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Nantes – Châteaubriant : vidéo-surveillance sur toute la ligne

18 Jan

videosurveillance-3La préfecture de Loire-Atlantique a donné le 13 janvier son accord à la vidéo-surveillance du tram-train et de ses gares, de Nantes à Châteaubriant. Des caméras seront donc installées dans les rames, mais aussi les gares suivantes : la Haluchère-Batignolles, Babinière, Erdre Active, La Chapelle Centre, la Chapelle Aulnay, Sucé sur Erdre, Nort-sur-Erdre, Issé, Abbaretz et Châteaubriant.

Pour les rames, le droit d’accès aux images s’exercera auprès du directeur de l’établissement TER des Pays de Loire ; pour les gares, auprès de leurs directeurs respectifs. L’autorisation est donnée pour cinq ans. « Hormis dans le cas d’une enquête de flagrant délit, d’une enquête préliminaire ou d’une information judiciaire, les enregistrements sont détruits dans le délai maximum de 30 jours ».  Rappelons que les autorisations de mise en place de la vidéo-surveillance peuvent, comme tout acte administratif, faire l’objet d’un recours dans les deux mois suivant la publication des arretés.

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Mensonge d’Etat autour de l’église de Gesté

18 Juil
le choeur de l'église de Gesté

le choeur de l’église de Gesté

#OpMagouilles. Nous avons longuement couvert l’affaire ahurissante de démolition de l’église de Gesté, et le drame de ce petit village angevin dont la mairie casse l’église en s’appuyant pour l’essentiel sur des éléments matériels détournés ou contraires à la réalité. La SPPEF – Société de Protection des Paysages et de l’Esthétique de la France –  avait écrit le 20 juin au préfet du Maine et Loire pour s’insurger contre le début des travaux de démolition. Une lettre à l’abîme avait-on cru.

Et puis non, divine surprise. Dans la réponse, datée du 27 juin, le préfet du Maine et Loire François Burdeyron écrit à la SPPEF « il ne s’agit pas d’une démolition d’église. Le clocher, la crypte et le chœur ne seront pas détruits, ce sont les parties les plus emblématiques de ce bâtiment et seront conservés. La nef dont la démolition a été engagée sera reconstruite mais sous un format plus petit ». Curieusement, sur place, la mairie s’en tenait toujours à son projet initial – c’est-à-dire conserver le clocher et la crypte mais raser le chœur – et rien ne semblait confirmer les dires du préfet. Donc, avant même de nous demander comment une nef plus petite pourrait s’accorder à la monumentalité du chœur néogothique, nous nous sommes dévoués et avons demandé à la Préfecture de préciser. Celle-ci nous a courageusement renvoyés à la sous-préfecture de Cholet, chargée d’aplanir le monumental gourage.

Colin Miège, le sous-préfet de Cholet, nous dit en effet « qu’il faut bien reconnaître qu’il y a une erreur dans cette lettre : le chœur en réalité sera détruit et la nef aussi. On reconstruit un nouvel édifice en gardant le clocher et la crypte ». Rien de nouveau sous le soleil, mais la façon dont a été écrite la lettre montre avec quelle désinvolture l’Etat – par le biais du Préfet du Maine-et-Loire traite la destruction de l’église catholique Saint-Pierre de Gesté. Le représentant de l’Etat dans le Maine et Loire se permet même d’entuber au passage la plus ancienne association de protection du patrimoine historique en France (la SPPEF a été fondée en 1901 et est agréée d’utilité publique sans discontinuer depuis 1968). Plus étonnant, la direction de cette association, ne s’est même pas rendu compte qu’elle s’est faite flouer et n’a pas pris la peine de vérifier l’étonnante nouvelle; c’est d’autant plus étonnant que la SPPEF suit le dossier depuis 2006. Cette désinvolture étatique et ce désengagement de la SPPEF sont symptomatiques de la déliquescence intérieure de la France, où tout le monde se fiche de tout et personne hormis les démolisseurs n’a plus aucun repère, ni moral ni sacré, ni même fondé sur le travail bien fait.

La nouvelle église doit ressembler à cela (esquisse). Le choeur sera bel et bien rasé.

La nouvelle église doit ressembler à cela (esquisse). Le choeur sera bel et bien rasé.

Il y a une seconde monumentale erreur dans cette lettre, visiblement rédigée à la va-vite, puisque le sous-préfet de Cholet avance que « le préfet n’avait visiblement pas les données du dossier, ou ses papiers ». C’est à croire que tout le monde est en congés ou en RTT à la préfecture du Maine-et-Loire, puisqu’il ne s’est trouvé personne pour sortir le dossier et essayer de fignoler un tant soit peu la lettre – officielle – d’un non moins officiel représentant de l’Etat. Sans sourciller, le préfet écrit « un expert mandaté par le tribunal a précisé que la nef est dangereuse et menace ruine. Cela a (…) eu pour conséquence d’obliger le maire à faire évacuer une habitation contigüe à l’église et à reloger la personne qui y habite ».  Cela est bel et bien… faux puisque l’expert a précisé que c’est le chœur néogothique qui menace ruine et l’habitant délogé habitait justement à cinq mètres du chœur, au sud-est de l’église. La nef, rénovée en partie dans les années 1980-1990 est en très bon état, pour ce qu’il en reste. Pour finir sur l’accumulation de mensonges sur l’état de l’église, l’expertise de l’APAVE en 2012 n’a pas conclu à un péril imminent sur l’église et seulement signalé, comme ce fut précisé au tribunal administratif de Nantes le 8 juillet dernier qu’il y avait un contrefort à cercler et deux corniches à réparer sur ledit chœur.

Mais cette fois, le sous-préfet de Cholet s’arc-boute : pour lui « le péril de l’ensemble de l’église n’est pas contesté ». Sauf par deux rapports d’expertise en 2012 et trois autres en 2006-2007. Du coup, il souhaite « que la polémique s’apaise » puisque « au vu de la situation financière de la commune, celle-ci ne pouvait faire autrement que de détruire l’église » et la sous-préfecture lui a « donné des garanties juridiques ». Par conséquent, « les travaux vont se poursuivre, et s’il y a quelque chose à y redire, c’est le juge administratif qui tranchera sur le fond [dans neuf mois au moins] mais trop tard pour l’église ». Rien d’étonnant dans cette calme invitation faite aux élus d’abattre leurs églises et fouler aux pieds les arrêts de cour administrative d’appel : puisqu’un préfet est capable de bâcler une lettre officielle et de la farcir d’erreurs monumentales, pourquoi s’étonner que dans une province particulièrement en crise d’un pays moralement et économiquement failli, un sous-préfet passe la justice par pertes et profits ?

Alors nous nous sommes enhardis et nous avons demandé s’il y aura-t-il une « doctrine Gesté » pour toutes les églises en péril ? A commencer par celle de Drain, face à Ancenis, côté Choletais, église sérieusement fissurée, mal assise sur un coteau instable et viticole ? Bien que le sous-préfet estime que « chaque église est un cas d’espèce » et que « de nombreux critères, tels que la valeur patrimoniale, l’âge, la possibilité de faire des travaux à un coût raisonnable, les capacités financières de la commune » entreront en jeu, force est de constater qu’un tri s’annonce en creux, avec la complicité sinon le soutien des autorités publiques, unies dans le mensonge d’Etat. Dans la France morte de demain, une église du XIXe construite en plusieurs fois, dans une commune pauvre – ou qui se dit telle pour ne pas avoir à réparer l’église – aura nettement moins de chance de survie qu’une église antérieure, ou encore une église du même âge dans une commune pas nécessairement plus riche, mais bretonne.

Un rapport du Sénat estimait en 2007 que 2.800 églises rurales pourraient être en péril dans les prochaines années. Les estimations croisées des associations de défense du patrimoine, de La France des Clochers, de Patrimoine en blog et de l’Observatoire du Patrimoine religieux convergent vers 250 à 300 monuments religieux, dont une bonne moitié d’églises, en péril de ruine ou de démolition. Seules six d’entre elles se trouvent dans les 1491 communes des cinq départements bretons, et aucune n’est menacée de démolition par sa mairie. Qu’est-ce qu’il y a de plus en Bretagne qu’il n’y a pas en Anjou ? Le sens du bien et du mal, tout simplement, peut être.

La chaîne humaine réunit 40.000 personnes à Notre-Dame des Landes

11 Mai

Depuis ce matin, des milliers de personnes convergent sur la ZAD pour participer à une immense chaîne humaine sur un parcours de 25 km  tout autour du site de l’ex-futur aéroport nantais, en passant par le bourgs de Notre-Dame des Landes au nord, les carrefours des Ardinières et du Chêne des Perrières à l’ouest, Vigneux et la Paquelais au sud, et le village de Chanais sur la route de Grandchamp des Fontaines à l’est.

La préfecture annonce une affluence ridicule et se discrédite

aéroport-crxL’affluence a été estimée par les organisateurs à 40.000 personnes ; la préfecture a annoncé 3.000 personnes à 10h, 5.000 à 11h, 8.000 à midi pour s’arrêter à 12.000 à 14h, ce qui est mathématiquement impossible. Dominique Fresneau, de l’ACIPA, explique : « Il y avait des gens qui se donnaient la main sur tout le pourtour de la chaîne, sur 25 km, soit 25.000 personnes. A 13h30 déjà, le tour était joué, mais les gens continuaient à affluer. Après vérification des images prises par les médias présents sur le site, nous confirmons le chiffre des 40.000 personnes, la valeur d’une chaîne humaine et demi ».

Et les chiffres de la Préfecture alors ? « On peut contester l’affluence d’une manifestation en ville », concède Dominique Fresneau en se référant à la polémique répétée sur les chiffres de la Manif pour Tous  « mais il est impossible de contester pour une chaîne humaine ou vraiment, tous les participants ne sont pas des surhommes et ne prennent pas dix mètres à eux seuls ; bref, la préfecture se discrédite complètement ». En vérité, comme pour la Manif pour Tous, la chaîne humaine dérange le gouvernement et le Premier Ministre. Consignes ont été données de minimiser l’événement, dans le but de diminuer l’importance du camouflet et essayer de le passer sous silence. Raté.

« Les gens restent mobilisés »

Encore un panneau original sur le site, la version bretonne de la Manif pour Tous (Twitter Frederic Landais)

Encore un panneau original sur le site, la version bretonne de la Manif pour Tous (Twitter Frederic Landais)

Les eurodéputés EELV (Sandrine Bélier, Jean-Jacob Bicep, José Bové, Karima Delli, Yannick Jadot et Eva Joly) ont participé à la Chaîne Humaine. Depuis que l’on est presque sûrs – du fait de l’opposition de l’Europe à voir le droit bafoué – que le projet ne se fait pas, EELV s’oppose en bloc à l’aéroport, oubliant et ses ministres au gouvernement, et ses incertitudes passées, et le fait que le parti des Verts avait accepté que le nucléaire et l’aéroport soient écartés de l’accord électoral avec le PS. Au premier rang d’entre eux, Sandrine Bélier qui s’est beaucoup investie dans le dossier  notamment en portant le dossier du recours devant la commission des pétitions du Parlement Européen qui a permis aux instances européennes de se mêler du dossier et de faire pression sur la France, devant les illégalités flagrantes du projet. Des élus de tous bords, notamment François de Rugy, député Vert qui ne cache pas ses ambitions pour la mairie de Nantes, étaient présents.

Cyclistes parisiens venus pour la Chaine Humaine - ChristoMiche sur Twitter

Cyclistes parisiens venus pour la Chaine Humaine – ChristoMiche sur Twitter

La chaîne humaine n’a finalement pas réuni plus de personnes que la manifestation de réoccupation du 17 novembre, est-ce un handicap ? « L’affluence même en période apaisée, avec moins de risque immédiat pour la ZAD montre que les gens restent fortement mobilisés contre l’aéroport ». Quarante-cinq cars, majoritairement des cinq départements de Bretagne, mais aussi de l’Isère, de Toulouse ou du Loiret, sont venus sur le site ; de nombreuses personnes avaient choisi de venir la veille ou l’avant-veille et passer quelques jours de ce long week-end sur la ZAD. « Le temps ne nous a pas aidé, mais finalement la météo était bonne dans l’après-midi, les gens étaient sur les routes, au sec, il y avait plus de familles aussi, c’était très serein », poursuit Dominique Fresneau.

Beaucoup de personnes devraient finir leur journée au festival de soutien aux Planchettes. Hier, il y avait près de 5000 personnes sur le site, aujourd’hui ils pourraient être le double à enterrer le projet en musique, au cœur de la ZAD. Une mobilisation qui est aussi le succès collectif des 500 bénévoles qui se sont relayés pendant ces deux jours pour une organisation fluide et sans accrocs.

Album photos de la Chaine humaine : cliquez sur le lien

Blocus de la ZAD : le préfet n’en démord pas

3 Avr
Cabanes sur la ZAD près de la RD81

Cabanes sur la ZAD près de la RD81

NDDL. Attention chien méchant. Rien ne fait lâcher prise à la Préfecture. Ni le fait que le blocus est illégal puisque constituant de facto une atteinte aux libertés fondamentales hors de proportion avec le but poursuivi, ni le fait que le projet d’aéroport est lui-même illégal  au point que l’Europe s’en mêle.C’est donc avec une remarquable constance que le 29 mars le directeur de cabinet de la Préfecture de Loire-Atlantique, Patrick Lapouze, a signé trois nouveaux arrêtés qui font effet du 2 avril au 2 mai. Comme les précédents, ils interdisent le transport de tout carburant et de « tout explosif, produit inflammable, feux d’artifices » sur les deux communes de Vigneux de Bretagne et de Notre-Dame des Landes ainsi que la circulation de véhicules transportant des matériaux de construction sur les mêmes voies que précédemment, « sauf nécessité dûment justifiée par une activité professionnelle ».

La légalité apparente de ces arrêtés en fait illégaux est confortée par un déni de justice indéfendable dans tout état de droit – à croire que la France ne l’est plus. Ainsi, sur quatre recours faits successivement contre ces arrêtés, deux ont été rejetés et deux n’ont pas été jugés… et ne le seront plus. Une saisine du Défenseur des Droits est à l’étude sur ce blocus. Il faut donc croire que les opposants à l’aéroport, et au passage l’ensemble des habitants des communes de Vigneux-de-Bretagne et de Notre-Dame des Landes sont trop Bretons pour avoir droit au droit français.

Télécharger les arrêtés :

–          interdisant le transport de carburants

–          interdisant le transport de produits inflammables

–          interdisant le transport de matériaux de contruction

Printemps français : trois cent personnes devant la Préfecture de Nantes ce midi

28 Mar

Pour protester contre les exactions policières lors de la Manif pour Tous de dimanche, l’autisme du pouvoir et réaffirmer leur mobilisation contre le mariage homosexuel, une manifestation était programmée sur les marches de la Préfecture de Loire-Atlantique ce midi. Rapellons que dimanche, plus de 1.4 millions de personnes ont défilé dans tout l’ouest parisien, de la Défense au bas des Champs Elysées.

PRINTE~1Cette manifestation fut un succès avec la mobilisation de plus de 300 personnes dans des délais très courts. François-Régis, membre de la coordination Loire-Atlantique de la Manif pour Tous, joint par BreizhJournal, commente : « malgré l’énervement général qui devient de plus en difficile à contenir, nous sommes toujours aussi déterminés et tenons a être entendus. C’est notre façon de soutenir le collectif qui ira accueillir Francois Hollande a son arrivée dans les studios de France TV ce soir à 19h ».

Le « Printemps français » a commencé dimanche après-midi à 15h08, au coin de la rue de Presbourg et de l’avenue de la Grande Armée à Paris, lorsqu’une charge de Bretons et de Normands, toutes hermines déployées, a porté la manifestation sur les Champs Elysées qui lui avaient été interdits. Depuis, sur fond d’un ras-le-bol général contre le gouvernement, la mobilisation ne cesse de forcir. A Lyon, près de 500 personnes (250 pour la police et les médias de gauche) ont bloqué Christiane Taubira à sa sortie du théâtre – les forces de l’ordre ont du les gazer pour dégager la voiture de la ministre. Aujourd’hui, en plus de Nantes, des rassemblements similaires étaient organisés devant les préfectures de Rennes, Vannes, Laval, Caen et ont réuni des milliers de personnes en Bretagne, Normandie et dans le Maine.

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NDDL : Un espoir de répit jusqu’à fin mars pour Bellevue

1 Mar

Une centaine de paysans et de zadistes déterminés étaient rassemblés ce matin à la ferme de Bellevue pour la protéger de toute tentative d’expulsion et de destruction. Dans la matinée, la nouvelle est tombée : la Préfecture s’abstiendra de toute intervention policière à la ferme avant que la Commission de dialogue n’ait rendu son rapport, fin mars.

La ferme de Bellevue, ce matin. Notre-Dame des Landes, Bretagne.

La ferme de Bellevue, ce matin. Notre-Dame des Landes, Bretagne.

Il est probable que cette décision ait été en partie motivée par la réaction de la Confédération Paysanne suite au jugement d’hier  qui a ordonné l’expulsion immédiate de la ferme et condamne ses occupants à une astreinte de 50€ par jour et par personne pendant trois mois. En effet, le syndicat paysan avait, bien avant le jugement, décidé d’aller se rendre à l’invitation de la Commission de Dialogue. En apprenant la décision du tribunal et le pré-positionnement d’importantes forces de police (de 60 à 80 fourgons de gardes-mobiles) à Nantes, poursuit Jean-François Guitton, de la Confédération Paysanne : « nous avons estimé que le dialogue était rompu, nous sommes allés à la Préfecture et nous avons remis à la commission un bref document qui explique notre position après le jugement, et l’on a bien vu que les membres de la commission étaient très embêtés de voir ce jugement paralyser leurs efforts d’apaisement et de dialogue serein ». Commission qui, à défaut d’avoir convaincu les opposants de son utilité, essaie de faire son travail avec sérieux. Dorian Piette, juriste engagé contre l’aéroport, a été auditionné par la commission le 27 février avec trois avocats (l’un de  Saint-Nazaire pour les expropriations, un autre pour le droit de l’UE et le  refus d’abrogation de la DUP, et un dernier pour le droit de l’eau) et un professeur d’université qui représentaient le collectif des juristes opposés au projet aéroportuaire. L’audience, qui devait durer de 10h30 à 12h, s’est prolongée jusqu’à 13h15, par suite des interrogations très techniques menées par Rouchdy Kbaier  notamment sur les illégalités par rapport au droit européen qui grèvent le projet d’aéroport depuis 2008 ou encore les aspects léonins du contrat de concession accordé par l’Etat à Vinci.

Barricade protégeant la ferme de Bellevue

Barricade protégeant la ferme de Bellevue

La ferme est actuellement protégée par une trentaine de tracteurs enchaînés et des défenses sur les trois routes qui y mènent, au nord par le Liminbout, à l’ouest par le Chêne des Perrières (quatre barricades) et au sud par le débouché du chemin de Suez (deux barricades). Les activités de la ferme continuent : le mur au-dessus du four à pain et sa cheminée, ébranlés par le dernier occupant qui avait tenté d’en retirer un linteau de granit, sont en cours de réfection, le terrain autour de la ferme aplani et assaini, les travaux de réfection intérieure continuent. La grange, passablement défoncée par son dernier fermier est devenue une salle de réunion chaulée à neuf. La ferme permet actuellement d’abriter une quinzaine de personnes, « vingt-cinq en se serrant » d’après l’un de ses occupants.

Une stratégie de défense en cours d’élaboration

Bellevue redevient peu à peu une ferme active. Plusieurs vaches, dont une pie noire bretonne, y vivent depuis 3 semaines.

Bellevue redevient peu à peu une ferme active. Plusieurs vaches, dont une pie noire bretonne, y vivent depuis 3 semaines.

Une réunion a été tenue ce midi à la ferme en présence de quelques journalistes et de 75 paysans et occupants de la ZAD pour discuter au sujet de la stratégie à adopter pour la défense de la ferme. Deux options divergent nettement : d’un côté la non-violence totale à la Gandhi, de l’autre la construction d’un rapport de force qui pourrait inclure des actions musclées, façon luttes paysannes du Trégor. D’après Jean-François Guitton, de la Confédération Paysanne, la bonne solution se trouve entre les deux, dans la « diversité des initiatives autour de la lutte » et « l’extériorisation de la confrontation, l’ouverture  de celle-ci à des lieux extérieurs », par exemple la ville de Nantes. L’importance de la non-violence semble être un fait majeur dans le capital médiatique que possèdent les insurgés de la ZAD depuis le début des opérations policières le 16 octobre 2012. Pour Lionel, ancien du Larzac et paysan, « ici, à Notre-Dame des Landes, beaucoup de choses sont différentes par rapport au Larzac. A l’époque, les paysans avaient dit tout de suite et clairement qu’ils étaient non-violents, ce qui ne les avait pas empêche de mener des actions très pertinentes et très symboliques ». Le flou – un peu voulu parfois – maintenu par les opposants à l’aéroport sur la stratégie – non violence ou confrontation, est-il un  problème ? Il est en tout cas un axe de réflexion important pour la défense de Bellevue, puisque l’objectif pour les paysans, tant du collectif COPAIN44, de l’ACIPA et d’ailleurs, est « d’empêcher que la ferme ne soit détruite ». Sur le plan de la stratégie, l’occupation et la remise en exploitation de la ferme de Bellevue pourrait être un moment déterminant, puisque maintenant les paysans – notamment du collectif COPAIN44 ont aussi leur lieu symbolique, leur équivalent du Sabot pour les zadistes, leur point d’appui autour duquel développer leur apport dans la lutte et leur choix de société.

L’huissier est passé à Bellevue

16h57 : l'huissier quitte, seul, la ferme de Bellevue.

16h57 : l’huissier quitte, seul, la ferme de Bellevue.

Vers 16h30, l’huissier est passé à la ferme de Bellevue notifier et expliquer le jugement aux comparants volontaires. Il était accompagné, jusqu’à la barricade au débouché du chemin de Suez sur la route de Vigneux, par deux fourgonnettes de gendarmes, qui sont reparties avec lui sur le coup de 17 heures. La journée a été peu marquée par des mouvements policiers, à part les barrages habituels des Ardillières et de la Saulce dès 5 heures du matin. Vers six heures du matin, l’arrivée sur le carrefour de la Saulce de dix fourgons de gendarmes mobiles munis de remorques motorisées ont fait quelque peu d’émoi sur la ZAD, mais ils sont repartis peu après vers Vigneux. Le sort juridique de la Chat Teigne, le village de cabanes en bois situé à l’ouest du Bois de Rohanne, doit être tranché en justice le 12 mars. Par ailleurs, presque tous les campements situés sur le tracé du barreau routier au sud et au sud-est de la ZAD peuvent être expulsés à n’importe quel moment – probablement après la remise du rapport de la commission de dialogue. Autant de raisons pour d’autres mouvements policiers à Notre-Dame des Landes ces jours prochains. Nous apprenons enfin que la commission des pétitions du Parlement européen a inscrit l’audition des pétitionnaires de l’Etat français (pour et contre) au sujet de Notre-Dame des Landes à l’ordre du jour de sa session, prévue le 20 mars 2013.

Une bien suspecte revendication de l’agression du vigile

16 Nov

L’agression par des inconnus du vigile en début de semaine, la nuit, à l’ouest de l’aire prévue pour le futur aéroport à Notre-Dame des Landes continue à se développer en nouveaux épisodes toujours aussi sulfureux.

L’affaire ne manque pourtant point de zones d’ombre, comme nous le soulignions hier  notamment à cause du rôle trouble d’une certaine presse qui s’est retrouvée commise dans le rôle d’allié de la Préfecture, allant jusqu’à exercer des pressions sur des opposants à l’aéroport.

Que s’est-il vraiment passé ?

La Préfecture de Loire-Atlantique a accepté d’éclaircir certaines des zones d’ombre de l’affaire. Stigmatisant « la propension de certains médias à sombrer dans les ragots et l’inexactitude », Patrick Lapouze, directeur de cabinet du préfet, nous a lu un rapport d’enquête de la gendarmerie de Châteaubriant, qui résume le témoignage de la victime, à savoir du vigile.

La maison de la Pointe que le vigile devait surveiller

Celui-ci a « été agressé entre 2 h 45 et 3 heures du matin par des inconnus, dont certains parlaient français, anglais et espagnol, cagoulés, qui l’ont extirpé de son véhicule, roué de coups aux épaules et aux avant-bras, ont répandu un liquide inflammable sur ledit véhicule, qui a été entièrement brûlé. Le vigile s’est enfui, s’est réfugié dans un bois proche d’où il a appelé les secours ». Le témoignage de la victime ne mentionne ni l’âge ni la provenance des inconnus, et donne des précisions quant aux propos échangés par les agresseurs « certains ont dit, en anglais, « il faut le cramer avec« , d’autres, en français, ont répondu, « non, il ne faut pas faire ça » ». La victime a eu 5 jours d’ITT pour cause de contusions aux avant-bras. Le vigile a porté plainte contre X.

Il apparaît de ce rapport – que hélas la Préfecture a refusé de nous communiquer, arguant du fait que c’est « une pièce administrative à usage interne », que la victime n’a pas été brûlée (mais son véhicule, oui), qu’elle n’a pas été « entièrement tabassée » comme on a pu le lire dans certains médias. En revanche, les faits allégués se rapportent bien au délit de violence en réunion ayant entraîné une incapacité de travail inférieure ou égale à huit jours tel qu’il est prévu par l’article 222.13 du Code Pénal. Ce délit est puni par une peine qui va de 3 à 7 ans d’emprisonnement et de 45.000 à 100.000 € d’amende.

« Les opposants sont dans une logique de guerre »

La préfecture n’a pu nous répondre en revanche pour les autres zones d’ombre de l’affaire, sauf en ce qui concerne la violation de la présomption d’innocence par les communiqués de la Préfecture.

En effet, M. Lapouze nous a réaffirmé que les services de la Préfectures étaient, dès la commission de l’agression, « persuadés à 100%, d’après les élements en [leur] possession, que les auteurs de l’agression étaient bien des opposants à l’aéroport ». Pourquoi ? Parce que par le passé, pendant la période de plus forte pression policière sur la zone du projet aéroportuaire, du 16 octobre  au 3 novembre, les opposants à l’aéroport ont « fait preuve de violence » à l’égard des forces de l’ordre. La préfecture compte en effet, dans les rangs des policiers et gendarmes attachés à l’opération, « vingt-cinq blessés, dont deux ont été hospitalisés », hors le gendarme qui est tombé d’un arbre, « accident de travail ». Du côté de la ZAD, « zéro blessé nécessitant une hospitalisation », persifle-t-on du côté des forces de l’ordre. Mais pas zéro blessé tout court. Même si ceux-là sont moins voyants puisque les opposants ont un médecin parmi eux et disposent de ce qu’il faut (bandages, désinfectants, médicaments) pour les soigner sur place.

Plus que les faits de violences, la Préfecture dénonce « la logique de guerre » des occupants de la ZAD. Selon M. Lapouze, les « opposants auraient des ennemis, les forces de l’ordre seraient leurs ennemis, le Préfet aussi, certains journalistes même ». Et ils le feraient savoir. En dégradant des véhicules. Du Conseil Général de Loire-Atlantique comme en témoigne un billet enflammé écrit par un manifestant, écrit que nous rapportons. Mais aussi de Vinci, de la préfecture « Mon véhicule », témoigne M. Lapouze, «  a été dégradé deux fois ces derniers temps. Une fois en juin, une fois en octobre ». Cependant, la violence supposée ou réelle des occupants de la ZAD est à mettre en parallèle d’une très grande infériorité à la fois numérique et d’équipement. telle qu’elle a été dans les vingt premiers jours de l’investissement policier de l’aire prévue pour le futur aéroport : les opposants, victimes de tirs tendus de flashball et de grenades assourdissantes notamment, étaient à un contre 10 en moyenne et n’avaient, eux, pas de tenue anti-émeutes. D’où une question qui restera en suspens : qui a initié la « logique de guerre » ?

« En droit nous avons eu tort. Mais les faits nous ont donné raison »

La Préfecture reconnait que ses services ont eu « tort, du seul point de vue rigoureux du droit » d’avoir fait porter dès le début la responsabilité de l’agression. Mais qu’ils « restent persuadés, comme au premier jour, de l’entière responsabilité des occupants de la ZAD et de l’implication de certains d’entre eux dans l’agression ». Quand bien même l’enquête ne fait que commencer et qu’elle n’a encore débouché sur aucune accusation précise.

En effet, M. Lapouze affirme qu’une preuve inattendue a été versée dans l’affaire. A savoir une revendication, anonyme, de l’agression sur le média alternatif et libertaire Indymedia, qui fait porter la responsabilité de celle-ci aux occupants de la ZAD. C’est pourquoi, sans rire, M. Lapouze nous explique que, puisque les faits – à savoir cette revendication, dont la véracité ne pose pas du tout question pour les forces de l’ordre – appuient leur thèse, alors la violation de la présomption d’innocence est justifiée. Simple à comprendre, mais illégal.

Une revendication bancale ?

Faisons ce que la Préfecture ne fait pas, à savoir questionner cette revendication. Postée sur Indymedia Nantes le jeudi 15 septembre à 21 h 50  , elle dit en substance ceci « À propos de l’attaque incendiaire du véhicule de la police privée d’Aéroport Grand Ouest. Les vigiles sont des flics privés de plus en plus utilisés par les entreprises et autres exploiteurs. Ils sont nos ennemis au même titre que la police d’État. Mais dans la nuit du lundi 12 au mardi 13, le vigile n’a reçu aucun coup, car cela n’était pas notre but et que ça n’a pas été nécessaire. Il n’a pas joué les héros en tentant de défendre le véhicule, et il était loin de celui-ci lorsqu’il a été incendié. Six jours d’ITT pour de l’intox, ça fait toujours un vigile hors d’état de nuire.
Des opposant-e-s a l’aéroport et a son monde
 ».

Comme nous l’avons expliqué l’agression du vigile n’a aucun intérêt pour les occupants de la ZAD qui ont jusqu’ici fait preuve d’une résistance civile  et non armée à l’aéroport, sinon de les faire passer pour criminels dangereux qui troublent l’ordre public. Et donc de légitimer la répression à leur encontre. Le seul mobile qui puisse expliquer une agression commise par eux est cette « logique de guerre » dénoncée par la Préfecture, accusation dont nous venons de démontrer la fragilité, et qui peut être en fin de compte retournée contre l’envoyeur. On retrouve cette logique de guerre, qui, étrangement, ne transparaît pas dans les communiqués de la ZAD, dans l’emploi des termes « ennemis », « flics » et « exploiteurs ».

Pour une revendication d’un fait, elle apparaît bien cavalière avec les faits eux-mêmes. On peut relever dans le texte deux mensonges « le vigile n’a reçu aucun coup » – puisque au contraire il en a reçu aux avant-bras et aux épaules – et « six jours d’ITT » puisque c’est cinq jours d’ITT qui lui ont été prescrits par le médecin qui l’a examiné. Le terme « intox » apparaît aussi comme inapproprié, puisque la revendication accrédite l’option d’une agression faite par les occupants de Notre-Dame des Landes et donc la version préfectorale des faits.

Le doute plane sur les émetteurs de ladite déclaration. En effet, Indymedia est un média sur lequel n’importe qui peut écrire. Les articles sont censés être validés, mais même les articles refusés sont visibles, même s’ils sont carrément loufoques. La revendication est signée par « Des opposant-e-s a l’aéroport et a son monde  » mais la signature habituelle des occupants de la ZAD, c’est « ZADist ». Comme pour cet article qui détaille l’organisation de la manifestation de demain.

Enfin, pour la Préfecture « Indymedia, c’est le site des opposants ». Faux ! le site des opposants, du moins de ceux qui occupent la zone et s’opposent aux forces de l’ordre, c’est ZAD Nadir.org En revanche, Indymedia Nantes, le site sur lequel a été postée cette revendication, n’est que la branche locale d’Indymedia, qui se définit lui-même comme « d’agence de presse collectivement gérée, pour créer des supports de communication radicaux et passionnés» qui se décline en « IMC locaux ». Chacun d’entre eux est un  « groupe autonome qui a ses propres statuts, contrôle ses propres finances et prend ses propres décisions par ses propres processus». Indymedia (IMC) n’est pas le site des opposants à l’aéroport, mais un média qui embrasse un champ bien plus large, recouvrant de multiples champs de la lutte, des Indignés au droit au logement décent en passant par la lutte contre la misère ou la propagation des idéologies libertaires.

La ZAD : « cela ne vient pas de nous ».

Joint par BreizhJournal, le service presse de la ZAD nous affirme « cette revendication ne vient pas de nous ». Etant donné que IMC est un moulin, elle peut venir de n’importe où. La ZAD fera-t-elle un démenti ? « Non, nous ne démentirons pas cette revendication ». Pourquoi ? « Parce que, comme tout le monde, nous attendons les conclusions de l’enquête, et nous ne céderons à aucune pression, d’où quelle vienne, pour nous prononcer sur des événements dont on ne sait rien, et sur lesquels l’enquête commence à peine ».

Cette revendication pourrait-elle mettre à mal les occupants de la ZAD ? A priori, l’affaire du vigile n’a pas empêché la contestation sociale et politique de l’aéroport de prendre encore plus d’ampleur, plusieurs personnalités politiques de premier plan ayant rejoint récemment la contestation. Ce qui d’ailleurs suscite une certaine méfiance  sur place, la « ZAD n’a pas vocation à servir de podium aux politicards qui ne seraient jamais venus ici s’il n’y avait pas 50 caméras pour les suivre ». Mais, indubitablement, donne une couverture médiatique nettement meilleure à l’opposition contre l’aéroport, d’où qu’elle vienne.

Certes, pour le directeur du cabinet du Préfet de Loire-Atlantique, M. Lapouze, « c’est la preuve indiscutable de l’implication des occupants de la ZAD dans cette agression ». Oui, mais il apparaît par les éléments que nous avons soulevé que la « revendication » aurait pu être mise sur Indymedia par n’importe qui à n’importe quel moment. Que par conséquent, si preuve elle est, elle est très bancale, et ne tiendra pas longtemps face à un avocat un tant soit peu mordant dans un procès équitable. C’est donc à l’enquête, si elle peut se faire sans être bâclée à cause des présupposés du relais de l’Etat – et du ministère de l’Intérieur – dans le département qu’est la Préfecture, qu’il appartient de donner enfin la lumière, toute la lumière, dans cette regrettable affaire.

Addendum :

Deux militants du collectif de soutien aux opposants de l’aéroport de Notre-Dame des Landes ont été arrêtés hier à Paris. De source judiciaire, ils ont été interpellés à 1h15 cette nuit dans le nord de la capitale. Depuis, ils ont été placés en garde à vue pour des faits de dégradation volontaire. L’enquête a été confiée au SIT (Service d’Investigation Transversale). Ils sont toujours détenus dans les locaux du SIT.