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La Gérauderie, un hameau remarquable de Notre-Dame des Landes

27 Sep

Après une longue interruption commandée par l’actualité brûlante, nous reprenons notre série sur le patrimoine remarquable de Notre-Dame des Landes, tant que le loup – casqué et pourvu de matraques et de gazeuses –  n’y est pas. Le livre de Marie-Ange Lebreton, Des pierres sur la lande, qui liste le patrimoine intéressant de la commune, indique qu’une croix celtique, la seule de la commune, se trouve à l’Ecobut.

En fait, ce n’est pas tout à fait vrai. Lorsque l’on vient de la route de Grandchamp à Notre-Dame, par l’Ascension, l’on voit l’Ecobut au croisement, mais il faut pousser jusqu’au bout de l’étroite rue formée par le hameau pour arriver jusque une antique mare, presque jamais sèche, dominée par un chêne sous l’ombre duquel s’abritent la croix et une maison. C’est non point l’Ecobut mais la Gérauderie. En passant, le nom du premier hameau indique qu’un bois a été ici défriché par le feu ; il existe un autre hameau appelé de même non loin, à la sortie de la forêt de la Joue en Fay de Bretagne, avant Mérimont.

La croix

La croix

Une croix qui témoigne du renouveau spirituel breton du début du XXe siècle

La croix a été érigée en 1925 par Jeanne Hénot. Elle est bénie lors de la procession des Rogations, le 19 mai 1925 et porte une plaque libellée « Inaugurée par la famille Hénot-Fourage ». Dégagée des broussailles et restaurée voilà trente ans, elle porte fièrement sa couronne sobre et belle, d’esprit Feiz ha Breiz, Foi et Bretagne. De façon étrange, elle n’est en effet pas une croix pattée curviligne, comme bien d’autres l’ont été sur la commune. Nous reparlerons ultérieurement de ce dernier modèle de croix aux diverses et imperceptibles variantes qui a essaimé tant à Notre-Dame que dans les paroisses voisines de Fay et de Vigneux, et même jusqu’à Blain.

Peut-être cette belle croix de la Gérauderie tirait-elle déjà son inspiration du renouveau spirituel et culturel breton, dont le Bleun Brug de l’abbé Perrot, béni par le pape en 1920 fut le plus grand étendard, mais qui connut bien d’autres floraisons dans de nombreuses paroisses de l’ensemble de la Bretagne, comme la reconstruction au début des années 1920 à Sainte-Anne sur Brivet, à moins de 30 km de Notre-Dame des Landes, de la chapelle Sainte-Anne   qui préfigure le style Seiz Breur se fondant l’architecture celtique régénérée par l’inspiration nouvelle des Arts Décoratifs.

Deux maisons remarquables

La ferme de 1776

La ferme de 1776

Mais il faut encore persévérer, et pousser les solides barrières de cour de gare – récupérées sur la ligne Blain – Nantes (de Beslé à la Chapelle sur Erdre) qui passait non loin – et aller voir de plus près les maisons du hameau. Derrière la barrière se trouvent deux petites maisonnettes. L’une d’elle a un appentis moitié torchis, moitié parpaings à son pignon. Sous son autre pignon, une pierre calcaire porte à demi-effacés, mais profondément gravés, les chiffres de l’an 1833.

La maison de 1833

La maison de 1833

Mais c’est surtout derrière la croix qu’il faut aller. Vers cette ferme dont les toits s’adoucissent de coyaux, un artifice usé du temps où les gouttières n’étaient point connues pour faire glisser l’eau comme sur un toboggan et la propulser loin des murs qu’elle risquait de dégrader par de disgracieuses coulures. Construite en plusieurs fois, elle a une partie occidentale plus basse et aveugle côté nord, un appentis contre celle-ci, et à l’est un corps plus important, percé de trois lucarnes chiens-assis sur le midi et de quelques ouvertures sur le côté nord. La porte de ce côté a ses coins saillants abattus, la fenêtre, au-dessus, sommée d’une poutre, a un bel appui formé d’une dalle de schiste. Sur un bloc de tuffeau un peu à gauche de celle-ci, l’on peut lire une écriture soignée et juste « BATIE PAR PIERRE BRETESCHE ANNEE 1776 ». La date est flanquée de petites roues tracées au compas, deux à gauche, une grande à droite.

Cette ferme est un touchant témoignage des trésors semés par l’Histoire qui se trouvent dans tous les coins de la commune de Notre-Dame des Landes, ouverts à tous ceux qui voudraient prendre du temps pour les découvrir. Nous n’en avons pas fini pourtant avec les plaisants témoignages du passé de la commune qui sont conservés dans ce hameau. Ils formeront la trame du prochain volet, sur la guerre de 1939-45 à Notre-Dame des Landes.

Sur la ferme de 1776 à la Gérauderie, côté nord

Sur la ferme de 1776 à la Gérauderie, côté nord

Article précédent : la maison noble de la Forestrie

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Les démolisseurs achèvent l’église de Gesté à la pelleteuse

12 Sep

Ces deux dernières semaines, une pelleteuse a grignoté peu à peu ce qui reste du chœur, des chapelles latérales et de la nef de l’église de Gesté. Tandis qu’un trou apparaît au milieu du village, les opinions se clivent, entre nostalgiques et irréligieux, entre ceux qui espèrent l’église neuve promise par la mairie et ceux qui pleurent la perte irréparable de patrimoine dans ce petit bourg angevin.

Nous vous proposons de découvrir nos photos de la démolition. La galerie ci-dessus présente les photos que nous avons prises sur place le 10 septembre. La démolition s’achève dans la semaine avec la démolition des chapelles latérales seigneuriales et d’une partie du mur nord de la nef, qui étaient encore debout. L’ensemble de la crypte – et des parties latérales dont les accès sont surmontés de trilobes armoriés, par où les familles nobles entraient dans l’église – sera conservé, ainsi que l’élévation des murs sur 2 m 50 par endroits, sur 50 cm côté ouest, et trois piliers du chœur qui formeront une sorte de porche pour la nouvelle église.

Ci-dessous, voici les photos prises sur place une semaine avant, le 3 septembre. Le toit du choeur, qui pendait en porte-à faux depuis trois jours, a été enlevé au début de l’après-midi. Très homogène, il est venu d’un coup, emmenant avec lui le pignon du choeur, mais sans faire bouger l’ogive en tuffeau que la grue a fractionné peu après. Il est à noter que les murs, d’une élasticité importante – étant essentiellement constitués de terre entre les deux couches de pierre de chaque côté – résistent très bien aux coups de boutoir, même si, remarque le conducteur de la pelleteuse. C’est sa première démolition d’église, et il est franchement mal à l’aise. Il estime que « le côté sud est du choeur a été pourri par les infiltrations, dès qu’on touche quelque chose avec la pelle tout s’effrite« .  Cependant, « si nous n’étions pas obligés de protéger des projections les maisons situées juste à côté de l’église sur le flanc sud-est, et donc d’y aller doucement, il aurait quand même fallu une bonne semaine pour détruire l’église » qui semble bien solide pour une construction en péril.

Les photos de ces deux galeries peuvent être librement reprises, à la double condition que votre publication soit d’accès gratuit et que l’origine (Breizh Journal) soit indiquée, avec un lien vers l’article si votre publication est sur le web.

Le Calvaire de Notre-Dame des Landes et la croix huguenote

8 Sep
Le grand Calvaire

Le grand Calvaire

Notre-Dame des Landes avant Notre-Dame des Landes. Nous continuons notre série sur le patrimoine de Notre-Dame des Landes datant d’avant la création de la paroisse vers 1845. Nous tirerons pour l’essentiel nos informations du livre de Marie-Ange Lebreton, Des pierres sur la lande (2001).

A la sortie du bourg, sur la route de la Pâquelais, se trouve une minoterie et un imposant calvaire, pareil à ceux qui trônent encore à la sortie de quelques villages de Loire-Atlantique pareillement fondés ou sensiblement développés au XIXe comme Saint-Omer de Blain ou Notre-Dame de Grâce. Ce calvaire là, qui fait l’angle des routes de la Pâquelais (de Nantes) et de Grandchamp, a été construit suite à la Mission de 1903. Des embarras dans les travaux ont freiné son achèvement, et il n’a été inauguré qu’en 1908. Les deux côtés du monument sont curieusement en pierres différentes, car d’un côté elles viennent de Vigneux de Bretagne (carrières du Buron et du Maroc) et de l’autre côté d’Héric.

A la construction du calvaire, l’on scelle à l’arrière, contre un jardin, une très ancienne croix qui affecte la forme d’une croix de Lorraine en granit. Cette croix est connue sous le nom de « croix huguenote ». Elle était jadis située à cet endroit même, qui se trouvait entre les villages de l’Epine et de la Primaudière, qui préexistaient au bourg actuel, construit sur des landes nues et communes. La Primaudière se trouve un peu au sud-ouest de l’actuel bourg, tandis que l’Epine est un gros hameau à 1 km au sud. Ce dernier constituait avant la création de la paroisse de Notre-Dame des Landes une des neuf frairies de Fay et était entouré de landes.

La croix huguenote ou Croix Perroche

La croix huguenote ou Croix Perroche

Le curé Bidet, fondateur de la paroisse, relate la fondation de cette croix : « Au temps des guerres de Religion, en Bretagne, les habitants de l’Epine conduisaient au point du jour leurs bestiaux sur la lande de la Primaudière, lorsqu’ils aperçurent le cadavre d’un chevalier (…) qui avait succombé la veille au soir.  Les habitants de l’Epine, ne trouvant sur lui aucune marque de religion, en référèrent à leur curé, de Fay, qui leur conseilla, en attendant qu’on découvrit à quel parti il appartenait, de l’enterrer dans le lieu même avec ses armes, et d’élever sur sa tombe une croix de pierre. Ce qu’ils firent. »

Les pierres dont furent faites croix et tombe viennent d’une carrière un peu au sud du bourg de Vigneux que les habitants appellaient « Roche ». La croix fut ainsi nommée « de pierre Roche », puis par contraction « Perroche ». Il apparut plus tard que le mort était un huguenot de la bande d’un certain Lancelot, qui tenait alors le Croisic, soit au XVIe siècle encore, soit au commencement du XVIIe.

A la construction du Calvaire en ce lieu même, la vieille Croix Perroche fut alors scellée à l’arrière. Elle veille maintenant sur un jardin aménagé dans l’angle des deux routes, derrière le Calvaire. Ce dernier connut deux rénovations : en 1933, le bois de la croix a été changé et le calvaire rénové inauguré lors de la Mission, le 26 novembre de cette année. Puis, après la guerre, toute la partie arrière fut refaite en béton et inaugurée le 25 décembre 1953. Les noms des donateurs qui se cotisèrent pour la restauration furent déposés à l’intérieur du Christ.

 

Article précédent : la croix double de la Piclotais

 

Patrimoine de Notre-Dame des Landes : la croix double de la Piclotais

7 Sep

P1010401Notre-Dame des Landes avant Notre-Dame des Landes. Beaucoup de gens croient que Notre-Dame des Landes a été construite au milieu de nulle part vers 1840. En fait, ce n’est pas vrai, en 1845 il y avait déjà 1400 personnes sur le territoire de l’actuelle commune et une partie d’entre elles habitaient des hameaux qui existent depuis le XVIIe siècle, voire avant (la Marchandais, la Héraudais, la Primais, la Forestrie, Foucré, Breilvin…). C’est pourquoi nous allons démarrer une série sur le patrimoine landais avant la création de la paroisse et de la commune de Notre-Dame des Landes. Nous tirerons pour l’essentiel nos informations du livre de Marie-Ange Lebreton, Des pierres sur la lande (2004).

P1010400Lorsqu’on arrive de Fay de Bretagne, la route dépasse le hameau du Bourget et plonge pour passer le ruisseau de l’Arche du Fouan, qui marque la limite occidentale de la commune. Dans la remontée, un chemin boueux s’ouvre à gauche. Au fond, face à une mare aménagée au bord du ruisseau, se voit une croix pattée curviligne, tirée du granit proche de Vigneux. Sur son fut sont portées la date de 1835 et les initiales JG. Son soubassement était jadis de pierres jointoyées à l’argile, quatre bornes marquant aux coins les alentours de la croix, qui regarde Fay de Bretagne.

En 1998, le terrain autour de la croix qui tombait lentement en ruines fut défrichée, et c’est alors que l’on découvrit une croix inconnue jusque ailleurs. Cette petite croix grecque en granit portait la date de 1625, ce qui en faisait la croix la plus ancienne connue jusqu’alors à Notre-Dame des Landes. Lorsque la restauration de la grande croix du XIXe est entreprise par un voisin, des gens se présentent pour racheter la croix de 1625. Pour garder cette croix sur place et décourager les tentations, décision est prise de l’incruster dans le socle de la grande croix. C’est ainsi que si on écarte un peu les hortensias, on peut voir au pied de la croix de 1835 celle qui a été érigée là – ou ailleurs – près de deux siècles auparavant. L’ensemble est inauguré le 3 septembre 1999.

 

Reprise de la démolition de l’église de Gesté lundi

17 Août
Voilà ce qui reste encore de l'église de Gesté à ce jour

Voilà ce qui reste encore de l’église de Gesté à ce jour

La mairie de Gesté reprend la démolition de l’église lundi. Après l’arasement du mur pignon de la nef et de la moitié du mur sud de la nef, il reste à abattre le chœur néogothique, construit par l’architecte angevin Teissier dont quatre autres édifices sont classés monuments historiques en Anjou.

Le maire nous avait annoncé en juin que « à la rentrée de septembre, tout sera plat », le chœur et le reste de la nef seront rasés. Ne seront conservés pour le projet de la nouvelle église que le maire espère construire que le clocher et la crypte située sous le chœur, ainsi qu’un pan du mur nord de la nef pour soutenir le clocher. Rien ne s’oppose plus au sacrilège du maire, puisque la justice elle-même a cédé à la force début juillet avec un argument imparable : puisque les travaux de démolition sont déjà engagés, le juge conclut qu’ils sont irréversibles et l’urgence est non de les arrêter, mais de les finir. Les bétonneurs de tous poils apprécieront. Désormais, au lieu de s’embêter à sauvegarder des vieilles pierres, un coup de pelle sera vite arrivé et défendu par la justice qui était censée le condamner. Mais ça, c’était avant. L’association mémoire vivante du patrimoine gestois (MVPG) opposée à la démolition de l’église, envisage de se pourvoir en cassation. Mais l’église sera rasée depuis longtemps quand il lui sera enfin rendu justice.

Presse locale servile, couardise des villageois, mensonges et incompétences de l’Etat , justice peureuse et incapable de remplir sa mission, démolition au cours de l’été, passage en force de la mairie : l’affaire de Gesté est un terrible témoignage de la dérive que connait la France, jusqu’au cœur de son terroir. Le pays des « Droits de l’Homme » n’a jamais été un exemple pour la Bretagne – surtout à l’époque des colonnes infernales et des « interdit de cracher par terre et de parler Breton ». Surtout à l’heure où il s’agit de sauver une autre église Saint-Pierre, celle de Plouagat dont les habitants doivent voter pour accepter ou refuser la restauration.

Gesté : l’association de défense de l’église va se pourvoir en cassation

16 Juil

gesté2Nous avons reçu et publions le communiqué de l’association Mémoire Vivante du Patrimoine Gestois (MVPG) qui s’oppose à la destruction de l’église par la municipalité.

« L’association mémoire vivante du patrimoine gestois  envisage de se pourvoir en cassation devant le conseil d’état.  C’est une démarche dans la continuité du combat qu’elle mène depuis 2007 contre les destructeurs. Contrairement à ce que l’on veut faire croire, seulement une petite partie de l’église a été démolie : moins de 20% en volume et en surface. Ce début de démolition permet de distinguer le filet de protection installé depuis 1995 : à part les fientes de pigeons et autres volatiles, il n’y a aucune pierre de tombée dedans ! Ce qui est surprenant pour une église que l’on dit en ruines.

Ce pourvoi est aussi une suite logique et morale pour tous nos soutiens locaux, nationaux et internationaux qui ne veulent pas que la triste affaire de Gesté fasse jurisprudence car ce serait un drame pour le patrimoine national et pour ceux qui se battent pour le conserver. L’association s’interroge sur le financement de ce projet et de l’emploi de l’argent public pour la construction d’un lieu de culte ce qui est contraire à la loi de 1905. Il est anormal d’avoir entamé  la démolition sans connaître  le coût réel du projet communal. Il est bon de rappeler que le budget municipal est de 1 350 000€ TTC (prix 2007) pour la démolition, reconstruction, conservation crypte et clocher ainsi que les aménagements extérieurs, ce qui est utopique. »

 

Pour en savoir plus sur l’affaire de Gesté : lire notre article de fond

Gesté : le sort de l’église sera fixé le 12 juillet

8 Juil
Aujourd’hui, le tribunal administratif de Nantes examinait en son audience la demande de référé-suspension émise par l’association Mémoire Vivante du Patrimoine de Gesté (MVPG) contre la délibération du conseil municipal autorisant la démolition de l’église. En une petite heure, les parties ont été entendues; la maigre assistance était composée de deux journalistes – dont votre humble serviteur, du maire Jean-Pierre Léger accompagné de quatre affidés, et de plusieurs membres de MVPG.
L’argument du péril imminent ne tient pas
L'église est loin d'être aux deux tiers détruite

L’église est loin d’être aux deux tiers détruite

L’association fonde sa demande sur l’inéxécution de la délibération attaquée (du 6 mai 2013), l’urgence à statuer et le doute sérieux sur sa légalité, ainsi que le motif invoqué par la mairie pour détruire l’église, à savoir qu’elle est un péril pour les gestois. L’avocat de MVPG, Me Meschin, s’est attaché à démonter point par point les arguments de la mairie en faveur de la démolition. En n’examinant que les nouvelles pièces – le rapport de l’APAVE et celui de Me Schneider demandé par le tribunal administratif de Nantes, il montre que ce dernier rapport est très « succinct » et « s’appuie en très grande partie sur le rapport de l’APAVE« . Dans celui-ci, il y a quatre degrés d’urgence pour les défauts et fragilités rencontrées. Il précise que « au degré 4, le plus grave, il y a sept observations » parmi lesquelles « un angle droit dans les murs à rejointoyer, une fleur de lys en zinc, une ardoise qui manque, un contrefort à cercler et deux corniches pointées, dont une fissurée« . Or « ce sont sensiblement les mêmes observations que sur les rapports antérieurs » qui ont justifié que la cour administrative d’appel annule en 2011 le permis de démolir de la mairie, fustigeant une « erreur manifeste d’appréciation » de celle-ci quand elle s’est auto-délivrée le permis.

Il poursuit en signalant qu’une partie de la démolition seulement a été effectuée : dans le détail, seule la moitié de la hauteur du mur sud de la nef, le pignon ouest tout entier et la charpente de la nef ont été abattus lors des travaux de démolition qui se sont déroulés tout le 19 juin 2013 et le matin du 20 juin. Posant au passage la question de la pertinence de l’argument du péril imminent invoqué par la mairie : « pourquoi a-t-elle attendu sept mois après le rapport de M. Schneider et 9 mois après le rapport de l’APAVE s’il y avait péril imminent ? « . Encore un moyen de constater que la mairie n’a aucune justification de son côté – elle s’en passe d’ailleurs très bien – y compris quand elle avance que les fonds municipaux ne suffiraient à restaurer l’édifice, ce qui pourtant avait été entamé dans les années 1980 et 1990 puis « stoppé, non pas par volonté budgétaire, mais par la volonté de l’ancien maire« , M. Baron.
Cascade de contre-vérités dans la plaidoirie de l’avocate de la commune
Le filet posé en 2005 n'a jamais reçu de pierres, seulement des fientes et des nids de pigeons. Pas mal pour un édifice en "péril imminent".

Le filet posé en 2005 n’a jamais reçu de pierres, seulement des fientes et des nids de pigeons. Pas mal pour un édifice en « péril imminent ».

De son côté, l’avocate de la mairie a essayé d’empêcher tout parallèle avec la décision de la cour administrative d’appel qui avait invalidé en 2011 le permis de démolir que la municipalité s’était délivrée – et qui se révèle superflu du fait des subtilités locales du droit de l’urbanisme. Avec une pincée de mauvaise foi, elle affirme que « les désordres de l’édifice se sont considérablement agravés depuis 2009« , ce qui est faux, comme l’a précisé l’avocat de MVPG, puis continue en disant que les travaux de démolition sont « irréversibles« , citant un constat d’huissier du 25 juin 2013 qui dit que « deux tiers de l’église est détruit (…) et que tout le mur sud de l’église a été démoli« , ce qui est faux dans les deux cas; les photos du dossier, produites par l’avocat de MVPG, contredisent sévérement ce constat d’huissier pour le moins fantaisiste.

Imperturbable, elle poursuit en déclarant que « le périmètre de sécurité autour de l’église a été élargi, donc le centre-ville est paralysé » : c’est faux encore, puisqu’à la fin des travaux de démolition, la place entre l’église et l’école a été rendue à la circulation, les barrières étant mises à l’emplacement de l’ancien pignon de la nef, quant à la route, et à la place qui sert de parking le long du mur nord de l’église, elles n’ont jamais été interdites à la circulation. Enfin, déclenchant les rires discrets d’une partie de l’assistance – elle clame que « cette décision de démolition-reconstruction est le produit d’une analyse approfondie » de la situation par la mairie.
Le tribunal rendra sa décision en fin de semaine
Le sort de l’église – où des travaux de consolidation du clocher et de la crypte, gardés en état par la municipalité, continuent actuellement – reste en suspens.Le tribunal rendra son ordonnance de référé le vendredi 12 juillet. Une décision est aussi attendue dans les mois qui viennent sur le fond.
Pour en savoir plus sur l’affaire de Gesté : lire notre article de fond