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Plus de 120 personnes à la commémoration des noyades de Nantes

19 Nov
Sur le pont Anne de Bretagne

Sur le pont Anne de Bretagne. Photo Gilbert Engelhardt

Entre les deux messes, le lancer de gerbe sur le pont Anne de Bretagne et la conférence, plus de 120 personnes ont assisté dimanche à la commémoration des noyades de Nantes, organisée par le Souvenir Chouan de Bretagne. Les différentes étapes de la journée ont attiré divers publics, ce qui fait qu’il n’y a jamais eu tout le monde en même temps ; la météo, glaciale, a participé aussi à éclaircir les rangs sur le pont au centre de la capitale bretonne. Une quinzaine de royalistes et de jeunes de l’Union Royaliste Bretagne Vendée Militaire étaient aussi sur les lieux, afin de garder la mémoire des crimes révolutionnaires commis sous la houlette du sinistre Jean-Baptiste Carrier.

Commémoration dimanche des noyades révolutionnaires à Nantes

14 Nov

0464Nous avons reçu et passons un communiqué du Souvenir Chouan de Bretagne (SCB) qui organise dimanche 17 novembre à Nantes la commémoration annuelle et solennelle des crimes perpétrés par le représentant en mission révolutionnaire Jean-Baptiste Carrier contre les nantais en général et les catholiques en particulier. En 1793 et 1794, fusillades, exécutions hâtives, puis noyades lorsque les balles finissent par manquer au pouvoir criminel se succèdent à Nantes. Les carrières de Miséry et la Loire deviennent le Golgotha de la capitale bretonne. Il est nécessaire aujourd’hui – alors que certains bateleurs politiques appellent à une République à outrance – de garder la mémoire des crimes originels de celle-ci et d’empêcher qu’ils se reproduisent.

« Il est bien de dénoncer les crimes commis contre les Chrétiens de Syrie, d’Egypte, du Viêt-Nam, de Chine, etc… Mais quel système politique a donné l’exemple ?

Baptisé le lendemain de sa naissance dans sa ville de Yolet (proche d’Aurillac) Jean-Baptiste Carrier va inaugurer dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 novembre 1793 un mode d’extermination moderne: Les Noyades. Il n’en est pas l’inventeur car des expériences ont déjà eu lieu aux Ponts de Cé dans le Maine et Loire. Les premières victimes, dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 novembre 1793, sont des prêtres dont l’âge va de 29 à 81 ans.

D’autres Noyades vont suivre et  se poursuivre après le départ de Carrier en février 1794. Elles toucheront des personnes différentes, hommes, femmes, enfants et s’accélèreront après la débâcle de Savenay (23 décembre 1793).

Jamais un procédé aussi ignoble n’avait été inventé pour se « débarrasser » en masse d’opposants ET MAJORITAIREMENT NON COMBATTANTS. On parle des Noyades comme d’un crime réel mais de façon intemporelle. A-t-on imaginé l’angoisse et la souffrance de ceux qui en ont été les victimes ? L’obscurité, l’eau qui monte dans les embarcations, la révolte, l’angoisse, l’eau qui envahit les bouches, les corps, les poumons ? La mort enfin avec toute ses souffrances ? Et l’ultime question : Mais qu’est-ce que j’ai fait pour être ainsi traité ? »

 

Programme le 17 novembre :

–   9 H 30 messe traditionnelle [rite tridentin] en l’église Saint Clément de Nantes,

– 11 H 30, messe ordinaire en l’église Sainte Croix.

– 12 H 30 Eglise Sainte Croix, exposé devant la chaire de laquelle Carrier annonça la première noyade.

– Vers 13H 15 Lancer de gerbe en Loire depuis le pont Anne de Bretagne.

– Déjeuner au restaurant « La Taverne du Château » (entre le château et la gare): 24 € ; 20 ans et moins: 15€

– 15 H 30 Conférence (à la salle Ste Cécile du presbytère St Clément) par le Professeur Thierry Piel de l’Université de Nantes.

Pour la seule conférence, participation de 2€, frais du conférencier et indemnisation de la paroisse pour la salle chauffée.

Cidre de l’amitié offert par le SCB en fin de conférence.

Ensuite, pour ceux qui en auront le temps, visite du site de l’ancien Entrepôt des Cafés, le mont des Martyres nantais.

Pour réserver et participer : répondre au formulaire de contact sur le blog du SCB

1914-18 : faute de vétérans, commémorons l’esprit de combat

11 Nov
Vitrail de guerre : les poilus dans une tranchée

Vitrail de guerre : les poilus dans une tranchée

Edito. L’on parle beaucoup d’Histoire et de commémoration en ce jour anniversaire d’armistice, mais à quoi bon s’il n’est plus de vétérans, et que le pouvoir n’use des célébrations que comme d’un triste masque des réalités économiques ? A l’heure où 75% des français s’estiment non concernés par le 11 novembre et que l’Elysée tweete que le 4 août 2014 « François Hollande va célébrer l’entrée en guerre aux côtés du président de l’Allemagne », laissant présager d’un méga-chahut avec gaz moutarde et obus à volonté, que commémorer et à quoi bon ?

Faute de vétérans, l’on peut retenir l’esprit et les faits historiques. Une guerre terrible, inutilement rallongée par la sénilité des généraux qui le précédèrent. Une guerre qui plaça la République dans l’impasse : la dictature ou la défaite, pendant que Caillaux et Malvy, deux ministres du gouvernement d’alors, trafiquaient ouvertement avec l’ennemi. Ils ont été jugés pour ça en 1917 par la Haute-Cour, ce qui ne les pas empêché de rebondir après guerre et continuer, en bradant les acquis de Versailles et de Locarno, à servir plus l’intérêt de l’Allemagne que ceux du pays qui les a propulsés au pouvoir. Une guerre qui mit en exergue des personnalités contradictoires. Clemenceau. Père la Victoire certes, qui mit fin aux trahisons internes en 1917 mais refusa aussi la paix séparée de l’Autriche-Hongrie, qui aurait acculé l’Allemagne à rendre les armes, un an plus tôt. Pétain. Sauveur du front, mais qui se laissa déborder en maints endroits par Gamelin et autres Nivelle, généraux inadaptés, salonnards et inconscients.

Du fait de ces généraux qui n’étaient pas à leur place au commandement, comme en 1870 et plus tard en 1940, la France recula. Et quand elle fut enterrée dans ses tranchées, entre quatre murs de boue et de pluie, elle fut décimée. Les peuples minoritaires que la République n’a jamais su souffrir furent mis en avant, transformés en chair à canon. La Lozère – vieilles terres rebelles que sont les Cévennes – ne s’en est jamais relevée. La Corse est restée meurtrie. La Bretagne, sanguinolente, a gardé la blessure dans sa mémoire blessée.

La commémoration aujourd’hui encore place la République devant ses contradictions historiques et montre au peuple – un peuple dont la révolte est rouge sang de Bretagne – son passé sanglant ; les crimes dont la République jacobine s’est faite coupable ou complice, et qu’elle refuse de reconnaître. Ainsi, ce rapport très prudent, qui refuse toute réhabilitation publique des fusillés pour l’exemple. Même de ceux qui, trop rapidement convaincus d’insoumission ou pris au hasard, sont vraiment morts pour rien. Pour la sénilité des généraux, pour la gloriole des sous-off’’, les successeurs de ceux qui « couraient dès qu’ils entendaient gronder au loin le canon des pruscos », écrivait Jules Onnée en décrivant les faits d’armes de la Légion Bretonne, un corps de francs-tireurs qui jamais n’a refusé le combat contre les prussiens, et les a toujours chassés.

Aujourd’hui encore, la République refuse de reconnaître ce que la parole des Poilus a rendu public ; aujourd’hui encore, elle refuse d’accorder à la mémoire nationale que des Bretons et des Corses, majoritairement paysans donc embrigadés dans l’infanterie, furent systématiquement mis en première ligne parce que eux tenaient, quelle que soit l’intensité du bombardement qui chutait sur eux. Aujourd’hui encore elle refuse de réhabiliter ceux d’entre nos ancêtres qui sont morts pour rien, dont l’honneur a été sali en pure perte. Comme ces Bretons qui ne comprenaient pas un traitre mot de français, ou ce Corse à demi-fou tués pour l’exemple, au bon vouloir de leurs officiers. Comme ces tirailleurs tunisiens décimés pour le même futile caprice.

Alors que commémorer ? Le sacrifice de nos aînés, certes. Mais les alignements de noms écrits en petits caractères dans sur les monuments aux morts religieux – toute la hauteur du transept de Guéméné-Penfao – ou civils traduit la mesure de la contribution bretonne. Plus important. La guerre de 1914-18 illustre encore une fois le très ancien proverbe déjà employé pendant la Guerre de Cent Ans, alors même que la Bretagne était encore libre, mais que bien des Bretons étaient engagés aux côtés du Roi de France pour bouter hors les anglais du continent. Formigny 1451. Victoire bretonne qui libéra la France des Anglais.

« Le sang des hermines teinte les bannières de lys ».

A chaque fois qu’un Français défaille, qu’il se laisse couler, depuis plus de six siècles, bien avant même, un Breton se lève pour prendre sa place et faire son devoir. A force, cela fait un héritage terrible de bravoure, de douleur et de morts ; les Bretons ont ainsi tissé de génération en génération les plus belles pages de l’Histoire de France. Maintenant que le ras-le-bol attise le combat pour l’indépendance, que les moyens de la France ne sont plus que fantomatiques, que le rayonnement français – le dernier argument vraiment susceptible de retenir la Bretagne – a vraiment décliné, c’est notre Histoire qui place devant nous ce legs encombrant, qui nous oblige aujourd’hui encore à nous battre là où les Français seraient tentés de se laisser tuer.

Que commémorer, donc ? L’esprit de combat. Celui qui a porté nos aînés. Qui les a fait survivre dans l’enfer de boue, celui qui les a poussés à l’assaut des crêtes désolées et labourées d’obus d’Artois en Champagne. L’esprit de combat. Celui a poussé la génération suivante à résister, à former l’armature de la France libre, à faire la guerre à l’occupant par tous les moyens. Celui qui a poussé les paysans bretons à entrer en lutte et arracher les routes gratuites, l’université de Brest et la mise en eau profonde du port de Roscoff. Tout cela, ils l’ont obtenu, mais ils l’ont surtout construit de leurs deniers et de leurs mains.

Aujourd’hui, c’est à nouveau l’heure du combat pour les Bretons. Contre le déclin, pour l’avenir et l’emploi. En finir avec le pandémonium du monde politique français. Avec les guillotines de l’écotaxe et les boîtes à flash qui mitraillent sur les routes et dépouillent la Bretagne. La guerre est à nouveau chez nous, mais elle requiert l’esprit de combat, le courage, la passion et l’acharnement tout à la fois. En avant pour la der des der… avant la libération. Elle n’a jamais été si proche.

L’indépendance bretonne : quelles opportunités, quels défis ?

1 Nov
Et si ?

Et si ?

En ces temps de révolte des Bonnets Rouges, nombreux sont les Bretons à revenir à la revendication d’indépendance. Une demande pas si marginale, à en croire le sondage – qui a été censuré – paru dans le magazine Bretons en février dernier, selon lequel 18% des Bretons et 53% des jeunes bretons sont favorables à l’indépendance. Si jamais la Bretagne recouvre sa liberté, qu’est-ce qui va changer concrètement pour les Bretons ? Quelles sont les changements que la Bretagne pourra mettre en oeuvre et les problèmes auxquels elle se confrontera ? Livrons nous donc à l’exercice de l’uchronie et imaginons ce qui pourrait arriver.

Dans un futur proche, la Bretagne recouvre son indépendance et son unité. La révolte était partie d’une volonté de l’Etat français d’en finir avec la gratuité des routes françaises en mettant en place des portiques d’écotaxe. Une réaction populaire très violente l’a fait reculer. Et désormais, chaque initiative de l’Etat – nouvel impôt, grand projet ou réforme – susciter une opposition croissante et combattive en Bretagne. Un consensus social se fit peu à peu – tant parmi les pauvres et les opprimés que leurs patrons, non moins opprimés par le joug fiscal – que l’indépendance, c’était mieux. Alors que la France, craquant sous le poids des dettes et le dogme de l’austérité, décidait d’un nouveau package d’impôts et de taxes, les Bretons survoltés envoyèrent tout balader. Un soulèvement général chassa l’Etat français dans les cinq départements ; un gouvernement provisoire breton se constitua et en appela à l’ONU et à l’Europe. La France trop endettée pour mener une répression qui risquait de se transformer en guerre d’indépendance, laissa faire, subissant une fin de règne socialiste très agitée ; elle se contenta de siphonner divers budgets et de déménager précipitamment frégates et sous-marins nucléaires. La Bretagne recouvrit une précaire indépendance.

La liberté, enfin ! Une évidence. Martyrisée, outragée, humiliée, la Bretagne est libérée. Libérée des jacobins, libérée des impôts, libérée de la police politique française. Une partie des élus – notamment de nombreux pontes de l’UMP et du PS français d’origine et mis en place en tant que lieutenants de Paris en Bretagne – ont levé le camp d’une région qu’ils n’ont jamais su comprendre et aimer ; les fonctionnaires des Pays de la Loire sont partis précipitamment pour l’Anjou et la Vendée. Les portiques d’écotaxe qui n’avaient pas encore été sciés les années précédentes sont démontés devant une assistance en liesse ; partout en Bretagne, alors que l’on démonte les monuments du jacobinisme honni, statues, plaques de rues et autres perceptions, se produisent des scènes de liesse égales à celles connues dans les pays de l’Est après la désagrégation du bloc soviétique. Good bye Robespierre !

bonnets-ruz2Désordre et incertitudes. La libération s’accompagne de divers désordres. Ici, des nationalistes bretons d’extrême-gauche et d’extrême-droite se mettent en tête de faire payer aux ex-notables républicains des décennies de vexation. Là, des collectivités et des entreprises se trouvent sans le sou, notamment parce que les administrations françaises chargées de les faire fonctionner ne sont plus. En Loire-Atlantique, le département doit prendre au débotté les lycées, avant gérés par la région administrative, et les trains. Si des cheminots patriotes ont empêché le matériel roulant des Pays de la Loire de quitter le dépôt de Nantes, les pontes régionaux ont discrètement pompé le budget tout en quittant Nantes. Il n’y a pas de sous pour effacer les couleurs honnies de l’ancienne région administrative, mais des tagueurs s’en chargent, et curieusement, tout le monde laisse faire. Les entreprises ignorent quel sera le droit qui leur sera appliqué, les impôts qu’elles paieront. Toutes ces incertitudes pèsent sur l’économie : les ménages épargnent (dans les bas de laines puisque le secteur bancaire est passablement désorganisé aussi) plutôt que de consommer, les administrations annulent et repoussent leurs commandes, les entreprises tournent au ralenti et n’investissent pas. Si le gouvernement ne fixe pas rapidement un cap – solide, à la différence de la France – en matière de droit, de budget et de fiscalité, la Bretagne risque la glaciation économique. Sans compter l’inquiétude des francophones de voir une bretonnisation à marche forcée dans tous les domaines.

Nos projets, à notre rythme. Personne ne pourra plus imposer aux Bretons des grands projets ou des impôts contre leur volonté. L’on pense ainsi à la métropolisation à tous crins, l’aéroport de Notre-Dame des Landes, ou encore la centrale à gaz de Landivisiau. La Bretagne ne dépendant plus de la France, son gouvernement a aussi bien moins de moyens pour faire passer les pilules amères auprès des élus par des aides, et autres compensations. Cependant, la société civile – traditionnellement développée en Bretagne – joue toujours un rôle clé, notamment parce qu’elle se souvient que, tant pour le nucléaire (Plogoff, le Pellerin, le Carnet) que Notre-Dame des Landes, des élus Bretons se sont faits complices des diktats parisiens. Elle bouillonne d’ailleurs de propositions dans divers domaines pour jeter les bases d’un nouveau droit breton.

Priorité aux nôtres. Des idées ébauchées par la société civile – notamment par Breizh Impacte – sont mises en oeuvre. L’embauche doit être prioritairement destinée aux Bretons. Les entreprises qui font travailler des sous-traitants étrangers ou des travailleurs en détachement – particulièrement visés, les géants du BTP et les Chantiers de Saint-Nazaire – verront leur fiscalité alourdie. Un Small Business Act  est mis en oeuvre pour réserver aux PME locales toutes les commandes publiques et privées ; il poursuit aussi un objectif stratégique en écartant les filiales des grands groupes français de l’assainissement ou du BTP. Sous la pression de la société civile enfin, grandes surfaces et détaillants rivalisent d’efforts pour montrer qu’elles commercialisent en priorité des produits locaux.

pays_bretons_vigUn territoire redessiné. Un consensus se fait rapidement tant parmi les partis bretons indépendantistes préexistants que les membres de la société civile ou ceux des élus d’anciens partis français restés sur place : l’organisation en cinq départements, cantons, pays et arrondissements ne peut être conservée. Ne serait-ce parce qu’elle est vétuste, inégalitaire et que de surcroît le retour de la Loire-Atlantique met l’ancienne région administrative aux oubliettes. La solution la plus populaire et la plus historiquement viable est de rétablir les neuf pays historiques, en agrandissant un peu le pays de Dol afin de compenser les 49 enclaves qu’il avait jadis dont le rétablissement est trop difficile; il s’étire donc jusqu’à Antrain et Combourg. Elle correspond aussi au besoin de mieux accompagner les territoires de l’ouest de la Bretagne, minés par la crise de l’agroalimentaire, et d’y développer à nouveau des transports en commun ferroviaires qui ont été bradés dans les années 1960. En revanche, étant donné que la Loire-Atlantique ne change presque pas dans ses limites (elle reprend même quelques communes au sud de la Vilaine comme Pénestin), elle reste de loin le pays breton le plus riche et le plus peuplé. Pour remédier à ces inégalités, une péréquation territoriale est mise en place pour répartir les ressources depuis l’est vers l’ouest de la Bretagne, et éviter l’accentuation de l’exode des Bas-Bretons.

DSCN1010Pour la capitale : les Bretons décident sans décider. La querelle des capitales – Rennes, Nantes, Redon ou ailleurs – reprend de la vigueur après l’indépendance. Il y a au moins autant d’arguments que de villes candidates. Nantes rappelle qu’elle est la plus grande ville, et que son agglomération, commune avec Saint-Nazaire, en fait la porte d’entrée maritime et routière de la Bretagne. Rennes indique que, le Parlement et la plupart des institutions de l’ancienne région administratives étant déjà dans la ville, y faire la capitale serait une économie de temps et de moyens ; que par ailleurs, Rennes, contrairement à Nantes, a un métro, ce qui fait plus capitale. Les Nantais ne manquent pas de répliquer que c’est Louis XIII qui a fait de Rennes une capitale, pour se garder de l’hostilité des notables nantais, vannetais et malouins attachés à leurs libertés, notamment de négoce. Redon fait valoir son histoire – capitale du roi breton Nominoë – et sa situation centrale, nœud de communications routières et ferroviaires. Pontivy et Carhaix sont aussi sur les rangs, et font valoir leur situation protégée des invasions terrestres et maritimes. En France, les Bretons sont en effet devenus une nouvelle cible des extrémismes et des bateleurs politiques, et nombreux sont les guerriers de prétoire, de comptoir et de salle polyvalente à exiger une invasion immédiate, tout en sachant (ou pas) que la situation budgétaire ne permet pas de boucler les fins de mois, de là à mener une guerre…

Finalement, en attendant une votation nationale, les Bretons décident de ne pas décider, et tant les ministères que les institutions sont réparties un peu partout. A cette occasion, Pontivy et Carhaix, Clisson et Vitré se partagent les administrations agricoles, celles en charge des exportations sont à Saint-Nazaire, Brest reçoit le ministère de la Mer que Paris lui a tant promis et qui n’est jamais arrivé et les administrations culturelles se fixent à Redon. D’ici les prochaines élections générales, la capitale diplomatique est fixée à Nantes. Avec ses beaux immeubles, son centre des Congrès et ses hôtels de luxe, la ville est la plus à même d’accueillir les hôtes étrangers. Le Parlement – qui redevient la Chambre législative bretonne – est à Rennes, l’ancienne préfecture de Loire-Atlantique retrouve sa vocation historique : la Chambre des Comptes de Bretagne se réinstalle dans ses murs.

Des conflits territoriaux persistants avec la France. L’indépendance laisse des bombes à retardement qui détonnent en permanence. Sur les frontières, d’abord. Pour le Mont Saint Michel – une commune normande, du point de vue de Paris, une abbaye bretonne depuis sa fondation pour les Bretons. Mais aussi pour les communes et territoires dont la Bretagne s’est faite délester après 1532 et à la Révolutions (pays de Mauges, d’Herbauges et de Tiffauges, alentours de Craon et de Bouin, iles de Noirmoutier et du Pilier). Ces conflits territoriaux s’étendent aussi aux eaux territoriales correspondantes et empoisonnent des relations déjà très tendues entre la France et la Bretagne. En effet, Paris, écrasé de dettes, entend que les Bretons prennent leur part de la dette publique qui fut jadis commune ; ces derniers, évidemment, refusent de porter le fardeau. Il se murmure cependant dans les chancelleries que la France cèderait aux prétentions territoriales des Bretons à condition qu’ils rachètent leurs terres au prix fort. Des négociations sont engagées sous l’égide de l’Europe, ainsi que de l’Ecosse, indépendante depuis peu, qui est un partenaire historiquement respecté tant par les Français que les Bretons.

En finir avec les poisons de la métropolisation. Autres bombes à retardement : celles qui ont été laissées au sein de la Bretagne même par cinq siècles d’administration française erratique. Ainsi de la concurrence entre les métropoles. Malgré ses efforts de façade comme le métro, Rennes a fini par être écrasée par Nantes, et à part Brest, le reste de la Bretagne a quelque peu sombré dans l’oubli, ses cerveaux, ses activités et ses forces vives étant même siphonnés vers les deux métropoles de l’est. Le gouvernement provisoire breton a donc a coeur de développer à nouveau les villes moyennes et réduire l’importance des métropoles. Gagné aux idées d’Yves Lebahy, géographe breton pourfendeur de la métropolisation qui selon lui oublie l’humain, il réduit drastiquement les pouvoirs des métropoles existantes et augmente ceux des villes moyennes, créant notamment des communautés d’agglomération autour de villes pareilles à Redon. Il encourage aussi les réseaux, qu’ils soient de laboratoires, d’entreprises, d’usines… ou d’établissements scolaires, sur l’ensemble du territoire breton.

Il lance aussi une série de grands travaux dirigés vers les terroirs ruraux. L’objectif est de desservir par car, régulièrement, chaque village breton et de développer le transport ferroviaire – y compris par fret – en rétablissant le réseau Breton et de nombreuses antennes disparues. Les rétablissements des lignes Saint-Hilaire – Paimboeuf, Montoir – Châteaubriant, Carhaix – Rosporden et autres Châteaubriant – Châteaulin Embranchement sortent des cartons. Les chantiers devraient aussi permettre d’employer les Bretons – plus de 8% de la population active – qui sont au chômage. Pour payer tout cela, le gouvernement Breton qui ne sait toujours pas, du fait du différend sur la dette avec la France, de quel budget disposera-t-il, lance une série de souscriptions publiques et compte sur la solidarité des communes et entreprises qui bénéficieront des nouveaux aménagements afin d’offrir les meilleurs conditions aux travailleurs. Pionnière, une certaine brasserie de Carhaix annonce qu’elle prendra en charge la boisson des travailleurs du chantier de la future ligne ferroviaire reliant la ville à Rosporden et la côte sud.

Un secteur social en suspens. Il apparaît très clairement au lendemain d’une indépendance qui n’a été que très peu préparée que la Bretagne peut compter sur un budget quinze à vingt fois moindre à celui de la France. Les cinq départements ont un PIB de 100 milliards d’euros environ (97.5 en 2009), ce qui les place dans une position assez honorable sur le plan européen, mais ne leur permet pas de maintenir toute la théorie d’aides sociales et de leviers d’interventionnismes économiques de l’Etat français. Dirigée par des gens issus du monde de l’entreprise et inspirés par la pensée libérale, le pays privilégie le soutien à l’investissement et aux entreprises. Par ailleurs, la France refuse d’accorder à la Bretagne les budgets en cours – et déjà siphonnés pour le service de la dette – censés permettre au secteur social de continuer à fonctionner, tant que les Bretons n’auront pas accepté de payer une partie de la dette française, ce qu’ils refusent toujours énergiquement. Anticipant le mouvement, nombre d’immigrés installés ces dernières décennies quittent la Bretagne pour la France, qui continue de leur payer leurs aides pour peu qu’ils soient sur son territoire. La question de ceux qui restent – souvent sincèrement attachés au pays –, mais aussi de tous ceux qui bénéficiaient du secteur social, des nombreuses associations qui y interviennent etc. tend la politique intérieure bretonne. Même l’Eglise intervient : les parents des écoles libres et des patronages étant sollicités par les établissements pour parer au plus pressé, ils ne donnent plus au denier du culte.

La Bretagne se tourne à nouveau vers la mer. L’indépendance est une opportunité rare de se détourner définitivement de la vision parisiano-centriste et de retrouver les fondamentaux. La mer. Transports, énergies marines et développement le long des côtes – autre que résidentiel – deviennent des priorités nationales. Pour cela, la Bretagne peut compter sur la solidarité celte. Sous l’impulsion de l’Ecosse, indépendante depuis peu et leader des énergies marines, les côtes s’équipent à marche forcée d’hydroliennes et de centrales houlomotrices. Il faut bien remplacer l’énergie nucléaire française, dont l’achat, en plus d’être humiliant, représente une dépense folle. Malgré un bond de l’éolien et d’autres énergies renouvelables depuis 2011, les réacteurs français représentent toujours 60% de l’électricité consommée en Bretagne. En Loire-Atlantique, les communes de Savenay et de Saint-Nazaire remettent en service deux petites centrales hydro-électriques délaissées qui apportent un appoint bienvenu à l’agglomération nanto-nazairienne. Les fermes sont encouragées à développer la méthanisation en échange d’abattements très significatifs d’impôts; les mêmes mesures d’incitation sont employées pour pousser les grandes usines à se doter de leurs propres installations de production d’énergie. L’objectif est d’empêcher la France d’exercer un chantage électrique sur le pays ; pourtant la France l’évite, car elle-même ne peut guère se passer de l’agro-alimentaire breton.

Solidarités celtes et retour de la diaspora. Un des soucis majeurs de la Bretagne libérée est de fortifier les relations celtes en faisant de la mer une cour commune là où les français y voyaient une frontière. Ce n’est donc pas étonnant que l’on retrouve des celtes dans tous les rouages de l’économie, afin de faire de l’ancienne région un état vraiment viable et capable d’exister dans le grand bain de la mondialisation. Le nationalisme breton étant aussi historiquement nourri par le déchirement de l’exil et la contribution des expatriés, des initiatives se mettent en place afin que les Bretons dans le monde – une des plus importantes diasporas par son importance – reviennent prêter main forte à la patrie historique enfin libérée. Contre toute attente, ces initiatives commencent à porter leur fruit et les échanges fonctionnant dans les deux sens, les Bretons expatriés se font les VRP de leur pays. Si la Bretagne ne peut plus compter sur le rayonnement français, elle découvre que le sien est largement suffisant pour assurer sa prospérité.

????????????????????????L’Europe ou le grand large ? Comme pour la Catalogne, l’Europe rappelle que la Bretagne indépendante est de facto sortie de l’Europe ; Bruxelles ayant été nourrie des exemples catalan et écossais, des accords provisoires finissent par être signés, le temps que la Bretagne puisse à nouveau être membre plein et entier de l’UE. Mais elle se trouve profondément divisée. Si les Bretons, europhiles et ouverts au monde de nature, avaient imposé Maastricht à la France en 1992 et voté massivement en 2005 pour la Constitution Européenne, ils n’ont oublié ni les quotas qui ont décimé leur pêche, ni les ajustements de la PAC qui ont miné leur agro-alimentaire. Marins, ouvriers et paysans, fervents soutiens de l’indépendance, sont aussi les plus réservés désormais par rapport à l’Europe.

Nombreux sont aussi ceux des nationalistes historiques qui estiment que l’Union celte est largement suffisante. Pourtant les produits bretons ont besoin du libre-échange, et des espaces européens dont ils sont déjà séparés par la France, même si les exportations passent désormais prioritairement par la voie marine, ce qui a pour effet de soutenir vivement la croissance des ports. Mais Bruxelles, plus libérale que jamais, a dans son collimateur le small business act et les dispositions fiscales contre les entreprises qui font travailler des ouvriers en détachement plutôt que des Bretons. Des prétentions jugées très sévèrement par la population et le gouvernement. Par ailleurs l’Angleterre encourage la Bretagne à tourner le dos à l’Europe, des pressions diplomatiques doublées par les efforts russes et chinois pour prendre pied sur le continent, et qui ne peuvent que trouver des échos favorables dans un pays en proie aux incertitudes du lendemain.

La question centrale est-elle la Bretagne ou la France ? La Bretagne retrouve son paradigme historique : naviguer entre la France et l’Angleterre, tout en échappant aux deux. La libération permet d’enseigner à nouveau l’Histoire nationale. Mais que faire de l’héritage français, surtout quand on le croise au quotidien ? Comment passer sous silence l’Histoire de France, dont les Bretons ont écrit les plus belles pages – de Formigny à la Légion bretonne de 1870, des chouanneries de 1793 aux tranchées de 1914 ? Comment s’accomoder de l’encombrante voisine, et régler de la façon la plus rationnelle des myriades de conflits – allant de l’attribution ou non de la nationalité bretonne aux immigrés en instance de naturalisation par la France jusqu’à l’abolition des incessants et humiliants contrôles que les camions bretons subissent aux frontières françaises ? Le tout se corse en sachant que le gouvernement français, aux abois et dominé par la théâtralisation à l’outrance de ses gesticulations politiques, ne connait plus la mesure ni la raison. Entre deux, les vendéens, angevins et autres mayennais ne savent plus à quel saint se vouer : leur économie et leur travail dépendent de la Bretagne, leur terre de la France.

C’est pourquoi aux premières élections après l’indépendance, la question centrale n’est pas tant l’avenir de la seule Bretagne que ce qu’il faut faire pour apaiser les conflits avec la France, sans rien céder sur la liberté si neuve et déjà si chère. Pas si loin d’un rafiot France considérablement pourri, encalminé et qui prend l’eau de toutes parts, une nef bretonne défie fièrement les brisants. Son équipage est valeureux, solide comme les rocs de son terroir. Il est nourri de toute la tristesse du monde, et a de la bonne volonté à revendre. Après cinq siècles à courber l’échine de gré ou de force, les Bretons préfèrent passer au travers des pires difficultés que d’être dominés à nouveau. Avec un tel équipage – son peuple toujours prêt à lutter et à se retrousser les manches – la Bretagne a de quoi voir venir.

Notre-Dame des Landes pendant la deuxième guerre mondiale

1 Oct
Vestiges de l'avion allemand

Vestiges de l’avion allemand

La dernière fois, nous avions parlé du village de la Gérauderie, qui abrite un intéressant et originel ensemble historique composé d’une fermette de 1833 (datée), d’une ferme de 1776 (datée aussi) et d’une croix celtique de 1925. Dans le hameau se trouvent d’autres témoins d’une période historique plus agitée pour Notre-Dame des Landes et la Bretagne.

Sur une pile de bûches l’on peut voir quelques pièces de zinc tordues et mangées par la corrosion. Ce sont les derniers vestiges d’un avion allemand qui s’est écrasé dans un champ, au nord du hameau, non loin des maisons de Ker-Marie sur la route de Grandchamp à Notre-Dame des Landes. Dans la même cour, un autre vestige de l’aéronautique se fond dans le paysage : ce sont des grilles de clôture à mailles carrées. Elles avaient une toute autre destination.

Lorsque Notre-Dame des Landes a été libérée, elle est devenue la base arrière des troupes américaines qui tenaient le front de la Poche de Saint-Nazaire aux côtés de dizaines de milliers de FFI. Le front serpentait entre Fay de Bretagne et Bouvron, puis entre Fay et Malville. Une pièce d’artillerie avait été installée derrière la halle marchandises de la gare, là où se trouve l’actuelle déchetterie. Il y avait des troupes américaines dans un hangar – maintenant disparu – situé alors auprès de la poste, dans le bourg, mais aussi à Breilvin, un peu plus au nord. Les américains y avaient installé un camp de toile dans un verger, ainsi qu’un hôpital militaire.

Cette grille formait le revêtement de piste de l'aérodrome provisoire américain de la Rolandière (1944/45)

Cette grille formait le revêtement de piste de l’aérodrome provisoire américain de la Rolandière (1944/45)

Enfin, à la Rolandière sur l’actuelle RD81, presque sous les sapins qui abritent la Châtaigne, les américains avaient fait un petit aérodrome sur cinq hectares pour accueillir un avion servant aux reconnaissances préalables aux bombardements, sur la ligne de front de la Poche et le no man’s land. Les empochés qui savaient ces bombardements parfaitement inutiles sur le plan militaire et très destructeurs (*) appelaient cet avion (souvent un Piper) le « mouchard ». Un autre aérodrome du même genre avait été aménagé sur une prairie en pente devant la ferme du château de la Groulais à Blain. Comme le sol était – et est resté – très boueux, les américains ont déroulé des grilles en solide maille de fer carrée afin de faire une piste temporaire un tant soit peu plane. Après la guerre, ces grilles ont été récupérées et l’une d’elle sert de clôture à la Gérauderie. Le souvenir de l’aérodrome quant à lui s’est éteint, jusqu’à ce que le Conseil Général de Loire-Atlantique, fervent soutien du projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes, ne s’en serve pour tenter de justifier la « vocation » de Notre-Dame des Landes d’accueillir un aéroport soi-disant « inscrit dans l’Histoire », provoquant un certain émoi local.

Gare de Notre-Dame des Landes. La pièce d'artillerie US était à droite des voies.

Gare de Notre-Dame des Landes. La pièce d’artillerie US était à droite des voies.

(*) A titre d’aperçu rapide. D’août 1944 à mai 1945, 80.000 obus sont tombés sur la commune de Guenrouët, dont 35.000 sur le bourg. Le bourg de Bouvron a été pilonné, en novembre 1944 déjà plus rien n’y était habitable du Calvaire jusqu’à l’église. Les églises de Guenrouët, Notre-Dame de Grâce et Bouvron  (côté poche) ont été démolies par les bombes le clocher de Saint-Gildas décapité par une salve d’obus, celles de Rieux et de Saint-Omer de Blain dynamitées par les Allemands. Des hameaux complets ont été quasiment rasés (Fession en Saint-Omer de Blain) ou systématiquement pilonnés (la Cavelais, en Bouvron). Les vitraux de l’église de Guenrouët, relevée à l’identique après la gare, témoignent des quatre lieux de culte provisoires établis dans la campagne de Guenrouët pendant la guerre, pour suppléer à l’église, inutilisable depuis que le 7 décembre 1944, le clocher soit tombé en s’abattant sur les voûtes. Pour achever ce tableau hâtif, Plessé a payé un lourd tribut à la Poche : la chapelle Saint-Clair qui servait de poste d’observation et de tir a été abattue par des obus tirés depuis la Poche et le château de Carheil brûlé suite à un incendie déclenché par des tirs allemands.

Addendum 5/1/2013 : Un lecteur originaire de Notre-Dame des Landes nous fait remarquer qu’il y avait aussi une batterie de canons américains entre le Moulin de Rohanne et Saint-Antoine. C’est maintenant au beau milieu de la ZAD, au carrefour entre le Chemin de Suez et la RD81, sur le sommet du plateau. Ces canons tiraient jusqu’à Bouvron et Saint-Omer de Blain.

Article précédent : le hameau remarquable de la Gérauderie

Les bateaux bretons du Festival de Loire

28 Sep

Du 18 au 22 septembre avait lieu à Orléans le plus grand rassemblement de marine fluviale en Europe, le Festival de Loire, qui a lieu une fois tous les deux ans. Ce festival réunit des navires de Loire, mais aussi d’autres voies d’eau dans d’autres régions (Canal du Midi, marais de Saint-Omer, marine du Rhône…) ainsi que des bateaux qui naviguent en mer, notamment les navires italiens, invités d’honneur de cette édition. Il y avait aussi, entre autres, un moulin-bateau polonais, deux navires portuguais, plusieurs hollandais et… des bateaux fluviaux et maritimes bretons. Lors de la dernière édition en 2011, ils n’étaient que six, dont deux hors de l’eau. Cette fois, ils étaient dix-neuf (six hors de l’eau), dont deux petites embarcations du lac de Grandlieu, dont le port d’attache actuel est pourtant en Anjou, à la Possonière, mais aussi une gondole et un sandolo italiens… mais naviguant à Sucé sur Erdre, près de Nantes.

Patrimoine de Notre-Dame des Landes : L’ancienne maison noble de la Forestrie

17 Sep
la cour

la cour

Notre-Dame des Landes avant Notre-Dame des Landes. Nous continuons notre série sur le patrimoine remarquable de Notre-Dame des Landes. Au nord du bourg, lorsqu’on s’écarte sur la route de Héric, à deux kilomètres à peine se trouve le village de la Lande. De là, une route s’écarte et va rejoindre le vieil hameau de la Forestrie. Celui-ci tient son nom de la forêt qui l’enserrait jadis, et dont il reste encore un bois assez important.

Un aveu rendu au roi – à l’occasion d’une succession ou d’une vente probablement – décrit la maison noble de la Forestrie, qui consistait alors « en un corps de logis composé de salle basse, cuisine, cellier, chambre et grenier au-dessus, écurie en bout en un tenant, une métairie au devant composée des logements du métayer et de ses bestiaux entre lesquels logis et métairie il y a une cour close, pourpris [ceint] de jardins, vignes et verger, le tout en un tenant, une avenue au bout, le tout grand domaine contenant 11 journaux », soit 5 hectares et demi. Le bois de haute futaie du Jaunais, « clos et fermé » dépendait aussi de cette maison noble qui se trouvait en Héric jusqu’à la création de la paroisse, puis de la commune de Notre-Dame des Landes.

La Roberdière

La Roberdière

Non loin de la Forestrie, mais plus près de la route d’Héric, se trouve la ferme de la Roberdière dont les formes générales – haut toit adouci par des coyaux au nord et au sud, murs épais, poutres, marque aussi une origine plus ancienne que la plupart des fermes de Notre-Dame des Landes, construites entre 1820 et les trente premières années du XXe siècle. Un Calvaire fait face à la ferme, et une croix érigée par la famille Jacques Guillard s’y trouvait déjà avant 1870.

La maison noble de la Forestrie – qui a l’apparence d’une longère – n’a guère changé. La partie ancienne a conservé ses poutres et niches boisées anciennes, ses pierres saillantes, ses murs de 80 cm d’épaisseur. Cependant, la maison a été étendue de part et d’autre. A l’ouest, trois pierres de tuffeau qui se succèdent les unes au dessus des autres sous le toit rappellent un ancien chaînage. Le logis a été étendu et par la suite, une porte d’écurie a été percée en-dessous, à cheval entre la partie ancienne et l’extension. A l’est, la maison a aussi été étendue de six mètres environ, puis un appentis ajouté du côté de la rue par la suite. Le mur pignon porte la date de 1934 tracée dans du mortier. Derrière, deux soues à cochon ont été bâties avec des pierres de granite et de tuffeau manifestement antérieures ; l’une d’elles porte plusieurs dates dont 1887 ; dans celle-ci, un linteau de granit rappelle l’emplacement d’une ancienne porte, donnant sur le nord du logis, et qui a été maçonnée. Devant, une lucarne du grenier a un chaînage fort ancien en calcaire tuffeau.

Une lucarne moulurée

Une lucarne moulurée

La métairie a été probablement agrandie de la même façon, et forme maintenant une très longue longère. L’ancienne « avenue », maintenant cour qui sépare les deux longères n’a pas toujours été une route d’accès bitumée. Jadis, l’on accédait au hameau par un chemin creux et humide qui passait plus au sud, le « chemin rochu » qui menait à Breilvin, village dont le plan formé d’alignements de longères le long d’un axe assez éloigné de la route trahit une certaine ancienneté. Les écoliers du hameau enlevaient leurs galoches pour passer les fondrières du chemin et tant le postier que le docteur ne venaient guère à la Forestrie, qui finit par être quasiment abandonné dans les années 1980. Alors, en dehors des fermiers qui viennent reprendre la ferme, dont le logis est l’ancienne maison noble, seule une grand-mère vit dans l’ancienne métairie, dans des conditions spartiates. Pas d’eau courante, pas d’électricité, sol en terre battue et eau au puits. Les fermes loin des routes étaient alors délaissées. Mais de ventes en retour à la terre, la Forestrie a connu une sorte de regain. L’avenue qui sépare les deux longères se finit en un large chemin qui lui-même s’achève dans un bois, où l’on voit la douve à demi-comblée, large de cent mètres et encore profonde de trois, qui protégeait le village sur son côté est. Le bois aurait servi de cache pendant la Révolution. A la façon des gendarmes mobiles d’aujourd’hui, les patauds, soldats révolutionnaires autrement appelés Bleus, n’osaient guère en effet s’aventurer dans ce pays fait de landes désertes, coupées de vallées boisées et de halliers. Ce pays qui leur semblait si hostile, il était et il est toujours si accueillant à l’âme rebelle des paysans bretons.

La douve à demi-comblée qui protégeait la maison-forte.

La douve à demi-comblée qui protégeait la maison-forte.

 

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