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La rigueur ne relancera pas la France en 2013

22 Déc

Edito. Hier, cela devait être la fin du monde. Il ne s’est rien passé, sauf pour le budget. C’est la fin des budgets 2012, et même 2013 par la même occasion. Une note de conjoncture de l’INSEE dévoile que l’austérité – même relative – organisée par le gouvernement ne permettra pas la relance de la France, ni cette année, ni l’an prochain.

Le gouvernement s’attendait à une note franchement pas terrible. Mais c’est encore pire que prévu. Au programme : pas de croissance et plus de chômage, donc moins de recettes et plus de dépenses, ce qui devrait obliger à un nouveau plan de rigueur. Lequel, interprète l’INSEE, devrait amener à … pas de croissance et plus de chômage. Pour ce qui est de la croissance, le gouvernement avait adossé son budget à un objectif 2012 de +0.3%, se rangeant aux estimations pessimistes de l’Europe. Il ne sera pas même tenu. La croissance, qui a plongé dans le déficit au 4e trimestre 2012 (-0.2%), n’atteint que 0.1% en 2012. Et en 2013, alors que le gouvernement table sur 0.8%, l’INSEE n’arrive qu’à 0.1% sur les six premiers mois. Encéphalogramme plat.

En effet, la croissance en France est d’habitude stimulée par la demande intérieure, le pouvoir d’achat des ménages, en somme. Mais celui-ci, écrasé par les taxes et l’envolée du chômage, s’effondre de 1.2% sur l’année 2012. Cette année, noire pour l’emploi, a vu la France s’accroître de 226.000 nouveaux chômeurs (au sens de l’OIT). Et pour 2013, pas mieux, il y aura encore 109.000 chômeurs en sus. En juin, l’INSEE prévoit que le taux de chômage atteindra 10.9% de la population active, tout près du record de 1997 (11.2%).  Autrement dit, le chômage augmentera encore en décembre. Tant en Bretagne qu’en France.

Que peut faire le gouvernement ? Rien. Il se retrouve dans la même position fâcheuse que Miterrand en 1982, contraint au tournant de la Rigueur, après avoir tenté une relance par la consommation, et qui a fustigé jusqu’en 1986 au moins la politique d’austérité financière des Etats-Unis et du reste de l’Europe. A une petite exception près : la relance, c’est Sarkozy qui l’a déjà faite. Dans l’espoir de se faire réélire, il a enclenché tous les fusils à un coup : radiations massives de chômeurs, primes à la casse, primes chaudières, bonus environnementaux, grands chantiers, grand Emprunt, emplois aidés, niches fiscales… en accompagnant cette série de largesses accordé par le Grand Timonier d’un régime à l’agonie par des pressions en apparence considérables sur les services publics et les boucs émissaires habituels (immigrés, gens du voyage, ultra-gauche, ultra-droite, minorités ethniques intérieures). En apparence, puisque les fonctionnaires ont fait le dos rond et les boucs émissaires ont slalomé entre la pluie de bêtise, qui alors tombait dru. Bref, Hollande n’a pas le choix, il doit réformer l’Etat obèse que la droite n’a osé mettre au régime. Il lui reste toutefois les boucs émissaires habituels pour détourner l’attention par une Valls d’intermèdes tragicomiques dont Ayrault est le compositeur. Et quelques susucres de plus en plus difficiles à avaler pour le pays, par exemple une nouvelle espèce de contrats aidés, les contrats d’avenir qui sont d’un désolant passéisme anti-économique.

Et autour de nous, comment cela se passe ? La note résume la situation : le commerce mondial se porte mal, l’Asie du sud-est ralentit, les Etats-Unis aussi, mais leur redressement productif – pas de pacotille, cette fois – reste soutenu par l’effondrement du coût de l’énergie grâce à la manne du gaz de schiste, le climat des affaires se dégrade en Europe et au Japon, mais l’Espagne et l’Allemagne redressent leurs exportations.  En 2013, la Chine connaitrait enfin les résultats de son assouplissement monétaire et de sa relance par des grands travaux. Comme les Etats-Unis en 1930, la Chine a les moyens d’investir à centaines de mille millions, tout en laissant sur le bord du chemin une partie de sa population sans vaciller pour autant. Emmenant l’Asie dans le sillage de son rebond, elle redémarrerait l’économie mondiale, tandis qu’en Europe les tensions financières devraient reculer. Les Etats-Unis se démènent pour éviter le fiscal cliff, hausse des impôts combinée avec  des échéances de coupes budgétaires brutales. Le gouvernement craint ce précipice fiscal qui pourrait donner un coup de masse sur une économie encore fragile. Mais celle-ci résisterait malgré tout. Merci le ralentissement de l’inflation, les profits des entreprises et le gaz de schiste. Les infortunés ! ils n’ont pas Montebourg ! Bref, le monde avance, la France cale.

Un peu de réflexion s’impose. D’aucuns verront dans les soucis de la France – et d’elle seule en 2013 – une nécessaire remise en cause du dogme de la croissance. De la croissance à tout prix, certes. De la croissance, non. Mais, ce qu’oublie de dire l’INSEE, la construction d’un aéroport de plus ou de moins ne changera rien à la conjoncture économique générale, du moins, pas au premier trimestre 2013. Parce que le pouvoir a décidé de « ne pas utiliser l’ordonnance rendue le 11 décembre » qui était – oh, rien qu’un peu – entachée de nullité. De compétence et de motif, deux fois plutôt qu’une. A cette décision qui ne constitue qu’une goutte de nullité dans la grande mer d’illégalité où se noie le projet d’aéroport, la préfecture entend substituer une « procédure judiciaire qui respecte le contradictoire ». Bref, l’on s’achemine vers une trêve hivernale et reprise des hostilités, dans un prétoire cette fois, en mars. Après une épreuve de force – dernière de l’hiver peut-être  – pour la défense le 27 décembre de la vieille ferme de la Sècherie, dernier lieu occupé « en dur » parmi la marée de cabanes qui a poussé de jour en jour sur  l’aire prévue pour l’aéroport de Notre-Dame des Landes.

Comment en est-on arrivé à ce que la France cale sans espoir d’être remorquée ? Le gouvernement précédent, la camarilla des Copé, des Fillon, des Sarkozy etc. a usé toute la cavalerie des mesures temporaires, des réformettes, des plans divers et variés en essayant ce que la République a toujours fait quand il y avait une crise : distribuer des sous au peuple avant de gratter les fonds de tiroir, et d’utiliser la planche à billets. La Révolution a tiré des assignats à tire-larigot pour payer ses utopies sanglantes, la IIIe République a abandonné le franc germinal, la IVe et la Ve ont dévalué, ce qui revient au même. Mais maintenant qu’il y a l’euro, on ne peut plus dévaluer. A force de vivre à crédit, vient un moment où la République – que d’affaire Bettencourt en affaire Cahuzac, il vaut mieux appeler la Ripouxblique, doit passer à la caisse.

Matin de lutte Et après avoir fait fuir les riches (Depardieu), les sociétés (Eurofins SA), les jeunes  et payer les pauvres parce qu’ils sont les seuls à ne pas avoir les moyens de partir, la République embourbée aux mains d’une gérontocratie affairiste devra passer à la casse. Les affaires de la Bretagne ne s’en porteront que mieux. Personne ne lui imposera plus la façon dont elle doit vivre, prévoir son futur, perdre sa précieuse terre et risquer les vies de ses habitants pour satisfaire les délires de quelques vieilles bêtes de la politique, barons locaux qui dépassent en orgueil et en condescendance le plus malotru des nobliaux d’Ancien Régime. La République a embourbé l’économie et l’ascenseur social du pays, son renouvellement politique tourne dans le cycle fermé d’une élite parisienne dont le niveau s’affaisse. Tant mieux. Une autre société est possible, , une où la Bretagne
serait fière d’être – enfin – partie intégrante de la France au lieu d’être convaincue par une élite parisienne cacochyme d’être « excentrée » et de devoir employer une grande part de son génie et de ses forces vives à slalomer entre les bêtises de la Ripoux-blique. Pas besoin d’attendre 2014. Il ne s’est rien passé le 21 décembre 2012. Mais quelque part en Bretagne, ils ont fait des conserves, monté des cabanes, redonné souffle à l’économie et à la vie sociale à des dizaines de km à la ronde, construit une ville nouvelle de bois et ses remparts en tout-venant, se sont chauffés à la lueur du soleil et à l’énergie accordée par la forêt qui leur donne asile. La nouvelle société, c’est en Bretagne que cela se passe. Sous le patronage de Notre-Dame des Landes.