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Manif pour Tous : l’Ouest envoie 160 cars

25 Mai

160 cars et un TGV bourré de manifestants partiront des départements bretons, bas-normands, d’Anjou, du Maine et de Vendée pour la manif de demain, nous annonce-t-on à l’instant. Soit près de 10.000 personnes qui prendront les transports organisés par les collectifs locaux de la Manif pour Tous depuis les départements de l’ouest de la France, les plus énervés par l’attitude des gouvernements passés à leur encontre et les plus tentés par la convergence de toutes les luttes puisque sortir de cette République, c’est s’en sortir.

Rendez-vous commun : porte Dauphine, pour un cortège dont le tracé rappelle pour beaucoup celui de la manifestation de janvier. De nombreux manifestants auront pensé à se munir d’écharpes, de sérum physiologique ou à défaut de citron pour parer aux effets du gaz lacrymogène. Voici un petit guide de remèdes simples à mettre en œuvre  contre l’arme préférée de Manuel Gaz, notre ministre de l’In-terreur. Le point de rendez-vous est l’esplanade des Invalides, où la dispersion est prévue à 20 heures.

Le pouvoir – qui a organisé ce matin une réunion de crise à l’Elysée où l’ambiance était plus à la peur qu’à l’optimisme (eh oui, Hollande et Ayraultbespierre ont… les boules, qui l’eût cru ?), prévoit 4.500 policiers pour encadrer une manifestation qu’il a officiellement chiffré à 200.000 personnes maximum. Une disproportion qui montre déjà que le chiffrage du gouvernement, comme les précédents, est à mettre direct à la poubelle. Demain, le peuple de France parlera. Un des sondages de ces derniers jours donne plus de 60% de la population française opposée à la loi Taubira et à ses conséquences néfastes pour la filiation et la famille.

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Armor-Lux victime de l’inconséquence du gouvernement

18 Avr

Depuis quelques jours, le gouvernement a encore fait 50 victimes en Bretagne. Serait-ce des manifestants gazés pour sauver l’honneur de quelque Premier Ministre ? Non point. Des agriculteurs emprisonnés pour un délit imaginaire parce qu’ils s’opposaient à un grand projet inutile ? Non plus. Alors qui ? Armor-Lux, PME Bretonne du textile, et cinquante emplois supprimés.

armor-lux-comedieQue s’est-il passé ? Armor-Lux détenait le marché de la fabrication des uniformes de policiers, depuis 2008. Elle espérait le garder sur la période 2013-2017. Mais au bout d’une procédure dite – par blague sans doute – de dialogue compétitif, c’est une filiale du groupe GDF-Suez spécialisée dans l’ingénierie et les systèmes de communication qui décroche le sésame. Ineo, ladite filiale, n’entrave que dalle à l’habillement. Pas grave ! Elle s’est associée à quelques PME du textile – dont une du Pas de Calais – auxquelles elle sous-traitera la production mais empochera le flouze. Cela a suffi au ministère pour prétendre favoriser la « production française », relève le Canard Enchaîné avec saveur. Un vrai coup de Taser qu’assène l’administration de Valls à la PME Bretonne. Une vraie justification aussi pour un small business act local qui permette aux entreprises publiques – y compris aux forces de police du cru – d’acheter Breton et non de maintenir la flamme bleue de GDF Suez.

Mais visiblement, pas la production Bretonne. Bilan pour Armor-Lux : cinquante emplois supprimés, 25 millions d’€ de recettes perdues – argent d’autant plus précieux qu’il ne dépend pas des fluctuations du marché – et un possible imbroglio judiciaire en plus. D’après nos informations, en haut lieu l’on a estimé « qu’Armor Lux était déjà bien assez connue comme ça ». Du coup de pub de Montebourg au coup de masse de Manuel Valls, le gouvernement avance cahin-caha et la Bretagne paie les pots cassés.

Camille et Geneviève : trois questions pour une fugue à NDDL

2 Jan

La difficile récupération samedi dernier de Camille Lauran, l’adolescente qui a fugué du Puy-en-Velay (Haute-Loire) pour venir à Notre-Dame des Landes avec une amie, par son père, a soulevé un nuage de questions qui sont venues s’ajouter à celles posées par l’affaire.

Beaucoup, à Notre-Dame des Landes et ailleurs, estiment qu’il y a d’épaisses zones d’ombre dans l’affaire des fugueuses du Puy en Velay. Trois éléments en particulier posent question. Quel a été le rôle de certains opposants qui auraient agressé la famille de Camille Lauran ? Comment expliquer l’extraordinaire discrétion de la justice? Quelle est la communication faite, en arrière-plan, par l’Etat?  Avec en ligne de mire le sort de l’autre jeune fille fugueuse, Geneviève, et l’exploitation que chacun des protagonistes, pouvoir et opposants, peut faire de l’affaire sur l’ensemble du conflit.

Michel Lauran : « Nous avons été bien accueillis sur la ZAD»

20611_378131638943500_535140273_nLe samedi vers 13h, Camille appelle ses parents depuis Notre-Dame des Landes. Ceux-ci lâchent tout et rejoignent Notre-Dame des Landes. « Sur le moment, c’était comme une excitation intérieure. Elle nous a appelés, donc on a pensé qu’elle voulait qu’on vienne la voir.  Cela faisait un mois qu’on ne les avait plus vue, on n’avait plus de nouvelle depuis leur passage à Toulouse. Bref, on a tout lâché et on est partis. », nous confie Michel Lauran, le père. Après six heures de route, les parents accompagnés de l’un de leurs fils débarquent à Notre-Dame des Landes, d’où de jeunes filles les guident vers le point d’accueil de la ZAD, le camp Hors-Contrôle. Là, l’accueil a plutôt été cordial, voire même chaleureux. « On a discuté avec des gens qui étaient prêts à la discussion, qui nous ont expliqué ce qu’était leur lutte, ce que voulait dire ‘‘Hors contrôle’’, le fonctionnement de la ZAD, leurs idées. Dans l’ensemble, on a été bien accueillis ». Camille vivait avec Geneviève sur le campement Hors Contrôle, dans une yourte.

Difficile de comprendre comment, à un moment, ça a déraillé. Toujours est-il que lorsque la famille décide d’emmener Camille dans sa voiture, des personnes cagoulées s’y opposent avec violence. « Ils n’ont même pas pris le temps de discuter. Ils y sont allés de manière violente, et puis c’est tout. Il y a des gestes qu’ils n’avaient pas le droit de faire et qu’ils ont fait, et cagoulés en plus, ce qui me met en hargne », explique Michel Lauran. Celui-ci, qui ne souhaite pas en dire plus pour le moment sur les conditions de l’accrochage, réussit à s’en extirper et rentre vers le Puy-en-Velay. La suite est connue : Camille et ses proches sont entendus par le SRPJ de Clermont-Ferrand, auprès duquel le père dépose plainte contre X pour coups et blessures volontaires. Cette plainte a depuis été transmise au TGI de Saint-Nazaire, territorialement compétent. Les investigations se poursuivent à ce jour pour déterminer les responsables. Les coups ont visé le père, la mère et le frère de Camille ; des jours d’ITT leur ont été prescrits après examens médicaux ordonnés par la justice. Nous n’en saurons pas plus, hormis que la mère de Camille semble avoir été plus touchée que les deux autres membres de la famille, parce que les opposants « n’ont pas fait que lever la main sur elle », déclare Michel Lauran, outré.

Par ailleurs, Michel Lauran nous confie que sa voiture a été touchée par un jet de projectile – à priori une pierre – qui est « passée à deux doigts de briser la vitre arrière et de blesser du monde dans la voiture ». Elle a rebondi sur la carrosserie, à laquelle elle a causé des dégâts importants. Raison pour laquelle il ne retirera pas sa plainte pour violences volontaires, même s’il doute que les coupables soient un jour retrouvés. C’est l’assurance auto qui commande. L’expert se prononcera demain sur le montant du préjudice.

Les opposants rejettent la faute sur la famille de Camille

L’ACIPA, association des riverains et paysans opposés à l’aéroport nous explique que « aucun de [ses] militants n’était sur place à ce moment ». Donc elle s’abstient de prendre part dans « ce qui devrait rester un différend familial ».  Du côté de la ZAD, l’on se refuse officiellement à toute communication. Cependant, nous avons réussi à retrouver plusieurs témoins de la scène, soit qu’ils étaient simples badauds, soit qu’ils participaient à l’accrochage. Sous couvert d’anonymat, ils acceptent de témoigner. Tous les noms ont donc été changés. Ainsi, Antoine explique « Camille était prise de force, deux ou trois personnes la tenaient. J’étais sur place, avec d’autres on a pensé qu’elle était emmenée contre sa volonté, d’autant plus qu’elle se débattait. » Ce qui expliquerait une intervention musclée d’opposants, qui pensaient éviter un kidnapping, un coup de force, ou tout simplement la manifestation de la force de l’autorité parentale. Gilles complète « Camille a été poussée de force dans la voiture par son père, qui s’en est pris ensuite aux zadistes pendant que le frère de Camille fermait la porte de la voiture. Puis ils se sont barrés. » Hélène rajoute « c’est Camille elle-même qui a donné des coups de coudes à sa mère ». Toutes versions que le père de Camille balaie d’un revers de main « Je les laisse dire, quand ils en auront assez, ils se fatigueront. Cependant, s’ils pensent que je suis en tort, qu’ils portent plainte, et là on pourra discuter. Qu’ils n’oublient pas cependant que ma fille est mineure, et que je suis parfaitement dans mon droit». C’est ce qui s’appelle justement l’autorité parentale, telle qu’elle est posée par la loi.

Méthodes contestées et fossé idéologique

La résistance peut être nue et désarmée. Ou bien moins bon enfant..

La résistance peut être nue, à visage découvert et désarmée. Ou bien moins bon enfant.

Par delà « l’affaire » Camille et Geneviève, ce sont les méthodes de certains opposants qui posent problème. C’est sous couvert d’anonymat qu’un membre de l’ACIPA nous dit à demi-mot que « tous les opposants ne sont pas blancs comme neige, certes, mais il y en a qui franchement abusent ». Renée, qui habite Vigneux, non loin, se montre plus franche « L’aéroport, on n’en veut pas. Mais ce genre d’agissements, non plus. C’est n’importe quoi. ». De là à déceler une fissure, on en est loin, parce que le front bigarré des opposants s’est uni à mesure que les attaques des forces de l’ordre prenaient de l’ampleur, et si pour certains la présence de jeunes – et moins jeunes – rompus à la lutte avec les forces de l’ordre est un « mal nécessaire », pour d’autres, c’est une providence. « Sans eux, où serions-nous ? Est-ce qu’on parlerait encore de Notre-Dame des Landes ? Ou bien ce serait déjà un ballet de pelleteuses ici ?» nous confie un paysan impacté par le projet.Mais il y a gêne. Une gêne qui s’appuie notamment sur l’apparence cagoulée de certains opposants. Leurs idées, pas tellement. Leur intolérance, voire les méthodes d’intimidations exercées contre les journalistes indépendants sur fond d’hostilité à la « grande presse » gênent aussi, et pas seulement les premiers intéressés. Peu après la publication de l’article qui révélait la présence de Camille sur la ZAD, certains opposants d’extrême-gauche ont déversé des tombereaux d’immondices sur BreizhJournal. Le but était simple, comme nous le révélait un de leurs – pour le moins irrévérencieux – courriels. Nous « « punir » pour un article qui « livrait Camille aux flics ». Cependant, ces procédés et d’autres se retrouvent retournés par le discours du pouvoir – nous y reviendrons – et certains médias plutôt favorables à l’aéroport qui montent en épingle le comportement de certains opposants pour caricaturer toute la lutte.

Le risque est simple : que l’intolérance, voire la bêtise de certains opposants mette en péril toute la lutte. Une situation résumée par le père de Camille, rompu dans son expérience professionnelle aux situations difficiles « Nous avons été accueillis par des gens très bien, nous avons pu discuter. Globalement, comme dans toute lutte, il ya 80% de gens intelligents, 5% qui ne savent pas trop pourquoi ils sont là, mais ils sont dans la lutte, et 15% de cons. Dont une partie qui n’est là que pour casser du flic. Et ceux-là, s’ils ne se calment pas rapidement, ils vont ruiner tout le mouvement et discréditer la lutte ». Une impression qui est aussi partagée par un nombre croissant d’habitants des communes alentour, qui ne livrent leurs impressions qu’en murmurant, tant le dossier Notre-Dame des Landes reste un chaudron qui bout dans les boues de Loire-Atlantique. Sur la ZAD, certains militants conscients du problème essaient d’écarter les opposants les plus déterminés à découdre. Julien, zadiste croisé à Nantes un jour d’action de la ZAD en centre-ville, explique « il y a des afflux et des départs tous les jours. Ces derniers temps, on fait ce que l’on peut – avec plus ou moins de succès – pour que les gens qui ne sont là que pour casser du keuf dégagent. Ce n’est pas notre lutte. »

Les opérations policières sur le site, loin de semer la zizanie parmi les opposants, les soudent, comme le rappelle ironiquement cette pancarte - photo Anaïs Denaux

Les opérations policières sur le site, loin de semer la zizanie parmi les opposants, les soudent, comme le rappelle ironiquement cette pancarte – photo Anaïs Denaux

Sur la ZAD, bien que le sujet reste tabou, certains s’interrogent sur la poursuite de la présence de Geneviève Euvrard, l’autre fugueuse du Puy. En effet, nombre d’opposants « historiques » craignent la sur-médiatisation qu’elle cause, source d’accusations larvées en toute sorte et pensent que son départ suffira à dégonfler l’affaire. Ce que nous confirme le père de Camille « si dans les jours qui viennent, Geneviève rentre, je pense que je vais retirer mes plaintes et l’affaire sera close. Les médias passeront rapidement à autre chose. »L’ACIPA, qui ne dénoncera pas sa présence, tient à nous faire savoir par la voix de son porte-parole Julien Durand que « si sa famille le demande en [les]contactant, nous communiquerons à Geneviève que ce serait bien qu’elle les contacte ou les rejoigne. Nous sommes là pour faire relais.». C’est là que le fossé idéologique se creuse avec la ZAD. Celle-ci s’est refermée autour de Geneviève, et les « zadistes », ces militants apolitiques, libertaires ou alter-mondialistes venus de partout lutter pour que la « Zone à défendre » devienne une « zone d’autonomie définitive » la protègent ardemment, arqueboutés sur sa liberté de consentement et le fait que sa démarche soit le fruit de sa volonté. Certains opposants remettent en cause notamment le fait même de l’autorité parentale, qu’un blog proche des militants libertaires présents sur la ZAD qualifie de « supercherie ».  Pour eux, la ZAD n’a pas à réclamer le départ de Geneviève.L’un d’eux, qui se fait appeler Camille, nous résume la position de ses camarades de lutte « elle est là par sa volonté, elle y reste jusqu’à ce qu’elle veut partir. Nous ne la retenons pas parmi nous, elle est totalement libre. » La question s’est réglée d’elle même : sa mère l’a récupérée cet après-midi sur la ZAD et elle est rentrée ce soir au Puy-en-Velay. Il balaie au passage les critiques faites aux opposants pour leurs méthodes : « nous, nous ne sommes pas là pour casser du flic, mais il y a clairement un rapport de force et nous entendons ne pas être balayés. Le préalable à toute négociation, c’est que les flics dégagent  et que cesse la militarisation de la ZAD». Ce que bon nombre de français ne savent pas, c’est que la mise en place de la « commission de dialogue » qui semble quelque peu illusoire sur place  a été arrachée après des assauts policiers d’une extrême violence – la ZAD a dénoncé près d’une centaine de blessés en deux jours –  impossible à cacher ni aux médias, ni à l’opinion. Par ailleurs, depuis trois ans, les forces de l’ordre s’attaquent régulièrement aux biens des habitants de la ZAD  Dans un perpétuel jeu du chat et de la souris, où normalement les forces de l’ordre ne peuvent commettre des actes illégaux et sont donc en infériorité, celles-ci sont passées du côté de l’ombre pour maintenir le rapport de force de leur côté. Et soutenir une tactique d’usure.

Les méthodes de la justice en question

« Une question me taraude », nous explique Michel Lauran, le père de Camille : « pourquoi la justice s’est dérobée à sa responsabilité ? » Juridiquement, il y a en effet un hiatus. L’article 371-3 du Code Civil pose que « l’enfant ne peut, sans permission des père et mère, quitter la maison familiale» et permet aux parents, dans les cas où cela se produit (fugue), de solliciter le concours de la force publique pour que l’enfant réintègre de gré ou de force spon domicile. C’était donc bien à la justice d’aller chercher les enfants à Notre-Dame des Landes. Une évidence pour le père, qui a décidé, en accord avec la mère de Geneviève Euvrard, à faire appel aux médias pour « bouger la justice » après que les enquêteurs se soient arrêtés faute de pistes après le passage des deux fugueuses à Toulouse. La question du rôle de la justice se pose à nouveau au sujet de Geneviève.

Jacques Louvier, procureur en charge de l’affaire, répond à BreizhJournal : « Il n’y a plus de raison à la justice d’intervenir ». Il dénonce le « traitement médiatique surdimensionné », de ce qui n’est que « une des 45.000 fugues qui se passent chaque année en France ». Or, il y a un cadre juridictionnel précis qui cadre l’intervention de la justice. Or, celui-ci « ne justifie pas l’intervention de la justice » pour le procureur. En clair, les forces de l’ordre n’ont aucune raison d’aller récupérer Geneviève sur la ZAD car la justice « a toutes les bonnes raisons de penser qu’elle n’y est pas retenue de force » et « qu’elle n’y court pas de danger ». Son amie était très bien traitée sur la ZAD, ce que son père confirme « elle mangeait très bien, couchait dans un endroit – une yourte – sec et elle a même pris du poids ». Jim, qui a cotoyé Camille sur la ZAD du 15 au 21 décembre, la trouvait « agréable, très investie dans ce qu’elle faisait, heureuse« . Pour Jacques Louvier, la situation est claire : « pas de contrainte donc pas d’infraction », Camille et Geneviève sont allées à Notre-Dame des Landes de leur propre chef et il est hors de question d’envoyer les forces de l’ordre les rechercher.

Seulement, si Camille et Geneviève étaient allées fuguer ailleurs, ou chez une tierce personne qui les nourrissait bien et ne les contraignait pas de rester avec elles, il y aurait-il eu une telle discrétion de la justice? Autrement dit : y-a-t-il un traitement particulier de l’affaire parce que c’est de Notre-Dame des Landes qu’il s’agit ? Voilà une question nettement plus dérangeante et qui met en lumière le rôle discret du pouvoir.

La partition subtile de M. Valls

Le "dialogue" à Notre-Dame des Landes, ressemble souvent à ça. Opération du 23/11 - photo Anaïs Denaux

Le « dialogue » à Notre-Dame des Landes, ressemble souvent à ça. Opération du 23/11 – photo Anaïs Denaux

Le ministère de l’Intérieur, à la manœuvre, a décidé de rapatrier la communication à Paris. On notera l’extraordinaire discrétion de la Préfecture de Loire-Atlantique, qui ne communique absolument pas sur l’affaire, et se garde d’en tirer le moindre profit. Au grand dam du cabinet, dont un membre nous confiera sous couvert d’anonymat « c’est quand même bête de perdre un prétexte rêvé d’intervention ». C’est justement la crainte n°1 de l’ACIPA : que la présence des fuyardes sur la ZAD soit le prétexte d’une intervention massive de forces de l’ordre sur la zone, avec de nouvelles scènes de violence inévitables.Le ministère de l’Intérieur a décidé de jouer beaucoup plus subtilement, afin de ne pas prêter le flanc aux critiques, comme l’a été la Préfecture suite à la trouble affaire du vigile tabassé à la Pointe. La Préfecture n’a en effet pas hésité à fouler aux pieds le secret de l’instruction et la présomption d’innocence dans une affaire sur laquelle l’information a été systématiquement cadenassée.

Alors le ministre, Valls, a déclaré sur RTL  que l’envoi de forces de l’ordre à Notre-Dame des Landes pour récupérer Geneviève allait être « dangereux » pour les forces de l’ordre puisque les occupants de la zone étaient très hostiles aux forces de l’ordre. Coup double : le ministre se montre réaliste – on ne peut pas dire que les forces de l’ordre soient particulièrement populaires sur place, compte tenu d’une petite minorité qui radicalise la lutte – et  en phase avec le dialogue et l’apaisement médiatique impulsés depuis Matignon. Tout en instillant dans l’opinion la certitude selon laquelle la ZAD est une zone de non-droit, ce qu’il désignait en novembre comme un « kyste»

« On est deux familles heureuses » : le fin mot de l’affaire pour bientôt

L’implication de l’Etat dans un dossier qui reste très politique, pourrait expliquer l’extrême discrétion de la justice et des forces de l’ordre au sujet des deux fugueuses. Une hypothèse qui met en colère le père de Camille « On ne mêle pas la politique quand la vie d’un enfant est en jeu », fulmine-t-il. L’aéroport de Notre-Dame des Landes est bien plus qu’un grand projet d’Etat contesté depuis son ébauche en 1967 ou un « grand chantier » comme un autre. C’est aussi l’aboutissement du développement urbain de Nantes, ville du Premier Ministre.  Cependant, pour le père de Camille, « La ZAD n’est pas une zone de droit. On la traverse aisément, on y pénètre, ce n’est pas Beyrouth. Mais ça, je peux le dire maintenant, parce que j’y suis allé. »

Cependant, le père de Camille jure que l’on ne lui arrachera pas sa liberté de parole. Celui qui se décrit comme un « ours d’1m95 et 105 kg, très doux, mais aussi capable de renverser des montagnes pour défendre ses enfants », va décrire précisément ce qui s’est passé quand il a récupéré Camille sur la ZAD, « lorsque Geneviève rentrera, et en accord avec sa mère ». Il n’est pas question de lâcher l’autre famille, ni de risquer que Geneviève fugue à nouveau vers une destination inconnue. Alors, « quand les conditions seront réunies, je relaterai les faits, tels qu’ils se sont produits, sans minimiser ni extrapoler, du moment où je suis entré sur la ZAD au moment que je l’ai quittée ». Nous n’en saurons pas plus, hormis que « tout le monde en prendra pour son grade » et que les dysfonctionnements et éléments curieux du traitement par la justice et les forces de l’ordre de l’affaire seront pointés. Après ? « L’affaire sera close, et nous tournerons la page. Là, nous sommes en train de reconstruire. C’est comme si on apprenait à se connaître à nouveau », souffle Michel Lauran, très ému. Dernière question : permettra-t-il à Camille de retourner sur la ZAD ? « Maintenant que je connais, oui, sous conditions. Deux-trois jours au plus, pendant les vacances, mais pourquoi pas. »

La mère de Geneviève Euvrard a récupéré sa fille aujourd’hui vers 13h à Notre-Dame des Landes et est actuellement en route vers Notre-Dame des Landes. Michel Lauran déclare « on est heureux, la boucle est bouclée, on est deux familles heureuses, c’est un vrai soulagement ».

Pour rejoindre Nantes depuis Toulouse, les deux fugueuses ont pris… le train !

Il nous confie au passage le périple rocambolesque des deux amies, tel que le lui a relaté Camille : celles-ci, après avoir atteint Toulouse par un covoiturage depuis le Puy ont voyagé toutes seules sur les lignes SNCF, de Toulouse à Bordeaux, puis de Bordeaux à Nantes, sans être inquiétées. Sur ces lignes, à la décharge des agents de la compagnie nationale, c’est plutôt l’état de la voie et les caprices du matériel qui sont sujets d’inquiètude. Néanmoins, cette performance aurait été impossible si « l’administration française avait été un peu plus rapide à diffuser les avis de recherche ».

Par ailleurs, M. Lauran a envoyé ses nièces sur la ZAD – où les jeunes filles sont arrivées le 6 décembre – pour les rechercher. Mais la ZAD c’est grand, « et les petites filles, c’est malin », bref, elles ne les ont pas trouvées, ni d’ailleurs la mère de Geneviève qui est venue sur la ZAD le 6 décembre (et non le 16). « Après quoi, comme elles n’avaient pas été trouvées et que personne n’avait parlé d’elles sur la ZAD, on a pensé qu’elles n’y étaient pas ». Jusqu’à ce que les deux lycéennes se signalent d’elles-mêmes.

La Bretagne et la Corse oubliées des ZSP

15 Déc

Après la ZUP, la ZFU, voici les ZSP (zones de sécurités prioritaires) destinées par Manuel Valls à éradiquer la délinquance dans les « cités » et les territoires de non-droit, y compris quand ceux-ci se trouvent en pleine campagne. ZSP pour lesquelles il n’y a même pas assez d’effectifs, et qui seront équipées en déshabillant Paul pour habiller Pierre, et ce avant mi-2013.

Carte des ZSP. Première vague déjà implantée, deuxième vague entre novembre et mi-2013.

Carte des ZSP. Première vague déjà implantée, deuxième vague entre novembre et mi-2013.

Mais la carte des 49 nouvelles zones ne prévoit qu’une ZSP à … Bellevue (Nantes et Saint-Herblain) pour toute la Bretagne et zéro en Corse. Zéro aussi au pays Basque, en Béarn et une pour les Catalans à Perpignan (Saint-Jacques, La Réal, Saint-Mathieu). Il est vrai que pour la Bretagne, entre tous les zonages en Z créés par l’Etat pour encadrer les hommes ou l’économie (ZAC, ZI…) il y en a un qui suffit à toute la Bretagne. La ZAD. Zone à défendre. Bienvenue à Notre-Dame des Landes !

Dernière minute : un militant socialiste du Castelbriantais, « inquiet » au sujet du projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes, « réprouve l’entêtement des élus de l’Ouest a soutenir ce projet pharaonique » et appelle au débat au sein de son parti pour « remettre à plat ce projet et (…) arrêter de matraquer les paysans« . . A lire sur Chateaubriant Actualités.

Lebranchu et Valls enterrent le département pays Basque

21 Nov

Réforme territoriale. Malgré le soutien sans faille des autorités économiques (CCI Bayonne) et de nombreux élus des Pyrénées Orientales à la création d’un département correspondant à la partie du Pays Basque actuellement sur le territoire français, la ministre de la Réforme de l’Etat Marylise Lebranchu semble abandonner l’idée de la création d’un département basque à laquelle elle avait ouvert la porte plut tôt.

Répondant à une question de Sauveur Bacho, maire d’Arbérats, Marylise Lebranchu a dit « Je n’ai pas de solution juridique et institutionnelle à votre demande. Je ne pense pas pouvoir créer d’échelon institutionnel pays Basque », raporte Kazeta.info

Les juristes basques peuvent se mettre au travail, mais le motif réél semble plus politique que juridique. En effet, Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, estime que la création d’un département basque reviendrait à donner raison à l’ETA, par conséquent, elle ne peut être envisagée. Seulement, si le motif « juridique » est défendu par le gouvernement, le Catalan Valls, très apprécié des deux côtés des Pyrénées le sera-t-il toujours autant lorsque les Catalans des Pyrénées-Orientales se verront refuser leur département ?

Notre-Dame des Landes : et maintenant ?

19 Nov

Ce samedi, la manifestation de réoccupation a réuni entre 30.000 et 40.000 opposants de toute la France sur le site du projet d’aéroport. Des tonnes de matériel ont été amenées de partout et plusieurs chantiers ont commencé. La détermination d’Ayraultbespierre n’en a pas été entamée pour autant, mais Notre-Dame des Landes, encore boycottée par les médias mi-octobre, s’est hissée à la pointe de l’actualité. Et maintenant ?

La reconstruction se poursuit

A l’heure où nous écrivons, un chantier de reconstruction se poursuit dans le bois de Rohanne. La Préfecture de Loire-Atlantique, que nous avons joint, tient à rappeler que « toutes ces constructions sont illégales, et auront tôt ou tard vocation à disparaître. Nous y emploierons les moyens nécessaires, en temps et en heure, pour faire cesser le trouble à l’ordre public que représente cette occupation illégale ». De source interne à AGO, nous savons toutefois que l’apparition de nouvelles constructions sur le site a bousculé quelque peu le planning des destructions et expulsions préparé par cette filiale de Vinci, chargée de construire l’aéroport et mis en œuvre par les pouvoirs publics.

De son côté, la ZAD a sorti un communiqué de presse qui précise « Dès l’arrivée de la manifestation, 5 bâtisses pré-construites ont commencé à s’édifier : un espace de réunion de 80m2, une cantine, 2 dortoirs, un bloc sanitaires et un atelier ». Samedi, deux d’entre elles avaient été commencées. En parallèle, d’autres cabanes sont reconstruites un peu partout sur des terrains déjà rachetés par Vinci. Toutes ces constructions sont essentiellement en bois. Celui-ci a été soit ramené d’ailleurs, soit récupéré sur les fermes détruites par Vinci. Ainsi, le lendemain de la destruction de la maison du Tertre  nous y avons vu, sur place, une grande affluence, militants et tracteurs pour récupérer tout le bois qui pouvait l’être. Ferme, poutres et portes étaient emmenés, chargés sur des remorques et stockés un peu partout dans la ZAD.

La ZAD affirme que le terrain sur lequel sont édifiées les constructions collectives a été « prêté par un propriétaire opposé à l’aéroport et en cours d’expulsion », probablement un paysan du cru. Or ceux-ci, ainsi que leurs locataires légaux, bénéficient du fameux « moratoire » accordé par François Hollande et qui leur permet de rester sur place jusqu’à l’extinction de leurs recours, normalement non suspensifs. Par conséquent, les constructions collectives ne seraient pas détruites de sitôt.

 

Le travail des masses continue

En parallèle à la mobilisation sur le lieu de la ZAD, des manifestations et des réunions d’information sont organisées un peu partout tant sur le territoire français que hors de celui-ci. C’est ainsi que le même jour que la manifestation de réoccupation, une dizaine de manifestations avaient eu lieu dans tous les coins de France. Des collectifs de soutien se sont formés un peu partout, deux d’entre eux (Alsace  et Alpes-Maritimes ) ont même leurs pages sur Facebook.

Les opposants s’appuient aussi sur des « camarades de lutte » engagés ailleurs, soit contre Vinci (Khimki, près de Moscou), soit contre des projets qui saccagent la nature partout dans le monde. Ils peuvent compter sur un réseau de médias alternatifs – qui ne sont pas pour autant leurs sites officiels – comme Indymedia (IMC) pour relayer leurs appels à la mobilisation et leurs informations. Enfin, comme BreizhJournal, Actualuttes, Reporterre ou Bastamag, certains médias se sont toujours intéressés à Notre-Dame des Landes et suivent avec attention les événements sur place.

Demi-ferme à moitié détruite au Liminbout

Du côté des médias conventionnels, la couverture médiatique s’améliore, du fait de la présence accrue des politiques et de la montée en puissance de la lutte. Une nouvelle dépêche AFP est sortie à l’occasion de la manifestation de réoccupation. Elle contient encore quelques inexactitudes qui tendent à maximiser l’action des pouvoirs publics, mais moins que les précédentes. Ainsi, elle affirme que « treize fermes ont été détruites » depuis le début des opérations d’expulsion en octobre. Les Planchettes, le Liminbout (1 maison et une grange), la Gaîté, le Tertre, le Pré Failli (2) et la cabane du Sabot qui était une ferme maraîchère, cela fait sept fermes, non treize.

 

Une coalition politique des « anti » hétéroclite

Mélenchon (Front de Gauche), Jean-Vincent Placé (Verts), Besancenot (LCR) et… Marine le Pen (FN), une coalition pour le moins improbable de têtes d’affiches politiques qui mêle les has been, les politiciens d’appareil et ceux en quête de tous les sujets qui fâchent. Opportunistes ? Oui, sûrement. Marine le Pen ne se range par « du côté des opposants »  pour servir la Bretagne ou la nature, elle qui fait tant et tant pour faire oublier ses origines. Et qui se doute bien qu’il y a peu, sinon pas, de frontistes sur le terrain. Mais le ralliement de leaders politiques médiatisés sert incontestablement la lutte et renforce l’importance de l’opposition à l’aéroport, que tous les médias pressentent maintenant comme un sujet qui fragilisera le gouvernement et surtout Jean-Marc Ayrault, le premier Ministre.

 

« L’éxécutif a reculé devant tous les lobbys, pourquoi pas celui-ci ? »

Face à cette coalition des « anti », le gouvernement serre les rangs et se pose en défenseur de la légalité républicaine. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, en déplacement à Saint-Nazaire, affirme ainsi « la détermination du gouvernement à porter ce projet et à faire respecter la loi est totale ». François Hollande, président, s’est déclaré favorable à la poursuite des travaux. En clair, le gouvernement ne reculera pas devant les opposants. Pour l’instant, et devant les caméras en tout cas. Parce que la réalité est tout autre. Un membre de cabinet ministériel nous confie « Depuis le début de son mandat, l’exécutif a reculé devant tous les lobbys. Il continue de reculer partout, tant à l’étranger qu’à l’intérieur. L’exécutif navigue à la voile. Pourquoi il ne reculerait pas devant ce lobby-ci ? Pour sauver l’honneur du Premier Ministre ? ».

Le Canard Enchaîné de mercredi dernier nous apprend que le cabinet du Premier Ministre a commencé à réviser en urgence tous les partenariats publics privés (PPP) passés par le ministère de la Justice sous l’époque Sarkozy, y compris les PPP dont le ministère a déjà annoncé l’abandon. Dans la ligne de mire, les « prison-Bouygues », construites par le groupe de BTP et louées cinquante ans à l’Etat ensuite. L’aéroport de Notre-Dame des Landes est donc l’un des derniers PPP accepté tel quel par l’Etat, bien que le devis présenté par Vinci soit notoirement sous-évalué. Quelles sont les raisons objectives de ce « miracle » du BTP ? Si c’est l’honneur du Premier Ministre, il vaut 650 millions d’€. Prix susceptible de suppléments imprévus.

 

Notre-Dame des questions qui fâchent

Les frères Hamon chantent Notre-Dame des oiseaux de fer,  nos confrères pourraient chanter Notre-Dame des clivages, les Bretons Notre-Dame de l’esprit Breton, rétif à l’ordre venu de Paris, et les opposants, dont pas mal sont peu suspects d’aller à la messe – le dimanche, armés de marteaux et de clous, ils font l’œuvre de Joseph –  n’ont jamais autant invoqué Notre-Dame depuis qu’ils sont sur place.

Des questions qui fâchent, ce n’est pas ce qui manque. Est-ce que Notre-Dame des Landes fera éclater le gouvernement après avoir fâché les écolos et les socialistes, et ces derniers avec leurs camarades plus rouges ? Est-ce que Ayrault survivrait politiquement à un abandon de Notre-Dame des Landes ? Est-ce que le PPP, trop peu favorable à l’Etat, sera révisé ? Est-ce que la lutte gagnera en puissance jusqu’à se transformer en guerre ouverte contre Paris ? Ou est-ce que la mobilisation retombera comme un soufflé, clou chassé par les autres clous de l’actualité ? Vous n’avez pas fini d’entendre parler de ce petit bourg Breton qui résiste au béton et où la lutte décolle à peine. En vingt ans, le pays Nantais a refusé deux centrales nucléaires  et résisté à plus de pressions politiques et financières qu’aucun autre territoire français. Alors, un aéroport…

Trois questions qui fâchent autour de Notre-Dame des Landes

7 Nov

Depuis le début des expulsions le 16 octobre 2012 et de l’investissement progressif, par les forces de l’ordre, du site (la ZAD) prévu pour le projet aéroportuaire de Notre-Dame des Landes, le succès inattendu de la résistance des occupants juridiquement illégaux de la ZAD alimente fantasmes et questions. Tout comme l’attitude des forces de l’ordre sur place. « Ultra-gauche », nouvelle chouannerie ou tyrannie de l’Etat oppresseur, quelques questions qui fâchent autour de Notre-Dame des Landes.

L’ultra-gauche violente, c’est maintenant ?

Le très droitier ministre de l’Intérieur Manuel Valls a qualifié les opposants à l’aéroport de membres de l’ultragauche, autrement dit d’anarchistes autonomes, dans le but de les décrédibiliser dans l’opinion publique. Alors, certes, il y a des anarchistes autonomes sur le site. Des hippies même, des cheveux longs, des piercings. Mais ce n’est pas parce que l’on met une benne de poireaux dans le lac Léman qu’il est transformé en soupe. Autrement dit, il y a une minorité d’activistes sur la ZAD qui vient de l’ultra-gauche. Mais les assimiler tous à cette origine militante est un spectre réducteur qui nie le soutien clé des paysans (ACIPA), la présence de militants associatifs et syndicaux, d’écologistes, voire même d’une minorité sans cesse croissante de gens qui ne sont pas engagés dans d’autres combats sociaux, mais que l’injustice et la démesure des expulsions à Notre-Dame des Landes conduit à se mobiliser activement.

La préfecture, plus mesurée, mentionne la présence sur la ZAD d’une « minorité d’activistes qui veulent en découdre ». Les services du renseignement l’estiment tout au plus à « un noyau dur d’une cinquantaine de personnes très déterminées ». Il se trouve cependant que la ZAD a depuis le début choisi un mode de résistance pacifique qui vise plus à retarder la progression des forces de l’ordre qu’à s’y opposer physiquement et à main armée. Chaque jour, sur la ZAD, les forces de l’ordre utilisent des flashballs en tir tendu, voire des grenades lacrymogènes. Depuis le début des événements, il n’y a eu qu’une vingtaine de cas de jets de projectiles (dont des légumes) à leur encontre, d’après une source interne à la gendarmerie, et deux cocktails Molotov envoyés.

Alors effectivement, la ZAD a une coordination extérieure, un site d’information, des guetteurs, une radio (AutoRoute FM piratée), une équipe légale. Une organisation qui n’est pas très différente de toute organisation qui est en train de défendre un territoire ou une cause. Dans les années 1980, personne n’est allé accuser la population de Neuvy-Bouin (Deux Sèvres) qui s’opposait alors à l’installation d’un centre d’enfouissement de déchets nucléaires d’être aux mains de l’ultra-gauche. Il y avait pourtant un collectif, des militants venus de partout, des guetteurs, un réseau de cibiches et une occupation durable du site (réduit à un grand champ, certes).

Pourquoi tant de policiers ?

Les médias qui ont couverts le dossier ont presque tous pointé l’importance du dispositif policier. Il y a eu certains jours (notamment le 17 octobre avec la charge sur le Sabot) un rapport de 10 policiers ou gendarmes pour 1 opposant. Tous les travaux qui se font sur le site de la ZAD sont protégés par d’importants déploiements de forces de l’ordre, comme hier au Tertre où une pelleteuse et deux camions-bennes étaient protégés par une quinzaine de fourgons de gendarmes mobiles  soit 150 à 200 hommes.

Patrick Lapouze, directeur de cabinet à la Préfecture, nous expose la nécessité absolue de « garder un rapport de force très favorable aux policiers ». Cela a le mérite d’être clair, « les opposants sont susceptibles d’être dangereux », donc les forces de l’ordre sont en rapport avec leur dangerosité putative. Au Ministère de l’Intérieur, l’on se montre plus direct encore. Un haut-fonctionnaire, sous couvert d’anonymat, nous confie que « la consigne, c’est de mettre le paquet« . Pls cher que le paquet de cigarettes le paquet de policiers a un coût, pointé par Presse-Océan le 23 novembre : 500.000 € par semaine, 1 million d’€ compte tenu des traitements des forces de l’ordre engagées.

Notre-Dame des Landes : une résistance qui alimente toutes les rumeurs

Par ailleurs, la Préfecture invoque le besoin de protéger les travailleurs qui interviennent sur la ZAD, tels les agents de la DDE qui ôtent les barricades, l’entreprise qui désamiante, celles qui louent les pelleteuses et les camions-benne, les démolisseurs, les agents ERDF, l’huissier, etc. « Tous les gens qui sont venus sur la zone ont déclaré ne plus vouloir y revenir sans protection policière, et ce à cause de l’ambiance d’hostilité terrible dans laquelle ils interviennent », affirme P. Lapouze. Hostilité ? « Ils reçoivent des projectiles, ils font face à des militants déterminés qui veulent en découdre » Ou tout simplement ils sont mal à l’aise, comme cet agent de la DDE que nous avons interrogé, sous couvert d’anonymat « On nous demande d’intervenir pour débarrer les routes et permettre aux policiers de circuler. Soit, et on comprend très bien que les gens qui mettent ces barricades n’aiment pas nous voir travailler. Mais ce qui me gêne surtout, c’est que je suis d’ici, et c’est un peu comme si j’aidais à démolir la maison de mon voisin. ».Nombre d’agents sont donc pour des raisons diverses, pressés de quitter la ZAD au plus vite, ce qui explique qu’ils négligent de prendre toutes les précautions. Ainsi, le 24 octobre, l’Inspection du Travail est intervenue sur une déconstruction au Liminbout. Les ouvriers, très pressés de boucler leur travail et de repartir, avaient omis de se protéger, notamment en se munissant de harnais.

Un black-out médiatique ?

Du 16 au 18 novembre, en-dehors de la ZAD, des relais idéologiques de certains militants, comme Indymedia ou Resiste.squat.net ou du site de la coordination paysanne opposée au projet (ACIPA), il n’y a eu que deux médias qui ont vraiment couvert les événements. 7Seizh, en envoyant quelqu’un sur place et surtout en recopiant les informations du site de la   ZAD. Le Flochington Post, par celui de ses journalistes qui est le plus proche par ses origines de Notre-Dame des Landes, c’est à dire votre dévoué serviteur. Baillonné sur le Flochinton Post par un patron très favorable à l’aéroport, et qui se réjouissait de voir les forces de l’ordre « passer sur la gueule » des militants et paysans du cru, je créais BreizhJournal pour continuer à informer sur les événements.

Pour la quasi-totalité des médias locaux et nationaux, un déploiement de 1.200 policiers en pleine campagne, des violents combats, une charge pendant trois heures dans la nuit contre une cabane, tout cela fut moins important que le match nul des Bleus contre l’Espagne et l’écume de l’actualité. Libé vint jusqu’à publier dans ses colonnes que Pete Doherty, banni par la SNCF de ses lignes suite à la disparition d’un chariot de marchandises, cherchait une voiture pour l’emmener en stop à Toulouse.  Etrange jugement de l’importance de l’actualité !

Le 18 octobre, une dépêche AFP tombait. Reprise dans les principaux médias, elle commençait par ces mots « Barrages, barricades, gaz lacrymogènes et cocktail molotov: les abords de la commune de Notre-Dame-des-Landes, où doit être construit un aéroport d’ici 2017, ont été le théâtre jeudi d’une véritable « guérilla bocagère » opposant 500 CRS et gendarmes à environ 150 adversaires du projet. » Un paragraphe d’introduction, et tout un programme de déformation de l’information. Puisqu’il n’y avait pas 500 CRS et gendarmes sur place, mais près de 1.200. Ensuite parce que la guerilla n’avait pas eu lieu jeudi seulement, mais avait commencé mardi 16 octobre, et avait vécu son point culminant le mercredi 17 avec la charge contre le Sabot. Enfin, les cocktail Molotov font partie intégrante du combat, pour le rédacteur bien inspiré (et lointain) de la dépêche. Or, il n’y eut, du 16 au 19, qu’un seul jet de bouteille incendiaire. Il est clair cependant qu’écrire « jets de projectiles » ou encore « lancers de légumes », plus avérés, n’aurait pas cadré avec le but des rédacteurs de la dépêche, condensé d’information prête à consommer par des médias devenus relais d’une information qu’ils ne perçoivent plus. Le but était simple : faire passer les opposants à l’aéroport pour des séditieux et des fous dangereux, tout en minimisant l’importance de l’effort policier mis en place et la durée de leur résistance.

Le 19 octobre, quelques médias seulement avaient crevé le black-out. ITélé, qui synthétisait rapidement un sujet à partir du film produit sur la lutte contre l’aéroport  et des événements. La radio Paris et Banlieues (RFFP 106.3FM). Reporterre, sur son site. Le Monde, qui se risquait à une critique modérée des méthodes. Ouest-France, qui répercutait des informations diffusées par la Préfecture. RennesTV qui nous contacta et alla sur place pour sortir un reportage sur la résistance de la ZAD. Le surlendemain, Rue89 embraya. Finalement, avant la première semaine d’occupation et l’article de Presse Océan qui signalait le coût exorbitant et la démesure de l’expulsion, il n’y eut aucune réaction des médias nationaux. Au grand dam de Dominique Fresneau, que nous avions interrogé alors, et qui a dénoncé les « consignes » reçues par les rédactions des grands médias. Difficile, quand on perçoit 30 à 40% de son budget des mains de l’Etat  de ne pas rester insensible à certaines sollicitations. Alors, black out médiatique ou amnésie journalistique collective ? À vous de juger.