défavorisés ? Là où justement la lutte contre le sexisme est une priorité. Cette initiative semble être pour beaucoup un délire de jeune bourge de gauche, très en retrait sur les réalités sociales, la vie réelle. Mais elle a reçu un retentissement national qui surprend et détonne d’abord dans sa propre ville.

 

La polémique s’est en effet propagée sur les réseaux sociaux. Nombreux sont ceux qui se sont indignés qui n’étaient pas nantais. Ni lycéens d’ailleurs. Et l’infime minorité de ceux qui sont venus protester sur place étaient directement concernés – garçons à Clémenceau (Clém’) ou parents d’élèves du lycée ou des six autres établissements du 44 concernés par l’initiative. Mais le ramdam a poussé les élèves de Clém’ à endosser l’initiative et à venir en jupe ; car il a fait abstraction des réalités locales, et notamment de l’effet de groupe, ou encore du statut particulier de Clém’ parmi les lycées nantais.

 

« Parmi les secondes, il y avait pas mal de jupes. Et plus on montait dans les niveaux, moins il y en avait », commente un élève de prépa qui est scolarisé à Clém’ depuis la seconde. Etre contre la norme – ce que tes camarades, tes professeurs, le discours public encouragent – s’assume d’autant mieux que l’âge augmente. « En revanche, les meneurs étaient en terminale L et ES. Mais tut ça n’était guère sérieux, c’est peut-être pour ça que ça a si bien marché ». La polémique était elle trop sérieuse, et totalement décalée par rapport au sujet.

Il y a autre chose encore. Clém’ a toujours eu une identité particulière. Lycée avec beaucoup d’options artistiques et linguistiques, il échappe à sa destinée d’établissement bourge du centre-ville, mais le grand brassage d’idées et d’origines sociales qui y règne ne s’accompagne pas d’une croissance du multiculturalisme. C’est toujours un lycée blanc, auréolé par ses bons résultats, et où des élèves arrivent après avoir été poussés par leurs parents à faire des options invraisemblables pour échapper à une carte scolaire qui ne les arrange pas. Brassage d’idées, de point de vue, de revendications. « Les lycées d’ailleurs se rassemblent ici quand il y a des conflits, c’est d’ici souvent que ça part, c’est le lycée-flambeau ». Porte-drapeau des contestations, des choix idéologiques, des luttes. Un symbole.

 

Ce que nombre de polémiqueurs ne savaient pas. Avec leur opposition à coups de canon, ils ont réveillé l’esprit Clém’ qui n’a plus grand-chose à voir avec l’histoire du lycée – ancien couvent d’Ursulines, puis dernier lycée public de France à avoir eu un abbé pour directeur, abbé qui a d’ailleurs reconstruit les bâtiments dans leur état actuel.

 

Cela ne va pas sans engendrer d’autres problèmes. Dylan, élève de seconde, expliquait « aujourd’hui, celui qui est venu sans sa jupe, limite on le regardait mal. Finalement c’est du sexisme à l’envers ». Lutter contre les discriminations en instaurant des discriminations contraires, c’est fort. Ce n’est pas une solution, à mois qu’au lieu d’éradiquer le sexisme on ne veuille juste que l’inverser ?

 

Ce 16 mai, Nantes est bien loin de tout ça. La ville se dore au soleil, le vent de Loire rafraîchit agréablement les terrasses pleines, les rues sont populeuses et les visages apparemment insouciants. Mais les préoccupations sont loin des jupes, marginalisées d’ailleurs dans l’habillement féminin. La crise rode, imposant sa marque dans les dents creuses des alignements de vitrines et des porte-monnaie, les files de Pôle Emploi et les plantations forts abondantes des jardins familiaux qui sont nombreux aux portes de la ville, avec leurs éoliennes agricoles installées par la ville, la liste des audiences pour surendettement et le nombre de bureaux et de logements vides. Qui augmentent, bien que les grues continuent à tourner sans relâche dans le ciel breton.

 

Pour bien des nantais, la polémique de la jupe a été incompréhensible, tant c’était pour eux un fat divers parmi d’autres et d’ailleurs rapidement chassé par d’autres. Mais pendant qu’on parle de la jupe ou qu’on s’en offusque, tout le reste passe au second plan. C’est pourquoi le gouvernement peut aller allumer un (gros) cierge à la Manif pour Tous.

Municipales à Nantes : l’accord PS-Verts ignore l’aéroport de Notre-Dame des Landes

26 Mar

-Le dossier de l’aéroport était en haut de la pile des négociations entre le PS et Verts ces jours-ci. Gonflés par leur score important (14.5%), les Verts de Pascale Chiron avaient remis le sujet sur le tapis, crispant le PS emmené par Johanna Rolland, qui se voyait mal trahir l’ex-maire et actuel Premier Ministre Jean-Marc Ayrault.

Finalement, après des négociations laborieuses, les Verts ont préféré quinze postes dont plusieurs postes d’adjoint, et la place de n°3 pour Pascale Chiron, à une mise au point claire au sujet de l’aéroport. Celui-ci est renvoyé au rejet probable des recours, d’ici quinze jours ou un mois. Après les municipales. La cuisine politicienne suit son cours.

Cela dit, il sera difficile au gouvernement fragilisé par la déroute de la gauche de gouvernement et surtout du PS d’ignorer les écolos d’EELV, vent debout contre l’aéroport. A Rennes et a Grenoble, les listes communes Front de Gauche – EELV ont fait respectivement 15 et 29%, virant dans cette dernière ville en tête. Et plus que jamais, les écolos dont l’apport à la gouvernance de la France est quelque peu limité, restent indispensables à François Hollande qui espère encore être réélu en 2017. Cependant, on peut légitimement s’inquiéter de la force des convictions des Verts, qui déjà en 2011 avaient préféré http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=23881 avoir beaucoup plus de circonscriptions et ignorer leurs désaccords avec le PS sur l’aéroport et l’EPR.

 

Nantes : l’étrange château d’eau de l’Hôpital Saint-Jacques

18 Mar
On parle de ça

On parle de ça

Ceux qui connaissent le quartier de Pirmil, au sud de Nantes sur la route de Clisson, savent qu’il y a une église, enclavée dans un hôpital. Il s’agit de l’église Saint-Jacques (XIIe-XVIe-XIXe), enclavée dans l’hôpital du même nom qui fut un ancien prieuré. Ses bâtiments historiques ont été conservés au nord de l’église, et l’hôpital a été construit en suivant leur trame orthogonale au XIXe.

Juste à côté de l’église – classée – et des bâtiments nouvellement restaurés de l’hôpital, ne serait-ce que des pavillons d’entrée, vous avez remarqué une construction grise, lourde, assez moche et couverte par un toit en bois qui ressemble à un chapeau de paille hâtivement posé. Vous vous êtes peut-être demandé qu’est-ce, et pourquoi elle n’a pas été démolie ? Si vous êtes rentrés une fois dans l’hôpital, vous avez constaté qu’un escalier fait de marches étroites, hautes et moussues tournait autour pour arriver à une porte vermoulue dans la partie haute.

Qu’est-ce que cette construction ? C’est un château d’eau. Ou plutôt une ancienne citerne, construite en pierre et enduite de ciment. Pourquoi ancienne ? Parce qu’aujourd’hui, elle connaît une vie tout à fait différente. C’est un local à vélos. Une ouverture a été faite sur toute la hauteur et une porte métallique y a été mise. C’est là que les employés de l’hôpital mettent leurs fiers destriers. Et la cuve – oubliée de l’inventaire du petit patrimoine à Nantes qui compte une douzaine de châteaux d’eaux qui surmontaient autant de tenues maraîchères encore debout ou disparues – a continué à vivre au beau milieu de la capitale bretonne.

Le candidat FN à Nantes Christian Bouchet violemment mis en cause par un blog

7 Mar

44_BOUCHET-Christian1« Sataniste », « sodomite », « candidat de 1939 », les insultes volent bas sur ce blog qui incendie… un candidat du parti de la flamme. Attaqué à la fois sur son amitié pour la Syrie, ses publications en faveur de l’occultisme ou sa proximité supposée avec des milieux satanistes par le passé, le chef de file du FN à Nantes Christian Bouchet y est aussi assimilé à Hitler et traité de « candidat de 1939 ».

Eclectique dans ses attaques, le blog l’est aussi dans ses sources. Puisqu’en dehors des titres incendiaires suivis (ou pas) de commentaires concis mais néanmoins fort épicés, le blog créé le 6 mars 2014 renvoie principalement – outre une vidéo qui s’attaque … Soral – à trois articles, du site d’information antifascistes Reflexes  publié à l’automne 1998, d’un article de septembre 2013 dans les Inrocks  et surtout du long et fouillé article de Rue89 à son sujet réalisé en mai 2012.  Le site reprend aussi un visuel mis en ligne en 2010 sur le blog La Flamme, situé très à droite du FN actuel. Coïncidence ou indice ?

Tous ces articles soulèvent un pan de la personnalité de Christian Bouchet méconnu du grand public. Spécialiste du gnostique (ou sataniste, selon ses détracteurs) et maçon anglais Aleister Crowley, Christian Bouchet a été par le passé dans plusieurs groupes qui oscillaient entre mysticisme et franc-maçonnerie, tout en suivant un chemin politique national-révolutionnaire et plutôt athée. Très athée même puisque selon la Flamme, un blog très opposé à l’actuelle direction du FN et qui a fait un article au vitriol sur l’intéressé : « directeur de la revue Lutte du Peuple (No28 septembre/octobre 1995), écrivait alors à l’occasion de la venue de Jean-Paul II : ‘‘Non à la secte papale. Exigeons que notre nom soit ôté des registres de baptême’’ »

Alors pourquoi un candidat qui semble si éloigné de la masse des nantais ? Pourquoi un athée dans une ville encore si marquée par le catholicisme, et où il vit toujours, avec près de 100 lieux de culte anciens ou en service, plus de 20 couvents, un bon tiers de l’enseignement secondaire dépend du diocèse ou d’autres groupes catholiques, une forte mobilisation locale à la Manif pour Tous… Pourquoi un ex-national révolutionnaire, qui affiche un soutien franc et massif à Ahmadinejad et Bachar el Assad dans une ville très modérée ?

Ce sont les Inrocks qui donnent l’explication la plus proche de la vérité : à Nantes, le FN local n’a pas de leader autre que lui. Si elle émerge à Saint-Nazaire, voire ailleurs (à la Baule par exemple), à Nantes il n’y a personne sauf Christian Bouchet. Et en 2008, le FN n’avait aucun candidat dans la capitale des Ducs. Difficile de faire pire. Il y a pourtant eu, jadis, une relève, en la personne de la jeune Laura Lussaud, plus jeune membre en 2007 du comité central du FN, et de sensibilité ultra-nationaliste. Petite-fille de la secrétaire départementale Marguerite Lussaud, elle était proche de Gollnisch et des Jeunesses Nationalistes. Exclue du parti, elle a rejoint les Jeunesses Nationalistes (actuellement Jeune Nation) à Lyon, puis a fondé le CLAN, une association d’aide aux militants nationalistes ou révisionnistes emprisonnés. 

 

Municipales à Nantes : trois listes à la peine

22 Fév

17Selon nos informations, au moins trois listes ne sont pas bouclées à douze jours du délai de dépôt des listes (6 mars). Il s’agit des listes du Modem (Xavier Bruckert), de la Chance pour Nantes (Sophie van Goethem, divers droite) et des Nantais pour la famille (proche du Printemps Français).

Pour boucler leurs listes, des méthodes différentes sont employées : le Modem appelle au secours sur Twitter, Sophie van Goethem tente  de débaucher des candidats d’autres listes et les Nantais pour la Famille draguent les catholiques engagés. Il n’en reste pas moins que pour ces trois listes, c’est très mal barré et que la Providence se charge visiblement de faire un tri de raison dans les nombreuses listes du centre et de la droite qui se disputent la capitale bretonne.

Municipales de Nantes : les malheurs de Sophie

15 Fév

carrambaLa candidate divers droite Sophie Van Goethem n’y arrive vraiment pas. Partie sans parti, elle ne dispose pas de l’appui d’une écurie politique. Mais elle aurait pu arriver à s’en créer une, ou tout au moins disposer – en six ans de mandat comme conseillère municipale – d’un fan club plus important. Sa réunion du 31 n’a guère réuni que ses familiers et ses voisins, une centaine de personnes, et la suite ne s’annonce pas mieux.

Sa liste n’est toujours pas complète. Pour la boucler, elle a tenté (sans succès) de débaucher des personnes inscrites sur la liste du Parti des Nantais (Pierre Gobet) ou sur celle encore en cours de gestation qui est réputée proche des idées du Printemps Français (les nantais pour la famille) ; elle persiste d’ailleurs à dire à qui veut l’entendre que cette dernière liste ne se fera pas et que certains de ses leaders ont rejoint la sienne. Pour semer le trouble, il n’y a pas mieux.

Elle a organisé un tractage à la gare. Quand ? Le 11 février à partir de 17h. Le genre méga-opération, avec battage par mail pour avoir du monde, points de distribution à la gare, véhicule de liaison (une 2CV jaune, pour l’anecdote), bref, des moyens et du monde pour faire entendre la « Chance pour Nantes », le slogan de la candidate. Curieusement, ce tractage n’a fait l’objet d’aucune exploitation médiatique, même pas sur le blog de campagne de la candidate. Et pour cause. Plusieurs listes avaient envoyé des « espions » ce jour là pour évaluer les retombées de l’action. Et il n’y avait guère que quatre malheureux tracteurs.

Pas assez pour espérer sortir Sophie Van Goethem de l’ornière. Pour l’heure, c’est surtout ce qu’un de ses proches nomme « la frustration personnelle » de ce professeur de droit qui mène sa campagne. Professeur qui n’hésite d’ailleurs pas à menacer de poursuite judiciaire tout média qui éclaire d’un jour un peu cru ses aventures électorales. Ou la malchance pour Nantes.

NDDL : poker menteur du Modem et de l’UDI sur l’aéroport

21 Jan

-Le dossier de l’aéroport, aux municipales de Nantes, c’est comme le sparadrap du capitaine Haddock : ça colle aux doigts et ça embarrasse. Surtout dans les partis divisés sur la question. Le Modem – dont une grande partie des militants sont opposés au projet de transfert à Notre-Dame des Landes – n’échappe pas à cette quadrature du cercle, façon nantaise.

Ainsi, en présentant sa liste « l’alternative pour Nantes », la liste Modem-UDI issue de leur désaveu  de la candidate de la droite filloniste Laurence Garnier, le Modem, plutôt opposé à l’aéroport, a du faire avec l’UDI qui est, elle, dans son ensemble favorable à un aéroport que ses candidats – notamment à Châteaubriant – soutiennent sans réserves.

De fait, le projet transports de la liste devrait ravir les opposants au transfert de l’aéroport. Inspiré par les propositions de l’association Nexus, opposée à l’aéroport, s’engage à mettre en oeuvre « la descente des avions sans palier » au-dessus de la ville « sur Nantes-Atlantique », mais aussi « la desserte de Nantes-Atlantique par le rail existant » et « l’étude et la réalisation d’une piste de confort est-ouest ». Il y a en effet des rails – rouillés et pleins d’herbes – qui passent devant l’aérogare et aboutissent dans les dépôts logistiques du D2A, la zone industrielle qui jouxte l’aéroport. C’est l’ancien tracé de la ligne de Nantes à Pornic, qui fut déviée pour contourner l’aéroport quand il fut agrandi après-guerre.

Seulement, il y a un mais. Ecrit petit sous les belles promesses. « Sous réserve de l’avenir du dossier de NDDL ». Autrement dit, précise un ténor de l’UDI du département qui souhaite rester anonyme : « ceux du Modem sont bien gentils avec leurs rêveries, mais pour nous, ce dossier est plié ». Comme pour la quasi-totalité de l’establishment politique nantais : s’ils ne se sont pas faits de mauvais gré au transfert de la plate-forme, ils l’appellent de leurs voeux et soutiennent ardemment une politique de grands projets socialistes qu’ils ne manquent pourtant jamais de brocarder devant leurs électeurs locaux et nationaux.