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[FLASH] L’église de Gesté est à moitié détruite; le reste pourrait être abattu en juillet

20 Juin
L'église hier au soir

L’église hier au soir

La destruction de l’église angevine de Gesté, dans les Mauges, entamée en toute illégalité et sans permis de détruire par la commune hier, a continué aujourd’hui. Si hier le pignon de la nef néoclassique et son toit avaient été mis à bas, aujourd’hui ce fut le tour du mur sud de cette partie. Les travaux de démolition pure ont duré une petite heure, entre huit et neuf heures du matin. La démolition était protégée par cinq gendarmes, suite à la tentative d’un inconnu cette nuit vers trois heures du matin de mettre la pelleteuse hors d’état de nuire en l’incendiant.

Le mur nord de la nef – soutenant le clocher, qui devrait être conservé – et le chœur néogothique flanqué des trois chapelles privatives des châtelains du Plessis, de la Forêt (château disparu) et de la Brûlaire, sont encore debout. Sous le chœur se trouve une « crypte » semi-enterrée en granit, qui sera conservée aussi et qui formera le chœur de la nouvelle église elliptique que projettent la mairie et le curé de la paroisse.

l'église suite aux travaux de démolition ce matin : le mur sud de la nef est à moitié rasé

l’église suite aux travaux de démolition ce matin : le mur sud de la nef est à moitié rasé

Maintenant, clocher et crypte seront étayés, puis pourront commencer les travaux de démolition du chœur – la partie la plus haute et la plus belle de l’église, même si elle paraît moins en bon état que la nef abattue, qui fut rénovée dans les années 1980. Cette démolition du chœur pourrait intervenir « en juillet » selon Georges Romeau, premier adjoint de la commune (socialiste), ou « pas avant septembre » d’après le chef de chantier. Ce qui laisse encore du temps pour sauver l’église, d’autant plus que l’association Mémoire Vivante du Patrimoine gestois a déposé un référé dont le jugement sera rendu le 8 juillet. De son côté la SPPEF – présente sur place ce matin par son délégué de Loire-Atlantique – s’apprête elle aussi à lancer des actions judiciaires et à s’adresser à diverses autorités, notamment au préfet de Maine-et-Loire.

Dans l’après-midi, les services de la mairie ont procédé à la dépose d’un crucifix monumental qui surmontait le chœur ; celui-ci était resté dans l’église, puisque d’après le premier adjoint toujours – le maire s’étant bien gardé de trop se montrer – « aucune nacelle ne pouvait passer par la porte de l’église, et c’était trop haut pour une échelle ». Il a rejoint le reste du mobilier paroissial – devant et pierre d’autel, plaques du monument aux morts, bancs, statuaire, table de communion, chemin de croix en plâtre peint couleur bois – stocké dans deux locaux municipaux.

Le crucifix déposé de l'église, cet après-midi

Le crucifix déposé de l’église, cet après-midi

Une manifestation de protestation était prévue le matin à 8 h devant l’église. Mais entre semaine du bac et organisation de dernière minute, seuls trois jeunes d’Angers ont rallié Gesté ce matin, ainsi que des habitants de proches bourgades. La seule utilité de l’annonce de la mobilisation est d’avoir attiré d’autres médias que ceux du cru ; Europe 1 est ainsi venue sur place, et même l’agence de presse russe Voix de la Russie s’intéresse à Gesté. Les prochaines semaines devraient cependant permettre de meilleures conditions pour venir au chevet de l’église, mutilée par l’alliance de la bêtise, de la gloriole des parvenus de la démocratie, et du doux cocon de la lâcheté quotidienne.

Plus d’information dans BreizhJournal ce week-end

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Mobilisation générale pour l’église de Gesté menacée de destruction imminente

18 Juin

#OpMagouilles. Jean-Pierre Léger, maire de Gesté, une petite commune angevine située à 6 km de la Bretagne, s’apprête à marcher sur les traces des colonnes infernales. En effet, son conseil municipal vient de voter la destruction de l’église Saint-Pierre aux Liens, au cœur du village, déjà incendiée par les colonnes infernales le 5 février 1794 ; trois cent chouans y ont été massacrés. Les travaux de démolition commencent et doivent durer du 17 juin au 30 septembre. En toute illégalité.

 

Une église sacrifiée au bon vouloir des maires

Geste_EgliseL’église se trouvait depuis plusieurs années au cœur d’une bataille judiciaire. Joël Sécher, président de l’association Mémoire vivante du patrimoine gestois (MVPG)  explique : « quand le précédent maire, Michel Baron, plutôt à droite, avait été élu, il a tout de suite annoncé qu’il allait être le bâtisseur de la nouvelle église. C’est-à-dire qu’il allait laisser cette église tomber en ruines, puis en construire une autre plus petite et plus moderne ». Il s’est attelé tout de suite à la tâche : « il a résilié le contrat d’entretien avec les couvreurs, si bien qu’il n’y a plus eu aucun entretien annuel de l’édifice ; quand j’y suis monté avec le trésorier de l’association en 2007 – l’église était encore ouverte alors – on a remis des ardoises en place ». L’association a attaqué le permis de démolir déposé en 2011 par le nouveau maire Jean-Pierre Léger (toujours plutôt de droite), qu’elle a réussi à faire annuler en février 2012 par la cour administrative d’appel de Nantes. La ville fait un recours devant le Conseil d’Etat, qui la déboute. La décision était claire et définitive : l’église est sauvée.

Mais non. En décembre 2012, elle est ouverte pendant un mois : le chemin de croix et les statues disparaissent, l’autel est cassé à coups de masses, sa dégradation s’accentue alors même que la cour administrative d’appel de Nantes avait relevé une « erreur manifeste d’appréciation » quant au permis de démolir et préconise un simple entretien de l’église. Le 6 mai 2013, le conseil municipal vote la démolition et l’appel d’offre. Il s’agit en l’occurrence d’un vandalisme municipal délibéré. Une entreprise est trouvée. Le 17 juin à huit heures du matin, des grillages sont installés autour de l’église, la place centrale du village est verrouillée. Jean Woznica, le trésorier de l’association MVPG explique, joint par BreizhJournal : « la ville a estimé qu’il n’y avait pas besoin de permis de démolir, au motif que l’église n’était pas classée. Une instance de classement avait été déposée, soutenue par l’architecte des bâtiments de France, mais le dossier avait été fort mal présenté. Résultat, le classement avait été refusé à une voix de majorité ». La place de l’église est entourée de grillages, et un vigile veille la nuit dans sa voiture. Deux nacelles et un tractopelle ont été amenés, les ouvertures de l’église occultées. L’école, située à vingt mètres de l’église, est encore ouverte pendant deux semaines : il est donc peu probable que le gros de la démolition commence d’ici là. Raison de plus pour s’activer. La destruction est estimée à 200.000 €. La reconstruction d’une église neuve plus moderne à 1 million 5.

L’église est d’un style très composite. Relevée en partie de ses ruines en 1800 après l’incendie de 1794 et les massacres perpétrés dans la commune – au cœur de la Vendée militaire – par les colonnes infernales, elle est reconstruite en deux fois. En 1844, la nef est rebâtie dans un style inspiré du néo-classicisme, sous la direction de l’architecte Ferdinand Lachèse. Les travaux durent dix ans et un clocher est ajouté, sommé d’une flèche en ardoises. De 1862 à 1864, l’architecte Alfred Tessier édifie un transept et un chevet dans le style néo-gothique, l’ensemble reposant sur une crypte. La nef devait aussi être rebâtie, mais l’argent a manqué, et l’édifice est resté en état. L’architecte des bâtiments de France de l’Anjou, défavorable à la destruction comme le conseiller général du canton, avait comparé son volume intérieur et son élévation à l’église de Dol de Bretagne, et est favorable à son classement.

 

Série noire d’églises détruites en Anjou

Dans les environs de Cholet, au cœur de ce terroir martyr que sont les Mauges, plusieurs églises ont déjà été détruites. Au Fief-Sauvin, il y avait deux églises : celle de Villeneuve – paroisse supprimée en 1809 et jointe au Fief Sauvin, et celle du bourg. Après qu’une tornade ait ravagé l’église de Villeneuve, seul son clocher a été conservé et un édifice récent a remplacé le lieu de culte ; au Fief-Sauvin même, l’église a été arasée et remplacée par une nouvelle  en 1997. A Valanjou, commune aux trois églises, le projet de démolir le clocher de l’église de Joue a fait polémique en 2007. A Saint-Georges des Gardes, malgré une polémique nationale, l’église construite en 1870 fut démolie en 2006  pour être remplacée par une chapelle en béton de 100 places : résultat : le bourg situé au point culminant de l’Anjou a disparu du paysage. A Saintes-Gemmes d’Andigné l’église est en train d’être sauvée par une instance de classement : en bon état général, elle était victime d’un acharnement municipal à son encontre. Enfin, pour clore la série noire, l’église segréenne de Saint-Aubin du Pavoil  a été détruite début 2013. Les généraux vendéens et chouans qui défendaient les Mauges et le Haut-Anjou insurgés contre l’hérésie républicaine s’en retourneraient dans leurs tombes.

 

Tous les rouages de la République favorables à la destruction

Jadis, le préfet d’Angers et le sous-préfet de Cholet étaient contre la destruction de l’église de Gesté. Ils ont été prestement remplacés par des mandarins plus souples et plus à gauche. Désormais, outre le maire qui milite pour la destruction, le sous-préfet et le préfet sont eux aussi déterminés à balayer la loi et le droit : le sous-préfet de Cholet a reçu le 4 février 2013 l’association MVPG et leur a tenu un discours comparable à celui du maire. Du député : rien à attendre, il est socialiste et se conforme à son parti qui est déterminé à enterrer l’Eglise, avec ou sans majuscule. Le conseiller général est contre la destruction, mais ne se manifeste pas trop. Le maire et le député étant sûrs de ne pas être réélus, ils estiment qu’après eux, c’est le déluge, et se croient donc permis de faire ce qui leur chante. Notamment de marcher sur les pas des colonnes infernales et de porter, 225 ans après, la vengeance de la République contre la foi et l’histoire des Mauges. L’association a déposé lundi 17 un référé. « Depuis, on attend », explique Joël Sécher. Lors des six mois de lutte acharnée pour Notre-Dame des Landes, la justice s’était mise au service des matraques : des référés administratifs avaient mis deux mois pour être examinés – alors que ce mode de juridiction est prévu pour des atteintes urgentes aux droits et libertés – et ont été rejetés après, sans recours possible. L’on se demande encore si, tant à Gesté qu’à Notre-Dame des Landes, on est encore dans un état de droit.

 

Le curé et l’évêque complices de la profanation

Et les autorités religieuses, que disent-elles ? Rien, justement. Comme tous les curés des églises des Mauges et d’Anjou qui ont été détruites précédemment, celui de Gesté ne jure que par le moderne. « Il est facile de savoir pourquoi », explique Joël Sécher : « le curé était jadis à Avrillé, où il y a une église moderne elliptique qui remplace d’ailleurs une église néo-gothique, depuis 1983. Il veut une église semblable ici ; l’évêque ne s’est jamais mouillé et a toujours suivi son avis ; et curieusement l’église projetée ressemble comme deux gouttes d’eau à celle d’Avrillé ». Résultat, les autorités religieuses se sont rendues coupables d’une profanation. L’église n’a jamais été officiellement désaffectée. « Le saint Sacrement est même resté abandonné longtemps dans le presbytère qui jouxte l’église, sur la photocopieuse », poursuit le président de l’association MVPG. « Puis des gens se sont insurgés et il a été ramené dans la salle municipale qui se trouve non loin ». Les messes sont dites là, ou dans une autre salle située à 2 km du bourg. Dans l’église abandonnée, l’autel a été cassé à la masse, les statues volées ou déménagées, le chemin de croix emmené on ne sait où. Les pigeons ont fait leurs nids là où les paroissiens priaient. « Et les bons catholiques n’ont rien dit », nous précise un Jean Woznica attristé. Ils ont préféré exclure de leur paroisse ceux qui militaient pour la sauvegarde de l’église – en bon état – et ont donc plus aimé s’abandonner à la facilité d’une Eglise certes moderne, mais sans âme, et même lâche, que restaurer le lieu de culte. Le comble de l’abject a été atteint par un certain Hamon, délégué du diocèse au patrimoine, venu expliquer à l’association que « l’affaire [la démolition de l’église] était maintenant trop engagée, c’était donc une question d’honneur et qu’on ne pouvait plus reculer », se souvient encore effaré le président de l’association MVPG Joël Sécher.

 

Pour sauver l’église, une seule solution : résister

Le Printemps Français, c'est la révolte contre l'abus de pouvoir au pouvoir.

Le Printemps Français, c’est la révolte contre l’abus de pouvoir au pouvoir.

Ces dernières années dans l’Anjou, trop d’églises ont été détruites à cause de l’orgueil des maires et de la coupable lâcheté du clergé local. Autant d’affronts à ces villageois ruinés par les colonnes infernales et la République et qui reconstruisaient cependant, suprême résistance, sur le lieu même de leur village passé, et leurs maisons, et leur église. Ces fiers vendéens, angevins et Bretons qui dardaient dans le ciel les fières flèches de leur foi ardente et brûlante. Jamais ils n’ont cru que des générations plus tard, des élus allaient leur marcher sur la gueule, et soutenus par la République héritière de ceux qui ont massacré leurs ancêtres, les faire mourir une seconde fois.

Lorsque le 16 octobre 2012 la République avait envoyé des milliers de gendarmes et de CRS passer sur le ventre du peuple Breton pour construire un aéroport – pourtant complètement illégal en droit français depuis quatre ans – à Notre-Dame des Landes, paysans et occupants s’étaient soulevés et contre toute attente, après six mois de combats et l’intervention de l’Europe, la République a du reculer. Lorsque à Fontainebleau, le 6 mars 2013, le maire UMP a décidé de détruire la halle, monument du XXe siècle, cinquante personnes se sont mises au-devant des pelleteuses et la destruction a été suspendue. Moralité : seule la création d’un rapport de forces peut sauver nos monuments lorsque l’Etat de droit n’est plus et que tous les rouages de l’Etat concourent à l’illégalité et à la destruction de notre Histoire, de nos racines, de notre fierté. Le 20 juin à huit heures, un rassemblement devant l’église est prévu. Face à l’Etat autiste et aux grands projets inutiles de ses élus, Gesté, Notre-Dame des Landes, même combat.

Casino au fond de la ria à Pornic : Boënnec partouché-coulé ?

20 Mai

#OpMagouilles S’il y a un sujet qui fait du reuz – du bruit – à Pornic, charmante station balnéaire de l’extrême-sud de la Bretagne blottie sous son petit château qui constituait jadis une pièce maîtresse de la défense bretonne, c’est bien l’aménagement de la ria, cette extrémité du canal de la Haute-Perche dont personne n’a vraiment jamais su que faire. Avant que n’apparaisse l’actuel projet municipal, qui ne préconise rien de moins que l’urbanisation complète de cette vallée inondable, le reculement de la gare et le déplacement du casino vers le fond de la ria.

Un projet crucial pour les municipales

Déménagement du casino (Partouche) qui fait l’objet de nombreuses critiques – les détracteurs soulignent que le casino cessera d’apporter des clients au centre-ville, ou encore que la mairie y perdra le loyer que le casino lui verse actuellement – et qui par contrecoup est devenu un enjeu électoral majeur pour le maire (UMP) Philippe Boënnec dont la stature a décliné et l’exécutif est peu à peu miné par l’usure du pouvoir. Le maire était jadis député du Pays de Retz et s’était illustré aux législatives en se faisant soutenir par le FN  pour espérer faire barrage aux socialistes. En Bretagne, ça ne se fait pas et c’est peu dire que les électeurs n’ont pas apprécié, bref, le maire de Pornic s’est fait éjecter fissa de sa circonscription au profit des socialistes, et ce sous les projecteurs des médias nationaux en plus, puisqu’il était l’un des rares députés UMP – le seul dans la moitié ouest de la France – à avoir rompu le « front républicain » pour se faire soutenir ouvertement par le FN.

Un PPP aux perspectives floues

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Vue de la ria depuis le port

L’urbanisation de la ria était à l’origine une idée émise par Gilbert Pollono, maire dans les années 1980, et qu’il n’avait pu mettre en œuvre faute de consensus dans la population sur la question. Malgré les critiques et un recours d’une association locale de protection du patrimoine contre la révision du plan local d’urbanisme mettant en œuvre le projet d’urbanisation de la ria, la mairie et la société d’équipement de Loire-Atlantique (SELA) font avancer le projet, découpé en six îlots. L’un d’eux sera occupé par un jardin botanique aux débouchés du canal – en cours de construction ; des permis ont déjà été accordés sur un autre îlot; nous y reviendrons bientôt. Un dernier (le n°5) est réservé au casino, qui devrait être un « Pasino » : un partenariat public-privé (PPP) entre les collectivités publiques et Partouche pour bâtir un casino « augmenté » d’un pôle de loisirs comme celui de Saint-Amand les Eaux. Au menu : résidence touristique et hôtel pour Pornic, ainsi que plusieurs commerces. Tout cela nécessite de gros investissements et finit par doubler voire tripler la masse salariale des établissements, des données non négligeables en temps de crise. Autour de la ria, la spéculation continue de plus belle, avec en première ligne le quartier du Chabut et la rue du Canal; nous en parlerons bientôt aussi.

Le casino nouveau pourrait être au fond de la ria, à gauche

Le casino nouveau pourrait être au fond de la ria, à gauche

Les soutiens du projet s’appuient sur les jeux en ligne, le parking payant à Pornic, l’interdiction de fumer dans les lieux publics et la baisse du pouvoir d’achat pour justifier la nécessité de faire le Pasino. L’opposition (PS-EELV-Front de Gauche) estime qu’un projet fondé sur des facteurs « invariables », déconnectés de l’emplacement du casino, n’est pas viable et l’allume à vue, contestant le prix des études (200.000 € votés cette année par la ville) et l’absence d’études de marché et de prospective. Une accusation qui comporte une bonne part de vérité : la ville s’engagerait quasiment à l’aveuglette avec un groupe – Partouche – en très forte difficulté financière. La holding du groupe a été placée en procédure de sauvegarde début 2013  et le groupe commence à tailler dans ses activités, abandonnant par exemple le poker en ligne. Pour calmer les inquiétudes, la mairie avance que le Pasino versera 1.337.000 € annuels dans les caisses de la ville, un montant semblable à l’actuel. Cependant la baisse constante et régulière du produit brut des jeux (base de la redevance) dans tous les casinos de France et les difficultés suscitées contribuent à tempérer cet engagement.

Black-out à la mairie, gêne au casino et pas de tuyaux sur le chantier

Sur le chantier, les ouvriers qui posent les réseaux et aménagent le jardin botanique, indifférents aux tensions politiques et aux manœuvres de couloir, se tordent de rire. Sur le terrain – on est en plein dedans, avec force ornières et tas de gravats – la situation est claire : « le casino ne se fera pas », nous explique-t-on unanimement et résolument. La faute à la crise, mais aussi à des autorisations qui n’auraient pas été obtenues. Un tuyau sur le terrain : leur absence, justement. Des ouvriers ont posé les réseaux sur l’ensemble de la ZAC – on les installe toujours au début, pour éviter de creuser des dizaines de fois, surtout dans un milieu naturel sensible. Or, de tuyaux sur l’îlot 5, celui du casino, il n’y en aurait aucun. Signe qu’au contraire des buses et autres câbles, le projet serait enterré.

Du côté de la mairie, c’est le black-out total et là aussi unanime, puisque ni l’édile ni son équipe ne souhaitent ni confirmer, ni infirmer l’information. Le groupe Partouche n’est pas plus transparent et renvoie à la mairie ; cependant entre les lignes un soulagement est perceptible : au vu de la situation financière, ce n’est vraiment pas le moment d’investir des millions d’€ dans un PPP aux retombées loin d’être assurées, même pour l’investisseur privé. D’habitude, pourtant, ce sont les investisseurs publics qui boivent le bouillon dans les PPP, dont l’hôpital d’Evry est le coûteux symbole tant le mécanisme des PPP peut être résumé par cette formule adaptée à l’origine aux privatisations en Russie ou aux plans de sauvetage des banques « nationalisons les pertes, privatisons les profits ». Des prisons au métro londonien, le PPP est devenu un synonyme de dérapage financier et d’escroquerie, tant et si bien que Bercy et le cabinet d’Ayrault essaient maintenant de limiter drastiquement les recours aux PPP pour les projets menés par l’Etat. Ainsi, tous les PPP ou presque – notamment plusieurs chantiers de prisons – ont sauté à l’arrivée d’Ayrault au pouvoir. Message transmis aux collectivités locales… et qui peine visiblement à être reçu à Pornic, citadelle UMP. Pasinormal, t’es un maire UMP, tu ne fais pas recours aux PPP, non mais allô quoi !

russian-rouletteDu côté du casino pornicais, en revanche, l’on se montre plus prolixe. « Il n’y a a aucun engagement », explique la directrice, qui affirme « qu’aucun fond spécifique au déménagement n’est dans le budget actuel du casino. C’est un projet, point ». Une information confirmée par un ténor de la société civile pornicaise – qui préfère rester discret – et qui nous explique les dessous du projet : « il n’y a quasiment aucun cadre juridique, sinon une lettre d’intention de chacune des parties, qui ne les lie pas si pour une raison ou une autre le projet ne vient pas à se faire. » Alors pourquoi tout ce tintouin pour une lettre d’intention ? « Parce qu’il en va du futur politique de M. le maire… il s’est tellement engagé pour le projet que s’il était retardé ou enterré, il serait évidemment mis en péril aux municipales ». La gauche s’y voit déjà, à l’Hôtel de Ville, tandis que la rumeur se fait insistante sur la possibilité d’une liste centriste de droite soutenue par l’UDI. En misant sur le déménagement du casino, Philippe Boënnec aurait-il joué à la roulette russe ? Réponse en 2014.

Encore un guide touristique subventionné par les Pays de Loire

30 Avr

#OpMagouilles. Pour justifier son identité bidon, la région des Pays de Loire ne sait plus quel argent dépenser. Après les ambassades en Chine et Inde, la fumisterie ferroviaire dit « train Rayon Vert » à peu près du même acabit que le TER du conseil régional de Poitou-Charentes qui portait des panneaux solaires et roulait en fait au diesel, et le guide Michelin la région subventionne un guide Lonely Planet qui sans cela ne serait pas sorti, puisque clairement inutile, et donc déficitaire. L’intérêt public de ladite subvention ne paraît tout de même pas très justifié.

pédélie parenthèseMontant de l’étrenne généreusement octroyée : 32.000 €. Merci papy Auxiette. La crise est passée par là, c’est 8.000 € de moins que l’édition du guide Michelin Pays de Loire l’an dernier. A l’époque la pseudo-région en avait eu pour son argent, et en quatre langues, français, anglais, allemand et espagnol. Il faut dire que l’invention des textes est inexistante : l’on remet simplement ceux qui étaient publiés dans d’autres éditions auparavant. Le coût supporté par l’éditeur n’est guère que celui de la maquette et de l’impression. Le plus loin possible (de France) pour qu’elle revienne le moins cher possible.

Le guide Lonely Planet coûte 17.5€ et a été édité à 7.000 exemplaires, en français seulement. La vice-présidente de région Sophie Saramito (PS) avoue sans vergogne à nos confrères de 20 Minutes la finalité de l’opération : de la com’ aux frais des com-tribuables Bretons. Et dit au passage « ils en ont vendu 11.000 exemplaires, un retirage est prévu ». Sachant que le tirage est de 7.000 exemplaires, de deux choses l’une : où elle dit une bêtise, où la diffusion du guide – sans cela proche de zéro puisque les Pays de Loire n’intéressent personne – a été généreusement aidée par des commandes de la région pour le compte des lycées, des médiathèques, des maisons de la région et autres établissements publics… ce qui revient à payer le guide deux fois avec l’argent des autres. Nous penchons pour les deux solutions.

Ancenis : une adjointe au maire a bénéficié de 10.000 € de subventions pour le ravalement de sa maison

27 Avr

#OpMagouilles Pour qui connaît le centre-ville d’Ancenis, l’état des façades n’a pas l’air d’y être une priorité municipale. Il y a pourtant une ligne budgétaire consacrée aux aides municipales au ravalement des façades – 40.000 € par an, réduite à 20.000 € en 2013, dans le cadre d’une politique budgétaire plus économe, d’après la version officielle. En 2012, 57.000 € ont été dépensés dans le cadre de ces aides au ravalement – 26.202 € alloués par le Conseil Municipal du 25 juin 2012 à l’établissement scolaire privé Saint-Joseph et 31.000 € aux propriétaires. Parmi eux, 10.000 € ont été donnés par la municipalité à Philippe Poirier, le mari d’une certaine Poirier Nathalie, adjointe municipale à la jeunesse, aux sports et à la vie associative. Le couple ravalait leur maison – construite en 1888 et ayant un certain caractère. L’intéressée, jointe par BreizhJournal, ne trouve rien à redire à cette subvention « ce n’est pas parce qu’on est élu qu’on n’a pas droit aux subventions. Je gagne moins en tant qu’élue que ce que j’avais comme prof ». Avouons tout de même que c’est représentatif d’un certain état d’esprit.

NpoirierNathalie Poirier, membre du Parti Chrétien Démocrate (PCD) de Christine Boutin et notoirement opposée au mariage homosexuel avait envisagé de se présenter aux municipales en 2008 avant de rallier la liste de Jean-Michel Tobie. Elle s’était retirée de la campagne des cantonales de Saint-Mars la Jaille après que l’ex-député d’Ancenis pendant un an à peine (2006-2007) Robert Diat lui ait été préféré pour l’investiture UMP mais s’était présentée aux législatives 2012  avec l’investiture PCD en obtenant un fort honorable 5.55 % sur la circonscription et 15.5% sur la seule commune d’Ancenis. Envisageant à nouveau une candidature solo aux municipales d’Ancenis, elle a rallié la liste du maire sortant, accomplissant ainsi, ironie du sort, un gai mariage de la droite et du centre. « Jean-Michel [Tobie] lui a assuré qu’il se retirerait en cours de mandat pour lui laisser la place », commente une source très proche de la municipalité, qui estime qu’il s’agit là « d’un marché de dupes ».

Les subventions au ravalement sont attribuées après le passage d’un architecte – qui évalue les bâtiments selon une échelle qualitative fondée sur leur valeur historique et architecturale – et revient en fin de travaux apprécier leur conformité. A Ancenis, c’est le même architecte qui apprécie tous les bâtiments dont les propriétaires demandent une subvention municipale. Selon le « classement » qu’en fait l’architecte, la municipalité décide d’attribuer 2500, 5000 € ou alors 20% des travaux dans la limite haute de 10.000€. « Pour nous, 10.000 € ce n’était même pas 20% du coût des travaux, mais la maison le valait bien, on a eu 10.000 €, voilà. » D’autant plus, ajoute l’élue « que les 40.000 € de la ligne budgétaire n’étaient jamais dépensés, c’étaient plutôt 25 à 30.000 qui étaient effectivement attribués ». D’où une réduction à 20.000 € dans le cadre d’une politique économe et soucieuse du patrimoine, comme… le château a pu en faire les frais.

Les aides au ravalement ne passent pas en conseil municipal, leur attribution a été dévolue au maire seul (Jean-Michel Tobie) parmi ses compétences exclusives accordées par le conseil municipal en début de mandat. Cependant, normalement ces décisions prises par le maire seul sont listées en début de conseil municipal et paraissent dans les comptes-rendus de ceux-ci ; sauf pour le compte-rendu du conseil du 6 février 2012, et plusieurs autres en 2011 où elles ne sont pas détaillées. Le Conseil Municipal les approuve en bloc ou en prend acte. Curieusement, la décision d’allouer cette subvention à la maison de Nathalie Poirier n’a pas été dite en conseil et ne paraît pas non plus sur les comptes-rendus. En revanche les 10.000 € figurent aux dépenses dans la version détaillée du budget 2012. Stupeur de l’élue « ça aurait du passer parmi les décisions du maire ». Et non. Peut-être pour que les Anceniens ne posent pas de questions  inconvenantes. Raté.