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NDDL : la folle rumeur d’une intervention imminente contre la ZAD

13 Sep

Ces dernières semaines, la toile bruit d’une rumeur d’intervention policière imminente contre la ZAD, d’ici le 12, et maintenant la semaine prochaine. Cette rumeur a même provoqué une fausse alerte et un montage de barricades frénétiques le 11 sur la ZAD. Qu’en est-il vraiment ? Que faut-il attendre du pouvoir ? D’où vient cette rumeur ? BreizhJournal fait le point pour vous éclairer.

 

 

Une vue de la ZAD près de la Noë Verte cet été

Une vue de la ZAD près de la Noë Verte cet été

Une intervention imminente ? Impossible pour Sandrine Bélier

Sandrine Bélier, euro-députée EELV du Grand Est, très investie dans la sauvegarde du grand hamster d’Alsace et l’empêchement du projet d’aéroport, trouve « farfelues » toutes les rumeurs sur une intervention imminente des forces de police sur la ZAD. Au moins jusqu’au 17. « C’est une bêtise que l’Etat ne peut pas faire, à moins de se faire taper sur les doigts tout de suite. Le 17, il y a l’audience devant la Commission des Pétitions du Parlement Européen, l’ACIPA sera là, de même que les représentants de l’Etat et de Vinci qui devront convaincre la Commission qu’il n’y a aucune contradiction entre le projet d’aéroport et le droit européen de l’environnement et de l’eau. Jusqu’au 17, aucune intervention policière contre la ZAD n’est possible, l’enjeu est trop important ». Et après le 17 ? « Ça dépendra de la décision de la Commission, et notamment si elle prend la décision d’envoyer sur place une mission parlementaire européenne, ou si elle prend position contre le début des travaux ».

 

Le pouvoir est tellement sûr de son dossier qu’il joue l’obstruction

En attendant, l’Etat clame à qui veut l’entendre que le projet de l’aéroport – et aussi du barreau routier 2×2 voies le desservant, déclaré d’utilité publique le 5 août 2013 – est dans les clous par rapport à la réglementation européenne. Ce qui n’est pourtant pas le cas : l’aéroport est illégal et a cinq ans de retard sur la réglementation européenne. En attendant, le pouvoir essaie de gagner du temps : un vote d’obstruction a uni socialistes et conservateurs pour empêcher l’envoi sur place d’une mission parlementaire, ce que déplorent les Verts, qui notent que si le dossier était si réglo que ça, les socialistes ne joueraient pas la montre ainsi. Cependant, pour Sandrine Bélier, ce n’est que partie remise : « il n’y a pas de refus, la décision n’a pas été prise. La prochaine échéance pour prendre cette décision, ce sera le 17 ».

 

Ayrault n’a rien compris, rien changé

Une hutte en terre banchée, à l'est de la ZAD

Une hutte en terre banchée, à l’est de la ZAD

Dans les colonnes de nos confrères de Presse-Océan début septembre, le sous-préfet chargé de la réalisation de l’aéroport déclarait péremptoirement que « nous ne sommes plus dans le dialogue, mais dans l’instruction » et que « le gouvernement est toujours dans la perspective de réaliser cet équipement ». Tellement que le comité scientifique qui a rendu son étude en avril remettant en cause le projet d’aéroport – en levant douze réserves importantes qui montrent que le projet, en l’état, ne respecte ni le droit français, ni le droit européen de l’environnement – va être remplacé par un nouveau groupement, et ce comité Théodule sera prié d’invalider le diagnostic de ses prédécesseurs. Maintenant qu’elle a été débarquée, l’ancienne ministre de l’Environnement Delphine Batho s’offre le plaisir d’une douce vengeance sur celui qui n’a jamais cessé d’être le maire de Nantes. Elle a en effet affirmé, interrogée par Reporterre, que « si l’on suit les conclusions de la commission scientifique, en l’état, le projet d’aéroport ne peut être conforme à la loi sur l’eau ». Et il se trouve que « on est obligés » de suivre les dites conclusions. Moralité : le gouvernement est dans l’impasse, quand bien même il réussit à circonscrire l’Europe, car les Bretons l’ont bien compris et ne le laisseront pas faire.

 

Pendant ce temps là chaque camp fourbit ses armes

 

Voici une zone humide : il n'a pas plu depuis trois semaines, c'est le mois d'août, et c'est le bourbier quand même. (ZAD, la Noë Verte)

Voici une zone humide : il n’a pas plu depuis trois semaines, c’est le mois d’août, et c’est le bourbier quand même. (ZAD, la Noë Verte)

Si le pouvoir décide d’intervenir sur la ZAD, il est obligé de le faire en période hivernale, avant la reproduction des batraciens protégés, tritons marbrés et autres salamandres au printemps. Ce qui laisse une courte période entre le 17 septembre et le mois de février, avec une autre contrainte : la trêve hivernale, fixée du 15 novembre 2013 au 1er mars 2014. Nombre d’occupants de la ZAD sont légaux (loyers, baux verbaux, baux agricoles, propriétaires non expropriés) et d’autres feront valoir au premier policier venu que leur cabane, caravane ou bout de ferme est leur résidence principale, obligeant à un procès en bonne et due forme pour les expulser, ou non. Ce qui a tout de suite une double conséquence : le périmètre des interventions possible est mité et les expulsions sont décalées dans le temps. Résultat, les opérations en perdent tout de suite une grande partie de leur efficacité.

En attendant, chaque camp se prépare. Des forages et des travaux préparatoires ont toujours lieu à l’est de la ZAD. Le 11 encore, le site Zad.nadir signale « Deux camions [de gendarmes mobiles] ont été vu stationnant au cimetière de Notre Dame, un autre circulant sur la route entre l’Epine et le Bois Rignoux. Merci à toutEs pour votre vigilance. Midi : les 2 camions sont maintenant positionnés devant la salle Jules Verne. Une camionnette blanche Biosnet a été vue sur la D281 ». Tandis que des cabanes continuent à pousser un peu partout, l’exploitant de la ferme du Moulin de Rohanne a quitté les lieux le 29 août 2013. Une escouade d’occupants s’est glissée juste derrière pour refaire la maison d’habitation et la rendre habitable dès que possible, ce qui en fait un nouveau lieu occupé. Ladite ferme a un atout intéressant : elle est située à proximité immédiate de l’un des carrefours stratégiques qui verrouillent la ZAD, le carrefour de la Saulce, au sud. Comme vigie pour guetter des pirates en bleus, l’on ne peut rêver mieux.

 

La propagande à destination des acteurs économiques et politiques continue

Une salle de bain à la pointe est de la ZAD. Derrière, un "pré humide" d'où sourd un ruisseau.

Une salle de bain à la pointe est de la ZAD. Derrière, un « pré humide » d’où sourd un ruisseau.

Pendant ce temps, malgré – voire à cause – de l’impasse évidente, la propagande pro-aéroportuaire continue. A la fin de l’été, une association présidée par le maire de Saint-Aignan de Grandlieu a estimé à 5000 les emplois qui pouvaient être créés en sud-Loire par le transfert de l’aéroport. L’estimation, purement gratuite, a de quoi faire rire si ce n’était pas si sérieux. Comment en effet pouvoir prétendre arriver à un tel chiffre quand aujourd’hui, les entreprises françaises croulent sous le poids conjugué de la crise, des normes et des impôts qui minent leur compétitivité, que l’écotaxe risque d’écrouler tout le reste et que conséquence logique, même à Nantes qui est pourtant une des villes les plus dynamiques de la France, des bureaux flambants neufs, peu chers et bien situés peinent à trouver preneurs depuis des mois ? Alors que Vierzonitude s’émeut des dizaines de vitrines vides qui trahissent le manque de dynamisme de Vierzon au centre de la France, des bourgades pourtant jeunes et vigoureuses comme Savenay ou La Chapelle sur Erdre ont-elles aussi des vitrines en bois et des locaux commerciaux ou d’artisans qui peinent à trouver preneur… et ce parfois depuis une décennie. Et l’on ne parle même pas de Paimboeuf ou Issé qui sont des vraies belles au bois dormant du département.

A Châteaubriant, l’ADIC (association des entrepreneurs du pays de Châteaubriant), bien briefée par tous ces fervents soutiens de l’aéroport de Notre-Dame des Landes que sont la CCI et Alain Mustière, président de l’ACIPRAN, vraie-fausse association citoyenne  pro-aéroport, s’apprête à implanter des panneaux « nos entreprises soutiennent l’aéroport du Grand Ouest » sur les terrains de ses membres. La même agit-prop est déployée en direction des entreprises du pays Nantais, dont certaines, abusées par des perspectives miroitantes, ont même déplacé jusqu’à leur siège pour être plus proches de l’ex-futur aéroport nantais. Mais aussi des entreprises du centre de la Loire-Atlantique, de Nort à Savenay.

Autre moyen de diffusion : les notables de l’opposition, principalement UMP et UDI (alliance centriste ou Nouveau Centre) qui gère plusieurs mairies et lorgne sur d’autres dans le secteur. A Blain par exemple, Jean-Michel Buf (UDI) est un fervent soutien de l’aéroport dont – comme bien d’autres notables de droite pendant des décennies – il espère monts et merveilles, notamment que l’équipement accélère l’installation d’habitants et d’entreprises à Blain, dont l’actuelle mairie est très opposée au transfert d’aéroport. Cette mairie de gauche arc-en-ciel (PS, PCF, Verts, Front de Gauche, citoyens non encartés) avait d’ailleurs été élue pour cela, dès le premier tour en 2008 et avait remplacé un maire UDF pâlot qui n’avait su préparer sa succession et attendait lui aussi beaucoup de l’aéroport. Les blinois n’ont pas été déçus : entre autres, les onze élus communistes de Blain ont envoyé une lettre à François Hollande et à leur fédération départementale – la seule de Bretagne et des contrées avoisinantes à soutenir encore mordicus le projet d’aéroport, toutes les autres ayant au moins demandé un moratoire sur les travaux – pour leur dire qu’ils sont contre l’aéroport, quelle que soit l’opinion de leur fédération. Jean-Michel Buf sera très probablement la tête de liste de l’opposition à Blain, et espère « une liste d’union pour virer le kolkhoze », autrement dit la liste de gauche plurielle, effectivement d’autant plus rouge que l’actuel maire socialiste, Daniel Leroux, pourrait ne pas rempiler. Liste d’union sans nul doute, mais pro-aéroport. Lorsque tout ce petit monde se réveillera et que les vapeurs de la propagande instillée par le pouvoir et ses relais économiques (CCI…) sans aucune considération pour les contraintes légales, naturelles et environnementales se seront dissipées, la gueule de bois sera terrible.

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NDDL : l’expulsion de Bellevue et de la Châtaigne sera plus difficile que jamais

26 Mar

Le hameau de cabanes de la Châtaigne, construit depuis le 17 novembre 2012 au sud-ouest du bois de Rohanne est immédiatement expulsable. Ainsi en a décidé aujourd’hui la justice, qui astreint les occupants qui se sont déclarés habitants permanents à payer 450 € par jour d’occupation au bout de 8 jours. Le jugement pour la ferme de Bellevue tombe le 28. L’on s’attend là aussi à une décision favorable à l’expulsion de ses occupants. Cependant, alors que la ZAD s’attend et se prépare activement à un nouveau coup de force printanier, plusieurs facteurs externes plaident pour que le gouvernement arrête les frais.

Cabanes de la Chat Teigne - fin janvier 2012

Cabanes de la Chat Teigne – fin janvier 2012

La ferme de Bellevue  abrite aujourd’hui une vingtaine de vaches – dont 14 ont été ramenées le 10 mars – une truie, une dizaine de poules et plusieurs paysans et occupants volontaires. Le collectif COPAIN44 qui fédére l’opposition paysanne à l’aéroport a appelé hier à  « accentuer la mobilisation sur le site de Bellevue dès le 28 mars, et [à] renforcer le dispositif de protection autour de la ferme. Il est donc fait un appel urgent à tous les paysans, actifs ou retraités, de Loire- Atlantique et de tous les départements alentour, pour acheminer sur le site tracteurs et matériels agricoles opérationnels ou réformés. » Près de 124.5 hectares de terres dépendent de la ferme, dont la viabilité économique est réelle.Le village de cabanes de Bellevue était quant à lui pris dans un imbroglio juridique qui a démontré – s’il fallait encore le prouver ! – combien l’indépendance de la justice devenait une chimère lorsqu’elle traitait d’un projet d’Etat comme l’est l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Cependant, si Paris estime que les opposants sont trop Bretons pour avoir droit au droit français, l’Europe s’en est mêlée et surveille maintenant directement le dossier  ce qui devrait avoir des conséquences importantes pour les occupants de la ZAD et opposants au projet. Notons au passage qu’il ne devrait pas y avoir d’expulsion tant que le rapport de la commission de dialogue ne sera pas rendu ; cette remise est prévue entre la fin du mois et début avril.

L’Hôtel Ibis de Treillières a reçu depuis quelques jours environ 80 gendarmes mobiles et des autorisations de travaux – essentiellement liées au barreau routier donc situées au sud-ouest et au sud-est de la ZAD – ont été déposées pour la fin mars. Disposant d’un soutien local et national très fort, les opposants sont très motivés pour s’opposer, par la force au besoin, aux travaux du barreau routier et à leur expulsion. Cependant, hors de Notre-Dame des Landes plusieurs facteurs plaident pour un évitement du coup de force au printemps sur la ZAD. Revue de détail des causes qui pourraient éviter à Notre-Dame des Landes une nouvelle invasion policière.

L’Europe sauvera Notre-Dame des Landes

D’abord, l’arrivée en force et très officielle des instances européennes, qui ont demandé à la France des compléments d’informations impératifs pour mi-avril. Si la France passe en force, Sandrine Bélier, eurodéputée EELV qui mène la fronde auprès des instances européennes avertit   « nous ferons tout pour que le Parlement mette en demeure la France d’arrêter les travaux, au besoin en passant par une prise de position politique européenne ». Une telle issue est très probable : les instances européennes, souvent critiquées pour la lenteur de leur action, un pas après les problèmes auxquels elle est censée répondre, ne manqueront pas l’occasion d’agir en amont d’un projet ni la possibilité en or de rappeler la France à l’obligation de respecter le droit européen dont plusieurs textes fondamentaux sont violés   par le projet d’aéroport.

Un régime socialiste très inquiet par la déroute attendue en 2014

La ferme de Bellevue, . Notre-Dame des Landes, Bretagne.

La ferme de Bellevue. Notre-Dame des Landes, Bretagne.

Ensuite, le gouvernement, déjà très fragilisé sur le plan intérieur – par les affaires et son autisme face à la contestation sans cesse croissante du projet de loi sur le mariage gay  peut difficilement se permettre d’ouvrir un nouveau front, fut-il loin de Paris, au risque de se mettre à dos une frange croissante de la population scandalisée – à juste titre – par les excès de violences policières et les illégalités diverses et variées. Politiquement, le gouvernement a plutôt intérêt, pour sauver la mise aux municipales de laisser couler le dossier, le temps que les recours des propriétaires légaux soient épuisés, ce qui ne sera pas fait avant fin 2015.Nombre d’élus socialistes locaux – la « base » du PS – somment le régime de Paris d’arrêter les frais avec le projet qui exaspère les populations Bretonnes, angevines, mancelles et poitevines déjà très énervées par la montée en puissance de la crise, des impôts, le caractère pour le moins indécis de la politique gouvernementale et son autisme face aux revendications sociales et économiques. Le PS – qui s’est constitué un domaine réservé dans les cinq départements Bretons et détient plusieurs grandes villes de l’Anjou, du Maine, de la Normandie et du Poitou – pourrait souffrir durablement de la crise : Angers, la Roche sur Yon, Laval, Saint-Brieuc, Caen et Rennes sont dans la ligne de mire de la droite et du centre (UMP, UDI) et pourraient basculer. De quoi alimenter la peur panique des élus et de tous ceux qui vivent des grasses prébendes des collectivités socialistes.

Pour l’heure, toute opération policière est illégale

Ce triton marbré ne pèse que 8 grammes, mais il pourrait faire reculer des millions de tonnes de béton et de policiers

Ce triton marbré ne pèse que 8 grammes, mais il pourrait faire reculer des millions de tonnes de béton et de policiers

A la suite du président de la Commission de dialogue qui a laissé paraître ses doutes au sujet de la pertinence du projet d’aéroport dans la presse parisienne, d’autres instances nationales, parmi lesquelles le WWF demandent des études complémentaires. Enfin, les autorisations auprès de la Commission Nationale des Paysages et des Sites pour les dérogations à la loi sur l’eau et le déplacement des espèces naturelles protégées ne sont pas obtenues. Ce qui veut dire – alors que commence la période de reproduction des batraciens – que tous travaux lourds qui occasionneraient des atteintes aux milieux naturels, aux sols et aux espèces naturels sont pour l’heure illégaux et pourront faire l’objet de procédures judiciaire et d’interdiction par les maires des communes concernées au titre de leur pouvoir de police.Tout comme les fouilles qui abîment les champs, une intervention policière, nécessitant force véhicules, usage de gaz lacrymogène et poivre, de grenades de désencerclement, d’engins de travaux pour démolir les cabanes et les barricades et causant un piétinement accru de surfaces somme tout réduites et en zone humide ne manquerait pas de dégrader les milieux naturels et de causer la mort d’espèces protégées. De quoi provoquer les foudres de l’Europe et de nouveaux recours judiciaires, sur des fondements juridiques qui ne peuvent être sujets au doute ou à l’interprétation en fonction du pouvoir politique. Si le droit a été largement foulé aux pieds par le pouvoir, la perspective – en ces temps de disette budgétaire – d’une condamnation pécuniaire européenne infamante et importante pourrait refroidir les ardeurs d’un Premier Ministre qui se sait sur un siège éjectable.

NDDL : Le Parlement européen se saisit du dossier

20 Mar

Suite à l’audition des pétitions de l’ACIPA, du CédPA (élus doutant de la pertinence de l’aéroport) et de France Nature Environnement, le Parlement européen et la Commission ont accepté se saisir du dossier et demandent au plus tard avant mi-avril des informations complémentaires à la France. Le dossier de l’aéroport vient de devenir européen, officiellement.

Lors de l’audition, l’illégalité du projet vis-à-vis du droit européen a été mise en exergue. 98% de l’emprise de celui-ci est située sur des zones humides, rendant la compensation de celles-ci impossible et mettant en péril les objectifs 2025 du bon état des masses d’eau en Loire et Vilaine, la ZAD étant située à la limite entre les deux grands bassins versants du sud de la Bretagne. A la vérité, le projet d’aéroport est illégal en droit européen depuis cinq ans, en droit français depuis quatre ans.

Présents à l’audience, Françoise Verchère (du CédPA) et Sylvain Fresneau (de l’ACIPA) ont expliqué à la Commission  les dérapages d’un projet d’état, l’occupation policière, l’absence de perspectives économiques du projet, l’impact sur l’environnement et les paysans, « l’urgence » enfin de la situation et le risque de travaux imminents sur place. Le gouvernement français a préféré bouder l’audience, évitant de se faire montrer du doigt au niveau européen alors que le gouvernement traverse de grandes turbulences suite à l’explosion en vol du ministre du budget. Alain Mustière pour l’ACIPRAN a en revanche été présent, ainsi qu’un assez discret directeur de projet de chez Vinci.

A la sortie de l’audition, Sandrine Bélier, député européen EELV, juriste de l’environnement et membre de la Commission des Pétitions, a réagi : « Les débats ont clairement démontré que l’Etat français ne peut continuer dans cette voie au risque de méconnaître manifestement et volontairement le droit européen qu’il a pourtant transposé en droit français » avec les Grenelle de l’Environnement en 2009 et 2011. « Le débat n’est plus franco-français, il est maintenant très officiellement européen ! Pour une fois que nous pouvons agir en amont d’un projet destructeur, les parlementaires européens seront a la hauteur de leur responsabilité. » Ainsi, les Bretons seront protégés par le droit européen. Bonne nouvelle, car depuis le début des opérations policières il y a plus de six mois, les dérapages d’une justice bien peu indépendante  s’accumulent, et actuellement, deux communes de Bretagne supportent depuis près de quatre mois un blocus totalement illégal. Toutes les demandes de contrôle judiciaire de celui-ci ont été rejetées ou ne sont pas examinées. Les habitants et opposants au projet de Notre-Dame des Landes sont sans doute trop Bretons pour avoir droit au droit français.

A l’issue de l’audience, la présidente de la commission des pétitions a déclaré que des directives européennes importantes ont été violées et a demandé des compléments d’information au gouvernement français afin de réexaminer le dossier. La commission se montrera particulièrement vigilante afin d’empêcher que la France ne demande des délais et ne profite de ce temps pour passer en force et créer une situation irréversible à Notre-Dame des Landes. Une mission européenne pourra être par la suite envoyée sur place à la fois sur la ZAD et sur le site de l’aéroport nantais actuel.

220px-Sandrine_BELIER,_EELVJointe par BreizhJournal, Sandrine Bélier apporte quelques précisions sur l’importance de l’audience d’aujourd’hui. « Il y a un mois, le 19 février, la commission des pétitions avait reçu les parties pour un premier échange et signifié ses doutes quant à la légalité du projet. Maintenant, c’est une audience officielle qui permet de montrer la volonté de faire face aux potentielles violations du droit de l’Union Européenne ». Elle rappelle la France à ses devoirs : « les textes que l’Etat refuse d’appliquer pour Notre-Dame des Landes, ses représentants les ont négocié à Bruxelles. La France est un acteur majeur de l’UE, elle bénéficie des aides, de la PAC, etc. mais elle a aussi des devoirs envers les autres pays. La France ne peut pas choisir au coup par coup d’appliquer ses engagements selon si ça l’arrange ou pas ».  C’est donc un appel à la cohérence qui est adressé à l’Etat. De son côté, l’Europe garantit la transparence des débats, et la plus grande ouverture possible de ses institutions. C’est pourquoi, précise Sandrine Bélier, « la pétition des défenseurs du projet [l’ACIPRAN] a été acceptée, bien qu’ils ne soulevaient absolument aucun moyen de droit européen, afin de mettre toutes les cartes sur table et d’avoir le meilleur éclairage possible des enjeux citoyens et juridiques ».

L’Europe sera vigilante en cas de passage en force

Barricade sur la ZAD - Chemin de Suez, fin février 2013

Barricade sur la ZAD – Chemin de Suez, fin février 2013

Beaucoup de gens s’inquiètent, sur la ZAD et autour, d’une probable reprise des hostilités et d’un passage en force de Vinci, de l’Etat et consorts début avril Cette impression est renforcée par la conjonction des échéances : la commission d’enquête rend son rapport fin mars, le sort juridique de Bellevue devrait être scellé une nouvelle fois le 26 mars et celui de la Chat Teigne le 28. Ces inquiétudes ne sont pas partagées par Sandrine Bélier, en effet « nous entrons dans la période printanière de reproduction des batraciens. Il n’y a pas encore eu d’autorisation liée à la loi sur l’eau, ni d’autorisations pour transporter ailleurs les espèces, par conséquent il est difficile d’imaginer que des travaux – mêmes des ‘‘fouilles’’ – commenceraient alors que rien n’autorise un tel impact sur les espèces naturelles ».

Cependant, si l’Etat préférait le passage en force à la réponse aux interrogations européennes, « nous serons très vigilants et déterminés. Nous ferons tout pour que le Parlement mette en demeure la France d’arrêter immédiatement ses travaux, en prenant au besoin une position politique. « L’Europe a été saisie par les citoyens. L’Europe ne peut pas attendre, on réagira immédiatement pour rappeler à la France qu’elle fait partie de l’UE et doit donc respecter ses engagements ».

Une sortie par le haut pour le gouvernement français ?

A-__xCKCIAASoqhIl apparaît de plus en plus clairement aux populations Bretonnes que seule l’Europe pourra mettre fin de façon pérenne et pacifique au projet d’aéroport, et rappeler l’Etat à ses obligations, alors même que les contrepouvoirs – principalement la justice et une grande partie de la presse – ont préféré surtout être une chambre d’enregistrement de la volonté de l’Etat  et de Vinci. Voilà qui prouve que si la France sort de l’Europe comme certains « qui critiquent l’Europe bien qu’ils en bouffent », comme le fait remarquer Sandrine Bélier, le veulent,  il n’y aura plus de possibilité d’arrêter les dérapages liés aux projets d’Etats menés d’une façon aussi peu favorable à la démocratie et à la volonté citoyenne que l’est le projet d’aéroport.

En revanche, le fait que l’Europe se mêle du projet du fait de ses illégalités flagrantes et de « l’impérieuse nécessité de tout remettre à plat, parce que les décisions prises il y a 10 ou 30 ans ne prennent pas en compte les enjeux environnementaux apparus depuis» permet à l’Etat de mettre l’abandon du projet sur le dos de l’Europe « si l’Etat enterre le projet en disant, c’est la faute à Bruxelles, je l’assume, et c’est une solution de sortie politique honorable que je suis fière d’offrir sur un plateau d’argent au gouvernement », clame Sandrine Bélier. « Je suis née en 1973. Je fais partie de la génération qui n’a connu que la crise ; que des décideurs, quels qu’ils soient, incapables de trouver des solutions et de proposer un nouveau modèle. En 2012, il y avait un slogan, ‘‘Le Changement c’est maintenant’’ : je l’attends. Nous irons jusqu’au bout ».