L’occupation militaire de Notre-Dame des Landes continue

24 Oct

Depuis le 16 octobre, la République a commencé une opération policière de grande ampleur en vue de vider l’aire de 1.600 hectares (la ZAD) prévue pour le futur aéroport des personnes qui y logent illégalement, soit qu’ils aient réoccupé des maisons vendues par leurs propriétaires à Vinci, soit qu’ils aient installés d’autres lieux habités.

L’opération, qui a conduit à un large déploiement de policiers (près de 1.200 le second jour) devait se finir rapidement, en deux jours tout au plus, mais elle a buté sur une résistance acharnée des militants anti-aéroport au niveau du Sabot, où ils avaient installé une cabane en bois et une ferme maraîchère. Depuis, les opérations se sont installées dans la durée, les militants occupants plusieurs lieux au sud et à l’est de la ZAD, tandis que les forces de l’ordre procédaient à l’expulsion d’autres lieux dits et à la démolition de ce qu’ils ont péniblement conquis dans les premiers jours, à l’est de la ZAD (la Gaîté), à l’ouest (Le Pré Failli) et au centre-nord (Le Tertre, les Planchettes). Nous relatons cette première semaine d’occupation (du 16 au 23 octobre) dans un autre article.

Une nouvelle opération de grande ampleur est prévue le 27 octobre pour permettre aux forces de l’ordre de conquérir le pré carré de lieux-dits encore tenus par les militants (le Sabot, la Sécherie, les Fosses Noires, etc.). D’ici là, des objectifs secondaires sont occupés, expulsés et détruits s’ils ne font pas l’objet d’une procédure judiciaire en cours.

25  octobre : Alors, César, tu patauges?

A 8 h, comme chaque matin, le périmètre est plein de policiers. A 9h, les travaux de démolition se poursuivent sur la moitié de maison péniblement conquise par les forces de l’ordre à la Sècherie (au sud-est de la ZAD), deux jours auparavant. A 11 h 25, pour faire mentir le Canard Enchaîné, une personne est arrêtée dans le bourg de Vigneux de Bretagne. Puisqu’il n’y a pas que la ZAD qui grouille de forces de l’ordre. Pauvre bourg de Vigneux, dont les habitants sont obligés de faire un détour de 20 km pour se rendre à Blain ou n »importe où vers le nord ! Dans la matinée, le chantier de démolition au Liminbout (centre-nord de la ZAD) n’a pas repris. Un dépôt y  a été organisé d’ardoises en éverite et de tuiles en fibrociment ramassés sur d’autres bâtiments de la ZAD démolis ou en cours (la Gaîté à l’est, le Pré Failli à l’extrême-ouest, le Tertre au sud-ouest). Ils sont traités sur place. A 14 h 10, les policiers arrêtent et fouillent les véhicules sur la route de la Pâquelais aux Ardilières (par les Planchettes). Ils sont aussi présents dans les champs près du Sabot et sur le carrefour de la Saulce (D81, au sud de la ZAD), tout cela afin d’empêcher que des militants anti-aéroport ne rallient le Sabot ou ne fortifient pas ses abords. Comme si ils allaient le faire en début d’après-midi, à travers une zone qui est fourrée aux poulets de jour, et en suivant les voies de communication. A 18 h 39, les gravats restants de la maison du Liminbout sont en cours de chargement sur huit camions-bennes de la société ABO. Vers 19 h, les forces de l’ordre quittent la zone, tandis que la maison du Sabot, toujours aux mains des militants opposés à l’aéroport, s’orne d’une belle pancarte en hommage à l’opération César (le doux nom du déferlement policier sur Notre-Dame des Landes depuis le 16 octobre), qui est visiblement en difficulté avec la boue et les vaches Bretonnes. Mais quoi qu’on en dise, le camp retranché du Sabot tient plus de Saint-Ouen des Toits, le fief de Jean Chouan, que de Gergovie.

Demain à 8 h 30, un autre périmètre que la ZAD sera aussi bouclé. Celui du Lieu Unique, occupé depuis deux jours par solidarité avec les opposants à l’aéroport. Ses occupants font l’objet d’une mesure d’expulsion qui doit être mise en oeuvre dans la journée de demain. Au menu : forces de l’ordre partout et quartier bouclé.  Après les tracteurs de Notre-Dame des Landes, la ZAD débarque dans Nantes.

24 octobre, soir : La Pointe démurée

La soirée du 24 apporte son lot de nouvelles. Primo, la maison de la Pointe, une belle longère aux encadrements de fenêtre en granit située à l’ouest de la ZAD sur la route de Fay au Temple, a été démurée. On peut lire à son sujet sur Indymédia Nantes « On a voulu rentrer chez nous mardi soir à la Pointe, pas loin de Notre-Dame-des-Landes, et là on s’est aperçu qu’une bande de pourritures avait tout bouché les ouvertures avec des parpaings. On ne sait pas pourquoi ils ont fait ça mais ça nous a pris des heures à casser les parpaings pour pouvoir rentrer. On dit qu’on ne sait pas pourquoi, mais on a peut-être quand même une idée. On n’a aucune preuve, mais ça pourrait bien être les méthodes démocratiques de gens qui se croient tout permis parce qu’ils ont plein de pognon et qui espèrent qu’en virant les gens de chez eux ils pourront aménager le territoire de façon à se faire encore plus de fric. On espère bien que ce genre de « blague » ne se reproduira pas parce que ça nous a trop saoulé de devoir se taper tout le ménage derrière. Si on chope les gens qui ont fait ça, ça va mal finir« . Deuxio, les policiers se risquent à revenir au sud de la ZAD vers 22h pour essayer de démolir une barricade à la Saulce, sur la RD81. Des militants affluent, des paysans arrivent, la manoeuvre est éventée, les policiers arrêtent fissa le déchargement de la pelleteuse de sa remorque porte-chars et rembarquent direction Nantes.

24 octobre : Trop pressés de démolir

Le 24 octobre à 8 h 30, il y a déjà quatre fourgons de gardes-mobiles au lieu-dit du Liminbout, au centre-nord de la ZAD. A partir de 9 h, les opérations de démolition de l’une des maisons commencent, avec un manitou et une nacelle comme hier à la Gaîté. Vers 10 h 20, des militants anti-aéroport s’y amassent, tandis que les matériaux amiantés de la maison (ardoises en éverite, fibrociment, etc.) commencent à y être enlevés. Les forces de l’ordre sont tellement pressées de démolir qu’elles ne veillent pas tout à fait au respect des normes en matière de démolition d’un bâtiment amianté. C’est ainsi, que tandis qu’un camion et une pelleteuse arrivent à 14 h 43 sur site, une âme bien intentionnée prévient l’Inspection du Travail, qui passe à 15 heures et stoppe le chantier. Celui-ci reprend à 16 h 15 après que les deux travailleurs se soient mieux protégés. Celui qui était sur le toit travaillait sans harnais. A 19h, il n’y a plus aucun mouvement sur la ZAD. Petite journée, sauf pour deux maisons de Notre-Dame des Landes.

Les ruines de la ferme de la Gaîté

A l’est de la ZAD, pendant ce temps là, non loin de l’ancienne voie de chemin de fer qui reliait la Chapelle sur Erdre à Beslé, la maison de la Gaîté continuait d’être démolie. La veille, les militants opposés à l’aéroport avaient afflué sur les lieux pour empêcher les travaux de se poursuivre et avaient lâché sur les lieux un troupeau de vaches. Les gendarmes ont gazé les hommes et repoussé les vaches avec leurs gyrophares et sirènes, tant et si bien qu’il y en a eu jusque sur la route. Au moins n’ont-ils pas gazé les vaches, comme ils l’avaient fait le 6 juin 2011, ce qui n’a pas manqué de leur être reproché par la suite.  Pendant toute la journée du 23, le toit et la façade de la ferme quasi-centenaire ont été détruits; le lendemain, ce fut le tour des pans de murs restants. La route de Notre-Dame de Lande à la Boissière était barrée en deux endroits, au hameau de la Boissière vers le nord, et au hameau de l’Epine vers le sud. On lit au sujet de la ferme de la Gaîté sur le site des occupants de la ZAD « Une dizaine de personnes y vivaient et y accueillaient les copinEs de passage sur la ZAD. C’était un lieu vivant, chaleureux, loin d’être insalubre. La maison aurait fêté ses 100 ans en 2014. Quant à la grange attenante, également détruite, elle accueillait un freeshop bien rempli et parfois des concerts et des réunions ». La Gaîté a vécu. Avec leurs pelleteuses dont les pinces rappellent celles des croque-morts, les croque-campagnes pro-aéroport doivent sauter de joie.

Les opérations se trouvent décrites sur un ton rigolard dans le Canard Enchaîné du jour. Il y a effectivement zéro blessé (juste beaucoup de gaz lacrymo jeté pour rien), mais il n’y a pas eu zéro interpellations. En deux jours, il y a eu cinq interpellations parmi les opposants anti-aéroport, et un d’entre eux a été jugé en comparution immédiate pour caillassage. Trois autres ont passé la nuit au poste (gendarmerie de Couëron) ont été libérés pour préparer leur défense et feraient l’objet d’une procédure judiciaire, dont l’une pour refus de prélèvement ADN.  Pan sur le bec !

Article du Canard Enchaîné du 24 octobre 2012 sur Notre-Dame des Landes

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