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150 personnes manifestent deux fois dans la journée du 26 juin contre le mariage pour tous à Nantes

28 Juin

NS-2013-6-26Le mouvement contre le mariage gay et la société vers laquelle il conduit (homoparentalité, PMA, GPA…) ne s’essouffle pas dans la capitale bretonne. Ainsi, 150 personnes environ ont accueilli Vincent Peillon devant la Cité des Congrès entre 14 et 15h, puis se sont retrouvées le soir pour manifester devant le monument aux martyrs nantais, au bout du cours des 50 otages près de la Préfecture.

Une quinzaine d’antifas étaient venus lors de la manifestation du soir, qui était vouée au soutien de Nicolas Busse et du maire de Mésanger (qui refuse de marier des couples homosexuels), et étaient tenus à l’écart des manifestants par un dispositif policier peu important. Il ne s’est guère étoffé que, lorsque vers 21h 15, les manifestants ont voulu aller derrière la Préfecture en criant des slogans contre la dictature socialiste et qu’ils se sont fait arrêter par la police municipale guidée par les agents de la DCRI. Dans les prochains jours, trois autres ministres venant à Nantes  doivent être accueillis par les manifestants qui se préparent ainsi à un « marathon de manifestation » qui devrait les mettre en train pour l’été.

Les Croquants en représentation.

Les Croquants en représentation.

A partir de 20h30, les représentants des mères veilleuses, puis de la LMPT44 ont pris la parole pour présenter les activités de l’été (Tour et Plage pour tous). Puis les Croquants nantais sont entrés en scène, en affichant une banderole pour Nicolas Busse – le jeune activiste anti-mariage gay condamné à deux mois ferme d’emprisonnement pour sa participation à un rassemblement interdit par les autorités – et en se livrant à une petite pièce de théâtre, avec l’un d’eux déguisé en bagnard, un autre en avocat, et ainsi de suite. La soirée s’est prolongée avec les Veilleurs Nantais. Aucun débordement n’a été à signaler.

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Gesté : le drame d’un petit village français qui détruit son église

23 Juin

Gesté, petite bourgade de 2500 habitants, est à quatre kilomètres seulement de la Sanguèze, qui marque localement la limite entre le Choletais et la Bretagne. Un autre monde pourtant que ce village qui détruit actuellement son église, au bout de deux décennies d’abandon, de péripéties judiciaires et de non-dits. Comment en est-on arrivés à ce qu’un maire et son conseil envoient bouler la cour administrative d’appel qui leur avait interdit la démolition, ainsi que bon nombre de leurs habitants ? Nous avons passé trois jours sur place, pour tenter de comprendre ce qui se passe à Gesté, petit village disloqué autour de son église éventrée.

L’église à moitié détruite ? Loin de là

L'église le 19 juin au soir

L’église le 19 juin au soir

Comme nous l’écrivions le 18 juin où nous présentions la situation et l’historique des démêlés judiciaires  l’église – construite en deux fois au XIXe à la place de l’ancienne, détruite par les colonnes infernales le 5 février 1794 et relevée tant bien que mal en 1800 – a été abandonnée par la mairie à partir de 1995. Deux tranches de restauration sur les quatorze prévues avaient été faites dans les années 1980 – et bien faites : le clocher et les murs de la nef paraissaient comme neufs, et c’est pourtant par là que les pelleteuses ont attaqué, abattant le mur pignon de la nef et la première moitié du mur sud. L’église n’est même pas au quart détruite : cette démolition « finalement minime, a été engagée seulement pour mettre les gens devant le fait accompli, leur dire que les carottes sont cuites », commente à chaud un habitant.

La municipalité envisage de préserver le clocher et la crypte ; elle a remisé la statuaire et le Christ dans ses ateliers et garages municipaux. Pour le clocher, elle n’a guère le choix : l’église n’est toujours pas désaffectée, c’était la condition sine qua non pour emporter l’adhésion du curé et de l’évêché : la mairie doit reconstruire une église (pour 1.5 millions d’€ quand même). Dans l’église à cœur ouvert par la pelleteuse restent un autel, dans l’abside, et des vitraux, dont la municipalité espère en récupérer trois – la rosace, les armoiries dans l’une des chapelles privées et le vitrail religieux dans la chapelle privée du Plessis.

Le bout du monde

l'église suite aux travaux de démolition du 20 juin : le mur sud de la nef est à moitié rasé

l’église suite aux travaux de démolition du 20 juin : le mur sud de la nef est à moitié rasé

Plus que tout, Gesté qu’on prononce localement Getté est au bout du monde. Les cars de l’Anjou n’y passent pas, les habitants qui n’ont pas de voiture ou de permis ont coutume de marcher jusqu’à la Regrippière (6 km) pour prendre ceux de Loire-Atlantique. La métropole locale s’appelle Vallet : plusieurs aller-retour par jour jusqu’à Nantes, la voie rapide non loin, des emplois, des vignobles. Tournés vers Nantes et Cholet, les Gestois ne se sentent guère angevins et ignorent la capitale du Maine-et-Loire, ou quasi. La ville avait jadis quatre usines de chaussures – elles ont toute fermé, soit pour ramener leur activité ailleurs, sur Cholet et Beaupréau (prononcé Beaupreau), soit pour disparaître. L’une d’elles, au nord du village, accueille les ateliers municipaux. La seule chose qui tire Gesté, c’est la proximité de Nantes. A quarante minutes – et autant de kilomètres de la capitale bretonne, Gesté apparaît comme un lieu de vie intéressant pour de nombreux nantais ou ressortissants de la métropole, chassés par la hausse des prix. Dans le village même, des maisons sont abandonnées et des logements vides jusque sur la place centrale. L’un des bars – le Gestois – est fermé, ainsi que le commerce de confection, la poissonnerie et l’ancien grainetier-fleuriste. Il reste une supérette, deux boulangeries et un autre café. Gesté est un visage de la France d’aujourd’hui, où l’économie locale s’est quasiment effondrée, et qui vit à la traîne d’une grande métropole, alimentant localement les rancœurs entre les « nantais » et les « gestois », comprendre, de souche.

Un curé pour la démolition

La pelleteuse à l'oeuvre - 20 juin

La pelleteuse à l’oeuvre – 20 juin

Le curé desservant l’église de Gesté est Pierre Pouplard. Dès son arrivée à la cure en 2004 il demande une nouvelle église à la place de l’ancienne et convainc ses paroissiens. Un de leurs chefs de file ne peut être que tenté par un projet pareil : il a rasé son château (la Forêt) pour échapper aux charges fiscales et vit dans la ferme. Curieusement, l’esquisse de l’église que la mairie nous a mis à disposition est une copie de celle d’Avrillé – ou en 1983 une église néogothique fut abattue et remplacée par une nouvelle en forme d’ellipse. Avrillé où était en poste Pierre Pouplard avant d’être à Gesté. Joint par BreizhJournal, il a peur de la réprobation unanime qu’a causé – ailleurs qu’à Gesté tout au moins – le début de la démolition de l’église, et se retranche derrière le choix du maire. Il nous a dit : « ce choix est entièrement celui de la municipalité, j’ai même appris la destruction de l’église par voie de presse. Le conseil municipal et le maire ont fait ce qu’ils voulaient, nous n’avons qu’à suivre ».

Seulement, sa posture actuelle de suiviste s’accorde mal avec les faits. En réalité, le curé a organisé l’abandon de son église ancienne et convaincu son évêque qui l’a couvert, n’a jamais voulu remettre en cause sa décision et surtout a refusé de recevoir l’association Mémoire vivante du patrimoine gestois (MVPG) qui se bat seule contre la destruction de l’église. De fait, l’église n’étant pas désacralisée, le curé et l’évêque se sont rendus complice d’une terrible profanation, dont la dernière étape était la sortie du Christ accroché au-dessus du chœur au bout d’une nacelle, comme un vulgaire meuble encombrant. Les villageois n’ont pipé mot, mais ont été choqués cependant. Eric, rencontré le lendemain, estime que « hier, ils ont enlevé le Christ comme une vieille ferraille, c’était indécent, il y aurait du avoir une cérémonie, quelque chose, pour que ça soit propre, mais rien. A croire que le clergé nous a complètement abandonné ».

Le maire – artisan de la démolition – a réponse à tout sans convaincre

Statuaire et objets d'art mis à l'abri aux ateliers municipaux

Statuaire et objets d’art mis à l’abri aux ateliers municipaux

Nous avons rencontré Jean-Pierre Léger, le maire de Gesté, qui continue le travail de son prédécesseur, Michel Baron, maire de 1995 à 2008. Classé dans les divers droite – contrairement à ce que la presse a écrit, il n’est pas socialiste – il a un premier adjoint encarté au PS, Georges Romeau, qui apparaît dans toutes les municipalités depuis 1995 et se trouve pour le coup au cœur du projet de démolition de l’église. Le reste de la liste est de diverses influences, avec un point commun : « lorsqu’il faisait sa liste », explique Jean Woznica, de l’association MVPG, « il fallait être pour la démolition de l’église, sinon on ne rentrait pas ». L’association a constitué – à grand peine, personne ne voulant s’exposer – une liste dans ce village où l’on pouvait alors panacher, rayant des noms dans telle liste pour en prendre sur une autre, mais, poursuit-il, « les gens ont préféré voter pour des listes complètes, et donc pour la liste Léger ». Bien que passés non loin de l’élection, les habitants contre la démolition de l’église n’ont pas d’élu.

Le maire nous reçoit. Près de son cabinet trône l’horloge retirée du premier étage du clocher. Les yeux rivés sur une petite feuille A4 où sont consignés ses arguments pour les journalistes, il ne nous regarde jamais. Ses petits yeux toujours mi-clos sont tournés vers la feuille ou vers le sol. Grand démocrate, il parsème son discours de « vous écrirez ceci », « vous retiendrez cela », « je vous donne mes arguments, je ne veux pas entendre les autres », ou encore « à quoi bon écouter ceux qui sont contre la destruction, puisqu’il y a des habitants qui sont pour ». Il finira par lâcher un lapsus : « vous êtes un journaliste non opportun ». Sans doute parce ne croyant pas beaucoup à son sens de la démocratie, ou moins servile que les médias locaux (lire plus bas).

chemin de croix de l'église, aux ateliers municipaux (plâtre imitation bois)

chemin de croix de l’église, aux ateliers municipaux (plâtre imitation bois)

Il explique qu’en 2006 avec le maire précédent le conseil municipal a eu le choix entre quatre solutions : diminuer la hauteur de l’édifice, abattre le chœur, raser tout et reconstruire, et restaurer l’existant. Le conseil a voté pour la troisième solution. Rejetant toute vision du patrimoine, il estime qu’il faut « garder à l’esprit avant tout que c’est un lieu de culte » et demande à ce qu’on fasse « un tri » entre les nombreuses églises de ce Choletais marqué par la foi catholique et la densité des églises du XIXe : « il faut aider les maires à entretenir ce genre de bâtiments, mais il faut aussi sortir du cas par cas : aujourd’hui, c’est lourd à entretenir, alors il faut choisir entre celles que l’on garde, celles qu’on abandonne et celles qu’on rase. Mais c’est une décision politique, et l’évêché a sur ce point un train d’avance ».

Il estime que « la justice a perturbé l’action municipale » en interdisant la démolition de l’église avec un permis de démolir ; ces jugements tout comme l’avis de la DRAC et de l’Architecte des Bâtiments de France du Maine et Loire hostiles à la démolition sont pour lui « superflus ». La DRAC, le Conseil d’Etat et la Cour administrative d’appel de Nantes n’ont plus qu’à s’en aller jouer aux boules. Nous le questionnons alors sur son choix de ne pas faire de référendum municipal, et au contraire, de passer en force partout afin de prendre les habitants au dépourvu : il a mis un mois par exemple à délivrer à l’association MVPG la délibération municipale du 6 mai 2013 autorisant la démolition. Impossible d’avoir une délibération dans cette mairie sans faire une lettre recommandée. Impossible aussi de passer aux ateliers s’assurer de la conservation du mobilier retiré de l’église sans autorisation écrite du maire ou d’un des adjoints ; l’employé municipal qui nous reçoit terrorisé explique qu’il pourrait « être viré ou attaqué en justice par le maire » s’il nous laissait entrer. Un parfum de dictature aux champs.

Le maire a décidément réponse à tout : se disant « personnellement pas favorable aux référendums », il pense « que c’est facile pour une municipalité de se cacher derrière les résultats d’un référendum ». Comprenez que sa décision n’est pas antidémocratique, mais politiquement courageuse. Il manie allégrement le faux argument des gestois contre les autres : à la réprobation unanime hors des frontières de Gesté et du Choletais, il oppose les 800 signatures du collectif Cœur de Gesté, mené par les notables et favorable à la démolition de l’église, « des gestois qui votent à Gesté, qui paient leurs impôts. L’avis des autres ne nous intéresse pas. » L’avis des autres a déjà recueilli près de 1600 signatures sur le net en quelques jours, dans une pétition pour la sauvegarde de l’église.

Bataille de chiffres autour du clocher

le choeur de l'église

le choeur de l’église

Surtout, la municipalité s’arc-boute sur les chiffres : 3 millions d’€ pour restaurer, 1.7 pour démolir et reconstruire. Un chiffre tiré de deux estimatifs, celui de Gérard Jamain (Heritage) et un second, d’un architecte angevin. Le maire oublie d’expliquer comment le cabinet Héritage, d’ordinaire abonné aux estimatifs ciselés à l’euro près pour sauver les églises en mauvaise posture des communes pauvres, a pu sortir l’énorme chiffre de 3 millions d’euros. Jacques Chupin, de l’association MVPG révèle le dessous des cartes : « la mairie a demandé à Gérard Jamain de faire un estimatif avec le plus de travaux possible, de façon à gonfler le chiffre. Il est donc arrivé à trois millions avec une véritable remise à neuf de l’édifice, format luxe. En conseil, le maire a dit que trois millions, c’était beaucoup trop cher et a rejeté le projet. Héritage s’est donc fait gravement avoir, et le chiffre est devenu, brandi à tout va, un argument contre la restauration de l’église ». A Sévérac, 1500 habitants au nord de la Loire-Atlantique, le cabinet Heritage a sauvé l’église néogothique où il fallait redresser le clocher, injecter du béton sous les murs de la nef, refaire les voûtes, les enduits, reprendre une grande partie des ouvertures… pour 990.000 €. La démolition et la reconstruction d’une église plus petite auraient coûté 1.300.000 €. Aujourd’hui, l’église restaurée voilà quinze ans suite à un référendum local semble si neuve qu’elle aurait pu être construite hier. Il est donc fort possible que l’estimation de la mairie soit complètement à revoir, non qu’elle a été mal établie, mais, comme l’explique Gérard Jamain lui-même, les estimatifs comportent « nombre de travaux inutiles qui alourdissent la facture ». En gros, résume un habitant défavorable à la politique municipale, « on peut déjeuner pour 20 euros, on peut déjeuner pour quarante, dans les deux cas on déjeunera ». Un estimatif qui se limite au strict nécessaire donnera fatalement un chiffre nettement inférieur aux 3 millions d’€ avancés par la municipalité. Mais celle-ci, le clergé et la presse rebattent inlassablement et sans remettre en cause ce chiffre obtenu dans des conditions quelque peu troubles.

Des médias locaux complices

Vitrail armorié. L'église compte 3 chapelles privées, pour autant de châteaux. Les châtelains y accèdaient par des salles situées juste dessous, au niveau de la crypte

Vitrail armorié. L’église compte 3 chapelles privées, pour autant de châteaux. Les châtelains y accèdaient par des salles situées juste dessous, au niveau de la crypte

Si le maire est si cavalier avec les journalistes, c’est qu’il est mal habitué par la presse locale. Trois médias rayonnent sur Gesté. Si la télé des 3 provinces (TV3P) est plutôt critique vis-à-vis de la démolition, et a réalisé en janvier un reportage dans l’église ouverte à tous les vents depuis un mois, les deux autres sont favorables à l’arasement de l’église, et font sans se cacher le service après-vente de la mairie, justifiant ses décisions sans jamais faire preuve d’esprit critique qu’envers les opposants de toutes natures.

La télé de Cholet (TLC) ne s’est pas déplacée lors de la démolition, diffusant des images d’archive et les seuls propos du maire. Pluralisme garanti. Quant au Courrier de l’Ouest (CO), dépendant d’Ouest-France, il s’est déplacé à trois journalistes (!) le 20 juin, un chargé d’écrire et deux de photographier, tout ça pour traiter l’information numéro 1 du Choletais en page 12, format événement local, avec un article de 500 mots et une photo du Christ déposé par les nacelles, l’après-midi. Le même journal, par la voix du journaliste bellopratain Laurent Zarini, avait traité dans ses colonnes l’église « à l’architecture faussement ancienne et prétentieuse », justifiant à longueur d’articles la démolition et rappelant le soutien de l’Etat – le sous-préfet et le préfet couvrant la démolition bien qu’illégale, sans jamais rappeler que cette position est ô combien ahurissante. L’Etat a raison, voilà tout, estime le CO qui au passage rappelle cette presse française qui s’est mise toute seule dans le fond du puits en se mettant au service exclusif du pouvoir, y compris quand l’abus de pouvoir est au pouvoir. Cette presse française qui s’émeut pour 150 gazés en Syrie et qui est incapable de voir, au cœur de Paris, des centaines de jeunes pacifiques provoqués, gazés, tabassés et arbitrairement arrêtés par des forces de l’ordre devenues nervis à la solde du régime. Une presse dont l’esprit critique s’est perdu avec les subventions accordées – 1 milliard d’€ par an pour faire taire le quatrième pouvoir.

Un village gaulois profondément divisé

Le filet posé en 2005 n'a jamais reçu de pierres, seulement des fientes et des nids de pigeons. Pas mal pour un édifice en "péril imminent".

Le filet posé en 2005 n’a jamais reçu de pierres, seulement des fientes et des nids de pigeons. Pas mal pour un édifice en « péril imminent ».

Plus que tout, c’est la division qui refait surface dans ce village. L’église, c’est l’affaire Dreyfus du village, personne n’ose en parler. « Parfois, nous recevons un don ou une adhésion de quelqu’un, mais il nous dit, surtout, n’en parlez pas, sinon ma femme ou mon voisin me battront froid », explique Jean Woznica, de l’association MVPG. Eric renchérit « ce qui m’énerve, c’est que le village soit si divisé. Il y a plein de vieilles personnes pour lesquelles le mensonge c’est d’un autre temps, de l’occupation par exemple. Elles se plient devant les sachants, ou ceux qui paraissent comme tels. Il y a aussi ceux qu’on a convaincu qu’une majorité était pour la destruction de l’église, et qui se sont rangés à cette idée ». Le rôle de la presse n’est pas anodin dans cette supercherie.

Il poursuit « et plus c’est gros, mieux ça passe. C’est une question d’honneur, les gens ne reconnaîtront jamais un tel mensonge, puisqu’il est si énorme. Ce qui se passe, c’est que tout le monde se fait entuber. Ainsi, notre cantine, dont le permis est affiché, nous ne l’aurons pas. La capacité de financement de la commune n’est pas élastique, il y a déjà de l’endettement partout. » En 2012, lorsque la commune avait perdu devant le Conseil d’Etat, le projet d’agrandissement de la cantine – commune à l’école publique et à l’école libre, et tout à fait bondée – avait été ressorti des cartons : « en six jours la mairie avait convoqué tout le monde et sorti des esquisses d’un architecte à Angers, juste un truc de rêve. Pour 500.000 €. Mais maintenant qu’ils sont dans l’église, quoi qu’ils disent, ils ne peuvent pas faire la cantine ». Il achève : « tout a été fait dans notre dos. S’il y avait réellement un consensus de la population, il y aurait eu un référendum local et une cérémonie du clergé pour dire au revoir à l’église ancienne, préparer la suite. Je sais, ça paraît bête, mais ça aurait été bien mieux que ce qu’ils font là, le curé et la municipalité, c’est n’importe quoi. »

La Bretagne est si proche, mais c’est un autre monde. Gesté est un village français où tout le monde s’épie, et personne ne veut se mouiller. Il n’y a qu’une liste pour les municipales, il est difficile de trouver 21 noms sur 2500 habitants car personne ne veut se montrer, tout le monde craint les pressions, réelles ou putatives, qu’une révolte ouverte peut attirer. Cependant, le ras-le-bol est là, qu’il soit exprimé par les mères de famille à la sortie de l’école ou par le tenancier de ce commerce, qui lâche « que faire quand ceux qui n’ont pas le droit de faire quelque chose et à qui on dit de ne pas le faire le font quand même ?  Il y en a qui ont le bras plus long que d’autres, voilà ».  Gesté est peu digne du souvenir de la Vendée militaire : acceptation muette devant l’illégalité, l’inégalité, résignation devenue pour beaucoup le mode de vie, les gestois se sont faits les esclaves zelés de leur propre servitude, comme tant de français. Au risque, en perdant l’église, de ne plus avoir rien à eux : sur les coteaux, c’est la masse bicolore – blanc pour la partie néoclassique et gris pour la partie néogothique, qui signale à trois kilomètres à la ronde le village perché sur son coteau. Une fois tombée l’église, seul le château d’eau marquera le village dans le paysage.

L’église victime d’une mauvaise gestion communale

La nouvelle église doit ressembler à cela (esquisse)

La nouvelle église doit ressembler à cela (esquisse)

Le maire affirme sans cesse qu’en dehors de l’église, « il y a d’autres priorités » et que les communes n’ont plus les moyens d’entretenir ces bâtiments. Pourtant, c’est le premier adjoint Georges Romeau qui vend la mèche sans s’en rendre compte : « en 1990, l’on faisait l’extension de la mairie, en 1995, la salle commune de loisirs, en 2000 autre chose encore, puis il y a eu le projet de nouvelle église et maintenant la cantine ». Bref, à chaque fois une réalisation ou plusieurs ont pompé le budget relatif à l’église. En 1995, la mairie résilie le contrat annuel d’entretien – illégal en soi, puisque la loi de 1905 oblige les communes à maintenir les églises affectées au culte dont elles sont propriétaires – hors d’eau. De 1995 à 2007, la mairie a même mis délibérément en danger les usagers de l’église, puisqu’elle les laissait aller dans un édifice qu’elle n’entretenait plus. Une situation scandaleuse et complètement illégale qui n’émeut pas le maire actuel, qui nous confie : « depuis qu’il y a le projet d’une nouvelle église, pas question de mettre un centime dans l’ancienne, c’est une question de bonne gestion des finances communales ». Ou pas. La commune qui a du mal à boucler son budget peine même à éclairer le bourg la nuit, et le fleurissement s’est considérablement réduit cette année. L’argument du maire selon lequel la commune ne peut pas tout gérer est cependant facile à rejeter : comment font les communes de la Loire-Atlantique toute proche, qui ont une – voire plusieurs – églises, une population qui augmente sans cesse, donc des salles, des écoles à construire, des voiries à entretenir… elles ne rasent pas leurs églises, pourtant.

Le budget de la nouvelle église ? Il a été passé dans la cantine, la rénovation de la route de Beaupréau et des voiries d’un lotissement voisin. Jacques Chupin, de l’association MVPG, doute qu’une nouvelle église puisse être construite : elle devait l’être incessamment sous peu, ce sera d’après le maire dans le prochain mandat. Seulement, « avant que la commune puisse retrouver sa capacité financière, on sera en 2020 », et à partir de ce moment là, il n’y aura plus d’élections municipales, mais des maires délégués dans chaque commune, la communauté de communes de Beaupréau prenant sur elle toute l’administration. Il est peu probable qu’à son tour, elle dépense de l’argent pour une église alors que nombre des onze communes qui la composent ont plusieurs églises, à l’image du Fief-Sauvin (un clocher du XIXe, une chapelle de la même époque et deux églises de la fin du XXe siècle) ou de Beaupréau (deux grandes églises du XIXe).

Le faux argument du péril

gesté-9Le maire justifie son passage en force par le « péril imminent » que représente l’édifice. Ce péril, conforté par une expertise judiciaire, a été arrêté par le préfet qui depuis couvre le maire. Expertise judiciaire que Jacques Chupin, de l’association MVPG, qualifie de « scandaleuse« . Etant dans le bâtiment depuis de nombreuses années, il a du mal à comprendre « comment peut-on faire une expertise quand l’expert n’est pas allé dans les combles, ni sur les chéneaux, ni dans le clocher. Le document épais comme le pouce est bourré de  »on estime »,  »pas visité », « environ » et avec ça on justifie le péril???» En raison du péril, un habitant situé à 5 mètres du chœur a été expulsé de chez lui le 25 novembre 2012 et relogé par la commune face à l’église, au-dessus de l’ancien magasin de confection. Nous avons rencontré cet habitant, M. Planchenot, qui « n’arrive pas à comprendre pourquoi ce manque total de démocratie, alors que la commune se targue d’avoir le soutien des citoyens ». Pour ce qui est du péril, pour lui, l’argument ne tient pas : « la commune a commencé à détruire la nef, c’est à l’opposé de mon logement [situé au sud-est du chœur] et donc du péril supposé ». Moralité : il n’y a pas de péril. L’église, qui n’est pas entretenue depuis vingt ans, ne semble avoir aucune envie de tomber.

Gestois contre étrangers : encore un faux argument

Aux partisans de la mairie et aux conseillers municipaux, il ne reste que l’agressivité et les arguments de caniveau pour justifier de leurs actes. Agressivité contre nous, ou contre le journaliste de TV3P traité publiquement, le matin du 20 juin, de « fouille-merde » par quatre adjoints au maire qui se comportent comme des petits délinquants de cité. Mais aussi argument de caniveau, selon lequel « il faut payer ses impôts à Gesté pour avoir quelque chose à dire sur le sujet de l’église ». Ils pourraient peut-être le faire valoir à l’ABF d’Angers ou aux juges administratifs de Nantes qui apprécieraient le moyen à sa juste valeur. Selon cette vision des choses, peu importe la réprobation nationale – et même mondiale, la voix de la Russie s’étant fait écho des événements de Gesté – après le début de la démolition illégale et sacrilège de l’église. Confortés par leur mairie et leur presse asservie, quatre patelins du Maine-et-Loire traceraient leur bonhomme de chemin sans se soucier des autres. Mais ce n’est même pas vrai. L’association MVPG est pleine de gestois de souche, comme Jacques Chupin, « atterrés de voir notre patrimoine partir à vau l’eau ». La mairie peut jouer la division tant qu’elle veut : la menace de la disparition prochaine de l’église, l’idée de voir sa silhouette disparaître du ciel si familier, le passage en force d’une mairie qui, selon un habitant, « fonctionne en circuit fermé » font s’insurger de nombreux gestois. Il n’est pas encore trop tard pour sauver le monument.

Et maintenant ? Deux mois pour sauver l’église

Coup de ménage symbolique autour de l'autel - 21 juin

Coup de ménage symbolique autour de l’autel – 21 juin

D’après le maire, « à la rentrée de septembre, tout sera plat, le chœur et le reste de la nef seront rasés fin août ; le 20 septembre, tout sera enlevé, ce sera la fin du chantier ». L’entreprise Occamat a retiré son matériel et ses ouvriers pensent ne revenir qu’en septembre. Il reste de fait deux mois pour sauver l’église.

L’association MVPG a déposé un recours contre la délibération du 6 mai 2013 afin de suspendre les travaux. Le référé sera jugé le 8 juillet. De son côté la SPPEF – Société de protection des Paysages et de l’Esthétique Française – présente ces jours-ci sur place par son délégué de Loire-Atlantique, a écrit une lettre comminatoire au préfet du Maine-et-Loire et se prépare à poursuivre le préfet, le sous-préfet et le maire de Gesté pour destruction illégale, afin de les faire payer y compris sur leurs deniers personnels. La SPPEF a réussi ces dernières années à sauver quatre églises, dont celle du Dreuil-Hamel, dans l’Eure, ou celle de Lumbres dans le Pas-de-Calais.

Le Printemps Français s’est enfin constitué à Nantes dans la hâte, et appelle sur internet à une manifestation sur place le 6 juillet. Des démarches sont en cours aussi du côté ecclésiastique. Il appartient surtout aux gestois de se mobiliser afin d’empêcher leur maire d’abattre leur belle église. D’autres églises pourraient être menacées dans les environs : ainsi de Saint-Martin de Beaupréau, peu à peu abandonnée par sa paroisse (celle du curé Pouplard), de l’église de Drain près d’Ancenis et de celle de Sainte-Gemmes d’Andigné, que son instance de classement ne protège plus que pour six mois encore.

Avant de partir, votre dévoué serviteur s’est emparé d’un balai de paille, a passé les barrières et est allé faire un coup de ménage symbolique, autour de l’autel, dans les ex-confessionnaux, les trois chapelles privées et l’abside. En une bonne heure de travail, aucune pierre ne lui est tombée dessus, ce qui veut dire qu’il n’y a qu’une chose qui est en péril à Gesté : le discernement du maire qui se permet de fouler aux pieds et le droit, et les bonnes mœurs. Faire le ménage dans une église en ruines, quelle idée ? Celle, sans doute, de ne pas se laisser abattre : quand l’abus de pouvoir est au pouvoir, la révolte et la résistance sont légitimes. Près de 200 églises sont menacées de destruction en France. L’église de Gesté ne doit pas tomber : ni elle, ni les autres. Ce qui se joue aujourd’hui dans ce petit village du Choletais concerne toute la France, c’est la lutte pour que notre patrimoine d’hier trouve sa place dans la foi et la France de demain. Alors on ne lâche rien.

 

D’autres églises démolies récemment en Anjou : Avrillé (1982), démolition de l’églie néogothique Saint-Gilles pour reconstruire une église moderne; Le Fief Sauvin (1997) démolition de l’église néogothique – hors l’abside et ses vitraux – pour la remplacer par une église neuve; sSt Georges des Gardes (2006), église néogothique rasée et remplacée par une chapelle de 100 places, Valanjou (2008), seul le haut du clocher a été détruit, la mairie souhaite raser le reste, à l’exception de la base XIIIe-XVe du clocher, St Aubin du Pavoil près Segré début 2013 (déclarée en péril alors qu’elle n’y était manifestement pas, puis rasée dans l’indifférence début 2013; elle doit être remplacée par une église plus petite).

 

Mobilisation générale pour l’église de Gesté menacée de destruction imminente

18 Juin

#OpMagouilles. Jean-Pierre Léger, maire de Gesté, une petite commune angevine située à 6 km de la Bretagne, s’apprête à marcher sur les traces des colonnes infernales. En effet, son conseil municipal vient de voter la destruction de l’église Saint-Pierre aux Liens, au cœur du village, déjà incendiée par les colonnes infernales le 5 février 1794 ; trois cent chouans y ont été massacrés. Les travaux de démolition commencent et doivent durer du 17 juin au 30 septembre. En toute illégalité.

 

Une église sacrifiée au bon vouloir des maires

Geste_EgliseL’église se trouvait depuis plusieurs années au cœur d’une bataille judiciaire. Joël Sécher, président de l’association Mémoire vivante du patrimoine gestois (MVPG)  explique : « quand le précédent maire, Michel Baron, plutôt à droite, avait été élu, il a tout de suite annoncé qu’il allait être le bâtisseur de la nouvelle église. C’est-à-dire qu’il allait laisser cette église tomber en ruines, puis en construire une autre plus petite et plus moderne ». Il s’est attelé tout de suite à la tâche : « il a résilié le contrat d’entretien avec les couvreurs, si bien qu’il n’y a plus eu aucun entretien annuel de l’édifice ; quand j’y suis monté avec le trésorier de l’association en 2007 – l’église était encore ouverte alors – on a remis des ardoises en place ». L’association a attaqué le permis de démolir déposé en 2011 par le nouveau maire Jean-Pierre Léger (toujours plutôt de droite), qu’elle a réussi à faire annuler en février 2012 par la cour administrative d’appel de Nantes. La ville fait un recours devant le Conseil d’Etat, qui la déboute. La décision était claire et définitive : l’église est sauvée.

Mais non. En décembre 2012, elle est ouverte pendant un mois : le chemin de croix et les statues disparaissent, l’autel est cassé à coups de masses, sa dégradation s’accentue alors même que la cour administrative d’appel de Nantes avait relevé une « erreur manifeste d’appréciation » quant au permis de démolir et préconise un simple entretien de l’église. Le 6 mai 2013, le conseil municipal vote la démolition et l’appel d’offre. Il s’agit en l’occurrence d’un vandalisme municipal délibéré. Une entreprise est trouvée. Le 17 juin à huit heures du matin, des grillages sont installés autour de l’église, la place centrale du village est verrouillée. Jean Woznica, le trésorier de l’association MVPG explique, joint par BreizhJournal : « la ville a estimé qu’il n’y avait pas besoin de permis de démolir, au motif que l’église n’était pas classée. Une instance de classement avait été déposée, soutenue par l’architecte des bâtiments de France, mais le dossier avait été fort mal présenté. Résultat, le classement avait été refusé à une voix de majorité ». La place de l’église est entourée de grillages, et un vigile veille la nuit dans sa voiture. Deux nacelles et un tractopelle ont été amenés, les ouvertures de l’église occultées. L’école, située à vingt mètres de l’église, est encore ouverte pendant deux semaines : il est donc peu probable que le gros de la démolition commence d’ici là. Raison de plus pour s’activer. La destruction est estimée à 200.000 €. La reconstruction d’une église neuve plus moderne à 1 million 5.

L’église est d’un style très composite. Relevée en partie de ses ruines en 1800 après l’incendie de 1794 et les massacres perpétrés dans la commune – au cœur de la Vendée militaire – par les colonnes infernales, elle est reconstruite en deux fois. En 1844, la nef est rebâtie dans un style inspiré du néo-classicisme, sous la direction de l’architecte Ferdinand Lachèse. Les travaux durent dix ans et un clocher est ajouté, sommé d’une flèche en ardoises. De 1862 à 1864, l’architecte Alfred Tessier édifie un transept et un chevet dans le style néo-gothique, l’ensemble reposant sur une crypte. La nef devait aussi être rebâtie, mais l’argent a manqué, et l’édifice est resté en état. L’architecte des bâtiments de France de l’Anjou, défavorable à la destruction comme le conseiller général du canton, avait comparé son volume intérieur et son élévation à l’église de Dol de Bretagne, et est favorable à son classement.

 

Série noire d’églises détruites en Anjou

Dans les environs de Cholet, au cœur de ce terroir martyr que sont les Mauges, plusieurs églises ont déjà été détruites. Au Fief-Sauvin, il y avait deux églises : celle de Villeneuve – paroisse supprimée en 1809 et jointe au Fief Sauvin, et celle du bourg. Après qu’une tornade ait ravagé l’église de Villeneuve, seul son clocher a été conservé et un édifice récent a remplacé le lieu de culte ; au Fief-Sauvin même, l’église a été arasée et remplacée par une nouvelle  en 1997. A Valanjou, commune aux trois églises, le projet de démolir le clocher de l’église de Joue a fait polémique en 2007. A Saint-Georges des Gardes, malgré une polémique nationale, l’église construite en 1870 fut démolie en 2006  pour être remplacée par une chapelle en béton de 100 places : résultat : le bourg situé au point culminant de l’Anjou a disparu du paysage. A Saintes-Gemmes d’Andigné l’église est en train d’être sauvée par une instance de classement : en bon état général, elle était victime d’un acharnement municipal à son encontre. Enfin, pour clore la série noire, l’église segréenne de Saint-Aubin du Pavoil  a été détruite début 2013. Les généraux vendéens et chouans qui défendaient les Mauges et le Haut-Anjou insurgés contre l’hérésie républicaine s’en retourneraient dans leurs tombes.

 

Tous les rouages de la République favorables à la destruction

Jadis, le préfet d’Angers et le sous-préfet de Cholet étaient contre la destruction de l’église de Gesté. Ils ont été prestement remplacés par des mandarins plus souples et plus à gauche. Désormais, outre le maire qui milite pour la destruction, le sous-préfet et le préfet sont eux aussi déterminés à balayer la loi et le droit : le sous-préfet de Cholet a reçu le 4 février 2013 l’association MVPG et leur a tenu un discours comparable à celui du maire. Du député : rien à attendre, il est socialiste et se conforme à son parti qui est déterminé à enterrer l’Eglise, avec ou sans majuscule. Le conseiller général est contre la destruction, mais ne se manifeste pas trop. Le maire et le député étant sûrs de ne pas être réélus, ils estiment qu’après eux, c’est le déluge, et se croient donc permis de faire ce qui leur chante. Notamment de marcher sur les pas des colonnes infernales et de porter, 225 ans après, la vengeance de la République contre la foi et l’histoire des Mauges. L’association a déposé lundi 17 un référé. « Depuis, on attend », explique Joël Sécher. Lors des six mois de lutte acharnée pour Notre-Dame des Landes, la justice s’était mise au service des matraques : des référés administratifs avaient mis deux mois pour être examinés – alors que ce mode de juridiction est prévu pour des atteintes urgentes aux droits et libertés – et ont été rejetés après, sans recours possible. L’on se demande encore si, tant à Gesté qu’à Notre-Dame des Landes, on est encore dans un état de droit.

 

Le curé et l’évêque complices de la profanation

Et les autorités religieuses, que disent-elles ? Rien, justement. Comme tous les curés des églises des Mauges et d’Anjou qui ont été détruites précédemment, celui de Gesté ne jure que par le moderne. « Il est facile de savoir pourquoi », explique Joël Sécher : « le curé était jadis à Avrillé, où il y a une église moderne elliptique qui remplace d’ailleurs une église néo-gothique, depuis 1983. Il veut une église semblable ici ; l’évêque ne s’est jamais mouillé et a toujours suivi son avis ; et curieusement l’église projetée ressemble comme deux gouttes d’eau à celle d’Avrillé ». Résultat, les autorités religieuses se sont rendues coupables d’une profanation. L’église n’a jamais été officiellement désaffectée. « Le saint Sacrement est même resté abandonné longtemps dans le presbytère qui jouxte l’église, sur la photocopieuse », poursuit le président de l’association MVPG. « Puis des gens se sont insurgés et il a été ramené dans la salle municipale qui se trouve non loin ». Les messes sont dites là, ou dans une autre salle située à 2 km du bourg. Dans l’église abandonnée, l’autel a été cassé à la masse, les statues volées ou déménagées, le chemin de croix emmené on ne sait où. Les pigeons ont fait leurs nids là où les paroissiens priaient. « Et les bons catholiques n’ont rien dit », nous précise un Jean Woznica attristé. Ils ont préféré exclure de leur paroisse ceux qui militaient pour la sauvegarde de l’église – en bon état – et ont donc plus aimé s’abandonner à la facilité d’une Eglise certes moderne, mais sans âme, et même lâche, que restaurer le lieu de culte. Le comble de l’abject a été atteint par un certain Hamon, délégué du diocèse au patrimoine, venu expliquer à l’association que « l’affaire [la démolition de l’église] était maintenant trop engagée, c’était donc une question d’honneur et qu’on ne pouvait plus reculer », se souvient encore effaré le président de l’association MVPG Joël Sécher.

 

Pour sauver l’église, une seule solution : résister

Le Printemps Français, c'est la révolte contre l'abus de pouvoir au pouvoir.

Le Printemps Français, c’est la révolte contre l’abus de pouvoir au pouvoir.

Ces dernières années dans l’Anjou, trop d’églises ont été détruites à cause de l’orgueil des maires et de la coupable lâcheté du clergé local. Autant d’affronts à ces villageois ruinés par les colonnes infernales et la République et qui reconstruisaient cependant, suprême résistance, sur le lieu même de leur village passé, et leurs maisons, et leur église. Ces fiers vendéens, angevins et Bretons qui dardaient dans le ciel les fières flèches de leur foi ardente et brûlante. Jamais ils n’ont cru que des générations plus tard, des élus allaient leur marcher sur la gueule, et soutenus par la République héritière de ceux qui ont massacré leurs ancêtres, les faire mourir une seconde fois.

Lorsque le 16 octobre 2012 la République avait envoyé des milliers de gendarmes et de CRS passer sur le ventre du peuple Breton pour construire un aéroport – pourtant complètement illégal en droit français depuis quatre ans – à Notre-Dame des Landes, paysans et occupants s’étaient soulevés et contre toute attente, après six mois de combats et l’intervention de l’Europe, la République a du reculer. Lorsque à Fontainebleau, le 6 mars 2013, le maire UMP a décidé de détruire la halle, monument du XXe siècle, cinquante personnes se sont mises au-devant des pelleteuses et la destruction a été suspendue. Moralité : seule la création d’un rapport de forces peut sauver nos monuments lorsque l’Etat de droit n’est plus et que tous les rouages de l’Etat concourent à l’illégalité et à la destruction de notre Histoire, de nos racines, de notre fierté. Le 20 juin à huit heures, un rassemblement devant l’église est prévu. Face à l’Etat autiste et aux grands projets inutiles de ses élus, Gesté, Notre-Dame des Landes, même combat.

Béatrice Bourges explique le Printemps Français à Orléans

14 Juin

Tout Breton qu’il est, BreizhJournal a ses attaches au cœur de la France, et c’est donc en terre connue à Orléans que votre dévoué serviteur assistait à la conférence de Mme Bourges, égérie du Printemps Français – ce grand mouvement de contestation anti-pouvoir et contre la société libérale et libertaire issue de la loi Taubira qui est né de la Manif pour Tous, et notamment de la conquête des Champs le 24 mars. Voici le compte-rendu des idées-forces de cette conférence. Nous privilégierons la chronologie ; à la fin, des questions étaient posées par les auditeurs. Près de deux cent personnes ont assisté dans une salle Laurentia blindée à la conférence, de 20h30 à 23h30. Adélaïde Pouchol rythmait la rencontre par des questions posées à Béatrice Bourges.

Une salle comble

Une salle comble

La première question qui lui a été logiquement posée, c’est de faire le bilan de « huit mois de lutte pied à pied dans le gaz lacrymogène et la joie ». Béatrice Bourges a dit qu’elle n’était pas étonnée de l’issue – c’est-à-dire du fait que le gouvernement ait tenu bon. Engagée depuis huit ans dans la défense de la famille, elle a vu le coup venir encore l’an dernier lorsque Luc Châtel, ministre de Sarkozy, a essayé d’introduire la théorie du gender en SVT au lycée. Seulement pour elle, le bilan est somme toute positif : « les masques sont tombés, et en même temps, nous nous levons, nous nous organisons, nous sommes fiers et enfin nous osons l’ouvrir. » La France bien élevée, la France qui paie ses impôts, la France qui ne dit jamais – ou quasi – de gros mots, ce peuple silencieux et résigné s’est tout à coup levé, comme ce père de famille qui s’est trouvé en première ligne le 26 mai. Pourquoi ? Parce que « ce qui est en train de se passer [la loi Taubira et son monde] est tellement énorme que notre civilisation est en danger de mort. Je n’hésite pas à dire que nous sommes dans une guerre de civilisation, et donc il n’y a pas de répit ».

Une guerre portée par des jeunes dont l’imagination créative et non-violente n’a pas de limites ; une guerre surtout que Béatrice Bourges a « la certitude inébranlable de gagner. Valls n’en dort plus la nuit, c’est très bien, il faut continuer à l’empêcher de dormir. Nous tenons le bon bout, nous allons gagner ». C’est pourquoi chacun doit continuer à harceler le pouvoir, pendant l’été, puis à la rentrée qui sera chaude – pour le budget et la théorie du gender. D’ici là, chacun a l’intention de participer à l’Histoire en marche. Depuis la conquête des Champs le 24 mars, une flamme de résistance nouvelle s’est allumée ; chacun de ceux qui ont résisté et participé à la guerre pourra dire « j’y étais, j’ai participé au renversement de l’Histoire, j’ai défendu ma civilisation ».

Béatrice Bourges et Adélaïde Pochol (de g à d)

Béatrice Bourges et Adélaïde Pochol (de g à d)

Laquelle ? Une civilisation qui avant tout se recompose avant tout autour de valeurs, entraînant la redéfinition du paysage politique autour de deux blocs : d’un côté les partisans d’une société où l’Homme soit au centre – mais ait des limites imposées par le Créateur ou un Etre Suprême, de quelque nature qu’il soit ; de l’autre les libéraux libertaires, favorables à la dérégulation totale des acquis sociaux et historiques ainsi qu’à l’asservissement de l’humain à sa fiction, bref, au moyen le plus rapide de parvenir à la dictature. D’un côté les défenseurs de la nature, de l’autre ceux de l’homo novus qui se suffirait à lui-même, gouverné par la tyrannie d’une raison légaliste, et par conséquent déconnecté de la réalité. Cette recomposition radicale aura raison selon Béatrice Bourges, des partis où sont présents les deux opinions – comme l’UMP et le FN. Philippe Lecoq, leader du FN orléanais assistait à la conférence, s’est quelque peu étranglé mais n’a pipé mot « afin de ne pas transformer la conf’ en réunion politique ». Cependant, la politique entre deux chaises du FN – ou plutôt, depuis la placardisation ou l’exclusion des partisans de Gollnisch, du Rassemblement Bleu Marine – laisse quelque peu mal à l’aise y compris dans ses propres rangs.

Interrogée sur les moyens de la résistance, Béatrice Bourges a appelé à une « résistance non-violente, contestataire et transgressive ». Fustigeant « l’inversion totale des valeurs » d’un gouvernement qui appelle violente une résistance pacifique et passe sous silence la violence d’une partie de ses forces de l’ordre (lire ici ), elle rappelle que la résistance est légitime : « ce sont eux qui transgressent la loi naturelle et mettent en place une loi illégitime qui ne doit pas être appliquée. On a le droit de s’opposer » Et même le devoir « la résistance n’est pas une option, c’est un devoir pour les générations futures. » Et plus le pouvoir et ses affidés – extrême-gauche, activistes LGBT, Femen – sont violents, « plus sereins et non-violents nous devons être, car c’est ainsi qu’on va gagner ». Le caractère bourgeonnant du Printemps Français, avec ses divers mouvements – Génération Garde à vue (Lille), Enfants des Terreaux (Lyon), Antigones, Prisonniers politiques, Hommen…  est pour Béatrice Bourges une force irrésistible, qui rend le gouvernement éperdu face à « ces champignons qui sortent de partout ». Se fondant sur la doctrine sociale de l’Eglise, elle appelle sur le plus long terme les catholiques à s’engager dans les milieux associatifs, syndicaux : « les LGBT ont gagné parce qu’ils se sont infiltrés partout, nous on doit faire de même, et en attendant le gouvernement doit s’habituer à nous voir partout ».

Le Printemps Français, en schéma, c'est simple.

Le Printemps Français, en schéma, c’est simple.

Ni femme providentielle, ni solution politique miraculeuse, Béatrice Bourges privilégie – comme elle nous l’avait confié sur BreizhJournal  au lendemain du 26 mai – la continuation de la résistance individuelle, par « chacun là où il se trouve ». Pour l’heure, l’urgence est « de tracer le sillon ; c’est le sillon des convictions, c’est le sillon des formations, c’est le sillon de la pédagogie dans une France disloquée par les communautarismes ». Au-delà, Mme Bourges qui avoue avoir « la France dans les tripes » appelle à « changer de système », et déclare qu’en ce qui la concerne, elle « refuse d’alimenter le système de Châtel » et donc de suivre la tentative de récupération politique de la Manif pour Tous par l’UMP – ou d’autres.

Revenant sur certaines réactions de spectateurs outragés que les Hommen aient perturbé la finale de Roland-Garros, attirant sur eux l’attention des médias internationaux, notamment de la BBC et de The Independant, Mme Bourges pointe là encore l’inversion et la déperdition des valeurs : « ce sont les mêmes qui n’ont rien trouvé à redire lorsque les Femen ont profané Notre-Dame », si bien que l’on peut se poser la question de savoir ce qui est vraiment sacré pour eux : Roland-Garros ou la cathédrale de Paris ? Le Printemps Français vise, lui, à retrouver ces valeurs, et surtout, à trancher avec la pratique d’une génération sacrifiée qui a mis au rebut, avec et après 68, ses liens sociaux et les communautés traditionnelles qui la liaient, jusqu’à se retrouver libre, mais sans filet et de fait plus asservie. Caractère apolitique, transversalité et transmission intergénérationnelle sont les trois piliers du Printemps Français : pour les représenter, Béatrice esquisse une croix que nous représentons ci-contre. La conférence s’achève, laissant place à des questions et propositions diverses, en bon ordre.

(BreizhJournal) Comment faire pour porter le Printemps Français en province et en Loire-Atlantique, en profitant des vacances ? Béatrice Bourges reconnaît que l’été offre l’occasion d’un immense brassage, et lance l’idée d’un signe de reconnaissance – à inventer – pour que les tenants du Printemps se reconnaissent entre eux sur leurs lieux de vacance, ou entre vacanciers et autochtones, et montent des actions dans la chaleur de l’été, notamment en direction des lieux de vacance des dirigeants ou des tenants du gender, dont une partie vient se reposer dans les cinq départements Bretons ; dans la salle germe l’idée de flashmobs sur les plages. Ajoutons à cela que le Tour de France vient en Bretagne entre le 8 et le 11 juillet, avec une étape au départ de Saint-Gildas des Bois. Pendant la Révolution, les patriotes avaient adopté la cocarde tricolore et les chouans ou les royalistes la cocarde blanche. Trouvera-t-elle un renouveau en 2013 à l’occasion de ce Printemps Français qui prend, dans une Haute-Bretagne surchauffée, l’aspect d’une nouvelle et salutaire chouannerie ? L’avenir nous le dira.

Libéralisme à rebours. Un intervenant qui mentionne la doctrine sociale de l’Eglise constate qu’il est « amusant de constater que les socialistes veulent s’opposer au libéralisme économique et sont libéraux en matière de société dont ils déstructurent l’organisation ». Enfin, ce serait amusant si ce n’était pas si grave.

Hommen, Dolmen… et donc Amen. Une orléanaise d’une paroisse de la ville propose de créer pour les « jeunes et moins jeunes qui ne pourraient pas manifester » le mouvement des Amen, « A comme adoration » qui consacrerait un temps d’adoration quotidienne au Salut de la France et de ceux qui résistent pour elle. Pour rappel les Hommen sont l’antidote aux Femen, et les Dolmen sont les hommes trop corpulents ou qui n’ont pas d’abdominaux aussi bien moulés que les précédents. Ces derniers ont d’ailleurs été cordialement invités par plusieurs participants à venir s’aligner à Carnac.

Vu de Pologne. Une intervenante franco-polonaise, chaudement applaudie à plusieurs reprises, tient à exposer la situation en Pologne, dominée par un « gouvernement libéral-libertaire » qui, non content de brader les ressources naturelles aux majors occidentales qui exploitent le gaz de schiste, engage le pays dans la marche forcée vers le gender – inclus dans une réforme fourre-tout de l’Education – et le mariage gay. Fait aggravant, explique la dame, « la Pologne a rejoint l’Europe en 2004 et l’on a largement expliqué aux Polonais qu’ils étaient périmés, catholiques, réacs, et que les Occidentaux savaient mieux ce qu’il fallait faire à leur place ». Bref, la Pologne, qui s’achemine vers une éducation sexuelle précoce à l’allemande – avec propagande de la contraception et du gender dès six ans, suit avec grande attention les événements français, d’autant plus que le pays soumis à la rigueur et aux diktats des compagnies étrangères d’extraction de gaz de schiste est prêt à exploser.

Et l’argent ? Béatrice Bourges annonce qu’un fond de dotation a été créé pour soutenir les vingt-cinq avocats groupés dans le Collectif des avocats contre la répression policière  qui se relaient nuit et jour – enfin, surtout la nuit – pour assister et défendre les militants du Printemps Français mis en garde à vue ou jugés. Ils les assistent gratuitement mais sont guettés par l’épuisement et les frais structurels. Pour aider, l’on peut donc faire un chèque à l’association « Les quatre saisons », au 13 boulevard Masséna à Paris.

26 mai : un père tranquille en première ligne

10 Juin

La manifestation pour tous du 26 mai s’est achevée par des heurts sur la place des Invalides  entre manifestants, policiers en civil chargés de provoquer les forces de l’ordre et forces de l’ordre (CRS et gendarmes mobiles). Nous avons retrouvé un manifestant qui était au cœur des affrontements. Il met en cause le rôle des policiers en civil et en explicite l’utilité pour le pouvoir de François Hollande qui ne recule devant aucun moyen pour discréditer les manifestations contre le projet de loi Taubira.

Louis d’Yvoz nous raconte sa soirée du 26 mai, nous livrons son témoignage in extenso. Les notes signalées ainsi [1] sont de nous, tout comme les photos de l’article. Pour plus de précisions : lire aussi notre récit de la manifestation et consulter le photo-reportage de Fikmonskov sur son blog.

 

 

Le 26 mai, des CRS et des policiers en civil au beau milieu des manifestants, vers 21h

Le 26 mai, des CRS et des policiers en civil au beau milieu des manifestants, vers 21h

« Je suis arrivé à 17 heures à la manifestation à Austerlitz, j’ai pris le métro pour retrouver des amis à la Motte Picquet, je les ai rejoints place Vauban, face à l’église des Invalides. Je suis venu pour exprimer mon désaccord avec la loi Taubira et la vision de la société qu’elle emporte (PMA, GPA…) ainsi que pour réclamer son abrogation. Cependant, j’étais dans l’esprit de quelqu’un de déterminé à manifester son désaccord, y compris par la violence s’il y est contraint.

L’étincelle qui alluma le feu fut l’attitude provocatrice des policiers en civil. Il y en avait de trois sortes. Des gens habillés de couleurs sombres avec casques de motard et matraques. D’autres d’apparence très patibulaire – avec oreillettes et brassard police – qui servaient à isoler et exfiltrer les manifestants les plus dangereux. Et enfin des policiers lookés, avec T-shirts et sweats arborant des runes, des marteaux de Thor, et autres insignes ou marques privilégiées par les jeunes d’extrême-droite. Ces derniers ont passé toute leur après-midi à discuter avec le service d’ordre de la manif à l’angle des rues de Constantine et de l’Université [1].

J’ignore comment les choses ont commencé. Cependant, dès après le début des affrontements, ces policiers lookés ont disparu et ont laissé le champ libre à leurs collègues en uniforme ou en civil. Vers 19h, 19h30, des mouvements de foule se font sur l’esplanade. Des pétards, des fumigènes sont lancés. Nous entendons vers 20h15 que des veilleurs ont été empêchés d’accéder à l’esplanade.

Voilà un CRS en civil, tenant son casque à la main, et baissant la tête dès qu'il a vu l'appareil. Il vient d'y avoir une charge au gaz.

Voilà un CRS en civil, tenant son casque à la main, et baissant la tête dès qu’il a vu l’appareil. Il vient d’y avoir une charge au gaz.

Une trentaine de CRS en civil casqués s’avance vers 21 heures et rentre au cœur de la manifestation pour essayer d’exfiltrer et d’arrêter une dizaine de manifestants. Ils les matraquent au sol [2]. Une contre-offensive spontanée se fait dans la foule : l’on ramasse des grilles qui protégeaient la sono du rassemblement et nous nous retrouvons à trois à nous saisir d’une grille et à ‘en servir comme bouclier pour charger les forces de l’ordre. Le but ? Repousser les CRS – qui eux sont armés, casqués et bien protégés – et les faire lâcher leurs proies dont plusieurs mineurs. On a fait reculer les CRS. Lorsque je suis arrivé au contact, l’un d’eux m’a gazé à bout portant, pendant cinq à six secondes. C’est terriblement long, quand on se fait gazer à bout portant.

Je suis asthmatique, je ne pouvais plus respirer, j’étais aveuglé. D’autres manifestants m’ont – tout aussi spontanément – ramené en arrière et aspergé de sérum physiologique. Après quoi j’ai participé à une dizaine de charges, dont la plupart ont fait long feu. Durant l’une d’elle, j’ai pris un projectile de flashball dans la cuisse. Je m’étonne de ne pas avoir été arrêté. J’avais un train à prendre, aussi suis-je parti avant le grand coup de filet [3]. Ma sortie a en fait été très étrange, puisque je suis parti par la rue de Grenelle en saluant les CRS, en leur lançant ‘‘ce n’est pas contre vous’’, et je les ai entendu répondre avec un air résigné et fataliste ‘‘on le sait bien, et nous non plus’’.

Je n’ai pas une apparence physique de costaud. Rien ne me prédestine à aller en première ligne, ni mon physique, ni mon statut social, ni mes responsabilités. Je suis un père tranquille. J’ai trois enfants. Je suis marié, et patron d’une PME. Oui, j’ai une certaine idée de la France. Je suis prêt à perdre tout ce que j’ai pour cette idée, c’est un certain esprit de sacrifice. Je ne suis pas d’extrême-droite, ni militant. La personne qui résume le mieux mon état d’esprit c’est Renaud Camus, ce philosophe de gauche qui défend une certaine idée de la France, celle du savoir-vivre, de l’échange, de l’ouverture sur le monde extérieur. Je suis assez modéré.

Sur la place des Invalides, vers 21h30

Sur l’esplanade des Invalides, vers 21h30

Oui, je pense être dans la majorité silencieuse. Car je suis la France qui se tait, que l’on méprise, dont on bafoue les valeurs, dont on moque les croyances, la France qui paie ses impôts, la France qui tient la porte dans le métro, la France qui ne répond jamais quand on l’insulte. J’ai été ému par les jeunes. Ces jeunes qui ressemblent à ce que seront mes enfants. Emu par leur jeunesse, leur pacifisme, leur sens du sacrifice. Leur détermination m’a fait prendre conscience de ce que je devais faire. Ma réaction a été instinctive. Quand j’ai vu les policiers en civil matraquer ces jeunes même à terre, mon sang n’a fait qu’un tour. Tous ces gens avec lesquels peut-être je n’aurai jamais frayé sont instantanément devenus des frères d’arme, et j’ai été avec eux de toutes les charges.

Ais-je peur de me faire arrêter ? Oui et non. J’ai une famille. J’ai quinze salariés et des clients et je serai très ennuyé s’ils m’identifient. Cependant la noblesse de ce combat vaut largement tous ces risques. Recommencer ? Oui, je n’hésiterai pas. Cette France anonyme que piétine le gouvernement – cette France anonyme, polie et modérée dont je suis – doit maintenant se lever pour montrer au gouvernement qui l’ignore ostensiblement qu’elle existe. Avant tout, je veux dire qu’il y a des gens qui ne sont pas militants, qui n’ont pas d’étiquette politique, qui ont des responsabilités etc. Tout est affaire de responsabilité, de courage et d’amour pour son pays. »

 

 

Notes

 

[1] Précisément là où les troubles ont commencé à partir de 19h30-20h, des jeunes essayant de forcer le barrage policier important établi sur la rue de l’Université, et barrant l’accès à l’Assemblée.

[2] Après la manifestation, les nombreuses photos et vidéos des manifestants – dont une partie a été postée sur les sites d’information et les blogs catholiques (la Table Ronde, le Rouge et le Noir, le salon Beige…) ont montré de nombreux cas de violences policières, ou d’actes délictueux (jets de bouteille, agressions), perpétrés par les policiers – essentiellement des agent en civil ou ces CRS en civil porteurs d’un casque et d’une matraque télescopique. Ainsi sur le Salon Beige, peut-on lire un témoignage d’un manifestant qui a vu des policiers en civil frapper violemment un caméraman ; une vidéo montre des policiers en tenue jetant des bouteilles sur les manifestants ; une autre des policiers en civil qui gazent allégrement des manifestants  avant de rejoindre leurs collègues en tenue ; les photos sur la Table Ronde sont aussi très éloquentes  et montrent notamment un CRS assénant un coup de casque à un manifestant. Enfin un récit publié sur le Rouge et le Noir prouve comment un groupe de policiers en civil a tenté de provoquer un affrontement  entre la manifestation et les forces de l’ordre.

[3] Vers 23h30-minuit, les forces de l’ordre ont encerclé la place et arrêté une grande partie des jeunes qui y étaient encore, pour le simple fait d’y être. Trois cent personnes ont été interpellées, portant à 350 le nombre d’interpellés du 24 au 26 mai. Sur ces personnes, seules sept ont été condamnées, et encore fort légérement. Les autres 343 arrestations ont donc été arbitraires. Elles ont été dénoncées comme telles par une ONG – le centre européen pour le droit et la justice (ECLJ) et – qui a décidé d’interpeller les Nations-Unies  dans le cadre de leur examen périodique universel, qui permet à l’ONU de passer en revue les actions de chaque Etat dans le domaine des Droits de l’Homme. La République de François Hollande, d’Ayrault, de Valls et de Taubira se retrouve donc dans le même panier que des régimes autoritaires et corrompus tels que ceux qui pèsent sur l’Algérie, l’Iran, le Zimbabwe ou le Congo. Beau tableau d’honneur, vraiment.

Un blog nommé Génération Garde à Vue  (et une page Facebook du même nom) permet de se rendre compte du caractère arbitraire et scandaleux de ces arrestations massives, et d’autres poursuites policières injustifiées qui pèsent sur les manifestants – par exemple s’ils osent porter le sweat de la Manif pour Tous dans les rues de Paris.

Manif pour Tous : l’Ouest envoie 160 cars

25 Mai

160 cars et un TGV bourré de manifestants partiront des départements bretons, bas-normands, d’Anjou, du Maine et de Vendée pour la manif de demain, nous annonce-t-on à l’instant. Soit près de 10.000 personnes qui prendront les transports organisés par les collectifs locaux de la Manif pour Tous depuis les départements de l’ouest de la France, les plus énervés par l’attitude des gouvernements passés à leur encontre et les plus tentés par la convergence de toutes les luttes puisque sortir de cette République, c’est s’en sortir.

Rendez-vous commun : porte Dauphine, pour un cortège dont le tracé rappelle pour beaucoup celui de la manifestation de janvier. De nombreux manifestants auront pensé à se munir d’écharpes, de sérum physiologique ou à défaut de citron pour parer aux effets du gaz lacrymogène. Voici un petit guide de remèdes simples à mettre en œuvre  contre l’arme préférée de Manuel Gaz, notre ministre de l’In-terreur. Le point de rendez-vous est l’esplanade des Invalides, où la dispersion est prévue à 20 heures.

Le pouvoir – qui a organisé ce matin une réunion de crise à l’Elysée où l’ambiance était plus à la peur qu’à l’optimisme (eh oui, Hollande et Ayraultbespierre ont… les boules, qui l’eût cru ?), prévoit 4.500 policiers pour encadrer une manifestation qu’il a officiellement chiffré à 200.000 personnes maximum. Une disproportion qui montre déjà que le chiffrage du gouvernement, comme les précédents, est à mettre direct à la poubelle. Demain, le peuple de France parlera. Un des sondages de ces derniers jours donne plus de 60% de la population française opposée à la loi Taubira et à ses conséquences néfastes pour la filiation et la famille.

Printemps français, réveil Breton

25 Mai

Depuis le début de la contestation contre le mariage homosexuel, l’élan est impulsé depuis les territoires de l’ouest de la France, et notamment la Bretagne. Le 24 mars à Paris, ce sont des Bretons et des Normands  qui chargent sous leurs bannières, bravant l’interdit judiciaire, et mettent la manifestation sur les Champs. Depuis, malgré une forte opposition locale des extrêmes de gauche (Rennes), c’est encore en Bretagne, en Anjou, en Vendée et en Normandie que la contestation s’est le plus rendue locale et énergique, convergeant au passage avec d’autres sujets de mécontentement. Pourquoi le Printemps Français a tellement d’écho là-bas et surtout en Bretagne ? Quelques éléments de réponse dans ces territoires bouillonnants, où le vent du changement souffle d’ouest.

 

L’Ouest de la France, plusieurs espaces

24 mars : les Bretons mettent la manif sur les Champs en chargeant derrière leur drapeau

24 mars : les Bretons mettent la manif sur les Champs en chargeant derrière leur drapeau

Avant tout, le Grand Ouest tel qu’il est envisagé par l’administration centrale parisienne et les médias… parisiens ou inspirés de cette vision centralisatrice, n’existe pas. Pas plus que le Grand Est ou le Midi. Il y a donc, sous la couverture, plusieurs espaces. Se détachent nettement la Bretagne – Loire-Atlantique, Ille-et-Vilaine, Morbihan, Finistère et Côtes d’Armor – mais aussi l’Anjou (Maine-et-Loire), les cinq départements de la Normandie, ceux de la « Basse-Normandie » sont plus concernés, le Maine – Sarthe et Mayenne – et la Vendée. La Bretagne elle-même se subdivise sans perdre son unité entre Haute-Bretagne – Ille-et-Vilaine et Loire-Atlantique, plus industrielles et urbaines – et Basse-Bretagne (le reste). Cette distinction, on va le voir, a aussi son importance.

A la diversité des espaces répond celles des peuples – ici, la diversité intérieure de la France a encore de beaux jours devant elle. La culture bretonne, sauvegardée et même réveillée depuis les années 1970, a repris de la vigueur à mesure que la culture française tombait en désuétude, plombée par les mythes propagés par son propre gouvernement et à la mode anti-française héritée de 1968. Surtout, elle est ici synonyme de résistance, et les douleurs liées aux « interdit de parler Breton et de cracher par terre » sont encore vives. La foi unit les territoires – réveil du catholicisme dans la Haute-Bretagne et le Morbihan, force de la tradition catholique et celtique en basse-Bretagne, en Normandie, dans le Maine et en Vendée, fort arrière-pays catholique et toujours déterminé à défendre sa foi menacée. Par ailleurs, si ces divers peuples et territoires ont été par la voie des fortunes de l’Histoire, dressés souvent les uns contre les autres, ils partagent aussi des élans historiques et sociaux communs.

 

 

Territoires éveillés aux injustices et aux luttes

Massacre des Lucs sur Boulogne (Vendée)

Massacre des Lucs sur Boulogne (Vendée)

Si ailleurs, la République peut signifier libération et « liberté – égalité – fraternité », dans l’ouest de la France, plus qu’ailleurs, République rime avec curés assassinés, colonnes infernales et brimades culturelles ou linguistiques… puis nucléaire ou aéroport de Notre-Dame des Landes. Cette filiation républicaine dans l’injustice et l’imposition de projets –  souvent des choix de société – révoltants a fait des territoires de l’Ouest de la France des endroits réveillés au sentiment d’injustice et en lutte plus ou moins perpétuelle contre les abus du pouvoir central ou de ses relais – notables ou élus.

Premier élan historique commun : les chouanneries. Celles-ci s’étendent en vague de feu à travers toute la Bretagne, une grande partie de la Normandie, le bas Poitou (Vendée et Deux-Sèvres), le Maine et l’Anjou. On a beaucoup dit que les Chouans défendaient Dieu et le Roi ; mais le cœur de leur lutte, c’était surtout la défense de leurs territoires, de leurs familles et de leurs droits contre l’arbitraire du pouvoir républicain et jacobin. Lutte inégale, lutte héroïque, de Savenay au Mans et de Galerne à Cholet, les chouanneries ont donné naissance à un élan historique glorieux dont le souvenir s’est traduit dans les reconstructions du XIXe, les lieux-dits – ainsi de ceux nommés Mortrais, Mortrie ou Galerne – et les croix ou calvaires. En Loire-Atlantique, la croix dite des Vendéens au bourg de Savenay ou celle qui se trouve devant le château de Bruc en Guémené-Penfao rend hommage à ces ancêtres souvent anonymes, héros d’une histoire sanglante et glorieuse, dont la noble révolte a embrasé la France et donné aux peuples de l’Ouest de la France un inconscient historique où la lutte est devenue un possible, et une juste alternative lorsque le pouvoir jacobin dépasse les limites de l’acceptable.

Les années ont passé, les peuples et territoires de l’ouest de la France se sont fondus sous la bannière républicaine et française, mais l’inconscient historique, plus fort qu’ailleurs, continue de parler. Des projets qui passeraient ailleurs en France, comptant sur le suivisme et l’esprit moutonnier des populations, bloquent ici. Et au contraire, suscitent le rejet et la lutte. Deux exemples récents s’il n’en est de la profonde aversion des gens de l’ouest – et surtout des Bretons – contre l’injustice et l’avenir qu’on leur impose depuis Paris : la ligne THT et l’aéroport de Notre-Dame des Landes.

Appel à saboter le chantier de la THT Cotentin-Maine

Appel à saboter le chantier de la THT Cotentin-Maine

Le chantier de la ligne à très haute tension Cotentin-Maine fut loin d’être sans tensions pour RTE. Longue de 163 km à partir de Saint-Sébastien-de-Raids (Manche) dans le sud du Cotentin jusqu’à Beaulieu-sur-Oudon (Mayenne), cette ligne électrique supportée par 414 pylônes, aura selon RTE coûté au total 343 millions d’euros. Elle traverse 64 communes dans quatre départements (Basse-Normandie, Maine, Haute-Bretagne).  RTE et l’Etat sont passés sur le ventre des communes, la très grande majorité des recours et des arrêtés municipaux contre la ligne ont été cassés ou rejetés. A Chefresne, l’oppression a été particulièrement violente : la commune avait interdit les travaux en invoquant la Charte de l’Environnement (à valeur constitutionnelle), et avait été suivie par 45 communes sur les 64 traversées par la ligne. Fortes pressions contre les agriculteurs, mairies achetées par des subventions distribuées avec RTE – près de 100 millions d’€, un tiers du budget de la ligne, oppression des forces de l’ordre sont le quotidien  des habitants de la Manche proches de la ligne. A Chefresne même, le maire opposant à la ligne avait été placé en garde à vue, et les policiers qui voulaient déloger les habitants opposés au projet et installés sur le lieu du chantier ont utilisé des grenades assourdissantes. Bilan : 25 blessés. La ligne est passée, mais la Manche est en colère d’observer ses paysages en ruine, et d’être la poubelle nucléaire et électrique de l’Ouest de la France.

Un autre projet n’est pas passé sur le ventre des Bretons, mais après de lourds combats et de nombreuses illégalités commises par les pouvoirs publics sur place ; l’Europe et l’avis des scientifiques ont fini par sauver cette zone humide du cœur de la Loire-Atlantique, en Bretagne. Il s’agit de l’aéroport Notre-Dame des Landes (NDDL), le projet chéri du Premier Ministre Ayrault. L’abus de pouvoir est au pouvoir. Le 16 octobre 2012 les forces de l’ordre lancent l’opération César  pour déloger les habitants de la ZAD – l’aire prévue pour l’aéroport. Contre toute attente, l’opération s’enlise. Face à 1500 policiers surdéterminés et très armés, les zadistes résistent et mettent tant le terrain que le temps (pourri) à leur profit. Les bombes de gaz lacrymo et les grenades assourdissantes pleuvent sur le bocage, les blessés s’accumulent, mais la résistance paie : Notre-Dame des Landes ne tombe pas, et avec l’aide des paysans du cru, les résistants défont la nuit l’ouvrage abattu par les policiers le jour et tissent sans cesse leur réseau de barricades et de cabanes.

NDDL assiégée par les gendarmes mobiles et les CRS le 31 octobre 2012

NDDL assiégée par les gendarmes mobiles et les CRS le 31 octobre 2012

Début novembre, le pouvoir part de NDDL dans l’espoir de faire oublier son monumental raté. Il est bien aidé par les médias mainstream. C’est le black-out médiatique total. Pendant la première semaine des affrontements, seuls quelques uns couvrent les événements. Votre dévoué serviteur dans le Flochington Post puis BreizhJournal, Mediapart, Le Monde trois jours après en même temps que Reporterre, la radio Paris et Banlieues et RennesTV, 7 Seizh (qui se borne à recopier la chronique des événements tenus par les zadistes) et le Télégramme à la fin de la semaine. Mais le tumulte de Notre-Dame des Landes déferle sur le monde quand même, les Bretons s’engagent. Chansons, comités de soutien – près de 200 essaimeront dans toute la France, péages et permanences PS bloquées, Notre-Dame des Landes réveille la Bretagne et la paysannerie  et le jour, on peut voir de nombreuses voitures immatriculées de tous les départements bretons sur la ZAD. La lutte fait écho à une autre, enfouie mais non oubliée – celle des Bretons contre le nucléaire. Plogoff, bien sûr, mais aussi 30 ans de combat contre les projets nucléaires  imposés par l’Etat à l’ouest de Nantes, au Pellerin et au Carnet. A l’époque, 89 comités de soutien avaient essaimé dans toute la France et l’Etat avait essayé d’acheter les communes à coups de millions sans parvenir à canaliser l’indignation des citoyens.

En novembre, il y aura d’autres affrontements. A la fin des fins, le 24 novembre, suite à une opération d’expulsion illégale et de nombreux blessés, les forces de l’ordre se font éjecter de la ZAD par les paysans  et une manifestation spontanée de 8000 personnes assiège la préfecture, de nombreux drapeaux Bretons flottent sur Nantes. C’est là que le gouvernement annonce que les travaux de défrichage seront repoussés de six mois, le vent commence à tourner pour NDDL. Mas le retrait progressif des forces de l’ordre, puis l’enterrement du projet par les scientifiques et l’intervention européenne  ne peuvent faire oublier les nombreuses étrangetés.

medium_presseDans le désordre, pratiques journalistiques pour le moins bizarres   des médias dominants (Ouest-France et l’AFP), notamment autour de  l’agression du vigile, forces de l’ordre qui se conduisent comme des troupes en pays occupé, dégradant les biens et le matériel  des habitants, mais aussi dénis de justice. Au sujet du blocus préfectoral opéré sur deux communes de la ZAD depuis début décembre  par exemple. En décembre, la justice fait encore mieux : se mettant au service des matraques (ah, l’indépendance des magistrats !) elle délivre une ordonnance d’expulsion pour la Châtaigne, un lieu symbolique de la lutte, ce village de cabanes construit à partir de la manifestation de réoccupation du 17 novembre sur un terrain au cœur d’un imbroglio judiciaire. Seul problème : l’ordonnance est juridiquement nulle  et deux fois en plus. Cela mériterait un affichage sur le « mur des cons« , n’est-ce pas? Enfin, lorsque les scientifiques mettent un coup d’arrêt au projet d’aéroport  et que le Comité national de protection de la nature (CNPN) chargé de délivrer les autorisations d’atteinte aux zones humide et de transfert des espèces naturelles protégées, refuse de valider la poursuite des travaux,  là encore, les médias dominants se font très discrets et refusent de faire connaître la nouvelle. Si bien qu’une partie de la population ignore que le projet d’aéroport est complètement dans les choux. Pourquoi cette pudeur journalistique ? Parce que le rapport des experts met en lumière le fait le plus dérangeant : le projet d’aéroport est illégal depuis cinq ans en droit européen et quatre en droit français. Ainsi le gouvernement, de nombreux élus (PS et UMP principalement), Ouest-France, l’AFP, Libération, Le Figaro, les institutions de la police et de la justice, et quelques tribunaux ont tous participé à un délit voire un crime contre l’environnement. A une tentative tout au moins, dument préméditée. Comme si l’Etat soutenait le vol ou le viol.

une Bretagne réunie qui dit non à l'aéroport

une Bretagne réunie qui dit non à l’aéroport

Mais le mal est fait. Secteur du plus grand maillage des comités de soutien, l’ouest de la France s’est réveillé et si ses habitants ne soutiennent pas toujours la lutte, du moins sont-ils au courant qu’un peuple de boue a fait flancher le gouvernement de là-bas, loin, à Paris. Et que les gendarmes mobiles ont du reculer, vaincu par la détermination des Bretons et par leur temps. C’est l’exemple d’un peuple debout qu’ils reprennent, lorsqu’ils font assaut d’inventivité et d’actions coup de poing pour montrer leur opposition ferme à la loi Taubira, qui pour le coup passe sur le ventre à une société entière. L’ouest de la France compte ainsi des plus départements les plus actifs contre le « mariage pour tous », qui désorganise complètement le droit de la famille et de la filiation en France. La Manche, la Loire-Atlantique ou l’Ille-et-Vilaine rivalisent ainsi d’activisme. Plus généralement, la Haute-Bretagne (35, 44) suivie du Morbihan, où s’est réveillé le catholicisme Breton, et l’ouest intérieur, du Maine à la Vendée en passant par la Basse-Normandie où il y a en plus des élus opposés à la loi comme Philippe Gosselin. Avec le seul député de droite de Basse-Bretagne Marc le Fur, il est à la pointe du combat déterminé des gens de l’ouest contre la loi. Pourquoi une telle résurgence de la chouannerie ? Peut-être parce que ce sont avant tout des régions seules qui se retrouvent ensemble pour lutter, éveillées à la contestation sociale et à l’union par des refus contre de grands projets qu’on a trop vite catalogué « à gauche » ou « alter-mondialiste » voire « anarchiste » quand ils étaient surtout les manifestations de volonté du peuple, de la majorité qui en avait assez d’être silencieuse.

 

Des régions seules face à la crise, mais solidaires

la_lutte_continueDepuis six ans, la crise s’acharne sur l’ouest de la France. Cœur économique et culturel de ces territoires, les deux départements de Haute-Bretagne résistent, mais à quel prix ? Plusieurs milliers de postes supprimés à Chartres de Bretagne (PSA), dans la sous-traitance, les chantiers de Saint-Nazaire sauvés de justesse (et pour de bon) après avoir été dans un pétrin inconnu depuis les années 30  par son ampleur. S’ajoutent à cela le krach d’une partie de Doux en Basse-Bretagne (Morbihan, Finistère, Côtes d’Armor), l’entreprise ayant du affronter en plus l’hostilité du pouvoir politique républicain et de ses relais (médias et syndicats) attitrés et subventionnés (1 milliard d’€ par an pour la presse, quatre pour les syndicats). Hors de Bretagne, ce n’est guère mieux. Dans une France qui perd maintenant une usine par jour alors qu’elle en perdait une tous les trois jours en 2005, les territoires de l’Ouest sont soumis à rude épreuve et craquent peu à peu. Ecrasées d’impôts imposés par Paris, piégées sous l’avalanche législative et normative, ou la boulimie d’arrêtés de ministres qui se savent sur un siège éjectable et qui ne savent plus quoi faire pour montrer leur existence, les entreprises n’en peuvent plus, d’autant plus que le pouvoir ne les aide pas. Les subventions, c’est pour les territoires qui votent bien. Une petite ville comme Bessé-sur-Braye, aux confins du Maine, du Dunois et du Vendômois, témoigne du malaise. Quatre entreprises y ont fermé ces derniers mois, une centaine d’emplois ont été rayés de la carte dans ce centre industriel isolé. De plus en plus de bourgades deviennent de nouveaux Vierzon. Face au désastre économique dont le pouvoir central parisien porte une part importante de responsabilité, il reste encore la solidarité.

Ainsi en Bretagne, AMAP, jardins et garages solidaires prospèrent. La plus grosse SCOP (société ouvrière participative) de France produit des tuyaux à Périers, en Manche. En Loire-Atlantique, sur 221 communes, il y a 108 AMAP, et le covoiturage ne s’est jamais aussi bien porté qu’en Bretagne. Notre génération est l’aboutissement d’une précédente qui a sacrifié sur l’autel d’une modernité imposée la plupart des liens sociaux traditionnels – famille, paroisse, communauté villageoise, de quartier ou de peuple – qui structuraient la société et lui donnaient de la résistance contre la crise. En Bretagne où ces liens sont moins distendus et mieux conservés qu’ailleurs, la solidarité devient une nouvelle société, débarrassée du désenchantement post-moderne.

Et de proche en proche, ce modèle social rajeuni où la Bretagne sacrifie à son destin historique – slalomer depuis cinq siècles entre les édits français et depuis 225 ans entre les coups de matraques républicains – se propage vers des départements reconnus comme plus calmes et plus suivistes. Mais à tous ces gens là, la crise avait encore laissé leur famille. La loi Taubira l’abat, et propulse contre leur vouloir un changement de civilisation profond porteur de plus de dangers que de libertés nouvelles. Avec l’adoption et le mariage homosexuels, c’est le modèle de la famille naturelle qui est définitivement mis en péril, avec une mortifère déconnexion entre la loi des hommes et la vérité naturelle. Avec la PMA et la GPA, les femmes pourront vendre leurs enfants à autrui, le commerce d’humains sera autorisé et le ventre des femmes pauvres sera un bien de commerce à disposition des bobos de Paris, des Pierre Bergé et d’autres qui achèteront des bébés comme d’autres des pommes au marché.

L’action des comités locaux – enfin départementaux – d’opposants répond au besoin d’expression solidaire particulièrement fort des habitants de l’ouest de la France. Ensemble, ils découragent les ministres de venir dans les départements – comme Najat Vallaud Belkacem  à Nantes ou Benoît Hamon en Manche (qui annule les 3/4 de son déplacement à la dernière minute dans l’espoir de leur échapper), ensemble ils se font gazer parfois en pleine gare  ou ridiculisent les forces de l’ordre en Sarthe; et partout, leur action collective met en lumière la déconnexion entre la majorité des élus républicains et le peuple. Injustifiable devant les grands projets, ce grand écart entre les notables de la politique, le nouveau pourcent de super-privilégiés, et les 99% du reste du peuple devient intolérable dans un tel changement social, impulsé par une élite super-minoritaire et très lointaine qui loin de faire aspirer à l’élévation par la condition ou par le savoir, pousse à l’abîme. La saine révolte contre la tyrannie du néant fonde cette nouvelle chouannerie que connaissent les territoires maintenant bouillonnants de l’ouest de la France et qui de proche en proche se propage vers des départements reconnus pour leur calme, comme le Loiret ou le Loir-et-Cher.

 

Pourquoi le pouvoir perdra ?

Le comité de soutien creusois contre l'aéroport dit non à Ayrault et ses projets inutiles

Le comité de soutien creusois contre l’aéroport dit non à Ayrault et ses projets inutiles

Face au succès populaire de la Manif pour Tous ou du Printemps Français, le pouvoir menacé met en œuvre les mêmes moyens que contres les opposants à Notre-Dame des Landes. Dictature légale, avec l’interdiction proposée du Printemps Français (il sera difficile de mettre aux arrêts un site internet, une mailing list et quelques communiqués), justice aux ordres qui interdit les Champs Elysées à la manifestation du 24 mars. Police chargée de faire subir les affres de la garde à vue et du gaz lacrymo à des curés, des familles  et des manifestants pacifiques. CRS qui molestent des jeunes désarmés qui veillent en chantant et en priant. Trucage bête et méchant des photos de la manifestation du 24 mars  pour justifier les chiffres ridiculement bas annoncés dès avant la manifestation par le ministère de l’Intérieur. Sans oublier les amalgames et les non-dits d’une presse aux ordres, qui fait à l’égard de la Manif pour Tous et du Printemps Français la même censure légale que celle qui était dirigée contre les zadistes, en passant sous silence les voies de fait des forces de l’ordre et du pouvoir, ou en relayant avec connivence et complaisance les informations distillées par le pouvoir et ses barbouzes. Entre déni et coups de matraque, la république des ripoux applique les mêmes moyens qui ont fait faillite contre les opposants de Notre-Dame des Landes ou du nucléaire. Et ce sont les Bretons, habitués aux luttes sociales et à la tyrannie légale d’une République qui a justement commencé à être illégitime et sanglante sur leur terre, qui déminent et désarment ces derniers soubresauts d’un régime à l’agonie. Le pouvoir perdra tout simplement parce que le peuple en a marre, et que les Bretons en ont plus que marre.

bretagne-anti-sarkoPourquoi ils en ont plus qu’assez ? Déjà parce que ça fait six ans que le pouvoir central ne s’occupe des Bretons que pour les insulter ou les accabler d’impôts. Les « cons » que ne voulait pas voir Sarkozy et les « kystes » juste bons à avaler l’Ayraultport et dire merci, ce sont les mêmes. Insultés parce qu’ils ont un avis diffèrent. La liberté, l’égalité et le droit français ne s’appliquent pas à eux, parce qu’ils pensent différemment, ils sont donc des citoyens de seconde zone pour le pouvoir parisien. La Bretagne s’est livrée à la gauche mais est en train de basculer, sans pouvoir cependant trouver d’alternative. Elle n’a pas la fibre extrémiste – de gauche ou de droite, ses indépendantistes n’ont jamais su lui parler ni se structurer efficacement  et la droite y défraie plus la chronique par son incapacité politique notoire  ou ses petits arrangements entre amis  que par ses propositions politiques.

Les Bretons n’ont pas non plus le recours au FN pour canaliser leur colère – ce n’est pas dans leurs habitudes, et le fait que le FN soit devenu un grand parti laïc dirigé par des gens qui font tout ce qu’ils peuvent pour faire oublier leur extraction bretonne choque leur inconscient historique, religieux et communautaire, qui, comme nous l’avons dit, est bien plus important et moins refoulé qu’ailleurs. Ces peuples de l’ouest très pro-européens, qui ont imposé Maastricht à la France en 1992 et voté massivement pour la Constitution Européenne en 2005 ne se retrouvent pas dans le repli dirigé contre l’Europe et impulsé en sous-main par un pouvoir parisien affolé de perdre son contrôle sur le pays.

Sans compter que la Haute-Bretagne – et même d’ailleurs les villes du reste du territoire Breton supportent comme elles peuvent une explosion de l’immigration – qui augmente deux fois plus vite  qu’en France sur les dix dernières années. Un changement social d’importance qui là encore se fait dans le déni des élus socialistes, quand ils ne l’encouragent pas, vu que les « cités » votent bien. Bref, la Bretagne qui affronte seule la crise n’a plus envie d’être raisonnable, tant le ras-le-bol est criant. Le réveil social et politique de ses habitants – d’origine ou nouveaux – rejoint un réveil de la pensée politique et une nécessaire convergence des luttes.

Mais les amalgames et les silences arrangeants de la « grande presse » subventionnée par l’Etat sont de plus en plus battus en brèche par les médias du Printemps Français, comme la Table Ronde, Nouvel Arbitre  ou le Rouge et le Noir.  Ainsi que des blogs de réinformation comme celui de Fikmonskov. Les deux derniers font d’ailleurs souffler une rafraîchissante brise d’ouest sur l’information française : le blog de Fik est de la Manche tandis que le Rouge et le Noir est impulsé depuis Vannes. S’y ajoute le très actif blog franco-breton des veilleurs de l’aube, Gedourion ar Mintin  lui aussi implanté dans le Morbihan et qui participe à la reconstruction d’une pensée bretonne et catholique nouvelle et autonome.

Pourquoi la Bretagne est tellement en pointe dans la ré-information ? Sans doute aussi parce que cette région hyper-connectée, mieux formée  et plus résistante aux méthodes scolaires catastrophiques telles que la méthode globale, véritable entreprise d’abrutissement massif du peuple, ne s’accommode pas de la médiocrité et de l’information prémâchée pour des citoyens élevés en batterie comme des poulets. En revanche, les Bretons se retrouvent très bien dans une lutte qui fonctionne beaucoup par les réseaux sociaux et les SMS, et qui doit à cette hyper-connexion une part non négligeable de son succès. Comme d’ailleurs la mobilisation contre l’aéroport. A partir du moment où les paysans et les zadistes pouvaient faire venir près de 1000 personnes devant les policiers en deux heures chrono, cette rapidité de mobilisation faisait de l’Ayraultport un Ayraultflop. Si bien que les pouvoirs publics auraient récemment tenté de pirater en masse des comptes Facebook  de militants de tous horizons… mais surtout Bretons et parisiens.

 

La nécessaire convergence des luttes

resistLes Bretons s’ébrouent, et ce réveil séculaire forme une nouvelle et nécessaire convergence des luttes et des mécontentements. Loin des anathèmes des idéologues ou des politiques, qui prétendent réduire la Manif pour Tous et le Printemps Français à quelques extrémistes, ce qui est aussi ridicule que de résumer l’ensemble de l’Empire Romain à Néron ou Caligula. Les anarchistes autonomes ou les extrêmes de gauche ultra-minoritaires à Notre-Dame des Landes bien qu’ils fassent beaucoup de foin ont beau fulminer contre les « fachos », à l’unisson de Valls, des activistes LGBT ou d’Ayraultbespierre, ils ne peuvent empêcher la réalité. Le 24 mars, dans le petit groupe de Bretons et de Normands  qui, courant derrière de grands Gwen ha Du, ont mis la manif sur les Champs, il y avait à mes côtés des agriculteurs du centre du Morbihan qui pensaient très, très fort à Notre-Dame des Landes pendant qu’ils chargeaient.

Pour l’heure, les indépendantistes Bretons politiques sont dans la même attitude que les socialistes français : le déni. C’est à la mesure de leurs plus grands points communs : l’obsolescence. Et finalement, l’insignifiance. Il est pourtant grand temps de réinventer une pensée bretonne enfin en phase avec son peuple et avec son histoire. Cela arrivera sans doute bien plus vite que l’on peut le penser. Pendant ce temps, le Printemps Français dispose de points d’appuis importants dans les deux capitales Bretonnes. Pourquoi ? Tout simplement parce que de tous les Français, les Bretons sont le plus attachés à l’idée France, à la diversité intérieure de la France éternelle, celle d’avant la République – et qui lui survit tant bien que mal – celle qui parle plusieurs langues et brille de mille facettes et de ses dizaines de peuples et de cultures intérieures, mais qui est capable de porter au monde une voix différente et sensée. Ce vieux pays si fatigué des guerres, mais capable des plus belles fulgurances. Les Bretons partagent plus de cinq siècles d’histoire commune avec la France, et que de glorieux élans communs depuis qu’à Orléans, Guyenne et à Formigny, des troupes bretonnes ont aidé les français à bouter hors les anglais !

Le Printemps Français, c’est aussi le réveil d’une France que l’on croyait abrutie et oubliée. Ce sont des peuples en marche derrière leurs drapeaux, symboles de leurs diverses identités au vent, unies derrière un commun faisceau de volontés : un pays, la France. Une multitude d’identités sur lesquelles la République avait tiré un trait, se confondant, se substituant à la France dans la propagande scolaire. Le Printemps Français rappelle avec force que la France, c’est bien plus que la République, et qu’il y a là une chance historique d’en finir avec la négation des peuples français. Depuis l’arrivée au pouvoir des socialistes, les « faits divers »  nantais (pères sur les grues, lutte contre l’aéroport, chômeurs qui s’immolent) traduisent le mal-être puissant d’un peuple las d’être ignoré et qui interpelle le pays tout entier. Dimanche, cette convergence en cours de formation sera à Paris, parce que même si la France a changé en 225 ans, une chose n’a toujours pas changé : les Révolutions se font toujours à Paris. Et c’est là-bas que, conformément à leur Histoire, les Bretons seront encore, derrière leurs bannières, à la pointe de la lutte. Parce que plus que tout le monde, ils ne lâcheront rien. Parce que, surtout, le 24 mars, il s’est passé quelque chose d’étrange et d’exceptionnel. Sur les Champs, au milieu des nuées de gaz lacrymo, une flamme de résistance s’est levée, et celle-ci ne doit pas s’éteindre, elle ne s’éteindra jamais.