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Crise en Ukraine : le témoignage d’un ukrainien de l’est

18 Mar

1394822347_1073366276-frAlors que la Crimée vient de déclarer par 97% des suffrages sa volonté de rejoindre la Russie, les médias français et occidentaux mainstream continuent de rendre la Russie responsable de la scission ethnique et politique qui se développe en l’Ukraine. Loin des gémonies médiatiques et de la chasse aux sorcières et aux opinions différentes, nous vous présentons le point de vue d’un habitant – russophone – de l’est de l’Ukraine. Les notes entre crochets sont de la traduction, par BreizhJournal. Le reste est brut de décoffrage. A chacun d’en tirer ses conclusions.

Les libéraux russes soutiennent les ukrainiens de l’ouest dans leur droit à l’autodétermination. C’est très bien. En revanche il est bien dommage qu’ils ne soutiennent pas les ukrainiens de l’est pour qu’ils fassent pareil. Et qu’ils ne savent même pas quel est leur avis. Je vais essayer de l’expliquer.

Regardez. Vous vivez à l’est de l’Ukraine. Vous avez 40, 50 ou 60 ans. Peut-être même 30 ou 70. Vous êtes russe. Ce n’est pas une question de sang. Par votre langue, votre culture, votre conscience, vous êtes russe. Vous êtes né en URSS. Vous avez une relation apaisée avec elle. Vous n’êtes pas fan de Staline. Mais il y a d’autres choses. L’enfance. Les vétérans de la guerre. Vous ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain. Vous vivez hors de Russie depuis 20 ans et des brouettes. Mais vous êtes pourtant toujours russe. La conception non-écrite de l’Ukraine en tant que pays s’appuyait sur un équilibre entre l’Orient et l’Occident.

Vous avez toujours trouvé que l’Ukraine de l’ouest était quelque chose d’autre. D’étranger. Vous vivez dans le même pays, mais vous êtes très très différent. De temps à autre ils tabassent les vétérans soviétiques. Cela vous énerve. Parfois ils essaient de faire des défilés de SS. Cela vous rend fou. Là bas ils parlent du héros Bandera [qui a choisi le camp des allemands pendant la guerre]. Vous pensez qu’ils sont malades. Ils créent à partir de rien une conception nationale ukrainienne. Vous trouvez qu’ils sont idiots. Vous devinez qu’ils ne sont pas tous comme ça. Mais « la voix de l’occident » sonne justement ainsi. Leurs autres traits ressemblent aux vôtres. C’est pourquoi vous remarquez justement ça ; leur « particularisme », c’est ça. Vous n’êtes pas saint et votre ire connait aussi son crépuscule.

Il y a quatre ans, vous avez voté pour Ianoukovitch [ex-président déchu et chassé par les révoltés nationalistes à Kiev]. Pas parce que vous l’aimiez. Mais tout simplement parce que Timochenko, c’est la même chose en pire. Vous ne soutenez pas Ianoukovitch. Vous n’aimez pas les corrompus. Mais vous n’avez personne d’autre à qui donner votre voix. Il n’y avait pas d’autre homme politique d’envergure à l’Est [de l’Ukraine].

Vous êtes un homme simple. Vous voulez la paix, la prospérité, de bonnes relations avec la Russie – car elle compte beaucoup pour vous – mais aussi avec l’Europe. Vous n’étiez pas contre l’association avec l’UE. Surtout si elle permettait de ne pas s’éloigner de la Russie. Le plus souvent, vous avez en Russie vos enfants, une partie de votre famille qui y vit ou y travaille, ou vos amis…

La Russie d’aujourd’hui vous plaît plutôt. Il y a là-bas la paix et une prospérité relative, surtout par rapport à la réalité que vous vivez. Toutes ces années, c’est la Russie et elle seule qui soutient l’Ukraine. Le marché du travail est ouvert. Elle a injecté des dizaines de milliards de subsides. Il y a des réductions [allusion au prix du gaz, vendu 30% en dessous du prix du marché], des projets communs, notamment une zone de libre échange [commune à la Biélorussie, au Kazakhstan et à l’Arménie. Il s’agit de l’Union douanière]. Les ukrainiens qui travaillent en Russie sont trois ou cinq millions. Les autres pays ne font pour l’heure que des promesses.

Personne ne vous empêche en Ukraine de parler en russe. Mais il y a de moins en moins d’écoles russes. Pas d’universités russes du tout – dans un pays où le russe est la langue maternelle de 80 % de la population. Un président [Ioutchenko, de 2005 à 2010] traduisait tout en ukrainien. Un autre [Ianoukovitch] ne s’est jamais bougé pour inverser la vapeur. Il y a énormément de rhétorique anti russe, bénigne dans l’ensemble mais qui énerve et attriste beaucoup.

Dans le pays c’est le bordel tout le temps et il y a des élections constamment. Et de la misère. Des voleurs, qui changent de président et continuent à se partager le budget en usant de n’importe quelles paroles et n’importe quelles personnes [pour couvrir leurs actes]. La nouvelle révolution est encore une de leurs idées. Et rien ne prouve qu’ils ont changé au moins un peu.

Vous voulez vivre sans bordel et sans misère. Vous regardez vers la Russie. Vous trouvez que l’ouest du pays ne produit rien, mais ne cesse de dévorer vos impôts. Même si ce n’est pas vraiment la réalité. Mais à l’ouest ils disent souvent qu’ils sont les seuls à être normaux et vrais ukrainiens. Alors que vous êtes soit finis à l’huile de morue, soit idiots, soit des traîtres. Vous vous demandez parfois si vous voulez vraiment être ukrainien.

Après commence le Maïdan [la révolution de février 2014 à Kiev, qui part de l’occupation de la place de l’Indépendance, nommée Maidan Nezalejnosti en ukrainien]. Le Maïdan détrône le pouvoir légitimement élu. Y compris celui pour qui vous avez voté. On ne vous demande pas votre avis. Le Maïdan fait ça les armes à la main. Tout en clamant son pacifisme. Le Maïdan tire sur les siens. Et prétend que c’est le pouvoir [de Ianoukovitch] qui le fait. Le Maïdan est nourri par les oligarques. Les mêmes qui ont poussé en avant Ianoukovitch avant de le lâcher lorsqu’il a commencé à nourrir ses enfants plus qu’eux.

Vous estimez que cette révolte est un arrangement des oligarques avec les nationalistes et les professionnels de la politique. Qu’ils ont bénéficié du soutien en quantité de gens qui veulent que les choses aillent pour le mieux, mais le font avec des moyens malsains et vont dans le mauvais sens.

Le Maïdan ne représente pas toute l’Ukraine. Il ne vous représente pas. Vous aussi vous êtes pour un pouvoir honnête et de bonnes lois. Mais pas avec les forces de gens entraînés dans des pays bien connus [en UE et aux USA] avec des opinions notoires [allusion aux ultranationalistes néonazis des partis « Batkivschina » et « Oudar »]. Les croix gammées sur leurs épaules et ce qu’ils clament sur la guerre avec la Russie ne vous laisse aucun choix à leur égard. Et surtout, vous refusez d’être gouvernés par les oligarques pour leur plus grand profit. Vous les connaissez assez bien.

Et surtout pas en suivant une rhétorique antirusse. Et surtout pas dirigés par les hommes politiques occidentaux, que vous n’aimez pas depuis les temps de l’URSS encore. Mais le problème n’est pas là. Vous connaissez le prix de leurs promesses. Ne serait-ce que grâce à l’Histoire. Quand ils gênaient le pouvoir, soutenaient les insurgés armés et ont estimé que le coup d’état était paisible et légal. Vous suspectez que ces actions ne sont pas motivées par leur aveuglement ou leur générosité, mais par leur seul intérêt.

Et surtout, vous refusez ces hommes politiques. Vous ne pensez pas que Iascheniouk [le nouveau premier ministre ukrainien], Klitcshko [le boxeur leader du parti ultranationaliste Oudar] ou Tiagnibok [juriste de Lvov, ultranationaliste et leader du parti ultranationaliste Svoboda, depuis 2010 se trouve dans le top 10 mondial  des antisémites, selon le centre Simon-Wiesenthal] sont des gens qui prennent vraiment les décisions, car vous n’êtes pas con. Ce sont des marionnettes et vous le savez.

Comment vous aurez aimé que ça se passe ? Vous voudriez des lois qui s’appliqueraient également à tous. Du respect pour les deux avis sur la question. L’absence de rhétorique dirigée vers quelque bouc émissaire que ce soit. Des élections et non des émeutes. Vous auriez aimé qu’en Ukraine – à condition que l’on conserve les frontières actuelles – tout le monde arrêtera à jamais de penser que c’est le pays des ukrainiens au sens où on l’entend en Galicie [région ultra-nationaliste à l’ouest de l’Ukraine, comme celle de Lviv. Ses habitants ont soutenu en masse le IIIe Reich et il y a eu une légion SS de Galicie sur le Front de l’Est, composée quasi-exclusivement de nationalistes ukrainiens].

Vous ne savez pas quoi penser du renversement de Ianoukovitch. Il était mauvais. Ceux-là ne sont pas mieux. Leurs méthodes sont dégoûtantes. Et maintenant ils commencent à faire des projets de loi. Supprimer le statut particulier du russe [quasi-langue d’Etat]. Changer les noms des rues pour honorer leurs « héros » [des nationalistes, souvent d’anciens officiers SS]. Aller non seulement vers l’UE, mais aussi vers l’OTAN. Interdire le parti communiste et le Parti des Régions [celui de Ianoukovitch, qui est accessoirement le plus grand parti politique de la population russophone]. Supprimer le délit d’apologie du fascisme. Condamner l’occupation soviétique de l’Ukraine. Interdire les chaînes de télévision russe (c’est fait).

Une grande part de tout cela n’est que des mots. Mais vous les entendez. Maintenant, leurs actes. Des députés battus comme plâtre près de la Rada [la Chambre]. Des gens inculpés pour des crimes sont relâchés sans être jugés. La Cour Constitutionnelle est dispersée. Le « gouvernement » et le « président » sont désignés sans aucun respect de la légalité. Les maisons des opposants politiques sont brûlées. Le pillage fleurit. Tout ça n’a pas été fait par les hommes politiques, bien sûr. Cela a été commis par les diables qu’ils ont lâché, ces diables dont les forces leur ont permis de renverser Ianoukovitch. 

Sur le Maïdan, il y a beaucoup de gens différents. Nombre d’entre eux sont dignes et honnêtes. Mais dans les conditions où vous place toute cette hystérie, même votre colère contre l’ancien pouvoir se calme. Vous n’êtes ni saint, ni génie, ni expert en analyse. Alors que le nouveau pouvoir, ce sont justement ces gens qui traitent les russophones de « dégénérés ». Ceux-là même qui disent qu’ils vont « les pendre après ». Qui parlent d’une croisade contre la Russie. « Votre » nouveau pouvoir, certes, pas ses plus hauts dignitaires, parle de guerre avec votre Patrie, sans guillemets.

Peut-être, avez-vous une chance de faire votre protestation pacifique ? Peut-être, on vous a donné le droit de faire un référendum, créer une autonomie ? Peut-être, le « gouvernement » essaie d’être équilibré et vous écouter ? Pas du tout.

Ils refusent tout compromis. Il n’y aura pas de referendum. Vos leaders sont embastillés [notamment le gouverneur populaire de Donetsk, Pavel Goubarev, élu par la population révoltée contre le nouveau gouverneur, un oligarque envoyé par Kiev ; il a été arrêté par des miliciens loyaux au nouveau gouvernement et est en prison pour au moins deux mois]. Vous ne voulez pas vous-même suivre la logique jusqu’au bout. Il y aura beaucoup de sang versé. Vous êtes quelqu’un de normal, vous avez une famille. Vous n’allez pas au Anti-Maïdan [une révolte opposée au nouveau gouvernement de Kiev] bien que vous les soutenez, et c’est pourquoi il n’est pas aussi populeux qu’il aurait pu l’être. A la place de lutter, vous êtes en dépression.

Vous regardez vers la Crimée. Et vous êtes joyeux. Là-bas les gens ne veulent pas vivre avec ce Kiev là. C’est une bonne raison de revenir en Russie [dont la presqu’île a été séparée en 1954, pour être donnée à l’Ukraine]. Ils sont décidés, là-bas. Et ils ont le soutien de l’armée russe. Ils feront un référendum et feront partie de la Russie. Ce n’est pas le paradis sur terre. Mais ils s’y sentent chez eux.

Il n’est pas compliqué pour vous d’imaginer ce qui vous attend. Il n’y aura ni autonomie, ni référendum, ni prise en compte de votre avis. Vos leaders sont déjà arrêtés et le seront encore à l’avenir. Vous ne verrez pas le russe enseigné dans les écoles et les facultés. Tout comme le respect de tout ce qui est russe ou soviétique. Ainsi que l’accès à la Russie sans visa.

Vous allez avoir droit aux bases de l’OTAN, semeur réputé de démocratie. Vous êtes pour la démocratie, mais vous n’êtes pas idiot, vous savez reconnaître la pratique par rapport à la théorie. Vous allez avoir droit au culte de Bandera et à la suppression des défilés du 9 mai (déjà fait). Vous êtes sûr qu’en comparaison avec tout cela Ianoukovitch va très bientôt sembler super-démocrate. Et aussi super-honnête. Vous allez avoir droit à la réduction des retraites et au doublement des loyers. Vous allez pouvoir oublier la prospérité dans votre vie. Votre industrie [les régions de l’est sont l’Ukraine utile : industrielle et minière] sera louée à très vil prix et à un taux usuraire [allusion aux prêts du FMI et de l’UE, dont la contrepartie est la privatisation des géants industriels ukrainiens par les compagnies européennes].

Voici le plus important. Vous allez avoir droit à la sensation que vous êtes étranger dans votre pays. Votre langue, votre relation avec le passé, vos préférences politiques, votre avis sur votre Patrie – tout cela sera étranger.

Et maintenant devinez si vous soutenez l’entrée de l’armée russe à l’est de l’Ukraine.

 

PS : L’autre parti a aussi sa vérité. Et j’aimerai la voir quelque part dans son entièreté. Je vous prie de partager ce message. Ou un message semblable. Je le demande surtout à ceux dont l’avis sur la question diffère. Et je promets de reposter un texte semblable mais qui va dans l’autre sens. Pour que nous puissions mieux nous comprendre. La paix et la compréhension mutuelle en politique sont probablement impossibles maintenant. Mais c’est encore possible dans les cerveaux. Ils sont plus importants. Et nous devons tout faire pour nous comprendre et sauver la paix. Merci pour votre attention.

Source : Blog VKontakte de Sergueï Gourkine

 

Texte d’origine en russe

Прекрасно, что русские либералы поддерживают западных украинцев в их праве на самоопределение. Очень жалко, что русские либералы не поддерживают в том же праве восточных украинцев. И даже не знают, в чем состоит их позиция. Я попробую объяснить.

Вот смотрите. Живете вы в Восточной Украине. Лет вам, скажем, 40, или 50, или 60. Может быть, даже 30 или 70. Вы русский. Дело не в крови. По языку, культуре, самосознанию – русский. Вы родились в Советском Союзе. Вы относитесь к нему спокойно. Вы не фанат Сталина. Но есть какие-то другие вещи. Детство. Ветераны войны. Вы не осуждаете все скопом. Вы живете вне России уже 20 с фигом лет. Но вы не сделались нерусским. Неписанная концепция страны Украины была в балансе между восточным и западным.
Вы всегда воспринимали западную Украину как что-то чуть другое. Отдельное. Вы живете в одной стране, но вы очень и очень разные. Они там время от времени бьют советских ветеранов. Вас это раздражает. Они там время от времени порываются провести парады СС. Вас это бесит. Они там говорят про Бандеру-героя. Вы считаете их больными. Они создают на пустом месте концепцию украинскости. Считают, что украинцы круты потому, что они украинцы. Вы считаете их идиотами. Вы догадываетесь, что они не все такие. Но «голос запада» звучит именно так. Остальное у вас похоже. Поэтому бросается в глаза именно это. Их « особость » получается в этом. Вы не святой. В вашем гневе тоже заходит солнце.

Четыре года назад вы голосовали за Януковича. Не потому, что он вам нравится. А потому, что Тимошенко – это то же самое, только хуже. Вы не поддерживаете Януковича. Вы не любите коррупционеров. Но больше вам голосовать не за кого. Ни одного внятного политика на востоке больше не было.

Вы простой человек. Вы хотите мира, достатка, хороших отношений в первую очередь с Россией, потому что она особая для вас, но также и с Европой. Вы не были против ассоциации с ЕС. Особенно если бы она позволяла не отдаляться от России. Скорее всего у вас в России дети, или родственники, или кто-то там работает, или друзья, и т.п.
Современная Россия вам скорее нравится. Мир и относительный достаток, особенно на вашем фоне, там есть. Все эти годы Украину поддерживает именно Россия и только Россия. Рынок труда открыт. Прямой помощи на десятки миллиардов. Скидки, совместные проекты, в основном открытый товарный рынок. Работающих там – не то три, не то пять миллионов. Остальные пока только обещают.

Никто не мешает вам на Украине говорить по-русски. Но русских школ с каждым годом все меньше. Русских вузов нет совсем. В стране, где для 80% населения родной язык – русский. Один президент переводил все на украинский. Другой так и не почесался сделать ничего обратного. Очень много антирусской риторики, которая в общем безвредна, но очень расстраивает и раздражает.
В стране непрерывный бардак и непрерывные выборы. И бедность. Воры, которые меняют президентов и продолжают осваивать бюджет при любой риторике и при любых персоналиях. Новый протест снова затеян ими. И ни из чего не следует, что они как-то изменились.
Вы хотите жить без бардака и без бедности. Вы смотрите на Россию. Вы считаете, что запад страны ничего не производит, только съедает ваши налоги. Хотя вообще-то это не совсем так. Но на западе часто говорят, что только они – нормальные и настоящие украинцы. А вы – либо недоделанные, либо дураки, либо предатели. Вы иногда задумываетесь о том, а хотите ли вы быть украинцем.
Потом начинается майдан. Майдан свергает законно избранную власть. В том числе и вами избранную. Вас – не спрашивает. Майдан делает это с оружием в руках. И врет, что делает это без оружия. Майдан стреляет по своим. И врет, что это делают власти. Майдан кормили олигархи. Те же, что выдвинули Януковича, а потом, когда тот стал кормить своих детей больше, чем их, задвинули обратно.

Вы считаете, что это сговор олигархов с националистами и политиканами при количественной поддержки людей, которые хотят как лучше, но пользуются дурными средствами и идут в ложном направлении.
Майдан не представляет всю Украину. Он не представляет вас. Вы тоже за честную власть и хорошие законы. Но только не силами подготовленных в известных странах боевиков с известными убеждениями. Свастики на их плечах и слова о войне с Россией в их устах не составляют вашему к ним отношению никакого выбора. И только не под руководством и во благо олигархов. Вы их хорошо знаете.

И только не под антирусскую риторику. И только не под руководством западных политиков. Вы их еще с советских пор недолюбливаете. Но дело не в этом. Вы знаете цену их словам. Даже по этой самой истории. Когда они мешали власти, поддерживали боевиков и сочли мирным и законным силовой антиконституционный переворот. Вы подозреваете, что они делают это не вследствие своей слепоты или прекраснодушия, а вследствие своей заинтересованности.
И не с этими политиканами. Вы не считаете Яценюка, Кличко или Тягнибока принимающими решения, потому что вы не дурак. Они – марионетки, и вы это знаете.

Вы бы как хотели? Законы, равные для всех. Уважение к обеим сторонам вопроса. Отсутствие античьейбытонибыло риторики. Выборы, а не восстание. Вы бы хотели, чтобы на Украине, при условии сохранения нынешних границ, все раз и навсегда перестали считать, что здесь живут только украинцы в галичинском смысле этого слова.

Свержение Януковича вы встречаете с недоумением. Тот был плох. Эти не лучше. И методы отвратительны. А теперь они начинают вносить законопроекты. Отменить особый статус русского языка. Переименовать улицы в имена своих «героев». Двигаться уже не только к ЕС, а к НАТО. Запретить компартию и партию регионов. Отменить ответственность за оправдание фашизма. Осудить советскую оккупацию Украины. Запретить российское телевидение (отчасти уже).

Многое из этого – слова, да. Но вы слышите эти слова. Теперь дела. Депутатов избивают возле рады. Обвиненных в преступлениях выпускают без суда. Конституционный суд разгоняют. «Правительство» и «президента» назначают без всяких признаков законности. Дома политических оппонентов сжигают. Мародерство цветет всеми цветами. Не все из этого делали политики, конечно. Это делали те бесы, которых они выпустили, те бесы, чьими силами они свергали Януковича.

На майдане много разных людей. Много достойных и честных. Но в условиях этой истерики и в вашем гневе заходит солнце. Вы не святой, не гений и не аналитик.

А новые власти – это те самые, что называют русскоязычных « дегенератами ». Те самые, которые говорят, что «вешать их мы будем потом». Те самые, что говорили о походе на Россию. «Ваши» новые власти, пусть и не в самых высших чинах, говорят о войне с вашей без кавычек Родиной.
Может быть, у вас был шанс на свой мирный протест? Может быть, вам дали право провести референдум, создать автономию? Может быть, «правительство» старается быть сбалансированным и слушать вас? Как бы не так.

На компромисс они идти не хотят. Референдума не будет. Ваших лидеров задерживают. Идти до конца не хотите вы сами. Будет много крови. Вы нормальный человек, у вас есть семья. Вы на антимайдан не ходите, хотя сочувствуете, и поэтому он не так велик, как мог бы. Вместо борьбы у вас депрессия.

Вы смотрите на Крым. И радуетесь. Там люди не хотят жить с таким Киевом. Хороший повод вернуться в Россию. Они там решительные. И у них есть поддержка русской армии. Они проведут референдум и будут частью России. Не то чтобы Россия – рай на земле. Но она – своя.

Вам несложно представить, что вас ждет дальше. Ни автономии, ни референдума, ни учета вашего мнения не будет. Ваших лидеров уже задерживают и дальше будут задерживать. Русского языка в школах и вузах вам не видать как своих ушей. Уважительного отношения к русскому и советскому тоже. Заодно и безвизового въезда в Россию.
Вас ждут базы НАТО, знаменитого сеятеля демократии. Вы за демократию, но вы не дурак, отличать теорию от практики вы умеете. Вас ждет героизация бандеры и отмена парадов 9 мая (уже). Вы уверены, что на фоне этих Янукович уже очень скоро покажется демократичнейшим. А заодно и честнейшим. Вас ждет урезание пенсий и двукратный рост квартплаты. О благосостоянии в пределах вашей жизни можно забыть. Ваша промышленность будет сдана по очень низкой цене и под очень высокий процент.

И главное. Вас ждет ощущение, что вы в своей стране чужой. Ваш язык, ваше отношение к прошлому, ваши политические предпочтения, ваше отношение к вашей Родине – все это будет чужим.

А теперь угадайте с одного раза, поддерживаете ли вы ввод русской армии на восток Украины.

p.s. У другой стороны тоже есть своя правда. И я хочу ее где-нибудь увидеть в цельном виде. Я прошу перепостить этот текст. Или аналогичный. Особенно тех, чья позиция отличается. И я обещаю перепостить аналогичный текст с обратным знаком. Чтобы мы лучше понимали друг друга. Мир и понимание в политике уже, пожалуй, невозможны. Зато возможны в головах. А головы важнее. И мы должны сделать все, чтобы друг друга понять и сохранить мир. Спасибо за внимание.
Источник: блог Вконтакте Сергея Гуркина

 

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L’indépendance bretonne : quelles opportunités, quels défis ?

1 Nov
Et si ?

Et si ?

En ces temps de révolte des Bonnets Rouges, nombreux sont les Bretons à revenir à la revendication d’indépendance. Une demande pas si marginale, à en croire le sondage – qui a été censuré – paru dans le magazine Bretons en février dernier, selon lequel 18% des Bretons et 53% des jeunes bretons sont favorables à l’indépendance. Si jamais la Bretagne recouvre sa liberté, qu’est-ce qui va changer concrètement pour les Bretons ? Quelles sont les changements que la Bretagne pourra mettre en oeuvre et les problèmes auxquels elle se confrontera ? Livrons nous donc à l’exercice de l’uchronie et imaginons ce qui pourrait arriver.

Dans un futur proche, la Bretagne recouvre son indépendance et son unité. La révolte était partie d’une volonté de l’Etat français d’en finir avec la gratuité des routes françaises en mettant en place des portiques d’écotaxe. Une réaction populaire très violente l’a fait reculer. Et désormais, chaque initiative de l’Etat – nouvel impôt, grand projet ou réforme – susciter une opposition croissante et combattive en Bretagne. Un consensus social se fit peu à peu – tant parmi les pauvres et les opprimés que leurs patrons, non moins opprimés par le joug fiscal – que l’indépendance, c’était mieux. Alors que la France, craquant sous le poids des dettes et le dogme de l’austérité, décidait d’un nouveau package d’impôts et de taxes, les Bretons survoltés envoyèrent tout balader. Un soulèvement général chassa l’Etat français dans les cinq départements ; un gouvernement provisoire breton se constitua et en appela à l’ONU et à l’Europe. La France trop endettée pour mener une répression qui risquait de se transformer en guerre d’indépendance, laissa faire, subissant une fin de règne socialiste très agitée ; elle se contenta de siphonner divers budgets et de déménager précipitamment frégates et sous-marins nucléaires. La Bretagne recouvrit une précaire indépendance.

La liberté, enfin ! Une évidence. Martyrisée, outragée, humiliée, la Bretagne est libérée. Libérée des jacobins, libérée des impôts, libérée de la police politique française. Une partie des élus – notamment de nombreux pontes de l’UMP et du PS français d’origine et mis en place en tant que lieutenants de Paris en Bretagne – ont levé le camp d’une région qu’ils n’ont jamais su comprendre et aimer ; les fonctionnaires des Pays de la Loire sont partis précipitamment pour l’Anjou et la Vendée. Les portiques d’écotaxe qui n’avaient pas encore été sciés les années précédentes sont démontés devant une assistance en liesse ; partout en Bretagne, alors que l’on démonte les monuments du jacobinisme honni, statues, plaques de rues et autres perceptions, se produisent des scènes de liesse égales à celles connues dans les pays de l’Est après la désagrégation du bloc soviétique. Good bye Robespierre !

bonnets-ruz2Désordre et incertitudes. La libération s’accompagne de divers désordres. Ici, des nationalistes bretons d’extrême-gauche et d’extrême-droite se mettent en tête de faire payer aux ex-notables républicains des décennies de vexation. Là, des collectivités et des entreprises se trouvent sans le sou, notamment parce que les administrations françaises chargées de les faire fonctionner ne sont plus. En Loire-Atlantique, le département doit prendre au débotté les lycées, avant gérés par la région administrative, et les trains. Si des cheminots patriotes ont empêché le matériel roulant des Pays de la Loire de quitter le dépôt de Nantes, les pontes régionaux ont discrètement pompé le budget tout en quittant Nantes. Il n’y a pas de sous pour effacer les couleurs honnies de l’ancienne région administrative, mais des tagueurs s’en chargent, et curieusement, tout le monde laisse faire. Les entreprises ignorent quel sera le droit qui leur sera appliqué, les impôts qu’elles paieront. Toutes ces incertitudes pèsent sur l’économie : les ménages épargnent (dans les bas de laines puisque le secteur bancaire est passablement désorganisé aussi) plutôt que de consommer, les administrations annulent et repoussent leurs commandes, les entreprises tournent au ralenti et n’investissent pas. Si le gouvernement ne fixe pas rapidement un cap – solide, à la différence de la France – en matière de droit, de budget et de fiscalité, la Bretagne risque la glaciation économique. Sans compter l’inquiétude des francophones de voir une bretonnisation à marche forcée dans tous les domaines.

Nos projets, à notre rythme. Personne ne pourra plus imposer aux Bretons des grands projets ou des impôts contre leur volonté. L’on pense ainsi à la métropolisation à tous crins, l’aéroport de Notre-Dame des Landes, ou encore la centrale à gaz de Landivisiau. La Bretagne ne dépendant plus de la France, son gouvernement a aussi bien moins de moyens pour faire passer les pilules amères auprès des élus par des aides, et autres compensations. Cependant, la société civile – traditionnellement développée en Bretagne – joue toujours un rôle clé, notamment parce qu’elle se souvient que, tant pour le nucléaire (Plogoff, le Pellerin, le Carnet) que Notre-Dame des Landes, des élus Bretons se sont faits complices des diktats parisiens. Elle bouillonne d’ailleurs de propositions dans divers domaines pour jeter les bases d’un nouveau droit breton.

Priorité aux nôtres. Des idées ébauchées par la société civile – notamment par Breizh Impacte – sont mises en oeuvre. L’embauche doit être prioritairement destinée aux Bretons. Les entreprises qui font travailler des sous-traitants étrangers ou des travailleurs en détachement – particulièrement visés, les géants du BTP et les Chantiers de Saint-Nazaire – verront leur fiscalité alourdie. Un Small Business Act  est mis en oeuvre pour réserver aux PME locales toutes les commandes publiques et privées ; il poursuit aussi un objectif stratégique en écartant les filiales des grands groupes français de l’assainissement ou du BTP. Sous la pression de la société civile enfin, grandes surfaces et détaillants rivalisent d’efforts pour montrer qu’elles commercialisent en priorité des produits locaux.

pays_bretons_vigUn territoire redessiné. Un consensus se fait rapidement tant parmi les partis bretons indépendantistes préexistants que les membres de la société civile ou ceux des élus d’anciens partis français restés sur place : l’organisation en cinq départements, cantons, pays et arrondissements ne peut être conservée. Ne serait-ce parce qu’elle est vétuste, inégalitaire et que de surcroît le retour de la Loire-Atlantique met l’ancienne région administrative aux oubliettes. La solution la plus populaire et la plus historiquement viable est de rétablir les neuf pays historiques, en agrandissant un peu le pays de Dol afin de compenser les 49 enclaves qu’il avait jadis dont le rétablissement est trop difficile; il s’étire donc jusqu’à Antrain et Combourg. Elle correspond aussi au besoin de mieux accompagner les territoires de l’ouest de la Bretagne, minés par la crise de l’agroalimentaire, et d’y développer à nouveau des transports en commun ferroviaires qui ont été bradés dans les années 1960. En revanche, étant donné que la Loire-Atlantique ne change presque pas dans ses limites (elle reprend même quelques communes au sud de la Vilaine comme Pénestin), elle reste de loin le pays breton le plus riche et le plus peuplé. Pour remédier à ces inégalités, une péréquation territoriale est mise en place pour répartir les ressources depuis l’est vers l’ouest de la Bretagne, et éviter l’accentuation de l’exode des Bas-Bretons.

DSCN1010Pour la capitale : les Bretons décident sans décider. La querelle des capitales – Rennes, Nantes, Redon ou ailleurs – reprend de la vigueur après l’indépendance. Il y a au moins autant d’arguments que de villes candidates. Nantes rappelle qu’elle est la plus grande ville, et que son agglomération, commune avec Saint-Nazaire, en fait la porte d’entrée maritime et routière de la Bretagne. Rennes indique que, le Parlement et la plupart des institutions de l’ancienne région administratives étant déjà dans la ville, y faire la capitale serait une économie de temps et de moyens ; que par ailleurs, Rennes, contrairement à Nantes, a un métro, ce qui fait plus capitale. Les Nantais ne manquent pas de répliquer que c’est Louis XIII qui a fait de Rennes une capitale, pour se garder de l’hostilité des notables nantais, vannetais et malouins attachés à leurs libertés, notamment de négoce. Redon fait valoir son histoire – capitale du roi breton Nominoë – et sa situation centrale, nœud de communications routières et ferroviaires. Pontivy et Carhaix sont aussi sur les rangs, et font valoir leur situation protégée des invasions terrestres et maritimes. En France, les Bretons sont en effet devenus une nouvelle cible des extrémismes et des bateleurs politiques, et nombreux sont les guerriers de prétoire, de comptoir et de salle polyvalente à exiger une invasion immédiate, tout en sachant (ou pas) que la situation budgétaire ne permet pas de boucler les fins de mois, de là à mener une guerre…

Finalement, en attendant une votation nationale, les Bretons décident de ne pas décider, et tant les ministères que les institutions sont réparties un peu partout. A cette occasion, Pontivy et Carhaix, Clisson et Vitré se partagent les administrations agricoles, celles en charge des exportations sont à Saint-Nazaire, Brest reçoit le ministère de la Mer que Paris lui a tant promis et qui n’est jamais arrivé et les administrations culturelles se fixent à Redon. D’ici les prochaines élections générales, la capitale diplomatique est fixée à Nantes. Avec ses beaux immeubles, son centre des Congrès et ses hôtels de luxe, la ville est la plus à même d’accueillir les hôtes étrangers. Le Parlement – qui redevient la Chambre législative bretonne – est à Rennes, l’ancienne préfecture de Loire-Atlantique retrouve sa vocation historique : la Chambre des Comptes de Bretagne se réinstalle dans ses murs.

Des conflits territoriaux persistants avec la France. L’indépendance laisse des bombes à retardement qui détonnent en permanence. Sur les frontières, d’abord. Pour le Mont Saint Michel – une commune normande, du point de vue de Paris, une abbaye bretonne depuis sa fondation pour les Bretons. Mais aussi pour les communes et territoires dont la Bretagne s’est faite délester après 1532 et à la Révolutions (pays de Mauges, d’Herbauges et de Tiffauges, alentours de Craon et de Bouin, iles de Noirmoutier et du Pilier). Ces conflits territoriaux s’étendent aussi aux eaux territoriales correspondantes et empoisonnent des relations déjà très tendues entre la France et la Bretagne. En effet, Paris, écrasé de dettes, entend que les Bretons prennent leur part de la dette publique qui fut jadis commune ; ces derniers, évidemment, refusent de porter le fardeau. Il se murmure cependant dans les chancelleries que la France cèderait aux prétentions territoriales des Bretons à condition qu’ils rachètent leurs terres au prix fort. Des négociations sont engagées sous l’égide de l’Europe, ainsi que de l’Ecosse, indépendante depuis peu, qui est un partenaire historiquement respecté tant par les Français que les Bretons.

En finir avec les poisons de la métropolisation. Autres bombes à retardement : celles qui ont été laissées au sein de la Bretagne même par cinq siècles d’administration française erratique. Ainsi de la concurrence entre les métropoles. Malgré ses efforts de façade comme le métro, Rennes a fini par être écrasée par Nantes, et à part Brest, le reste de la Bretagne a quelque peu sombré dans l’oubli, ses cerveaux, ses activités et ses forces vives étant même siphonnés vers les deux métropoles de l’est. Le gouvernement provisoire breton a donc a coeur de développer à nouveau les villes moyennes et réduire l’importance des métropoles. Gagné aux idées d’Yves Lebahy, géographe breton pourfendeur de la métropolisation qui selon lui oublie l’humain, il réduit drastiquement les pouvoirs des métropoles existantes et augmente ceux des villes moyennes, créant notamment des communautés d’agglomération autour de villes pareilles à Redon. Il encourage aussi les réseaux, qu’ils soient de laboratoires, d’entreprises, d’usines… ou d’établissements scolaires, sur l’ensemble du territoire breton.

Il lance aussi une série de grands travaux dirigés vers les terroirs ruraux. L’objectif est de desservir par car, régulièrement, chaque village breton et de développer le transport ferroviaire – y compris par fret – en rétablissant le réseau Breton et de nombreuses antennes disparues. Les rétablissements des lignes Saint-Hilaire – Paimboeuf, Montoir – Châteaubriant, Carhaix – Rosporden et autres Châteaubriant – Châteaulin Embranchement sortent des cartons. Les chantiers devraient aussi permettre d’employer les Bretons – plus de 8% de la population active – qui sont au chômage. Pour payer tout cela, le gouvernement Breton qui ne sait toujours pas, du fait du différend sur la dette avec la France, de quel budget disposera-t-il, lance une série de souscriptions publiques et compte sur la solidarité des communes et entreprises qui bénéficieront des nouveaux aménagements afin d’offrir les meilleurs conditions aux travailleurs. Pionnière, une certaine brasserie de Carhaix annonce qu’elle prendra en charge la boisson des travailleurs du chantier de la future ligne ferroviaire reliant la ville à Rosporden et la côte sud.

Un secteur social en suspens. Il apparaît très clairement au lendemain d’une indépendance qui n’a été que très peu préparée que la Bretagne peut compter sur un budget quinze à vingt fois moindre à celui de la France. Les cinq départements ont un PIB de 100 milliards d’euros environ (97.5 en 2009), ce qui les place dans une position assez honorable sur le plan européen, mais ne leur permet pas de maintenir toute la théorie d’aides sociales et de leviers d’interventionnismes économiques de l’Etat français. Dirigée par des gens issus du monde de l’entreprise et inspirés par la pensée libérale, le pays privilégie le soutien à l’investissement et aux entreprises. Par ailleurs, la France refuse d’accorder à la Bretagne les budgets en cours – et déjà siphonnés pour le service de la dette – censés permettre au secteur social de continuer à fonctionner, tant que les Bretons n’auront pas accepté de payer une partie de la dette française, ce qu’ils refusent toujours énergiquement. Anticipant le mouvement, nombre d’immigrés installés ces dernières décennies quittent la Bretagne pour la France, qui continue de leur payer leurs aides pour peu qu’ils soient sur son territoire. La question de ceux qui restent – souvent sincèrement attachés au pays –, mais aussi de tous ceux qui bénéficiaient du secteur social, des nombreuses associations qui y interviennent etc. tend la politique intérieure bretonne. Même l’Eglise intervient : les parents des écoles libres et des patronages étant sollicités par les établissements pour parer au plus pressé, ils ne donnent plus au denier du culte.

La Bretagne se tourne à nouveau vers la mer. L’indépendance est une opportunité rare de se détourner définitivement de la vision parisiano-centriste et de retrouver les fondamentaux. La mer. Transports, énergies marines et développement le long des côtes – autre que résidentiel – deviennent des priorités nationales. Pour cela, la Bretagne peut compter sur la solidarité celte. Sous l’impulsion de l’Ecosse, indépendante depuis peu et leader des énergies marines, les côtes s’équipent à marche forcée d’hydroliennes et de centrales houlomotrices. Il faut bien remplacer l’énergie nucléaire française, dont l’achat, en plus d’être humiliant, représente une dépense folle. Malgré un bond de l’éolien et d’autres énergies renouvelables depuis 2011, les réacteurs français représentent toujours 60% de l’électricité consommée en Bretagne. En Loire-Atlantique, les communes de Savenay et de Saint-Nazaire remettent en service deux petites centrales hydro-électriques délaissées qui apportent un appoint bienvenu à l’agglomération nanto-nazairienne. Les fermes sont encouragées à développer la méthanisation en échange d’abattements très significatifs d’impôts; les mêmes mesures d’incitation sont employées pour pousser les grandes usines à se doter de leurs propres installations de production d’énergie. L’objectif est d’empêcher la France d’exercer un chantage électrique sur le pays ; pourtant la France l’évite, car elle-même ne peut guère se passer de l’agro-alimentaire breton.

Solidarités celtes et retour de la diaspora. Un des soucis majeurs de la Bretagne libérée est de fortifier les relations celtes en faisant de la mer une cour commune là où les français y voyaient une frontière. Ce n’est donc pas étonnant que l’on retrouve des celtes dans tous les rouages de l’économie, afin de faire de l’ancienne région un état vraiment viable et capable d’exister dans le grand bain de la mondialisation. Le nationalisme breton étant aussi historiquement nourri par le déchirement de l’exil et la contribution des expatriés, des initiatives se mettent en place afin que les Bretons dans le monde – une des plus importantes diasporas par son importance – reviennent prêter main forte à la patrie historique enfin libérée. Contre toute attente, ces initiatives commencent à porter leur fruit et les échanges fonctionnant dans les deux sens, les Bretons expatriés se font les VRP de leur pays. Si la Bretagne ne peut plus compter sur le rayonnement français, elle découvre que le sien est largement suffisant pour assurer sa prospérité.

????????????????????????L’Europe ou le grand large ? Comme pour la Catalogne, l’Europe rappelle que la Bretagne indépendante est de facto sortie de l’Europe ; Bruxelles ayant été nourrie des exemples catalan et écossais, des accords provisoires finissent par être signés, le temps que la Bretagne puisse à nouveau être membre plein et entier de l’UE. Mais elle se trouve profondément divisée. Si les Bretons, europhiles et ouverts au monde de nature, avaient imposé Maastricht à la France en 1992 et voté massivement en 2005 pour la Constitution Européenne, ils n’ont oublié ni les quotas qui ont décimé leur pêche, ni les ajustements de la PAC qui ont miné leur agro-alimentaire. Marins, ouvriers et paysans, fervents soutiens de l’indépendance, sont aussi les plus réservés désormais par rapport à l’Europe.

Nombreux sont aussi ceux des nationalistes historiques qui estiment que l’Union celte est largement suffisante. Pourtant les produits bretons ont besoin du libre-échange, et des espaces européens dont ils sont déjà séparés par la France, même si les exportations passent désormais prioritairement par la voie marine, ce qui a pour effet de soutenir vivement la croissance des ports. Mais Bruxelles, plus libérale que jamais, a dans son collimateur le small business act et les dispositions fiscales contre les entreprises qui font travailler des ouvriers en détachement plutôt que des Bretons. Des prétentions jugées très sévèrement par la population et le gouvernement. Par ailleurs l’Angleterre encourage la Bretagne à tourner le dos à l’Europe, des pressions diplomatiques doublées par les efforts russes et chinois pour prendre pied sur le continent, et qui ne peuvent que trouver des échos favorables dans un pays en proie aux incertitudes du lendemain.

La question centrale est-elle la Bretagne ou la France ? La Bretagne retrouve son paradigme historique : naviguer entre la France et l’Angleterre, tout en échappant aux deux. La libération permet d’enseigner à nouveau l’Histoire nationale. Mais que faire de l’héritage français, surtout quand on le croise au quotidien ? Comment passer sous silence l’Histoire de France, dont les Bretons ont écrit les plus belles pages – de Formigny à la Légion bretonne de 1870, des chouanneries de 1793 aux tranchées de 1914 ? Comment s’accomoder de l’encombrante voisine, et régler de la façon la plus rationnelle des myriades de conflits – allant de l’attribution ou non de la nationalité bretonne aux immigrés en instance de naturalisation par la France jusqu’à l’abolition des incessants et humiliants contrôles que les camions bretons subissent aux frontières françaises ? Le tout se corse en sachant que le gouvernement français, aux abois et dominé par la théâtralisation à l’outrance de ses gesticulations politiques, ne connait plus la mesure ni la raison. Entre deux, les vendéens, angevins et autres mayennais ne savent plus à quel saint se vouer : leur économie et leur travail dépendent de la Bretagne, leur terre de la France.

C’est pourquoi aux premières élections après l’indépendance, la question centrale n’est pas tant l’avenir de la seule Bretagne que ce qu’il faut faire pour apaiser les conflits avec la France, sans rien céder sur la liberté si neuve et déjà si chère. Pas si loin d’un rafiot France considérablement pourri, encalminé et qui prend l’eau de toutes parts, une nef bretonne défie fièrement les brisants. Son équipage est valeureux, solide comme les rocs de son terroir. Il est nourri de toute la tristesse du monde, et a de la bonne volonté à revendre. Après cinq siècles à courber l’échine de gré ou de force, les Bretons préfèrent passer au travers des pires difficultés que d’être dominés à nouveau. Avec un tel équipage – son peuple toujours prêt à lutter et à se retrousser les manches – la Bretagne a de quoi voir venir.

Les partisans de la réunification et les opposants à l’aéroport protestent à l’occasion du forum des Droits de l’Homme à Nantes

22 Mai
Voilà de quoi rassembler les uns et les autres : une Bretagne réunie qui dit non à l'aéroport

Voilà de quoi rassembler les uns et les autres : une Bretagne réunie qui dit non à l’aéroport

Comme chaque année, le forum des Droits de l’Homme à Nantes ne sera pas un long fleuve tranquille, puisque les partisans de la réunification bretonne ont pris l’habitude d’exprimer leur mécontentement dans et autour de la manifestation, et n’ont pas décidé de désarmer cette année. Par ailleurs, aux mécontents devraient se joindre les opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes, Ayraultport notoirement dans les choux.

Ainsi, les partisans de la Bretagne plus unie et plus forte organisent deux rassemblements devant la cité des congrès de Nantes ce soir, mercredi 22 mai à 17h pour le début du Forum et le 24 mai à 18h pour la fin du Forum. Ils souhaitent protester contre la récupération de la manifestation nantaise par les Pays de Loire, que l’amputation de la Bretagne est « contraire aux Droits de l’Homme et à la démocratie », et enfin qu’en continuant de nier la diversité intérieure de la France, « l’Etat tue nos langues ». Le second rassemblement (le 24 mai) est consacré plus spécifiquement à la reconnaissance du Breton et appelle le gouvernement à ratifier la Charte Européenne des langues minoritaires.

De leur côté, les opposants à l’aéroport font circuler un appel intitulé « contre l’aéroport et son monde vert… kaki » qui comme son nom l’indique veut s’opposer à la technocratie, au militarisme et à l’affairisme des classes dirigeantes capitalistes. Le rassemblement est prévu… à 17h le 22 mai devant l’arrêt de bus « Cité des Congrès ». Du monde il y aura ce soir ; mais les participants, de l’un comme de l’autre côté, ne seront pas dupes. Laissons le dernier mot aux opposants à l’aéroport : « Ce forum mondial des droits de l’homme est pour nous à peu près aussi crédible qu’un aéroport haute qualité environnementale.»

Documents :

 

Tract Bretagne Réunie pour le 22 mai

Appel au rassemblement du 24 mai (langues minoritaires)

En mai, la Bretagne se met à l’heure galloise : voici le programme

20 Avr

bzh-walesNous vous écrivionsqu’à l’initiative de la section des Relations interceltiques et internationales de l’Institut culturel de Bretagne, la Maison de l’Europe de Brest et l’association Bretagne-Pays de Galles, la Bretagne se mettra à l’heure galloise en mai avec l’organisation de manifestations, expositions et conférences dans 17 lieux en Bretagne. Nous vous écrivions aussi que dès que l’on aura le programme, on le publiera sur un support simple et accessible, comme une Google Map. Chose promise, chose due. La ligne représente  – évidemment – les frontières de la Bretagne. La carte a été mise à jour le 28 avril à la lumière du programme définitif.

En mai la Bretagne se mettra à l’heure galloise

11 Avr

Après un an de préparation et six réunions de cadrage à Nantes, Brest, Vannes et Rennes, le programme des semaines galloises qui se tiendront sur 17 lieux des cinq départements Bretons tout au long du mois de mai a enfin été mis au point. La manifestation est organisée par l’Institut Culturel de Bretagne, les comités de jumelages locaux et l’association Bretagne – Pays de Galles.

Dix-sept lieux en Bretagne seront concernées au cours des Semaines Galloises, avec une mention pour le Finistère (Brieg, Kemper, Edern, Gouesnou, Landrevarzeg, Audierne, Brest, Kemperle, Plouie), suivi par la Loire-Atlantique (Sant-Nazer, Montoir-de-Bretagne, Nort-sur-Erdre, Grandchamp des Fontaines), le Morbihan (Plouharnel, Vannes), les Côtes-d’Armor (Lannion) et l’Ille-et-Vilaine (Rennes).

bzh-gallois

Les manifestations seront très variées :

– des expositions dont l’originalité est le prêt de panneaux d’une ville à l’autre (panneaux réalisés par le comité de jumelage de Lannion, le musée de Pontypridd avec l’aide de la ville de Trignac, le musée de la marine en bois de Montoir de Bretagne, la maison de l’Europe de Brest). Ces expositions vont circuler d’un lieu à l’autre, avec pour thèmes :  » Regards croisés entre Bretagne et Pays de Galles de 1850 à 1950 « ,  » Charbon gallois et acier breton de 1850 à 1930 « ,  » Navigation en Brière et sur la Loire « ,  » Citoyenneté européenne en 2013 « .

– des conférences et des dédicaces ayant pour thèmes « Taliesin et les bardes gallois « ,  » Histoire contemporaine du Pays de Galles de 1850 à nos jours «  et  » Citoyenneté Européenne « .

– un  » relais breton-gallois « , du Severn Bridge à Bracon en Pays de Galles

fêtes et journées de l’Europe, soirée contes et légendes, fest-noz et ceilidh gallois, concerts, projection du film  » Qu’elle était verte ma vallée « , lecture en musique de poèmes de Dylan Thomas.

Les lieux, jours et heures de ces manifestations seront précisés exactement dans le programme qui sera publié sur BreizhJournal sous forme de carte Google.

La Bretagne a maintenant une Constitution

6 Avr
L'évolution des Bretons

L’évolution des Bretons

« La Bretagne n’a pas de papiers / Elle n’existe que si à chaque génération /Des hommes se reconnaissent bretons ». Maintenant, si, elle a un papier. D’importance. Rien de moins qu’un projet de Constitution. Ecrite par un homme. Un expatrié – pour faire mentir tous ceux qui, au sein de l’Emsav  croient qu’ils ne contribuent plus à l’effort de renaissance de la Bretagne.

Cette Constitution se nourrit à la sève du fédéralisme et de la démocratie. Elle veut faire de la Bretagne une fédération formée de ses neuf pays (et diocèses) historiques, eux même divisés en districts, communes et cantons. Un cadre : l’Union européenne. Une monnaie – complémentaire et solidaire – le lur. Une banque publique, une cour des comptes, une armée, une police – la Polis – un gouvernement fédéral collégial et une fête nationale le 19 mai. Entre autres. A la fois Constitution, code civil et des peines, code général des institutions publiques, ses 132 articles groupés en 25 titres, que vous pourrez télécharger au bas de l’article, offrent à la Bretagne un vivier d’idées nouvelles pour ses luttes et son renouveau.

L’auteur – Lionel Guillory – est fonctionnaire territorial dans la région lyonnaise, il a trente ans et est bientôt père. Ce Breton originaire de Pontivy a écrit son projet de Constitution seul, « en 5 ou 6 semaines à la fin de l’année 2012 ». Nourrie de fédéralisme et d’aspiration européenne, sa Constitution s’inspire du code civil français – l’inspiration est transparente dans l’article 34 – mais aussi « de la Constitution Suisse en grande partie, elle permet aux pays de Bretagne d’avoir une plus grande autonomie en matière linguistique comme par exemple en reconnaissant le Gallo ». Sa Constitution a pour but de « donner des droits spécifiques aux bretonnes et bretons, et de doter la Bretagne d’un régime parlementaire propre et spécifique à la Bretagne ». Lionel Guillory a fondé une association, qui est aussi un parti politique, l’Union Fédérale de la Bretagne,  dont le but est d’élaborer des institutions propres à la Bretagne. Il est aussi membre de plusieurs groupes de réflexion, notamment Bretagne Prospective, et l’Institut Culturel de Bretagne ; il envisage « éventuellement » de se porter candidat aux européennes de 2014.Projet de Constitution pour la Bretagne

12 organisations Bretonnes signent l’appel de Pontivy pour plus de démocratie en Bretagne

4 Avr

bretagne-historiqueDouze organisations politiques, syndicales et associatives des cinq départements Bretons, conscientes de la dureté de la crise économique et sociale et de ses conséquences pour les populations, mais aussi soucieuses des reculs successifs de l’actuel gouvernement sur ses promesses faites aux Bretons, ont décidé de réaffirmer solennellement et vigoureusement l’urgence de réformes structurelles en Bretagne en signant un appel commun présenté aujourd’hui au club de la Presse de Rennes devant une vingtaine de journalistes de divers médias de Bretagne.

Dans la volonté d’agir collectivement dans l’intérêt de la Bretagne et de sa population, les organisations signataires ont élaboré une plate-forme en quatre points dont la mise en œuvre est de nature à redonner plus de sens à la démocratie, à libérer les énergies et à mieux armer la Bretagne pour appréhender l’avenir. Voici le texte intégral de cet appel :

<<Les organisations signataires demandent instamment au président de la République, François Hollande, au gouvernement et aux élus bretons :

– De ratifier la Charte européenne des langues minoritaires, comme l’avait promis le président de la République, François Hollande, dans son engagement de campagne n° 56 et de faire voter une loi cadre donnant enfin un statut et une existence légale aux langues régionales, car ces mesures urgentes sont indispensables à la sauvegarde du breton et du gallo. L’Etat doit laisser toute latitude à la Bretagne pour assurer l’avenir de ses langues en assurant un statut de co-officialité à ces dernières sur l’ensemble du territoire breton.

– De prendre sans attendre les dispositions nécessaires permettant la réunification de la Bretagne. D’engager dans ce cadre nouveau, la création d’une collectivité unique, fusion des départements et de la région. Ce qui est possible en Alsace devrait l’être aussi en Bretagne !

– De permettre et de soutenir la création en Bretagne d’une télévision publique bilingue de plein exercice, sur l’exemple de Via Stella en Corse, s’appuyant sur le potentiel technique et humain existant, émettant sur les cinq départements bretons et proposant au minimum 30 heures de breton par semaine et prenant en compte le gallo . Ce nouveau pôle-média doit aussi intégrer une radio publique, émettant en français, breton et gallo, sur l’ensemble de la Bretagne.

– De donner à la Bretagne, dans le cadre de la future loi de décentralisation, un statut particulier dotant l’institution bretonne d’une assemblée disposant – à l’instar des « grandes régions » européennes (Ecosse, Pays de Galles, Catalogne… qui possèdent un véritable Parlement doté de pouvoirs importants) – de nouvelles compétences, d’un pouvoir législatif et réglementaire ainsi qu’un droit à l’expérimentation dans des domaines différents allant de l’eau, la culture… à la politique linguistique… Ces nouvelles compétences doivent s’accompagner d’un budget et d’une fiscalité adaptés afin de répondre aux défis économiques, sociaux, environnementaux et culturels des années à venir. Si des statuts particuliers sont possibles pour les grandes métropoles de Paris, Lyon et Marseille pourquoi pas pour la Bretagne ?

Les organisations signataires s’engagent à promouvoir de la façon la plus large possible ces revendications auprès des Bretonnes et des Bretons, de ses représentants et appellent au rassemblement des forces vives de Bretagne : économiques, culturelles, sociales, politiques, syndicales, institutionnelles… pour porter ces revendications et pour faire que l’Etat respecte enfin nos droits démocratiques fondamentaux. >>

Les premiers signataires :

Ai’ta ! ; EELV (Europe Ecologie les Verts) ; La gauche indépendantiste (Breizhistance – I.S.) ; Kevre Breizh ; MBP (Mouvement Bretagne et Progrès) ; Parti Breton ; UDB (Union Démocratique Bretonne) ; 44 = BZH ; Bretagne RéunieBreizh Unvan – et En Avant Bretagne