Etat d’urgence pour l’église du Petit-Auverné

19 Jan

Depuis quelques années, l’église du bourg du Petit-Auverné, en Loire-Atlantique fait grise mine, fermée qu’elle est au public. C’est même l’une des trois seules églises en péril  du département, avec celle de Pompas, qui est étayée (à Herbignac) et celle de Saint-Sulpice des Landes, en bien moins grave danger. Cinq autres églises sont en péril en Bretagne (Langon, Botmeur, Plounerin, Tremargat, Plougourvest). Parce que l’église du Petit-Auverné a besoin de grands travaux, que la commune ne peut payer.

Mais le Petit-Auverné, c’est où ? Petit bourg au carrefour des routes de la Meilleraye de Bretagne à Saint-Julien de Vouvantes (RD2) et de Erbray au Pin (RD29) , il est le chef-lieu d’une commune qui ne compte que 433 habitants – l’une des plus petites de Loire-Atlantique. Au carrefour des routes, et même au ras de la RD2, une petite église du XIXe, en pierre du pays et tuffeau. Une petite église du XIXe toute simple, avec nef simple, clocher-porche et transept. En la regardant, le visiteur occasionnel ne se doutera pas une seule seconde que son existence est mentionnée depuis le VIIe.

Irréductibles Alvernes

Clocher-porche de l'église du Petit Auverné

Clocher-porche de l’église du Petit Auverné

Et pourtant si. Au VIIe siècle, le lieu est déjà mentionné dans une charte monastique, sous la désignation « Sanctus Sulpitus Alvernensis », Saint-Sulpice (le Pieux, évêque de Bourges) d’Auverné. En 1152, cette paroisse avait déjà recteurs et vicaires. A partir du XIIIe, les seigneurs dela Rivière – un manoir disparu à deux km au sud-est du bourg – commencent à monter en puissance. Mi-XVe, Jean de la Rivière est chancelier de Bretagne. Ce qui devait arriver arriva : l’Eglise, qui a l’éternité devant elle, prit son temps pour faire coïncider son organisation avec la division du pouvoir, et le 16 juin 1607 est érigée la trêve paroissiale de Saint-Sulpice-d’Auverné (encore appelée Saint-Sulpice-Feillette-d’Auverné), sur ordonnance de Charles de Bourgneuf (évêque de Nantes), en qualité d’église « subsidiaire d’Auverné« .  Sur ce arriva la Révolution, et alors que le Petit Auverné se séparait définitivement du désormais Grand-Auverné, les châteaux situés dans les taillis entre la forêt Pavée et la forêt d’Ancenis devenaient un gîte accueillant pour les Chouans. Petit-Auverné, place forte des Chouans ? Oui, au château de la Salmonaie, avec d’autres refuges plus ou moins connus, ainsi des Basses Chapellières à Maumusson.La paix revenue, l’église se fait bien petite. Alors, entre 1844 et 1858, comme l’indique la plaque de bronze scellée au mur du transept nord, Henri Gilée, architecte du département, abat la vieille église dont les parties les plus anciennes datent du XIIe et la remplace par l’actuelle, tandis qu’il érige non loin, à Saint-Mars du Désert, une église d’aspect assez semblable. L’église est achevée, avec son clocher-porche surmonté d’une forte flèche en charpenterie recouverte d’ardoise, ornée de quatre lucarnes décoratives et cantonnée de quatre pinacles de pierre. Elle fait la fierté du village, dans ce paysage de landes où se distingue de loin la fine flèche XVIIe de l’église Saint-Jouin de Moisdon la Rivière. Désormais, avec sa flèche de bois, ses quatre cloches, le Petit-Auverné prend toute sa place dans le paysage.

Mais l’église n’en a pas fini avec les travaux. En 1875, une tempête plus forte que la flèche l’effondre sur la nef. La voûte en bois est endommagée. La flèche est arasée et remplacée par un provisoire toit à quatre pans, remplacé par l’actuel en 1926 par l’entrepreneur Ferron. Il met aussi en place des tirants dans les transepts, car du fait de sa construction rapide, la charpente pousse sur les murs et les écarte. Déjà. De 1947 à 1959, la couverture est refaite, du carrelage posé et les quatre cloches, qui sonnent à la volée, électrifiées. Pendant ce temps là, le Petit Auverné connaît un déclin démographique, passant de 1022 habitants en 1876 à 632 au lendemain de la guerre et 386 à la veille du XXIe siècle. Les irréductibles alvernes sont toujours là, mais moins nombreux. La rurbanisation finit par avoir raison du déclin et les années 2000 renouent avec la croissance des habitants. Pas des fidèles. Comme dans bien des endroits, plus personne ne va à l’église. Et la paroisse est regroupée avec celle de Moisdon.

Trop de travaux, trop cher

L'église, côté sud et son chevet au nord-est

L’église, côté sud et son chevet au nord-est

En 2009, l’état de l’église est préoccupant. La charpente pousse à nouveau sur les murs, qui accusent le coup. Un connaisseur donne une image poétique « l’église est telle une fleur qui éclot », mais peu plaisante pour l’avenir d’un édifice dont les murs du transept ont tendance à s’écarter. Des chutes de pierre du couronnement du chœur sont observées ; l’église est fermée par arrêté de péril, un périmètre de sécurité mis en place autour d’elle. Une étude est commandée à Pierluigi Pericolo, architecte du patrimoine à Nantes. Cette étude constate « l’état de dégradation avancé » de l’église et les « nombreux problèmes structurels » qu’elle connaît, problèmes imputés à l’absence d’entretien régulier et de gros travaux – depuis 1926 – ainsi qu’à des malformations d’origine.Du côté des malformations d’origine, les poussées excédentaires de la charpente sur le sommet des murs de la nef et du chœur, poussées qui écartent les murs et entraînent leur fissuration, ainsi que celle des voûtes. Pour les défauts d’entretien : le manque de gouttières et l’état du beffroi, lézardé de partout. Dans les années 1950, alors que les cloches sont électrifiées, l’amélioration est faite pour parer au moins cher, et par un défaut de conception, les vibrations des cloches se transmettent dans les murs. Si bien qu’il a fallu les arrêter maintenant. L’édifice accuse son âge : enduits et parements complètement hors d’usage, toiture à reprendre, dégradations causées par des emplâtres de béton sur les linteaux en pierre tendre, érosion du tuffeau, beffroi en bois lézardé, ferrures des vitraux à reprendre…

D’importants travaux sont donc à prévoir, et le devis s’en ressent. Découpé en trois tranches, il prévoit 667.368 € de travaux sur le chœur et le transept (dont 357.250€ de maçonnerie) et 889.764 € sur le clocher et la nef (dont 487.450€ de maçonnerie et 35.000 € pour le beffroi). Avec 367.112€ de travaux intérieurs, le devis atteint près de 2 millions d’€ (1.924 244 €). Le budget annuel de la commune est de 400.000 €. Les travaux de l’église coûtent donc trop cher. Des subventions sont sollicitées auprès de la fondation du Patrimoine – qui ne peut guère apporter que 15.000 ou 20.000 € et le Conseil Général, qui manque de chance, taille dans toutes ses dépenses autres que la solidarité, et amorce au même moment la réduction de 40% de ses dotations aux communes.

L’étude s’achève en affirmant, en majuscules, « les ouvrages en pierre de taille présentent d’importants risques de chute […] ces ouvrages sont dangereux pour la sécurité des personnes et des biens […] L’édifice ne peut être laissé en l’état ». L’architecte prescrit des travaux de mise en sécurité provisoire (dépose des pierres en mauvais état, mise en place de filets et d’étais) puis de « procéder dans des délais très courts aux travaux de consolidation des charpentes et corniches ». Ce qui n’a pas été fait, faute d’argent – et il est peu probable que la situation s’est améliorée depuis trois ans.

 « Certainement, pas démolir »

Etat des pierres tendres en tuffeau - ici, l'encadrement d'une baie du transept nord

Etat des pierres tendres en tuffeau – ici, l’encadrement d’une baie du transept nord

BreizhJournal a donc interrogé Mme le Maire, Michelle Cochet, sur l’avenir de l’église, sur laquelle les grands travaux n’ont donc pas été entrepris. « Les fondations sont saines, donc certainement, il ne faut pas démolir l’église », nous répond-elle. Un entretien est fait, à mesure des moyens de la commune, pour éviter d’aggraver les dégâts. Ainsi, en 2011, des travaux de zinguerie ont été faits pour 2.000 € afin de maintenir l’édifice hors d’eau. Mais il n’y a pas de solution financière durable, malgré toute la bonne volonté de la commune, et ce bien qu’un jour, il faudra se résoudre à faire de lourds travaux.

L’église souffre aussi d’un manque d’intérêt, directement lié à la baisse de la pratique religieuse. Une réunion publique sur son avenir n’a rassemblé que vingt personnes il y a quelques années. Mais le consensus se fait pour éviter qu’elle ne subisse le sort des églises angevines du XIXe  puisque la démolition de l’édifice, au bord de la départementale, devrait coûter la bagatelle de 300.000 €, somme insurmontable pour la commune. Pour les travaux intérieurs, Mme le Maire pense au modèle de Désertines, une petite commune aux confins du Maine et de la Bretagne. Eglise dont le gros œuvre a été restauré sous l’égide du cabinet de conseil Heritage et l’intérieur fignolé par des bénévoles et des entreprises locales. Si près, si loin… l’église de Sévérac, près de de Redon, menacée de démolition suite à son état très dégradé, a été sauvé en 1997 par un référendum local (71% de la population pour sa restauration) puis refaite  et est aujourd’hui comme neuve.

Saint-Sulpice des Landes : église fermée, état bien moins grave

Vues de l'église

Vues de l’église

A Saint-Sulpice des Landes, l’église est fermée depuis janvier 2010 pour raison de sécurité, suite au détachement d’une plaque du plafond. La messe se fait dans la salle de spectacle, situation dont la paroisse s’accommode tout à fait, ladite salle étant chauffée, contrairement à l’église. Celle-ci se trouve au milieu du bourg et date du XIXe, et ne doit pas être confondue avec l’église du Vieux-Bourg, pourvue de fresques, fondée par Robert d’Arbrissel à la charnière du XIe et du XIIe.

Comment en est-on arrivés là ? Pendant longtemps, la toiture était hors d’âge et non remplacée, là encore pour causes financières, Saint-Sulpice comptant 590 habitants en 1990 (650 aujourd’hui). L’eau rentrait, et aller mouiller le plâtre de la – fausse – voûte établie à peu de prix au XIXe. Au début des années 2000, la toiture est remplacée et la charpente – aujourd’hui en parfait état – reprise. Mais le mal est fait sur les plâtres et le plafond commence à s’écrouler en janvier 2010. C’est en préparant les travaux pour réparer le plafond que l’on constate l’état avarié de la voûte.

« Démolir l’église ? Sûrement pas ! », affirme clairement le maire, Jean-Daniel Lécaillon, qui a l’intention de mettre fin à la fermeture du lieu de culte. C’est-à-dire curer toutes les zones de la voûte qui menacent de tomber, rouvrir l’église, qui sera alors en sécurité, et roulez jeunesse. Les travaux de mise en sécurité, avec une nacelle devraient coûter 40.000 €. « Précisément la somme que la communauté de communes a retiré à la commune cette année au titre des péréquations de la dotation de solidarité économique ». La commune ayant peu d’habitants et deux entreprises assez importantes, elle bénéficie moins de cette contribution, qui remplace l’ex-taxe professionnelle, que les autres communes du territoire. Les travaux devraient être néanmoins réalisés avant 2014.

Situer :

Petit-Auverné (Arwerneg-Vihan), Loire-Atlantique, Bretagne : 47.610561,-1.291323

Saint-Sulpice des Landes (Sant-Sulleg al Lanneier), Loire-Atlantique, Bretagne : 47.575368,-1.205578

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2 Réponses to “Etat d’urgence pour l’église du Petit-Auverné”

  1. jeanbaptisteonlinux janvier 19, 2013 à 8:06 #

    Merci à vous pour vos articles qui semblent documentés.

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  1. Patrimoine-en-blog » Blog Archive » Liste des églises menacées ou récemment démolies - janvier 21, 2013

    […] Etat d’urgence pour l’église du Petit-Auverné (breizhjournal 19 janvier 2013) « Depuis quelques années, l’église du bourg du Petit-Auverné, en Loire-Atlantique fait grise mine, fermée qu’elle est au public. C’est même l’une des trois seules églises en péril  du département, avec celle de Pompas, qui est étayée (à Herbignac) et celle de Saint-Sulpice des Landes, en bien moins grave danger. Cinq autres églises sont en péril en Bretagne (Langon, Botmeur, Plounerin, Tremargat, Plougourvest). Parce que l’église du Petit-Auverné a besoin de grands travaux, que la commune ne peut payer. » Lire la suite […]

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