Archive | mai, 2013

Le FN fait son retour en force dans le paysage nantais

31 Mai

fn-44Stupeur et tremblements dans la capitale bretonne : le FN aura à nouveau une permanence, pour la première fois depuis une quinzaine d’années. Ce retour en force va de pair avec les ambitions municipales de Christian Bouchet, tête de liste à Nantes. Objectif affiché : entrer à la mairie et faire aussi bien, sinon mieux que Benoît Blineau, du Modem, en 2008. Avec 6.48%, il avait fait élire deux conseillers municipaux.

Tête de liste, Christian Bouchet estime même que « ce score peut être dépassé, et on peut atteindre, sinon dépasser les 7% à Nantes; on pense pouvoir espérer de 1 à 3 conseillers ». Le parti engrange les adhésions – de 100 membres il y a cinq-six ans, il est aujourd’hui à sept cent, et « les adhésions continuent d’arriver chaque jour ». Secrétaire départementale du FN, Marguerite Lussaud estime qu’il y a aujourd’hui « près de 800 encartés, et que l’on pourra bien arriver à 1000 », ce qui autorise toutes les ambitions. Pourquoi une si bonne santé ? Le FN peut dire merci au mariage gay et à l’UMP, dont l’incapacité notoire à gagner une élection en Loire-Atlantique depuis quinze ans et les multiples divisions internes – auxquelles la guérilla Copé-Fillon a rajouté encore plus de mordant – fatiguent les sympathisants de droite. Cependant, Christian Bouchet tempère « les endroits – comme Nantes – où on a un gros bloc de militants ne correspondent pas toujours aux villes où on a de bons scores aux municipales ». Par exemple, le FN a fait de très bons scores – pour la Bretagne – à la Regrippière (12.73%) ou à la Boissière du Doré (14.21%) aux législatives  2012.

Cette reconquête du paysage nantais s’étend aussi à l’agglomération, puisque des listes seront présentées à Orvault, Vertou et Sautron, « des communes où [le FN] ne fait pas forcément de bons scores, mais où il a une bonne base militante », nous explique Christian Bouchet. La permanence du FN sera située dans un ancien commerce du centre-ville nantais et devrait ouvrir « au moins plusieurs après-midi par semaine ». Elle devrait ouvrir d’ici une quinzaine de jours et être officiellement inaugurée le 23 juin. Ce jour-là, Louis Aliot, vice-président du FN chargé de la formation, vient à Nantes. Pour l’heure, son emplacement reste confidentiel… pour raisons de sécurité. Signe que le FN, même s’il a des ambitions, reste tout de même en terre hostile à Nantes.

26 mai : détermination intacte, soirée difficile aux Invalides

28 Mai

Chers lecteurs, comme pour les précédentes manifs pour Tous, BreizhJournal était au cœur des événements, et votre dévoué serviteur vous fera comme d’habitude son récit de la Manif pour Tous, du début jusqu’à la fin… et aux événements des Invalides. Pour une fois, il a été accompagné… du blogueur normand Fik dont le très rafraîchissant blog  soutient le Printemps Français.

Le train-train de l’avant-manif

au départ, boulevard Lannes, 13h20

au départ, boulevard Lannes, 13h20

11h22. En grinçant de tous ses essieux, l’Intercités Montluçon – Paris s’arrête le long des quais ventés de la gare des Aubrais-Orléans. Nous embarquons avec une foule d’où émergent de ci, de là des drapeaux français et autres étendards de la Manif pour Tous. Dans le train, la Croix prédomine parmi les lectures. Midi vingt, le train freine en gare d’Austerlitz, transformée en arrière-cour de la manifestation. Le train déverse toute une cargaison de manifestants, enfants et bannières 18 (Cher) en tête, qui défile au pas gymnastique et à grands coups de sifflets. Les bénévoles de la Manif sont au débouché des trains, un cortège part de devant la gare.

Nous, nous rejoignons le cortège des Bretons… Porte Dauphine, à l’autre bout de Paris. Si la ligne 10 affiche son visage habituel, dès que l’on se hisse des tréfonds du métro sur la ligne aérienne à la Motte Piquet, les rames sont bourrées à raz-bord de jeunes et moins jeunes allant manifester. Nadine et ses copines viennent d’Armentières et de Lille, « on vient manifester contre la loi, la dégénérescence de la famille et la déconnexion entre la loi et la nature ». Le Printemps Français ? C’est niet « on est juste contre la loi, pas le gouvernement ou pour le retour du Roi ou autre chose ». Elles descendent quelques stations avant Etoile, nous changeons sur la 2 et tombons dans une rame remplie à en déborder de Bretons. Contre toute attente, ils n’envahissent pas Paris par l’ouest, mais par le dessous.

Un départ en avance

Le maire de Saint-Même le Tenu

Le maire de Saint-Même le Tenu

Place Dauphine, c’est une nuée de drapeaux bleus et roses, jusque sur l’herbe des squares. Vers le boulevard Lannes, un nuage de têtes de Maures : oui, il y a une Manif pour Tous en Corse, même si ses représentants sont bien moins jeunes que les Bretons d’Ille-et-Vilaine qui sont en formation de combat juste à côté. Plusieurs cars de Rennes s’entremêlent avec les Vitréens et les Redonnais, sans oublier les Fougerais. Les Nantais sont quelque part tout devant. En tout, la Normandie aura envoyé 115 cars, la Bretagne 80 (dont 20 pour la seule Loire-Atlantique), la Vendée, l’Anjou et le Maine 55 ainsi qu’un TGV spécial partant de Nantes et rempli entre la Loire-Atlantique et la Vendée.

13 h 15 : boulevard Lannes, le cortège s’ébranle. Nous allons d’un bon pas en avant, nous glissant le long des allées. De loin en loin, dans l’avenue de Pologne, l’avenue de Chantemesse etc. des paniers à salade vides sont judicieusement disposés… et non gardés. A 13 h 40 nous tombons sur un car complet du pays de Retz, drapeau breton du pays en tête. Au cœur des manifestants, un maire, celui de Saint-Même le Tenu. Hervé de Villepin tient à nous préciser qu’il est « le seul maire du Pays de Retz à la Manif pour Tous ». Philippe Boënnec, le maire de Pornic, qui s’est dit contre la loi, n’est pas venu. Dommage. Maire élu sur une liste plutôt peu politisée, le maire de cette commune, la plus petite du Pays de Retz, vient pour défendre la famille et la loi naturelle.

Le tour de Brice

brice13 h 45 : La manif pourtant partie d’un bon pas, s’arrête brutalement. Au cœur du carré des élus, c’est l’heure des interviews. Le député FN Gilbert Collard se glisse parmi ses collègues UMP, puis repart en arrière après dix minutes de flashs, suivi d’une nuée de journalistes. Plus convivial, Brice Hortefeux serre des pognes à droite à gauche, notamment aux élus de son pays l’Auvergne. L’un d’eux est maire – apolitique mais « classé à droite par ma préfecture » – d’une petite commune de 650 habitants dans l’Allier. C’est déjà sa troisième manifestation et il constate cette fois « qu’il y a moins d’élus », et que « ceux qui sont là, comme Copé, le sont surtout pour faire leur show devant les journalistes, après ils se tirent ». Brice Hortefeux est là pour donner un visage plus chaleureux de la politique, pas comme Gérard Larcher qui défile visage fermé, presque mortuaire. Du coup nous demandons à l’ex-ministre de l’Intérieur pourquoi est-il là bien que la loi ait été promulguée. Il nous répond « Cette mobilisation, c’est un signal très important » et se glisse l’air mystérieux parmi ses collègues.

Breton ou Bretons, ils sont partout

mpt1114h10 : cela se rouvre, et l’avant-garde de la manif s’engouffre joyeusement dans l’avenue Henri Martin, puis dans l’avenue Mandel. Vers 14h32, nous tombons sur une pancarte frappée d’hermines, 22, voilà Saint-Judoce. Et son maire, Louis Bouan, du PCD, au milieu d’une quinzaine de ses administrés. « Je suis un maire centriste d’une commune au milieu d’un terroir de gauche ; tous mes collègues à la communauté de communes sont à gauche, ma commune vote à gauche à toutes les élections… sauf aux municipales. Je suis là surtout à titre privé – c’est déjà ma troisième manif – puisque j’en n’ai pas parlé à mon conseil », nous explique le maire de cette petite commune qui a une compagnie de cars et d’où part toujours un car vers la Manif pour Tous, « ligne régulière, départ 6 h du matin, retour minuit ». Il poursuit « le fait qu’un élu comme moi, centriste et respectueux de la République, soit ici, montre bien que cette manif n’est pas un ramassis d’intégristes, si c’était le cas, je ne serai pas là ».

mpt12A peine 8 minutes plus tard, c’est un drapeau étrange qui attire notre attention. Celui des chaldéens. Gonesse, Garges, Sarcelles, Villiers-le-Bel, Pierrefitte, Stains, Clichy-sous-bois, le 9-3 et le 9-5 est descendu. « Jeunes des cités » ? Pas toujours. Ils sont fiers de leurs villes dont ils entreprennent de nous décrire les mérites, tout comme de leur lointaine patrie, berceau de la civilisation. Parce que ce sont aussi des catholiques d’Orient  originaires de la Mésopotamie, de l’actuel Irak. Ils sont près de 3000 dans la Manif et déterminés comme jamais.

Manifestants nantais

Manifestants nantais

Intersection Sablons-Mandel, 13h50. Nous touchons au but. Un grand drapeau du Pays Nantais, un étendard (Kroaz Du cantonné d’hermines) de la marine bretonne, d’autres bannières, ce sont de jeunes nantais fiers de leurs origines. François G. et ses amis sont descendus de Nantes pour la énième fois : manifester contre le projet de loi Taubira et les excès de ce gouvernement. Le Printemps Français ? « Oui, bien sûr, c’est très bien, ce gouvernement fait n’importe quoi… par exemple l’aéroport de Notre-Dame des Landes ». Nantes est la terre de convergence de toutes les luttes, de tous ces mécontentements qui réveillent la Bretagne et en font le terroir, voire le terreau magnifique  où est en train de germer le Printemps Français. A leur côté, nous descendons l’avenue, puis la place Trocadéro, où les casseurs du PSG ont encore laissé quelques pierres des bâtiments imposants qui la bordaient jadis. A leur côté défile un homme qui n’est Breton que de nom. Xavier Breton, huit enfants, est député de Bourg-en-Bresse dans l’Ain. Avec deux manifs régionales à Lyon et quatre à Paris, il commence à avoir l’habitude, et l’agacement. Mais aussi l’intacte détermination.

L’équipée Fik et des flics

Pont Alexandre III transformé en annexe de la Préfecture de Police

Pont Alexandre III transformé en annexe de la Préfecture de Police

L’on récupère à 15 h le quart Fik à un angle de la place ; nous retrouverons nos nantais ce soir juchés sur les candélabres de la place des Invalides. Il n’y a pas un policier. « Si le pouvoir voulait que ça déborde, ils ne s’y prendraient pas autrement. », explique un jeune du Printemps Français croisé sur la place. En revanche, c’est bourré de barbouzes et autres flics en civil. Habillés en noir, patibulaires, oreillettes mal planquées et l’air suspect, ils ne sont pas très discrets. Exemple, ce couple, assis sur le rebord d’une entrée de métro. Entre deux âges, soit, habillé sombre, bon, oreillette pour la femme… 22 voilà les flics ! Au pont de l’Alma, les débouchés de l’avenue Georges V, de l’avenue Montaigne et du quai sont barrés par près de 500 CRS, d’autres ont bunkerisé les ponts des Invalides et Alexandre III où près de 1000 hommes sont installés, avec les camionnettes et les barrières anti-émeutes directement posées sur les ponts. Les touristes gueulent. Un anglais explique à sa femme que « les manifestants se battent contre le mariage gay, ils ont raison, et tout ce que le pouvoir corrompu français trouve à leur répondre, c’est de coller des centaines de policiers dans les rues de Paris ».

15 h 30. Par de petites rues vides de policiers, nous voici sur les Champs où des camions de gardes-mobiles et des remorques de matériel fraîchement ramenées de Notre-Dame des Landes s’étirent sur fond de l’Arc de Triomphe. Il y a un gros noyau à l’Etoile et au débouché de l’avenue Marceau, mais la circulation se fait. Le Printemps Français ? On ne les a pas vus. Mais ils auraient essayé d’improviser une action à l’Etoile et se sont fait embarquer. En même temps les Hommen – les hommes masqués de blanc et torses nus  lancés par les opposants à la loi en réaction au Femen – auraient été interpellés alors qu’ils étaient calmes et pacifiques devant l’Elysée. 57 interpellés. Pour rien. Si ce n’est un outrage – par leur saine et française virilité – à la personne du Président ?

Trop de monde pour les Invalides

mpt916 heures trois quarts. Après avoir tourné les ponts barricadés des Invalides et Alexandre III par le pont de la Concorde, puis constaté que là aussi le quai devant la place des Invalides était occupé par près de deux cent CRS et un bus-panier à salade tout prêt, votre dévoué serviteur est enfin sur la place, escortés toujours de l’inénarrable Fik, qui s’arrête presque à chaque pas saluer là un cousin, ici un ami, ou une connaissance, preuve que la manif pour Tous est bien un lieu de sociabilisation et de rencontre, ce qui ne peut que développer son élan. C’est ici que nous apprenons à la fois que les Identitaires ont occupé la terrasse devant le PS et qu’ils se sont faits déloger par les forces de l’ordre, avec une quinzaine d’interpellations à la clé.

Les manifestants occupent les pelouses, des cartons de bougies jonchent ça et là l’espace, des bannières jaillissent de loin en loin – passent les Alsaciens, avec leurs « cigognes en colère », les Normands, avec une banderole du Calvados handmade et rapiécée, et des milliers de Bretons, dont nos jeunes nantais de tout à l’heure. François G. est juché avec son drapeau breton sur un candélabre de la place, ses amis autour exultent. Les organisateurs annoncent un million de manifestants. «Chiffre politique » s’exclame Fik à mes côtés. Certes. Mais même s’il y avait moins de monde que la fois dernière, peu importe, puisque la Préfecture a elle-même annoncé peu avant qu’il y avait 150.000 personnes, autre chiffre éminemment politique qui avait été arrêté à l’Elysée la veille et qui est mathématiquement impossible : il correspond au total minimal des gens qui sont venus en cars, trains et voitures de la seule province.

Nous faisons le tour des Invalides, croisant Béatrice Bourges sur le boulevard de la Tour Maubourg. L’égérie du Printemps Français est accompagnée de quelques manifestants et remonte vers les Invalides. Photo – jamais le métier ne s’arrête – et brèves présentations. De l’autre côté de la place, des manifestants n’atteindront pas les Invalides. Ils regardent l’église et des écrans qui leurs transmettent Luca Volontè qui encore  félicite les manifestants et les remercie pour leur mobilisation. Plus loin, nombre de manifestants des cortèges partis de la porte de Saint-Cloud et d’Austerlitz ne verront jamais la place. Bloqués à 500 mètres, ils commencent à se disperser. Autour, les gendarmes mobiles et CRS commencent à prendre peu à peu position à toutes les issues. Avisant un Domino’s Pizza ouvert – cadence infernale, chaleur du Sahara dedans et autocs de l’UNI qui circulent dans la queue (dont le très à propos « Lui président, tout fout le camp », nous récupérons de haute lutte une pizza et allons la grailler sur la place des Invalides, où les veilleurs ont fini par se mettre en place. Un grand carré d’où émergent deux drapeaux bretons… et le jeune François de Nantes.

Des affrontements à partir de 20h15

Veilleurs nantais devant les Invalides 20h45.

Veilleurs nantais devant les Invalides 20h45.

20h 15, les premiers gros pétards – ceux que les CRS surnomment « obus » éclatent ça et là. Surtout à l’est, au débouché de la rue de l’Université. Peu avant, une vingtaine de policiers en civil se regroupent sur l’esplanade devant Air France pour un conciliabule en marchant, puis replongent dans la foule. Vers 20h45, la situation se précise. Des jeunes essaient de forcer le barrage de police au débouché de la rue de l’Université, pour empêcher de se faire refouler sur la place. Il y a là un drapeau de l’Action Française et des jeunes du Renouveau Français. Je reconnais des membres des Jeunesses nationalistes de Gabriac, mais aussi pas mal de Bretons à la pointe du mouvement. Le premier lancer de gaz suivi d’une courte charge policière me sépare de Fik. Reprenant peu à peu mes esprits contre une borne, je prends des notes et sors un foulard bleu et blanc. A 20h54, les manifestants reprennent le terrain perdu sous les arbres. Parmi eux, des prêtres de Saint-Nicolas du Chardonnet, et leurs jeunes paroissiens.

débouché de la rue de l'Université. Au sol, une grenade lacrymo

débouché de la rue de l’Université. Au sol, une grenade lacrymo

Il est presque 21h et l’esplanade est envahie par les fumées blanches et rouges des fumigènes. Dans la nuée se distingue nettement un groupe de policiers en civil, pris en tenailles entre trois groupes de manifestants. Ils étaient là en train de démonter des grilles en fer installées par la Manif pour Tous pour protéger une partie de la sono. Des projectiles improvisés leur tombent dessus, ils sont hués. Des jeunes portant masques et foulards, plutôt jeunes et nationalistes, sont à l’avant du combat. Une petite trentaine en tout, autour de ce groupe. Encore une autre trentaine du côté de la rue de l’Université. Loin des centaines « d’individus dangereux » annoncées par les autorités. Les CRS chargent dans le nuage pour récupèrer leurs collègues. Ils se replient derrière les arbres, et arrêtent tous ceux qui se trouvent encore de ce côté. Deux policiers en civil tombent sur un jeune désarmé et d’apparence bourgeoise qui passe par là. Vlan ! Séché, par terre, menotté, emmené. Les gestes minutés témoignent d’une longue expérience qui n’est pas perturbée par des jets de frigos ou des tirs de kalach comme lors des interventions en banlieue. Ce sont là des jeunes désarmés qu’ils arrêtent, pour l’essentiel.

CRS au milieu de la place pour dégager les flics en civil (21h)

CRS au milieu de la place pour dégager les flics en civil (21h)

21 h 30. Une ligne de CRS et de gendarmes mobiles s’étend maintenant sur tout le coté est de la place, le long des arbres. Une autre ligne débouche du pont par le Nord. Je tombe sur une amie de lycée qui, o miracle, dispose d’une lotion non moins miraculeuse au citron. Très bon contre les gaz. Nous opérons une série d’aller-retour au gré des lancers de cartouches de gaz que les policiers peuvent envoyer grâce à leurs petits canons portatifs jusqu’à 50 mètres parmi les manifestants. Le lance-grenades Cougar  a participé à joncher Notre-Dame des Landes de gaz lacrymo. Ici, il participe à rajouter des détritus sur la place. Les CRS tiennent maintenant l’esplanade devant Air France. Peu avant, une bagarre y a éclaté entre manifestants : certains, masqués, déterminés et violents, avaient descellé des balustres en pierre pour les envoyer sur des policiers ; presque aussitôt, d’autres manifestants leurs sont tombés dessus pour les empêcher de recourir à la violence contre les forces de l’ordre.

CRS à l'est de la place, sous couvert des arbres 21h30

CRS à l’est de la place, sous couvert des arbres 21h30

Devant, à vingt mètres des CRS, un individu que les groupes d’extrême-gauche appelleraient « animateur » fait le moniteur sur la place. A chaque lancer de gaz, les manifestants courent comme des dératés à quinze mètres pour échapper au nuage. Peu à peu le vent se détourne du sud-ouest pour filer plein sud et il suffit de reculer de dix mètres pour y échapper. Alors l’animateur, qui vient de la paroisse de Saint-Nicolas du Chardonnet et s’est déjà illustré en avril, lorsque des curés de sa paroisse s’étaient fait embarquer suite à une nuit d’affrontements dans Paris, quasiment au même endroit, hurle « mais ne courez pas comme des lapins, revenez, on est chez nous ici, la France aux Français ». Et les manifestants reviennent. S’emparant des bouteilles de bière, canettes etc., ils les envoient sur les policiers. Bien d’autres sont seulement là debout à gueuler. Un jeune porte une barre en bois. Un objet qui n’a rien à faire dans une manifestation, mais il est seul sur les dix mille et quelques manifestants sur la place. Les veilleurs, au fond, chantent et veillent.

Il y a là des jeunes du Renouveau Français, des JN (de Gabriac), de plusieurs paroisses parisiennes et versaillaises, mais aussi bien des manifestants « lambda » et des tas de nantais, rennais, vannetais et autres Bretons survoltés qui font l’affront de ne pas bouger d’un pouce de la place.  Elle est très bien cette place. Alors que passe un jeune avec un bidon – non, ce n’est pas de l’allume-feu, il l’ouvre et boit dedans – tant pis pour les journalistes du Nouvel Obs et autres Libération qui cherchent à confondre les dangereux intégristes qui prennent à partie les journalistes, je vais voir le « gentil animateur ». Il m’explique « là, les policiers vont essayer de nous refouler de la place. Ils avancent de l’est et du nord, et ont du sûrement boucler toutes les issues, sauf une vers l’ouest où ils exfiltreront les gens. Nous, on tient le plus longtemps possible, puis on ira tenir ailleurs ».

Manifestant gazé.20h 59.

Manifestant gazé.20h 59.

Nouvelle charge. A 22h 05, un carré imposant des Veilleurs, très épaissi par des dizaines de manifestants qui cherchent à sortir de la nasse, part en chantant l’Espérance et est exfiltré en bloc par les policiers. Il est temps de filer. Je traverse la place en biais vers le sud-ouest, où des dizaines de gendarmes mobiles ont pris position sans coup férir. Les rues de Grenelle et de Lamotte Picquet sont juste bourrées de camions de CRS, gendarmes mobiles et de secours. Dix minutes après, ils commencent à nettoyer la place. Le poste de secours, une simple tente, est dressé au-dessus de l’entrée de métro de La Tour Maubourg. Nous ne savons pas où l’agence de presse d’Etat (l’AFP) et les journalistes favorables à la loi Taubira sont allés chercher le chiffre selon lequel il y a 36 blessés, légérement atteints, dont 34 policiers, un manifestant et un journaliste. Devant le poste, il y a une queue de manifestants qui pleurent et ont le visage rouge – au moins – à cause du gaz lacrymogène. La tente en est aussi bourrée et les secouristes ne savent où donner de la tête. Même les rames de métro et le train – le dernier pour Tours, Orléans et Blois – ont un peu le goût acre du gaz. Ironie du sort, je tombe au retour sur un manifestant qui était au cœur des affrontements. Son interview viendra.

De nombreuses interpellations abusives

Deux jeunes avec un drapeau inconnu à l'extrême-droite

Deux jeunes avec un drapeau inconnu à l’extrême-droite

Dans la nuit, la Préfecture de police annoncera 291 interpellations, dont 230 placements en garde à vue, puis 350 interpellés dont 250 gardés à vue. Ce qui fait, en ajoutant les identitaires interpellés à Solferino et les Hommen, près de 400 interpellations en une journée. Pas mal… et à comparer avec le Trocadéro (une trentaine d’interpellations, des jugements laxistes contre les casseurs, du genre de 4 mois avec sursis), sachant qu’il n’y a eu aucune vitrine cassée, aucune voiture brûlée.

Du fait des interpellations, les informations peinent à remonter. Les réseaux identitaires diffusent une photo de jeunes entassés pêle mêle dans le garage d’un commissariat du XVIIIe arrondissement. Certains ont été interpellés « armes » à la main, canettes, fumigènes ou barres en bois dans les pognes. Claire, d’Orléans, a évacué la place des Invalides juste à temps avec son ami ; elle raconte « nous étions venus pour voir la manif, sur la place. Vers le début de soirée, il y a des jeunes qui sont venus juste pour casser et s’opposer aux policiers. C’est là que nous avons préféré partir ». Deux d’entre eux étaient à l’avant de toutes les charges : un noir et un blanc qui portaient un drapeau noir et rouge avec l’emblème des pirates. Les couleurs faisaient plus penser à un signal d’extrême-gauche perdu dans la manif.

les policiers en civil à l'est de la place

les policiers en civil à l’est de la place

D’autres personnes ont été interpellées tout simplement parce qu’ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Dans la soirée, un de mes paroissiens me donne une autre clé. L’un de ses fils a été interpellé hier aux Invalides. « Il était avec d’autres jeunes sur le côté ouest de la place quand les policiers ont commencé à tout nettoyer vers 22 heures 30. Il est allé vers un commissaire de police qui leur a dit : restez tranquilles, on va vous exfiltrer après l’opération. Ils sont restés. Moins d’une demi-heure plus tard, ils étaient embarqués. Les policiers en ont pris 80 comme ça, pour rien. » Inculpation officielle : jet de projectile. Résultat ? « Ils les ont empilé dans un hangar du commissariat du XVIIIe, puis à Pantin, puis comme les commissariats de banlieue n’avaient plus de place pour leurs arrestations du jour, il s’est retrouvé seul dans un commissariat du XXe et est ressorti » lundi soir.

Interpellés sur leurs méthodes, bien des policiers préfèrent le corporatisme. Repli habituel d’une profession malmenée par les médias, et même l’actuel gouvernement, dont on a bien parfois l’impression qu’il prend délibérément le parti des délinquants, pour peu qu’ils soient d’une certaine origine. Dans ces conditions, même les plus zélés policiers se démobilisent et perdent courage. Nous en avons pourtant rencontré un, hier soir aux Invalides, qui a accepté de se confier, dans l’ombre de l’anonymat et d’un porche. « Nous avons des ordres. Ceux de faire l’exemple. De vider la place juste pour sauver les gueules du gouvernement devant l’opinion », nous explique ce policier qui se dit « dégoûté ». Il poursuit « ce pourquoi ces jeunes manifestent, nombre de mes collègues sont tout à fait d’accord. Mais on est obligés d’y aller comme des gnous, embarquer des jeunes en vrac, dans le feu de l’action, alors même que ça fout le bordel partout… qu’est-ce qu’on va en faire, de ces gens ? Nos commissariats sont déjà super-pleins en permanence, en banlieue ce n’est pas mieux, ça va encore être le grand bazar tout ça pour des dossiers qui ne tiendront pas deux minutes devant un juge, à moins qu’eux aussi aient reçu certaines consignes»

Et maintenant, la Manif pour Tous ?

MPT-1Les organisateurs hier soir ont annoncé le temps d’un marathon. Un mail lundi matin annonce que l’absence de Frigide Barjot ne change rien au mouvement, que la Manif partout prend quinze jours de méritées vacances et que la détermination est intacte. Un autre relayé aux collectifs départementaux annonce les trois missions de la manif pour tous : obtenir l’abrogation de la loi, et « si ce n’est dès demain, alors après-demain », soutenir « tous les hommes et les femmes de bonne volonté qui défendront ces valeurs dans la Cité », en clair les élus et candidats qui prendront position contre le mariage gay, et enfin « se battre pour faire reconnaître la réalité de l’être humain homme ou femme », bref, contre la théorie du gender.

France de Lantivy, responsable de la Manif pour Tous en Loire-Atlantique, nous donne sa vision de l’avenir de la Manif pour Tous : « Il faut demander l’abrogation, non le contournement de la loi. Le temps des manifestations est peut-être terminé ; vient maintenant un temps qui demande plus d’endurance, l’éveil des consciences comme le font les marcheurs. La Manif pour tous peut faire bouger les lignes, et le bipartisme, reconstruire la France autour de valeurs. Des politiques vont être enterrés, parce qu’ils louperont le coche comme les fillonistes ». Des amis de Fillon particulièrement nombreux dans la Loire-Atlantique où ils ont soigneusement torpillé toutes les campagnes de la droite depuis quinze ans et s’apprêtent à massacrer les chances de leur camp aux municipales. Plus encore, pour France de Lantivy, « la loi relance la réflexion sur la République : une vision de celle-ci exclusivement fondée sur la tyrannie de la légalité, même déconnectée du bien commun, est particulièrement vivace en ce moment. Ce qui compte, c’est le juste, le vrai, et la loi Taubira fait apparaître une déconnexion entre la République et le bien commun.

Et maintenant, le Printemps Français ?

Béatrice Bourges

Béatrice Bourges

Nous avons posé la question à Béatrice Bourges, qui a passé la nuit sur les Champs avec les Veilleurs, à partir d’une heure du matin. Ils ont été délogés au petit matin du lundi, vers sept heures. Elle relève aussi que « les gens ont compris qu’il y a un hiatus entre le bien commun et la République. Il faut maintenant continuer les actions partout dans le pays. Les gens sont très déterminés. Il faut aussi, sans se précipiter, constituer une réflexion pour un socle de convictions. Le point central, c’est la transmission. Si en 68, les gens criaient du passé faisons table rase, aujourd’hui, les jeunes veulent construire l’avenir ensemble avec les générations précédentes. »

Le Printemps Français a-t-il une solution toute prête pour mettre à la place des actuels gouvernants, comme ces partis politiques (UMP et FN) qui se proposent eux, à des fins de récupération politique ? Béatrice Bourges, que la violence de certains jeunes hier aux Invalides met « mal à l’aise »,  répond sans détours : « Non, nous ne sommes pas dans l’approche toute-puissante comme l’UMP ou d’autres. A mesure que l’on va tracer le sillon, la solution va se dessiner. Mais cette solution, quelle qu’elle soit, sera hors de tous les partis. »

Manif pour Tous : l’Ouest envoie 160 cars

25 Mai

160 cars et un TGV bourré de manifestants partiront des départements bretons, bas-normands, d’Anjou, du Maine et de Vendée pour la manif de demain, nous annonce-t-on à l’instant. Soit près de 10.000 personnes qui prendront les transports organisés par les collectifs locaux de la Manif pour Tous depuis les départements de l’ouest de la France, les plus énervés par l’attitude des gouvernements passés à leur encontre et les plus tentés par la convergence de toutes les luttes puisque sortir de cette République, c’est s’en sortir.

Rendez-vous commun : porte Dauphine, pour un cortège dont le tracé rappelle pour beaucoup celui de la manifestation de janvier. De nombreux manifestants auront pensé à se munir d’écharpes, de sérum physiologique ou à défaut de citron pour parer aux effets du gaz lacrymogène. Voici un petit guide de remèdes simples à mettre en œuvre  contre l’arme préférée de Manuel Gaz, notre ministre de l’In-terreur. Le point de rendez-vous est l’esplanade des Invalides, où la dispersion est prévue à 20 heures.

Le pouvoir – qui a organisé ce matin une réunion de crise à l’Elysée où l’ambiance était plus à la peur qu’à l’optimisme (eh oui, Hollande et Ayraultbespierre ont… les boules, qui l’eût cru ?), prévoit 4.500 policiers pour encadrer une manifestation qu’il a officiellement chiffré à 200.000 personnes maximum. Une disproportion qui montre déjà que le chiffrage du gouvernement, comme les précédents, est à mettre direct à la poubelle. Demain, le peuple de France parlera. Un des sondages de ces derniers jours donne plus de 60% de la population française opposée à la loi Taubira et à ses conséquences néfastes pour la filiation et la famille.

Printemps français, réveil Breton

25 Mai

Depuis le début de la contestation contre le mariage homosexuel, l’élan est impulsé depuis les territoires de l’ouest de la France, et notamment la Bretagne. Le 24 mars à Paris, ce sont des Bretons et des Normands  qui chargent sous leurs bannières, bravant l’interdit judiciaire, et mettent la manifestation sur les Champs. Depuis, malgré une forte opposition locale des extrêmes de gauche (Rennes), c’est encore en Bretagne, en Anjou, en Vendée et en Normandie que la contestation s’est le plus rendue locale et énergique, convergeant au passage avec d’autres sujets de mécontentement. Pourquoi le Printemps Français a tellement d’écho là-bas et surtout en Bretagne ? Quelques éléments de réponse dans ces territoires bouillonnants, où le vent du changement souffle d’ouest.

 

L’Ouest de la France, plusieurs espaces

24 mars : les Bretons mettent la manif sur les Champs en chargeant derrière leur drapeau

24 mars : les Bretons mettent la manif sur les Champs en chargeant derrière leur drapeau

Avant tout, le Grand Ouest tel qu’il est envisagé par l’administration centrale parisienne et les médias… parisiens ou inspirés de cette vision centralisatrice, n’existe pas. Pas plus que le Grand Est ou le Midi. Il y a donc, sous la couverture, plusieurs espaces. Se détachent nettement la Bretagne – Loire-Atlantique, Ille-et-Vilaine, Morbihan, Finistère et Côtes d’Armor – mais aussi l’Anjou (Maine-et-Loire), les cinq départements de la Normandie, ceux de la « Basse-Normandie » sont plus concernés, le Maine – Sarthe et Mayenne – et la Vendée. La Bretagne elle-même se subdivise sans perdre son unité entre Haute-Bretagne – Ille-et-Vilaine et Loire-Atlantique, plus industrielles et urbaines – et Basse-Bretagne (le reste). Cette distinction, on va le voir, a aussi son importance.

A la diversité des espaces répond celles des peuples – ici, la diversité intérieure de la France a encore de beaux jours devant elle. La culture bretonne, sauvegardée et même réveillée depuis les années 1970, a repris de la vigueur à mesure que la culture française tombait en désuétude, plombée par les mythes propagés par son propre gouvernement et à la mode anti-française héritée de 1968. Surtout, elle est ici synonyme de résistance, et les douleurs liées aux « interdit de parler Breton et de cracher par terre » sont encore vives. La foi unit les territoires – réveil du catholicisme dans la Haute-Bretagne et le Morbihan, force de la tradition catholique et celtique en basse-Bretagne, en Normandie, dans le Maine et en Vendée, fort arrière-pays catholique et toujours déterminé à défendre sa foi menacée. Par ailleurs, si ces divers peuples et territoires ont été par la voie des fortunes de l’Histoire, dressés souvent les uns contre les autres, ils partagent aussi des élans historiques et sociaux communs.

 

 

Territoires éveillés aux injustices et aux luttes

Massacre des Lucs sur Boulogne (Vendée)

Massacre des Lucs sur Boulogne (Vendée)

Si ailleurs, la République peut signifier libération et « liberté – égalité – fraternité », dans l’ouest de la France, plus qu’ailleurs, République rime avec curés assassinés, colonnes infernales et brimades culturelles ou linguistiques… puis nucléaire ou aéroport de Notre-Dame des Landes. Cette filiation républicaine dans l’injustice et l’imposition de projets –  souvent des choix de société – révoltants a fait des territoires de l’Ouest de la France des endroits réveillés au sentiment d’injustice et en lutte plus ou moins perpétuelle contre les abus du pouvoir central ou de ses relais – notables ou élus.

Premier élan historique commun : les chouanneries. Celles-ci s’étendent en vague de feu à travers toute la Bretagne, une grande partie de la Normandie, le bas Poitou (Vendée et Deux-Sèvres), le Maine et l’Anjou. On a beaucoup dit que les Chouans défendaient Dieu et le Roi ; mais le cœur de leur lutte, c’était surtout la défense de leurs territoires, de leurs familles et de leurs droits contre l’arbitraire du pouvoir républicain et jacobin. Lutte inégale, lutte héroïque, de Savenay au Mans et de Galerne à Cholet, les chouanneries ont donné naissance à un élan historique glorieux dont le souvenir s’est traduit dans les reconstructions du XIXe, les lieux-dits – ainsi de ceux nommés Mortrais, Mortrie ou Galerne – et les croix ou calvaires. En Loire-Atlantique, la croix dite des Vendéens au bourg de Savenay ou celle qui se trouve devant le château de Bruc en Guémené-Penfao rend hommage à ces ancêtres souvent anonymes, héros d’une histoire sanglante et glorieuse, dont la noble révolte a embrasé la France et donné aux peuples de l’Ouest de la France un inconscient historique où la lutte est devenue un possible, et une juste alternative lorsque le pouvoir jacobin dépasse les limites de l’acceptable.

Les années ont passé, les peuples et territoires de l’ouest de la France se sont fondus sous la bannière républicaine et française, mais l’inconscient historique, plus fort qu’ailleurs, continue de parler. Des projets qui passeraient ailleurs en France, comptant sur le suivisme et l’esprit moutonnier des populations, bloquent ici. Et au contraire, suscitent le rejet et la lutte. Deux exemples récents s’il n’en est de la profonde aversion des gens de l’ouest – et surtout des Bretons – contre l’injustice et l’avenir qu’on leur impose depuis Paris : la ligne THT et l’aéroport de Notre-Dame des Landes.

Appel à saboter le chantier de la THT Cotentin-Maine

Appel à saboter le chantier de la THT Cotentin-Maine

Le chantier de la ligne à très haute tension Cotentin-Maine fut loin d’être sans tensions pour RTE. Longue de 163 km à partir de Saint-Sébastien-de-Raids (Manche) dans le sud du Cotentin jusqu’à Beaulieu-sur-Oudon (Mayenne), cette ligne électrique supportée par 414 pylônes, aura selon RTE coûté au total 343 millions d’euros. Elle traverse 64 communes dans quatre départements (Basse-Normandie, Maine, Haute-Bretagne).  RTE et l’Etat sont passés sur le ventre des communes, la très grande majorité des recours et des arrêtés municipaux contre la ligne ont été cassés ou rejetés. A Chefresne, l’oppression a été particulièrement violente : la commune avait interdit les travaux en invoquant la Charte de l’Environnement (à valeur constitutionnelle), et avait été suivie par 45 communes sur les 64 traversées par la ligne. Fortes pressions contre les agriculteurs, mairies achetées par des subventions distribuées avec RTE – près de 100 millions d’€, un tiers du budget de la ligne, oppression des forces de l’ordre sont le quotidien  des habitants de la Manche proches de la ligne. A Chefresne même, le maire opposant à la ligne avait été placé en garde à vue, et les policiers qui voulaient déloger les habitants opposés au projet et installés sur le lieu du chantier ont utilisé des grenades assourdissantes. Bilan : 25 blessés. La ligne est passée, mais la Manche est en colère d’observer ses paysages en ruine, et d’être la poubelle nucléaire et électrique de l’Ouest de la France.

Un autre projet n’est pas passé sur le ventre des Bretons, mais après de lourds combats et de nombreuses illégalités commises par les pouvoirs publics sur place ; l’Europe et l’avis des scientifiques ont fini par sauver cette zone humide du cœur de la Loire-Atlantique, en Bretagne. Il s’agit de l’aéroport Notre-Dame des Landes (NDDL), le projet chéri du Premier Ministre Ayrault. L’abus de pouvoir est au pouvoir. Le 16 octobre 2012 les forces de l’ordre lancent l’opération César  pour déloger les habitants de la ZAD – l’aire prévue pour l’aéroport. Contre toute attente, l’opération s’enlise. Face à 1500 policiers surdéterminés et très armés, les zadistes résistent et mettent tant le terrain que le temps (pourri) à leur profit. Les bombes de gaz lacrymo et les grenades assourdissantes pleuvent sur le bocage, les blessés s’accumulent, mais la résistance paie : Notre-Dame des Landes ne tombe pas, et avec l’aide des paysans du cru, les résistants défont la nuit l’ouvrage abattu par les policiers le jour et tissent sans cesse leur réseau de barricades et de cabanes.

NDDL assiégée par les gendarmes mobiles et les CRS le 31 octobre 2012

NDDL assiégée par les gendarmes mobiles et les CRS le 31 octobre 2012

Début novembre, le pouvoir part de NDDL dans l’espoir de faire oublier son monumental raté. Il est bien aidé par les médias mainstream. C’est le black-out médiatique total. Pendant la première semaine des affrontements, seuls quelques uns couvrent les événements. Votre dévoué serviteur dans le Flochington Post puis BreizhJournal, Mediapart, Le Monde trois jours après en même temps que Reporterre, la radio Paris et Banlieues et RennesTV, 7 Seizh (qui se borne à recopier la chronique des événements tenus par les zadistes) et le Télégramme à la fin de la semaine. Mais le tumulte de Notre-Dame des Landes déferle sur le monde quand même, les Bretons s’engagent. Chansons, comités de soutien – près de 200 essaimeront dans toute la France, péages et permanences PS bloquées, Notre-Dame des Landes réveille la Bretagne et la paysannerie  et le jour, on peut voir de nombreuses voitures immatriculées de tous les départements bretons sur la ZAD. La lutte fait écho à une autre, enfouie mais non oubliée – celle des Bretons contre le nucléaire. Plogoff, bien sûr, mais aussi 30 ans de combat contre les projets nucléaires  imposés par l’Etat à l’ouest de Nantes, au Pellerin et au Carnet. A l’époque, 89 comités de soutien avaient essaimé dans toute la France et l’Etat avait essayé d’acheter les communes à coups de millions sans parvenir à canaliser l’indignation des citoyens.

En novembre, il y aura d’autres affrontements. A la fin des fins, le 24 novembre, suite à une opération d’expulsion illégale et de nombreux blessés, les forces de l’ordre se font éjecter de la ZAD par les paysans  et une manifestation spontanée de 8000 personnes assiège la préfecture, de nombreux drapeaux Bretons flottent sur Nantes. C’est là que le gouvernement annonce que les travaux de défrichage seront repoussés de six mois, le vent commence à tourner pour NDDL. Mas le retrait progressif des forces de l’ordre, puis l’enterrement du projet par les scientifiques et l’intervention européenne  ne peuvent faire oublier les nombreuses étrangetés.

medium_presseDans le désordre, pratiques journalistiques pour le moins bizarres   des médias dominants (Ouest-France et l’AFP), notamment autour de  l’agression du vigile, forces de l’ordre qui se conduisent comme des troupes en pays occupé, dégradant les biens et le matériel  des habitants, mais aussi dénis de justice. Au sujet du blocus préfectoral opéré sur deux communes de la ZAD depuis début décembre  par exemple. En décembre, la justice fait encore mieux : se mettant au service des matraques (ah, l’indépendance des magistrats !) elle délivre une ordonnance d’expulsion pour la Châtaigne, un lieu symbolique de la lutte, ce village de cabanes construit à partir de la manifestation de réoccupation du 17 novembre sur un terrain au cœur d’un imbroglio judiciaire. Seul problème : l’ordonnance est juridiquement nulle  et deux fois en plus. Cela mériterait un affichage sur le « mur des cons« , n’est-ce pas? Enfin, lorsque les scientifiques mettent un coup d’arrêt au projet d’aéroport  et que le Comité national de protection de la nature (CNPN) chargé de délivrer les autorisations d’atteinte aux zones humide et de transfert des espèces naturelles protégées, refuse de valider la poursuite des travaux,  là encore, les médias dominants se font très discrets et refusent de faire connaître la nouvelle. Si bien qu’une partie de la population ignore que le projet d’aéroport est complètement dans les choux. Pourquoi cette pudeur journalistique ? Parce que le rapport des experts met en lumière le fait le plus dérangeant : le projet d’aéroport est illégal depuis cinq ans en droit européen et quatre en droit français. Ainsi le gouvernement, de nombreux élus (PS et UMP principalement), Ouest-France, l’AFP, Libération, Le Figaro, les institutions de la police et de la justice, et quelques tribunaux ont tous participé à un délit voire un crime contre l’environnement. A une tentative tout au moins, dument préméditée. Comme si l’Etat soutenait le vol ou le viol.

une Bretagne réunie qui dit non à l'aéroport

une Bretagne réunie qui dit non à l’aéroport

Mais le mal est fait. Secteur du plus grand maillage des comités de soutien, l’ouest de la France s’est réveillé et si ses habitants ne soutiennent pas toujours la lutte, du moins sont-ils au courant qu’un peuple de boue a fait flancher le gouvernement de là-bas, loin, à Paris. Et que les gendarmes mobiles ont du reculer, vaincu par la détermination des Bretons et par leur temps. C’est l’exemple d’un peuple debout qu’ils reprennent, lorsqu’ils font assaut d’inventivité et d’actions coup de poing pour montrer leur opposition ferme à la loi Taubira, qui pour le coup passe sur le ventre à une société entière. L’ouest de la France compte ainsi des plus départements les plus actifs contre le « mariage pour tous », qui désorganise complètement le droit de la famille et de la filiation en France. La Manche, la Loire-Atlantique ou l’Ille-et-Vilaine rivalisent ainsi d’activisme. Plus généralement, la Haute-Bretagne (35, 44) suivie du Morbihan, où s’est réveillé le catholicisme Breton, et l’ouest intérieur, du Maine à la Vendée en passant par la Basse-Normandie où il y a en plus des élus opposés à la loi comme Philippe Gosselin. Avec le seul député de droite de Basse-Bretagne Marc le Fur, il est à la pointe du combat déterminé des gens de l’ouest contre la loi. Pourquoi une telle résurgence de la chouannerie ? Peut-être parce que ce sont avant tout des régions seules qui se retrouvent ensemble pour lutter, éveillées à la contestation sociale et à l’union par des refus contre de grands projets qu’on a trop vite catalogué « à gauche » ou « alter-mondialiste » voire « anarchiste » quand ils étaient surtout les manifestations de volonté du peuple, de la majorité qui en avait assez d’être silencieuse.

 

Des régions seules face à la crise, mais solidaires

la_lutte_continueDepuis six ans, la crise s’acharne sur l’ouest de la France. Cœur économique et culturel de ces territoires, les deux départements de Haute-Bretagne résistent, mais à quel prix ? Plusieurs milliers de postes supprimés à Chartres de Bretagne (PSA), dans la sous-traitance, les chantiers de Saint-Nazaire sauvés de justesse (et pour de bon) après avoir été dans un pétrin inconnu depuis les années 30  par son ampleur. S’ajoutent à cela le krach d’une partie de Doux en Basse-Bretagne (Morbihan, Finistère, Côtes d’Armor), l’entreprise ayant du affronter en plus l’hostilité du pouvoir politique républicain et de ses relais (médias et syndicats) attitrés et subventionnés (1 milliard d’€ par an pour la presse, quatre pour les syndicats). Hors de Bretagne, ce n’est guère mieux. Dans une France qui perd maintenant une usine par jour alors qu’elle en perdait une tous les trois jours en 2005, les territoires de l’Ouest sont soumis à rude épreuve et craquent peu à peu. Ecrasées d’impôts imposés par Paris, piégées sous l’avalanche législative et normative, ou la boulimie d’arrêtés de ministres qui se savent sur un siège éjectable et qui ne savent plus quoi faire pour montrer leur existence, les entreprises n’en peuvent plus, d’autant plus que le pouvoir ne les aide pas. Les subventions, c’est pour les territoires qui votent bien. Une petite ville comme Bessé-sur-Braye, aux confins du Maine, du Dunois et du Vendômois, témoigne du malaise. Quatre entreprises y ont fermé ces derniers mois, une centaine d’emplois ont été rayés de la carte dans ce centre industriel isolé. De plus en plus de bourgades deviennent de nouveaux Vierzon. Face au désastre économique dont le pouvoir central parisien porte une part importante de responsabilité, il reste encore la solidarité.

Ainsi en Bretagne, AMAP, jardins et garages solidaires prospèrent. La plus grosse SCOP (société ouvrière participative) de France produit des tuyaux à Périers, en Manche. En Loire-Atlantique, sur 221 communes, il y a 108 AMAP, et le covoiturage ne s’est jamais aussi bien porté qu’en Bretagne. Notre génération est l’aboutissement d’une précédente qui a sacrifié sur l’autel d’une modernité imposée la plupart des liens sociaux traditionnels – famille, paroisse, communauté villageoise, de quartier ou de peuple – qui structuraient la société et lui donnaient de la résistance contre la crise. En Bretagne où ces liens sont moins distendus et mieux conservés qu’ailleurs, la solidarité devient une nouvelle société, débarrassée du désenchantement post-moderne.

Et de proche en proche, ce modèle social rajeuni où la Bretagne sacrifie à son destin historique – slalomer depuis cinq siècles entre les édits français et depuis 225 ans entre les coups de matraques républicains – se propage vers des départements reconnus comme plus calmes et plus suivistes. Mais à tous ces gens là, la crise avait encore laissé leur famille. La loi Taubira l’abat, et propulse contre leur vouloir un changement de civilisation profond porteur de plus de dangers que de libertés nouvelles. Avec l’adoption et le mariage homosexuels, c’est le modèle de la famille naturelle qui est définitivement mis en péril, avec une mortifère déconnexion entre la loi des hommes et la vérité naturelle. Avec la PMA et la GPA, les femmes pourront vendre leurs enfants à autrui, le commerce d’humains sera autorisé et le ventre des femmes pauvres sera un bien de commerce à disposition des bobos de Paris, des Pierre Bergé et d’autres qui achèteront des bébés comme d’autres des pommes au marché.

L’action des comités locaux – enfin départementaux – d’opposants répond au besoin d’expression solidaire particulièrement fort des habitants de l’ouest de la France. Ensemble, ils découragent les ministres de venir dans les départements – comme Najat Vallaud Belkacem  à Nantes ou Benoît Hamon en Manche (qui annule les 3/4 de son déplacement à la dernière minute dans l’espoir de leur échapper), ensemble ils se font gazer parfois en pleine gare  ou ridiculisent les forces de l’ordre en Sarthe; et partout, leur action collective met en lumière la déconnexion entre la majorité des élus républicains et le peuple. Injustifiable devant les grands projets, ce grand écart entre les notables de la politique, le nouveau pourcent de super-privilégiés, et les 99% du reste du peuple devient intolérable dans un tel changement social, impulsé par une élite super-minoritaire et très lointaine qui loin de faire aspirer à l’élévation par la condition ou par le savoir, pousse à l’abîme. La saine révolte contre la tyrannie du néant fonde cette nouvelle chouannerie que connaissent les territoires maintenant bouillonnants de l’ouest de la France et qui de proche en proche se propage vers des départements reconnus pour leur calme, comme le Loiret ou le Loir-et-Cher.

 

Pourquoi le pouvoir perdra ?

Le comité de soutien creusois contre l'aéroport dit non à Ayrault et ses projets inutiles

Le comité de soutien creusois contre l’aéroport dit non à Ayrault et ses projets inutiles

Face au succès populaire de la Manif pour Tous ou du Printemps Français, le pouvoir menacé met en œuvre les mêmes moyens que contres les opposants à Notre-Dame des Landes. Dictature légale, avec l’interdiction proposée du Printemps Français (il sera difficile de mettre aux arrêts un site internet, une mailing list et quelques communiqués), justice aux ordres qui interdit les Champs Elysées à la manifestation du 24 mars. Police chargée de faire subir les affres de la garde à vue et du gaz lacrymo à des curés, des familles  et des manifestants pacifiques. CRS qui molestent des jeunes désarmés qui veillent en chantant et en priant. Trucage bête et méchant des photos de la manifestation du 24 mars  pour justifier les chiffres ridiculement bas annoncés dès avant la manifestation par le ministère de l’Intérieur. Sans oublier les amalgames et les non-dits d’une presse aux ordres, qui fait à l’égard de la Manif pour Tous et du Printemps Français la même censure légale que celle qui était dirigée contre les zadistes, en passant sous silence les voies de fait des forces de l’ordre et du pouvoir, ou en relayant avec connivence et complaisance les informations distillées par le pouvoir et ses barbouzes. Entre déni et coups de matraque, la république des ripoux applique les mêmes moyens qui ont fait faillite contre les opposants de Notre-Dame des Landes ou du nucléaire. Et ce sont les Bretons, habitués aux luttes sociales et à la tyrannie légale d’une République qui a justement commencé à être illégitime et sanglante sur leur terre, qui déminent et désarment ces derniers soubresauts d’un régime à l’agonie. Le pouvoir perdra tout simplement parce que le peuple en a marre, et que les Bretons en ont plus que marre.

bretagne-anti-sarkoPourquoi ils en ont plus qu’assez ? Déjà parce que ça fait six ans que le pouvoir central ne s’occupe des Bretons que pour les insulter ou les accabler d’impôts. Les « cons » que ne voulait pas voir Sarkozy et les « kystes » juste bons à avaler l’Ayraultport et dire merci, ce sont les mêmes. Insultés parce qu’ils ont un avis diffèrent. La liberté, l’égalité et le droit français ne s’appliquent pas à eux, parce qu’ils pensent différemment, ils sont donc des citoyens de seconde zone pour le pouvoir parisien. La Bretagne s’est livrée à la gauche mais est en train de basculer, sans pouvoir cependant trouver d’alternative. Elle n’a pas la fibre extrémiste – de gauche ou de droite, ses indépendantistes n’ont jamais su lui parler ni se structurer efficacement  et la droite y défraie plus la chronique par son incapacité politique notoire  ou ses petits arrangements entre amis  que par ses propositions politiques.

Les Bretons n’ont pas non plus le recours au FN pour canaliser leur colère – ce n’est pas dans leurs habitudes, et le fait que le FN soit devenu un grand parti laïc dirigé par des gens qui font tout ce qu’ils peuvent pour faire oublier leur extraction bretonne choque leur inconscient historique, religieux et communautaire, qui, comme nous l’avons dit, est bien plus important et moins refoulé qu’ailleurs. Ces peuples de l’ouest très pro-européens, qui ont imposé Maastricht à la France en 1992 et voté massivement pour la Constitution Européenne en 2005 ne se retrouvent pas dans le repli dirigé contre l’Europe et impulsé en sous-main par un pouvoir parisien affolé de perdre son contrôle sur le pays.

Sans compter que la Haute-Bretagne – et même d’ailleurs les villes du reste du territoire Breton supportent comme elles peuvent une explosion de l’immigration – qui augmente deux fois plus vite  qu’en France sur les dix dernières années. Un changement social d’importance qui là encore se fait dans le déni des élus socialistes, quand ils ne l’encouragent pas, vu que les « cités » votent bien. Bref, la Bretagne qui affronte seule la crise n’a plus envie d’être raisonnable, tant le ras-le-bol est criant. Le réveil social et politique de ses habitants – d’origine ou nouveaux – rejoint un réveil de la pensée politique et une nécessaire convergence des luttes.

Mais les amalgames et les silences arrangeants de la « grande presse » subventionnée par l’Etat sont de plus en plus battus en brèche par les médias du Printemps Français, comme la Table Ronde, Nouvel Arbitre  ou le Rouge et le Noir.  Ainsi que des blogs de réinformation comme celui de Fikmonskov. Les deux derniers font d’ailleurs souffler une rafraîchissante brise d’ouest sur l’information française : le blog de Fik est de la Manche tandis que le Rouge et le Noir est impulsé depuis Vannes. S’y ajoute le très actif blog franco-breton des veilleurs de l’aube, Gedourion ar Mintin  lui aussi implanté dans le Morbihan et qui participe à la reconstruction d’une pensée bretonne et catholique nouvelle et autonome.

Pourquoi la Bretagne est tellement en pointe dans la ré-information ? Sans doute aussi parce que cette région hyper-connectée, mieux formée  et plus résistante aux méthodes scolaires catastrophiques telles que la méthode globale, véritable entreprise d’abrutissement massif du peuple, ne s’accommode pas de la médiocrité et de l’information prémâchée pour des citoyens élevés en batterie comme des poulets. En revanche, les Bretons se retrouvent très bien dans une lutte qui fonctionne beaucoup par les réseaux sociaux et les SMS, et qui doit à cette hyper-connexion une part non négligeable de son succès. Comme d’ailleurs la mobilisation contre l’aéroport. A partir du moment où les paysans et les zadistes pouvaient faire venir près de 1000 personnes devant les policiers en deux heures chrono, cette rapidité de mobilisation faisait de l’Ayraultport un Ayraultflop. Si bien que les pouvoirs publics auraient récemment tenté de pirater en masse des comptes Facebook  de militants de tous horizons… mais surtout Bretons et parisiens.

 

La nécessaire convergence des luttes

resistLes Bretons s’ébrouent, et ce réveil séculaire forme une nouvelle et nécessaire convergence des luttes et des mécontentements. Loin des anathèmes des idéologues ou des politiques, qui prétendent réduire la Manif pour Tous et le Printemps Français à quelques extrémistes, ce qui est aussi ridicule que de résumer l’ensemble de l’Empire Romain à Néron ou Caligula. Les anarchistes autonomes ou les extrêmes de gauche ultra-minoritaires à Notre-Dame des Landes bien qu’ils fassent beaucoup de foin ont beau fulminer contre les « fachos », à l’unisson de Valls, des activistes LGBT ou d’Ayraultbespierre, ils ne peuvent empêcher la réalité. Le 24 mars, dans le petit groupe de Bretons et de Normands  qui, courant derrière de grands Gwen ha Du, ont mis la manif sur les Champs, il y avait à mes côtés des agriculteurs du centre du Morbihan qui pensaient très, très fort à Notre-Dame des Landes pendant qu’ils chargeaient.

Pour l’heure, les indépendantistes Bretons politiques sont dans la même attitude que les socialistes français : le déni. C’est à la mesure de leurs plus grands points communs : l’obsolescence. Et finalement, l’insignifiance. Il est pourtant grand temps de réinventer une pensée bretonne enfin en phase avec son peuple et avec son histoire. Cela arrivera sans doute bien plus vite que l’on peut le penser. Pendant ce temps, le Printemps Français dispose de points d’appuis importants dans les deux capitales Bretonnes. Pourquoi ? Tout simplement parce que de tous les Français, les Bretons sont le plus attachés à l’idée France, à la diversité intérieure de la France éternelle, celle d’avant la République – et qui lui survit tant bien que mal – celle qui parle plusieurs langues et brille de mille facettes et de ses dizaines de peuples et de cultures intérieures, mais qui est capable de porter au monde une voix différente et sensée. Ce vieux pays si fatigué des guerres, mais capable des plus belles fulgurances. Les Bretons partagent plus de cinq siècles d’histoire commune avec la France, et que de glorieux élans communs depuis qu’à Orléans, Guyenne et à Formigny, des troupes bretonnes ont aidé les français à bouter hors les anglais !

Le Printemps Français, c’est aussi le réveil d’une France que l’on croyait abrutie et oubliée. Ce sont des peuples en marche derrière leurs drapeaux, symboles de leurs diverses identités au vent, unies derrière un commun faisceau de volontés : un pays, la France. Une multitude d’identités sur lesquelles la République avait tiré un trait, se confondant, se substituant à la France dans la propagande scolaire. Le Printemps Français rappelle avec force que la France, c’est bien plus que la République, et qu’il y a là une chance historique d’en finir avec la négation des peuples français. Depuis l’arrivée au pouvoir des socialistes, les « faits divers »  nantais (pères sur les grues, lutte contre l’aéroport, chômeurs qui s’immolent) traduisent le mal-être puissant d’un peuple las d’être ignoré et qui interpelle le pays tout entier. Dimanche, cette convergence en cours de formation sera à Paris, parce que même si la France a changé en 225 ans, une chose n’a toujours pas changé : les Révolutions se font toujours à Paris. Et c’est là-bas que, conformément à leur Histoire, les Bretons seront encore, derrière leurs bannières, à la pointe de la lutte. Parce que plus que tout le monde, ils ne lâcheront rien. Parce que, surtout, le 24 mars, il s’est passé quelque chose d’étrange et d’exceptionnel. Sur les Champs, au milieu des nuées de gaz lacrymo, une flamme de résistance s’est levée, et celle-ci ne doit pas s’éteindre, elle ne s’éteindra jamais.

Les partisans de la réunification et les opposants à l’aéroport protestent à l’occasion du forum des Droits de l’Homme à Nantes

22 Mai
Voilà de quoi rassembler les uns et les autres : une Bretagne réunie qui dit non à l'aéroport

Voilà de quoi rassembler les uns et les autres : une Bretagne réunie qui dit non à l’aéroport

Comme chaque année, le forum des Droits de l’Homme à Nantes ne sera pas un long fleuve tranquille, puisque les partisans de la réunification bretonne ont pris l’habitude d’exprimer leur mécontentement dans et autour de la manifestation, et n’ont pas décidé de désarmer cette année. Par ailleurs, aux mécontents devraient se joindre les opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes, Ayraultport notoirement dans les choux.

Ainsi, les partisans de la Bretagne plus unie et plus forte organisent deux rassemblements devant la cité des congrès de Nantes ce soir, mercredi 22 mai à 17h pour le début du Forum et le 24 mai à 18h pour la fin du Forum. Ils souhaitent protester contre la récupération de la manifestation nantaise par les Pays de Loire, que l’amputation de la Bretagne est « contraire aux Droits de l’Homme et à la démocratie », et enfin qu’en continuant de nier la diversité intérieure de la France, « l’Etat tue nos langues ». Le second rassemblement (le 24 mai) est consacré plus spécifiquement à la reconnaissance du Breton et appelle le gouvernement à ratifier la Charte Européenne des langues minoritaires.

De leur côté, les opposants à l’aéroport font circuler un appel intitulé « contre l’aéroport et son monde vert… kaki » qui comme son nom l’indique veut s’opposer à la technocratie, au militarisme et à l’affairisme des classes dirigeantes capitalistes. Le rassemblement est prévu… à 17h le 22 mai devant l’arrêt de bus « Cité des Congrès ». Du monde il y aura ce soir ; mais les participants, de l’un comme de l’autre côté, ne seront pas dupes. Laissons le dernier mot aux opposants à l’aéroport : « Ce forum mondial des droits de l’homme est pour nous à peu près aussi crédible qu’un aéroport haute qualité environnementale.»

Documents :

 

Tract Bretagne Réunie pour le 22 mai

Appel au rassemblement du 24 mai (langues minoritaires)

Casino au fond de la ria à Pornic : Boënnec partouché-coulé ?

20 Mai

#OpMagouilles S’il y a un sujet qui fait du reuz – du bruit – à Pornic, charmante station balnéaire de l’extrême-sud de la Bretagne blottie sous son petit château qui constituait jadis une pièce maîtresse de la défense bretonne, c’est bien l’aménagement de la ria, cette extrémité du canal de la Haute-Perche dont personne n’a vraiment jamais su que faire. Avant que n’apparaisse l’actuel projet municipal, qui ne préconise rien de moins que l’urbanisation complète de cette vallée inondable, le reculement de la gare et le déplacement du casino vers le fond de la ria.

Un projet crucial pour les municipales

Déménagement du casino (Partouche) qui fait l’objet de nombreuses critiques – les détracteurs soulignent que le casino cessera d’apporter des clients au centre-ville, ou encore que la mairie y perdra le loyer que le casino lui verse actuellement – et qui par contrecoup est devenu un enjeu électoral majeur pour le maire (UMP) Philippe Boënnec dont la stature a décliné et l’exécutif est peu à peu miné par l’usure du pouvoir. Le maire était jadis député du Pays de Retz et s’était illustré aux législatives en se faisant soutenir par le FN  pour espérer faire barrage aux socialistes. En Bretagne, ça ne se fait pas et c’est peu dire que les électeurs n’ont pas apprécié, bref, le maire de Pornic s’est fait éjecter fissa de sa circonscription au profit des socialistes, et ce sous les projecteurs des médias nationaux en plus, puisqu’il était l’un des rares députés UMP – le seul dans la moitié ouest de la France – à avoir rompu le « front républicain » pour se faire soutenir ouvertement par le FN.

Un PPP aux perspectives floues

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Vue de la ria depuis le port

L’urbanisation de la ria était à l’origine une idée émise par Gilbert Pollono, maire dans les années 1980, et qu’il n’avait pu mettre en œuvre faute de consensus dans la population sur la question. Malgré les critiques et un recours d’une association locale de protection du patrimoine contre la révision du plan local d’urbanisme mettant en œuvre le projet d’urbanisation de la ria, la mairie et la société d’équipement de Loire-Atlantique (SELA) font avancer le projet, découpé en six îlots. L’un d’eux sera occupé par un jardin botanique aux débouchés du canal – en cours de construction ; des permis ont déjà été accordés sur un autre îlot; nous y reviendrons bientôt. Un dernier (le n°5) est réservé au casino, qui devrait être un « Pasino » : un partenariat public-privé (PPP) entre les collectivités publiques et Partouche pour bâtir un casino « augmenté » d’un pôle de loisirs comme celui de Saint-Amand les Eaux. Au menu : résidence touristique et hôtel pour Pornic, ainsi que plusieurs commerces. Tout cela nécessite de gros investissements et finit par doubler voire tripler la masse salariale des établissements, des données non négligeables en temps de crise. Autour de la ria, la spéculation continue de plus belle, avec en première ligne le quartier du Chabut et la rue du Canal; nous en parlerons bientôt aussi.

Le casino nouveau pourrait être au fond de la ria, à gauche

Le casino nouveau pourrait être au fond de la ria, à gauche

Les soutiens du projet s’appuient sur les jeux en ligne, le parking payant à Pornic, l’interdiction de fumer dans les lieux publics et la baisse du pouvoir d’achat pour justifier la nécessité de faire le Pasino. L’opposition (PS-EELV-Front de Gauche) estime qu’un projet fondé sur des facteurs « invariables », déconnectés de l’emplacement du casino, n’est pas viable et l’allume à vue, contestant le prix des études (200.000 € votés cette année par la ville) et l’absence d’études de marché et de prospective. Une accusation qui comporte une bonne part de vérité : la ville s’engagerait quasiment à l’aveuglette avec un groupe – Partouche – en très forte difficulté financière. La holding du groupe a été placée en procédure de sauvegarde début 2013  et le groupe commence à tailler dans ses activités, abandonnant par exemple le poker en ligne. Pour calmer les inquiétudes, la mairie avance que le Pasino versera 1.337.000 € annuels dans les caisses de la ville, un montant semblable à l’actuel. Cependant la baisse constante et régulière du produit brut des jeux (base de la redevance) dans tous les casinos de France et les difficultés suscitées contribuent à tempérer cet engagement.

Black-out à la mairie, gêne au casino et pas de tuyaux sur le chantier

Sur le chantier, les ouvriers qui posent les réseaux et aménagent le jardin botanique, indifférents aux tensions politiques et aux manœuvres de couloir, se tordent de rire. Sur le terrain – on est en plein dedans, avec force ornières et tas de gravats – la situation est claire : « le casino ne se fera pas », nous explique-t-on unanimement et résolument. La faute à la crise, mais aussi à des autorisations qui n’auraient pas été obtenues. Un tuyau sur le terrain : leur absence, justement. Des ouvriers ont posé les réseaux sur l’ensemble de la ZAC – on les installe toujours au début, pour éviter de creuser des dizaines de fois, surtout dans un milieu naturel sensible. Or, de tuyaux sur l’îlot 5, celui du casino, il n’y en aurait aucun. Signe qu’au contraire des buses et autres câbles, le projet serait enterré.

Du côté de la mairie, c’est le black-out total et là aussi unanime, puisque ni l’édile ni son équipe ne souhaitent ni confirmer, ni infirmer l’information. Le groupe Partouche n’est pas plus transparent et renvoie à la mairie ; cependant entre les lignes un soulagement est perceptible : au vu de la situation financière, ce n’est vraiment pas le moment d’investir des millions d’€ dans un PPP aux retombées loin d’être assurées, même pour l’investisseur privé. D’habitude, pourtant, ce sont les investisseurs publics qui boivent le bouillon dans les PPP, dont l’hôpital d’Evry est le coûteux symbole tant le mécanisme des PPP peut être résumé par cette formule adaptée à l’origine aux privatisations en Russie ou aux plans de sauvetage des banques « nationalisons les pertes, privatisons les profits ». Des prisons au métro londonien, le PPP est devenu un synonyme de dérapage financier et d’escroquerie, tant et si bien que Bercy et le cabinet d’Ayrault essaient maintenant de limiter drastiquement les recours aux PPP pour les projets menés par l’Etat. Ainsi, tous les PPP ou presque – notamment plusieurs chantiers de prisons – ont sauté à l’arrivée d’Ayrault au pouvoir. Message transmis aux collectivités locales… et qui peine visiblement à être reçu à Pornic, citadelle UMP. Pasinormal, t’es un maire UMP, tu ne fais pas recours aux PPP, non mais allô quoi !

russian-rouletteDu côté du casino pornicais, en revanche, l’on se montre plus prolixe. « Il n’y a a aucun engagement », explique la directrice, qui affirme « qu’aucun fond spécifique au déménagement n’est dans le budget actuel du casino. C’est un projet, point ». Une information confirmée par un ténor de la société civile pornicaise – qui préfère rester discret – et qui nous explique les dessous du projet : « il n’y a quasiment aucun cadre juridique, sinon une lettre d’intention de chacune des parties, qui ne les lie pas si pour une raison ou une autre le projet ne vient pas à se faire. » Alors pourquoi tout ce tintouin pour une lettre d’intention ? « Parce qu’il en va du futur politique de M. le maire… il s’est tellement engagé pour le projet que s’il était retardé ou enterré, il serait évidemment mis en péril aux municipales ». La gauche s’y voit déjà, à l’Hôtel de Ville, tandis que la rumeur se fait insistante sur la possibilité d’une liste centriste de droite soutenue par l’UDI. En misant sur le déménagement du casino, Philippe Boënnec aurait-il joué à la roulette russe ? Réponse en 2014.

Polynésie : l’ONU sanctionne le déclin de la France

18 Mai

Ce matin, la « grande presse » française bouillonne. L’ONU s’est permise de mettre la Polynésie dans la liste des territoires à décoloniser, la France a immédiatement réagi en dénonçant « l’ingérence » et l’irrespect du choix électoral des Polynésiens – en faveur de Flosse, opposé à l’auto-détermination. Mais au-delà de l’écume des réactions politiques et journalistiques – diffusées par l’agence de presse d’Etat, l’AFP – l’affaire polynésienne marque la fin d’une époque. Autopsie d’un déclin éclair.

La France traitée comme elle traite les faibles

superdupondLa décision de l’ONU renverse les tables. D’habitude, c’est la France qui, depuis le conseil de sécurité ou de son piédestal de « pays des droits de l’Homme », se permet des ingérences caractérisées, théorisant la guerre humanitaire pour s’immiscer sans ménagement dans les affaires serbes, libyennes ou maliennes, sans égard ni pour la volonté de ces peuples, ni pour les règles basiques du droit international. En revanche, elle est d’une extrême discrétion pour les ratés, sinon les dérapages des Etats-Unis ou des Anglais envers leurs propres minorités, et, depuis le déclin de son économie, envers ceux des pays du Golfe, de la Russie ou de la Chine. La politique qui domine est brutale : c’est celle du pur rapport de force, de puissant à faible, de seigneur à vassal, de libre à dominé. C’est pourquoi la décision de l’ONU est si douloureuse : la France se retrouve confrontée à ses manquements, bref, traitée comme une partie faible, comme un pays du tiers monde auquel on ne pardonnera plus aucun faux pas. Une « puissance de taille moyenne » forcée de se soumettre ou de se démettre face au gouvernement mondial.

Un cas exprime tout l’odieux de la relation de la France et des peuples qu’elle prétend aider, sous couvert d’humanitarisme, de francophonie ou de solidarité : le Mali (et plus largement les pays sous l’ombrelle française, ceux qui subissent les affres de la Françafrique). Dernièrement, le gouvernement qui a donné l’ordre d’une intervention à l’étranger tant coûteuse (près de 2 millions d’€ par jour) que sans grand intérêt tant pour la France que le Mali, est allé jusqu’à annoncer de son propre chef la date des prochaines élections générales dans le pays, se substituant aux organismes et instances maliennes théoriquement chargées de le faire. La France traite donc le Mali comme le 102e département français. Au mépris de la volonté du peuple malien – ou plutôt de ses diverses composantes – qui ne se sont pas « décolonisées » il y a un demi-siècle pour se retrouver dans cet état. Ce traitement se retrouve dans d’autres pays où des dirigeants corrompus, affairistes et dictateurs sont artificiellement maintenus par la France (Tchad, Sénégal…) ou défaits (Côte d’Ivoire) pour permettre à quelques grandes entreprises – c’est-à-dire aux proches des gouvernements français successifs) de piller des marchés captifs.

 

1963-2013 : La fin d’une époque

Bref, la décision de l’ONU n’apparaît pas comme une injustice, bien au contraire. Nous nous étonnons seulement de la mansuétude des institutions internationales jusqu’alors envers un pays en phase de déclin grave et accéléré, plongé dans une crise tous azimuts. La décision de l’ONU apparaît comme un coup de tonnerre. Elle n’est cependant qu’un retour à l’ordre des choses. Comme le rappelle dans le compte-rendu officiel  le représentant des Iles Salomon, « la Polynésie française avait été inscrite en 1946 sur la liste des Nations Unies, en même temps que la Nouvelle-Calédonie, mais en avait « curieusement » disparu en 1963, et ce, sans l’aval de l’Assemblée générale ». 1963, comme c’est curieux. Trois ans après le premier essai nucléaire française (13 février 1960), un an après l’indépendance de l’Algérie, et surtout au moment même où De Gaulle, débarrassé de ce qu’il appelait le « boulet algérien » qui l’obligeait à des sujétions et limitait ses marges de manœuvres, lance le cœur de sa politique d’indépendance nationale : refus de soumission à l’un ou l’autre des blocs, main tendue à l’URSS, force de dissuasion nucléaire indépendante, retrait progressif de l’OTAN, construction d’un bloc de pays obligés, tant par le lien de la langue que ceux de l’argent. 1963, c’est l’époque de la consolidation de la Françafrique et de la bombe nucléaire, deux atouts qui encore près d’un demi-siècle après constituent les deux raisons pour lesquelles les Etats-Unis ménagent la France, comme le révèle la fuite des télégrammes diplomatiques fin 2010. Quatre ans plus tard, les puissants pardonneront l’ingérence caractérisée de la France dans les affaires canadiennes, le « vive le Québec libre ! » lancé par de Gaulle, tout simplement parce que la France aura gagné sa place parmi les forts, ceux qui ont droit de fouler les autres et à qui tout est permis. Les seigneurs du monde.

Si en un demi-siècle les atouts majeurs de la France n’ont pas bougé, le monde a lui évolué, et la France qui stagnait a de fait reculé. La décision de l’ONU sanctionne surtout la rapidité du déclin : livrée depuis six ans à des gouvernements qui ont mis fin à l’indépendance nationale de la politique étrangère française et qui ont privé son armée des moyens d’agir, la France ne fait plus partie des puissants, ni par son économie, ni par son destin national, ni par ses forces. Sarkozy l’Américain a eu cinq ans pour ramener la France sous l’égide du commandement intégré de l’OTAN et purger l’armée tant du superflu que de l’indispensable. Alors que les avions et les chars français coûtent des milliards pour une efficacité toute relative, les drones – l’arme aéroportée du futur – viennent d’Israël ou des Etats-Unis et leurs technologies restent verrouillées par ces deux pays, leur donnant de fait la possibilité de garder des backdoors pour utiliser les données collectées à leurs fins personnelles; c’est par ce genre de pratiques que les forces israéliennes ont obtenu une très bonne cartographie d’une partie de la frontière iranienne par des engins vendus à un pays tiers. Alors que l’armée française est noyée dans la guerre des chefs et la bureaucratie, il n’est pas rare que les soldats doivent dépenser leur solde personnelle pour acheter dans les surplus militaires du quartier Montparnasse des vêtements ou de l’attirail adapté aux pays chauds et sableux où se passe la majorité des opérations extérieures (OpEx) de l’armée, les modèles de dotation étant notoirement insuffisants.

Chaque troisième balle tirée par un soldat français vient de l’emprunt, est achetée à crédit, gagée sur les richesses nationales; et avec les ratés (retentissants, mais restés assez discrets grâce à la réputée indépendance des médias français) du logiciel central Louvois, l’armée ne peut même pas payer en temps et en heure et convenablement ses soldats. Un tel pays ne peut, s’il n’a pas l’extraordinaire richesse d’un pays continent, être décemment parmi les puissants, sauf s’il a une politique réellement indépendante, et qu’il s’en donne les moyens. Le gouvernement socialiste, qui poursuit passivement les orientations mortifères engagées par Sarkozy, et qui, pressé par l’Europe, s’apprête à supprimer 30 régiments et à vendre notre unique porte-avions au Brésil ou au Qatar, n’est pas capable de cet esprit d’indépendance qui a donné cinquante ans de répit à la France dans la course mondiale, l’illusion de la grandeur. Pour les puissants de ce monde, ceux qui impulsent le prétendu « gouvernement mondial », c’est plié, la France n’est plus une puissance, et au contraire une gêne. L’activité désordonnée de ses gouvernements au sujet de la Syrie, son soutien aux rebelles islamistes, a retardé la cessation des hostilités et le déploiement de casques bleus de plusieurs mois : curieusement, cette donnée est connue partout dans le monde, sauf dans les médias français. Indépendance autiste, quant tu les tiens…

 

L’impérieuse nécessité du regain, ou la question Bretonne

Le représentant des Iles Salomon trace la direction dans laquelle avancera désormais l’ONU : la prochaine résolution concernera la Nouvelle-Calédonie, puis demain ce sera la Corse ou la Bretagne, le Pays Basque ou la Catalogne. Les Bretons auraient tort de s’en réjouir pour autant : certes, les pouvoirs français – auxquels on peut reprocher beaucoup de manquements aux droits de l’Homme  dont ils se prétendent héritiers – auront plus de pression, mais l’Histoire contemporaine montre qu’en pareilles circonstances, c’est toujours plus d’oppression abjecte que la République a fait peser sur ses minorités – perçues comme de dangereuses concurrentes – lorsqu’elle était sous pression de l’étranger.

Mais la récente délibération de l’ONU pose abruptement la question Bretonne : la province la plus attachée à la France – ce patchwork d’identités dont la richesse de la diversité intérieure a préexisté à la République et lui survit tant bien que mal – a-t-elle plus d’avantages que d’inconvénients à rester dans un pays en déclin, voire devenu faible ? Pour l’heure, écrasée d’impôts, elle se voit dénier le droit à avoir le droit français dès que la République lui impose un projet d’Etat – on l’a vu encore avec Notre-Dame des Landes  mais elle est sous la protection d’un pays qui était encore une puissance nucléaire, 2e ZEE mondiale, avec un rayonnement culturel et linguistique très fort, et faisant partie du cercle très fermé de pays auxquels on pardonnait toutes les insolences. Des possibilités que la France a mis des siècles à construire et dix ans de volonté gaullienne à réaliser; ce processus serait aussi très long, voire impossible pour une Bretagne qui aurait gagné son indépendance. Les citoyens Bretons étaient donc de fait plus avantagés – par exemple dans leurs affaires, comme Pinault et Bolloré – s’ils étaient français plutôt que seulement Bretons.

Le déclin net du poids de la France sur la scène internationale, l’érosion du français par rapport à l’anglais global ou aux autres langues véhiculaires – espagnol, arabe, russe ou chinois –, la dislocation de la Françafrique du fait de la concurrence acharnée des dollars du Qatar et de la Chine et l’incapacité grandissante de l’élite politique française, incapable d’initiative, d’adaptation et d’indépendance, mène à rien les avantages relatifs que les Bretons pouvaient tirer de leur attachement à la France. Que leur reste-t-il ? Les impôts et l’asservissement tant politique que culturel, social ou économique. C’est pourquoi le regain – au sens d’une reconquête de l’indépendance et de la stature de la France – est une impérieuse nécessité, tant pour la France elle-même que pour les Bretons eux aussi, et ce regain ne passera que par une révolte massive des citoyens contre l’élite politique et sociale qui les pousse à l’abîme. Ce cri du cœur s’appelle de nos jours le Printemps Français, auquel la Bretagne n’est pas indifférente. Nous en parlerons la fois prochaine.