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Notre-Dame des Landes pendant la deuxième guerre mondiale

1 Oct
Vestiges de l'avion allemand

Vestiges de l’avion allemand

La dernière fois, nous avions parlé du village de la Gérauderie, qui abrite un intéressant et originel ensemble historique composé d’une fermette de 1833 (datée), d’une ferme de 1776 (datée aussi) et d’une croix celtique de 1925. Dans le hameau se trouvent d’autres témoins d’une période historique plus agitée pour Notre-Dame des Landes et la Bretagne.

Sur une pile de bûches l’on peut voir quelques pièces de zinc tordues et mangées par la corrosion. Ce sont les derniers vestiges d’un avion allemand qui s’est écrasé dans un champ, au nord du hameau, non loin des maisons de Ker-Marie sur la route de Grandchamp à Notre-Dame des Landes. Dans la même cour, un autre vestige de l’aéronautique se fond dans le paysage : ce sont des grilles de clôture à mailles carrées. Elles avaient une toute autre destination.

Lorsque Notre-Dame des Landes a été libérée, elle est devenue la base arrière des troupes américaines qui tenaient le front de la Poche de Saint-Nazaire aux côtés de dizaines de milliers de FFI. Le front serpentait entre Fay de Bretagne et Bouvron, puis entre Fay et Malville. Une pièce d’artillerie avait été installée derrière la halle marchandises de la gare, là où se trouve l’actuelle déchetterie. Il y avait des troupes américaines dans un hangar – maintenant disparu – situé alors auprès de la poste, dans le bourg, mais aussi à Breilvin, un peu plus au nord. Les américains y avaient installé un camp de toile dans un verger, ainsi qu’un hôpital militaire.

Cette grille formait le revêtement de piste de l'aérodrome provisoire américain de la Rolandière (1944/45)

Cette grille formait le revêtement de piste de l’aérodrome provisoire américain de la Rolandière (1944/45)

Enfin, à la Rolandière sur l’actuelle RD81, presque sous les sapins qui abritent la Châtaigne, les américains avaient fait un petit aérodrome sur cinq hectares pour accueillir un avion servant aux reconnaissances préalables aux bombardements, sur la ligne de front de la Poche et le no man’s land. Les empochés qui savaient ces bombardements parfaitement inutiles sur le plan militaire et très destructeurs (*) appelaient cet avion (souvent un Piper) le « mouchard ». Un autre aérodrome du même genre avait été aménagé sur une prairie en pente devant la ferme du château de la Groulais à Blain. Comme le sol était – et est resté – très boueux, les américains ont déroulé des grilles en solide maille de fer carrée afin de faire une piste temporaire un tant soit peu plane. Après la guerre, ces grilles ont été récupérées et l’une d’elle sert de clôture à la Gérauderie. Le souvenir de l’aérodrome quant à lui s’est éteint, jusqu’à ce que le Conseil Général de Loire-Atlantique, fervent soutien du projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes, ne s’en serve pour tenter de justifier la « vocation » de Notre-Dame des Landes d’accueillir un aéroport soi-disant « inscrit dans l’Histoire », provoquant un certain émoi local.

Gare de Notre-Dame des Landes. La pièce d'artillerie US était à droite des voies.

Gare de Notre-Dame des Landes. La pièce d’artillerie US était à droite des voies.

(*) A titre d’aperçu rapide. D’août 1944 à mai 1945, 80.000 obus sont tombés sur la commune de Guenrouët, dont 35.000 sur le bourg. Le bourg de Bouvron a été pilonné, en novembre 1944 déjà plus rien n’y était habitable du Calvaire jusqu’à l’église. Les églises de Guenrouët, Notre-Dame de Grâce et Bouvron  (côté poche) ont été démolies par les bombes le clocher de Saint-Gildas décapité par une salve d’obus, celles de Rieux et de Saint-Omer de Blain dynamitées par les Allemands. Des hameaux complets ont été quasiment rasés (Fession en Saint-Omer de Blain) ou systématiquement pilonnés (la Cavelais, en Bouvron). Les vitraux de l’église de Guenrouët, relevée à l’identique après la gare, témoignent des quatre lieux de culte provisoires établis dans la campagne de Guenrouët pendant la guerre, pour suppléer à l’église, inutilisable depuis que le 7 décembre 1944, le clocher soit tombé en s’abattant sur les voûtes. Pour achever ce tableau hâtif, Plessé a payé un lourd tribut à la Poche : la chapelle Saint-Clair qui servait de poste d’observation et de tir a été abattue par des obus tirés depuis la Poche et le château de Carheil brûlé suite à un incendie déclenché par des tirs allemands.

Addendum 5/1/2013 : Un lecteur originaire de Notre-Dame des Landes nous fait remarquer qu’il y avait aussi une batterie de canons américains entre le Moulin de Rohanne et Saint-Antoine. C’est maintenant au beau milieu de la ZAD, au carrefour entre le Chemin de Suez et la RD81, sur le sommet du plateau. Ces canons tiraient jusqu’à Bouvron et Saint-Omer de Blain.

Article précédent : le hameau remarquable de la Gérauderie

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Patrimoine de Notre-Dame des Landes : L’ancienne maison noble de la Forestrie

17 Sep
la cour

la cour

Notre-Dame des Landes avant Notre-Dame des Landes. Nous continuons notre série sur le patrimoine remarquable de Notre-Dame des Landes. Au nord du bourg, lorsqu’on s’écarte sur la route de Héric, à deux kilomètres à peine se trouve le village de la Lande. De là, une route s’écarte et va rejoindre le vieil hameau de la Forestrie. Celui-ci tient son nom de la forêt qui l’enserrait jadis, et dont il reste encore un bois assez important.

Un aveu rendu au roi – à l’occasion d’une succession ou d’une vente probablement – décrit la maison noble de la Forestrie, qui consistait alors « en un corps de logis composé de salle basse, cuisine, cellier, chambre et grenier au-dessus, écurie en bout en un tenant, une métairie au devant composée des logements du métayer et de ses bestiaux entre lesquels logis et métairie il y a une cour close, pourpris [ceint] de jardins, vignes et verger, le tout en un tenant, une avenue au bout, le tout grand domaine contenant 11 journaux », soit 5 hectares et demi. Le bois de haute futaie du Jaunais, « clos et fermé » dépendait aussi de cette maison noble qui se trouvait en Héric jusqu’à la création de la paroisse, puis de la commune de Notre-Dame des Landes.

La Roberdière

La Roberdière

Non loin de la Forestrie, mais plus près de la route d’Héric, se trouve la ferme de la Roberdière dont les formes générales – haut toit adouci par des coyaux au nord et au sud, murs épais, poutres, marque aussi une origine plus ancienne que la plupart des fermes de Notre-Dame des Landes, construites entre 1820 et les trente premières années du XXe siècle. Un Calvaire fait face à la ferme, et une croix érigée par la famille Jacques Guillard s’y trouvait déjà avant 1870.

La maison noble de la Forestrie – qui a l’apparence d’une longère – n’a guère changé. La partie ancienne a conservé ses poutres et niches boisées anciennes, ses pierres saillantes, ses murs de 80 cm d’épaisseur. Cependant, la maison a été étendue de part et d’autre. A l’ouest, trois pierres de tuffeau qui se succèdent les unes au dessus des autres sous le toit rappellent un ancien chaînage. Le logis a été étendu et par la suite, une porte d’écurie a été percée en-dessous, à cheval entre la partie ancienne et l’extension. A l’est, la maison a aussi été étendue de six mètres environ, puis un appentis ajouté du côté de la rue par la suite. Le mur pignon porte la date de 1934 tracée dans du mortier. Derrière, deux soues à cochon ont été bâties avec des pierres de granite et de tuffeau manifestement antérieures ; l’une d’elles porte plusieurs dates dont 1887 ; dans celle-ci, un linteau de granit rappelle l’emplacement d’une ancienne porte, donnant sur le nord du logis, et qui a été maçonnée. Devant, une lucarne du grenier a un chaînage fort ancien en calcaire tuffeau.

Une lucarne moulurée

Une lucarne moulurée

La métairie a été probablement agrandie de la même façon, et forme maintenant une très longue longère. L’ancienne « avenue », maintenant cour qui sépare les deux longères n’a pas toujours été une route d’accès bitumée. Jadis, l’on accédait au hameau par un chemin creux et humide qui passait plus au sud, le « chemin rochu » qui menait à Breilvin, village dont le plan formé d’alignements de longères le long d’un axe assez éloigné de la route trahit une certaine ancienneté. Les écoliers du hameau enlevaient leurs galoches pour passer les fondrières du chemin et tant le postier que le docteur ne venaient guère à la Forestrie, qui finit par être quasiment abandonné dans les années 1980. Alors, en dehors des fermiers qui viennent reprendre la ferme, dont le logis est l’ancienne maison noble, seule une grand-mère vit dans l’ancienne métairie, dans des conditions spartiates. Pas d’eau courante, pas d’électricité, sol en terre battue et eau au puits. Les fermes loin des routes étaient alors délaissées. Mais de ventes en retour à la terre, la Forestrie a connu une sorte de regain. L’avenue qui sépare les deux longères se finit en un large chemin qui lui-même s’achève dans un bois, où l’on voit la douve à demi-comblée, large de cent mètres et encore profonde de trois, qui protégeait le village sur son côté est. Le bois aurait servi de cache pendant la Révolution. A la façon des gendarmes mobiles d’aujourd’hui, les patauds, soldats révolutionnaires autrement appelés Bleus, n’osaient guère en effet s’aventurer dans ce pays fait de landes désertes, coupées de vallées boisées et de halliers. Ce pays qui leur semblait si hostile, il était et il est toujours si accueillant à l’âme rebelle des paysans bretons.

La douve à demi-comblée qui protégeait la maison-forte.

La douve à demi-comblée qui protégeait la maison-forte.

 

Article précédent : la Fontaine de l’Epine ou du Champ Fou

Ancenis : deux ans pour restaurer le Logis Renaissance

8 Mai

Enfin ! Depuis quelques semaines, la vénérable et historique carcasse du Logis Renaissance du château d’Ancenis, clef de la défense militaire de la Bretagne libre, résonne des cris et des outils des travailleurs de l’entreprise Lefèvre. Dans le département, cette entreprise reconnue de restauration du patrimoine a déjà travaillé sur la Cathédrale de Nantes, le château des Ducs de Bretagne, de nombreuses églises – dont celle de Vertou – et le château de Clisson. Donc, pour une fois depuis deux décennies, le château est dans de bonnes mains.

Façade du logis côté cour et pavillon François Ier

Façade du logis côté cour et pavillon François Ier

Le château d’Ancenis est aussi au cœur d’un imbroglio politico-judiciaire qui ne devrait trouver de solution judiciaire – que l’on n’espère plus définitive – cet automne. En effet, le maire UMP et le conseil général PS se sont donnés la main pour  construire à 5 mètres du logis Renaissance en train de se ruiner un bâtiment – pas encore fini – outrageusement cubique, et qui se marie très mal – rien d’étonnant à cela – avec les éléments historiques avec lesquels il voisine. Ce bâtiment a reçu toutes les autorisations administratives, mais le projet fini – comme sa version sur le papier d’ailleurs – oblige sérieusement à se demander à quoi sert la législation des Monuments Historiques  et s’il y a quelqu’un chargé de la faire respecter parmi les administrations théoriquement en charge du patrimoine culturel dans le département. L’on peut voir ici combien le bâtiment neuf jure avec le reste du site historique  – en plus d’avoir dégradé un site archéologique majeur – mais malgré cela la justice a autorisé la poursuite des travaux, menés il est vrai à marche forcée.

Un peu d’Histoire

Remparts XIVe-XVe en partie enterrés par les quais de Loire faits au XIXe

Remparts XIVe-XVe en partie enterrés par les quais de Loire faits au XIXe

Le château d’Ancenis a été fondé en 984 sur le site d’un probable sanctuaire paléochrétien – dont la plus grande partie des vestiges a justement été détruite lors des terrassements pour le bâtiment litigieux – et a toujours été un point clé de la défense militaire Bretonne, chargé de la protection des marges orientales du pays en cas d’invasion anglaise, angevine ou française. Tel qu’il est parvenu jusqu’à nous, le château conserve des vestiges d’une tour de guet et d’une enceinte médiévale (XVe) très bien conservée sur son côté est, en partie enterrée au sud et disparue à l’ouest et au nord ; il y a aussi une porte fortifiée du XVe unique en France (pont-levis couvert disposé en chicane, galerie voutée, coudée, avec herse) qui témoigne du degré de maîtrise et d’aboutissement de l’art militaire Breton médiéval, un logis dit Renaissance, construit au XVIe et composé d’un corps de logis flanqué à l’ouest d’un haut pavillon carré qui abrite notamment un escalier à vis et une très belle charpente d’époque ; une chapelle lui est ajoutée à l’est en 1603 (XVIIe) ; dans la deuxième moitié du XVIIe fut ajouté le pavillon dit de Marie Fouquet au-dessus de la porte d’entrée XVe.

En 1850, le château est acquis par les religieuses de Chavagnes-en-Paillers, qui y créent un pensionnat de jeunes filles ; elles ajoutent une sacristie carrée à l’est de la chapelle – elle figure déjà sur une lithogravure du pensionnat datée de 1860 –, une petite maisonnette basse dite des Rosiers, et une aile de communs dans le prolongement de la porte médiévale, puis, vers la fin du siècle, une chapelle de style néo-roman entre le logis Renaissance et la porte médiévale ; une passerelle est lancée entre ces deux parties, au-dessus du chevet courbe de la chapelle. Dans les années 1960-1970, elles construisent une école moderne – mais de style esthétique peu réussi – au nord-est du site, au-dessus des douves. En 1985, elles vendent le tout à la ville d’Ancenis. Celle-ci entreprend de rendre au château son aspect d’avant 1850 : la chapelle occidentale est rasée dans les années 1990, puis l’école des sœurs l’est avant 2008. L’entrée fortifiée du XVe et le pavillon Marie Fouquet ont été restaurés – mais sans que personne ne se soucie ni de rendre ces restaurations accessibles aux touristes, ni de lutter contre l’humidité qui défigure l’intérieur de ces bâtiments historiques. Enfin, annihilant ces beaux efforts, le bâtiment du Conseil général – qui accueillera environ 200 fonctionnaires de lundi au vendredi – est construit à la place de l’ancienne école des sœurs.

Plan des bâtiments du site. Support : vue aérienne du pensionnat avant 1985.

Plan des bâtiments du site. Support : vue aérienne du pensionnat avant 1985.

Le Logis Renaissance dans un état lamentable

Façade du logis Renaissance côté rue du Pont

Façade du logis Renaissance côté rue du Pont

Pendant près de trois décennies, le Logis Renaissance est resté à l’abandon – il a seulement été, peu de temps, un musée. Nous l’avions visité à la mi-janvier 2013, avant le début des travaux donc. C’est pourquoi nous allons en donner une description intérieure, à l’usage de ceux de nos lecteurs – sans doute une écrasante majorité – qui n’y ont jamais mis les pieds.

Si vous avez bien lu, le logis Renaissance est composé de trois parties : à l’ouest, du côté de la rue du Pont, un haut pavillon carré dit François Ier, qui abrite l’escalier à vis en pierre ; au milieu, un corps de logis. A l’est, une partie ajoutée en 1603 qui comprend en bas un escalier et un cagibi, et au second étage une chapelle privée. Enfin, complètement à l’est, une sacristie carrée a été ajoutée entre 1850 et 1860 par les sœurs de Chavagnes, mais elle ne fait pas partie du logis Renaissance, et on y accède par un escalier extérieur en pierre.

Vue de la chapelle - janvier 2013

Vue de la chapelle – janvier 2013

Le logis est subdivisé en trois niveaux : un rez-de-chaussée et un premier étage éclairés par de grandes fenêtres rectangulaires, et un grenier auquel donnent jour des lucarnes. Le rez-de-chaussée du pavillon est ici constitué du départ de l’escalier et d’une pièce qui passe derrière l’escalier et se trouve de 50 cm plus basse que le niveau du logis. Au rez-de-chaussée, les grandes pièces ont pour l’essentiel conservé des huisseries à petits bois typiques du XVIIIe  et des cheminées, dont deux au moins sont dans l’état d’origine. Deux des pièces les plus à l’ouest ont gardé un carrelage herminé qui n’est pas antérieur au XIXe. Dans une autre, le sol est à nu. Les plafonds sont soutenus par des étais en fer. Tout à l’est, un escalier en bois dans une cage en planches – ajout du XIXe – dessert le premier étage.

Cet escalier arrive au premier niveau, et de là repart et débouche (enfin, débouchait jusqu’à fin avril) près de l’arc d’entrée de la chapelle au second niveau ; sa voûte, en plâtre sur lattis de bois, a été fragilisée par l’humidité et l’abandon du bâtiment. Une importante infiltration d’humidité sur son flanc nord a verdi le mur ; juste à côté, une porte dont l’encadrement en tuffeau est très abîmé, donne sur une terrasse pleine de lierre et non sécurisée ; cette terrasse donne sur les anciennes douves au nord-est du château. A suivre, la sacristie carrée du  XIXe, à laquelle donne accès la porte à droite du retable, est en très mauvais état. Sa toiture à un pan, collée au mur pignon du XVIIe siècle, est en train de s’envoler au gré des tempêtes d’hiver. Par conséquent son plafond plâtré et sa charpente sont quasi pourris, son plancher est en train de s’effondrer.

Le premier étage au niveau de la poutre qui a cassé en 1999

Le premier étage au niveau de la poutre qui a cassé en 1999

Revenons au premier étage par l’escalier en bois : ses pièces ont été altérées par des travaux menés aux XIXe et au XXe siècle (boiseries, pose de placards muraux, remplacement des tomettes par des carreaux 5×5 sur lit de ciment, remplacement des cheminées et des fenêtres, plâtrage des murs…). Les poutres du plafond sont soutenues par des étais ; l’une d’elle, de grosse section, qui a carrément cassé suite à la tempête de 1999 (le bâtiment offre une très grande prise au vent) est depuis soutenue par un massif étai en bois, les deux sections de poutre étant reliées par des massives ferrures. Le niveau du pavillon est ici constitué de la suite de l’escalier à vis – en pierres de taille – et d’une pièce carrée (cheminée XIXe) dont le mur occidental a été altéré par une baie ogivale garnie d’un vitrail – dernier vestige de la chapelle ajoutée à la fin du XIXe par les sœurs de Chavagnes. La fenêtre du côté nord a conservé ses volets intérieurs d’origine.

C’est l’escalier à vis que nous empruntons pour accéder au second niveau et aux combles. Au débouché de l’escalier en pierre, un autre, en pierre puis en bois permet d’accéder aux combles. Si l’axe de l’escalier paraît d’origine et est solide, ce n’est pas le cas des marches dont trois ou quatre sont dans un état assez mauvais. Le plancher des combles est de loin en loin percé de trous ou ont fléchi, mais la toiture et la charpente sont dans l’ensemble en bon état. Quand on redescend au second étage, l’on voit dans l’escalier à vis en pierre plusieurs portes intéressantes – le pavillon en général est une sorte de musée de la menuiserie bretonne du XVIe au XVIIIe. Quoi qu’il en soit, à ce niveau, l’on trouve une porte cintrée qui épouse la courbure de l’escalier et donne sur un cagibi, et de là dans une poivrière, et une autre droite, à charnière, qui paraît aussi ancienne.

Subdivision du 2nd niveau opérée au XIXe par les soeurs

Subdivision du 2nd niveau opérée au XIXe par les soeurs

Les sœurs ont ménagé dans le second étage de grandes pièces carrées là où le toit offrait le plus de tirant d’air ; des couloirs passent d’un côté et de l’autre le long des lucarnes ; de petites cloisons minces séparent ces pièces. Plusieurs portes d’intercommunication sont anciennes (au moins du XVIIIe) et ont été reprises ailleurs dans le château. La lumière est distribuée dans les pièces centrales au moyen de châssis en grands carreaux et d’impostes placées du côté du couloir ; la première imposte du côté de l’escalier est formée d’un vitrail blanc pris à l’époque des travaux (après 1850) sur une fenêtre à meneaux du XVIe. Dans les lucarnes, ce sont des huisseries XIXe à grands carreaux qui ont été remontées, soit au XIXe, soit au XXe après les bombardements de 1943-44 ; seule la dernière lucarne du côté sud, près de la chapelle, a gardé sa fenêtre à petits bois du XVIIIe. Les murs sont plâtrés – par endroit l’humidité a gonflé le plâtre qui est tombé. Les plafonds sont aussi plâtrés, à peu près au milieu du logis il y a un fort fléchissement et un effondrement partiel du plafond et du plancher des combles. Le niveau du pavillon est constitué du débouché de l’escalier à vis en pierre, du départ de celui des combles et d’une pièce carrée où l’on observe dans le mur, à droite en entrant, les vestiges d’une ancienne cheminée aujourd’hui disparue.

L’aspect lamentable de l’ensemble est renforcé par l’état très dangereux de la sacristie – en voie d’effondrement – mais aussi de la plupart des plafonds et des planchers. Des sondages ont aussi été pratiqués alors tant pour les travaux à venir – le revêtement de certains murs était en partie retiré, il y avait des trous dans les planchers, les sols etc. Enfin, la décrépitude de toutes les façades – et des encadrements des ouvertures, ainsi que des linteaux en tuffeau – ajoutait à l’immense tristesse qui se dégageait du logis abandonné dans son état pitoyable.

Plusieurs millions d’€ de travaux ?

périmètre de la restauration

périmètre de la restauration

Bien que les marchés publics n’aient pas encore été votés par le conseil municipal, ni rendus publics par la Société d’Equipement de Loire-Atlantique (SELA) qui assure la maîtrise d’ouvrage, c’est une somme à plusieurs millions d’euros qui semble se dessiner pour la remise en état du château. Près de 4.2 millions d’€, d’après l’opposition municipale. Six millions, dit-on sur le chantier. Quoi qu’il en soit, au conseil municipal du 4 février 2013, l’on peut lire la délibération n° 004-2013 : « Monsieur le Directeur Régional des Affaires Culturelles propose d’inscrire au programme 2013 de restauration des MH classés les travaux de restauration générale (2e tranche sur 3) du logis Renaissance du château. La participation du Ministère se fera sous forme d’une subvention de 33 % […] de 1.200.000€ HT soit 336.000€. ». Les vingt-six conseillers municipaux présents ce soir adoptent la proposition et mandent le maire de demander des subventions au conseil régional et au département.

Etat du plafond de la sacristie (1850-60)

Etat du plafond de la sacristie (1850-60)

Par ailleurs, au conseil municipal du 10 octobre 2012, une ligne budgétaire de 300.000 € a été ouverte en sus pour le château – et reprise sur le budget alloué aux Ursulines. Au Conseil Municipal du 24 septembre 2012 on trouve parmi les décisions du maire une série d’attribution de missions d’évaluation et de contrôle pour le futur chantier du château : « n°499-12 [attribué à la société SICLI] diagnostics Logis Renaissance lots 1 à 5  pour un montant de 31 229,29€ TTC », correspondant à un avis de marché public publié le 12 avril 2012 et passé par la SELA pour le compte de la mairie ; « n°500-12 APAVE : Logis Renaissance, mission de contrôle technique pour la mission de coordination en matière de sécurité et de protection de la santé des travailleurs [SPS] pour 28 904,93€ TTC » ; « n°502-12 SOCOTEC diagnostic amiante et plomb au logis Renaissance pour 2152,80€ TTC » et enfin « n°504-12 : société AUDATIS, mission de coordination [SPS] pour 1770,08€ TTC ». Ces derniers marchés ont aussi été passés de même, mais lancés bien plus tôt, fin octobre 2011. Le conseil municipal réuni le même jour accepte, par la délibération n°101-2012 une proposition de subvention de la DRAC pour la restauration d’un ensemble de plaques foyères classé en 2011 – qui ne figure pas sur l’inventaire en ligne de la Base Mérimée, assez mal tenu du reste pour ce qui concerne la Loire-Atlantique – à raison de « 30% sur 9280€ HT donc 2784€ ». L’ensemble des marchés publics liés aux travaux devraient être votés en Conseil prochainement.

Des travaux lourds sur près de deux ans

Au vu de l’état du logis, ce sont des travaux très lourds qui sont prévus, sur une durée de deux ans, jusque mi-2015. BreizhJournal a visité le chantier.

Découvrir les travaux à venir au Logis Renaissance d’Ancenis.

La sacristie va être abattue.

La sacristie va être abattue.

A l’extérieur du logis, des fouilles sont conduites en ce moment même. Elles ont mis au jour, d’après Maël et Sophie, les deux archéologues présents sur les lieux, « le niveau rocheux, dégagé par d’importants terrassements lors de la construction du logis », ainsi que des « canalisations d’époque », le château ayant déjà le tout à l’égout, ou plutôt le tout à la Loire. Vers la fin du mois de mai, les fouilles quitteront le côté cour pour passer du côté de la rue des deux Ponts, à l’ouest et au nord du logis.

Au rez-de-chaussée, les huisseries anciennes (portes XVIe et XVIIe, fenêtres à petits bois XVIIIe) seront conservées. Le carrelage herminé sera démonté et remplacé par des dalles ou des tomettes. Les plafonds, en partie fléchis, seront restitués dans leur état du XVIe, de même pour les murs. L’escalier en bois dans sa cage en planches, tout à l’est, en très mauvais état et de toute façon postérieur au logis dans son état historique, a été démonté l’après-midi du 29 avril par les ouvriers. Dans l’escalier à vis, les huisseries remarquables – dont une porte cintrée dans le sens de la courbure de l’escalier – seront conservées.

Vue des combles

Vue des combles

Au premier étage, les carreaux de 5×5 cm sur lit de ciment sont démontés au marteau piqueur, les tomettes en état récupérées – près de 750 m² de planchers seront recouverts par des tomettes carrées en terre cuite. Toutes les poutres ou quasi, à commencer par celle qui a cassé en 1999, seront remplacées, ainsi que de nombreuses solives. Le but est de restituer l’état du XVIe siècle. Au second, le retable en plâtre de la chapelle va être déposé et conservé à l’abri, « mais nous ne savons pas s’il va être remonté à cet emplacement », nous expliquent les ouvriers, pour lesquels le démontage de ce retable en plâtre du XIXe, accolé au mur d’une peu solide sacristie, est « un vrai casse-tête ». La voûte de la chapelle sera reconstituée à l’identique, la terrasse sur laquelle ouvre la petite porte dans le mur nord de la chapelle débarrassée de son lierre, consolidée et sécurisée puisque seul un garde-corps rouillé et probablement assez postérieur à la construction protège les – rares – visiteurs du vide.

 

Vue du second étage

Vue du second étage

Au second étage toujours, toutes les cloisons du XIXe seront abattues, puisque là encore le but est de reconstituer l’espace tel qu’il était au XVIe et au XVIIe. Plusieurs portes d’intercommunication antérieures au XIXe seront récupérées et replacées ailleurs dans le château ; l’imposte de la première pièce en arrivant depuis l’escalier à vis sera replacée sur une fenêtre à meneaux neuve, garnie de vitraux blancs. Le plâtre des murs sera piqué et remplacé par un revêtement à la chaux, celui des plafonds sera restitué. Le plancher du comble, les charpentes, le haut des maçonneries, la toiture seront refaits à neuf.

A l’extérieur, la sacristie ajoutée entre 1850 et 1860 et au bord de la ruine sera abattue. L’escalier en pierre qui y donne accès par l’extérieur sera donc probablement démonté. La « maison des Rosiers » située au nord-est du site près du portail en pierre (et du massif bâtiment du Conseil Général) sera conservée bien qu’elle est postérieure à la construction. Comme elle n’est pas classée, l’architecte du projet – Pascal Prunet   – le même que celui du bâtiment cubique du CG44 soit dit en passant, son métier étant normalement de restaurer les Monuments Historiques et non de les massacrer à la bétonneuse, a trouvé bon d’y mettre l’accueil, les sanitaires et la chaufferie.

Musée or not musée ?

Un aperçu du choix très cubique de Pascal Prunet : le bâtiment du CG44 et la chapelle XVIIe au fond

Un aperçu du choix très cubique de Pascal Prunet : le bâtiment du CG44 et la chapelle XVIIe au fond

Lorsque les avis de marchés publics de diagnostics ont été publiés fin octobre 2011, il était alors prévu de restaurer alors le château pour en faire  « des salles de réceptions et de réunions ouvertes au public ». Finalement c’est un musée qui sera aménagé, tout au moins au premier étage du château, et même sans doute au second, d’après les explications que nous avons reçu sur le chantier. Thèse qu’accrédite l’installation d’un accueil pour les visiteurs et de sanitaires dans la maison dite des Rosiers.

Cependant, tout musée nécessite de nos jours un ascenseur pour handicapés. M. Prunet se caractérise dans ses réalisations architecturales par des choix délibérément modernes et bien souvent cubiques, accolés avec plus ou moins de bonheur sur les éléments historiques. Il sera donc très utile de vérifier où et comment ces choix architecturaux sont faits dans le projet : le site du château, monument historique qui appartient à l’ensemble du peuple Breton, a déjà été assez altéré comme ça par les affres du temps et les ajouts architecturaux des XIXe et XXIe siècles.

Nouvel appel aux dons pour la chapelle saint Gonéry de Plougrescant

18 Mar

La chapelle saint Gonéry, joyau de l’art gothique Breton situé dans les Côtes d’Armor et bien connu pour sa flèche tordue de 1612 et ses richesses intérieures  s’offre une seconde jeunesse. L’association des amis de la chapelle, qui a déjà apporté 29.000 € aux travaux, ouvre une nouvelle souscription de 3.000 € sur les deux prochains mois.

CHAPELLE1Une première tranche (la plus importante) d’un montant de 435 592 € est fermement décidée, elle sera réalisée sur 2012-2013-2014. Elle comporte deux phases estimées à 225 108 € et 210 484 €. Le montant total des travaux prévus est de 986 722 € TTC (hors imprévus) et le chantier s’étalera sur sept ans. Il est ainsi prévu de remplacer la toiture de la nef, de traiter et renforcer l’ossature qui supporte la voûte lambrissée peinte de scènes de l’Ancien et du Nouveau Testaments, de refaire l’installation électrique, de nettoyer et rejointoyer les murs tant extérieurs qu’intérieurs, et de restaurer la voûte. Les travaux sont financés pour moitié par la DRAC Bretagne et pour un quart par la région administrative Bretagne. Du fait de l’importance de la restauration, la chapelle sera fermée cet été.

Nantes : l’orgue Notre-Dame de Bon Port à bout de souffle

27 Fév

L’orgue de l’une des églises les plus connues de Nantes arrive au bout du rouleau. L’église Notre-Dame de Bon Port, qui se dresse au milieu de l’ancien quartier du Sanitat à l’extrême-ouest du secteur sauvegardé et du centre-ville, est l’une des dernières églises néo-classiques à coupole de France et la dernière de Nantes. Son dôme rayé a orné des générations de gravures et de cartes postales sur fond de grues, et maintenant des embouteillages du quai de la Fosse.

Façade face à la Loire

Façade face à la Loire

Réalisée par les architectes Séheult et Chenantais, elle avait suscité en son temps l’opposition tenace de Viollet-le-Duc et de ses disciples, qui, avec l’église Saint-Nicolas (1844-1858) créent le style néo-gothique qui essaime par la suite dans toute la Bretagne et la France. Pour la petite histoire, l’église porte aussi le patronage de Saint-Louis, imposé à sa reconstruction par le maire d’alors, en échange de ses subsides. En effet, l’actuelle église remplace une précédente, créée au début du XIXe pour les quartiers nouvellement urbanisés du port. Les orgues sont une œuvre du facteur nantais Louis Debierre. Victimes d’un manque d’entretien patent, malgré des efforts de reprise en main ces dernières années, les grandes orgues ont besoin de travaux d’urgence. Une association s’est constituée pour défendre sa restauration et organiser des concerts destinés à la financer. L’orgue est utilisé pour de nombreux concerts et pour les concours d’entrée et les diplômes de fin de cycle des conservatoires de Nantes et de Cholet. Il a une vocation pédagogique et musicale majeure.

L'orgue de l'église Saint-Louis - ND de Bon Port

L’orgue de l’église Saint-Louis – ND de Bon Port

L’orgue est un des chefs d’œuvre de la facture d’orgue du XIXe siècle. Après la désaffection des orgues classiques, il marque le premier retour d’un orgue néo-classique aux jeux de mutation faisant entendre des harmoniques caractéristiques des instruments de XVIIe et XVIIIe siècles. La partie instrumentale de l’orgue est classée au titre des monuments historiques depuis le 11 décembre 1975[]. Il comporte trois claviers manuels (grand orgue, grand chœur, récit)[], un pédalier à l’allemande[] de 30 notes et 45 jeux ou timbres faisant sonner 4 000 tuyaux. Originaire de la paroisse, Louis Debierre décide que cet orgue – inauguré le 19 mars 1891 – sera un instrument d’avant-garde, chef d’œuvre de son art. Il met en place une transmission des notes électrique, après un premier orgue ainsi fait installé au théâtre Graslin en 1890, une transmission des jeux électropneumatique, installe deux boîtes expressives et des jeux de mixture. Grâce à la qualité du travail de Debierre, seules deux restaurations d’envergure ont été nécessaires, en 1929 et 1981, qui n’ont heureusement pas altéré la qualité de l’instrument.

La ville de Nantes, propriétaire de l’église, a mandaté une étude préalable qui servira de support à des travaux de restauration. Des efforts ont été entrepris par ses services pour classer l’entièreté de l’orgue au titre des Monuments Historiques. Après l’orgue, un nouveau chantier est à venir pour l’église : la toiture, peu entretenue. La rénovation du tambour – l’assise en pierre du dôme – a déjà été faite en 1992 et celle de l’archange de la coupole en 2004-2005.

La justice autorise la poursuite du saccage du château d’Ancenis

16 Jan

Pour bien des gens, Ancenis se résume à son pont suspendu, et à la coopérative Terrena qui y a son siège. A ses zones industrielles au nord de la ville. A sa gare. Et pourtant, il y a un château remarquable, place forte des Marches de Bretagne, qui est l’une des clés de la Bretagne. Classé Monument Historique (MH) depuis février 1977, il est maintenant géré par la mairie. Sa gestion témoigne de la dérive incroyable de certains élus et de la faillite de la législation de protection du patrimoine, complètement détournée de ses objectifs.

Grande porte XVe du château d'Ancenis

Grande porte XVe du château d’Ancenis

Ici,  le maire d’Ancenis – Jean Michel Tobie (UMP) et le Conseil Général (PS) saccagent le site main dans la main. Le projet a failli ne pas aboutir. En effet, c’était le maire d’Ancenis qui demandait expressément que le bâtiment prévu par le Conseil Général se construise dans la cour du château comme l’a déclaré Patrick Mareschal, le prédécesseur de Grosvalet à la présidence du CG44. « Pendant un certain temps, Mareschal a hésité, sans oser annuler le projet. Il était plutôt contre parce que pro-Breton, et que le bâtiment allait mettre en péril le projet de classement des châteaux des Marches de Bretagne à l’UNESCO qu’il soutenait. Son successeur est arrivé, celui-là n’en avait strictement rien à faire, et il a relancé le projet », témoigne un proche du dossier au Conseil Général de Loire-Atlantique (CG44). Cela dit, il y a une forte contestation locale au projet avec une association, l’A2PCA, qui mène courageusement la lutte contre le massacre à la bétonneuse. Sylvie Christophe, sa présidente, dénonce les « dérives de la législation » : il est par exemple étonnant – bien que autorisé par la loi française, et probablement réprimé par les droit européen de la concurrence – qu’un architecte MH préside le jury d’un concours d’architectes où  il a soumis une offre, et que, plus étonnant encore, son offre soit choisie. Explication de texte par la Tribune de l’Art qui pointe de nombreuses dérives  depuis la libéralisation du statut et du périmètre d’action de l’architecte des Monuments Historiques (ACMH) entre 2007 et 2009 sous la pression européenne.

Bâtiment du Conseil Général, dans son état quasi définitif (couleur gris clair avec habillage bois prévu)

Bâtiment du Conseil Général, dans son état quasi définitif (couleur gris clair avec habillage bois prévu)

L’A2PCA a introduit deux types d’actions judiciaires. Une, en référé, pour demander la poursuite des travaux. Celle-ci a été rejetée par le tribunal administratif, et tout récemment par la Cour Administrative d’Appel de Nantes, notamment parce que les travaux s’achèvent. Une autre sur le fond (à savoir la légalité du permis de construire), rejetée par le tribunal administratif, et qui doit maintenant passer en cour administrative d’appel courant 2013. Le Président du Conseil Général Philippe Grosvalet a clamé dans Ouest-France   que l’action en référé a été rejetée au motif que le permis de construire est légal. C’est faire preuve d’une grave ignorance du fonctionnement de la justice administrative, puisque l’on ne saurait croire que M. Grosvalet veuille faire naître de fausses certitudes dans les esprits des habitants de Loire-Atlantique. La cour n’a pas statué sur le fond – elle le fera au cours d’une autre décision dans quelques mois. Elle n’a décidé d’une conduite que sur la suspension ou non des travaux, dans l’urgence. Urgence qui est d’autant moins visible que les travaux s’achèvent, le bâtiment étant livrable dans trois à six mois.  Bref, le combat pour sauver le château d’Ancenis continue : l’avocat de l’A2PCA, Me Bascoulergue, a élevé plusieurs « arguments très précis » et qu’il se montre très pugnace, d’autant plus qu’avec l’évolution de la jurisprudence, le principe d’intangibilité de l’ouvrage public (« ouvrage public mal planté ne se démolit pas ») a été peu à peu démonté et l’on peut depuis 2003   détruire une construction publique mal plantée  – ici le bâtiment du Conseil général – pour peu que sa destruction soit d’intérêt général – c’est-à-dire restituer la cohérence historique du site, être logique avec les impératifs de la politique de protection des MH et préparer le terrain à une restauration d’ensemble du site, actuellement fermé au public, pour le rendre aux touristes et au peuple Breton.

Alexandre Gady : « Ancenis est un échec tragique de la protection du patrimoine »

Voilà comment le bâtiment neuf (à gauche) se marie avec le portail XIXe

Voilà comment le bâtiment neuf (à gauche) se marie avec le portail XIXe

Pour Alexandre Gady, président de la SPPEF, la gestion du site d’Ancenis et la construction dans la cour d’un bâtiment moderne est un « échec tragique, dramatique » de la politique de protection du Patrimoine. Maintenant que le bâtiment est presque fini, on peut constater son aspect définitif – il jure avec les bâtiments historiques, soit un logis Renaissance (XVe-XVIe) auquel a été ajouté, côté construction neuve, une chapelle du XVIIe et un portail du XIXe. Mais aussi une porte du XVe exceptionnelle, dotée d’un  système défensif unique en France et en Bretagne (pont-levis couvert disposé en chicane, galerie voutée, coudée, avec herse), un pavillon (dit de Marie Fouquet), construit au-dessus de cette porte au XVIIe et une aile XVIIIe-XIXe, non classée, qui part des tours pour rejoindre la Loire. Ainsi qu’une enceinte médiévale en plus ou moins bon état, dont l’entièreté est classée et dont toute l’élévation subsiste du côté est, sur les anciennes douves conservées. De ce côté, justement, la courtine du XVe – classée – a été rabotée pour asseoir un des murs porteurs en béton de l’ouvrage neuf. Le mariage, en oblique, voisin d’une entrée grossièrement carrée, n’est pas du tout harmonieux. Plus loin, le portail XIXe bien inscrit dans le site voisine avec un angle aigu de murs en béton qui semblent être ceux d’une prison. Le bâtiment est formé d’un assemblage de cubes et est à toiture plate… l’un des arguments de ses concepteurs est qu’il fait pendant aux écuries, de l’autre côté de la cour… pour cela, il aurait du être doté de lucarnes et d’un toit à deux pans !

Et ici le bâtiment neuf (dessus) connaît un mariage forcé avec le mur médiéval.

Et ici le bâtiment neuf (dessus) connaît un mariage forcé avec le mur médiéval.

Nicolas Faucherre, médiéviste et ancien professeur à Nantes, qui s’est beaucoup impliqué dans le dossier, complète : « Le Conseil Général et Tobie ont réussi ce que quatre bombardements d’Ancenis par l’artillerie française, la Révolution, la guerre et le temps n’ont pas réussi à faire : défigurer le château ». Sous le siège de 1488, le château avait perdu un bâtiment sur le front de Loire, dont les embases du XIIIe-XIVe siècle ont été depuis redécouvertes et fouillées. Il continue : « avec un tel ajout, l’on se demande à quoi bon restaurer le Logis qui, à côté, tombe en ruines ». Le château d’Ancenis est un patrimoine qui, par son importance politique, historique et militaire, appartient au peuple Breton dans son entier. Mais les élus et les administrations chargées de sa protection et de sa restauration portent la lourde responsabilité d’avoir spolié le peuple Breton de ce qui lui revient en propriété commune : son histoire et son patrimoine.

Le bâtiment neuf est très bien visible depuis les quais de Loire, covisible donc avec l'enceinte classée du château.

Le bâtiment neuf est très bien visible depuis les quais de Loire, covisible donc avec l’enceinte classée du château.

L’un des arguments de l’architecte qui a fait le bâtiment est que celui-ci n’est pas en covisibilité avec le château, ou avec la maison de la Dourbellière (juste à droite du château, cette maison du Directoire a une façade classée), et qu’il n’est pas visible du pont. En clair, il n’y aurait pas un point d’où l’on voit ET le bâtiment, ET le château. Cet argument est balayé par la réalité. L’on voit le bâtiment de partout, et comme il est en biais par rapport au château – suivant l’enceinte – il jure avec les perspectives. Bien que quelques uns des cèdres tri-centenaires ont été gardés, et masquent un peu son élévation, on le voit du pont, mais aussi des quais, et même quand on regarde la Dourbellière. Même si le bastion saillant du sud-est cache le bâtiment nouveau quand on est juste devant la maison. Mais quand on passe dans le jardin – les anciennes douves à l’est du château – il fait saillie au-dessus de la muraille. Et plusieurs de ses baies plongent dans l’intimité des propriétés avoisinantes.

La construction du bâtiment a détruit un site archéologique majeur

Le bâtiment neuf dépasse de deux bons mètres de la muraille... résultat, il est visible de partout.

Le bâtiment neuf dépasse de deux bons mètres de la muraille… résultat, il est visible de partout.

Mieux encore, lors des travaux préparatoires aux fondations du bâtiment, les fouilles ont été bâclées et un site archéologique découvert en catastrophe (officiellement le 29 mars 2012), alors qu’il était déjà aux trois quart atteint par les engins de travaux. Maintenant, le maire d’Ancenis souhaite rattraper la bévue et faire des fouilles d’importance. « Cela est bel est bon », commente Nicolas Faucherre, « mais il reste 10% du site d’origine. Alors il pourra bien faire faire ses super-fouilles de façade, mais le site est atteint irrémédiablement et l’on ne pourra peut-être jamais prouver avec certitude le passé paléochrétien du site ». Nous avons eu communication de l’appel d’offres passé par la DRAC Pays de Loire pour des fouilles d’urgence. Celui-ci décrit le site et les découvertes : « à proximité de l’enceinte nord et des travaux en cours […] une séquence stratigraphique d’environ 0.50 m d’épaisseur conservée dans une berme d’environ 15 m de long et 4 de large […] des fragments de tegulae [tuileaux], du verre et de la céramique gallo-romaine et alto-médiévale. Un sarcophage en calcaire coquiller repose sur le rocher dans un axe sud-ouest. Cet horizon gallo-romain et médiéval est encadré par deux structures maçonnées distantes de 10m l’une de l’autre ». Mais ce qui est décrit n’est qu’une très petite partie « 50 m² environ » du site originel, détruit par les travaux. D’où des fouilles d’urgence, sur le motif que « le site est directement menacé par des travaux en cours »– ceux du bâtiment du Conseil Général.

Les parties historiques du château dans un état pitoyable

Grand logis côté cour - une ruine

Grand logis côté cour – une ruine

Pendant que maire et conseil général saccagent la cour du château, les bâtiments historiques croulent. Ainsi du Grand Logis, que nous avons visité, et dont l’état est plus lamentable à l’intérieur que ne laisse présager l’extérieur. Nous reviendrons sur son état. Plafonds croulants, planchers qui s’effondrent, vitres cassées et charpentes en cours de pourrissement accéléré, ce n’est certes pas là une réussite de la protection des Monuments Historiques. Près de la rue du Pont, la grosse porte du XVe est fermée par une herse en bois doublée d’un rideau en feutre. Il y a de quoi. Derrière, les plafonds tombent, bien qu’étayés, l’humidité ravage les murs médiévaux. Le pavillon Marie Fouquet, élevé au XVIIe sur cette tour, a été restauré. Une restauration que l’on qualifie localement de « somptuaire », aucun accès pratiquable pour les touristes n’a en effet été prévu. Par ailleurs, elle a été très coûteuse pour la ville d’Ancenis. L’état se dégrade à nouveau : « dedans, ça sent le moisi », commente un Ancenien qui y est rentré une fois depuis deux ans. L’aile sud, non classée (XVIIIe-XIXe) n’est pas dans un meilleur état. Plusieurs croisées sont ouvertes, il pleut dedans, le toit est en mauvais état et les murs aussi. Une restauration du Grand Logis est envisagée, mais le Conseil Général refuse d’avancer l’argent, ni la ville d’Ancenis d’ailleurs, « ce qu’elle pourrait très bien faire avec un échéancier rigoureux », indique Annie Briand (PS), qui mène la contestation politique au sujet du château. Pendant ce temps là, alors que croule un monument aussi important pour la Bretagne que la Cathédrale de Quimper ou la porte Saint-Nicolas de Nantes, le Conseil Général met près de 22 millions d’€ dans le Pont  juste en face du château, ce qui peut se comprendre, et plusieurs autres millions d’€ dans le bâtiment moderne qui massacre le site. Grand sens des priorités, vraiment.

Les Anceniens en colère

Etat très dégradé des parements et portes du logis (XVIe-XVIIe)

Etat très dégradé des parements et portes du logis (XVIe-XVIIe)

Tout ce saccage ne laisse pas indifférent les habitants de la ville, dont près de la moitié a signé une pétition contre la construction du bâtiment neuf dans la cour du château. Leur colère va à la fois contre l’action du maire en général et la gestion du château en particulier. La construction du bâtiment neuf s’est traduite par l’abattage de cèdres tricentenaires, une perte dont beaucoup n’arrivent à se consoler. « Quand les touristes viennent ici, on n’ose pas leur dire qu’il y a un château à voir… il est dans un état honteux, et en plus, avec le bâtiment construit dedans, c’est l’horreur », souffle le patron d’un bar. Un autre « c’est quand même vraiment curieux que l’on ait mis ce bâtiment là, et qu’on l’ait fait en plus sans demander leur avis aux gens… après tout, il est à nous ce château ! ». Une voisine lâche « on n’ose plus regarder ce qu’ils font. De chez moi, je vois les toits croulants du château et ces cubes… vraiment moches ! ». Un jeune à moto, devant la gare « Ancenis-centre, c’est mort. Le maire, il ne fait rien pour nous, il laisse tout barrer à Saint-Géréon, ça doit l’arranger qu’il n’y ait que des vieux en ville ». Son ami le coupe, « mais non, il n’y a pas que des vieux, mais ça va dans la direction. En tout cas, on a un truc à voir, c’est le château, et ça tombe en ruines grâce à not’ bon maire, c’est vraiment pourri ! ». Un château qui, patrimoine communal et Breton, appartient à tous les anceniens et tous les Bretons, et qui est altéré, rappelons-le, par un maire UMP et un conseil général PS. La bêtise et l’impéritie n’ont pas d’étiquette politique, mais leur conséquence est la même : priver les Bretons de leurs biens communs, de leur histoire, de leur patrimoine, de leur avenir. Il est grand temps que les élus prennent leurs responsabilités.

 

Communiqué de la SPPEF au sujet du château d’Ancenis.

Un monument de la Renaissance Bretonne à Pontchâteau

24 Nov

Trente-sept ans de Pays de Loire ne peuvent abolir 1500 ans de Bretagne. Ainsi, si vous venez à passer par Pontchâteau, allez voir dans le centre-ville les trois maisons du XVIe siècle qui ont survécu, même altérées, aux révolutionnaires et aux bombardements. Elles se trouvent tout près de la gare, et l’une d’entre a gardé sa porte d’origine ainsi qu’une petite croisée sous son pignon surélevé.

Cette maison abritait milieu du XXe siècle un magasin de mobylettes. Un volet en fer a été installé dans sa porte, mais étrangement, celle-ci n’a pas été déposée pour être remplacée par une ouverture plus vaste et plus moderne. Si bien que l’on peut admirer un élément classique de l’architecture Bretonne de la Renaissance, à savoir une accolade à choux en granit, similaire à celles qui ornent les monuments tant civils que religieux de Basse-Bretagne, par exemple ce château des Côtes d’Armor. D’habitude, ces accolades à choux se trouvent surtout sur les monuments religieux, qui ont le plus souvent été conservés jusqu’à nous, alors que les châteaux ont été détruits à la Révolution, surtout en Haute-Bretagne chouanne.