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[FLASH] L’église de Gesté est à moitié détruite; le reste pourrait être abattu en juillet

20 Juin
L'église hier au soir

L’église hier au soir

La destruction de l’église angevine de Gesté, dans les Mauges, entamée en toute illégalité et sans permis de détruire par la commune hier, a continué aujourd’hui. Si hier le pignon de la nef néoclassique et son toit avaient été mis à bas, aujourd’hui ce fut le tour du mur sud de cette partie. Les travaux de démolition pure ont duré une petite heure, entre huit et neuf heures du matin. La démolition était protégée par cinq gendarmes, suite à la tentative d’un inconnu cette nuit vers trois heures du matin de mettre la pelleteuse hors d’état de nuire en l’incendiant.

Le mur nord de la nef – soutenant le clocher, qui devrait être conservé – et le chœur néogothique flanqué des trois chapelles privatives des châtelains du Plessis, de la Forêt (château disparu) et de la Brûlaire, sont encore debout. Sous le chœur se trouve une « crypte » semi-enterrée en granit, qui sera conservée aussi et qui formera le chœur de la nouvelle église elliptique que projettent la mairie et le curé de la paroisse.

l'église suite aux travaux de démolition ce matin : le mur sud de la nef est à moitié rasé

l’église suite aux travaux de démolition ce matin : le mur sud de la nef est à moitié rasé

Maintenant, clocher et crypte seront étayés, puis pourront commencer les travaux de démolition du chœur – la partie la plus haute et la plus belle de l’église, même si elle paraît moins en bon état que la nef abattue, qui fut rénovée dans les années 1980. Cette démolition du chœur pourrait intervenir « en juillet » selon Georges Romeau, premier adjoint de la commune (socialiste), ou « pas avant septembre » d’après le chef de chantier. Ce qui laisse encore du temps pour sauver l’église, d’autant plus que l’association Mémoire Vivante du Patrimoine gestois a déposé un référé dont le jugement sera rendu le 8 juillet. De son côté la SPPEF – présente sur place ce matin par son délégué de Loire-Atlantique – s’apprête elle aussi à lancer des actions judiciaires et à s’adresser à diverses autorités, notamment au préfet de Maine-et-Loire.

Dans l’après-midi, les services de la mairie ont procédé à la dépose d’un crucifix monumental qui surmontait le chœur ; celui-ci était resté dans l’église, puisque d’après le premier adjoint toujours – le maire s’étant bien gardé de trop se montrer – « aucune nacelle ne pouvait passer par la porte de l’église, et c’était trop haut pour une échelle ». Il a rejoint le reste du mobilier paroissial – devant et pierre d’autel, plaques du monument aux morts, bancs, statuaire, table de communion, chemin de croix en plâtre peint couleur bois – stocké dans deux locaux municipaux.

Le crucifix déposé de l'église, cet après-midi

Le crucifix déposé de l’église, cet après-midi

Une manifestation de protestation était prévue le matin à 8 h devant l’église. Mais entre semaine du bac et organisation de dernière minute, seuls trois jeunes d’Angers ont rallié Gesté ce matin, ainsi que des habitants de proches bourgades. La seule utilité de l’annonce de la mobilisation est d’avoir attiré d’autres médias que ceux du cru ; Europe 1 est ainsi venue sur place, et même l’agence de presse russe Voix de la Russie s’intéresse à Gesté. Les prochaines semaines devraient cependant permettre de meilleures conditions pour venir au chevet de l’église, mutilée par l’alliance de la bêtise, de la gloriole des parvenus de la démocratie, et du doux cocon de la lâcheté quotidienne.

Plus d’information dans BreizhJournal ce week-end

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La gare SNCF de Rezé Pont Rousseau est-elle saturée ?

17 Mai

La gare SNCF de Pont-Rousseau est bien plus qu’un modeste arrêt de la banlieue nantaise comme le sont ses homologues de Chantenay, Saint-Sébastien ou même Vertou. Terminus de la ligne 2 du tramway et arrêt SNCF, elle permet à l’usager d’aller au cœur de Nantes, mais aussi jusqu’à Pornic et Saint-Gilles Croix de Vie. Ce modeste pôle multimodal – le train et le tram sont séparés d’une quinzaine de mètres environ serait-il sous-dimensionné pour le nombre de voyageurs qui passe ? C’est ce qu’affirme la FNAUT, au moyen d’un très éloquent reportage-photo.

Gare de Pont-Rousseau un soir d'affluence. Photo Nicolas Poinot (FNAUT)

Gare de Pont-Rousseau un soir d’affluence. Photo Nicolas Poinot (FNAUT)

Il est 17h34, ce mardi 2 avril 2013, le TER n°859 111 en direction de Saint-Gilles Croix de Vie arrive en gare à 17 h 34 pour un arrêt d’une minute. Normalement. Sauf qu’à l’arrivée du train, c’est près d’une centaine de voyageurs qui le guettent avidement alors qu’il franchit le passage à niveau des nouvelles cliniques nantaises. Alors quand le TER arrive, c’est la ruée. Entre les voyageurs nantais qui descendent pour prendre le tram 2 plus loin vers le sud et ceux qui montent vers la banlieue ou le Pays de Retz, l’arrêt prend deux minutes et le train part complètement blindé. Est-ce fini ? Non, puisque quand le TER n°859 209 en direction de Pornic arrive à 17h55, le quai est à nouveau empli de voyageurs, donc c’est à nouveau la ruée et le train part avec une minute de retard. Une scène qui d’après la FNAUT se répète chaque jour aux heures de pointe.

Plus embêtant encore : Rezé-Pont Rousseau est en Bretagne, et chacun sait qu’il pleut de temps à autre dans notre beau pays. Sauf que la gare n’est vraiment pas équipée pour. Il n’y a pas une seule aubette, et seule la petite salle d’attente de la gare, rapidement pleine, offre un quelconque abri. Résultat : les clients attendent leur train sous la pluie ou… sous l’abri du terminus du tram, tout proche. Comble de l’inadapté : il y a zéro panneau d’affichage sur les quais, il faut aller voir dans la salle d’attente. Ironie du sort : alors que Rezé Pont Rousseau se trouve près de 3 km de la gare de Nantes, la plus importante métropole de l’ouest de la France, cette gare est moins bien équipée que, mettons, la gare de Salbris située… au milieu de nulle part en Sologne. Et si la région Pays de Loire prévoit d’installer des panneaux d’affichage modernes sur les quais, les abris ce n’est pas pour maintenant. A force de confondre la Loire-Atlantique avec la Vendée, le sens des priorités se brouille.

Pont-Rousseau, où cœur de Nantes à 11 minutes en tram de la gare. Pôle multimodal modeste, mais efficace.

Pont-Rousseau, où le cœur de Nantes à 11 minutes en tram de la gare. Pôle multimodal modeste, mais efficace.

Du côté des usagers, rencontrés dans un train passablement chargé un soir d’affluence, c’est franchement la grogne. « Y en a marre », soupire Gilles, qui vit à Bouaye et travaille à Beauséjour. « On rentre dans le tram il est blindé, on change de tram il est surchargé, on arrive sur le quai c’est charrette et le TER est une boîte de sardines… épuisant ! ». Anne, de Sainte-Pazanne, renchérit « il faudrait plus de trains ! Parce qu’à l’heure de pointe, c’est l’affluence comme un vendredi soir sur le périph’ ». Maxime et Kevin, deux jeunes qui habitent les confins de la Bretagne et de la Vendée et qui descendent à Machecoul, tempèrent « les bus, c’est la même chose et c’est beaucoup plus lent ». Il n’est en effet pas rare pour le conseil général de devoir doubler, tripler voire quadrupler les liaisons, et faire circuler quatre bus sur une rotation, surtout quand les beaux jours arrivent et que la jeunesse des quartiers populaires nantais veut aller bronzer sur la côte méridionale de la Bretagne.

Le problème il est là : le tram et les bus – de la TAN ou LILA – vont bien moins vite que le train, quand bien même la ligne soit à voie unique. Rezé-Pont Rousseau est par ailleurs une gare qui attire, du fait même de son implantation dans la banlieue nantaise et près de la ligne 2, à 11 minutes chrono de Commerce. Alors que faire ?

La FNAUT préconise de supprimer la première classe dans les TER pour gagner de la place et d’augmenter le nombre de rotations, ainsi que la capacité de la ligne. Or, la ligne est à voie unique, avec des cantons assez importants de surcroît et relativement peu d’évitements – aux gares surtout. La doubler apparaît très couteux et difficile, d’autant plus que la présence de la branche qui s’écarte vers l’aéroport de Nantes-Atlantique – et qui, maintenant que l’ex-futur aéroport nantais de Notre-Dame des Landes est sérieusement dans les choux, au moins pour les deux prochaines années, pourrait redevenir très utile pour réconcilier cet aéroport et les transports en commun – oblige à une prise en compte très stricte des flux et des possibilités de la ligne. De plus, le tracé de la ligne traverse des zones humides, passe sur les bords du lac de Grandlieu et de marais attenants. Au menu avant tout coup de pioche : de longues études de biotopes et de masses d’eau, sous peine de se retrouver avec un véto scientifique et européen comme pour Notre-Dame des Landes. En période de crise, de récession même, c’est l’impasse.

Première urgence : l’état de la ligne, non l’affluence

Bifurcation des lignes de Pornic et Sainte-Pazanne le 22 mai 2010. A partir de là il faut tout renouveler.

Bifurcation des lignes de Pornic et Sainte-Pazanne le 22 mai 2010. A partir de là il faut tout renouveler.

Et les cheminots, qu’en pensent-ils ? Pour Léon (*) conducteur sur la ligne, l’affluence est un « problème périphérique », car il y a plus grave : l’état de la voie. « Oui c’est chargé », explique-t-il, « mais à certaines heures le train est aussi quasiment vide ; par ailleurs au vu du profil de la ligne, que l’arrêt dure 2 ou 3 minutes à Pont-Rousseau au lieu d’une n’a pas réellement d’importance, ce retard se rattrape aisément par la suite, on n’est pas sur le RER ». Et d’ajouter que « l’effet Pont-Rousseau, ça marche dans les deux sens ; en venant de Nantes, cette gare charge le train ; dans l’autre sens, elle contribue à le vider substantiellement car les gens se rabattent massivement sur le tramway. »  En revanche, l’état de la voie laisse à désirer. « Il y a des ralent[issements] sur la moitié du parcours, des endroits assez tape-cul, on voit bien que la voie est fatiguée, tant sur la branche de Pornic que celle de Saint-Gilles Croix de Vie. » Des observations que confirme André (*) qui travaille à l’Infra, la division de la SNCF chargée de rénover et d’entretenir les voies pour le compte de RFF. « Même aux abords immédiats de Nantes, c’est préoccupant. Pas au point évidemment de mettre en péril la sécurité des voyageurs, puisqu’il y a un suivi permanent. Régulièrement, il y a des agents qui embarquent avec les conducteurs pour observer l’état de la voie depuis la cabine, et noter scrupuleusement les endroits qui ont besoin de réparation ».

Il y a des réparations constantes, mais les lignes arrivent en bout de course et devront être fermées pendant huit mois entre septembre 2014 et avril 2015 pour être entièrement renouvelées  à partir de la bifurcation à Sainte-Pazanne (sections Sainte-Pazanne – Pornic et Sainte-Pazanne – St Gilles). Une « phase positive » mais tardive, saluée unanimement par les clients et les mairies sur la ligne, avec une dose d’inquiétude cependant : le tour de table des travaux n’est pas bouclé et les collectivités comptent sur une participation de l’Etat qui peut être remise en cause par l’aggravation nette de la situation budgétaire et économique en cette année 2013. Matthieu (*), autre conducteur de la ligne, conclut « il faut garder courage. Pour nous aussi, c’est dur et pénible. Cette ligne est très fatiguée, et ce n’est guère une situation sereine pour un conducteur de rouler à vitesse réduite avec un train plein de monde derrière lui. » On comprend dans cette situation que l’affluence en gare de Pont-Rousseau soit finalement une question secondaire, mais non sans importance : s’il n’y avait pas tant de monde, cette ligne ne bénéficierait pas de travaux.

(*) Pour des raisons de confidentialité, les noms des agents SNCF ont été changés.

Ancenis : deux ans pour restaurer le Logis Renaissance

8 Mai

Enfin ! Depuis quelques semaines, la vénérable et historique carcasse du Logis Renaissance du château d’Ancenis, clef de la défense militaire de la Bretagne libre, résonne des cris et des outils des travailleurs de l’entreprise Lefèvre. Dans le département, cette entreprise reconnue de restauration du patrimoine a déjà travaillé sur la Cathédrale de Nantes, le château des Ducs de Bretagne, de nombreuses églises – dont celle de Vertou – et le château de Clisson. Donc, pour une fois depuis deux décennies, le château est dans de bonnes mains.

Façade du logis côté cour et pavillon François Ier

Façade du logis côté cour et pavillon François Ier

Le château d’Ancenis est aussi au cœur d’un imbroglio politico-judiciaire qui ne devrait trouver de solution judiciaire – que l’on n’espère plus définitive – cet automne. En effet, le maire UMP et le conseil général PS se sont donnés la main pour  construire à 5 mètres du logis Renaissance en train de se ruiner un bâtiment – pas encore fini – outrageusement cubique, et qui se marie très mal – rien d’étonnant à cela – avec les éléments historiques avec lesquels il voisine. Ce bâtiment a reçu toutes les autorisations administratives, mais le projet fini – comme sa version sur le papier d’ailleurs – oblige sérieusement à se demander à quoi sert la législation des Monuments Historiques  et s’il y a quelqu’un chargé de la faire respecter parmi les administrations théoriquement en charge du patrimoine culturel dans le département. L’on peut voir ici combien le bâtiment neuf jure avec le reste du site historique  – en plus d’avoir dégradé un site archéologique majeur – mais malgré cela la justice a autorisé la poursuite des travaux, menés il est vrai à marche forcée.

Un peu d’Histoire

Remparts XIVe-XVe en partie enterrés par les quais de Loire faits au XIXe

Remparts XIVe-XVe en partie enterrés par les quais de Loire faits au XIXe

Le château d’Ancenis a été fondé en 984 sur le site d’un probable sanctuaire paléochrétien – dont la plus grande partie des vestiges a justement été détruite lors des terrassements pour le bâtiment litigieux – et a toujours été un point clé de la défense militaire Bretonne, chargé de la protection des marges orientales du pays en cas d’invasion anglaise, angevine ou française. Tel qu’il est parvenu jusqu’à nous, le château conserve des vestiges d’une tour de guet et d’une enceinte médiévale (XVe) très bien conservée sur son côté est, en partie enterrée au sud et disparue à l’ouest et au nord ; il y a aussi une porte fortifiée du XVe unique en France (pont-levis couvert disposé en chicane, galerie voutée, coudée, avec herse) qui témoigne du degré de maîtrise et d’aboutissement de l’art militaire Breton médiéval, un logis dit Renaissance, construit au XVIe et composé d’un corps de logis flanqué à l’ouest d’un haut pavillon carré qui abrite notamment un escalier à vis et une très belle charpente d’époque ; une chapelle lui est ajoutée à l’est en 1603 (XVIIe) ; dans la deuxième moitié du XVIIe fut ajouté le pavillon dit de Marie Fouquet au-dessus de la porte d’entrée XVe.

En 1850, le château est acquis par les religieuses de Chavagnes-en-Paillers, qui y créent un pensionnat de jeunes filles ; elles ajoutent une sacristie carrée à l’est de la chapelle – elle figure déjà sur une lithogravure du pensionnat datée de 1860 –, une petite maisonnette basse dite des Rosiers, et une aile de communs dans le prolongement de la porte médiévale, puis, vers la fin du siècle, une chapelle de style néo-roman entre le logis Renaissance et la porte médiévale ; une passerelle est lancée entre ces deux parties, au-dessus du chevet courbe de la chapelle. Dans les années 1960-1970, elles construisent une école moderne – mais de style esthétique peu réussi – au nord-est du site, au-dessus des douves. En 1985, elles vendent le tout à la ville d’Ancenis. Celle-ci entreprend de rendre au château son aspect d’avant 1850 : la chapelle occidentale est rasée dans les années 1990, puis l’école des sœurs l’est avant 2008. L’entrée fortifiée du XVe et le pavillon Marie Fouquet ont été restaurés – mais sans que personne ne se soucie ni de rendre ces restaurations accessibles aux touristes, ni de lutter contre l’humidité qui défigure l’intérieur de ces bâtiments historiques. Enfin, annihilant ces beaux efforts, le bâtiment du Conseil général – qui accueillera environ 200 fonctionnaires de lundi au vendredi – est construit à la place de l’ancienne école des sœurs.

Plan des bâtiments du site. Support : vue aérienne du pensionnat avant 1985.

Plan des bâtiments du site. Support : vue aérienne du pensionnat avant 1985.

Le Logis Renaissance dans un état lamentable

Façade du logis Renaissance côté rue du Pont

Façade du logis Renaissance côté rue du Pont

Pendant près de trois décennies, le Logis Renaissance est resté à l’abandon – il a seulement été, peu de temps, un musée. Nous l’avions visité à la mi-janvier 2013, avant le début des travaux donc. C’est pourquoi nous allons en donner une description intérieure, à l’usage de ceux de nos lecteurs – sans doute une écrasante majorité – qui n’y ont jamais mis les pieds.

Si vous avez bien lu, le logis Renaissance est composé de trois parties : à l’ouest, du côté de la rue du Pont, un haut pavillon carré dit François Ier, qui abrite l’escalier à vis en pierre ; au milieu, un corps de logis. A l’est, une partie ajoutée en 1603 qui comprend en bas un escalier et un cagibi, et au second étage une chapelle privée. Enfin, complètement à l’est, une sacristie carrée a été ajoutée entre 1850 et 1860 par les sœurs de Chavagnes, mais elle ne fait pas partie du logis Renaissance, et on y accède par un escalier extérieur en pierre.

Vue de la chapelle - janvier 2013

Vue de la chapelle – janvier 2013

Le logis est subdivisé en trois niveaux : un rez-de-chaussée et un premier étage éclairés par de grandes fenêtres rectangulaires, et un grenier auquel donnent jour des lucarnes. Le rez-de-chaussée du pavillon est ici constitué du départ de l’escalier et d’une pièce qui passe derrière l’escalier et se trouve de 50 cm plus basse que le niveau du logis. Au rez-de-chaussée, les grandes pièces ont pour l’essentiel conservé des huisseries à petits bois typiques du XVIIIe  et des cheminées, dont deux au moins sont dans l’état d’origine. Deux des pièces les plus à l’ouest ont gardé un carrelage herminé qui n’est pas antérieur au XIXe. Dans une autre, le sol est à nu. Les plafonds sont soutenus par des étais en fer. Tout à l’est, un escalier en bois dans une cage en planches – ajout du XIXe – dessert le premier étage.

Cet escalier arrive au premier niveau, et de là repart et débouche (enfin, débouchait jusqu’à fin avril) près de l’arc d’entrée de la chapelle au second niveau ; sa voûte, en plâtre sur lattis de bois, a été fragilisée par l’humidité et l’abandon du bâtiment. Une importante infiltration d’humidité sur son flanc nord a verdi le mur ; juste à côté, une porte dont l’encadrement en tuffeau est très abîmé, donne sur une terrasse pleine de lierre et non sécurisée ; cette terrasse donne sur les anciennes douves au nord-est du château. A suivre, la sacristie carrée du  XIXe, à laquelle donne accès la porte à droite du retable, est en très mauvais état. Sa toiture à un pan, collée au mur pignon du XVIIe siècle, est en train de s’envoler au gré des tempêtes d’hiver. Par conséquent son plafond plâtré et sa charpente sont quasi pourris, son plancher est en train de s’effondrer.

Le premier étage au niveau de la poutre qui a cassé en 1999

Le premier étage au niveau de la poutre qui a cassé en 1999

Revenons au premier étage par l’escalier en bois : ses pièces ont été altérées par des travaux menés aux XIXe et au XXe siècle (boiseries, pose de placards muraux, remplacement des tomettes par des carreaux 5×5 sur lit de ciment, remplacement des cheminées et des fenêtres, plâtrage des murs…). Les poutres du plafond sont soutenues par des étais ; l’une d’elle, de grosse section, qui a carrément cassé suite à la tempête de 1999 (le bâtiment offre une très grande prise au vent) est depuis soutenue par un massif étai en bois, les deux sections de poutre étant reliées par des massives ferrures. Le niveau du pavillon est ici constitué de la suite de l’escalier à vis – en pierres de taille – et d’une pièce carrée (cheminée XIXe) dont le mur occidental a été altéré par une baie ogivale garnie d’un vitrail – dernier vestige de la chapelle ajoutée à la fin du XIXe par les sœurs de Chavagnes. La fenêtre du côté nord a conservé ses volets intérieurs d’origine.

C’est l’escalier à vis que nous empruntons pour accéder au second niveau et aux combles. Au débouché de l’escalier en pierre, un autre, en pierre puis en bois permet d’accéder aux combles. Si l’axe de l’escalier paraît d’origine et est solide, ce n’est pas le cas des marches dont trois ou quatre sont dans un état assez mauvais. Le plancher des combles est de loin en loin percé de trous ou ont fléchi, mais la toiture et la charpente sont dans l’ensemble en bon état. Quand on redescend au second étage, l’on voit dans l’escalier à vis en pierre plusieurs portes intéressantes – le pavillon en général est une sorte de musée de la menuiserie bretonne du XVIe au XVIIIe. Quoi qu’il en soit, à ce niveau, l’on trouve une porte cintrée qui épouse la courbure de l’escalier et donne sur un cagibi, et de là dans une poivrière, et une autre droite, à charnière, qui paraît aussi ancienne.

Subdivision du 2nd niveau opérée au XIXe par les soeurs

Subdivision du 2nd niveau opérée au XIXe par les soeurs

Les sœurs ont ménagé dans le second étage de grandes pièces carrées là où le toit offrait le plus de tirant d’air ; des couloirs passent d’un côté et de l’autre le long des lucarnes ; de petites cloisons minces séparent ces pièces. Plusieurs portes d’intercommunication sont anciennes (au moins du XVIIIe) et ont été reprises ailleurs dans le château. La lumière est distribuée dans les pièces centrales au moyen de châssis en grands carreaux et d’impostes placées du côté du couloir ; la première imposte du côté de l’escalier est formée d’un vitrail blanc pris à l’époque des travaux (après 1850) sur une fenêtre à meneaux du XVIe. Dans les lucarnes, ce sont des huisseries XIXe à grands carreaux qui ont été remontées, soit au XIXe, soit au XXe après les bombardements de 1943-44 ; seule la dernière lucarne du côté sud, près de la chapelle, a gardé sa fenêtre à petits bois du XVIIIe. Les murs sont plâtrés – par endroit l’humidité a gonflé le plâtre qui est tombé. Les plafonds sont aussi plâtrés, à peu près au milieu du logis il y a un fort fléchissement et un effondrement partiel du plafond et du plancher des combles. Le niveau du pavillon est constitué du débouché de l’escalier à vis en pierre, du départ de celui des combles et d’une pièce carrée où l’on observe dans le mur, à droite en entrant, les vestiges d’une ancienne cheminée aujourd’hui disparue.

L’aspect lamentable de l’ensemble est renforcé par l’état très dangereux de la sacristie – en voie d’effondrement – mais aussi de la plupart des plafonds et des planchers. Des sondages ont aussi été pratiqués alors tant pour les travaux à venir – le revêtement de certains murs était en partie retiré, il y avait des trous dans les planchers, les sols etc. Enfin, la décrépitude de toutes les façades – et des encadrements des ouvertures, ainsi que des linteaux en tuffeau – ajoutait à l’immense tristesse qui se dégageait du logis abandonné dans son état pitoyable.

Plusieurs millions d’€ de travaux ?

périmètre de la restauration

périmètre de la restauration

Bien que les marchés publics n’aient pas encore été votés par le conseil municipal, ni rendus publics par la Société d’Equipement de Loire-Atlantique (SELA) qui assure la maîtrise d’ouvrage, c’est une somme à plusieurs millions d’euros qui semble se dessiner pour la remise en état du château. Près de 4.2 millions d’€, d’après l’opposition municipale. Six millions, dit-on sur le chantier. Quoi qu’il en soit, au conseil municipal du 4 février 2013, l’on peut lire la délibération n° 004-2013 : « Monsieur le Directeur Régional des Affaires Culturelles propose d’inscrire au programme 2013 de restauration des MH classés les travaux de restauration générale (2e tranche sur 3) du logis Renaissance du château. La participation du Ministère se fera sous forme d’une subvention de 33 % […] de 1.200.000€ HT soit 336.000€. ». Les vingt-six conseillers municipaux présents ce soir adoptent la proposition et mandent le maire de demander des subventions au conseil régional et au département.

Etat du plafond de la sacristie (1850-60)

Etat du plafond de la sacristie (1850-60)

Par ailleurs, au conseil municipal du 10 octobre 2012, une ligne budgétaire de 300.000 € a été ouverte en sus pour le château – et reprise sur le budget alloué aux Ursulines. Au Conseil Municipal du 24 septembre 2012 on trouve parmi les décisions du maire une série d’attribution de missions d’évaluation et de contrôle pour le futur chantier du château : « n°499-12 [attribué à la société SICLI] diagnostics Logis Renaissance lots 1 à 5  pour un montant de 31 229,29€ TTC », correspondant à un avis de marché public publié le 12 avril 2012 et passé par la SELA pour le compte de la mairie ; « n°500-12 APAVE : Logis Renaissance, mission de contrôle technique pour la mission de coordination en matière de sécurité et de protection de la santé des travailleurs [SPS] pour 28 904,93€ TTC » ; « n°502-12 SOCOTEC diagnostic amiante et plomb au logis Renaissance pour 2152,80€ TTC » et enfin « n°504-12 : société AUDATIS, mission de coordination [SPS] pour 1770,08€ TTC ». Ces derniers marchés ont aussi été passés de même, mais lancés bien plus tôt, fin octobre 2011. Le conseil municipal réuni le même jour accepte, par la délibération n°101-2012 une proposition de subvention de la DRAC pour la restauration d’un ensemble de plaques foyères classé en 2011 – qui ne figure pas sur l’inventaire en ligne de la Base Mérimée, assez mal tenu du reste pour ce qui concerne la Loire-Atlantique – à raison de « 30% sur 9280€ HT donc 2784€ ». L’ensemble des marchés publics liés aux travaux devraient être votés en Conseil prochainement.

Des travaux lourds sur près de deux ans

Au vu de l’état du logis, ce sont des travaux très lourds qui sont prévus, sur une durée de deux ans, jusque mi-2015. BreizhJournal a visité le chantier.

Découvrir les travaux à venir au Logis Renaissance d’Ancenis.

La sacristie va être abattue.

La sacristie va être abattue.

A l’extérieur du logis, des fouilles sont conduites en ce moment même. Elles ont mis au jour, d’après Maël et Sophie, les deux archéologues présents sur les lieux, « le niveau rocheux, dégagé par d’importants terrassements lors de la construction du logis », ainsi que des « canalisations d’époque », le château ayant déjà le tout à l’égout, ou plutôt le tout à la Loire. Vers la fin du mois de mai, les fouilles quitteront le côté cour pour passer du côté de la rue des deux Ponts, à l’ouest et au nord du logis.

Au rez-de-chaussée, les huisseries anciennes (portes XVIe et XVIIe, fenêtres à petits bois XVIIIe) seront conservées. Le carrelage herminé sera démonté et remplacé par des dalles ou des tomettes. Les plafonds, en partie fléchis, seront restitués dans leur état du XVIe, de même pour les murs. L’escalier en bois dans sa cage en planches, tout à l’est, en très mauvais état et de toute façon postérieur au logis dans son état historique, a été démonté l’après-midi du 29 avril par les ouvriers. Dans l’escalier à vis, les huisseries remarquables – dont une porte cintrée dans le sens de la courbure de l’escalier – seront conservées.

Vue des combles

Vue des combles

Au premier étage, les carreaux de 5×5 cm sur lit de ciment sont démontés au marteau piqueur, les tomettes en état récupérées – près de 750 m² de planchers seront recouverts par des tomettes carrées en terre cuite. Toutes les poutres ou quasi, à commencer par celle qui a cassé en 1999, seront remplacées, ainsi que de nombreuses solives. Le but est de restituer l’état du XVIe siècle. Au second, le retable en plâtre de la chapelle va être déposé et conservé à l’abri, « mais nous ne savons pas s’il va être remonté à cet emplacement », nous expliquent les ouvriers, pour lesquels le démontage de ce retable en plâtre du XIXe, accolé au mur d’une peu solide sacristie, est « un vrai casse-tête ». La voûte de la chapelle sera reconstituée à l’identique, la terrasse sur laquelle ouvre la petite porte dans le mur nord de la chapelle débarrassée de son lierre, consolidée et sécurisée puisque seul un garde-corps rouillé et probablement assez postérieur à la construction protège les – rares – visiteurs du vide.

 

Vue du second étage

Vue du second étage

Au second étage toujours, toutes les cloisons du XIXe seront abattues, puisque là encore le but est de reconstituer l’espace tel qu’il était au XVIe et au XVIIe. Plusieurs portes d’intercommunication antérieures au XIXe seront récupérées et replacées ailleurs dans le château ; l’imposte de la première pièce en arrivant depuis l’escalier à vis sera replacée sur une fenêtre à meneaux neuve, garnie de vitraux blancs. Le plâtre des murs sera piqué et remplacé par un revêtement à la chaux, celui des plafonds sera restitué. Le plancher du comble, les charpentes, le haut des maçonneries, la toiture seront refaits à neuf.

A l’extérieur, la sacristie ajoutée entre 1850 et 1860 et au bord de la ruine sera abattue. L’escalier en pierre qui y donne accès par l’extérieur sera donc probablement démonté. La « maison des Rosiers » située au nord-est du site près du portail en pierre (et du massif bâtiment du Conseil Général) sera conservée bien qu’elle est postérieure à la construction. Comme elle n’est pas classée, l’architecte du projet – Pascal Prunet   – le même que celui du bâtiment cubique du CG44 soit dit en passant, son métier étant normalement de restaurer les Monuments Historiques et non de les massacrer à la bétonneuse, a trouvé bon d’y mettre l’accueil, les sanitaires et la chaufferie.

Musée or not musée ?

Un aperçu du choix très cubique de Pascal Prunet : le bâtiment du CG44 et la chapelle XVIIe au fond

Un aperçu du choix très cubique de Pascal Prunet : le bâtiment du CG44 et la chapelle XVIIe au fond

Lorsque les avis de marchés publics de diagnostics ont été publiés fin octobre 2011, il était alors prévu de restaurer alors le château pour en faire  « des salles de réceptions et de réunions ouvertes au public ». Finalement c’est un musée qui sera aménagé, tout au moins au premier étage du château, et même sans doute au second, d’après les explications que nous avons reçu sur le chantier. Thèse qu’accrédite l’installation d’un accueil pour les visiteurs et de sanitaires dans la maison dite des Rosiers.

Cependant, tout musée nécessite de nos jours un ascenseur pour handicapés. M. Prunet se caractérise dans ses réalisations architecturales par des choix délibérément modernes et bien souvent cubiques, accolés avec plus ou moins de bonheur sur les éléments historiques. Il sera donc très utile de vérifier où et comment ces choix architecturaux sont faits dans le projet : le site du château, monument historique qui appartient à l’ensemble du peuple Breton, a déjà été assez altéré comme ça par les affres du temps et les ajouts architecturaux des XIXe et XXIe siècles.

Nantes : l’orgue Notre-Dame de Bon Port à bout de souffle

27 Fév

L’orgue de l’une des églises les plus connues de Nantes arrive au bout du rouleau. L’église Notre-Dame de Bon Port, qui se dresse au milieu de l’ancien quartier du Sanitat à l’extrême-ouest du secteur sauvegardé et du centre-ville, est l’une des dernières églises néo-classiques à coupole de France et la dernière de Nantes. Son dôme rayé a orné des générations de gravures et de cartes postales sur fond de grues, et maintenant des embouteillages du quai de la Fosse.

Façade face à la Loire

Façade face à la Loire

Réalisée par les architectes Séheult et Chenantais, elle avait suscité en son temps l’opposition tenace de Viollet-le-Duc et de ses disciples, qui, avec l’église Saint-Nicolas (1844-1858) créent le style néo-gothique qui essaime par la suite dans toute la Bretagne et la France. Pour la petite histoire, l’église porte aussi le patronage de Saint-Louis, imposé à sa reconstruction par le maire d’alors, en échange de ses subsides. En effet, l’actuelle église remplace une précédente, créée au début du XIXe pour les quartiers nouvellement urbanisés du port. Les orgues sont une œuvre du facteur nantais Louis Debierre. Victimes d’un manque d’entretien patent, malgré des efforts de reprise en main ces dernières années, les grandes orgues ont besoin de travaux d’urgence. Une association s’est constituée pour défendre sa restauration et organiser des concerts destinés à la financer. L’orgue est utilisé pour de nombreux concerts et pour les concours d’entrée et les diplômes de fin de cycle des conservatoires de Nantes et de Cholet. Il a une vocation pédagogique et musicale majeure.

L'orgue de l'église Saint-Louis - ND de Bon Port

L’orgue de l’église Saint-Louis – ND de Bon Port

L’orgue est un des chefs d’œuvre de la facture d’orgue du XIXe siècle. Après la désaffection des orgues classiques, il marque le premier retour d’un orgue néo-classique aux jeux de mutation faisant entendre des harmoniques caractéristiques des instruments de XVIIe et XVIIIe siècles. La partie instrumentale de l’orgue est classée au titre des monuments historiques depuis le 11 décembre 1975[]. Il comporte trois claviers manuels (grand orgue, grand chœur, récit)[], un pédalier à l’allemande[] de 30 notes et 45 jeux ou timbres faisant sonner 4 000 tuyaux. Originaire de la paroisse, Louis Debierre décide que cet orgue – inauguré le 19 mars 1891 – sera un instrument d’avant-garde, chef d’œuvre de son art. Il met en place une transmission des notes électrique, après un premier orgue ainsi fait installé au théâtre Graslin en 1890, une transmission des jeux électropneumatique, installe deux boîtes expressives et des jeux de mixture. Grâce à la qualité du travail de Debierre, seules deux restaurations d’envergure ont été nécessaires, en 1929 et 1981, qui n’ont heureusement pas altéré la qualité de l’instrument.

La ville de Nantes, propriétaire de l’église, a mandaté une étude préalable qui servira de support à des travaux de restauration. Des efforts ont été entrepris par ses services pour classer l’entièreté de l’orgue au titre des Monuments Historiques. Après l’orgue, un nouveau chantier est à venir pour l’église : la toiture, peu entretenue. La rénovation du tambour – l’assise en pierre du dôme – a déjà été faite en 1992 et celle de l’archange de la coupole en 2004-2005.

Travaux lourds sur les voies de Saint-Nazaire

23 Fév
Vues des voies en gare de St Nazaire - 2011

Vues des voies en gare de St Nazaire – 2011

Dans le cadre du renouvellement lourd des voies, RFF fait remplacer les aiguilles et appareils de voie des établissements ferroviaires de Saint-Nazaire, à partir de la gare voyageurs jusqu’à la Croix de Méan, sur 3 kilomètres. Les trains circulent depuis quinze jours à vitesse limitée entre 100 et 60 km sur certains tronçons de voie. La ponctualité des dessertes n’est pas affectée.

Passage de la Châtelaine : la reconstruction bien entamée

30 Jan

Le 1er avril 2012, le passage de la Châtelaine sis en biais entre le n°9 de la rue Scribe et le n°20 de la rue Crébillon était ravagé par les flammes. Les pompiers réussirent à stopper l’incendie qui s’était propagé par les greniers contigus en s’appuyant  sur les murs de refend des immeubles XVIIIe sur chacune des rues. Néanmoins le sinistre pose de nouveau la question de la gestion du bâti hétérogène du centre-ville de la capitale Bretonne, ville exceptionnelle en tous points, notamment parce que, étendue au XVIIIe, elle échappa pour l’essentiel aux percées hygiénistes du XIXe.

Sommet de la partie en réfetion du n°9 rue Scribe

Sommet de la partie en réfetion du n°9 rue Scribe

Près de neuf mois plus tard, l’enquête peine à déterminer les reponsabilités, les deux pistes – criminelle (incendie volontaire) et accidentelle – étant à égalité dans le flou artistique. En revanche, la reconstruction a commencé, avec le côté cour de l’immeuble situé rue Scribe (Déclaration Préalable 12265, accordée le 21 septembre 2012). Le grenier y a entièrement brûlé, jusqu’à un mur de refend, et le plancher du 3e niveau a été roussi. La toiture a été remplacée, les planchers renforcés par une poutraison de fer et trois duplex y seront aménagés sur les deux derniers étages, ainsi qu’un appartement juste au-dessous. Un ouvrier du chantier commente pour BreizhJournal « ici, ça a chauffé, il ne restait plus rien du toit et des poutres, mais les planchers, eux, sont bons. Cela dit, ils seront remplacés puisque l’espace est réagencé ». Des poutres noircies dans les murs, le sommet cendré de ceux-ci et un pan de toiture déposé auprès du chantier témoignent de la violence de l’incendie.L’échafaudage qui fait le tour de l’aile de l’immeuble en chantier donne sur le restaurant Tex-Mex d’où est parti l’incendie. Les charpentes en fer sont tordues comme par une mâchoire géante, le désordre s’est éparpillé dans les constructions hétéroclites du passage, des vitres ont éclaté ça et là, des ardoises ont volé. Une vision comparable à celle de la cour de l’Hôtel de la Duchesse Anne, lui aussi victime d’un incendie (le 17 juin 2004) attribué à un court-circuit. Pour la réfection du passage, il faudra encore attendre que la justice fixe les coupables. Plusieurs sources parmi les voisins immédiats estiment que les travaux ne commenceraient « pas avant 2015. » Au mieux.

Partie complètement sinistrée du passage de la Châtelaine

Partie complètement sinistrée du passage de la Châtelaine

Etat d’urgence pour l’église du Petit-Auverné

19 Jan

Depuis quelques années, l’église du bourg du Petit-Auverné, en Loire-Atlantique fait grise mine, fermée qu’elle est au public. C’est même l’une des trois seules églises en péril  du département, avec celle de Pompas, qui est étayée (à Herbignac) et celle de Saint-Sulpice des Landes, en bien moins grave danger. Cinq autres églises sont en péril en Bretagne (Langon, Botmeur, Plounerin, Tremargat, Plougourvest). Parce que l’église du Petit-Auverné a besoin de grands travaux, que la commune ne peut payer.

Mais le Petit-Auverné, c’est où ? Petit bourg au carrefour des routes de la Meilleraye de Bretagne à Saint-Julien de Vouvantes (RD2) et de Erbray au Pin (RD29) , il est le chef-lieu d’une commune qui ne compte que 433 habitants – l’une des plus petites de Loire-Atlantique. Au carrefour des routes, et même au ras de la RD2, une petite église du XIXe, en pierre du pays et tuffeau. Une petite église du XIXe toute simple, avec nef simple, clocher-porche et transept. En la regardant, le visiteur occasionnel ne se doutera pas une seule seconde que son existence est mentionnée depuis le VIIe.

Irréductibles Alvernes

Clocher-porche de l'église du Petit Auverné

Clocher-porche de l’église du Petit Auverné

Et pourtant si. Au VIIe siècle, le lieu est déjà mentionné dans une charte monastique, sous la désignation « Sanctus Sulpitus Alvernensis », Saint-Sulpice (le Pieux, évêque de Bourges) d’Auverné. En 1152, cette paroisse avait déjà recteurs et vicaires. A partir du XIIIe, les seigneurs dela Rivière – un manoir disparu à deux km au sud-est du bourg – commencent à monter en puissance. Mi-XVe, Jean de la Rivière est chancelier de Bretagne. Ce qui devait arriver arriva : l’Eglise, qui a l’éternité devant elle, prit son temps pour faire coïncider son organisation avec la division du pouvoir, et le 16 juin 1607 est érigée la trêve paroissiale de Saint-Sulpice-d’Auverné (encore appelée Saint-Sulpice-Feillette-d’Auverné), sur ordonnance de Charles de Bourgneuf (évêque de Nantes), en qualité d’église « subsidiaire d’Auverné« .  Sur ce arriva la Révolution, et alors que le Petit Auverné se séparait définitivement du désormais Grand-Auverné, les châteaux situés dans les taillis entre la forêt Pavée et la forêt d’Ancenis devenaient un gîte accueillant pour les Chouans. Petit-Auverné, place forte des Chouans ? Oui, au château de la Salmonaie, avec d’autres refuges plus ou moins connus, ainsi des Basses Chapellières à Maumusson.La paix revenue, l’église se fait bien petite. Alors, entre 1844 et 1858, comme l’indique la plaque de bronze scellée au mur du transept nord, Henri Gilée, architecte du département, abat la vieille église dont les parties les plus anciennes datent du XIIe et la remplace par l’actuelle, tandis qu’il érige non loin, à Saint-Mars du Désert, une église d’aspect assez semblable. L’église est achevée, avec son clocher-porche surmonté d’une forte flèche en charpenterie recouverte d’ardoise, ornée de quatre lucarnes décoratives et cantonnée de quatre pinacles de pierre. Elle fait la fierté du village, dans ce paysage de landes où se distingue de loin la fine flèche XVIIe de l’église Saint-Jouin de Moisdon la Rivière. Désormais, avec sa flèche de bois, ses quatre cloches, le Petit-Auverné prend toute sa place dans le paysage.

Mais l’église n’en a pas fini avec les travaux. En 1875, une tempête plus forte que la flèche l’effondre sur la nef. La voûte en bois est endommagée. La flèche est arasée et remplacée par un provisoire toit à quatre pans, remplacé par l’actuel en 1926 par l’entrepreneur Ferron. Il met aussi en place des tirants dans les transepts, car du fait de sa construction rapide, la charpente pousse sur les murs et les écarte. Déjà. De 1947 à 1959, la couverture est refaite, du carrelage posé et les quatre cloches, qui sonnent à la volée, électrifiées. Pendant ce temps là, le Petit Auverné connaît un déclin démographique, passant de 1022 habitants en 1876 à 632 au lendemain de la guerre et 386 à la veille du XXIe siècle. Les irréductibles alvernes sont toujours là, mais moins nombreux. La rurbanisation finit par avoir raison du déclin et les années 2000 renouent avec la croissance des habitants. Pas des fidèles. Comme dans bien des endroits, plus personne ne va à l’église. Et la paroisse est regroupée avec celle de Moisdon.

Trop de travaux, trop cher

L'église, côté sud et son chevet au nord-est

L’église, côté sud et son chevet au nord-est

En 2009, l’état de l’église est préoccupant. La charpente pousse à nouveau sur les murs, qui accusent le coup. Un connaisseur donne une image poétique « l’église est telle une fleur qui éclot », mais peu plaisante pour l’avenir d’un édifice dont les murs du transept ont tendance à s’écarter. Des chutes de pierre du couronnement du chœur sont observées ; l’église est fermée par arrêté de péril, un périmètre de sécurité mis en place autour d’elle. Une étude est commandée à Pierluigi Pericolo, architecte du patrimoine à Nantes. Cette étude constate « l’état de dégradation avancé » de l’église et les « nombreux problèmes structurels » qu’elle connaît, problèmes imputés à l’absence d’entretien régulier et de gros travaux – depuis 1926 – ainsi qu’à des malformations d’origine.Du côté des malformations d’origine, les poussées excédentaires de la charpente sur le sommet des murs de la nef et du chœur, poussées qui écartent les murs et entraînent leur fissuration, ainsi que celle des voûtes. Pour les défauts d’entretien : le manque de gouttières et l’état du beffroi, lézardé de partout. Dans les années 1950, alors que les cloches sont électrifiées, l’amélioration est faite pour parer au moins cher, et par un défaut de conception, les vibrations des cloches se transmettent dans les murs. Si bien qu’il a fallu les arrêter maintenant. L’édifice accuse son âge : enduits et parements complètement hors d’usage, toiture à reprendre, dégradations causées par des emplâtres de béton sur les linteaux en pierre tendre, érosion du tuffeau, beffroi en bois lézardé, ferrures des vitraux à reprendre…

D’importants travaux sont donc à prévoir, et le devis s’en ressent. Découpé en trois tranches, il prévoit 667.368 € de travaux sur le chœur et le transept (dont 357.250€ de maçonnerie) et 889.764 € sur le clocher et la nef (dont 487.450€ de maçonnerie et 35.000 € pour le beffroi). Avec 367.112€ de travaux intérieurs, le devis atteint près de 2 millions d’€ (1.924 244 €). Le budget annuel de la commune est de 400.000 €. Les travaux de l’église coûtent donc trop cher. Des subventions sont sollicitées auprès de la fondation du Patrimoine – qui ne peut guère apporter que 15.000 ou 20.000 € et le Conseil Général, qui manque de chance, taille dans toutes ses dépenses autres que la solidarité, et amorce au même moment la réduction de 40% de ses dotations aux communes.

L’étude s’achève en affirmant, en majuscules, « les ouvrages en pierre de taille présentent d’importants risques de chute […] ces ouvrages sont dangereux pour la sécurité des personnes et des biens […] L’édifice ne peut être laissé en l’état ». L’architecte prescrit des travaux de mise en sécurité provisoire (dépose des pierres en mauvais état, mise en place de filets et d’étais) puis de « procéder dans des délais très courts aux travaux de consolidation des charpentes et corniches ». Ce qui n’a pas été fait, faute d’argent – et il est peu probable que la situation s’est améliorée depuis trois ans.

 « Certainement, pas démolir »

Etat des pierres tendres en tuffeau - ici, l'encadrement d'une baie du transept nord

Etat des pierres tendres en tuffeau – ici, l’encadrement d’une baie du transept nord

BreizhJournal a donc interrogé Mme le Maire, Michelle Cochet, sur l’avenir de l’église, sur laquelle les grands travaux n’ont donc pas été entrepris. « Les fondations sont saines, donc certainement, il ne faut pas démolir l’église », nous répond-elle. Un entretien est fait, à mesure des moyens de la commune, pour éviter d’aggraver les dégâts. Ainsi, en 2011, des travaux de zinguerie ont été faits pour 2.000 € afin de maintenir l’édifice hors d’eau. Mais il n’y a pas de solution financière durable, malgré toute la bonne volonté de la commune, et ce bien qu’un jour, il faudra se résoudre à faire de lourds travaux.

L’église souffre aussi d’un manque d’intérêt, directement lié à la baisse de la pratique religieuse. Une réunion publique sur son avenir n’a rassemblé que vingt personnes il y a quelques années. Mais le consensus se fait pour éviter qu’elle ne subisse le sort des églises angevines du XIXe  puisque la démolition de l’édifice, au bord de la départementale, devrait coûter la bagatelle de 300.000 €, somme insurmontable pour la commune. Pour les travaux intérieurs, Mme le Maire pense au modèle de Désertines, une petite commune aux confins du Maine et de la Bretagne. Eglise dont le gros œuvre a été restauré sous l’égide du cabinet de conseil Heritage et l’intérieur fignolé par des bénévoles et des entreprises locales. Si près, si loin… l’église de Sévérac, près de de Redon, menacée de démolition suite à son état très dégradé, a été sauvé en 1997 par un référendum local (71% de la population pour sa restauration) puis refaite  et est aujourd’hui comme neuve.

Saint-Sulpice des Landes : église fermée, état bien moins grave

Vues de l'église

Vues de l’église

A Saint-Sulpice des Landes, l’église est fermée depuis janvier 2010 pour raison de sécurité, suite au détachement d’une plaque du plafond. La messe se fait dans la salle de spectacle, situation dont la paroisse s’accommode tout à fait, ladite salle étant chauffée, contrairement à l’église. Celle-ci se trouve au milieu du bourg et date du XIXe, et ne doit pas être confondue avec l’église du Vieux-Bourg, pourvue de fresques, fondée par Robert d’Arbrissel à la charnière du XIe et du XIIe.

Comment en est-on arrivés là ? Pendant longtemps, la toiture était hors d’âge et non remplacée, là encore pour causes financières, Saint-Sulpice comptant 590 habitants en 1990 (650 aujourd’hui). L’eau rentrait, et aller mouiller le plâtre de la – fausse – voûte établie à peu de prix au XIXe. Au début des années 2000, la toiture est remplacée et la charpente – aujourd’hui en parfait état – reprise. Mais le mal est fait sur les plâtres et le plafond commence à s’écrouler en janvier 2010. C’est en préparant les travaux pour réparer le plafond que l’on constate l’état avarié de la voûte.

« Démolir l’église ? Sûrement pas ! », affirme clairement le maire, Jean-Daniel Lécaillon, qui a l’intention de mettre fin à la fermeture du lieu de culte. C’est-à-dire curer toutes les zones de la voûte qui menacent de tomber, rouvrir l’église, qui sera alors en sécurité, et roulez jeunesse. Les travaux de mise en sécurité, avec une nacelle devraient coûter 40.000 €. « Précisément la somme que la communauté de communes a retiré à la commune cette année au titre des péréquations de la dotation de solidarité économique ». La commune ayant peu d’habitants et deux entreprises assez importantes, elle bénéficie moins de cette contribution, qui remplace l’ex-taxe professionnelle, que les autres communes du territoire. Les travaux devraient être néanmoins réalisés avant 2014.

Situer :

Petit-Auverné (Arwerneg-Vihan), Loire-Atlantique, Bretagne : 47.610561,-1.291323

Saint-Sulpice des Landes (Sant-Sulleg al Lanneier), Loire-Atlantique, Bretagne : 47.575368,-1.205578