26 mai : détermination intacte, soirée difficile aux Invalides

28 Mai

Chers lecteurs, comme pour les précédentes manifs pour Tous, BreizhJournal était au cœur des événements, et votre dévoué serviteur vous fera comme d’habitude son récit de la Manif pour Tous, du début jusqu’à la fin… et aux événements des Invalides. Pour une fois, il a été accompagné… du blogueur normand Fik dont le très rafraîchissant blog  soutient le Printemps Français.

Le train-train de l’avant-manif

au départ, boulevard Lannes, 13h20

au départ, boulevard Lannes, 13h20

11h22. En grinçant de tous ses essieux, l’Intercités Montluçon – Paris s’arrête le long des quais ventés de la gare des Aubrais-Orléans. Nous embarquons avec une foule d’où émergent de ci, de là des drapeaux français et autres étendards de la Manif pour Tous. Dans le train, la Croix prédomine parmi les lectures. Midi vingt, le train freine en gare d’Austerlitz, transformée en arrière-cour de la manifestation. Le train déverse toute une cargaison de manifestants, enfants et bannières 18 (Cher) en tête, qui défile au pas gymnastique et à grands coups de sifflets. Les bénévoles de la Manif sont au débouché des trains, un cortège part de devant la gare.

Nous, nous rejoignons le cortège des Bretons… Porte Dauphine, à l’autre bout de Paris. Si la ligne 10 affiche son visage habituel, dès que l’on se hisse des tréfonds du métro sur la ligne aérienne à la Motte Piquet, les rames sont bourrées à raz-bord de jeunes et moins jeunes allant manifester. Nadine et ses copines viennent d’Armentières et de Lille, « on vient manifester contre la loi, la dégénérescence de la famille et la déconnexion entre la loi et la nature ». Le Printemps Français ? C’est niet « on est juste contre la loi, pas le gouvernement ou pour le retour du Roi ou autre chose ». Elles descendent quelques stations avant Etoile, nous changeons sur la 2 et tombons dans une rame remplie à en déborder de Bretons. Contre toute attente, ils n’envahissent pas Paris par l’ouest, mais par le dessous.

Un départ en avance

Le maire de Saint-Même le Tenu

Le maire de Saint-Même le Tenu

Place Dauphine, c’est une nuée de drapeaux bleus et roses, jusque sur l’herbe des squares. Vers le boulevard Lannes, un nuage de têtes de Maures : oui, il y a une Manif pour Tous en Corse, même si ses représentants sont bien moins jeunes que les Bretons d’Ille-et-Vilaine qui sont en formation de combat juste à côté. Plusieurs cars de Rennes s’entremêlent avec les Vitréens et les Redonnais, sans oublier les Fougerais. Les Nantais sont quelque part tout devant. En tout, la Normandie aura envoyé 115 cars, la Bretagne 80 (dont 20 pour la seule Loire-Atlantique), la Vendée, l’Anjou et le Maine 55 ainsi qu’un TGV spécial partant de Nantes et rempli entre la Loire-Atlantique et la Vendée.

13 h 15 : boulevard Lannes, le cortège s’ébranle. Nous allons d’un bon pas en avant, nous glissant le long des allées. De loin en loin, dans l’avenue de Pologne, l’avenue de Chantemesse etc. des paniers à salade vides sont judicieusement disposés… et non gardés. A 13 h 40 nous tombons sur un car complet du pays de Retz, drapeau breton du pays en tête. Au cœur des manifestants, un maire, celui de Saint-Même le Tenu. Hervé de Villepin tient à nous préciser qu’il est « le seul maire du Pays de Retz à la Manif pour Tous ». Philippe Boënnec, le maire de Pornic, qui s’est dit contre la loi, n’est pas venu. Dommage. Maire élu sur une liste plutôt peu politisée, le maire de cette commune, la plus petite du Pays de Retz, vient pour défendre la famille et la loi naturelle.

Le tour de Brice

brice13 h 45 : La manif pourtant partie d’un bon pas, s’arrête brutalement. Au cœur du carré des élus, c’est l’heure des interviews. Le député FN Gilbert Collard se glisse parmi ses collègues UMP, puis repart en arrière après dix minutes de flashs, suivi d’une nuée de journalistes. Plus convivial, Brice Hortefeux serre des pognes à droite à gauche, notamment aux élus de son pays l’Auvergne. L’un d’eux est maire – apolitique mais « classé à droite par ma préfecture » – d’une petite commune de 650 habitants dans l’Allier. C’est déjà sa troisième manifestation et il constate cette fois « qu’il y a moins d’élus », et que « ceux qui sont là, comme Copé, le sont surtout pour faire leur show devant les journalistes, après ils se tirent ». Brice Hortefeux est là pour donner un visage plus chaleureux de la politique, pas comme Gérard Larcher qui défile visage fermé, presque mortuaire. Du coup nous demandons à l’ex-ministre de l’Intérieur pourquoi est-il là bien que la loi ait été promulguée. Il nous répond « Cette mobilisation, c’est un signal très important » et se glisse l’air mystérieux parmi ses collègues.

Breton ou Bretons, ils sont partout

mpt1114h10 : cela se rouvre, et l’avant-garde de la manif s’engouffre joyeusement dans l’avenue Henri Martin, puis dans l’avenue Mandel. Vers 14h32, nous tombons sur une pancarte frappée d’hermines, 22, voilà Saint-Judoce. Et son maire, Louis Bouan, du PCD, au milieu d’une quinzaine de ses administrés. « Je suis un maire centriste d’une commune au milieu d’un terroir de gauche ; tous mes collègues à la communauté de communes sont à gauche, ma commune vote à gauche à toutes les élections… sauf aux municipales. Je suis là surtout à titre privé – c’est déjà ma troisième manif – puisque j’en n’ai pas parlé à mon conseil », nous explique le maire de cette petite commune qui a une compagnie de cars et d’où part toujours un car vers la Manif pour Tous, « ligne régulière, départ 6 h du matin, retour minuit ». Il poursuit « le fait qu’un élu comme moi, centriste et respectueux de la République, soit ici, montre bien que cette manif n’est pas un ramassis d’intégristes, si c’était le cas, je ne serai pas là ».

mpt12A peine 8 minutes plus tard, c’est un drapeau étrange qui attire notre attention. Celui des chaldéens. Gonesse, Garges, Sarcelles, Villiers-le-Bel, Pierrefitte, Stains, Clichy-sous-bois, le 9-3 et le 9-5 est descendu. « Jeunes des cités » ? Pas toujours. Ils sont fiers de leurs villes dont ils entreprennent de nous décrire les mérites, tout comme de leur lointaine patrie, berceau de la civilisation. Parce que ce sont aussi des catholiques d’Orient  originaires de la Mésopotamie, de l’actuel Irak. Ils sont près de 3000 dans la Manif et déterminés comme jamais.

Manifestants nantais

Manifestants nantais

Intersection Sablons-Mandel, 13h50. Nous touchons au but. Un grand drapeau du Pays Nantais, un étendard (Kroaz Du cantonné d’hermines) de la marine bretonne, d’autres bannières, ce sont de jeunes nantais fiers de leurs origines. François G. et ses amis sont descendus de Nantes pour la énième fois : manifester contre le projet de loi Taubira et les excès de ce gouvernement. Le Printemps Français ? « Oui, bien sûr, c’est très bien, ce gouvernement fait n’importe quoi… par exemple l’aéroport de Notre-Dame des Landes ». Nantes est la terre de convergence de toutes les luttes, de tous ces mécontentements qui réveillent la Bretagne et en font le terroir, voire le terreau magnifique  où est en train de germer le Printemps Français. A leur côté, nous descendons l’avenue, puis la place Trocadéro, où les casseurs du PSG ont encore laissé quelques pierres des bâtiments imposants qui la bordaient jadis. A leur côté défile un homme qui n’est Breton que de nom. Xavier Breton, huit enfants, est député de Bourg-en-Bresse dans l’Ain. Avec deux manifs régionales à Lyon et quatre à Paris, il commence à avoir l’habitude, et l’agacement. Mais aussi l’intacte détermination.

L’équipée Fik et des flics

Pont Alexandre III transformé en annexe de la Préfecture de Police

Pont Alexandre III transformé en annexe de la Préfecture de Police

L’on récupère à 15 h le quart Fik à un angle de la place ; nous retrouverons nos nantais ce soir juchés sur les candélabres de la place des Invalides. Il n’y a pas un policier. « Si le pouvoir voulait que ça déborde, ils ne s’y prendraient pas autrement. », explique un jeune du Printemps Français croisé sur la place. En revanche, c’est bourré de barbouzes et autres flics en civil. Habillés en noir, patibulaires, oreillettes mal planquées et l’air suspect, ils ne sont pas très discrets. Exemple, ce couple, assis sur le rebord d’une entrée de métro. Entre deux âges, soit, habillé sombre, bon, oreillette pour la femme… 22 voilà les flics ! Au pont de l’Alma, les débouchés de l’avenue Georges V, de l’avenue Montaigne et du quai sont barrés par près de 500 CRS, d’autres ont bunkerisé les ponts des Invalides et Alexandre III où près de 1000 hommes sont installés, avec les camionnettes et les barrières anti-émeutes directement posées sur les ponts. Les touristes gueulent. Un anglais explique à sa femme que « les manifestants se battent contre le mariage gay, ils ont raison, et tout ce que le pouvoir corrompu français trouve à leur répondre, c’est de coller des centaines de policiers dans les rues de Paris ».

15 h 30. Par de petites rues vides de policiers, nous voici sur les Champs où des camions de gardes-mobiles et des remorques de matériel fraîchement ramenées de Notre-Dame des Landes s’étirent sur fond de l’Arc de Triomphe. Il y a un gros noyau à l’Etoile et au débouché de l’avenue Marceau, mais la circulation se fait. Le Printemps Français ? On ne les a pas vus. Mais ils auraient essayé d’improviser une action à l’Etoile et se sont fait embarquer. En même temps les Hommen – les hommes masqués de blanc et torses nus  lancés par les opposants à la loi en réaction au Femen – auraient été interpellés alors qu’ils étaient calmes et pacifiques devant l’Elysée. 57 interpellés. Pour rien. Si ce n’est un outrage – par leur saine et française virilité – à la personne du Président ?

Trop de monde pour les Invalides

mpt916 heures trois quarts. Après avoir tourné les ponts barricadés des Invalides et Alexandre III par le pont de la Concorde, puis constaté que là aussi le quai devant la place des Invalides était occupé par près de deux cent CRS et un bus-panier à salade tout prêt, votre dévoué serviteur est enfin sur la place, escortés toujours de l’inénarrable Fik, qui s’arrête presque à chaque pas saluer là un cousin, ici un ami, ou une connaissance, preuve que la manif pour Tous est bien un lieu de sociabilisation et de rencontre, ce qui ne peut que développer son élan. C’est ici que nous apprenons à la fois que les Identitaires ont occupé la terrasse devant le PS et qu’ils se sont faits déloger par les forces de l’ordre, avec une quinzaine d’interpellations à la clé.

Les manifestants occupent les pelouses, des cartons de bougies jonchent ça et là l’espace, des bannières jaillissent de loin en loin – passent les Alsaciens, avec leurs « cigognes en colère », les Normands, avec une banderole du Calvados handmade et rapiécée, et des milliers de Bretons, dont nos jeunes nantais de tout à l’heure. François G. est juché avec son drapeau breton sur un candélabre de la place, ses amis autour exultent. Les organisateurs annoncent un million de manifestants. «Chiffre politique » s’exclame Fik à mes côtés. Certes. Mais même s’il y avait moins de monde que la fois dernière, peu importe, puisque la Préfecture a elle-même annoncé peu avant qu’il y avait 150.000 personnes, autre chiffre éminemment politique qui avait été arrêté à l’Elysée la veille et qui est mathématiquement impossible : il correspond au total minimal des gens qui sont venus en cars, trains et voitures de la seule province.

Nous faisons le tour des Invalides, croisant Béatrice Bourges sur le boulevard de la Tour Maubourg. L’égérie du Printemps Français est accompagnée de quelques manifestants et remonte vers les Invalides. Photo – jamais le métier ne s’arrête – et brèves présentations. De l’autre côté de la place, des manifestants n’atteindront pas les Invalides. Ils regardent l’église et des écrans qui leurs transmettent Luca Volontè qui encore  félicite les manifestants et les remercie pour leur mobilisation. Plus loin, nombre de manifestants des cortèges partis de la porte de Saint-Cloud et d’Austerlitz ne verront jamais la place. Bloqués à 500 mètres, ils commencent à se disperser. Autour, les gendarmes mobiles et CRS commencent à prendre peu à peu position à toutes les issues. Avisant un Domino’s Pizza ouvert – cadence infernale, chaleur du Sahara dedans et autocs de l’UNI qui circulent dans la queue (dont le très à propos « Lui président, tout fout le camp », nous récupérons de haute lutte une pizza et allons la grailler sur la place des Invalides, où les veilleurs ont fini par se mettre en place. Un grand carré d’où émergent deux drapeaux bretons… et le jeune François de Nantes.

Des affrontements à partir de 20h15

Veilleurs nantais devant les Invalides 20h45.

Veilleurs nantais devant les Invalides 20h45.

20h 15, les premiers gros pétards – ceux que les CRS surnomment « obus » éclatent ça et là. Surtout à l’est, au débouché de la rue de l’Université. Peu avant, une vingtaine de policiers en civil se regroupent sur l’esplanade devant Air France pour un conciliabule en marchant, puis replongent dans la foule. Vers 20h45, la situation se précise. Des jeunes essaient de forcer le barrage de police au débouché de la rue de l’Université, pour empêcher de se faire refouler sur la place. Il y a là un drapeau de l’Action Française et des jeunes du Renouveau Français. Je reconnais des membres des Jeunesses nationalistes de Gabriac, mais aussi pas mal de Bretons à la pointe du mouvement. Le premier lancer de gaz suivi d’une courte charge policière me sépare de Fik. Reprenant peu à peu mes esprits contre une borne, je prends des notes et sors un foulard bleu et blanc. A 20h54, les manifestants reprennent le terrain perdu sous les arbres. Parmi eux, des prêtres de Saint-Nicolas du Chardonnet, et leurs jeunes paroissiens.

débouché de la rue de l'Université. Au sol, une grenade lacrymo

débouché de la rue de l’Université. Au sol, une grenade lacrymo

Il est presque 21h et l’esplanade est envahie par les fumées blanches et rouges des fumigènes. Dans la nuée se distingue nettement un groupe de policiers en civil, pris en tenailles entre trois groupes de manifestants. Ils étaient là en train de démonter des grilles en fer installées par la Manif pour Tous pour protéger une partie de la sono. Des projectiles improvisés leur tombent dessus, ils sont hués. Des jeunes portant masques et foulards, plutôt jeunes et nationalistes, sont à l’avant du combat. Une petite trentaine en tout, autour de ce groupe. Encore une autre trentaine du côté de la rue de l’Université. Loin des centaines « d’individus dangereux » annoncées par les autorités. Les CRS chargent dans le nuage pour récupèrer leurs collègues. Ils se replient derrière les arbres, et arrêtent tous ceux qui se trouvent encore de ce côté. Deux policiers en civil tombent sur un jeune désarmé et d’apparence bourgeoise qui passe par là. Vlan ! Séché, par terre, menotté, emmené. Les gestes minutés témoignent d’une longue expérience qui n’est pas perturbée par des jets de frigos ou des tirs de kalach comme lors des interventions en banlieue. Ce sont là des jeunes désarmés qu’ils arrêtent, pour l’essentiel.

CRS au milieu de la place pour dégager les flics en civil (21h)

CRS au milieu de la place pour dégager les flics en civil (21h)

21 h 30. Une ligne de CRS et de gendarmes mobiles s’étend maintenant sur tout le coté est de la place, le long des arbres. Une autre ligne débouche du pont par le Nord. Je tombe sur une amie de lycée qui, o miracle, dispose d’une lotion non moins miraculeuse au citron. Très bon contre les gaz. Nous opérons une série d’aller-retour au gré des lancers de cartouches de gaz que les policiers peuvent envoyer grâce à leurs petits canons portatifs jusqu’à 50 mètres parmi les manifestants. Le lance-grenades Cougar  a participé à joncher Notre-Dame des Landes de gaz lacrymo. Ici, il participe à rajouter des détritus sur la place. Les CRS tiennent maintenant l’esplanade devant Air France. Peu avant, une bagarre y a éclaté entre manifestants : certains, masqués, déterminés et violents, avaient descellé des balustres en pierre pour les envoyer sur des policiers ; presque aussitôt, d’autres manifestants leurs sont tombés dessus pour les empêcher de recourir à la violence contre les forces de l’ordre.

CRS à l'est de la place, sous couvert des arbres 21h30

CRS à l’est de la place, sous couvert des arbres 21h30

Devant, à vingt mètres des CRS, un individu que les groupes d’extrême-gauche appelleraient « animateur » fait le moniteur sur la place. A chaque lancer de gaz, les manifestants courent comme des dératés à quinze mètres pour échapper au nuage. Peu à peu le vent se détourne du sud-ouest pour filer plein sud et il suffit de reculer de dix mètres pour y échapper. Alors l’animateur, qui vient de la paroisse de Saint-Nicolas du Chardonnet et s’est déjà illustré en avril, lorsque des curés de sa paroisse s’étaient fait embarquer suite à une nuit d’affrontements dans Paris, quasiment au même endroit, hurle « mais ne courez pas comme des lapins, revenez, on est chez nous ici, la France aux Français ». Et les manifestants reviennent. S’emparant des bouteilles de bière, canettes etc., ils les envoient sur les policiers. Bien d’autres sont seulement là debout à gueuler. Un jeune porte une barre en bois. Un objet qui n’a rien à faire dans une manifestation, mais il est seul sur les dix mille et quelques manifestants sur la place. Les veilleurs, au fond, chantent et veillent.

Il y a là des jeunes du Renouveau Français, des JN (de Gabriac), de plusieurs paroisses parisiennes et versaillaises, mais aussi bien des manifestants « lambda » et des tas de nantais, rennais, vannetais et autres Bretons survoltés qui font l’affront de ne pas bouger d’un pouce de la place.  Elle est très bien cette place. Alors que passe un jeune avec un bidon – non, ce n’est pas de l’allume-feu, il l’ouvre et boit dedans – tant pis pour les journalistes du Nouvel Obs et autres Libération qui cherchent à confondre les dangereux intégristes qui prennent à partie les journalistes, je vais voir le « gentil animateur ». Il m’explique « là, les policiers vont essayer de nous refouler de la place. Ils avancent de l’est et du nord, et ont du sûrement boucler toutes les issues, sauf une vers l’ouest où ils exfiltreront les gens. Nous, on tient le plus longtemps possible, puis on ira tenir ailleurs ».

Manifestant gazé.20h 59.

Manifestant gazé.20h 59.

Nouvelle charge. A 22h 05, un carré imposant des Veilleurs, très épaissi par des dizaines de manifestants qui cherchent à sortir de la nasse, part en chantant l’Espérance et est exfiltré en bloc par les policiers. Il est temps de filer. Je traverse la place en biais vers le sud-ouest, où des dizaines de gendarmes mobiles ont pris position sans coup férir. Les rues de Grenelle et de Lamotte Picquet sont juste bourrées de camions de CRS, gendarmes mobiles et de secours. Dix minutes après, ils commencent à nettoyer la place. Le poste de secours, une simple tente, est dressé au-dessus de l’entrée de métro de La Tour Maubourg. Nous ne savons pas où l’agence de presse d’Etat (l’AFP) et les journalistes favorables à la loi Taubira sont allés chercher le chiffre selon lequel il y a 36 blessés, légérement atteints, dont 34 policiers, un manifestant et un journaliste. Devant le poste, il y a une queue de manifestants qui pleurent et ont le visage rouge – au moins – à cause du gaz lacrymogène. La tente en est aussi bourrée et les secouristes ne savent où donner de la tête. Même les rames de métro et le train – le dernier pour Tours, Orléans et Blois – ont un peu le goût acre du gaz. Ironie du sort, je tombe au retour sur un manifestant qui était au cœur des affrontements. Son interview viendra.

De nombreuses interpellations abusives

Deux jeunes avec un drapeau inconnu à l'extrême-droite

Deux jeunes avec un drapeau inconnu à l’extrême-droite

Dans la nuit, la Préfecture de police annoncera 291 interpellations, dont 230 placements en garde à vue, puis 350 interpellés dont 250 gardés à vue. Ce qui fait, en ajoutant les identitaires interpellés à Solferino et les Hommen, près de 400 interpellations en une journée. Pas mal… et à comparer avec le Trocadéro (une trentaine d’interpellations, des jugements laxistes contre les casseurs, du genre de 4 mois avec sursis), sachant qu’il n’y a eu aucune vitrine cassée, aucune voiture brûlée.

Du fait des interpellations, les informations peinent à remonter. Les réseaux identitaires diffusent une photo de jeunes entassés pêle mêle dans le garage d’un commissariat du XVIIIe arrondissement. Certains ont été interpellés « armes » à la main, canettes, fumigènes ou barres en bois dans les pognes. Claire, d’Orléans, a évacué la place des Invalides juste à temps avec son ami ; elle raconte « nous étions venus pour voir la manif, sur la place. Vers le début de soirée, il y a des jeunes qui sont venus juste pour casser et s’opposer aux policiers. C’est là que nous avons préféré partir ». Deux d’entre eux étaient à l’avant de toutes les charges : un noir et un blanc qui portaient un drapeau noir et rouge avec l’emblème des pirates. Les couleurs faisaient plus penser à un signal d’extrême-gauche perdu dans la manif.

les policiers en civil à l'est de la place

les policiers en civil à l’est de la place

D’autres personnes ont été interpellées tout simplement parce qu’ils étaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Dans la soirée, un de mes paroissiens me donne une autre clé. L’un de ses fils a été interpellé hier aux Invalides. « Il était avec d’autres jeunes sur le côté ouest de la place quand les policiers ont commencé à tout nettoyer vers 22 heures 30. Il est allé vers un commissaire de police qui leur a dit : restez tranquilles, on va vous exfiltrer après l’opération. Ils sont restés. Moins d’une demi-heure plus tard, ils étaient embarqués. Les policiers en ont pris 80 comme ça, pour rien. » Inculpation officielle : jet de projectile. Résultat ? « Ils les ont empilé dans un hangar du commissariat du XVIIIe, puis à Pantin, puis comme les commissariats de banlieue n’avaient plus de place pour leurs arrestations du jour, il s’est retrouvé seul dans un commissariat du XXe et est ressorti » lundi soir.

Interpellés sur leurs méthodes, bien des policiers préfèrent le corporatisme. Repli habituel d’une profession malmenée par les médias, et même l’actuel gouvernement, dont on a bien parfois l’impression qu’il prend délibérément le parti des délinquants, pour peu qu’ils soient d’une certaine origine. Dans ces conditions, même les plus zélés policiers se démobilisent et perdent courage. Nous en avons pourtant rencontré un, hier soir aux Invalides, qui a accepté de se confier, dans l’ombre de l’anonymat et d’un porche. « Nous avons des ordres. Ceux de faire l’exemple. De vider la place juste pour sauver les gueules du gouvernement devant l’opinion », nous explique ce policier qui se dit « dégoûté ». Il poursuit « ce pourquoi ces jeunes manifestent, nombre de mes collègues sont tout à fait d’accord. Mais on est obligés d’y aller comme des gnous, embarquer des jeunes en vrac, dans le feu de l’action, alors même que ça fout le bordel partout… qu’est-ce qu’on va en faire, de ces gens ? Nos commissariats sont déjà super-pleins en permanence, en banlieue ce n’est pas mieux, ça va encore être le grand bazar tout ça pour des dossiers qui ne tiendront pas deux minutes devant un juge, à moins qu’eux aussi aient reçu certaines consignes»

Et maintenant, la Manif pour Tous ?

MPT-1Les organisateurs hier soir ont annoncé le temps d’un marathon. Un mail lundi matin annonce que l’absence de Frigide Barjot ne change rien au mouvement, que la Manif partout prend quinze jours de méritées vacances et que la détermination est intacte. Un autre relayé aux collectifs départementaux annonce les trois missions de la manif pour tous : obtenir l’abrogation de la loi, et « si ce n’est dès demain, alors après-demain », soutenir « tous les hommes et les femmes de bonne volonté qui défendront ces valeurs dans la Cité », en clair les élus et candidats qui prendront position contre le mariage gay, et enfin « se battre pour faire reconnaître la réalité de l’être humain homme ou femme », bref, contre la théorie du gender.

France de Lantivy, responsable de la Manif pour Tous en Loire-Atlantique, nous donne sa vision de l’avenir de la Manif pour Tous : « Il faut demander l’abrogation, non le contournement de la loi. Le temps des manifestations est peut-être terminé ; vient maintenant un temps qui demande plus d’endurance, l’éveil des consciences comme le font les marcheurs. La Manif pour tous peut faire bouger les lignes, et le bipartisme, reconstruire la France autour de valeurs. Des politiques vont être enterrés, parce qu’ils louperont le coche comme les fillonistes ». Des amis de Fillon particulièrement nombreux dans la Loire-Atlantique où ils ont soigneusement torpillé toutes les campagnes de la droite depuis quinze ans et s’apprêtent à massacrer les chances de leur camp aux municipales. Plus encore, pour France de Lantivy, « la loi relance la réflexion sur la République : une vision de celle-ci exclusivement fondée sur la tyrannie de la légalité, même déconnectée du bien commun, est particulièrement vivace en ce moment. Ce qui compte, c’est le juste, le vrai, et la loi Taubira fait apparaître une déconnexion entre la République et le bien commun.

Et maintenant, le Printemps Français ?

Béatrice Bourges

Béatrice Bourges

Nous avons posé la question à Béatrice Bourges, qui a passé la nuit sur les Champs avec les Veilleurs, à partir d’une heure du matin. Ils ont été délogés au petit matin du lundi, vers sept heures. Elle relève aussi que « les gens ont compris qu’il y a un hiatus entre le bien commun et la République. Il faut maintenant continuer les actions partout dans le pays. Les gens sont très déterminés. Il faut aussi, sans se précipiter, constituer une réflexion pour un socle de convictions. Le point central, c’est la transmission. Si en 68, les gens criaient du passé faisons table rase, aujourd’hui, les jeunes veulent construire l’avenir ensemble avec les générations précédentes. »

Le Printemps Français a-t-il une solution toute prête pour mettre à la place des actuels gouvernants, comme ces partis politiques (UMP et FN) qui se proposent eux, à des fins de récupération politique ? Béatrice Bourges, que la violence de certains jeunes hier aux Invalides met « mal à l’aise »,  répond sans détours : « Non, nous ne sommes pas dans l’approche toute-puissante comme l’UMP ou d’autres. A mesure que l’on va tracer le sillon, la solution va se dessiner. Mais cette solution, quelle qu’elle soit, sera hors de tous les partis. »

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6 Réponses to “26 mai : détermination intacte, soirée difficile aux Invalides”

  1. Ewen mai 30, 2013 à 12:11 #

    Un tammig dipited on gant ho skrid, labourat a ran evit France 2, war an dachenn e oan an deiz-se, komzet am eus gant ar vretoned hag ar c’halloued… FASKOURIEN! An dud se n’ho deus doujans nemet evit ho zoare da welet ar bed, na reont netra evit ar vugale, netra evit an deskadurezh netra netra ! Nemet konarded katolik feuked gant ar chanjamantou sevedurel. Gloazet on bet gant an dud se o devoa c’hoant terin ha gloazan ar gazetenerien. C’hwi zo o lavarout eo bet paket bouc’hizien bihan jentil ha difeulz gant an archerien vil ! Piv oc’h c’hwi tudou ???!!! An dud se o deus gloazet archerien ha kazetenerien evit ar blijadur! Breizhjournal: rein a rez ur skeudenn vil eus stourmou breizh ha skeudenn ar vretoned a zo tamalet gant ho skrid !

    Traduction : Je suis un peu dépité de vos écrits, je travaille pour France 2, j’étais sur le terrain ce jour-là, j’ai parlé avec les Bretons et les Français, des FASCISTES !
    Ces gens-là n’ont de respect que pour leur manière de voir le monde, ils ne font rien pour les enfants, rien pour l’enseignement, rien rien !
    Que des connards catholiques froissé par les changements culturels
    J’ai été blessé par ces gens-là qui avaient envie de blesser les journalistes.
    Vous êtes en train de dire que des petits bourgeois gentils et non-violents ont été pris par de méchants gendarmes.
    Qui êtes-vous bonnes gens ?
    Ces gens-là ont blessé des gendarmes et des journalistes par (pour le) plaisir. Vous donnez une mauvaise image des combats de la Bretagne et l’image des Bretons est ternie par vos écrits.

    • Louis-Benoît GREFFE mai 30, 2013 à 4:55 #

      @Ewen : Bonjour, par respect pour les nombreux lecteurs non brittophones du site, je vous remercie d’avance d’écrire en français ou tout au moins de mettre une traduction française à la suite de vos propos dans quelque langue que ce soit.

      Pour vous répondre, rapidement :

      – Un journaliste qui traite les gens qui ne pensent pas comme lui de « fascistes », d’une, ça le place en mauvaise position pour faire des leçons de morale et de tolérance, de deux, ce n’est ni neutre, ni objectif. De trois vous avez gagné un point Godwin a découper sur votre écran après avoir relu la convention de Munich.
      – France 2 est aussi en très mauvaise posture (comme toutes les chaines du groupe France Télévisions) pour donner des leçons sur l’enseignement. Ce groupe public est en pointe sur le bourrage de crânes pro-Pays de Loire en Loire-Atlantique (je passe sur la subvention que veut vous accorder généreusement Auxiette). Permettez moi seulement de vous rappeler quelle est la place du Breton en LA pour France 3 : une émission par an (http://www.agencebretagnepresse.com/fetch.php?id=24800). Pas mal pour un département qui a eu jusqu’à sa propre forme du breton (celui de Bourc’h Batz).
      – ces gens là comme vous dites font quelque chose pour leurs enfants et l’enseignement : ils les éduquent loin des lois nocives. En trois mois de manifs pour tous à millions, l’on recherche toujours la moindre voiture brûlée, la moindre vitrine cassée
      – quant aux journalistes tabassés, lisez un peu les témoignages (en essayant de vous ôter de l’esprit que c’est un complot jésuite et catholique, sinon évidemment…). Et interrogez-vous sur le rôle des policiers en civil http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2013/05/t%C3%A9moignage-sur-la-soir%C3%A9e-du-26-mai-aux-invalides.html par exemple.

      Si vous êtes nationaliste breton, et pas seulement en façade (ou pour mettre des pavés en breton dans des commentaires), vous devez être révolté par ce genre de pratiques d’un régime aux abois.

      • Ewen mai 30, 2013 à 5:50 #

        Skriv a ran e brezhoneg ma fell din ! Gloazet on bet e-pad ar manifestadeg gant daou baotr yaouank gwisket « chik-ha-cheur » ha inosant ‘vell ma giniges anezho…reve an dud se on: « Un journleux de merde, bolchevique ». N’on ket kablus eus politikerezh france-tele ha ne ‘m eus doujans ebet evit broiou al liger. Stourm a ran evit un digreizenadur efedus ha gwir eo, n’eo ket c’hoazh deuet a benn ar gouarnamant ha ne teuio ket a benn morse… Neoazh lavarout a rez koneriou e leiz… Broadelour, me? Pa vez gwelet spered broadelourien Bro-C’hall ne vin james broadelour nag evit Breizh nag evit Bro-C’hall.Ha piv oc’h c’hwi evit goulenn diganin skriv e galleg?? Skriv a ran er yezh a blij din ha ne ‘m eus ket amzer da goll evit trein tout ar pezh skrivet ganin (ouzhpenn-se, peus ket troet da gemenadenn e brezhoneg, perak e rafen me e galleg??!!), ma ‘z out feuked goulenn digant merour al lec’hienn skarzan ma gemenadenn.

        Kenjames.

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